CHAPITRE XXXIII
PETITS poulets ENTRBTIEItNEIlT L'AHITIË.
LeleademaiD de cette scène assez vive pour Peyronnet, assez calme pour moi, je re^us par un maréchal-des-logis y qui descendit de cheval à ma porte, une grande lettre contenant ces mots :
■ — Le ministre de la justice recevra monsieur Duclos, lundi prochain à deux heures. ■
Je répondis :
« — Monsieur Emile Chodruc-DuiJos ne veut pas être reçu par le ministre de la jus-
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tice. Gest à son ancien ami Peyronnet qu'il a demandé une entrevue. »
Un second paquet plus raisonnable me vint le soir même ; il était laconique, ainsi que je les aime :
■ — Viens donc.
" Signé : Petronnbt. »
Dans cette audience, je trouvai Son Excellence monseigneur le ministre des sceaux et de la justice dVne extrême modestie, d'une bienveillance empressée : je m'en voulus presque de mes emportements.
Hélas ! c'était de Teau bénite de cour.
Peyronnet m'offrit je ne sais trop quel mince emploi dans les eaux et forêts, que je refusai. Il me parla aussi, je croîs, de courrier de cabinet, dont je ne voulus point j et il finit par m'oHrir le grade de chef d'escadron de gendarmerie. Je réfléchis un instant, puis je lui demandai si une prélecture ne m'irait pas mieux.
— A toi , il te faut une épée , non pas une plume.
— Une «cette générde?
— Une épée.
-~ Alors nomme-moi ooload.
DE GHOaRDCDlICLOa 335
ibanâai le prix d'âne paire de bottes que j'avais usées à son service. 11 me répondit par r<^re d'usé plaie c|ue je ne poirraj&acoep4e» ; car sous aucun rapport je n'ai voulu appartenir à la pcJic&
Entre le ministFe et moi ce fut désormais une guerre à mort ; et , pour ma part , je pris la ferme résolution de punir la bassesse de celui pour qui j'avais déjà mis deux ftâi l'épée à la main.
Je lui écrivis :
" Puisque Son Excellence mmiseigoeur le garde des aceuiK et de la justice refuse de se trouver en ma présence dans son hôtel , j'espère qu'EUene se re&iserB pas an plaisir de me voir es &cc an bois de Boulogne , devant deux témoins. Je Uù donne le choix des armes; mai» je cvains fort qu'ElIe ne. [véftre lepingleà 'épéeoaiQi pistolet
x DUCLOS. "
PoÎBtdc réponse.
Oh! ma foi, je résolus de casser les vitres t les glaras de sa Totture , et j'atUn-
S36 HÉaUMRES
dis la aortie de Son Excellence, poMlant un
mois entio'...
Efibcts et patience inutiles : dès que j'avais la figure un peu plus sérieuse qu'à l'ordioaire, j'étais sûr de voir uo amas d'estafiers cercler mon hôtd et s'apprêter à me mettre dans l'impossibilité d'agir.
Que iaire donc?
Se résigner, renoncer aux iaveurs que je m'obstinais à regarder comme des droits acquis; et vivre au jour le jour de mes petits revenus, en attendant l'occasion favorablequc le sort ne tarderait sans doute pas à me présenter.
lie sort n'écouta pas mes prières...
Et IStS HABITS COMMENCÈRENT A &'USESl
Cependant je me plaignais, je me plaignais à haute voix, et Peyronnet, qui me savait homme d'action , croyait avoir tout à redouter de mon indignation et de ma colère. Aussi i-eçus-je à diverses reprises des offres d'argent, que je repoussais; car je ne mendiais pas encore.
On fît plus : on m'offrit pour la seconde
DE CBODRUG-DVCLOS. 337 .
fois une de ces places productives , mais peu ' honorables, qu'on obtient comme une-flétris- sureetqu'oDnegardequG parla dégradatiob.
1i ne s'agissait de rien moins que de moucharder en jabot et en ^^ants blancs, de m étaler dans un grillant équipage , d'arriver suivi et précédé par un domestique à livrée , d'entrer tout rayonnant dans un vaste salon, d'y déblatérer de mon mieux contre \e roi , contre la iàmille royale , contre les choses, contre les ministres, contre leursamis et leurs maitressw, — vous voyez que dans tous les cas la besogne ne pouvait manquer; — il s'agissait enfin de prendre en note tous ceux qui seraient de mon avis.
Four cet honnête métier, on m'offrait douze mille francs gratis, un logement gratis et dix valets gratis. C'était trop cher, beaucoup trop cher; et j'écrivis à mon généreux protecteur une longue lettre , dont je me rappelle toutes les expressions.
JjCS voici :
i( Canaille!
» Signé, Ducu». »
S3S MÉIKMRES
Je ne reçus point de réponse ; et cependant je suis bien certain que ma missive arriva; car je la remis moi-même à un employé du ministère, en lui disant de ma voix la plus douce :
— Tiens , c'est le traité de paix entre Son ■ Excellence et moi.
Cependant il me fallait \i\Te , quoique Pej' ronnetnencompritsans doute pas la nécessité. Mes bijoux avaient disparu dans le Mont <f Impiété , mes vêtements avaieut suivi la même route, et il m'était arrivé plusieurs fois de dtner par cœur.
Je maigrissais à vue d'œil, et toutefois le manque de pain n'était pas ce qui me semblait le pins funeste.
Ce qui feit le front ridé, les joues creuses , les yeux vitrifiés, les épaules osseuses, les cheveux blancs, la démarche tmnblotaDte, la voix fiévreuse , l'haleine corrosive , — ce n'est pas du pain noir ou rance , ni une chambre sans &u , ni des vêtements sans lustre. Ce ne sont point des bottes sans talons , des chapeaux sans coiSe et sans bords.
DE GB(H)1tTH:-OUCL0S. n«
Ce qui vieillit, énerve et tue avant l'&ge, c'est une espérance détruite, c'est une ingratitude que vous ne pouvez flétrir, une insolence que vous ne pouvez châtier i c'est une lâcheté, une désillusion.
Quand le découragement s'empare de l'âme, le corps s'affeisse ; et si le mien fut toujours vertical , c'est que je nourrissais en moi un sentiment de vengeaace, qui luttait victoi-ieusement œntre la hassesse de mon ancien ami.
Pour m'encourager dans ma forte résolution , je ne cessais de me r^iéter que tât ou tard Justin so^it faite dn ninistre de la jobtice, et qu'il y avait quelque chose de Ëital dans cette pensée du roi , qni donnait les ht* lances à des maim eomme e^es de 9eyronnet.
Eh bieni l'anét a été porté; le miaistre a été chassé; j'ai cherché, moi sa victime, à l'arradier à la vindicte panique.
liB caitm et llud^jmation «Mit des (lises ; elles passent comme les tsin«eates. Je subis cette loi commiuie, et jephigius.
BIÈUOIRES