livre des phrases /comme jce)Oies-ci : je fie ïai sceu au vray
si j'ai bien retenu je nen sçai rien. Lorsque sa méinpir^e ept
ipiCerjtaine, il ^avoue franchemienf ses doutes; quand les renseignementç qu'il a recueillis lui lassent de Tjhiésil^tlon, il a soin .d'^e^, cou venir: .«De s^çftvoir pa^jie^ d^yf ^t^e du^dit voyage (l!e^péditiop d7ta|iie en i SSy) et dçs ejcploicte d'içeluy seigneur (le ducdeQuise), ditril qyelqjue part , je ^e ^ç^urovs, ppur n'y avoir resté ni pi;9prei][iei^t ^n fvoir o,\iy parler, içombie^i que plusiçxirs foi? en aye puy f^er à ra,\dino?nj[er dudit sei^eur, (fffji feit j^e voyage fiviec luy; ffi^}» jpour ,ce qu'ij me seniblçit que.lecjyit a.uin3iQsnier en parloit pji^ grande affection po^y^Tan^pliation de l'hçn^eur de son maistre, je n'ai ^ajç(usté foy à tout ce que jç î,\iy -en ai ouy dire*; » et ailleurs : « Je ne puis ,rjie;Q dire dçiyîtntage^esditt^ guei^çes t^irqvesques ( i ôôyj , de peur d'en mentir, d'aultant que je jpi'eo ai.CjV^y le discq^^rs par ce.ux qui y .?çvoient,esté^.,» ,11 n'oublj^e point .de constater sa présence, .quand fji .croit ajouter ain^si à la force de ses assertions; il indique Ifi, source où il a pui^é certains récits : pour quej^q^^e affaire ,^e .CQur, jles jpfiroles d'u^Ç seigneur initié personneUe-
' AMww>:{bl. 47&,r^ .la fi^ati^iie ,de Flandre, QaiMie Haiçn
* Ibid. fol. 33 v**. dit : • Nous laisserons cela à escrire à
' Ibii, fol. 345 ^^ — Voy. aussi fol. a4i ceux du pays, qui ont receu le domage
r*. — Au. 9iqet. des. désordres commis par et qui en suivent plps que nous » (1678 ,
les troupes du duc d*Ânjou en gagnant fol. 797 v').
Lvr INTRODUCTION.
înent aux secrets de l'État; pour uue bataille, pour un siège , celles d'un soldat revenu de la guerre, etc. ^ Il parle avec une grande réserve de la plupart des gens accusés ou condamnés par la justice, et souvent, après avoir rapporté sans partialité les circonstances favorables ou contraires au prévenu, il termine ainsi^ : le jugement en demeure à Dieu. Quant aux phénomènes extraordinaires, il ne mentionne plusieurs d'entre eux qu'en convenant qu'il ne les a point vus, et qu'il se sert de récits étrangers; il en discute d'autres et cherche même à les expliquer^.
Les Mémoires de Cl. Haton témoignent chez leur auteur d'une instruction assez étendue pour le temps. On y trouve les marques d'une raison sûre, et qui s'élève quelquefois audessus des préjugés. Son style est clair, et, sans être trèsoriginal, très- coloré, il plaît par la facilité et par des traits assez piquants. Son grand défaut est la prolixité. Les récits s'allongent fastidieusement par des détails insignifiants, par des répétitions inutiles où l'auteur ne se donne pas même la peine de changer les formes du langage; chaque fois qu'il nomme un personnage, il redit sa généalogie, sa profession, etc. Les portraits sont peu nombreux; Haton est surtout un narrateur. Ses réflexions, pleines de bon sens, sont souvent remarquables par l'heureuse exactitude de l'expression. « C'est une grande imprudence, remarque-t-il quelque part, à tout homme qui redouble l'affliction de l'affligé. » — «Car en toutes choses, dit-il ailleurs, faveur fait aveu^er le droit; » — et ailleurs encore : «Tant plus une denrée est chère, d'autant plus y commet-on de l'abus^. > Je pourrais multiplier beaucoup ces citations.
Haton a rapporté textuellement plusieurs actes du temps,
* Voy. par exemple » Mémoires, fol. 887 * Aftm. fol. 64o v% 64i r% 762 v* et suiv.
verso. ^ Ibid, fol. 617 r*, 5ao ?*.
INTRODUCTION. lvu
édits, discours, requêtes, bulles pontificales, etc. Ces documents se retrouvent, pour la plupart, dans .diverses publications relatives au xvi* siècle, ou dans les recueils généraux d'ordonnances.
