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INTRODUCTION
APERÇU DE QUELQUES DOCUMENTS INEDITS QUI CONCERNENT L'HISTOIRE DÉS GUERRES CIVILES DU XVI* SigÈCLE.
De nombreuses publications entreprises dans ces dernières années ont beaucoup ajouté à la masse de documents imprimés que la France possédait déjà sur Thistoire de la seconde moitié du XVI® siècle; d'autres sont annoncées et se préparent actuellement. La collection du ministère de Tinstruction publique, qui a fourni à l'érudition des matériaux si précieux, renferme pour cette grande époque les Négociations et pièces diverses relatives au règne de François II, les Papiers d'Etat du cardinal de Granvelle, les Relations des ambassadeurs vénitiens, les Actes des états généraux de la Ligue, les Lettres de Henri IV; la Société de l'histoire de France a donné la Correspondance de Marguerite de Valois, avec les Mémoires déjà imprimés de cette princesse; MM. Petitot, Buchon, Michaud et Poujoulat ont formé de nouveaux recueils de mémoires et journaux publiés ou inédits; enfin il a paru un nombre in-, fini de pièces concernant le xvi"" siècle, dans les Archives curieuses de l'histoire de France, dans les Mélanges de M. Cham-
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poUion-Figeac\ dans les Négociations dans le Levant de M. Charrière^, dans la Revue rétrospective (entre autres, un journal anonyme de Tan i562), dans le Bulletin des comités historiques, dans les Histoires locales, dans les Mémoires des sociétés savantes de Paris et des provinces, dans les Revues protestantes, et particulièrement dans le Bulletin de la société de l'histoire du protestantisme français, dirigé par M. Read, etc. Des éditions spéciales de mémoires et de correspondances ont en outre été données sur plusieurs points de la France. Je citerai : l'Histoire de ce qui s'est passé en Bretagne durant les guerres de la Ligue, par le chanoine Moreau ( 1 836) ; le Journal de Guîll. Panadin , doyen de Beaujeu , pendant ies années i Ô7 2 et 1 67 3 {Lyon , 1 83 7 ) ; les Mémoires de Jean de Vernyes, concernant la province d'Auvergne (i838); le Journal de Jean Migault^ publié par M. de Bray (i84o-i846); le Journal d'un hoargems de Rouen, «de lâ^S à i564, publié par M. And. Pothier (1842); le Récit de la Saint-Barthélémy à Troyes {i8îl3); les Mémoires de Gérard Roussel, prédicateur de la rekae de Nararre (éd. de M. Schmtdt, i845, io-8**); le Jourasd ^e GuiMauxue et de Michel Leriche, avocals à Satnt-Maixent {i846!):; les Mémoires de Pontus Payen, et d'autres relations -de ce qui ses* passé à Arras pendant les troubles (édition de M. Achmet»d'Héiîcourt, i85o); ie Journal de Pieire Fayet, sur iestroirbles de la Ligue (1862); le Diaire du ministre Merlin, pasteur -de i'église d;e la Rochelle, publié par M. A. Grottet; la Réforme dans le Gambrésis, au xvi* siècle, manuscrit publié et anmrté par M. G. L.. Frossard (i855), etc. A côté de ces divers lODTViBges se placent : les Lettres et instructiofis de Mari^ Stuart, recueiMies par M. ie prince de Labano£P (i844); 1&
* Collection du ministère de Tinstruction publique citée plus haut.
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Correspondance de Charles IX et de Manddot, gouverneur de Lyon, au sujet de la Saint-Barthélémy { i83o); les Lettres latines et françaises de Jean Calvin, mises au jour par M« Jules Bonnet, etc. Des renseignements intéressant la France au xvi*" siècle ont aussi paru à Tétranger : le Levain du calvinisme, de sœur Jeanne de Jussie, religieuse de Sainte-Claire-de- Genève (Genève» 1 853, in-8**) ; la Correspondance diplomatique de Salignac-Fénelon, ambassadeur de France en Angleterre, dç i568 à 1575, faisant partie de la collection formée sous la direction de M. Ch. Purton-Cooper {i838); les Recueils de lettres et les mémoires historiques, donnés en Belgique par MM* Gachard, Polain, Kervyn de Lettenhove, etc.
Néanmoins des pièces de tout genre, correspondances politiques ou militaires, lettres intimes, actes judiciaires, poésies, voyages, mémoires et journaux, doléances des trois états» ordonnances, procès -verbaux, actes municipaux, gisent encore dans les dépôts publics et dans les bibliothèques particulières, et beaucoup d'entre elles pourraient avec fruit être imprimées. Pour ne parler qUe de la Bibliothèque impériale, cet établissement possède dans les volumineuses collections Dupuy, Béthune, Brienne, Fontanieu, Bréquigny, Lancelot, Saint-Germain-Harlay, Saint- Germain français, Gaignières, dans la collection de Lorraine, etc. un nombre prodigieux de lettres autographes et de copies de lettres de la plupart dep personnages qui ont joué un rôle pendant la durée du xvi* siècle. Les mémoires inédits sont moins nombreux; mais quelque^ uns présentent u» vif intérêt pour Thistoirç des moeurs et fournissent des détails précieux sur nos troubles civils et religieux à Paris et dans les provinces. Voici une liste de ceux dont j'ai pu constater leiiistence pour la deuxième moitié du xvi* siècle. Cette liste serait sans doute augmentée d'une manière notable par
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des recherches plus minutieuses que celles que j'ai été à même de faire » et qu'il faudrait pousser jusque chez les particuliers. D'autre part, je puis m'être trompé dans la qualification d'inédits donnée à certains manuscrits; on sait combien les constatations à cet égard sont difficiles , et l'on voudra bien , j'espère, me pardonner quelques inexactitudes, si j'ai eu l'heureuse chance de faire connaître des documents nouveaux.
Registre contenant mémoyres de plusieurs choses mémorables et non vulgaires, advenues tant au Parlement de Paris guen divers lieux de France depuis le moys de novembre 1560. (Bibl. imp. coUect. Dupuy, vol. 3oi.) L'ouvrage occupe dix-neuf pages. L'auteur est un avocat au parlement. Son récit commence à l'an 1 5 60 et s'étend jusqu'au 1" novembre iSSg.
Mémoires de François Grin, natif de S*-Quentin, moine de tab^ baye de S^-Victor de Paris. (Bibl. imp. fonds S*-Victor, n^oig, in-A""-) Ce manuscrit remplit quarante-trois feuillets. L'auteur y a relaté les principaux événements arrivés entre lôô^etiôyo, et tout ce qui s'est passé de remarquable dans son couvent, pendant cette période de temps. Le titre de l'ouvrage est : S' ensuyvent plusieurs actes rédigés par manière de cronigue, advenus depuis le jour de Pasgues l'an mil cing cens cinguante-guatre.
• Histoire de la Rochelle, depuis l'an 1199 jusgues en 1575, par Amos Barbot, escritte de sa main. (Bibl. imp. S*-Germain français, n** 1060, 2 vol. in-A*".) L'ouvrage est dédié à l'échevinage de la Rochelle. Le deuxième volume commence en 1 55o.
Choses notables gui semblent dignes de l'histoire, advenues aux premiers troubles, et gui peuvent être adjoustées aux discours gui en ont esté escrits, 1 562-1 576. (Bibl. imp. collection Fontanieu, vol. 3o3-3o4-) On trouve dans ce recueil quelques notions sur la Sàint-Barthélemy.
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Discours sommaire de ce (jui est succédé en la guerre que le roy, souhz la conduite de mons. le duc d'Anjou, son frère et lieutenant général, a eue contre ses subjectz eslevés, depuis la fin du mois d*aoust 1568 juscjuen novembre 1569. Cet ouvrage, dont l'auteur, bon catholique, paraît avoir pris une part personnelle à la guerre qu'il raconte, commence ainsi: « Sur les certains advis venuz «rau roy estant à la Roquette, près Paris, sur la fin du mois «d'aoust i568, de la soubdaine eslévation de ses subjectz de «la religion nouvelle, avec armes descouvertes, soubz la con-
« duite du prince de Condé, admirai, Andelot et aultres »
et se termine après l'édit de pacification du 8 août 1570. • La Bibliothèque impériale possède deux manuscrits du Discours sommaire : le premier, n° 1209 Sorbonne, petit in-4'' de cent dix-sept feuillets non paginés (il est incomplet et s'arrête à la bataille de Jarnac, i3 mars lôGg); le second, in-4°, fonds franc, n^ io336-2 (o/im Baluze). La signature Gassot, avec un paraphe, que l'on trouve plusieurs fois répétée dans les deux manuscrits, paraît n'être celle ni de l'auteur, ni du copiste, mais celle du propriétaire. On y voit aussi le nom de Florirtiond Robertet, avec une devise.
Le récit de la guerre de i568 et 1669, qui fait partie des Mémoires de l'Estatde France, t. III, diffère de celui des manuscrits Sorbonne et Baluze. Je n'ai pu me procurer, pour en faire la comparaison , un opuscule imprimé qui a pour titre : Mémoire de la IIP guerre civile et des derniers troubles de France sous Charles IX.
Mémoires de Jacques de Germigny, ambassadeur de Henry III près de la Porte, 1579-1 584- Cet ouvrage manuscrit, conservé dans la bibliothèque royale de Munich, a été signalé à la Société de l'histoire de France (séance du 7 mars i836).
Discours particulier, oii est amplement descrit et blasmé le mas-
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$acre de la S^- Barthélémy. (Bibl. imp. S'-Germaîn fr. n"* 986, et S*- Germain-Harlay, n'' 32 4i vol. 1 160; bibl. du Louvre^ collect. Bourdin.) Cest un mémoire adressé aux princes protestants, pour leur faire connaître les circonstances et les auteurs de la Saint-Barthéleray. Le récit du massacre est précédé de celui des événcipents politiques qui se sont accomplis en France depuis la conspiration dAmboise, avec des détails biographiques sur Catherine de Médicis, des réflexions morales, des exemples tirés des écrivains de l'antiquité, et un exposé de la situation de la France après la Saint-Barthélémy. La partie qui concerne spécialement ce grand fait a été publiée sous le titre de : le Tocsin contre les massacreurs.
Mémoires du marquis de Beauvais-Nangis , sur les règnes de Charles IX, Henri III, Henri IV et Louis XHL L'auteur, Nicolas de Brichanteau, marquis de Beauvais-Nangis, le même auquel on attribue l'Histoire des favoris français depuis Henri II, adresse ses mémoires à ses fils, et les £ait remonter jusqu'à son père, Antoine de Brichanteau. Cet ouvrage historique a été signalé par le P. Anselme; un passage, relatif à l'assassinat des Guises, a été imprimé dans le Bulletin de la société de l'histoire de France, i845, p. 285. Le manuscrit des Mémoires de Beauvais appartient à M. de Monmerqué; la publication en a été proposée à la Société de l'histoire de France (Bulletin dei845,p.i74), qui l'a décidée [id. p. 1 80) , et l'a confiée à M. de Monmerqué.
Histoire de France du président Montagne. (Bibl. imp. S^-Germain franc, n** 46, in-foL) L'hbtoire de l'Europe, de Jacques de Montagne, qui s étendait de i56oâ 1687, formait plusieurs volumes, aujourd'hui disséminés où perdus. Celui-ci comprend le troisième livre, qui commence au sacre de Charles IX.
XIV* livre de Y histoire de ï Europe ,^contenant un registre touchant
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Sélection de Henri III, roy de Pologne (BibL imp. S*-Germam fr. n"" 1 39 1 , petit in-folio de 1 70 feuillets.) Dans le catalogue de la bibliothèque, cet ouvrage est mis sous le nom du président de Montagne. On lit en tête : « Tout ce volume est bien curieux. «S'il manque quelque chose à Tentière déduction de cette « grande affaire, on le peut trouver communément dans les « autres autheurs du temps et divers mémoires qui ont esté «dressez à ce sujet. Cest dommage qu'il y manque deux « cahiers, qui contiennent partie des cérémonies et magnifi-. « cences qui luy furent faites par le duc de Mantoue (fol. 1 3 1 ). « — Le détail de ce que ce roy fit en Pologne et des menées « qui se firent contre luy, quand il fut party, pour le dépos- « séder, est tout particulier, — comme aussy tout ce qui se «fit aux comices ou diètes poaur eslire un autre roy, — et le « voyage de Despesses. »
Histoire des choses advenues en Flandre pendant les années 1565 et 1566 y et Discours du siège de Malte par les Musulmans. (BibL imp. S*-Germain franc, n*" 47, în-folio,) C'est un volume de l'ouvrage du président Montagne.
Histoire de nostre temps de ce (fui est advenu à Paris depuis le ix de may 1588. (BibL imp. fonds (t. n^ 2840-2 , oUm Delamare.) Ce morceau commence ainsi: «Le seigneur duc de Guise, prin^ • cipal chef et protecteur de l'église catholique et de la Ligue, « estant adverty que le roy vouloit faire es^cufaer, ainsi qu'es- « toit le bruit commun, des principauk citoyens de ladite ville « qui lestoient de ladite Ligue, arriva en la ville de Paris le « IX de may (jour de S -Nicolas) en poste, aocompain seulement «de neuf cfaevauk..... » Le récit js'étead jusqu'au mois d'octobre 1 590. Il se termine ain^i : « Ne &uU; oublier que, depuis «l/e fK de may que décéda Charles, card. de Bourbon, reco- <« gnesi pour roy par ceuli de l'Union, Ywi feist. tousjours
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«parler ledicl Charles aux arrestz de la court et lettres de • chancellerie, et ce jusques au xviii* de novembre lôgo, que u l'on commencea à dire les gens, la court de parlement et les
tf gens tenans la chancellerye et scelloit-on du sceau de
« France. • — Le même volume contient : Faictz et gestes ^ depuis la mort du roy Henry II jusques en tan 1569, recueillis la pluspart des registres du parlement de Paris.
