DOLIN , LIBR1IRE-C0MMISSI0NS4IRE
QUAI DES OKANDS-AUGUSTINS , iT.
^iiavg-nr
— tt Quel est-il ? quel est-il ? » vous demandait le palsant qui tremblait eo' core de l'avoir coudoyé.*
— Son présent, disiez-vous kien bas, £St tout entier dans cet étroit lambeau jË|ui flotte; son passé fut vaste et replen- (lissanl; son avenir, qui l'oserait mesurer?
s PRÉFACE.
Votre croyance était de la sagesse , de la justice.
Dieu a reçu maintenant ]e dernier mot de cettelai^e iéloqumioe qui a marché dans Je monde si puissante et si contemplée à cause de son silence et de son infatigable fermeté. Mais pourtant il eo a jailli parmi nous tous un écho trop envahisseur: nous avons trop long-temps écouté de toutes nos oreilles et regardé de tous nos yeux ce ^tôme, cet être, ce personnage , ce s^e-ibu , pour que le retentissement se perde, pour qu'il ne nous arrive pas plus d'nue (bis de chercher derrière nous l'ombre qui a dis* paru, d'aller fouiller dans la coulisse pour y retrouver cette figure d'Hamlet qui a déserté notre scène.
PEÉF&QB. t
Dix-sept amiées durant, il a glissé devant les curieux ébahi$ ; dis-sept années, pas une de moins « d a poursuivi sa course muette et vagabonde ; dix-sept années il a vécu hautement dans ce que les autres appdaient la livrée de la misère et ce qu'ils eussent dû nommer la pourpre de la mmdicité.
Entre les gueux il a été le roi, entre le^ révoltés du monde il a plané comme yn aigle sauvage; au -r dessus de tontiss ruines il a passé froid, sinistre , invior lafale comme l'orfraie ou l'engoulevent de nuit.
On a plié , on s'est affaissé , on est tombé autour de lui, et il est demeuré seul , inflexible , dans les champs déso-
ft PRÉFACE.
lés de ia grande bataille Humaine. Et il avait été frappé pourtant, atteint dans le cœur, blessé à mort ; mais il s est redressé , il s'est acharné de ses deux mains après sa saignante meurtrissure; il l'a ouverte, étalée toute grande ; et , la plaie mise à nu, il s'est avancé calme et impassible, il a traîné droite et altière son héroïque agonie , et il s'est tenu debout jusqu'à la fin dans la jeunesse de ses plus mâles allures. 11 emportait la mort dans son sein , et il marchait , il marchait
Était-ce un corps jeté en avant par quelque invisible et miraculeux galvanisme ? Était-ce le cadavre arraché de sa fosse et conduit par le bras caché du Très-Haut?
Courbons-nous dans notre ignorante humilité ; mais, croyons-le , cette bizarre création ne fut pas envoyée, ne futpas maintenuesans dessein sur la terre.Pour qui regarde avec la pensée, le doigt de Dieu a été marqué dans cette vie; et s'il n'en a pas fermé le livre pour toujours à la page déchirée, c'est qu'il a voulu nous le laisserTeuilIeler long-temps et avidement , jusqu'à ce que grands et petits eussent lu à leur tour ce qui était écrit.
Quand une ville s'éteint, on lui montre de loin Pompéi; quand un royaume s'écroule , on lui crie : « Voyez Rome. " Quand uu homme pleurait sur lui-même, se proclamant malheureux et mibérable au-dessus de tous, on en-
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PRfip&GE. I
Sur cette lugubre Ëace il y avait les sillons de tant et de si rudes événe-r ments ! Au seul aspect de ces demiert ffagm^ats d «xistbuce , od deviiiait qu'elle s'était brunie et crevassée parctf qu'elle avait approche trop près le soleil sotiTerain. Au fond de cet incessant mutisme on entendait une voix qui avait parlé trop haute et trop pénétrante; dans ces mutilations de costume on t-econnaissait les vètemeiits qui s'étaient heurtés aux lambris d*or, qtd s'étaicsit frottés aux broderies.