Quant à Tesprit dans lequel sont rédigés les Mémoires, on a déjà pu l'apprécier en partie par ce que j'ai dit, dans la biographie de Claude Haton, des sentiments et des qualités personnelles de ce prêtre. Je crois devoir insister ici sur quelques points, et particulièrement sur la compassion touchante pour le peuple qu'on voit briller à chaque page de son livre. Si les saisons sont rudes, si la contagion ou la disette sévit, si la guerre s'allume entre le roi et les princes du sang, entre les catholiques et les protestants; si les gens de guerre occupent les villages, les rançonnent, les pillent et les brûlent, le chroniqueur a toujours quelques bonnes paroles pour plaindre les maux des victimes, et quelques traits énergiques pour flétrir les auteurs de la misère publique.
Suivant lui, ceux qui dans l'avenir liront ses récits refuseront de croire les tourments qu'ont fait souffrir aux villageois les gens de leur propre nation, pour satisfaire les caprices des princes et leurs mutuelles jalousies. « Que les anciens, ajoute-t-il, apprennent à leurs enfans de ne se resjouyr, quand ilz oyront dire que noises et discorts seront entre le roy et les princes de France, jusques à prendre les armes les ungs contre les aultres, ou que le pays se rebelle contre ses princes naturelz par guerres civilles; car ce sera le comble de leur malheur, comme toujours en est advenu au
royaume Dieu a baillé à la France des princes et roy telz
que le peuple le méritoit, et au roy et princes des subjectz telz qu'ilz roy et princes le méritoient, et a esté le tout permis de Dieu pour la pugnition des ungs et des aultres, combien qu'il
Lviii INTRODLCTION.
n'y ayt eu que les pauvres gens des villages qui ayent souffert la pugnition des péchez du roy, des princes, des gens-tuehommes, des marchans et bourgeois ^ »
L'opinion de Ci. Haton sur le protestantisme n est point celle d'un philosophe, maïs celle d*un catholique et d'un catholique du XVI* siècle. Voici la manière assez piquante dont il Texprime :
« Or estoit-il fort facille d'estre huguenot en ce temps-là, et n estoient les fondemens de leur p^rétendue religion malaisez à apprendre; il ne falloit questre meurtrier, voleur, larron, sacrilège, paillard, adultère, voleur d'églises et de temples, briseur d'ymaiges, mesdiredupape, des cardinaux, éyesques, prebstres, moynes et ecclésiasticques, estre meurtrier de telles gens, haïr et mesdire de la messe et du sainct sacrement de l'autel et dire que c'estoit Jehan le Blanc, bailler l'hostie à manger aux bestes et chiens, graisser ses bottes et souiliers du cresme et des sainctes huilles, faire son ordure fécalle dans i'eau béniste des eaubenoistiers et des fons, manger chair les vendredis, samedis, karesme et jours de jeusnes, prétendre qu'il n'est point de purgatoire en l'aultre vie, blasmer les pèlerinages, dire qu'il ne fault prier la Vierge Marie ni les sainctz, ni dire heures, ni matines, ni aultre office divin, sinon les Psalmes de David traduictz en vulgaire et rime françoise par . Marot et Théodore de Bèze, et dire qu'il ne fault faire nulle bonne œuvre pour avoir la vie éternelle en paradis, ains que c'est assez de croire en Dieu et en Jésus-Christ, lequel, par sa mort et passion , a tout faict pour nous en ce monde avant que d'en partir. Voilà ce que faisoient les Françoys desbauchez de la religion catholicque, pour se mettre de la prétendue huguenoticque, et estre bien venus des seigneurs, gentilshommes et juges de justice qui estoient de ceste faction^. »
' Mémoires, fol 6aa y\ — » W. fol. 82 r'.
INTRODUCTION. • ux
C'est aux protestants que Cl. Haton attribue la plus grande part des misères, des iniquités et des excès de son époque. Il raconte avec complaisance les actes de cruauté commis par eux durant les guerres civiles sur les catholiques, qu'ils traitaient de papaux, d'idolâtres, de pauvres abrutis, de tisons du purgatoire du pape^; il les accuse de l'assassinat tenté en i558 sûr Henri II, quils regardaient comme le tyran persécuteur de l'église de Jésus-^Ckrist^. Tous les bruits malveillants qui couraient sur leur compte sont reproduits dans son livre. Chacun sait quelles calomnies furent débitées sur les réunions secrètes des premiers disciples de Luther et de Calvin; Haton ne manque pas de reproduire ces accusations : il peint les adeptes de la religion nouvelle se livrant dans leurs assemblées nocturnes à de mystérieuses débauches, dont le ministre, après avoir éteint la chandelle, donnait complaisamment le signal^.