Discours abbrégé et Mémoires daulcunes choses advenues tant en Normandye que en France, depuis le commencement de Tan 1559 et principallement en la ville de Rouen. (Bibl. imp. f. fr. n" loSgo-G.)
Journal de Jacques Cornet, bourgeois d'Amiens, sur les troubles de la Ligue; conservé dans la famille Cornet, à Amiens.
Journal de la ruine de S^-Crespin-le-Grand, de Soissons, par les huguenots. Ce journal a esté escript par D. Nie. ÎEspaulart, prieur dudit monastère et curé de Cœuvres, qui estoit présent et a vu ce qu'il a écrit. (Bibl. imp. coUect. de D. Grenier, vol. XXXIV, 6* paquet, it* i.) C'est sans doute le même ouvrage que celui qu'on trouve indiqué dans la Bibliothèque historique de Le Long et Fontetle, sous le titre suivant: i8oo3. Histoire de la sur-prise, de la ruine et incendie de la ville de Soissons, arrivée le jour de S^-Côme et S^-Damien le 27 septembre 1567, par l'armée des religionnaires, et de tous les environs. Cette histoire (in-fol.) est conservée dans la bibliothèque de M. Jardel, à Braine. MM. Henri Martin et P. Lacroix ont analysé en quelques pages le journal de Jean l'Espaulart dans leur histoire de Soissons, tome II.
Recueil mémorable d'aulcuns cas advenus depuis tan du salut 157% tant à Beauvais qu'ailleurs. Une notice sur cet ouvrage manuscrit a été donnée par M. Fabrignon, dans les Mémoires de la société des antiquaires de Picardie, t. V, p. 3 1 5. D'après cette notice, le manuscrit du Recueil mémorable a été trouvé dans la bibliothèque de M. Lemaréchal, mais il appartient à la
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famille Boret, et fait partie de la bibliothèque du château de Bachivilliers. C'est un in- 4*" décent un feuillets, d'une écriture de la fin du xvi* siècle. Le récit s'étend du commencement de Tannée lôyS à Tannée lôgS.
Journal de l'avocat fFagnart, sur les faits du xvi* siècle. (Bibl. communale d'Abbeville.)
Chroniques de Flandre et Artois, par Louis Bresin. L'auteur, né le 1 o octobre 1619, dans la paroisse de Vandringhem , châtellenie de Saint-Omer, commença à Tâge de quarante-quatre ans la rédaction de ses chroniques, qui s'ouvrent à la naissance du monde et s'étendent jusqu'à Tannée 1571.
Le manuscrit original occupait trois volumes in-folio; le premier s arrêtant à Tan i4o5, le second à Tan 1482, le troisième à Tan 1670. La Bibliothèque impériale possède (fonds Gaignières, n*" 684-2) le troisième volume, qui avait été men-r tionné dans la Bibliothèque historique de Le Long et Fontette sous le n** 38974. H est divisé en deux tomes, dont la pagination se suit et qui renferment ensemble huit cent quatre-vingtdouze feuillets. Le titre est : Le' tiers volume du recueil des croniques de Flandres et Artois, commençant l'an mil quatre cens quatre vingtz et deux, continuant jusques l'an mil cinq cens septante, par Loys Bresin; avec la devise : Tout pour bien. L'écriture est fine et d'une lecture assez difficile. Les têtes de lettres sont coloriées et on trouve intercalés dans le texte des armoiries en couleur, des portraits, des costumes, des vues de villes, des cartes, des plans de batailles gravés au xvi"* siècle.
D'après une lettre de Chifflet, qui est jointe au premier tome et qui est datée de Bruxelles le 26 juillet 1628, le deuxième volume était alors en la possession de M. Wilters, avocat;, on ne savait ce qu'était devenu le premier. Ces deux tomes ont été depuis dans les mains, le premier, de- Ferry de
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Antoine, est entre les mains des héritiers de M. Mermet, auteur d'une histoire de la ville de Vienne.
Le Mémorial d'Eustache Piedmont s'étend de 1662 à 1608, qui est prohahlement la date de la mort de Fauteur; mais de •i562 à 1572, tout se réduit à un abrégé très-sec en quelques pages. L'ouvrage offre, du reste, un jrécit curieux des guerres civiles et religieuses en Dauphiné, en Languedoc et en Provence; les faits généraux y sont à peine mentionnés. Ghorier s'en est beaucoup servi pour la rédaction de son Histoire générale du Dauphiné. (Voyez la Bibliothèque historique de la France, n^ 37969; la Bibliothèque du Dauphiné, de Guy- AUard (1798, in-8*); une notice de M. OUivier Jules dans le Bulletin de la Société de fhistoire de France (i835, t. 11, 1"^ partie, p. 116), et les Mélanges, publiés par M. Champoîlion-Figeac (t. I, p. 2 58).)
Commentéres du f du Virailh des guerres de Provence ; depuis l'année 1585 jusques à l'année 1596. (Bibl. imp. Suppl. fr. n*' 1 5 1 3.) Il existe un second exemplaire des Mémoires de du Virailh, à Aix, et un troisième entre les mains de M. de la Plane, à Sisteron. Dans le manuscrit de la Bibliothèque impériale, les mémoires sont précédés d'une vie de fCaïus du Virailh, gentilhomme provenssal, recueillie de plusieurs autheurs et des registres publiques et particuUiers de Provence, par Àrtus Béraud, avocat de SisteAn , fan 1 600. » Caïus du Virailh est mort à Vallée, le 10 juin i64i- La notice qui concerne son ouvrage et sa personne, dans le P. Le Long, fourmille d'erreurs. Le premier livre des Commentaires commence en i585, le deuxième en 1587, le troisième en 1692. Papon a fait des emprunts aux Commentaires de du Virailh pour son Histoire de Provence. (Voy. préface du tome IV, p. 5, ainsi que M. de la Plane, Histoire de Sisteron, p. 1 1 4 6t suiv. )
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Mémoires de Batailler sur les affaires du Languedoc, en i585. (Bibl. iinp. Suppl. fr. n** 274, de la page 409 à la page 5i4-) L'auteur, qui s'est occupé particulièrement de la ville de Castres, cite des vers composés par lui pour l'entrée du roi de Navarre à Castres, en i585.
Journal des guerres civiles du Languedoc, de i56o à lôgS. {Bibl. inip. Suppl. fr. n® 27^, p. ^29 à 586.) Le journal de Faurin, que contient le même volume, a paru dans le recueil du baron d'Âubais.
Guerres du comtat Venaissin, deuxième partie, 1572-1680. (Bibliolh. imp. Supplém. franc, n*" 27^» de la page 697 à la page 707.) L'auteur, sous l'année 1678, donne l'épitaphe de sa femme, Magdalena de Pane, morte le 24 octobre. Là il s'arrête et déclare son livre terminé; puis il reprend le récit en 1 679.
Mémoires du sieur Jaques Gâches, oii sont raportées les choses les plus mémorables qui se sont passées en Languedoc et particulièrement à Castres et ez environs dépuis Tannée 1555. (BibL imp. fonds fr. n^ 7879-6, olim Cangé, manuscrit sur papier, de S26 feuillets plus une table, et Suppl. fr. n"* 274, p. 193-389.) La bibliothèque de la ville de Castres possède le manuscrit autographe. 11 existe une copie dans les mains de M. Descombettes de la Bourelie, à Gaillac, qui a offert, en i835, la publication de l'ouvrage à la Société de l'histoire de France. [Bulletin, t. 1, 1 834-35, p. 167.) On en signale aussi une copie comme appartenant à M. Choubard.
Jacques Gâches, né en 1 553, mourut en 1612; il était protestant. Ses mémoires commencent en i555 et s'étendent jusqu'en 1610. (Voyez Gâches et ses Mémoires, \>dir M, Casimir Raffy (1845, in-8'' de 4o pages), la Biographie universelle, supplément, et la Bibliothèque historique de la France, n^ 37793.) La Faille (préface du tome II de l'Histoire
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de Toulouse) dit qu'il sen est servi. D. Vaissète (voy. Hist. da BaS'Languedoc, préface, t. V) les a connus et utilisés.
Mémoires de Thomas et de Gaspard Gay. Les deux frères Gay, protestants de Die, prirent part aux guerres religieuses du Midi, sous Montbrun, Lesdiguières, etc. Thomas mourut en 1 586, à quarante-deux ans; Gaspard vécut quatre-vingt-six ans. Il avait été député à Lyon , auprès de Henri IV, pour représenter les intérêts de la ville de Die. Les Mémoires de Thomas Gay, entremêlés de complaintes et de chansons, sont aujourd'hui en partie perdus. Des fragments du manuscrit et les Mémoires de Gaspard Gay sont en la possession de M. Long, qui en a fait usage dans son livide : La Réforme et les guerres de religion en Dauphiné (i856, in-8**).
Journal de M. Desdiguières. (Bibl. imp. fonds fr. n"* 926^-3, olim Colbert.) Sur la garde on lit : « Journal des guerres faites par M. Desdiguières, escrit par M. le président de Calignon. ■ S. de Calignon, diplomate, président de la chamhre de Tédit au parlement de Grenoble, chancelier du roi de Navarre, un des rédacteurs de l'édit de Nantes, mourut en 1606, à Tâge de cinquante-six ans. 11 avait sans doute fait partie de la suite de Lesdiguières, que dans plusieurs endroits il appelle simplement monsieur ou monseigneur. Le manuscrit commence à la prise de Chorges, le 28 juin i585, et s'étend jusqu'en 1600. On y trouve plusieurs lettres écrites à Calignon par M. de Cèves.
Journal de Jean Glaumeau. (Bibl. imp. cabinet des titres, fonds de d'Hosier, n** 376, cahier oblong en papier, dont il manque plusieurs feuillets.) Ces mémoires concernent particulièrement la ville de Bourges. Ils commencent à l'an i52 4 et s'étendent jusqu'à Tan 1662, inclusivement. L'auteur, né à Nohan-le-Ferron, en Touraine, le 27 septembre 1617, se lit prêtre, devint semi-prébendé à Moyen-Moutier de Bourges,
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et se convertit au protestantisme, en 1662. J en ai donné une analyse avec des citations assez nombreuses dans les Mémoires de la Société des antiquaires de France, 3' série, t. II.
Mémoire de ce quy est advenu de ïan 1557 à l'an 1590. (Bibi. imp. fonds français, n"" 9913).
Minute de ce qui s'est passé à S^-Malo depuis 1590 jusquen 1592 (BibL imp.-99 1 3-5, olim Lancelot , in-f*" papier.) C'est un brouillon, raturé et interligné en beaucoup d'endroits. Le récit commence aux derniers mois de 1 590 et s'arrête à la fin de mars 1 692 . Il est entremêlé de réflexions politiques et de pièces, dont plusieurs sont indiquées par les premiers mots seulement et laissées en blanc. Il est divisé en livres : le livre III commence avec Tannée 1593. En tête du livre II on lit : L'histoire de h ville de S^-Malo pendant les troubles.
Extgiit d'un livre manuscrit de M. de la Mahonnard, advocat à S^-Malo. (Bibl. iiîip. Bkncs-Manteaux, n^ 44-) C'est une copie moderne. Le récit commence au mois d'avril 1678, à l'époque de la mort de M. de Bouille, gouverneur de Saint-Malo, et s'arrête au mois de mai 1591.
Journal d'un maître d'école de Château-Giron, près Rennes, sur les événemens de la Ligue, conservé dans la bibliothèque de Rennes. (Voy. le Catalogue de la bibl. de Rennes, par M. Maillé.)
Chronique sur le Langon (bourg près Fontenay-le-Comte) , contenant des détails sur les^^uerres civiles du xvi* siècle. Cette chronique est possédée par M. Poey d'Avant (Voy. le Bulletin de la Société de l'histoire de France, séance du 7 mars i836.)
Journal du secrétaire de Philippe du Bec, évéque de N^tntes et archevêque de Reims, de 1588 à 1605. (Bibl. imp. fonds franc. io328-5, olim Colbert, 127 pages.)
Chroniques et journal de Metz, par Jean Bauchart. (Bibl. imp. Suppl. n** 1993.) Le récit est en vers jusqju'en i535; et en
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prose, de i535 à 1666. Le commencement manque. Les vers sont détestables à tous égards. On trouve un autre texte de la chronique en vers, mais moins complet, à la Bibliothèque impériale, n** io3g2, ancien fonds franc.
Mémoires sur ïhistoire de France, de 1585 à 1618. (Bibl. imp. Suppl. franc, n*" 894.) C'est d'abord la chronique de Metz, en vers; puis des continuations en prose de plusieurs -dates et de plusieurs auteurs. Il y a une partie concernant les événements du XVI* siècle, qui a de l'intérêt.
Mémoire du sieur Balthazar Guillerme, conseiller secrétaire de S. A., anobli en octobre 1689, pour servir à l'histoire de Lorraine, depuis i58o jusquesen 1628. (Bibl. imp. Suppl. fr. n«65i.)