Mais au-dessous de ces délabrements secoués par toutes les mauvaises brises, il s admirait plus d'altière majesté qae sous les splendeurs les plus fastueuses. Parce qu'il se drapait dans toutes les ri-
8 PRËFACK.
chesses de sa misère, on se prenait ^au désir de saluer cet orgueil comme l'Alexandre de Diogène , comme uq Diogène, comme uq Alexandre tout à la fois.
La tête belle et droite , le pas ferme , le regard scintillant et poignant , les mains derrière le dos, une barbe tombant par longues et grises cascades sur une large poitrine, il s'en allait traînant après lui ses longs et tenaces souvenirs, — chaîne d'or et de fer^ — il s'en allait poussant du talon la dédaigneuse et lapidatrice humanité, ■^gl<^e de marbre et de fange. —
Quel abime , cet homme ! Après les hourras désordonnés et les tumultes sans
quiétude, le silence de la tombe; après les fêtes et les parfums, les douleurs intimes et les haillons; après les cortèges fous et infinis.... seul, toat seul dans sa mansarde lointaine , seul dans la grande cité des oublieux, seul dans ce grand univers des impitoyables ; sans une consolation, sans une amitié, sans un amour, sans un lien de la nature ou du cœur, sans autre spectacle que ce cercle humain se déroulant sans cesse, bien • plus à nu , souvent bien plus délabré de l'âme que son juge examinateur !
seul au milieu des indifférences, des consternations , des railleries ! seul à côté de cette blanche mousseline que la coquetterie rajuste en retournant un regard de dégoût sur les guenilles frôlées en passant ! seul derrière cette rose
10 PBÊFACE.
joue d*eDËint qui pâlit et se glace parce quelle a entrevu l'homme À la longue bari>e ! seul sur le chemin de cet habit chamarré qui secoue avec dédain la poussière cueillie sur l'habit en lambeaux!
Oh ! qu'il a dû penser, cet homme !
Oh! qu'il a dû souffrir! Méprise qui voud^ ces audacieux mépris de toute route frayée, maudisse qui Voudra ces publiques malédictions de l'entourage de tous; les cœurs bien placés pleureront et ne flétriront pas, plaindront et ne haïront pas; parce que sa hainci & lui, ne s'est pas irritée de rien, parce qu'il a rougi sous l'affvont et sous la répudiation avant d'insulter et de répudier; parce qu'enfin, s'il a été balayé
honteusement par un morceau d'hermine brodée , il avait bien le droit , ce nous semble, de saisir dans sa revanche le premier lambeau venu potlr en flageller les renégats.
Diogène fut soufîEleté deux fois dans sa vie : la première fois par un certain Nicodromus; mais, refusant de s'avilir par une lutte avec l'insolent qui était un homme sans honneur, il se fit, malgré de brûlantes souffrances, écrire sur sa joue enflée : » C'est le lâche Nicodromus qui la fait. »
Unâ autre fois le riche et puissant Midias, se trouvant avec Diogène, le frappa au visage et lui dit :
—Va te plaindre , tu auras trois mille drachmes d'amende.
Diogène le lendemain s'arme d un gantelet d'athlète, d'un gantelet de fer; et il en soufflette sur les deux joues le riche et puissant Midias, et il lui lance les trois mille drachmes à la face.
Qui condamnerez-vous ?
Et d'ailleurs, quel mal vous fait cet être inoffensif qui circule en paix auprès de vous ? Que vous importe son élé-. gance ou son délabrement ? Est-ce aux vêtements que vous jugez l'homme? Et celui-là ne peui-il pas tout aussi légalement que vous cheminer dans cette voie ouverte à tout le monde ? Respirer
PRÉFACE. a
votre air, est-ce donc y semer le poison ? Tout citoyen ne peut-ii pas franchir cette rue , arpenter ces galeries? Toute créature de Dieu ne peut-elle pas venir se chauffer au soleil qu'il a donné pour tous? Les chiens et les valets usent bien de ce privilège !