Aussi notre chroniqueur applaudit-il aux exécutions ordonnées par l'autorité contre les religionnaires, aux violences commises à leur égard par les soldats catholiques. Quand on les maltraite, quonles pille et qu'on les tue; quand on viole leurs femmes, comme cela eut lieu au Houssay, près de Provins, en 1 567 *, il raconte ces faits en souriant, et il assaisonne son récit de cruelles plaisanteries. Le massacre de ia Saint-Barthélémy, à l'entendre, n'a été qu'un moyen, adopté à la dernière extré- mité, d'empêcher les protestants d'exterminer les catholiques, comme ils en avaient le projet. S'il avait regardé en arrière dans son livre, il y aurait vu que lui-même avait annoncé chez le roi Charles IX la résolution arrêtée dès l'année 1 568, en cpn-
Mémoires, fol. iSa-i5^, etc. signaler, comme coupables de ces infa- Id, fol. 55 r* et v", mies, les protestants de la ville où il de- Jd, fol. 36 V*, 37 r* et 71 r*. — No- meurait, qu il avait pu observer par luitons en passant que Q. Haton parie d'une même, manière générale, et quil s'abstient de * Mémoires, fol. 333 v*.
Lx • INTRODLCTION.
ciuant la paix, de ne se servir de cette paix que pour faciliter l'exécution qu'il voulait faire des protestants ^ Mais la passion ne raisonne pas. Les victimes de la fureur des catholiques n'excitent chez Haton aucune pitié, et les projets sanguinaires qu'il attribue à Charles IX lui semblent les plus naturels du monde : « L'intention du roy estoit, dit-il, que toutes les villes de son royaume fissent sur leurs huguenotz comme ceux de Paris avoient faicl aux leurs, nonobstant sa précédente déclaration. Car, par ce moyen, il entendoit repurger son royaume de cette faulse couvée de vipères qui, par chascun jour, renouveloient troubles et séditions au royaume, pour empescher la tranquillité de la républicque, et qui abusoient de la doulceur de sa majesté en cerchant tous moyens de le tuer et exterminer par tant de foîs^. »
Qui méritait d'être compris dans cette couvée de vipères, dont Charies IX avait voulu purger son royaume? Le nombre des victimes se mesurait, dans l'esprit de chacun, à l'intensité de sa haine personnelle, et peu de signes suffisaient pour que les catholiques soupçonnassent d'hérésie les gens qu'ils n'aimaient pas. Si l'on n'assistait pas régulièrement à la messe, si l'on était surpris mangeant de la viande un vendredi ou en temps de carême, on passait pour huguenot et l'on était traité comme tel. Claude Haton voit des huguenots partout. A ses yeux, le chancelier de l'Hôpital est tung des plus grands huguenotz et kéréticques de France^. L'emploi de la force brutale pour la destruction des nouveaux adversaires de l'église romaine est l'idée dominante du clergé au xvi* siècle. Pie V la déclare nécessaire jusqu'à la mort, et, dès i556, François Lepicart donne, en pleine chaire, cet atroce conseil à Henri II :
' Mémoires, fol. 36o f et 44A V. ' Mémoires, fol. 485 v^
' Id. fol. 486 r'.
INTRODUCTION. lxi
« Le roy devroit pour un temps contrefaire le luthérien parmi eux (les protestants), afin que, prenant de là occasion de s'assembler hautement partout, on pût faire main-basse sur eux tous, et en purger une bonne fois le royaume K » Claude Haton, en approuvant la Saint-Barthélémy, n est qu un reflet assez pâle de ces hommes-là. Il mêle d'ailleurs à ses haines religieuses une certaine nuance de bonhomie; s'il est permis d'employer ce mot en pareille compagnie. Il montre, en plusieurs endroits, pour les hérétiques, une indulgence qui semble l'expression de sa pensée intime, dégagée de ce que le temps, les circonstances, sa position, l'influence extérieure, y avaient mis de fiel. Il parle avec une douceur touchante de la mort de Jean Alleaume, bailli de Provins, longtemps attaché au protestantisme, et de celle de Nicolas Janvier, bailli de Bray-sur-Seine, qui avait aussi embrassé la réforme. Sa réserve sur la réalité des conversions est remarquable; il s'en remet à Dieu pour les juger.
Ce n'est pas au reste sur les protestants seuls que Claude Haton rejette la responsabilité des malheurs du pays. Les gens de guerre, une partie de la noblesse, les rois et les princes du sang encourent aussi ses reproches. Les soldats, à quelque parti qu'ils appartiennent, sont à ses yeux des fléaux envoyés par Dieu pour la punition de la France pécheresse^. Il répète à diff*érentes reprises un jeu de mots usité sans doute de son temps, en désignant les seigneurs pillards et dévastateurs sous
^ Bayle, art Rôie. meschans que les haguenotz. i — Plus
' « Les soldats catholiques , dît-il (1570, loin (fol. 44a r*"), pariant de la prise de
fol. 44 1 V") , estoient aussi larrons et la petite ville de Dimon par Tannée catho-
voleurs des biens d aultruy que les hugue- lique , à laquelle on avait refusé d'ouvrir
notz, excepté qu*ilz ne pilloient et ne sac- les portes, et des cruautés qui y avaient
cageoient les élises et ne tuoient les ec- été commises , il blâme ces actes avec
désiastioques , mais, au demeurant, aussi énergie.