Discours en abrégé des guerres civiles de la France, depuis l'année 1560 jusguen 1590, soubz et pendant les règnes de François II, Charles IX, Henry III et Henry IF, « où il se frouve des choses particulières et dignes de la connoissance des personnes qui ont curiosité de savoir la vérité de l'histoire de ce temps-là, l'origine et la suite de nos troubles, et les artifices avec lesquels estoient conduits et maniés les desseins des chefs de différens partis, n (Bibl. imp. anc. fonds fr. n"* 8948, p. 20; Fontanieu, vol, 296.)
Mémoires de plusieurs choses remarquables arrivées en Bourgogne, depuis le 2 de janvier 1593 jusques au 30 décembre. (Bibl. imp. fonds franc, n** 10896-6, olim Del|mare.) Ces mémoires, d'une écriture difficile, occupent environ deux cents pages. Le récit est très-détaillé.
Mémoires du f de Villars-Houdan, capitaine ligueur. 1598-^ 1 596. (Bibl.imp. 5oo deColbert, n*" 8 2, et Fontanieu, vol. 4 2 4)
Mémoires de Joseph Panier, bourgeois d'Auxerre. — Mémoires d^Edme Panier, frère de Joseph et marchand à Auxerre. — Mémoires de Joseph Félix, marchand à Auxerre. L'abbé Le-
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beuf , dans son Histoire de la prise d'Auxerre par les huguenots (1723, in-S*"), page 2, dit qu'il s'est servi de ces trois ouvrages et qu il a tiré parti d'une copie des Mémoires d'Edme Panier, faite et augmentée, en i643, par Philippes Bezanger, et des manuscrits du sieur Louis Noël , notaire apostolique et chanoine d'Auxerre, qui avait eu un oncle, chanoine, témoin des ravages des huguenots, etc.
Mémoires de J, Pussot (bibl. de la ville de Reims). Un fragment des Mémoires de J. Pussot, zélé ligueur rémois, a été publié par M. Louis Paris, dans son /iemen^iana^ pages 267 et suiv. C'est le même que le P. Le Long appelle Jehan Piessot.
Recueil de maistre ****, greffier à Bar^snr-Seine, des choses les plus mémorables advenues en ce royauhne depuis tan 1582jus(jues en Tannée 1595, manuscrit in-^'^f sur papier. Ce manuscrit était, en avril 1 8 53 , en la possession de la veuve de M. Fleury, orfèvre à Bar-sur-Seinc.
Mémoires de Lenfant. Ce journal, écrit par Nicolas Lenfant, procureur au bailliage et siège présidial de Meaux, commence vers l'an 1 56o; il renferme des particularités intéressantes sur l'histoire de la ville et du diocèse de Meaux dans la seconde moitié du xvi^ siècle. L'auteur, qui mourut en 1 607, a été témoin oculaire de la plupart des faits qu'il raconte. Toussaint-Duplessis a mis à profit les Mémoires de Lenfant pour son Histoire de l'église de Meaux. En les indiquant (t. I, p. 352), il dit que l'original est perdu , que plusieurs copies ont couru à Meaux , et qu'il s'esf servi de celle qui était conservée au monastère de Saint- Faron. Deux exemplaires de cet ouvrage existent aujourd'hui à Meaux, l'un à l'évêché, l'autre dans les papiers de feu M. Dassy.
Relation de plusieurs faits dormes accomplis en [1589\ , par
Poictevin, président au présidial de Provins, avec une lettre à Henri III, du 26 juillet 1589. (Biblioth. imp. coUect. Dupuy,
xvm INTRODUCTION.
vol. 87, fol. 293 r'' à 298 r"*.) On y trouve des détails sur la journée de Senlis, iinvasioh du marché de Meaux, la défaite de Bar-sur-Seine, etc. L'auteur faisait, dans ces circonstances, partie de l'armée royale.
Mémoires de ce qui estait advenu, les guerres passées, es provinces et armées dont monseigneur le prince de Conty a eu le commandement pour le feu roy. 1689-1590. (fiiblioth. de l'Arsenal, n** 176, in-fol.) L'ouvrage, occupe 34 feuillets dans le volume.
Mémoires de Claude Haton, curé du Mériot [1553-1582), Le texte de ce dernier ouvrage , le plus considérable parmi ceux que je viens de mentionner, va voir le jour pour la première fois. Je ne puis le présenter au public sans le faire précéder de notices qui lui servent en quelque sorte de passe-port. Ces notices seront de deux natures : une biographie de l'auteur; une analyse du livre, avec des détails sur l'esprit dans lequel il est conçu, sur la condition matérielle du manuscrit, etc.
La vie des hommes qui ont écrit l'histoire de leur temps, des chroniqueurs y comme on les appelle, excite dans les âges suivants une curiosité toute particulière. Cette vie, dont ils entremêlent presque toujours quelques circonstances au récit des faits extérieurs, explique et éclaire, pour ainsi dire, tout le reste; elle sert à reconnaître le point de vue auquel le narrateur s'est placé. Claude Haton n'est guère connu que par les mémoires qu'il a rédigés, et par son testament, conservé avec eux. Je n'ai trouvé que très-peu de renseignements sur sa personne dans les documents contemporains, et les écrivain^ peu nombreux qui l'ont cité dans ces derniers temps ne m'ont fourni aucune indication. C'est aux Mémoires mêmes qu'il faut demander des renseignements sur leur auteur, et c'est en rassemblant ces mentions éparses que j'ai pu composer de lui une sorte de biographie.
INTRODUCTION. xn
L'époque que Claude Haton a traversée est une des plus agitées, des plus dramatiques et des plus fécondes de notre histoire. L'art élégant de la renaissance, secouant la poussière du moyen âge, élève des temples et des palais, sculpte ou peint des figures qu'inspire l'étude des chefs-d'œuvre de l'antiquité; la jléforme étend de tous côtés ses conquêtes et menace de soumettre la France entière; une lutte sanglante s'établit entre la religion traditionnelle et les nouvelles doctrines; l'esprit d'association s'éveille, des tendances démocratiques se montrent tour à tour chez les protestants et chez les ligueurs
Voilà en présence de quelles merveilles, de quels efforts, de quelles misères Claude Haton a vécu; voilà ce qu'il a vu, ce qu'il a raconté du fond d'un village ou d'une petite ville de la Brie. Le besoin de faire parler de soi n'enflait point alors les phrases des bourgeois, des ecclésiastiques collecteurs d'annales; ils consignaient pour eux-mêmes, pour leurs amis, pour, leurs familles, le récit des faits contemporains avec un esprit dégagé de ces préoccupations que la vie littéraire fait nattre. Certes, quand il couvrait de son écriture nette et facile les nombreux feuillets que le temps nous a conservés comme par mégarde, le pauvre curé du Mériot n'imaginait pas que son livre, modeste fruit des loisirs du presbytère, serait, après des siècles, étudié, copié, commenté, et que son nom vivrait répété par ces presses toutes-puissantes dont il avait admiré les premiers produits.
INTRODUCTION
Claude Hatou naquit dans le courant de Tannée 1 534^9 ^^ village de Melz-sur-Seine, arrondissement de Provins, canton de Villiers-Saint-Georges^. Il paraît avoir appartenu aune famille de cultivateurs aisés. Ses Mémoires, dont nous ne possédons pas le commencement, n offrent aucune indication qui se rapporte d*une manière positive aux dix-huit premières années
' L*éditioii des Mémoires de Cl. Halon ne reproduisant intégralement qu*ane parlie du texte » je me vois obligé de citer le manuscrit. La table permettra de retrouver, dans Timprimé, le fond ou Fanalyse des passages indiqués ici.
* Il dit dans son testament, daté du a 8 janvier i6o5, quil était alors âgé de soixante et dix ans, passés et accomplis. — Dans ses Mémoires , en parlant d*une éclipse de soleil survenue en 1 54 1 * et d*un enfant à sept tètes dont on promena Tefligie à la même époque , il s*exprime ainsi : « Et pour ce que lors j*estois si jeune que je ne prenois garde aux aflaires pour les sçavoir retenir, jotnct que pour lors je n'eusse sceu lire , je n ai retipu où avoit esté né cest enfant • (fol. ySG v*). (Voyez aussi au fol. i35 v% et au fol. ici i v*, où Ton trouve ces mots : ■ Depuis Tan iSAo, que j*ai commencé k avoir cognoissance sur la terre. »)
' Mémoires, fol. agS r* et 3i2 v*. —
Une partie des membres de la famille de G. Haton, les parents, qui figurent dans son testament, habitaient, à ce quil semble, le Mériot (arrondissement et canton de Nogent-sur-Seine). Son neveu, Claude Gilquin, demeurait k Blunay, paroisse de Melz {Mém. fol. i34 V et i35). — Pierre Haton est désigné dans les Mémoires (fol. 8 V*) comme étant natif deMdz.
— Il est question, sous Tannée 1567, d'un maître Jean Haton , avocat fameux à Sens (fol. 3oo v*); sous Tannée 1675, d'un nommé Claude Haton, de Blunay (fol. 663 V*); et, sous Tannée i58a, des enfants de Jean Haton, des MareU (fol. 1011 r*). — On trouve dans le nécrologe manuscrit de TH6tel-Dieu de Provins , aux archives de cette maison , la mention suivante : t Anno Domini m* vg* lu*, obiit frater Nicholaus Haton , quondam religiosus istiusdomus , qui suum diem clausit
ultimum m* die mensis maii fuit natus
de Mello super Sequanam » (fol. 35 r*).
INTRODUCTION
de sa vie. C'est à la date de i552 quil se désigne pour la première fois, comme ayant alors été mordu par un chien qu'on croyait enragé, et comme ayant été soigné par la dame d'un château voisin de Melz, madame de la Motte, qui se mêlait de guérir, au moyen de remèdes particuliers, les personnes atteintes de la rage ^ Deux ans plus tard^, il se met encore en scène à propos des souffrances qu'endura la Picardie, pendant l'invasion de la France par Charles -Quint. « Le roy, dit-il, faisoit donner aux paysans picards argent pour vivre, quand ilz se présentoient à luy, ainsi que je l'ai veu de mes yeux^. »
^ « Elle, avant que d*eslre huguénotte , 8*entremeUoit de guarir les personnes mordues de chiens et bestes enragées, et affirançhissoit les patiens d*aller k mons. S' Hubert se faire tailler de la S** EstoUe, moyennant qu*ilz n eussent poinct prins de répit ni faict le veu d*y aller. Après avoir veu les patiens mordus desdittes bestes enragées, elle leur faisoit mangier des œub battus parmi de Thuille d*oliye, cuictz sans beurre ni sel , applicquant desditz Œulz ainsi cuictz sur la morsure desdittes bestes, et, ce faict, envoyoit les patiens faire leur prière et offerande en quelque é^ise ou y avoit ymage de mons. S* Hubert ou S* Denis, et ordinairement envoyoit les personnes en Téglise de Marnay lez Pons-sur-Seine. Et afin de ne {dus travailler les personnes si loing, feit à ses despens, depuis Tan 5a, une chapelle en rhonneur de MM. S* Denis et S* Hubert au village de Froideparois , et en feis Texpérience environ laditte année 5a, que je fus mordu d*ung chien que Ion disoit estre enragé , et oncques ne fuz à aultre qu*à elle et au pèlerinage de mons. S* Denys , à Marnay, où elle m*envoya. Depuis qu elle eut délaissé Téglîse cathoKcque et
fut devenue huguénotte , je n ai point sceu que plus elle se meslast de ce faire, et croy que les catholicques ne s*y volurent plus fier, joinct aussi que, depuis les troubles de Tan i559, 60 et 61, que les huguenotz furent enragez pour destruire Téglise catholicque, s'ilz eussent peu. Ton ne veit plus de chiens ni aultres bestes enragées , et croy que les diables laissèrent les corps des bestes pour se mettre en ceux des hommes huguenotz, pour tout gaster et foudroier ce qui estoit de sainct, de piété et de religion. • (Mém, fol. 377 v".)
* Voyez, pour Tannée i553, les Mémoires, fol. 1 r* et v', et fol. 3 r*.
' Mémoires, fol. 4 r*. — A Tannée 1 554 (a août), et à la suivante (i5 décembre) se rapportent deux certificats ou figure M* Claude Haton, prêtre, chapelain de THôtel-Dieu de Provins (archiv. de cette maison). Mais je pense qu'il ne s*agit pas de notre chroniqueur; car le personnage mentionné dans la pièce est donné comme ayant vingt-six ans en i555, et Tauteur des Mémoires n*en avait alors que vingt. — En parlant de la visite faite dans le diocèse de Sens par Tévéque de Philadelphie, su£fSragant de Tarchevêque de Sens, et de
xxH INTHODLCÏION.
