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CHAPITRE XXXIV

NOUS ET DUGLOS.

La maÎD de la destinée a coupé cette vie en deux : ici s'arrête la première part, quelle sera la seconde? C'était pourtant un beau spectacle que ces vastes panoramas se déroulant au travers d'une magie si variée; c'était un splendide éblouissement à l'œil que ces mille et incessants prodiges s'enroulant tous dans une chaîne d'or; c'était une curieuse et haletante &tîg;ue que de suivre la marche de tous ces étranges événements courant l'uu après l'autre, actifs, coquets, désordonnés. liCur éclat, ce n'était point cette riche lumière

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d'azur qui plane comme une grande aile posée sur les flots calmes et inagités, ce n'était point ce manteau d'un bleu sans tache embrassant dans ses replis berceurs les dormeuses pérégrinations : c'était bien plutôt cette flèche de feu qui sillonne l'espace dans les bouleversements de l'orage, c'était encore cet autre éclair qui rejaillit du sol alors qu'un escadron s'élance, faisant pétiller et craquer ses sabots impétueux. Jamais ce bonheur d'une paix limpide et mesurée; maïs les ardentes et belliqueuses Ëintaisies, mais les fougueux, les formidables emportements, mais la lutte contre toute résistance organisée, le combat avec tout ce qui est digne de combattre, le bruit, l'applaudissement, l'admiration enlevée d'assaut, la tourbe ébahie, la foule dominée, toute une cité, tout un pays qui regarde, bat des mîiins et crie; un bras de Samson maîtrisant l'insolence des Philistins, les coups d'épée à deux , les croisements de fer et de flamme en plein champ de bataille ; et puis au retour, les triomphes de salon , les petites guerres de boudoir, les allées de Toumy où Ion s'en va

us

ré^er,etp&r droit decoaquète^par droit de puissance, et par droit du plus beau et par drràt du|Jusfort: — ^Voilà cette jeunesse, voilà cette preonière existence : donner le ton, commande à la mocb, présider à foutes fêtes, à toutes partiesd'benneur ; jeter une balle où va ledàir, faire une piqûre de chaque élan donné à son fleuret; Êùre de chacun de ses regards uneoolère,un châtiment, un doux ravage,une fasci Dation ; Uooer un carrosseavec hinoblesae d'un béros d'Homère, manier un étalon avec la main Uanche et gracieuse d'une Amazone ; et puis en passant cueillir un sourire de toutes les joues roses, butiner un bouquet, une palpitation s'échappaot de toutes les gazes enivrées , affolées, déUrautes; semer sa fortune à pleines mains, prodiguer son courage à {4ein cœur ; ^erveiller Bordeaux du luxe de son éléganoe; ànerveiller Bordeaux, Lyon, la Vendée, Paris, du luxe de son héroïsme... Celte moitié de l'arène n'a-t-elle pas été dignement parcourue, n'a-t-elle pas été remplie sans lacune à l'heure où. nous sommes ? Qu'a-t-il manqué à toutes ces richesses d'âme, qu'a-t-il

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manc^vé à tPU« ces rayonnements étoiles? Bien, pas même l'ombre après la lumière, les étroites et ténébreuses détresses i neu . n'a failli à l'honnête homme , pas même la prison^ les cachots, presque la guillotine. Rien n'a feilli à l'homme de bien, pas même la société des voleurs et l'approche des m&~ mes. Bien n'a Ëiilli à l'homme d'étude, pas même le rebut et l'expulàon qui accueillent l'ignorant, l'inronnu. Bien n'a failli à rhomrae de cœur, pas même les lâchetés de l'ingratitude.