Lxu INTRODUCTION.
les noms de gens-tue-hommes ou de gens-fille-hommes. En général, la noblesse, à son avis, est fort dégénérée. «Jadis, dit-il, les nobles de France ont acquis ce titre de noblesse et leurs privilèges des roys et princes, pour leurs vertus et les bons services qu'ilz faisoient ausdis roys et princes et à leur patrie, la France; lesquelles vertus estoient auxditz nobles et gentishommes si reluisantes devant tout le peuple que pour néant, mesmes sur leur vie, ebsur leur honneur qu ilz aymoient plus que les biens, n'eussent volu faire, dire ni entreprendre paroHes ni actes qui eussent porté scandalle ni domage au plus
petit et pauvre de la terre Mais maintenant le tout est bien
renversé au contraire. Les nobles sont maintenant hérétiques, irrévérens, renieurs de Dieu, blasphémateurs de son sainct nom, de sessainctz et de son église, arrogans, cruelz, oppresseurs du peuple, ravisseurs du bien d^aultruy, paillards, incestueux, vioUeurs de filles et femmes, traîtres, desloyaux, proditeurs de leur patrie, non charitables ni aulmosniers, non hospitaliers aux passans, mais guetteurs et espieurs de chemins, voUeurs, associez des larrons et des meurtriers; brief, il n y a genre ni espèce de mal que ne facent. Voilà les vertus qui reluysent en noz nobles et gentilshommes de France; je ne parle que des meschans, le nombre desquelz excède de plus des trois partz le nombre des bons et vertueux. Dieu garde de mal les nobles vertueux et gens de bien qui ont en horreur les vices susditz et les vicieux; le nombre en est assez petit. Us sont hays et desprisez des aultres qui font de tout vice vertu '. » Les rois et les princes, à l'exception de Henri II, avec lequel fauteur parait avoir eu, comme je l'ai dit plus haut, des relations personnelles, sont traités aussi avec rigueur, surtout
* Mémoires, fol. 674 r". — Voy. aussi, v", des plaintes, dont le passage cité n est sur la corruption de la noblesse , au fol. 56 que le développement.
INTRODUCTION. lxiu
lorsqu'ils s'avisent de favoriser les protestants ou de lever des impôts ^ Catherine de Médicis, qui eut quelques velléités hérétiques, est accusée d'être de connivence avec le prince de Gondé pendant les guerres civiles, et même d'être sa maîtresse,
Le clergé catholique lui-même n'est point épargné; les reproches auxquels il donnait lieu à Provins et aux environs sont constatés dans les plaintes et doléances des Provinois aux États généraux de i56o^. Cl. Haton* signale sfins ménagement les fautes et même les crimes des prêtres ses contemporains, et il montre à leur égard une juste sévérité. Il voit avec douleur la vente des bénéfices, la mise à ferme des cures par les curés qui ne voulaient pas s'astreindre à la résidence, l'ignorance des vicaires auxquels l'administration des paroisses se trouvait confiée \ C'est contre les chanoines surtout qu'il s'élève : «11 seroil meilleur, dit-il, avoir à faire aux diables d'enfer, et en auroit-on plus tost meilleur droict que de prebstres qui ont une bourse commune^. » Cependant, on le trouve en un endroit indulgent à l'excès pour les cordelières de Provins, qui, par crainte des reîtres, avaient quitté leur couvent et étaient venues passer quelques semaines dans la ville ^.
Voilà quel est l'esprit de l'ouvrage de Claude Haton; voilà les sentiments qui y respirent sur les honimes et sur les choses. L'auteur, en écrivant, avait-il l'idée d'une certaine publicité?
* Voy . fol. 598 r' et 6 1 5 ^^ — En dé- * Mém. fol. 838 r". — « Iceux chanoines ,
pit de sa bienveillance ordinaire pour dit-il ailleurs, qui de tout temps reculient
Henri II, Cl. Haton se montre en quelques à toutes bonnes choses » (fol. 207 v"). —
endroits assez sévère pour ce prince. (Voy. « On ne trouve guères de loyauté en gens
Mém, fol. 56 V* et 67 r**.) qui ont une bourse commune, de quelque
^ Cette pièce a été publiée dans le qualité qu*ilz soient, ni qui veidlent faire
Bulletin des comités historiques, 18/lg, droict et justice, s*ilz n y sont contrainctz r
p. 271. (W. fol. ao8r'').