Ah! prenez garde à ne pas laisser l'habit dominer et trôner; il n'est pas, voyez-vous, de pire tyraunie que le despotisme de l'éclat. Les cardinaux — cette première hiérarchie des saintetés terrestres — les cardinaux portent costume rouge; les galériens — ce dernier échelon du crime — les galériens ont un costume rouge, û'ua manteau de sang à un manteau de pourpre, où est la diiiférence ?
n PRËF&GE.
A travers la tunique trouée de no tre Diogène vous avez vu l'orgueil?
Nous y avons vu, aou8, l'orgueil et la fierté; nous avons vu un cœur qui ss jetait trop eu lumière peut-être, mais qui battait du moins; et ces battements^ là ne se retrouvent point partoqt.
De l'orgueil ! Et quel si grand forfait flvez-vous donc nommé ? Vanité de haut ou de bas étage , ambition de palais ou de carrefour , que celui d'entre vous qui n'a pas d orgueil lui jette donc la première pierre !
' Est-^e de l'ostentation qu un &itdtmt l'accomplissement est mené jusqu'au bout sans dévier jamais? Est-ce un simulacre de comédie qu'un rôle rempli
PRfiFÀCE. iS
pendant dix-sept années sans déserter la «cène ? Est-ce une vaine parade qu'une tenue contre laquelle nul cfaoo, nul ébranlement n'a pu jamais prévaloir ? Est-ce de la jactance , de la forfanterie, qu'un courage — oui, je le dis, un courage — qui ne se dément pas et qui se doit mesurer à toute heure contre les hommes, les préjugés , les éléments, et le mépris — cette arme qui l^lesse à vif; — et le ridicule — cette arme qui blesse à mort!
C'est du cynisme, dite»-vous? Mais de tn^isme ne va~t-il pas bien près de l'héroïsme! Comptes, comptez les lar-* mes de l'indigence involontaire, de la misère qui déjÀ s'est arrangée dans sec douleurs; et vous serez épouvanté de
«6 pr£facb.
l'énergie qu'il faut pour yenir affronter tête baissée cette mer d'horribles amertumes ! .
Pu cynisme ! Mais du moment qu'il ne vous attaque pas, du moment qu'il ne se cramponne pas à vous pour vou£ entraîner dans son gouffre ou vous châtier de vos dédains; dès lors qu'il ne déchire que lui-même, qu'il n'accroche ses ongles qu'à sa'propre chair; dès lors qu'il ne vous assiège ni de ses injures , ni de ses croyances , qu'il ne vous importune même pas de ses lamentations, qu'avëz-vous à faire dansi^ vie?
'Une barbe inculte, des haillons, des sandales ; voiJà-du cynisme! Ëh bien, après tout, pourquoi ne se. proclame»
rait-il pas cynique? Ninsonius osabra*
PRÉFACE, t|
ver jusqu'à Néron; et, envoyé aux travaux de l'isthme , il y mounit avec noblesse : Ninsonius était on cynique.
Démétrius fut l'effroi des méchants et des tyrans , il expira sur la paill^ et à sa dernière heure il reçut dans sa main la mùn du sage Sénèque en gage d'admiration : Démétrius était un cynique.
Phocion fut%nrnommé l'homme de bien : Phocionétaitun cynique. Diogène ^tait app^é par Platon le Socrate en délire ': Biogène était le prince des cyniques.
Mais le prince des Cyniques, arrivant un jour chez le prince des philosophes, me trouva que de magnifiques tapis à fouler, et il s'étonna fort de ce contraste
18 PRâPACE.
stvtc seA âàlidales boueuse^ chez tin Platôii prêchant là pauvreté.