Nous ne voulons point ici porter d'un seul bond notre héros dans les cieux, nous nous déclarons tout d'abord les gens les plus maladroits de la terre pour élever une apothéose. Du scalpel de notre intelligence , nous cherchons à fouiller au fond des natures dont l'anattHuie peut fournir matière à quelque utile enseignement ; mais nous ne savons poiat mettre les cloches en branle, écrire un ordre de cortège, ouvrir les portes du temple, dresser les dix mille torches d'honneur, planter le dais, présenter les armes et, le front nu,

ShU HÊHOIRES

coorber les badauds, agenouiller les complimenteurs, esciter les bigotes grimaces en face' d'une chapelle ardente.

Mais nous ne voulons point aussi que la supériorité renversée gise dans l'indigne pêlemêle de la fi:>sse commune ; nous ne voulons pointqu'àrheurcdela déchéance on s'en vienne déposer sur elle l'adieu ^lacé de l'anïmadversion; nous ne voulons point que toute chute soit frappée du pied, par cela seul qu'elle est à terre; nous ne voulons point pousser jusqu'aux enfers une créature de Dieu, parce qu'un jour aura sonné en ce monde, un jour où elle se sera souvenue quand tous oubliaient; un jour où elle aura marché dans le caprice deses volontés d'airain, un jour où elle n'aura plus consenti à rien faire selon l'image des hommes; ce que nous ne voulons pas, enfin, c'est qu'une abdication soit proclamée un détrônement.

Ce que nous prétendons, c'est que les injustices, les menaces sourdes, les vilenies effrontées, pour lesquelles on s'est vu contraint de

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déserter son premier rang , ne passent jamais inattaquées. Ce que nous prétendons, c'est que l'opinion humaine — cette a^ugle intraitable — ne prononce pas toujours , au seul toucher des résultats, sans nulle enquête des causes. Ce que nous prétendons, c est que les phénomènes s'expliquent par la loupe de l'étude; c'est qu'on ne blasphème pas contre tel ou tel , parce que tel ou tel aura cru battre du front les nuages, et que vous l'am-ez pris, vous, pour un habitant des derniers mondes souterrains. Hélas ! hélas ! qui d'entre nous osera garantir l'infaillible justesse de ses découvertes? Qui osera préciser une règle, comme uniquement sage, aux actions d'icî-bas? Qui osera fixer les limites de ce qui doit être , de ce qui ne doit pas advenir? Qui portera, sans crainte de la voir sécher, la main a l'arbre de la science du bien et du mal? Les sentiers vrais , les sentiers perdus nous ont été montrés de loin; mais où s'arrêteront-ils? Ijeur horizon n'existe pas.

Un philosophe de l'antiquité — je ne sais plus lequel — entrait un jour au théâtre, en

aamtaat mut oa ttsl pied. Ses.anU rintoito-

— Je WM tûs^ le» aatres, dit-il, s'y xwxtdve sur leaadcax pieds, je suis dès loncoovanica que le eoatraire doit être préféré.

Daa» ks tnnt dernières aimées de sa vie, ou pbitooophe de ces temps — Emile Chodmc-Dodos — deacendait toujours ses cinq

étaget à reculons , peut-être pour cet nniqiie

motif ; qne nous descendons autrement notre escalier.

Voas crierez aux deux extravagants! Étes- Toos bien sArs de votre drntt Qui voos aura dcrac autorisés? Ne serez-vous pas, au surplus , joges dans votre cause?

Et puis , je comprends raccffe la condamnation lans plaidoyer, l'œavrc qu'on réprouve parce qu'dUe n'a pas allégué sa justification^ parce qu'elle n'a pas fait valoir sa logique ; mais la route peut fort bien, je pense, n'être pas poursuivie^ dés que le but a changé. Nous ne sommes, après tout, sur la grande scène du monde, que des acteurs chargés, pour un temps, d'un rôle de plus ou moins d'impor-

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taace ; libre à nous de revêtir le costiuue et les allures le plus en harmonie avec e personnage que nous nous sommes imposé.