En i556, pendant la grossesse de la reine Catherine de Médicis, Henri II toucha, le jour de la Saint-Jean-Baptiste, les malades des écrouellesau château de Fontainebleau; Cl. Ha ton fut témoin de cette opération : « Ainsi que nous-mesmes le vismes de noz yeux, dit-il, estant présens audit lieu de Fontainebleau ^ » En 1 558, il était à Pari's, à la cour, on ne sait à quel titre. 11 assista aux mariages de Claude de France, fille de Henri II, avec Charles II, duc de Lorraine (5 février 1 558), et de Marie Stuart avec le dauphin, depuis François II (24 avril i558). «Il me semble, dit -il en cherchant à rappeler à ce sujet ses souvenirs devenus confus, que pour le moings le banquet nuptial de Tung ou de Tauitre des deux princes ou des deux ensemble fut faict à Paris, dedans la grande salle du Palais, les bancs de laquelle furent ostez et portez auxÂugustins de Paris, et les gens de justice là envoyez pour plaider, en attendant que ledict bancquet feust faict, et estois pour lors à la cour du roy à les veoir porter^. • Plus loin, après avoir raconté la tentative de meurtre faite par un gentilhomme nommé Caboche sur la personne de Henri II, et le mécontentement de ce prince quand il apprit l'exécution précipitée de l'assassin, Haton ajoute: « A veoir tout ce discours estoit présent l'autheur de ces Mémoires qui a escript ce livre, lequel pour lors estoit à la court du roy, et estoit naguères de retour des Allemagnes, où il avoit entendu de grandes choses tendantes à rébellion contre le roy, le royaume et la vraye religion ^. »
la venue de ce prélat dans la Brie, Qaude crement; • et il dcmne sur cette assem-
Haton dit : «De ce qui fut faict à Provins^ blée des détails très-précis, (Ménwire$,
je n*en puis parier, pour ce que je n'y foi. lo r*.)
estois présent; mais bien sçai ce qui fut ^ Mémoires, fol. 18 v*.
faict à Goix, où fut tenue une aultre as- ^ Ibid, foi. 49 r'.
semblée, le jeudi d'après la feste du S'<^- ' Ibid. fol. 55 v*.
INTRODUCTION
UâtOQ, on le voit, à vingt-quatre ans, avait déjà couru le pays; il était sorti du territoire de Provins, il avait vu Paris et la cour du roi et s était avancé jusquen Allemagne ^ Pendant l'année 1 558, il revient à Provins, et se trouve, le jour de la Sainte -Colombe (17 septembre), dans Téglise de Saint- Ayoul, au moment où la (oudre tombe sur cet édifice, sans l'endommager et sans blesser les assistants^. Il est témoin de Taccueil fait aux gouverneurs de Provins, par le dauphin, le duc de Lorraine et le duc de Longueville, lors de leur passage dans la ville ^- L'année suivante, il reparaît h la cour. Henri II, s'il faut en croire le chroniqueur, marqua une joie très-vive de la conclusion de la paix du Cateau-Cambrésis , si funeste à la France, « et cela, dit-il, pour l'amour et soulagement du pauvre peuple de Picardie, l'oppression duquel luy estoit si odieuse, qu'il ne se passoit jour ne nuict qu'il ne priast Dieu, les mains et yeux eslevez au ciel, de luy envoyer laditte paix, ainsi comme nous l'avons veu par plusieurs fois et sommes tesmoings*. »
' Il est certain aussi, mais j*ignore à quelle date, qu*il visita la Normandie. En parlant du Mont Saint-Michel, il dit : «Les murailles de ladite ville sont de 4o piedz de hault pour le moings, ainsi qu'il me semble pour les avoir veues •. (1577; Mém, fol. 716 v'.) — En i568, il était allé plusieurs fois à Chartres : «De parler davantage de laditte ville, dit -il, du siège et deffense dlcelle, je ne puis, pour ce que je n en ai sceu que par ouy dire, combien que je sçai bien Tassiette de la ville, sa forteresse et l'importance de quoy elle est, pour y avoir esté plusieurs fois. » ( i568; fol. 357 v'.) -
^ « Sans porter aulcun dommage à laditte église ni aux personnes qui estoient
dedans, qui estoient bien jusques au nombre de cent, desquels j*en faisois lung.. (Mém. fol. 59 v*.)
^ Les gouverneurs de la ville ayant porté au dauphin des présents de pain, vin , roses et conserves , « furent bien recens par ledit seigneur, qui longtemp parla à eux , comme je le vis , leur mQnstrant bon visage et s*excusant sur sa maladie. » ( Mém. fol. a5 r*.) — Haton dit qu il n était pas à Paris au moment du mariage de Marguerite, sœur de Henri II, avec le duc de Savoie, et de la princesse Elisabeth de Valois avec le roi d^Ëspagne Philippe II. {Ihid, fol. 60 v' et 61 ^^)
* Mémoires, fol. 60' r*.
XXIV INTRODUCTION
Ce passage et ceux que j'ai cités plus haut semblent indiquer que Claude Haton appartenait à la maison de Henri II et qu'il remplissait auprès de ce prince quelque fonction intime ^ ; au sujet de la mort du roy, il témoigne les regrets les plus vifs, l'affliction la plus profonde. Son livre contient de longues lamentations en prose et .en vers sur la perte que la France a faite, des rapprochements pleins d^amertume entre l'état du royaume sous le gouvernement de Henri II et sous celui de ses successeurs :
« Pleurez donc, la France désolée,
Maudissez le coup de lance.
Maudissez Lorge qui la branle, Maudissez la lice et les jeux Où fut frappé vostre roy piteux.
Pleurez • *
Ces vers n'annoncent certes pas chez l'auteur un grand talent poétique; si je les ai rapportés, c'est que le sentiment qu'ils expriment est plus exalté que celui qui unit d'ordinaire les sujets au monarque, et qu il confirme mes conjectures sur les liens personnels de Claude Haton et de Henri IL
Le récit du règne de François II manque dans le manuscrit des Mémoires que nous possédons. Lorsque le chroniqueur se retrouve en scène, c'est encore à Paris, en 1 56 1 . Il s'agit d'une délibération qui eut lieu entre le jeune roi Charles IX, ses gouverneurs, les princes du sang et les gens du conseil au sujet de la Réforme : «H y avoit lors, suivant le narrateur, au palais de Paris, tant es salles que la court d'en bas d'iceluy, plus de quinze raille personnes à attendre le roy et les princes sortir
^ Au fol. 827 r"* de ses Mémoires, Cl. Haton parle d'ang cirurgien oa médecin qu^ii avait veu estre au gage du feu roy Henry second, — * Mémoires, fol, 64 v* et 65 rV
INTRODUCTION
dudit palais, pour sçavoir ce qui auroit esté déterminé à laditte assemblée; mais tous furent trompez, et moi comme les aultres, car à ce jour j'estois du nombre des attendans audit palais ^ n
En 1061 , Claude Haton était prêtre et habitait Provins; il le déclare en racontant un vol commis à Blunay, paroisse de Melz-sur-Seine, au préjudice de son neveu Claude Gilquio ^. Les objets dérobés ayant été transportés à Provins chez un receleur nommé de la Roche, Haton les reconnut et dénonça à la justice les coupables. Ceux-ci, avertis par un sergent, prirent là fuite, et on ne put les saisir. De la Roche fut condamné par défaut au fouet et au bannissement, ainsi que sa . femme, « à la dilligence et despens du prebstre (c'est fauteur lui-même) , qui fut fort espié du soir et du matin par ledit receleur, qui se retiroit de jour en certaines maisons des parens de sa femme, ayant faict serment de ne point partir de Provins qu'il n'eust tué et mis à mort ledit prebstre, comme souvent luy fut rapporté par gens dignes de foy, et mesmement fut veu plusieurs fois en quinze jours de nuict es environs du logis dudit prebstre pour l'espier; mais ledit prebstre estoit si bien venu de toutes personnes que à toutes heures avoit adver-
* Mémoires, fol. 81 r* et v*. — L'auteur ajoute : • Car je sçai bien que je me rencontrai ce mesme jour audit palais . de Paris avec certains huguenotz, qui ^ estoient là à attendre comme moy et les aultres. •
' «Les gens quon soupçonna du vol prétendirent quilz n avoient faict ledit larcin et quiiz avoient refusé de le faire , pour l'honneur et amytié qu'ilz portoient i ung certain prebstre, onde dudit Gilquin, en la maison du père duquel prebstre ik
avoient longtemps esté serviteurs. Et estoit le prebstre Fauteur de ce livre et de ces présentes mémoires , qui pour lors et longtemps depuis demouroit à Provins ; auquel prebstre alla dire sa maulvaise fortune ledit Gilquin , qui n'eut de luy aultre chose que une exortation à patience de sa perte, en attendant qu'il prebstre et ses aultres parens eussent advisé ensemble du moyen de le remonster de ses pertes , si aultres choses ne s'en povoient recouvrer. > (Aftm. fol. lia V*.)
XXVI INTRODUCTION
tissement pour se garder. Le prebstre, voyant que ledit de la Roche ne s absentoit dudit Provins durant lemprisonnement de sa femme et qu il n ailoit que de nuict, présenta requeste au bally, affin de luy estre permis de porter et faire porter armes, comme espée, dague et pistoUe, par les rues dudit Provins allant à ses affaires, tant de nuict que de jour, pour la deffense de son corps contre ledit de la Roc}ie, qui cherchoit de le surprendre à quelque coing de rue; ce que ledit bally et gens du roy luy permirent, car ledit prebstre e*oit fort habille et adextre de son corps, en laage de vingt six à sept ans, qui ne craignoit guères ung homme seul qui ne leust prins en trahison. Il prebstre présenta laditte requeste et permission à luy donnée par les gens du roy de porter et faire porter armes , après luy au doyen de la chrestienté dudit Provins, qui estoit maistre Léon Garnier, qui, deuement informé et certioré des menaces dudit receleur, luy permist pareillement de porter et faire porter lesdittes armes, excepté en Téglise, à la messe et au divin service, pour le regard de sa personne seuUement, mais trop bien , ausditz lieu et heure, de les faire porter par aultruy . Ce que bien sçachant, ledit receleur natenta plus de cercher ledit prebstre, ains, si tost que sa femme fust sortie de prison, s'en allèrent le chemin de la Franche-Comté de Bourgogne ^ » On a remarqué dans ce récit, peut-être av^c quelque surprise, l'orgueilleuse satisfaction avec laquelle l'auteur des Mémoires parle de son habileté à manier les armes; quelques années plus tard, en lôyi, il assiste à l'exécution d'un gentil-^ homme nommé Sérelle, et on le voit examiner en connaisseur l'instrument du supplice : « Toutes personnes et moy qui manièrent l'espée du bourreau, dît-il, jugèrent que oncques le-
' Mémoires, fol. i35 v".
INTRODUCTION. xxvii
dit bourreau nen sçauroit faire TAILécution, d*aulta^t quelle ^ 0 estoit trop légère et n avoit pesenteur pour faire ce coup K » En ejSiety le bourreau frappa à trois reprises le condamné sans pouvoir le tuer, et fut obligé, après une horrible lutte, de lui trancher la tête avec un couteau. Si j'ajoute par avance que, dans plusieurs circonstances, qui seront relatées en leur lieu, Haton figure comme faisant partie de la milice bourgeoise de Provins, j'aurai mis en relief une des faces de son caractère. Peut-être avait -il rempli à la cour une fonction militaire, avant d'entrer dans les ordres, et on pourrait expliquer ainsi son séjour auprès de Henri IL
Ce n'est pas tout : Claude Haton faisAt entrer dans sa vie de prêtre, au moins durant le temps de sa jeunesse, des goûts et des pratiques encore plus singuliers. Voici comment il s'exprime, à propos d'un avocat de Provins, nommé Pierre Leblanc, qui, trouvant insuffisant le fruit de ses plaidoiries, s'était fait nommer maître des grandes écoles : « Le pauvre advocat sans cause, devenu fécercul pour vivre, devint amoureux et cercha à se marier en plusieurs maisons de Provins ^ mais n'en put trouver une qui oncques le voulust retirer ni prendre en mariage; ce que voyant, les bons compaignons dudit Provins luy mirent le nom et l'appellèrent Vamoureux des unze mille vierges. Ce ne fut faulte de beaucoup travailler pour avoir l'amour des dames et de bailler travail à plusieurs aultres jour et nuict, pour caresser et tascher à gangner lesdittes dames par petits présens honestes, par chansons musicalles, ballades et rondeaux, auxquelz travailla avec aultres l'auteur de ce livre ^ plus par mocquerie dudit pauvre féce-cul et de la bonne chère
^ Mémoires, foL 46 1 v^ Henri II. Il a donné encore dans son livre
* J'ai déjà cité plus haut quelques vers d*autre0 vers, qui se rapportent aux ride Claude Haton, rdatifii à la mort de gueurs de Thiver de ib'ji (fol. a5i r*}.
xxviir INTRODUCTION.
qu'il faisoit que aultrementoMais ceux qu'il mettoit en besongne à acquérir la faveur des dames prenoient l'amour d'icelles et elles d'eux en nom de luy, de manière que les compaig^nons trouvèrent des femmes à ses despens. Le pauvre amoureux des unze mille vierges, se voyant trompé de toutes partz, par ceux mesmes qu'il eraployoit, et qui espousoient les femmes qu'il poursuivoit (j'entens ceux qui estoient à marier, car il en employoit plusieurs qui n'eussent sceu l'eslre, comme l'auteur de ce livre), se desbaucha et advisa de prendre ung aultre estât, qui fut l'ordre de prestrise^ »
Claude Haton a-t-il tout dit, a-t-il fait sa confession tout entière, quand il a signalé ces peccadilles, ces habitudes quelque peu mondaines, dont on retrouve la trace dans la complaisance avec laquelle il a raconté dans ses mémoires certaines anecdotes grivoises? Je ne saurais l'affirmer. D'ailleurs, il paraît être demeuré ce qu'on appelait de son temps un bon catholique, et les traits qui semblent l'accuser devant notre sévérité ombrageuse ne prouvent que la facilité des mœurs au milieu desquelles il vivait. On devine qu'il partageait envers les protestants, luthériens ou calvinistes, l'aversion des catholiques ses contemporains. Je donnerai des détails sur ses sentiments à cet égard, en faisant l'analyse des Mémoires où il en a consigné l'expression; je dois dire seulement ici qu'en dépit de ses préventions et de ses haines, il a montré envers certains personnages du parti religieux contraire au sien, un esprit de modération et presque \me bienveillance dont on ne saurait lui faire trop d'honneur^.