' Mémoires, fol. 56 r^ et v^ ' Id. fol. 678 v".
Lxiv INTRODUCTION.
quelques indices peuvent donner lieu de le supposera Quant à la date à laquelle a eu lieu la rédaction des Mémoires, elle est assez difficile à déterminer.
De nombreux passages prouvent qu une partie notable de Touvrage a été écrite plusieurs années après les événements quon y trouve racontés, et que le reste a été composé successivement et à mesure que les faits s accomplissaient. Précisons davantage, et citons les textes eux-mêmes. J*ai dit que le récit d'une dizaine d'années, de i543 à 1 553, manquait dans le manuscrit de la Bibliothèque impériale; au point même où commence la relation qui nous reste, on voit clairement que Tépoque où le chroniqueur rédige son livre est éloignée de celle où ont eu lieu les faits dont il parle. Ainsi, à propos de la guerre soutenue par Henri II contre Charles-Quint, en 1 554, il dit : « S'il (l'empereur) print Hesdin, il ne m'en souvient, etc.^ • Il sait que Thérouanne fut rasée ou par le roy ou par ledit empereur y mais ses souvenirs à cet égard sont fort indécis. Plus loin, il s'exprime ainsi : « Me souvient que le roy prenoit fort grand
peine de garder la ville de Marienbourg Il ne me souvient
si le roy en personne estoit à son camp de Renty^. » — Même hésitation au sujet des mariages de Claude de France et de Marie Stuart : « Je me trouve, dit-il, icy confus en mon esprit, touchant les mariages du dauphin de France et de mons. le duc de Lorraine, pour n'avoir mis par escript de longtemps après ces présentes mémoires , et pour n'avoir esté curieux de recercher les histoires et mémoires de ceux qui ont escript les faictz de France^. » Cette explication reparaît à propos de la
* tPour ostcr roccasion de calomnier labeur» (ii. fol. 779 v*). — * Mémoires,
ce mien escript aux simples gens qui le fol. *a v". pourront lire • [Mém. fol. 779 r*) ; — « de ' /A fol. a v* et 3 r*.
peur d*offenser ceulx qui liront ce mien " Id. foL àg f.
INTRODUCTION
paix de 1 569 : « Pour n avoir escript ces mémoires promptement, je ne puis dire à la vérité qui fut l'ambassadeur du roy d'Espagne qui a voit la'procuration d'espouser la fille di^roy de France pour ledit roy d'Espagne, si ce ne fut le duc diAlbe, ni aussi celuy qui espousa dame Marguerite, sœur du roy, pour le duc de Savoye^ » Une mention semblable se retrouve sous l'année 1662 : «Ung jour et moys de l'esté de ceste année, environ sur l'heure de vespres, ung train de grande dame que je ne puis nommer, pour n'avoir promptement escript ces présentes mémoires ^ »
Nous manquons d'éléments pour fixer l'époque à laquelle le chroniqueur se mit au travail annuel et successif de la rédaction de ses Mémoires. Seulement, on vient de voir que cette époque est postérieure à 1 56 3, et un autre passage du manuscrit montre qu'elle ne peut dépasser 1674^. C'est alors, suivant une assertion respectable, que l'assassinat d'un jacobin, frère Aubin Charles ou Caroli, donna à CL Haton l'occasion d'écrire son livre *. Le feuillet où ce meurtre était raconté a péri; il ne
* Mémoires, fol. 60 v*.
* W. fol. ao6 r*. — Plus haut, après avoir raconté la mort de Henri II, et en terminant son premier livre , Claude Haton dit : tt Qui est Tendroict où nous ferons
lin à ce présent livre Plusieurs aultres
choses ont esté faictes et passées depuis le temps qu avons commencé ces présentes mémoires, qui commencent dès Tan 1 543 et 4 f qui est le premier commencement de nostre première cognoissance.
Lesquelles toutesfois ne sont escriptes en ce livre, pour n*en avoir eu la souvenance » (fol. 66 V*). ^- Après avoir
décrit la comète de 1677 * "Voilà, dit-il, ce que nous avons veu et expérimenté des signes célestes non accoustumez d*estre
veuz , qui sont advenus depuis nostre temps jusques à ceste présente année. Si Dieu nous faict la grâce de vivre , nous verrons ce qui adviendra de ceste dernière comette de Tan présent, que nous mettrons par escript le plus fidellement qu'il sera possible • (fol. 769 r"). — A la date de 1 677, en décrivant la comète de 1 556 : 1 Ce que nous ne pouvons pas icy cotter préciséipent, dit-il, pour le laps de temps que nous avons mis à mettre par escript ces présentes mémoires • (fol. 753 r'). — Voy. aussi fol. 45 r% 49 r*", 101 v', lag v% i4o r', i43 r*.