Cbodmc-Duclos, je vous l'ai dit , était le Sirius de la Gironde. Presque toute la pléiade qui l'escortait, qui brûlait par sa flamme et brillait par son éclat, était veoue depuis s'installer dans les hauteurs du ciel parisien. L'astre-maitre vint à la suite. Un de ses satellites,rien de [^us, l'ex-avocat Peyrounet avait su monter loin encore au-dessus de tous ; et, s^il n'avait été qu'en seconde ligne à Bordeaux , il était en première dans la capitale de la France. Tant que Duclos avait marché en tête , il employa la puissance qu'il s'était conquise à toujours garder près de lui une place pour son frère de cœur , d'aruies et de pays , pour son frère Peyrounet. Quand Peyronnet fut investi de la puissance quVn lui avait accordée, Dudofi arriva , heurta la porte de velours ; et son ami ne voulut qu'à grand'peine le reconnaître pour l'avoir vu quelque part, et ne voulut point se souvenir que ces deux jeunesses s'aient tenu cependant la main tou-

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jours dans la main et l'honneur prot^é par k même pointe de fleuret. Il est vrai de remar^quer, en passant, que Sa Grâce monseigneur le garde des sceaux avait publié — depuis que les deux notabilités gasconnes s'étaient rencontrées — sa femeuse Loi damour et sa magnifique épUre sur Xlndifférence.

Quant au simple citoyen Duclos, il est vrai d'ajouter encore qu'il n'avait écrit de loi d'amour et de satire contre l'indifférence, qu'avec cette généreuse plume de fer qui savait relever si éloquemment la cause perdue de l'avocat Peyronnet lui-même. Le simple citoyen Duclos n'avait point tracé sur son écusson de comte cette devise : Non solkm togâ (L'épée me va aussi bien que la robe); mais il avait gravé que les armes lui allaient^ seulement, sur son bras qui était son blason à 1 ni , puisqu'il lui servait à défendre ses amis: titre de noblesse qui vaut bien les autres. Le simple citoyen Duclos n'avait point proclame à grands cris et à grandes gesticulations son dévouement à la dynastie nouvelle, il l'avait proclamé cent ibis sous le feu de la fusillade

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et devant la bouche des canons : voilà tout.

Le simple citoyen Duclos n'avait point baisé la poussière des mille et une protections cramponnables, et n'avait point rougi le parquet général de la cour de Bourges au profit de la morale publique. Le simple citoyen Duclos n'avait point usé ses poumons et les oreilles de son département pour faire qu'on se débarrassât de tout ce tapage en l'envoyant déclamer à la chambre des députés.

Le simple citoyen Duclos n'avait point, à la chambre des pairs, hurlé comme uncannibule contre ces malheureux jeunes gens qui avaient conspiré au 19 août 1819. Le simple citoyen Duclos ne demanda point, à cette séance , vingt-huit têtes , vingt-huit pour satisfaire la veagennce royale !

Duclos ne reçut point un portefeuille pour cette sanglante brutalité. Duclos ne fut point é\n par monsieur de Villèle — je devrais dire par madame du Cayla, — ministre, puis ^arde des sceaux du royaume de France.

Duclos n'avait point violé par ses ordmipances ilétrissaittes la sainteté de la toge ma- .

■ i>,Gôot^lf

SM MÉMOmBS

gistrale; Dudos u'avait point profané les autels de la justice eu y glissant les souilhires d'une police secrète.

A Duclos ne revenait point l'honneur d'avoir eu la première conception dune toi <fatnesse, et créé cette fenatique et farouche loi du sacrilège.

Duclos n'avait point osé proposer en pleine trihune nationale la suppression de notre plus belle gloire , l'abolition de la presse.

Duclos, enfin, ne sentait pas sur sa conscience le poids d'un remords éternel , l'holo' causte de l'un de nos plus dignes et plus braves officiers j Duclos n'avait point reçu te pourvoi du colonel Caron et dépêché un exprès au télégraphe, pour feire signifier l'ordre d'une immédiate exécution.