Rentrons dans l'ordre chronologique des faits. En i562, comme en i56i, sauf quelques voyages à Paris et quelques
* Mémoires, fol. 19g r*. * Ihid, fol. 5o8 et 609.
INTRODUCTION
séjours à la cour\ Claude Haton resta, à ce qu'il semble, habituellement à Provins^. Il était alors incorporé daijs la mijice bourgeoise, où il occupait le grade de capitaine d'une compagnie de cinquante hommes d'armes. On sait qu'au moyen âge les municipalités de certaines villes astreignaient les ecclésiastiques à contribuer au guet et à la garde; mais cette contribution se résolvait d'ordinaire en une somme d'argent, qui servait à payer des soldats ou à réparer les fortifications. Au xvi*" siècle, les passions religieuses et politiques, les besoins de la défense personnelle et commune mirent dans les mains du prêtre la dague et l'arquebuse^. En 1667, un mandement du roi et un bref du pape autorisèrent les ecclésiastiques à porter les armes contre les protestants. Claude Haton, en citant ce fait, dit que plusieurs moines quittèrent alors leur bréviaire pour aller à la guerre : « Il n'y alla, ajoute-t-il, que les plus jeunes et ips plus éventez, moins dévostz et aymans leur religion, comme aussi des prebstres séculiers*. » Ailleurs il dépeint les
* Voyez un passage relatif aux eïïbris faits par un chanoine de Provins, M* Ni- colas Roussel, pour échapper aux poursuites qu*il s*était attirées en tenant des propos violents contre la reine mère et le jeune Charles IX, en i56a. «Et sçai, dit le chroniqueur, qu*en ma présence il donna à ung personnage courtisan la somme de 80 angelots d*or pour hiy faire plaisir, en la maison de la royne et du roy, es mains desquels estoient les informations. >'(Af^m. fol. igSv".)
* Les Mémoires offrent plusieurs témoignages de la présence de Claude Haton à Provins en i56a. Un soldat protestant, converti par la vue des restes intacts d*une comtesse dont les réformés de Bourges avaient violé le tomheau . se retire dans
sa maison et montre une poignée de cheveux de cette dame à Cl. Haton « qui les mania et visita.» (Mém. fol. i63 v*.) — Voyez aussi , fol. 176 r", les détails donnés par le chroniqueur sur une troupe de soldats, forcée par le prince de Condé de sortir de Louviers , et qui passa à Provins.
' L*abhé Lebeuf , dans son Histoire de la prise d*Auxerre par les huguenots (1723, in-8*, p. 1 68) , raconte qu'un jeune chanoine , qui avait concouru à la reprise d*Auxerre par les catholiques, le a 5 avril 1567, allait encore par les rues pendant le mois de mai muni d*une arquebuse. — «Les chanoines, dit Brantôme (Vie de François /"), s*aydoient aussy bien de l'espée que du bréviere. >
* Mémoires, fol. 3ii v*.
XXX INTRODUCTION
chanoines de Notre-Dame du Val de Provins montant la garde à la porte d^ la ville, et arrêtant un protestant qui passait ^; un prêtre plus habile à manier pistolets et harquebuses qu à remplir ses fonctions cléricales^; un cordelier de Provins faisant, pour défendre la ville de Bray assiégée, des prodiges de valeur^; un doyen rural de Trainel s'enrôlant, après le même siège, dans une compagnie d'hommes d'armes^; un chapelain de Notre-Dame-du-Val, soldat dans la compagnie du sieur de Lourps, attachant comme trophée à son chapeau foreille d'un huguenot qu'il se vantait d'avoir tué*, etc.
C'est en qualité de cinquautenier que Cl. Haton eut l'occasion d'observer tout à son aise un ambassadeur turc, qui, durant l'année 1662, passa par Provins avec sa suite, en allant à la cour du roi Charles IX : « Hz furent, dit-il, arrestez à la porte de Changy bien ung quart d'heure par l'auteur de ce présent livre, qui estoit lors de la garde de la ville, ave& sa dizaine, de laquelle il avoit charge, comme aussi de quaOre aultres, car il estoit cinquautenier, soubz le capitaine Jehan Leroy, capitaine de laditte porte et quartier de Changy, pour les mieux contempler en leur parler, habitz, gestes et manières de faire. » Le prêtre-soldat a donné de minutieux détails sur les circonstances de l'arrivée de ces étrangers, sur leurs allures et leur costume, sur les ruses que sa curiosité lui suggéra pour acquérir à leur égard le plus de renseignements possible. On le voit interroger leur truchement, s'informer du lieu de leur départ et de la route qu'ils avaient suivie; il se lit montrer le sauf-conduit qu'ils tenaient du Grand Seigneur et que personne ne sut lire ni entendre; il demanda aussi le
' Mémoires, fol. âo3 v'. * Mémoires » fol. âai v*.
' Ibid. fol. 3o5 r* et v* * Uid. M. 333 V.
' Ibid. fol. 320 y\
INTRODUCTION
passe-port et la permission de traverser la France qu ils avaient du roi ou des gouverneurs de provinces- Le truchement répondit que jusqu alors cette pièce ne leur avait pas été demandée; qu elle était dans un de leurs cofiFres? mais qu'il leur serait très-difficile de l'en tirer et de la produire. « Quoy ouy par ledit cinquantenier, ajoute Haton, leur ouvrit la barrière de la porte, et les fit entrer en la ville, et conduire en l'hostellerie de VEscu de France, où ilz arrestèrent pour disner, les ayant bien veu, ouy et contemplé à son ayse et contentement ^ » Pendant l'espace de plusieurs années, on ne sait rien de Claude Haton, si ce n'est qu'il faisait à Provins sa résidence ordinaire^; on i^ore quel emploi ecclésiastique il remplissait. Le passage suivant, relatif à certaines idées et pratiques superstitieuses qui se répandirent dans les campagnes, au su- J€t de la cessation du travail le samedi à midi, recommandée par plusieurs prêtres, prouve qu'en 1 566 il était vicaire de la paroisse des Ormes, à iq kilomètres de Provins : «Et depuis Pont-sur-Seine jusques à Montereau Fault-Yonne, en ceste vallée et dans les pays de Seine du costé de la Brie, ne se trouva curez ni vicaires que deux qui preschassent à leurs paroissiens contre ceste impiété et erreur en la religion et qui les destoumassent d'y croire ne de y obéir, qui furent maistre Claude Haton^ prebstre, vicaire en ce temps-là en la paroisse des Ormes ^ natif de Meel-sur-Seine, et M , vicaire de Don-
^ Mémoire$» foL ao8 et aog. — Il est encore question, auioL aSo r% des ambassadeurs turcs et d*un projet de mariage entre Charles IX et la iUle du sultan.
' En parlant des meubles et ustensiles en^véi par le capitaine La Grue de Villenauxe d*un château situé entre CSorbeil et Melun, Cl. Haton dit : lU [les] envoya à
cheriée et i charetée en sa maison à Villeoauxe , et en yis la meilleure partie passer en plusieurs charettes par la viUe de Provins, que fûsoit conduire ung sien fik non marié, aagé de vingt ans. » [Mém. fol. aSo y'.)
' On trouve dans les Blémoires deux autresmeaiioas.de Claude Haton à la date
XXXII INTRODUCTION
nemarie en Montois, natif de Grand-Puys, auprès de'Nangis. Lesquelz, sachans par le commun bruict qui couroit leurs paroissiens garder ceste superstition, et les voyans assister au vespres du samedy en plus grand nombre que le dimanche à la grande messe, ce qu'ilz n avoient coustume de faire, prèschèrent si diligemment contre ceste erreur (sans qu ilz eussent cognoissance Tung de Taultre), que leurs paroissiens, dès le samedy d'après, ne furent si eschauffez de retourner à vespre et laisser là leurs gerbes aux champs. Lesditz vicaires furent blasmez par les simples prebstres et gens des aultres paroisses voisines qui gardoient ceste erreur, et furent appelez huguenotz et de euk tenuz pour telz pour ung temps, jusques ad ce que les prédicateurs cordeliers et jacobins se respandissent par les villages pour prescher contre ceste superstitieuse follie, et lors furent honorez lesditz vicaires des Ormes et de Donnemarîe, lesquelz, par leurs sermons à leurs prosnes, avoient monstre à leurs paroissiens que garder Toysiveté du samedy depuis midy, en signe de faire service, honneur ou honunage à Dieu et à la Vierge Marie, c estoit judaïsme à moitié ^ »
Voilà certes une bonne guerre faite à la superstition. Par une contradiction, malheureusement bien fréquente, celui qui s y engageait avec tant d'énergie n'en croyait pas moins aux sorciers^, aux revenants, aux*li3ups-garous, aux bêtes parlantes et à tous les êtres enfantés par les imaginations pende 1 566. Au fol. a 66 r", Fauteur dit qu*il aonné. i Et luy ai ouy dire , ajoute-t-il , que a vu les distributions de blé fiâtes aux si la royne mère luy eust volu donner pauvres pendant la disette par Jacques de acquit des denrt^es qu'elle avoit levé et
la Voue , prieur de Saint-Sauveur-lez-Bray. faict lever en sa recepte »
— Au fol. 268 V*, il se pose comme ayant ' Mémoires, fol. agS r*. ^
conversé avec un trésorier des finances, * Voyez, entre autres, M(^. fol. 864 r**.
qui fut accusé de malversations et empri-
INTRODUCTION
XXXIIf
reuses des gens du moyen âge. Quand le souffle de la Réfoime, quand Tétude de rantiquité, quand la philosophie et les révolutions ont détruit tant de préjugés, ces croyances, un des derniers restes de la barbarie, n'ont-elles pas encore une place dans les esprits sceptiques de notre époque?
CL Haton était aux Ormes, en lôôy, au moment où d'Andelot arriva dans ce village avec trente cavaliers. La ville de Montereau venait d'être prise par les protestants. D'Andelot et sa troupe se firent donner du vin par un tavernier, et partirent sans avoir#payé : « L'auteur de ce livre, dit notre chroniqueur, passa assez prez d'eux avec sa longue robbe, auquel toutesfois ne firent aucun excès, en parolles ni aultrement^ » Il cessa probablement vers cette époque d'être vicaire de la paroisse des Ormes. En 1 667, on le retrouve à Provins, bien connu et familier serviteur de M. de Lourps, capitaine de celte ville, et de M. delà Barge, son lieutenant^. La même année, il était chapelain de Notre-Dame-du-Val de Provins^, et il semble avoir occupé pendantplusieurs années cette fonction^, en même temps qu'il remplissait celle de clerc de Saint- Ayoul, titre sous lequel il est le plus souvent désigné^. Je doute que ce soit lui qui figure, en iSôq, comme vicaire de Melz-sur-Seine^. En tous cas, il conservait quelques relations avec la cour, et il visitait
* Mémoires, fol. 3o3 r*.
* Ibid, fol. 3ia V*. — Il csl question en cet endroit de trois jeunes gens de la Motte -TiUj qui, revenant, en 1667, ^^ l'armée protestante , furent arrêtés comme espions par les gardes de la porte Saint- Jean de Provins, et ne durent leur liberté qu*à la recommandation de CL Haton. — Ce prêtre fut témoin, en 1 568, du passage de la Seine à gué, à la Saussotte, par le prince de Condé (fol. 369 r*).
» Mém. fol. 325 V-.
* • Après avoir vendu sa maison
claustrale à M* Claude Haton, prebstre, chappelain et vicaire de N.-du-Val « (1 578 ; fol. 83o Y').
^ L'identité du chapelain de N.-D.-du- Val et du clerc de Saint-Âyoul me parait évidente, quoique Cl« Halon ne se désigne jamais sous ces deus qualités en même temps.
* MémoireM, fol. 4o2 v\
INTRODUCTION
deux cents arquebusiers de Provins, pris par égale pari dans chacun des quatre quartiers de Provins, cent autres de bonne voloHté et cinquante cavaliers, tambours en tête et enseigne déployée, arrivèrent à Noyen et furent chargés de garder les rives de la Seine. Le lendemain, cent nouveaux arquebusiers furent conduits à Noyen, «pour rafreschir ceux qui estoient lassez d y cstre dès le jour de devant; avec lesquelz cent harquebusiers (dont l'auteur de ces Mémoyres qui a faict cette histoire en estoit ung) furent menez douze harquebuses à crocq, et ung fauconneau pour enforcer le camp '. » H n'y eut point de lutte; les reîtres se retirèrent au bout de quelques jours.
C'est la dernière fois que les Mémoires présentent CL Haton remplissant l'office de soldat. Après la campagne de Noyen, il n'est plus mentionné que comme clerc de Saint-Ayoul ou chapelain de Notre-Dame-du-Val et agissant en vertu de ses attributions ecclésiastiques. Le registre des naissances de la paroisse de Saint-Ayoul-de-Provins de 1 564 à 1 584, conservé à la mairie de cette ville, contient des signatures de lui, depuis 1 576 jusqu'à i58o. Lors du jubilé de 1576, le mandement d'exécution du vicaire général de Sens ayant imposé aux fidèles de Provins et des environs l'obligation de visiter quinze fois certaines paroisses de la ville, et cette prescription ayant paru inexécutable pour les pauvres, les malades et les prisonniers.