' Voy. fol. 16 r% la v'et 17 t\ ^ Voici les paroles de M. Rivot (HisL civile de Provim, t. II, p. 559) , qui ont été
Lxvi INTRODUCTION.
reste de mention da crime que sous Tannée iSyS, où Tauteur parie de Tarrestation du meurtrier par quatre jacobins de Provins, dans une auberge de Sénetruye, *paroisse de Ghenoise, où i] s'était cachée A partir de iS^ài Haton indique au futur et comme prévus par lui des événements qui ne s'accomplirent en effet que plus tard, ou raconte au présent des faits qui ont eu lieu au moment de la rédaction. Je cite : <( Voilà où nous voulons faire la fin de ce présent nostre second livre de l'histoire particulière de nostre temps, lequel, comme aussi le premier, ne sont en si bon ordre que l'eussions bien volu, comme nous espérons d'y mettre le troisiesme, qu'avons volonté de faire ci-après, que nous commencerons au mois de juin de ceste année présente, au gouvernement de la régente du royaume de France, en attendant la venue du roy de Pollongne, qu'on attend en brief avec une joie indicible. Lequel Dieu veuille ramener en bonne santé, sagesse et prudence, et
bien tost »^ — Et ailleurs : « Et ferons icy la fin des troubles
de ceste année 1 076, et laisserons le camp audit Joigny, jusques au commencement de l'an prochain, où nous le reprendrons pour déduire ce qui se fera en laditte année, que nous estimons nestre meilleure que ceste présente, si Dieu n'y
besongne par sa grande miséricorde »^ — Et plus loin
encore, en 1 078 : « Je ne puis passer soubz silence l'abbusqui règne audit prieuré de la Fontaine aux Bois, pour le regard
reproduites par M. Ythier (Histoire des il- MM. Rivot et Ythier ont donné chacun ie
lastres de Provins, p. 187) : « Il dit luy- récit de la mort de frère Aubin Chaiies
même que ce qui lui a donné occasion d'é- diaprés Claude Haton ; il y a lieu de croire
crire fut la mort de frère Aubin Charles, que la copie faite par M. Rîvot la été d*a*
dominicain , docteur en Sorbonne et théo- près le second manuscrit que j'ai signalé;
logal de S*-Quiriace, qui, revenant de * Mémoires , foi, 63 1 r".
Rosay en Brie, fut assassiné à l'entrée de * /i fd. 583 r'.
la forêt de Chenoise, le 4 juillet 1574. — ' Jd, M. 6aa v^
INTRODUCTION
du spirituel et du revenu temporel dudit prieuré lequel
revenu, pour le temps de œste présente année et jusques à ce qu'il plaira à Dieu, est applicqué à une pauvre dame ou da-
moiselle, nommée madame de Risse ^» Enfin, en parlant
d'un procès intenté devant Tofficial de Sens, en 1679, à un homme qu on accusait d'être malade de la lèpre : « Les chirurgiens et harbiers, dit-il, ne voulurent faire rapport diffinitif, ains le remirent aux premiers jout^ de- may prochain ensuivant, parquoy cesserons ce propos pour ceste année, en attendant le jour et mois de may de Tan qui vient, pour en parler, si nous y .sommes tous^. » — Ces différents témoignages sont obscurcis par le suivant, d'où il semblerait résulter qu'au moment où Tauteur rédigeait Tannée 1672 on avait déjà passé i58i : a Je ne diray aultre chose icy (sous Vannée 1672) de la généralité et général des cordeliers, d'aultant que j'espère en parler en ung aultre temps, et en nostre 3* livre que nous ferons cy-après, Dieuaydant, en l'année i58i, où nous parlerons de luy-mesme et comment il fut, en ceste ditte année* là, faict le sufTragant de M, l'archevesque de Sens^. » La seule
^ Mémoiret, fol. 8a 3 v**. — En pariant de la chute d une partie des Changes de S*-Âyoul , Cl. Haton dit que les matériaux furent laissés au prieur de S*-Ayoul, à la charge de les employer à la réparation de ce qui restoit du bâtiment, ce qui, ajoutet-il, na encores estéfaici (fol. 8a4 v*).
' îd. fol. 891 V*. — Voy. aussi ce qui est dit aux fol. 679 v% 767 y\ 886 t\ et le récit de Tannée i58o, pastim.