Duclos n'est potu* rien dans tout cela ; et il ue craut pas de se montrer en public, ci il ne rougit pas de venir affronter l'antichMnbre de Sa Grâce M. le miniitre de la justice, comte de Peyrooitetl

Cbodmc-Duclos, sans grade et sans titre.

DE GH<KDIRK>f)UGLOS. Ul

court à Lyon protégé- l'étemiard de la U^tà-

mité.

Deux fois Chodruc-Dudos vole en Vendée au secours de la Restauration, toujours plus grand, plus héroïque sur cette terre que l'Empereur baptisa la terre des géants.

Vingt fois Chodruc-Dudos , pour avoir été trop fidèle à la monarchie, est précipité lous les Verrous, étouRe entre quatre étroites et mortelles murailles , déchiré |tar les fers dus les profondeurs des plus noirs abîmes, tCH'tui'é par tous les supplices que peuvent inventer le servile despotisme d'un Fouché, la rancune d'un Napoléon.

Chodruc-Duclos n'a point vendu ses services; au seul cri de son âme, Chodruc-Doclos a tout donné, tout prodigué, sa fortune, jusqu'aux derniers débris; des semaines, des mois, des années de liberté, des flots d'un sang pur et généreux.

Tout cela pour les fils de saint ïiouis , de François !•", d'Henri IV.

Maintenant que par les mains des Choque-Duclos ies ro^uK exilés ont Kgifpé

MS HfiHOntBS

UDt fàmiAe, une patrie, un état, les Chô-' druc-Duclos ODt eu l'audace d'espérer; \e% OiodruoDudos se août pris à croire que les - «ouTeiwiu vaqdraieot mieux que l^urs m)aistres, qu« les fils du roi saint ne seraient pas impies, que les fils du roi chevalier ne se monticaraient pas vils et petits, que les fils du leul ni dont te peuple ait gardé ta. mémoire ne perdraient pas toute mémoii% d'un -«niant de ce même peuple.

Âveu{jl& aberration 1 Tous aviez lait du bien à un parvenu, vous lui aviez serré la main, vous vous étiez battu pour lui.

Vous vous étiez armé pour deux princes •■.parvenus, Louis XVJU, Charles X; vous vous étiez pour eux laissé ruiner, emprîsMiner, couvrir de votre propre sang!

Votre nom avait toujours répondu le premier à l'appel, toujours été proclamé en tête -des bulletins des braves, toujours cité en tête des défenseurs de ces parvenus.

Et TOUS voulez que le nom d'Emile Cbo- -druc-Ouclos n'ait pas été consigné en tête des

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importuns, sur la liste que ces gens-là donnent à leur valetaille?

Et vous von^ qu'on se décide à vojis confirmer seulement ce brevet de marécbal-decamp si bien mérité au service de leur cause, et dont le général La Rocfaqaquelein vous avait décoré sur le champ de bataille !

N'y songez pas , n'y songez pas , votre conduite a été trop belle pour vous permettre l'ambition. — Cette ambition ne serait rien de plus, il eàt vrai,' qu'une restitution; mais des ministres ingrats et des rois traîtres, on coudoie cela tous les jours ; un bonnéte homme ne se trouve pas comme cela.

— Que faire alors? s'écrier, c'est avoir l'air de se plaindre : il faut se tenir dans sa dignité. Se taire, c'est pousser le vice, ouvrir les chemins au crime, caresser les impunités, jeter dans les coeurs généreux le poison du découragement.

Pour l'exemple, pour l'équité, une vengeance donc; un châtiment qui parle au regard, à la foule ; quelque flétrissure étrange, inconnue, perpétuelle, vénérée; telle qu'en I. 23

iSk HÉHOIRBS DE caODRUC-IAJCLOS.

voyniit cheminer ditût et fier Cet mstrumeiit de supplice, chacun s'écarte et dise : ■ Laissez passer l'injustice de* grands! Laissez passer la justice populaire ! «

PUf DU raUDGR VOLUME.

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