‹ Memoires de Claude Haton (volume 2)Chapitre 13 sur 37 · DE LA PLUIE · texte numérisé non relu

DE LA PLUIE

Un nommé Bardeau, de Provins, sergent royal à cheval, ayant tué un sellier, obtient sa grâce. — Son frère puiné, Jehan Bardeau, maître sergent de la forêt de Sourdun, se rend coupable de blasphèmes, de violences et de mutilations envers plusieurs personnes. — Il est condamné à faire amende honorable et à avoir la langue percée d'un fer chaud; il est de plus banni du bailliage de Provins. — Son office passe à Âubert de Jonchery.

Geste présente année i556, dès son commancement, qui fut à la feste de Pasques, entra à la seicheresse et y continua quasi aultant que Tannée de devant avoit esté à la pluye; car il feut sans pleuvoir depuis le jour du grand vendredy ou samedy veille de Pasques jusques à la feste de Tous Sainctz, que une fois, qui fut le jour de la Fe5ite-Dieu, k ou 5* jour du moys de juing, auquel il plut environ trois ou quatre heures. Geste pluye fit grand plaisir aux biens de la terre, car les mars n*avoient sceu lever à moytié et si avec les bleds demeuroient. Et fut Tannée fort hastive à cause de ladite

seicheresse, qui accéléra les moissons près d'ung moys plus tost 1556. que de coustume. Il y avoit es environs de la ville de Paris plus de ôoo arpens de seigle soyé es premiers joiu'S de juing; es pays sur la rivière de Seine, depnis Méry jusques à Montereau, la moisson des gros grains estoit serrée au jour de la S'-Thibault, premier jour de juillet, et celle de la Brie à moytié faicte. Et recueillit-on de tous grains assez petitement, principallement de mars et de fromens, lesquelz, par faulte de pluye, n'avoient sceu guères croistre, tant le feurre que les -espis, la plus grand part desquelz n'estoient à demy sortis du foiuxeau, mais fm^ent fort bons.

Ne fault laisser à dire le debvoir que le dévost peuple chrestien et cathôlicque feit en ce pays de France de prier Dieu par dévostes prières et grandes processions, tant èri ime province qu'en Faultre, pour demander à Dieu sa ndiséricorde et de l'eau sus la terre; et commança-on dès la my-may, en continuant jusques au jour de la Feste-Dieu , que le bon Seigneur envoya de la pluye assez compétamment, dont en piusieiirs lieux fut chanté le Te Deum laudamus. Les villages de 7 et 8 lieues de Paris alloient en procession audit Paris en l'église de madame S*® Geneviefve. Ceux de ladite ville souvent faisoient procession généralle d'une église à l'aultre. Ceux de la ville et villages de Melun alloient en procession en la ville de Corbeil, au corps sainct de mons. S* Spire. Ceux du Gastinois et pays de Beauce alloient à Estampes de 5 et 6 lieues alentour, en l'honnem* des corps sainctz messiem^s S^ Cancien et Cancianille ; ceux de Champagne , les ungs alloient à Troyes, aux vierges S*® MathiB et S*^ Hélène; aultres alloient à madame S*® Syre; axiltres à Nogent sur Seine, â la Belle Dame.

Pour le regard de la ville de Provins et villages d'alentom*, après y avoir faict plusieiu^s processions généralles et particuhères, allèrent ung jour de leundy, jour ouvrable, qui estoit le 19® jour du moys de may, en procession aux élises de Nogent et principallement en l'honneur de la vierge Marie et de mons. S* Laïu'ent

C'était la première fois, au dire des anciens, qùé de pareilles' processîops avaient lieu dans le pays. — Ceux de Nogent, le mardi des fêtes de la Pentecôte,

1556. vont en procession à Téglise de Saint-Loup de Naud (à une distance de plus de cinq lieues], passent, en s'en retournant, par Provins, où ils sont harangués par M* Cobus, doyen de la chrétienté, visitent plusieurs églises et font station à celle de Saint-Âyoul. — Ceux de Donnemarie-en-Montois et des villages d'alentour vont en procession à Nogent. *

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