' Id. fd. 499 v". — L*auteur ajoute : . ..... Estant faict évesque de Césarée,
après avoir esté déposé de sa charge de général, au chapitre universel qui fut depuis faict à Paris en Tan 1 679, ainsi qu il
apperra audit troisième Uvre que nous espérons de faire. » — Il y a encore uu passage difficile à expliquer : En i56i, Qaude Haton pariant de certains miracles accomplis en ibb'j au village de k S**- Épine, dit : «Ce discours deust estre escript en nostre premier livre de ceste histoire, en Tannée 67, pour ce que les choses susdittes sont advenues en ce temps ; mais n'ai eu pour lors souvenance de Ty mettra. Qui est la cause qu en ai icy fait le récit, à cause du miracle de la Croix de Troye . qui m*en ,a faict avoir mémoire. « (Id. fol. 101 v**.)
Lxviii INTRODUCTION.
manière d'expliquer cette anomalie, cest de supposer que la rédaction primitive de Tauteur a été recopiée par lui , en tout ou en partie après i58i, et quen faisant ce travail il a introduit certains changements et des renvois aux événements postérieurs. En effet, les omissions et les répétitions de mots que Ton rencontre dans le manuscrit de la Bibliothèque impériale montrent que ce manuscrit est une copie ou mise au net^ Seulement, les ratures et les corrections qu'il présente doivent le faire considérer comme une copie retravaillée et comme une sorte de second original.
Des passages de Claude Haton, en fort petit nombre, ont été reproduits dans d'autres ouvrages, particulièrement dans les collections manuscrites de M. Rivot et de M. Ythier conservées à la bibliothèque de Provins, et dans celle de M. Billate, dont M. le docteur Michelin possède quelques parties. M. Rivot, Anecdotes de Provins, t. VI, a donné des extraits des Mémoires de Cl. Haton dont voici l'indication : Entrée de Charies-Quint en Champagne (i544)» p. ^83; — Surprise de Provins par les huguenots (1662), p. 3o3^; — Prêche établi à Provins par les huguenots, en i564, p. 3i3; — Passage de la reine mère à Provins {i574), p. 329; — Cherté du blé en 1673, p. 333; — Jubilé de 1 57 4, p. 335 ; — Frère Aubin Charles, assassiné, p. 343; — Sermon du général des ^ordeliers, p. 345; — Beaulieu et ses brigands, p. 35i; — Siège d'Anglure (i58i), p. 358; — Coqueluche; fossés du moulin d'Ocle; le soleil éclipsé, p. 36o. Les mêmes passages sont reproduits dans les
' Notons, en faveur de cette opinion, et où il est question des protestante de
la date de 1601, inscrite sur le dos du Provins et des environs, parait être un
manuscrit de la Bibliothèque impériale. abrégé de ce qui se trouve à ce sujet dans
* Quoiqu'il n'y ait point d'indication, Cl. Haton. — Voy. aussi le même ouvrage,
le morceau intitulé, dans M. Rivot, Les t IV, p. 119. huguenots de Provins ( 1 56o , t. VI , p. 3o 1 ),
INTRODUCTION. lxix
Anecdotes de Provins de M. Ythier, t. I, p, 46 1; t. II, p. i, 39, 4o, 45, 49, 52, 75, 83, 84 et 85. — Cl. Haton a été cité en outre par M. Rîvot, t. III, p. 345, au sujet des protestant? de Provins et de l'abbé de la Chesnays; par M. Billate, à l'occasion du prêche que les protestants tentèrent d'établir à Provins, et à propos du passage en cette ville de Christophe de Chefibntaines , général des cordeliers, en i582; par M. Grillon (manuscrit de la bibliothèque de Provins), à propos de la fondation du collège. Enfin, s'il m'est permis de me nommer ici, j'ai indiqué ou cité les Mémoires du curé du Mériot dans mon Histoire de Provins, imprimée en 1839-40 ^
Je ne crois pas qu'il existe ailleurs d'emprunts faits aux Mémoires de Claude Haton. On peut donc considérer ces Mémoires comme un livre tout* à fait nouveau. Reste à savoir si j'ai sainement apprécié leur valeur; s'il est vrai, comme je le pense, que, bien qu'écrits en partie au point de vue local, les récits qu'ils contiennent donnent une idée exacte de l'état de la France dans la seconde moitié du. xvi"" siècle; si les renseignements qu'ils fournissent peuvent servir d'éléments pour juger, comme ils doivent l'être, les hommes et les choses à l'époque où l'auteur a vécu; si enfin le style de Claude Haton, sa manière de présenter les faits, ses observations et ses opinions personnelles lui méritent une place honorable parmi nos anciens historiens. C'est au public à prononcer.
* Tome U, p. i3/l, i55, i36, 187, i4i, Ma, i52, i53, i54, 161, 16^.
Lxx INTRODUCTION.