* Mém, fol. 656 V*. — A cette époque, Claude Haton se met plusieurs fois en scène, entre autres, à propos des villageois retirés à Provins avec leurs bestiaux , par crainte des reitres (fol. 678 r"). — Un peu plus loin (fol. 676 v*], pariant dun homme de Noseaux auquel des gens de guerre avaient coupé les jarrets, il dit : « Je n'ai retenu le nom d*jccluy, combien
que je le veis et pariai à luy entre ledit Fontaine-Riant et la porte de Provins, où il aUoit pour se faire panser par le barbier. — Enfin, fol. 676 r", il raconte l'aventure d'un nommé Lambert, de Melz-sur- Seine , qui , parvenu à 8*échapper des mains des soldats , t s'alla saulver dans le doistre de N.-D.*du-Val , en la maison de l'autheur de ce livre, 011 il fut toute la journée. >
INTRODUCTION
Haton travaille et parvient à obtenir en leur faveur une distribution de stations plus commode ou la commutation des stations en certaines œuvres pies : «Tai bien volu, ajoutet-il, mettre ce discours par escript, comme chose digne de mémoire perpétuelle, affin que, si Dieu permect que le peuple d'après nous ayt des pasteurs et gouverneurs spirituelz qui leur procurent ung tel bien, qu'il sache comment nous en aurons usé en nostre temps ^ » — Il assiste le i" mars de l'an .1577, dans une assemblée du clergé de Provins, à la discussion des articles de la Ligue présentés par M, de Rosne, chambellan du duc d'Alençon, et quand il s'agit d'avoir au sujet de ces articles l'avis du chapitre de Sens, c'est lui qui en fait écrire la copie^. — On le voit, avec les marguilliers, quêter de maison en maison dans la paroisse de Saint-Ayoul, pour couvrir les dépenses que la réparation des orgues de cette église avait occasionnées^. — Il s'efforce de déterminer l'évêque de Césarée, suffragant de l'archevêque de Sens, pendant un voyage à Provins, à faire la dédicace de l'église de Saint-Ayoul*, — Il découvre la fausseté d'une bulle d'indulgence qu'un prêtre avait présentée aux curés de Provins comme émanée du pape Grégoire XIII, et au moyen de laquelle ce prêtre extorquait l'argent des fidèles ^ — Enfin, il
* Mémoires, foL 706 r*.
* Ihid, fol. 707 r'.
» Ihii, fol. 761 r'.
* « Le curé cl le dcrc de Téglise
de M. S* Ayoul de Proyim , qui estoient M" Jehan Leclerc , curé , et Claude Haton , derc , allèrent parler audit évesque le dimanche après disner et conférer avec luy pour faire la dédicace de leur église S*- Ayoul, qui n*estoit dédiée , etadviser avec luy du temps et impenses convenables et
nécessaires pour dédier laditte église. > (Aftm.fol. 983 v*.)
' Ibid. fol. 749 r*. — Qaude Haton, prêtre, chapelain et vicaire de N.-D.-du-Val« se met encore en scène à l'occasion d'un vol commis par M* Augustin de Forest, archidiacre de Provins , qui lui vendit sa maison claustrale à N.-du-Val (fol. 83o v*, 833 V* et 834 r*)* — Il raconte , sous Tannée 1 58 1 , qu'après la prise du Cateau-Cambrésis et le ravitaillement de Cambrai , Var-
xxxvtii
INTRODUCTION
prend uoe part active à des processions faites d'une ville à une autre f et qui avaient pour objet de détourner la colère céleste et de sauver les fruits de la terre des rigueurs des saisons.
Ces processions étaient fort en vogue dans la seconde moitié du xvi" siècle ^ si en vogue, qu'au bourg de Gourions, les paroissiens jetèrent dans r Yonne leur curé, pour avoir refusé de les accompagner où ils voulaient dans une cérémonie de ce genre ^. A Provins, en avril 1678, la sécheresse et la gelée persistaient d'une manière efiPrayante et menaçaient de détruire les semailles; pour obtenir de Dieu une pluie favorable, le clergé et le peuple partirent avec leurs reliques les plus précieuses, pour la ville de Nogent-sur-Seine, située à 18 kilomètres de distance. Claude Haton a raconté avec de grands détails les circonstances diverses de ce voyage religieux; c'est lui qui portait, avec l'organiste de Saint-Ayoul, le chef du patron; quatre marchands s'étaient engagés à faire restituer au trésorier cette relique vénérée dans tout le pays, et les marguilliers de Nogent demandèrent avec prières à la porter à travers leur ville ^. Les Nogentais vinrent, quelque temps après, en procession à Provins; ils furent reçus et harangués par M* Claude
mée française ayant été dissoute, et plusieurs compagnies ayant passé par les environs de Provins, les paysans furent saisis de frayeur, et qu*il vit lui-même ceuK de Sourdun prendre la fuite à la vue des soldats, avec leurs chevaux et leur bétail (fol. 973 v'). ^ G. Haton étaità Provins en Tannée 1 58a. Parlant d'un homme Uessé par un loup , qui vint se faire soigner à Provins , il dit qu'il t le veit habiller et mettre à poînct» (foi. 996 v*}.— ^Consultes aussi les feuillets 996 et 997 v*.
^ G. Haton, pariant d'une procession qui eut lieu de Provins à Nogent, affirme
qu au dire des anciens c'était la première fois qu une pareille chose avait lieu (fol. 30 v*). A cette date, les villages de sept à huit lieues de Paris , « pour obtenir de la pluye , allèrent en procession à 8^' -Geneviève de Paris ; ceux de Melun allèrent à Corbeil ; ceux du Gastinois et de la Beauce, à Étampes , etc. » (fol. ao r*). — Voy. sur les processions de i58a et i583 le Journal de TEstoile , THistoire de Tég^e de Meaux, de Toussaint- Duplessis, le Mémorial manuscrit d*Eu8t. Piedmont, etc.
' Mémoires, fol. 85 1 r\
' Ihii. fol. 783 et suiv.
INTRODUCTION. xxxix
Moîssant, doyen de la chrétienté, que le clerc Haton accompagnait ^ En 1 579, les gelées survenues au mois d avril ayant fait craindre encore la perte des grains et des vignes, Haton présenta aux religieux de Saint-Ayoul les vœux exprimés par les gens du peuple, et les pria de faire une procession pour appeler sur le pays la miséricorde divine. Je n'ai pas besoin de dire qu'il prit part à cette procession , qui eut lieu dans la nuit du 2 2 au a 3 avril ^.
Le récit d'un événement qui date de la même année met en relief la raison , l'énergie et la modestie de Claude Haton. Il s'agit d'un officier de la maréchaussée, nommé Thibault- Trumeau, qui avait été tué à Arce-lez-Sens dans une expédition contre des voleurs qu'il avait poursuivis avec sa troupe. Trumeau, en mourant, avait demandé que le curé de la paroisse Saint-Ayoul, où il demeurait, et celui de la paroisse Saint-Pierre, où il voulait être enterré, vinssent le recevoir à l'une des portes de Provins, la porte Saint-Jean, en procession avec croix et bannière, et le conduisissent à sa maison. Les archers ramenèrent dans une charrette le cadavre de leur chef, et les gens d'église de Saint-Ayoul et de Saint-Pierre allèrent à sa rencontre hors de la porte Saint- Jean, située sur la paroisse Saint-Quiriace. Ce fut notre Claude Haton, qui, en Tabsence du curé de Saint-Ayoul et comme clerc de cette église, reçut le corps et le cortège. La compagnie s'étant arrêtée près de la porte
* Jtftm. fol. 888 r^. oûer, affio que on a eetime pas que je fusse
* i6. fol. 8491^ et v". — L'auteur seplaini meilleur que les aultrest (ann. 1673). Il quelque part) (fol. 5 1 g et 5ao) de Tesprit fait à ce sujet des réflexions très-judicieuses peu religieux que Ion apportait à ces sortes sur les cérémonies oà les ecclésiastiques de processions ; 1 Auxdities processions de doivent se. couvrir de vêtements simples . Provins, dit-il, il ne s'en trouva pas ung et sur celles ou ils doivent les avoir brildes trois estatz qui entrast par humilité en lants et magnifiques.
pénitence de ses péchez (ny moy le prc-
XL INTRODUCTION
Saint-Jean, Haton commença par interroger les archers "sur Tétat du défunt et sur la manière dont il avait clos son dernier jour- De plus, comme le corps, couclié^dans la charrette qui l'avait amené, était couvert de paille, il demanda que le défunt lui fût montré : « Messieurs, dit- il, je ne doubte poinct que ce que vous dittes et rapportez de la mort de M. le lieutenant Trumeau, vostre maistre, ne soit véritable, et quil ne soit présent en cette charrette, au grand regret de moy et de toute la ville de Provins. Touteffois, à cette fin que nostrc ministère ne soit vilipendé, avant que de commencer à faire les prières et oraisons que leglise de J.-C. faict sur ses fidelles trespassez, faictes-moy veoir le corps dudit deflunct, » • Lesquelles paroUes finies, ajoute le narrateur, ung d'entre eux monta en ladilte charrette, qui descouvrit le corps et le monstra audit Haton et à toute la compagnie. Sur ce faict, arriva le curé ou vicaire de Saint -Quiriace avec la croix et l'eau béniste, accompagné de quelques gens d'église, qui prétendoit empescher ledit Haton de recepvoir ce corps mort; après avoir ouy ledit vicaire en sa harangue, ledit Haton luy fist response que le deffunct estoit paroissien de S*-Ayoul, et que, comme tel, il le recepvoit et s'en saisissoit, selon son droict, comme estant une brebis de son bercail, et qu'à nul curé n'appartenoit la cognoissance des brebis qui n'esloient de son trouppeau, ainsi qu'il est amplement déclaré es saincts canons et constitutions ecclésiastiques. Toutesfois, il Haton déclara n empescher ledit curé ou vicaire de S*-Quiriace ni des aultres paroisses d'accompagner ledit corps et de présider sur leurs limites, si à ce faire estoient appelez par les parens dudit deffunct, et que, pour le regard des honneurs du monde, qui n'est que une follie envers Dieu , ne s'en vouloit empescher, ains les quittoit à tous qui les vouloient prendre, estant content
INTRODUCTION. xli
d'avoir recouvert une des brebis de son trouppeau et du curé de S*-Ayoul, loffice duquel faisoit la fonction. Ce que ayant bien entendu, ledit vicaire de S*-Quiriace se déporta du droit prétendu, mais accompagna ledit corps jusques en son logis, comme aussi feit le curé et aydes de l'église de S*-Pierre dudit Provins, où il est enterré. Et fust le tout faict sans dispute ni controverse, ains paisiblement, chascun desditz gens d'église estant plus curieux de cheminer les premiers que les derniers, après avoir ouy ledit Haton, lequel, pour monstrer qu'il n estoit curieux d^honneur mondain ni de présider, se njeist au ran des aultres gens d'église selon son degré et anticquité, et par ce moyen ne peut-on juger qui présidoiten ceste compagnie de gens d'église ^ »
Claude Haton a laissé dans son livre, ainsi qu'on le verra plus loin, des témoignages nombreux de sollicitude pour les intérêts des pauvres gens, et de compassion pour les souffrances populaires, si multipliées, si cuisantes à son époque. Ces sentiments expliquent le zèle qu'il déployait dans des cérémonies considérées par ses contemporains comme propres à prévenir les maux que ressentaient surtout les classes plébéiennes de la société. Il se peint lui-même de la façon la plus honorable, en racontant les ravages d'une de ces maladies épidémiques ou contagieuses que l'on désignait indistinctement sous le nom de peste. Au mois de juillet i58o, la peste, qui régnait depuis quelque temps à Paris, ayant éclaté à Provins, les gouverneurs de la ville défendirent que les enfants d'un chapelier, morts les premiers de cette maladie, fussent enterrés pendant le jour. « Ce qui ne fut faict, dit le chroniqueur, car M* Claude Haton , prebstre et clerc de l'église monsieur S*-Ayoul, à la prière et pleurs de la pauvre femme si
^ Mémoires, fol. 86& r* et suiv.