Mais Phoeion l'homme de bien, se voyant, dans Une harangué pul)lîqtte, accueilli de là foulé pat de graûds S.p~ ptaudissements , demandait avec inquiétude à ses amis i « Aurai$-je dit quelque Sottise ? »
S'éloigner des sentiers battus, voilà qui, seul, condamne au cynisme. Dans une époque de corruption l'austérité c'est du cynisme. Âh! ne vaut-il pas mieux cent fois ce fanatisme de la vertn, celte rigidité qui frappe l'opulence impudique, cette sobriété, cette abnégation, ce public déploierafent de l'existence, tout Cela ne vaut-iï pas
PRÉFACÉ. \i
hiieux que l'effronterie du Vicfc ou le crinlé clatldestin? Cette itidépendancf!
du philosophe qui fait de la rtie sd chaire, ne vous farlera-t-elle pas ati biJétir pitts intimement vénérée qtlë là tilé hypocrisie , qlife le iftielleùx sifflettlent de U vipère tachée çlaùs lés
Lès cyniques! Eh-' mon Dieu! le plus grand ÈQonarque de la Grèce disait du plùÀgraadcynique.-BSijen'étaisAlexandre, je voudrais être Diogène. » Et parce que notre Diogène, k nous, a cherché pendant près d'u^ quari de siècle et de tofate la lumière de ses deux larges yeux, parce que sur nos sommités sociales il a fouillé sans trouver, avons-nous qualité pour la réprobation ?
Si faire un trou dans sa souquenille c'est dégrader rimage de Dieu, si mettre son pied sur les plates préventions c'est descendre bien loin de sa dignité première, si jeter à plein vent son aventureuse existence d'honnête homme c'est refouler toute morale, c'est prendre sa conscience à deux mains et la briser contre la borne; certes il iiit coupable et prévaricateur, celui-là ! On ne se bâtit pas une maison de verre voisine des maisons -qui se cachent impénétrables comme un rempart; on ne s'élance pas après la lumière chez ceux qui veulent agir dans l'ombre; oq ne court pas à travers les grands chemins quand les compagnons de voyage se glissent et s'apostent dans les fourrés tortueux; on ne fait pas de la misère sa parure
devant qui fait d'unoripeau volé saglcH rification; l'on ne changepas de costume en présence de qui se dépouille de son âme; auprès de ces ivresses dites élégantes, qui épuisent le flot des voluptés menteuses, qui se passent en riant la coupe empoisonnée delà perfidie; on ne renverse pas sa tasse, et, comme ce petit enfant là-bas, on ne s'en va point boire dans le creux de sa main l'eaupure de la fontaine; on ne profane pas de son indiscret franc-parler les hargneux chuchotements de la sournoiserie; on ne trouble pas par son silence les claqueurs de nos arlequins; à côté des infîmes prostrations, on ne se redresse pas jusqu'à la majesté de la noblesse , au milieu des servilesaccroupissemenls on n'ose pas l'allure de la grande liberté;
n PRÉFACE,
(juandles autres sont venus le ventre au sol, on ne s'en retourne pas avecle front (ians la nue, on ï\e fjescend pas par li^ sublimité q^anil Ips ^utr^ s ^loment par la b^ssess^.
Ou bien alors on n'estplusl'enfentde son époque, et l'époque renie; on ne hurleplusenharmonieavecsoudix-neuvième siècle , et le dix-neuvième siècle court sus et crie au scandale. Ce qu'ils aimentj savez-vous ? c'est le fruit verreux et f^âté, encore niaisement pendu à la branche commune; mais le fruit à terre, mais le fruit hors de saison, fûtil généreux comme un nectar, ils marchent dessus ou le lancent au fumier.
S'il est tombé pourtant, il lui était dû pour cela seul quelque n^ouvement
PHiFAÇE. 93
d'instinctive pitié; il avaiteu^subiries souffles perDicieux,o a avait été détaché, repver^P p^r dps majns judicieuses , .
implfoyâblo^f A l'injquitélq sentence, h l^ dovilpur I§ gymp^thiaî U honte ç| la^étr^s^rç^qui cherche l^^^tris&urç et la hûntô] ^^ criqie soi) axpjattoq, au déjihoïtoflwr ^ei|( le déBl»pflfl«Hr: Olj 1 par grâcsi jaiitfLis accusation de smci^fl çpptre l'eittejriRiijé ! Celft flst plus qu uns chose illé^e, pefa, esf unç çho^g impiflt
Saluons bieq plutôt cette force dér vouée qui de victime s'est iàite martyre pour devenir exécutrice ; et saluons de tous nos regrets le jour où il a fallu le tonnerre d'une apoplexie pour la mettre au dernier néant, pour étouffer ses mâles vengeances.
