LENTEUR ET TROUBLES DIVERS DU PROCESSUS REPARATEUR
Nous rangeons sous ce titre des phénomènes mal caractérisés qui tiennent toujours à la même cause que les précédents, et qui s'accusent par une sorte d'adynamie locale dans la marche du travail réparateur. C'est en effet une opinion vulgairement répandue que les ivrognes ont « mauvaise charmire », c'est-à-dire que chez eux la nutrition intime des tissus est ordinairement modifiée ; le travail moléculaire interstitiel est ralenti : on retrouve encore là le cachet de sénilité hâtive imprimé à ces organismes par l'intoxication.
11 y aurait peut-être moyen de se rendre compte expérimentalement de ces différences dans l'activité du travail organique ; on est
parvenu en effet, par l'empoisonnement alcoolique, à produire chez des animaux les dégénérescences graisseuses qu'on observe chez nos malades; rien n'empêcherait donc de soumettre au même traumatisme un animal sain et un animal alcoolisé, et d'examiner comparativement, dans des conditions identiques de régime et de traitement, quelle serait chez chacun d'eux la marche du processus réparateur. Nous ne croyons pas que de semblables recherches aient été tentées; elles offriraient peut-être quelque intérêt *,.
Quoi qu'il en soit, les blessés ou les opérés entachés d'alcoolisme, lorsqu'ils ne sont pas soumis aux graves accidents dont nous avons parlé, présentent ordinairement plus de résistance à la guérison de l'affection locale que les malades sains. Quelquefois même, le processus subit des modifications singulières qui arrêtent ou retardent sa marche, et qu'il importe de connaître afin d'y apporter le remède convenable. Voici à ce sujet deux observations intéressantes.
Obs. XXXIII. — Fracture de jambe avec écrasement. — Amputation. — Troubles dans la marche de la plaie. — Administration des alcooliques. — Guérison ~.
L..., 42 ans, charretier, entre à l'hôpital de Vouziers le 16 juin 1868. Il venait d'avoir la jambe broyée sous la roue de sa voilure; l'accident avait eu lieu à 11 kilomètres de la ville; l'amputation fut pratiquée immédiatement.
Pendant les premiers jours, tout marche pour le mieux ; l'amputé, de bonne constitution, de tempérament sanguin, se trouvait dans les meilleures conditions physiques et morales; il prenait volontiers du potage et de la limonade vineuse.
Le septième jour, la sœur trouve le lit complètement inondé de sérosité horriblement fétide; nous avons pu évaluer k plusieurs litres le liquide écoulé pendant la nuit. La plaie est blafarde, recouverte par places de fausses membranes. L... est abattu; le corps est recouvert d'une sueur froide, le pouls est faible et d'une fré-
1. Le vœu exprimé par M. Pér onne, et que j'ai moi-même formulé maintes fois, n'a pas encore été satisfait. Il serait pourtant bien facile aux chirurgiens de province, qui se plaignent de n'avoir ni grands hôpitaux, ni riches bibliothèques pour payer leur tribut à la science, de faire des recherches de pathologie expérimentale en créant certains états morbides et en blessant ensuite les animaux affectés de tuberculose, de glycosurie, d'anémie aiguë, d'hydrhémie, d'alcoolisme, d'affections du foie ou du rein, etc.. On obtiendrait certainement des résultats intéressants en sacrifiant à peine autant d'animaux qu'on en a mis à mort pour savoir à quoi pourrait bien servir la corde du tympan. — A. V. 1880.