xui INTRODUCTION,
désolée, les alla qawro sur les six à sept faenres^ti soir, qui estoit eocores piem jour^ le soleil maa couché, et plus de trctts cents personnes paar les mes i \eoir que Yen en feroit, les mena en tepre au cymetière audit S^^AjouU cheminant non trop loin desdite eofans morts et de celuy qui les portoit, qaii estoît ung jeune Alz, aagé de Tingt ans ou environ^ serviteur de la maison . . . . ^^ n
Les extraits euFmnts compléteront ie portrait de Claude Haton. En Tannée i58i , un marchand ide Provins, nommé Gaspard fiiilot, tomba mortellemeait malade, et, songeant qu il aikit laisser une nombreuse famille chargée de dettes^ «^il cuyda entrer en désespoir de la nbéricocde de Dieu, disant qu'il seroit danipné. » On appela pour rassurer sa conscience on eordeiier d» couvent de Provins, et M"" Glande Haton, « iesqueiz , enseinbiement et par-fois s^^rément^ le redres^ seront, et signamment ledit Haton, encores qu'il ne fust si eslîmé en ^ience qne ledit eordeiier, à Tespérance qu ung chascun dcdbt avoir, de queiqne pédalé qu'il soit attainct, en la .miséricorde de Dieu , par le mérite de Notre^Seignenr J.^^C^ de la Vierge Marie Notre-Dame, des i»aincts et sainctes qui sont en paradis, et de la congrégaticm des fideUes de ce monde présent Le patient se trouvoit mieuK satisfaict de l'eKoriaticm dudit Hat<m <pie de celles des autres^ quelque sçavans qu'ils dussent, qui fut cause que les assistans, qui y estoient en grand noml)re, estimèrent, comme aussi fit ledit conddiîer,
' MënL fol. 918 r*.— «>C1. Haton signale Ayoïil* allèrent dans la maison du défunt
encore Tinvasion d*une peste, en i58a, a et y restèrent imprudemment à boire et
Prévins; il raconte qd*nn nommé Pierre k manger; mais que lui et un aide de i*é-
Farpuçt^&iant mort sans ^-on aoupçonoât glise de 6aiat*àyoul refusèrent de dîœr
qu*il élait victime de la maladie régnante, dans la maison , pensant que Farouet avait
plusieurs personnes, et, entre autres, le succombé à la contagion (fol. ioo3 v*). curé, le vicaire et les prêtres de Saint-
INTRODUCTION. xuu
ledit Haton, qui^ la larme à Yoàl, baiiloii une grande espérance de \a miséricorde de Diea à tocis peschetir» qui sont contrfctz et repentans de lears péchés, et an contraire dédnrcHt la rigueur de la justice de Dieu aux pescheurs obstinez qui moroient en leurs pécher sans contrition, repeatance et pénitence d'iceux^ » — Voici enfin quelques réfleidons prises au hasard dans les Mémoires. Un nommé Lecourt, qui pas-sait pour lépreux, ayant fail un legs à Téglise Saint^Ayoul de Provins, à condition qu il serait enterré dans cette é^ise, on au moins dans le cimetière, les paroissiens refusèrent de Tad- Viettre, t chose qui me sembla estre barbare, dit CL Haton; car, depuis que mig corps est mort attainct de telle mala-^
die, il ne peult plus infecter On ne doibt jamais refuser
la sépulture à ung fidelle qui a catholiquemenfiirescu et qui n'est exconmiunîé, de quelque maladie quîl soit attainct, moyennant que son corps ne puisse infecter les personnes^. » — Il dit ailleurs : « Il n est homme plus cruel et moins piteux qu'un gueux refait^. » Je n'insiste pas; je reviendrai plus loin sur ce point.
Une partie de la vie de Claude Haton a été occupée à la rédaction des mémoires où il a raconté l'histoire de son temps, et qui fournissent les éléments de sa biographie. Ces mémoires, dont je donnerai une notice spéciale, s'arrêtent à Tannée iSSâ, et depuis ce moment jusqu'à l'année i6o5, époque à laquelle Haton fit son testament, on ignore complé-
* M^moim, fol. 986, 987.— Le chro- son trespassement. Et ne Tabandonna
niqueur, pariant ensuite de la maladie ledit Haton qu^il ne fust mort. Il morut
d*un voisin de Billot, qui mourut six joyeusement, en pariant jusques au der-
jours après lui, s*exprime ainsi : t Ledit nier souspir de la iport» (fol. 988 r**).
Haton fut par luy et ses parens appdlé ^ Mémoires , fol. 89a r*.
pour le confesser et luy administrer les ^ Jbid. fol. 5a 1 v*. sacremens, comme aussy pour assister à
xLiv INTRODUCTION.
tement ce qu'il devint. En i6o5, il était curé du Mériot, village voisin de celui de Melz, lieu de sa naissance ^ et que sans doute il habitait depuis longtemps. Par cet acte olographe, il déclare qu'il veut être enterré dans l'église du Mériot, s'il meurt dans la paroisse, et fixe les cérémonies qui devront être observées à son convoi; il laisse ses biens, qui paraissent avoir composé une honnête aisance, partie à ses parents et à sa servante, partie aux églises du Mériot et de Mel^sur-Seine , et à l'hôtel-Dieu de Provins.
On ne sait rien sur le temps où mourut Claude Haton, qui était, en i6o5, âgé de soixante et dix ans. J'ai vainement fait chercher les registres mortuaires de la paroisse du Mériot, qui auraient pu donner des lumières à cet égard.
xM ' n est question, dans le testament de transport eut lieu sans doute A Tépoque Claude Haton, du transport des meubles 011 il passa à la cure du Mérîot. de ce prêtre de Provins au Mériot; ce
INTRODUCTION. xlv
Le manuscrit des Mémoires de Claude Haton, écrit tout entier de sa main, est conservé à la Bibliothèque impériale sous le n* ao36''* du Supplément français. Il a été, en i834, acquis d'un particulier par cet établissement. C'est un gros volume in-4* en papier, avec couverture de parchemin, portant au dos en écriture moderne :
Manuscrit contenant un grand nombre de détails relatifs à la ville de Provins et lieux circonvoisins , avec t histoire des événements arrivés en France dans la dernière moitié du xvf siècle ^ par Claude Haton, prêtre, an 1601.
Il se compose de mille dix-huit feuillets de texte numérotés ^ d'une table ^ et du testament olographe de l'auteur. L'ouvrage n'est point complet, et les cahiers dont il se compose ont été réunis avec une extrême négligence. Une pagination, d'une date peu ancienne, se continue, il est vrai, sans interruption de 1 à 1018; mais elle indique seulement la suite des feuillets et non l'enchaînement réel des matières. On sait, par certains restes encore visibles de la pagination primitive, que quatrevingt-seize feuillets manquent au commencement; il y a,
* Plus quelques feuillets non chiffrés ou des pages du livre, ne contient qu*un résur lesquels le même numéro se trouve sumé fort iipparfait des Mémoires de Cl.
Haton. Au moment où elle a été rédigée, ' Cette table, qui occupe vingt -neuf le manuscrit n*avait pas, au commencepages, et dans laqudle on a repris quel- ment et à la fin, plus de feuillets quauquesuns des sommaires écrits en marge jourd*hui.
XLVt
INTRODUCTION
en outre, des transpositions et plusieurs lacunes dans le corps du manuscrits le règne de François II manque, et la fin du IIP livre est perdue.
Il a existé un autre exemplaire des Mémoires de Claude Haton, sur lequel nous avons quelques renseignements. Louis Ruffier, apothicaire et maire de Provins*, qoi était possesseur de ce manuscrit dans la seconde moitié du xvii* siècle, le donna, dit-on, à M. deMénars, intendant de la généralité de Paris; il parait /^tre sorti de cette collection avant lyao, car il n'est pas mentionné dans le catalogue de la Sibliotheca Menarsiana, publié cette année^là à la Haye^. Dans le courant do xviii^ siècle, il entra dans la bibliothèque de Thôtei Soubise, où Fevret de Fontette en signala Texistenee dans son édition de la Bibliothèque historique du P. Le Long, publiée en 1768 et années suivante». Voici le titre sous lequel il est désigné :
N* 34373. Manuscrit. Recueil de f histoire particnUère de plusieurs cas advenus en nostre temps au royaume de France et princi^ paiement en la ville de Promns et bailliage (Ficelle, desquels ï auteur a eu ccnnoissance selon les temps et les saisons qui seront déduits d'après; depms lôâSjasquen 1586^ in-foL 6 vol *
^ Je signiderai des lacunes après les feuillets 5, ag, 34, Sg, 66, ii6, i64, 187, 309, a 18, aâa, 95 i, 43g, 583, 6g6, 75o, 893, g43, 976, 983. — Les transpositions sont après les feuillets a6i et 407.
* Loub RuflBer naquit à Provins le 16 février i64a; il ftit maire de Provins de 1686 à 168g. Il a composé une généalogie des comtes de Champagne , une histoire de» momiaies de Proti^s, et il a recueilli des documents rdatifs à cette ville.
* BihlioAeca Uênarsiana, ou Catalogne Jk la hihhoMqme de fou mmsire Jacqaes Charron, cheoaUer, marquis de Ménart, pré-
sident à mortier à la cour de parlement, La Haye, Abraham de Hondt, 1720, in-8*.
* Il n*en est pas question dans la première édition de la Bibliothèque historique publiée en 1719, 1 vol. in- fol. ^: G. Rivot, médecin, conseiller au bailliage de Pr0vins , qui a rassemblé plusieurs vo^ lûmes de documents sur Thistoire de celte ville, dit : «Le manuscrit de Cl. Haton. qui est écrit avec une grande exactitude, a été donné par Louis Ruffier, apothicaire et maire de Provins, à M. de Ménars, intendant de la généralité de Paris, qui Ta Mis dans la biUiotbèqoe de M. de Tbou , dont
INTRODUCTION
FoatelAe ajoute que quatre seulement des six Yolumes pp»* sédés jadis par Louis Ruffîer, et qui oQnteoaieut en entier l'ou- ¥i»|^ de€I. Haton» avaient été donnés 4 M. de Ménars, et que d««x volumes demeurèrent entre tes mains de M. Nivert, conseiller à Provins K
Le manuscrit de la bibliothèque Soubise fut vendu sans doute avec les autres livres qui composaient cette collection, soit lors des aj£aiires scandaleuses du cardinal de Bohan, soit au moa«nt de la révolution^, «t depuis lors on pesse de pou*
il avait fait Tacquisilion. U a passé depuis dans la bibliothèque de l^ôtel de Soubise ; j*ai demandé Vil j .était evpore^ et on ne la point trouvé. » [Histoire civile de Provins, ms. à la bibliothèque de celte ville, t. II, p. 859.) — Voy. aussi Ythier, Histoire ^ iihslrefi 4e Provins, mamiicri^, a la même bibliothèque, p. 187. — La circonstance signalée par M. Rivot et aussi par Fontetie, q«e M. ie Ménors «urait mis le mwnscrit de ClmAs Maion dvns la hibUoihèqœ de M. de Thoa, est -elle bien exacte? La bibliothèque de de Thou a, cdmmt K>u sait , éié acquise par M. jde Ménars pour le compte de .Colbert, son beau-frère; or, la bibliothèque de Colbert a passé tout entière à la BiUiotbèque du roi , où cependant il ne parait pas qu'il y ait eu , avant ^834» demanuaorjil de Cl. Hialon. ^ Voici la acrte mi^e par Fontetie à h suite du titre du manuscrit 34373 ; ••Ce recuuoii ealt de Claude HatOA, prêtre, curé du Mériot, à deux lieues d^ Provins, du cfité d(9 Nogaot^»ur-3einp; il a écrit avec m^ grande aibaotitud^ l^mi ca ^qui s*ast paBsé ide son temps. -^ L. BmIB^t, apojtbi- GMce et depuis maune de Provins , a donné U plus graode partie de cal ouvrage (4 vol.) à M. de Ménars, intandant de ia
généralité de Paris , qui Tavait réuni à la bibliothèque de M. de*niou,qu'a avait ai^etée f(«t qui esi aujourd'hui a Tbôiel de Soubise}. M. Nivert,. conseiller à Provins, en [avaif] deux volumes.»
* J avais d*abord pensé que le manivorU RulBer at Ménars at celui que possède aujourd*hui Ja Bibliothèque impériale étaient une seule et même chose; mais j'ai •recamu bientôt que «'étaieat deux qpianusçrils distincts. Le ^oaanusgrit de la Bibliothèque impénale est in -4"*; celui dont parle Fontette était in-folio. Le prelaiertie présente aucune treca d^dliwian en voluptés*, ce qui en i'e9te est formé d*une série de cahiers, qui paraissent avoir toujoui-s été réunis et qui ne correspondent point aux divisions du texte; le çp]3(imHK;emep^at la lin xaanqueQt, Hi est virai, mais il est visible que cefi lacunes irrégulières ne proviennent pajs d'une sé> paTiilipp du geni'e de ^e que Fontette indique. — Il peut sembler étrange néenmoins qu^ la mention d*un donble mai^usçTÏi ne %ure nulle part, et que M. Rivot, qui a rqprnduit des fragments de Cl- Hat^waa at qui annonce avoir cherché vainement la manuapritde la bibliotiièque Soubise, Jioii re^ié muet à Tégard de Tautre-
INTRODUCTION
voir le suivre K On ignore également ce que sont devenus les deux volumes laissés à M. Nivert.
Il ne reste donc aujourd'hui que le manuscrit autographe de la Bibliothèque impériale; le titre du volume a disparu avec les quatre-vingt-seize feuillets dont j*ai signalé la perte; mais il est évident qu on en retrouve les termes exacts dans l'indication donnée par Fontette à propos du manuscrit de la bibliothèque Soubise. On sait aussi par cette indication quelle est l'importance des lacunes que j'ai signalées au commencement et à la fin de l'ouvrage. Le récit de Claude Haton devait s'ouvrir à l'année i543^ et s'arrêter à l'année i586. Ce que l'on possède aujourd'hui commence pendant le cours de i553, et finit dans le cours de i582; il manque par conséquent quatorze années^.
Le manuscrit est 'divisé en trois livres : le premier s étend de i543 à 1559; le deuxième de i56o à lôyA; le troisième de i575ài586,Le premier livre, qui paraît avoir été plus soigné que les autres, parce que sans doute l'auteur l'a écrit d'un seul trait postérieurement aux événements, est partagé en chapitres, dont trente-huit et demi sont perdus. Il y a en outre, dans ce livre et dans tout le reste de l'ouvrage, des divisions de matières par années. L'auteur a indiqué au haut des pages
Quant à moi , mes recherches pour retrouver soit les fragments détachés du texte de la Bihliothèque impériale, soit le second manuscrit, sont restées tout k fait infructueuses.