=^-b»Googlc '
2ù PBËFACE.
Malheur, malheur quand vient à se couvrir la voix du châtiment! Malheur . quand l'oppression ne voit plus autour d'elle se dresser l'inflexible menace!
malheur quand il lui est donné de relever le front et de n'y pas sentir peser la farouche justice ! malheur quand la prévarication peut se retourner impunément et ne plus se brûler les yeux au glaive flamboyant qui s'est posé au seuil des splendeurs! malheur, malheur quand les visages ne deviennent plus livides d'effroi, quand les cœurs ne se fondent plus, quand les pensées ne se troublent plus elles-mêmes, quand les jointures des muscles ne se relâchent plus, quand le tourment n'est plus dans les reins, quand les genoux ne heurtent plus l'un contre l'autre!
Cette figure sinistre était l'anathème vivant; un linceul enferme désormais la fatale apparition, l'anathètne survivra. Le fer chaud a été marqué trop fréquent, trop profond, pour qu'il s'efface aisément au sortir du pilori. Dison&-le Cependant, la présence du supplice est un frein vigoureux, son absence est un éperon à la fougue de l'iniquité. Voilà pourquoi encore le brisement de cette verge redoutée qui dans son activité fiévreuse ne concéda iii paix ni trêve, est une occurrence qu'il faut déplorer. Les grands d'aujourd'hui vont toujours se gonflant dans le rien de leur vénal étalage; toujours de plus en plus haut grimpés sur les échasses de leur morgue; et ils sont précieux, ies ongles inexorables qui, bondissant har-
U P^iFÀCE.
diin^nt sur tou» cUnqu^ts iaux, sordides et vils, s'en viennent gratter l'or pQ^^ eu ^re tomber le cuivre > et se pepdrç aux mesquines éléY^Moil^ PQUr les jeter à bas,
{Intre ces ^ges pf ftuf bat^m*» , ces formidables (rameurs dédale, Cbodeup- DucIos,voiià|emaître.Chodrpc-DucloSj ce q'est pas hq siipple balayeur du Tepiple. Chpdrup-Puelos^ c'est le ^essÎQ de réternelle révolte apparaissant aux Pharisiens; c'est la vérité forte aoi^evantei secouant les sépulcres blfiDcbis; c'est le Qiinistre de I^ loyale pï^qvreté précipitant de la tribune prpfanée.
l'impérieuse et lâche opulence;; c'est; Ip citoyen de l'univers heurtant, frappant partout, sans relâche, sans merci,
PBËF&CE. 27
TuBurpatrice indignité; c'est le soldat fin souvpnir visant et mitraillant I^ poitrine des déserfeqr$;c'estlp pontjfis debout fulminant des autels du sacrifice i^ sainte excommunication; c'est la populaire majesté b^tonmtpt I4 prm*^ cière valetaijle; c'est la vii^nale itffippendaifçe faisant rougir le dévepgoo-y dage de l'oppression; c'est }e pyniso)^ de l'esemple faisant passer sous la fiistige^de le cynisme de la c^ardefiei ç'p^t la nudité de la veqg^nce faisant passer par les l^onqissements de 1^ foiUe la nudité de l'infamiei c'est le fer de 1^ yepl^etta braqué sur ce que n'atteint p^s la Ipi; c'est la hac^e du frauc-juge attendant aM passage l'impunité; c'est le grand se faisant petit; c'est le costume de l'éblouissement endos^nt le;
costume de l'opprobre; Henri VIK, bourreau , pour supplicier l'adultère du trône et de l'ingratitude.