A Tépoque où je proposai au comité de Thistoire institué près le ministère de Tinstruction publique la publication des Mémoires de Claude Haton , mon désir était de donner le manuscrit dans son entier; j'estimais qu'il occuperait deux forts Tolumes in-4*'. Le comité, sur le rapport de M. Jules Desnoyers ^ à la bienveillance duquel je suis heureux de rendre ici un témoignage reconnaissant/ décida que je devais publier seulement des extraits de Fouvrage de Cl. Haton , et que la réunion de ces extraits ne devait pas dépasser un volume. Il fallait donc élaguer plus de la moitié du manuscrit; ce sacrifice me fut d'abord pénible. Aujourd'hui, après l'étude nouvelle et plus approfondie à laquelle la copie et l'analyse du texte m'ont obligé de me livrer, je me fais un devoir de remercier le comité de ce que dans un autre temps j'aurais appelé ses rigueurs. Je sens qu'une publication intégrale des Mémoires de Cl. Haton eût peut-être dépassé l'importance réelle du livre; l'ivraie eût étouflFé le bon grain. Dans les limites actuelles, restreint aux parties saillantes, débarrassé des détails excessifs ou d'un intérêt contestable, l'ouvrage me semble plus propre à retenir l'attention des lecteurs, et à rendre à l'histoire du xvi*" siècle les services auxquels il est appelé.
J'ai procédé d'une manière méthodique dans les suppres-
* Séance du 8 avril i85o (Bulletin des comités historiques, hist. se. et lett. ann. i85o, p. 137).
INTRODUCTION. lxxï
sions ûombreuses que j'ai dû opérer. J'ai écarté les actes officiels qui avaient déjà pris place dans d'autres recueils, les récits concernant des faits qui avaient été ailleurs racontés d'une manière plus complète et par des gens mieux informés, les particularités d'un intérêt purement local. Mais, pour que les diverses parties de l'ouvrage conservassent leur suite et leur enchaînement, pour que les curieux pussent toujours retrouver une trace des faits historiques supprimés, j'ai résumé, dans une analyse aussi exacte que possible^ les passages qui ne me paraissaient pas de nature à être reproduits textuellement. J'ai de plus élagué des portions de phrases oiseuses, des mots répétés inutilement plusieurs fois, mais avec discrétion, et toujours quand la clarté du récit et l'originalité de l'auteur n'avaient point à en souffrir. J'ai souvent modifié l'orthographe, non pas en la modernisant, mais en lui donnant, selon les formes du temps, une sorte de logique et d'uniformité.
Ces travaux d'épuration et d'analyse, qui m'ont demandé beaucoup de temps, ont-ils été exécutés avec la sagacité convenable? Ce n'est pas à moi à en juger. Je rends compte de bonne foi de ce que j'ai cru devoir faire et de la manière dont je me suis efforcé de remplir les intentions du comité et de rendre cette édition le moins imparfaite possible. Je ne me dissimule pas le péril qu'il y a toujours à toucher à un texte historique, et, s'il se fût agi d'un ouvrage très-ancien, où la tournure de chaque phrase, où chaque mot, pour ainsi dire, a son importance à part, d'un écrivain éminemment remarquable du côté du style et digne de prendre rang parmi les maîtres dé notre littérature , je me serais gardé de toute espèce de changement. Mais ici la question était posée dans d'autres termes; j'avais affaire à un livre de la seconde moitié du XVI* siècle, c'est-à-dire d'une époque où l'importance du lan-
Lxxii INTRODUCTION.
gage au point de vue philologique a considérablement diminué, à un écrivain moins recommandable par son talent que par les renseignements historiques qu ii fournit.
Des sommaires ont été placés en tête des divisions des Mémoires de Cl. Haton; en outre, des notes indiquent, pour les faits les plus importants, les ouvrages imprimés ou manuscrits, les mémoires ou correspondances qui peuvent servir à compléter ou à rectifier les assertions de fauteur, ou même seulement à présenter des termes de comparaison. Des dépouillements faits dans les manuscrits de ia Bibliothèque impériale m ont fourni des particularités que l'on verra, j'espère, avec plaisir. Dans un Appendice, j'ai donné quelques lettres, quelques morceaux inédits ou peu connus qui se rapportent aux événements racontés par Claude Haton. Enfin le volume est terminé par un index des noms de lieux et de personnes et par un tableau des phénomènes météorologiques et astronomiques relatés dans le corps du livre, et dont le rapprochement a semblé utile.
Le titre que l'on trouve marqué sur la couverture du manuscrit, et dont j'ai indiqué précédemment la forme, ne pouvait être conservé. J'ai cru devoir adopter celui de Mémoires. L'auteur l'emploie souvent lui-même; l'ouvrage a, il est vrai, quelques caractères des annales et de l'histoire proprement dite; mais comme il a été rédigé, au moins en partie, à mesure de l'accomplissement des événements, et comme l'auteur s'y met souvent en scène, j'ai pensé qu'il rentrait davantage dans la classe des mémoires.
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