^ Voy. le passage cité de THistoire civile de Provins , de M. Rivot. — Voy. aussi M. Duval, Séance pMiqae de la Société i*agricaltwre, sciences et arts de Provins, 1807, p. 81. — M. Pasques dît dans son Histoire de Provins manuscrite (tom. I,
p. 16), en parlant du manuscrit de Haton : « fl est probablement perdu. » {Voyez aussi id, ibid, p. a 6a.)
' Voy. ce que dit à cette date Tauteur lui-même, fol. 66 v*.
* Le texte de ce manuscrit présente un certain nombre de ratures; on y rencontre de plus, en divers endroits, des phrases qui n'ont pas été terminées, comme par exemple, fol. 54 v*f ^7 v*, etc. des mots passés, des mots répétés.
• INTRODUCTION. xlix
le chiffre de Tannée ainsi que îe numéro du livre, et de plus, pour le premier livre, le numéro du chapitre. Des notes marginales indiquent d*une manière sommaire les sujets contenus dans les alinéa; mais ces résumés sont quelquefois inexacts et manquent en beaucoup de points.
La disposition des matières dans chacune des années que comprend l'ouvrage est assez arbitraire. On remarque néanmoins que le chroniqueur commence en général par des détails sur l'état des saisons, sur le prix des denrées, etc. Les faits politiques appartenant à l'histoire générale, et ceux qui se rapportent à la ville et aux environs de Provins sont mêlés les -uns aux autres, selon Toccurrence et sans règle adoptée d'avance. D'ordinaire, l'auteur a réuni ensemble tous les meurtres, volst rapts, incendies, exécutions, accidents qui ont eu lieu pendant le courant de chaque année.
On peut diviser en quatre catégories principales les renseignements que contient l'ouvrage de Claude Haton : faits d'histoire générale; faits d'histoire locale; indications météorologiques; anecdotes.
Disons quelques mots de chacune de ces catégories. ,
La fin du règne de Henri II, le règne de Charles IX (car, comme je l'ai dit, le règne de François II a disparu), une partie du règne de Henri III, telles sont les périodes historiques sur lesquelles porte le récit du chroniqueur. Les guerres, les troubles civils, les massacres, les mariages et morts de princes, les assemblées politiques, etc. qui ont signalé ces diverses périodes, prennent, dans les Mémoires de Cl. Haton, la place qui leur appartient. Je signalerai, comme contenant des faits d'un intérêt spécial, comme offrant des détails nouveaux, les passages qui se rapportent à un assassinat tenté sur la personne de Henri III, en 1 558, par un nommé Caboche; à cer-
L INTRODUCTION
taines cireonfitances de la jeunesse de Charles IX %t de se& frères; au massacpe des protestants dans une assemblée de la me Saint-Jacques; au& scènes de la Saint-Barthékray; au prédicateur Jean de Hans, qtd fut arrêté à cause d« la mcAmce de ses sermons, et relâché sur lordm .exprès de Charles IX; à divers autres prédicateurs et à leuM discours politiques; à Durand de Vtiiegagnon, voyageur, guerrier et polémiste ; à Ift marche des troupes royales, de rarmée protestant^ et des reîtres dans la Champagne et k Brie pendasiit les guerres ci^viles; wi ààcn des monaaies et à VeSùst produit par cette mersure sur les populations, .etc. L'auteur, homme intelligent, soigneuK et sincère, tantôt résidant à Paris^ tantôt habitait la Brie, a vu par lui^^même l>eaucoup de choses; il a lu les écrits et les pamphlets du temps; il a eu «sous les yeux le ,teKte des actes les plus importants de FatEtoriié, et il j^est fait rajconter par des i:émoi«is oculaires les événements donA il n a pas été personnellement témoin.
Passons à la partie qui 'Concerne rhistoâse de la yiUe et du territoire de Provins. Là, chaque fait est raconAé a^eç pleine connaissance de canse; là, presque toutes les indications sont neuves et fournissent »des iumières ^qui ne se trouvent point ailleurs jEm lisant les Mémoires dedàude Haton, on voit, durait près de trente années, se mouvoir, vivre de la ^vie agitée du wt" siède, »une ville du centre .de la France, autrefois éminemment commerçante-et populeuse, alors importante encore et fermée de bonnes 'mnraiillçs. Les tmagistrats de cette ville, siège d'un bailliage et d'un présidial, «son nombreux dergé, ses ^bourgeois, ses artisans, paraissent tour à tQur. L'état de ses édifices, les-phases de son administration, les manifestations politiques et religieuses , le$s passiops bonnes ou mauvaises, ^les mœurs intimes de «a population dans toutes
• INTRODUCTION. u
les classes, sont tnis en relief. On assiste à la naissance, on suit les développements du protestantisme à Provins et dans les lieux environnants. En général, le peuple des campagnes résiste à la séduction à& nouvelles doctrines; beaucoup de petits seigneurs s y laissent entraîner. Claude Haton fait con^ naître 4 à différentes époques, les noms des gens du pays ré* piltés huguenots, leurs efforts pour obtenir lautôrisation d'é* tablir un prêche, lorsque les édits royaux ont laissé un peu de liberté à la religion réformée. Le ministre installé, on voit les catholiques accabler d'injures les protestants qui se rendent au préthe; ceux^i^ de leur côté, injurient les catholiques allant à la pix>oession. Des luttes s'engagent; la guerre civile renouvelle sans cesse ses terreurs et ses désastres. Les armées des deux partis^ les reîtres au service des uns et des autres, s'abattent tour à tour sur le pays comme des nuées d'insectes malfaisants, pillent les maisons, rançonnent ou tuent les habitants, violent les femmes et laissent derrière eux la désolation. Les villes et les bourgs fermés refusent de recevoir les troupes même de leur parti, et s^irefit d'asile aux paysans, qui s'y réfugient à l'ap* pmche de l'ennemi avec leurs meubles et leurs bestiaux. Les citoyens aiment mieu^ se garder eux-mêmes que de confier leur défende aux gens de guerre, qui ne veulent que leur argent. Ceux de Provins forment avec les hommes des villages un camp à Noyen pour empêcher les reîtres de pass^ la Seine. Puis la Ligue s'oiçattise, et, en 1Ô77, M. de Rosne, que Mayenne nomma plus tard maréchal de France^ tente en vain de faire
entrer les Provinois dans cette association
Todt cela compose un tableau bien sombre, et pourtant plein d'intérêt. Que de précieux enseignements, que de rapprochements curieux! Quelle place ces traits d'histoire locale ne méritent-ils pas d'occuper parmi les éléments qui servent à
LU INTRODUCrrON.
apprécier le caractère d'une grande époque! Ces terreurs, ces misères, ces déchirements d'un coin de la France, ce sont, en raccourci , les terreurs, les misères, les déchirements de la France.
11 y a dans Vouvrage de Claude Haton des anecdotes assez piquantes, quelquefois même un peu grivoises. Nos ancêtres avaient dans le langage moins de réserve que nous, et n'en étaient pas pour cela plus pervers. Je citerai le récit des gestes et de la mort d'un gentilhomme nommé Sérelle, qui fut exécuté à Provins, en 1671, par un bourreau inhabile dans son métier*; l'Histoire plaisante de soldats , de jacobins et de la dame de l'enseigne de F Aventure , dite la dame des trois marchés^; l'anecdote de l'arche fendue, qui porte sur une équivoque cynique, et où l'on voit des soldats citoyens prendre, la nuit, une allée de saules pour une troupe d'ennemis^; l'Histoire plaisante de la dame et du routisseur, où une femme et son mari, après avoir vécu aux dépens d'un rôtisseur amoureux, l'attirent dans leur maison, le battent et le volent^; le jugement prononcé et exécuté par des enfants de Provins contre le cadavre d'un condamné mort sans confession^; le récit des ruses bizarres inventées par de pauvres gens pour forcer les soldats qu'ils logeaient à sortir de bon gré de leur maison ^ etc. Chacune de ces petites histoires, racontées sans recherche et avec une certaine finesse, prend, au point de vue des mœurs du XVI* siècle, une sorte de caractère historique.
Les faits météorologiques forment une partie intéressante des Mémoires de Claude Haton. L'auteur marque, pour chaque année, le cours des saisons, le prix des denrées, les tremblements de terre, les chaleurs et les froids excessifs ou
' Mémoires, fol. ^Sg et suiv. * Ibid. fol. 3i4 r*.
* Ibid, fol. 699 y', 701, 70a. ' Ibid, fol. 5o6 et suiv.
•" Ibid. foL 697 V* el suiv. * Ibid. fol. aaA r'.
INTRODUCTION. un
arrivés hors de leur temps, les particularités de la culture, de la pousse des grains et des fruits. Il s'étend sur le fameux hiver de l564^ où le pot mis devant le feu pour cuyre la chair boult devant et si a de la glace derrière, où ung muid de vin, après le tonneau rompu, est saulvé en ung sac de toile, etc. Il donne le détail des processions qui se faisaient d'une ville à une autre pour empêcher la destruction des fruits de la terre menacés par la rigueur des saisons. Il décrit les comètes survenues de son temps, qu'il appelle estoiles à la grande queue^^ les éclipses^, les aurores boréales^ , les signes célestes de tout genre, les dragons de feu, les guerriers brillants se combattant dans les nuées*, et il a soin de noter les événements humains que ces signes annoncent ou avec lesquels ils concordent. Imbu des croyances de son époque, il signale avec un grand sérieux les apparitions d'esprits, de loups-garous, de bêtes qui parlent, les mouvements extraordinaires de certains poissons pris de la rage, les possessions, etc.^ •
En résumé, et sous ces quatre points de vue, les Mémoires de Cl. Haton me semblent dignes d'une attention particulière. Il ne faut point y chercher les secrets des intrigues de cour, les finesses de la politique intime; mais on y trouve un tableau fidèle de l'influence que les actes du gouvernement et ceux des grands seigneurs ont eue sur la marche générale des affaires publiques, sur l'état de la France, sur le bien-être des popu^ lations; ils font connaître la manière dont les faits ont été appréciés et jugés dans les provinces par les contem^porains , la nature des impressions que les événements oqt laissées dans
* Mémoires, fol. aA? ^^ ' Ibid. fol. 64o r* et v', 997 v*, 1018
* Ibid. fol. 16 y\ 8a 1 v% 997 v'. v*.
* Ibid. fol. 938 V*. etc. • Ibid. fol. 677 v\ 745. 79a v*, 863 v%
* Ibid. fol. 64o y\ 864 V, etc.
Liv INTRODUCTION.
les masses. Le récit de Claude Haton est une sorte dé vertîdti populaire de rhifetôire des quarante années de luttes lùtes^^ tine* dont la France à été le théâll^è àti x?i* siècle, un écho des bi:iiits répétés par les ibille voix de lopinioti sur les abieUi^ du drame, pfeiidaht leS règtiës de Henri II, dé Chartes IX et de Henri I]I. Sous là daté dé iSyô, en parlant des guerres civiles de cette époque, le chroniqueur dit : • Le peuple de France eust sceù meilleur gré au roy, s'il fust allé à la guerre en propre personne, quil né faisoit de le véoir aller et d'oUyr dire qu'il alloil à la processioîi. Car sa présence en laditte guerre eust sérvy de mille hommes; mais n'en vouloit ouyr parler, et avoit bien changé de éondition depuis quil fùst roy^» Des traits dé ce genre, expression naïve des sehtiirientè et des opinions de la foule, sont fréquents dans Tonvràgé du curé dé Mériot.
Il serait dangereux d*ajouter une foi absolue à la partie de la chronique de Cl. Haton où fauteur Wlate lès grands faits politiques et dépeint les personnages importants de son époque. Plusieurs de ses assertions, dont il na pu, dans fétat d'éloignement 6ù il était la plupart dli tleti^ps du théâtre dés événelîiientè, vérifiée toujours l'exactitude, ont besoià d'être confrontées avec dés témoignages coAtémporains authentiques. D'ailleurs, homme de parti, suivant l'impulsion de ses passions religieuses et politiques, esclave de ses préventions, il croit ce ipii ttàtté ses idées, et il pèche tantôt par e'xagératio^n, tantôt par atténuation. Ou le Voit qùelquefoiis attribuer sans preuve aux eniieinis de sa causé des intentions ou des actes odîeuîK , tandis qu'il cherche à écarter des vrais coupables le blâme qu'ils méritent; mais il n'altère point sciemment et volontairement la vérité, il se trompe, voilà tout. Il sait, dans diverses
' Mémoires, fol. 645 v*.
INTRODUCTION. lv
occ^ionis, ^tre séyère pojyir les gens de sop parti et Jjienvejl- L^nt ppijir ceqjL 4u caipp opposé^ içn pailapt de Tédit de janviiçr f57î», il ^'Ijésite p^ ^ çonyejiir que ,çette ordonnance « r|^pr}i)i^a q|if.elquepien| Fau^aoç ^s gentilshomo^es^ taQt icatlfO^cqujes que bi^gueijLpt?, et sign4p^n)ent des cathoHcques, l.e^quelz «e r^eAdirent plus o})éi^,a,ns et mojifîts nuisibles qjue ^eyajjLjt^f II jÇaij;t qja'il se x?roije bw^n sûr des fefts pour les affîrimer avec décision. On rencontre à chaque page de son