Un souverain deBabylone était calme dans sa maison et florissant dans son palais. Or, il osa un rêve tel qu'il sentit sa tête se troubler, et qu'à r^arder si haut ses yeux étaient blessés. Il avait vu touchant les cieux par son sommet un arbre grand et fort qui étendait jusqu'au bout de la terre son fruit si abondant et son branchage si beau. L'arbre vigoureux fut émondé, coupé, enchaîné parmi l'herbe vulgaire dans des liens d'airain et de fer; le célèbre souverain cessa de vivre avec les autres hommes, et après nn certain temps on le voyait, veuf de sa gloire et dépouillé de sa
magnificence, pcomeoer son néant sur le palais royal de sa Babylone.
Un archange choisi rayonnait sous la main du Seigneur, et il se retourna jaloux contre cette main toute-puissante; et ils'éteignit dans ses splendeurs, et il n'était plus un habitant de l'Ëden, et il ne comptait plus parmi ceux de la terre : sa retraite de déchu fut labime infernal; son vêtement, l'ardente jnémoire; son attitude, 1 éternelle convulsion des deshérités.
Ahasvérus était là présent alors que les sacrificateurs travaillaient aux croix du Calvaire, alors que les Scribes se disputaient et s'arrachaient la tunique de pourpre : il avait touché de sa main
3ff PRÉFACE.
la main de Jiidas Iscariote: et voici qu'il fut frappé de Dieu, voici qu'une sentence tonna dans lei^ cieux disant :
(( Marche, marche satts cesse ! » Depuis cette première heure il marcha sans repos, sans feu ni lieu, sans beaux habits et sans un sourire.
Nabuchodonosor , Laciferj le Jui^ Erl-ant,Ghodru(sDuclos est cetteadstère pléiade: le front foudroyé par Id c&t^ strophe, le front dressé pour la révolte, le front montré au doigt dé tous; le sauvage piétinant sur le sable, et de là pï-êtant l'oreille au mui'mure des mers houleuses et fantasques; l'indompté rameur fatiguantleslagunës duCanalazzo et ne se rangeant pas quand les gondoles ducales passent; le specti'e noir
du lâfeÈarOtie dessinant sur lés tnurs de Venise sa silhouette maigre et débraillée; le vieux prophète ceint du cîlice et couvert de la cendre, et faisant venir le malheur sur la grande maison ovi sî^e l'injustice; et le promeneur qui s'en allait vêtu du sao, et rejetant sur Ninive les abominations de Ninive, et regardant avec l'œil du hibou l'asile du mensonge, des vanités fausses et des hardies
Chodruc-Duclos est fait de tout cela :
au fond de tous ces sombres tableaux, vous pouvez distinguer son terrifiant squelette. 11 est plus encore, il esta lui seul une immense pensée, une poésie qnè pas une langue ne rendra si ce n'e8tparcey(feni^/mene//aAem/qui s'en
Cooj^lc
vint glacer de son apparition le palais royal des Balthazar.
Eh ! quelle page, cette vie ! pasùn frémissement du drame n'y manque! Voyez à la première scène : la politique s'y glisse, renverse un berceau et creuse dans le sein de l'enfant la première entaille de cette large plaie du malheur, destinée à s'étaler si saignante.
La scèue s'agrandit, l'enfant surgit et se fait homme, le théâtre est illuminécomme en un jour de fête: rayons d'une paupière d'aigle, éblouissements du luxe,lumières d'épée, brillants coups demain, éclatantes péripéties.
L'action se noueil'anji s'en va frapper au seuil de l'ami: on neleconnaît plus
PSéfACB. SS
et les tempes lui brûlent sous rafFront, sous la' colère; il maudit, il se vengera. '■ ■ ■
Voici rheure où se précipite le solenoel cténot^nent. Le rigide et fougueux outragé se relève de. toute sa hauteur, prend son habit à deux mains et, le déchirant jusqu'à la corde, il en fabrique un fouet qui fera crier les illustres ingrats. Il a souillé sa bure pour imprimer sa contagion au velours. Pas une éclaboussure sautant sur ses guenilles qui ne s'en aille rejaillir sur la soie brodée; toute fange nouvelle qu'il conquiert sur sa route semble en montant jusqu'à sa poitrine fixer une croix d'honneur, et rayer du même coup un parchemin à la noble ignominie. Aussi
çjjg^^ cfi éçj>]}fi de ^^aqqiie aiiqnel on demandait de déployer la tjpi^ci de son manteau : « De quelle année la votdez-vou8?.»
