SOS MÉMOIRE
sale de ce vaste univers, où l'on marche à tâtons pour aller à la conquête de la vérité. Mats, bêlas! la cécité nous est venue par l'éblouîssement, et ceux qui y voient le moins. aujourd'hui sont ceux qui mènent les autres.
— Tiens ! vous avez étudié la chose publique?
— La chose publique n'est jamais que la chose particulière.
— Alors, faites-moi donc le plaisir de me dire ce que c'est que Villèle?
— Un chiffre.
— Souh?
— Une épée rouillée dans son fourreau.
— Martiguac? '
— Un homme qui aurait voidu être bon.
— Polignac?
— Dès qu'il y a du gnic et du 0aac, je tremble pour mon mouchoir.
— Et d'Haussez?
— Une plume qui vise à écrire.
— Et Chactelauze?
— Un zéro qui -n'a de valeur que selon la place qu'il occ
DE ceODRUC-DCCLOS. 20»
— Et Peyronnet?
— Un homme heureux. Mais je parle, je crois, d'un de vos amis.
— Oui, ami comme l'ange Raphaël est l'ami de Satan.
" A mon tour, monsieur le poète; puisque voussavezquePeyronnet et moi avons étéamis. Peyronnet, voyez-vous, est un homme grand, qui aurait voulu à tout prix que ces deux derniers mots cbanf[èassent pour lui de position.
» Peyronnet a été tellement étonné de se trouver au haut de l'échelle , que peu s'en est fallu que son oi^ueil ne fit crouler le piédestal.
» Peyronnet ministre, seul au milieu de ses vastes salons , devait passer sa vie à s'admirer dans son hermine, à se draper dans sa vanité.
» Et cependant Peyronnet ministre valait encore mieux que Peyronnet demi -gentilhomme hordelais..
i> Peyronnet, mon ami! Oh! pour le coup, je déclare que Charenton vous convient à merveille.
» La route du lion n'est. pas celle que pren-
S19 tÊÉSÊOÊÊXS
dra jamais Peyronnet : il lui fant, à lui, la Mute d« reoard ; eC voiUk poorcftioi SI est arrivé.
» 3e possède mon Peyronïici, comme je possède mon Palais-Royàl : il n'est pas une dalle de cette âme que je ne connaisse à fond . n «i est sorti tïti son creux , retentissant , et pas une pens^ cotïsolanic et noMe.
n peyronnet et moi, c'est le zénith et le nadir, c'est l'hiver et! été, ce sont les ténèbres et la lumière; c'est vous, c'est moi... et l'opulence. "
Notre conversation se œratt sans doute loqg-temjps prolongée encore i mais un inspecteur du port arriva, suivi de deux agents de police; et, de sa voix brutale, il nous ordonna de nous lever.
•"-^Ift^bonne beuceJ s'écoia mou cosapagnon d'infortune, voilà qui vieotàil'a^i^i^U: ma |>rédio8tion. J'avttis pour lit mie pierre glaoée, ^ur^dôme le ciel, poar oreiller un morceau de bois, pour horizon un parapet^ mais on juaiinu^ tous ces bieus, aes trésors ,
DE CBEtraDG^KrCLOS. SI
parce que j'en avais un plus appréciable
un air pur et libre.
Nous fûmes conduits à la Préfecture de police, mon nouvel ami et moi; onnousdonna pour asile nae ckamluae -vaste, nie, étouffante; et pour camarades, des voleurs, des assassins, des espions....
Le lendemain, Hégésippe Moreau sortit du dépôt de la Souricière, par ordre du préfetde police.
Il est allé de la Souricière à l'hôpital, de l'hôpital au cimetière, du cimetière.... je ne sais où.