‹ Mémoires de chirurgieChapitre 89 sur 209 · Arch. gén. deméd., 1854, t. I, p · texte numérisé non relu

Arch. gén. deméd., 1854, t. I, p

adies du foie sont- fréquentes dans l'alcoolisme, et les altérations septiques du sang surviennent facilement chez les ivrognes ; il n'est donc pas étonnant que les hémorrhagies traumatiques secondaires puissent se produire chez eux. La cause générale est toujours l'altération du sang, son défaut de plasticité ; mais le mécanisme peut différer selon les cas ; c'est ainsi que, dans l'observation XIX, l'hémorrhagie se produit à la suite de la gangrène du lambeau; dans l'observation XXX, si le malade n'était pas mort aussi vite, il y avait de grandes chances pour qu'une hémorrhagie secondaire se produisît, car il n'y avait pas de caillot dans l'artère fémorale, sans doute parce que, sous la double influence de l'alcoolisme et de la septicémie, le sang avait perdu la propriété de se coaguler. L'hémorrhagie qui survint dans l'observation XXXIV est encore une preuve de cette difficulté dans la formation du caillot chez les alcooliques. Dans l'observation suivante, une hémorrhagie capillaire survient au quatrième jour d'une plaie du cou : or, si l'on tient compte de l'ictère observé antérieurement, il est probable que la lésion hépatique a eu la meilleure part dans la production de l'hémorrhagie.

Obs. XXXII. — Plaie du cou dans une tentative de suicide. — Alcoolisme. — Hémorrhagie secondaire. — Guérison.

Etienne B..., 38 ans, tonnelier, entre le 9 juin 1869 dans le service de M. Verneuil.

Ce malade a des habitudes d'ivrognerie; il boit en moyenne trois litres de vin par jour. Il y a trois ans, il eut une bronchite intense compliquée d'ictère. L'année dernière, au mois de septembre, attaque d'alcoolisme aigu: le malade est agité et veut se jeter par la fenêtre; on le transporte dans une maison de santé où il reste vingt et un jours. Il en sort en assez bon état; mais depuis lors il dirige mal son commerce. Ne pouvant effectuer un payement au terme fixé, il est pris dans la nuit d'une attaque de manie aiguë et essaye de se couper le cou. Une hémorrhagie abondante se produit; il perd connaissance; on l'apporte à l'hôpital dans l'état suivant : La région antérieure du cou présente une plaie horizontale de 6 centimètres de longueur; le larynx rst ouvert au niveau de la membrane cricothyroïdienne. A la tête et à la face on voit des contusions multiples. Emphysème du cou et de la partie supérieure de la poitrine. M. Verneuil ne réunit pas la plaie et se contente défaire placer la tête dans la flexion.

Les jours suivants l'état va en s'améliorant.

12 juin. — Dans la matinée, le malade se plaint de malaise, de

céphalalgie, de battements dans les oreilles ; vers une heure il sommeillait, lorsqu'un accès de toux le réveille : il crache du sang pur, provenant d'une hémorrhagie qui s'est effectuée à la surface de la plaie. A ce moment, on constate des battements du cœur éclatants et des pulsations exagérées dans les carotides. Le pouls est à 105. Teinte subictérique des conjonctives. Urines rougeâtres, albumineuses, non ictériques.

13 juin. — Altération profonde des traits; vomitif; le soir, sulfate de quinine, teinture d'iode sur la plaie.

Le 14, l'état du malade s'est amélioré; la figure est moins altérée ; l'hémorrhagie a cessé.

Le 15, accès de lypémanie alcoolique; regard fixe; hallucinations. — Laudanum, bromure de potassium.

Le 18, retour à l'état normal; les urines ne renferment plus d'albumine.

Le 22, la plaie se rétrécit, de sorte que le 28 il ne reste plus qu'une petite fistule.

3 juillet. — Cicatrisation complète, le malade a recouvré la voix. Le 6 juillet il part pour.Vincennes.

Il n'est guère possible de douter ici d'une altération du sang, et cette observation nous montre que les accidents les plus divers peuvent se manifester chez les malades alcooliques sous la même influence, puisque nous voyons coexister des troubles dans les sécrétions du foie et du rein, une hémorrhagie capillaire et des phénomènes nerveux.

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