I^ jjv^peandégaenijlé s'agitsau vent, If çfflis«d^ f^t en marche, Pi^re4'Ergi)t0 s'âwce ■ pliu de )ialte que les pr^ ËIP9t9m:« n'aient été à jamais terrassés.
il s'ep esf (^f( une si grande que p!^ m)^ ^\itf f n'sfrjye; à ^ (aille. IJ ^ H»V*h! k Çilf ipe JmBJ^rf, ij s g(>F6^ ses ppumpns d';iti)ipsp)ièi'e libre çt générei^se,)! ç'^t ^}u rpi de^ ^xieadj^ptSj jl s'est emp^fé de sa demeiire f oyaie, il c'est installé tj^ns son palais, soq palf^is \ lifi. Si quelques
prinçaillons y ont jms logement tour à tour, ils DOt passé comme ai;^nt d'humbles locataires, admis et bamiiq selon l'événement : il est demeuré, lui, jusqu'à la fin dans sa propriété; chacune de ses dalles était un degré du trône; chacune de ses galeries, un dais; le seul fnpqarqvfp contemporain qui ait gardé depuis sopavénempHtlesceplrp et \"m- YÏplahjUté a eu cp Bpm : Chodmp- Pptios.
Puis ce règne a fini par une majesté ç|ui est sans ç^emplc : 1^ roi est mort dan$ spa siég« royal , Ift rue-
Croyez-vous maintenant qu'elle ne soit pas à étudier, l'histoire de cette rare dynastie, quj ne cite dans son passé
qu'un membre vraiment digne d'elle, Diogène; et qui dans l'avenir n'aura plus personne à compter peut-être !
Relevez cette moisson d'étrangetés qui s'est déroulée si féconde, si dorée, si orageuse.
Ânatomisez ces vastes brisements, ces élans du blasphème et de la piété, ces étouffantes compressions de l'orgueil et de la grandeur, ce cœur tenu à deux mains, ce cadavre qui va devant lui.
Regardez dans cette âme de poète, si jeune au-dessous de tant de décrépitudes.
Entrez dans cette vie si pleine, ouvrea-vous à ses francs épanchements
PRÉFACE. il
de chaquejour, fouillez dans ses tasdres rêveries, dans ses monstrueuses imaginations; écoutez ses mille et une fantaisies, ses fraîches réminiscences, et ses cris et ses défaillances refoulés à toute heure.
Recueillez les uniques lamentations qu'ait rejetées le volcan; vous l'entendrez gémir peut-être plus brutal qu'harmonieux, mais cette brutalité met plus de pittoresque et d'échos dans ses enseignements.
Prenez votre place à ces tables de palissandre et sablez le Champagne à plein cristal; puis retombez sur lais pourri de la taverne , et buvez votre part de ce verre devin bleu.
Secouez ce frac de la molle et follfe élégance, faites-en tomber le parfam et les innombrables rendex-vous de féteSj de combats et d amours; étalez dans tous ses i-epHs le haillon de la ferme et sage indigence; analysez ce saug et cette sueur émanés d'une poitrine laboflèuse, saisisse? et garde:^ les j>o'Ighàiits éouvëiiit-s qiii è'eti échapfiéiit..;..
Et vous diree qnè le haillon de cet homme serait iJnerelique plus enrietisè, plus riche que bien des robes impériales.
St Iwscfa'it volisadiiendrtf de mettre ftepjed dam ces gadeties qtii ont été le elmnaiiM^ le palais de Ghodruc-Daclos, vous donnerez de loin un regard à
l'Empereur de la Misère qui s'est brisé dix-sept ans à ce rocher de Sainte- Hélène.
£t votre cœur se serrera de ce que Dieu, en nous dotant chacun ici>bas de notre rayon de soleil, n'ait pas toujours pris assez large la mesure de notre tête.
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CHODRUC-DCCLOS.