CHAPITRE LVIIL
PRISE DE THIONVILLfi PAR LE DUC DE GUISE. TREVE ENTRE LA FRANGE ET L'EMPIRK.
MARIAGES DU DAUPHIN ET DE CLAUDE DE FRANCE. TRAITE DU CATEAU-CAMBRESIS.
L'an i558, après Pasques, le roy et son conseil délibérèrent des 1558. affaires de France, lesquelles avoient esté suspendues, principallement touchant le faict des guerres, depuis le mois de mars, après la prinse de
^ Charies-Quint mourut au monastère mains le 5 janvier i53i. Le jour de saint
de Yuste, dans rEstramadure, où il s'était Matbias (34 février i558), les électeurs
retiré , le a 1 septembre 1 558, à Tâge de cin- assemblés à Francfort reçurent la démis-
quante-huit ans sept mois moins trois jours. sion de Charies-Quint et élurent empereur
* Ferdinand, frère puîné de Charies- Ferdinand, auquel ils jurèrent fidélité le
Quint, né en i5o3, lut élu roi des Ro- i4 mars suivant.
1558. Calaix, Gravelines^ et la conté d'Oye auprès de Boullongne, et par la mort de Tempereur, en attendant Télection d^ungaultre. Durant lequel temps, se rafreschirent le camp et la gendarmerie françoise dedans les villes des frontières de Piccardie, et pnncipallement dedans celles qui estoient les plus proches de la ville de Saint-^Quentin, pour coupper et empescher les vivres à la garnison de l'empereur et des Bouiguignons qui estoient dedans. Le roy, pour lors, avoit ung conseil fort sage et de peu de gens, mais de bon esprit, lesquelz estoient fort bien affectez à la républicque françoise , gens fort sages et secretz, qui estoient messieurs les cardinaux de Bourbon, archevesque de Rouen, prince du sang royal; celuy de Lorraine, Charles, archevesque de Rheims en Champagne, frère du seigneiu* de Guise; le roy de Navarre, Anthoine de Bourbon, prince du sang royal et frère dudit cardinal de Bourbon; mons. de Guise, lieutenant général de S. M. es piays de France; mons. Bertrandi, garde des sceaux de France, et mons. le mareschal de Saint-André , tous gens de mises et de grandes entreprinses. Mons. le connestable Anne de Monmorancy estoit encores prisonnier, comme aussi estoit mons. le mareschal de la Marche, appelle mons. de Scedan et de Bouillon, entre les mains des ennemys bourguignons et gens du feu empereur.
Mons. de Guise déclara au conseil susdit une nouvelle entreprinse qu'il brassoit et démenoit secrettement pour le prouffit du royaume , comme luy sembloit, et pour le grand dommage de l'ennemy empereur et ses Bourguignons, qui estoit de assiéger la ville de Thionville lez Mez en Lorraine , pour la prendre d'assault ou aultrement et la mettre en la main et obéissance du roy de France, comme il avoit faict celle de Calaix et aidtres, au moys de janvier dernier. Et feit Teffect de prendre laditte ville de Thionville assez facille, pour les intelligences qu'il dist avoir à quelque capitaine des ennemys de France, qui estoit des gens de l'empereur, qui autresfois avoit esté en
^ Cesi Guines et non paB Gravelines par les François, Rouen, FI. Valcntin et qui fut prise alors par les Français. (Voy. R. Petit, lôSy; etBresin, Chron. de Flandre la Prinse de la ville et du, chasteau de Gaines et d'Artois, fol. 78^ r*.)
garnison en laditte ville de Thionviiie, par le moyen duquel il sçau- 1558. roit tousjours quelque secret de laditte ville et des endroictz les plus foibles pour la battre et Tassaillir, avec plusieurs aultres raisons qu'il donna audit conseil. Sur lesquelles fut résolu d'entreprendre le voyage, et poiu* le conduire fut donnée toute charge et commission audit seigneur de Guise. Ce seigneur, dès le moys de may, commença à se préparer, en faisant faire montre aux gens de guerre, tant de pied que de cheval, auxquelz fut donné argent tout promptement, pour mieux les encourager au travail de la guerre ; joinct aussi que lesdits gens de guerre avoient encores le cœur et courage haxdsé de la prinse de Calais et des aultres villes voisines et du butin et pillages qu'ils avoient faict en icelles.
L'attente des gens de guerre estoit, quand ils eurent nouvelles de faire montre et de se préparer à la guerre, que ce feust pour assiéger et reprendre la ville de Saint-Quentin, comme aussi s'y attendoient les habitans d'icelle et les Bourguignons, qui estoient en garnison dedans. Lesquelz, ayans entendu par leurs espions que la gendarmerie françoise se vouloit rager, en advertirent le nouvel empereur Ferdinand d'Autriche , qui estoit assez empesché à se faire couroner emperem* et mettre ordre à ses affaires avec le pape. Semblablement par eux en fut adveity le roy d'Angleterre, Philippe d'Autriche, qui, parla mort de son père, l'empereur dernier décédé, estoit pareillement empesché à prendre possession des royaumes d'Espagne, de Naples, des comtez de Flandre, d'Artois, de Hollande, de Frize, de Hainault, de Boiu:gongne et aidtres lieux à luy escheuz par le trespas de sondit père.
Combien que lesdits seignciu*s, l'empereur nouveau et le roy d'Espagne et d'Angleterre, fussent empeschez à leurs plus particulières afikires à eux naguères advenues, si est-ce qu'ilz ne feirentla sourde oreille et ne faillirent à respondre en diligence, toutes aultres affaires délaissées, aux postes ou courriers qui leur donnoient advertissement des armes françoises; et soudain les renvoyèrent aux capitaines et gouverneurs des places à eux appartenans, qui sont sur les frontières de Piccardie et de Flandres, poiu* avec grande vigilance les garder et
m MÉMOIRES
1558. empescher les Françoys de ne les prendre; pour lesquels Françoys amuser eurent chaîne les Boui^;uignons qui estoient sur lesditles frontières de dresser ung camp voilant, en attendant qu'ilz empereiu* et roy d'Espagne eussent faict une levée d'ung gros camp pour leur aller en secours et faire teste aux Françoys.
Durant que les menées de guerre se préparoient de part et d*aultre, c'est-à-dire par les Françoys et Bourguignons, mons. de Guise ordonna certaines compagnies de cheval poiu* courir le pays de Piccardie apartenant à Fennemy, et Tamuser à la piaffe « ce pendant qu'il de Guise faisoit cheminer les aultres compagnies françoyses, tant de pied que de cheval, droict à Chaslons en Champagne, sans leur dire le mot du guet. Et s'émerveilloit-on grandement de l'assemblée du camp des Françoys, que ledit sieur de Guise faisoit audit Chaslons, chose de quoy les ennemys ne purent estre advertis, pour estre ledit Chaslons assez loing des frontières de Piccardie , et principallement de Sainct- Quentin, où lesdis ennemys s'attendoient d'estre assaillis, joinct aussy le camp voilant que ledit seigneiu* de Guise avoit là laissé poiu* amuser lesdis ennemis bourguignons. Après que le camp françoys fut dressé au delà de Chaslons , ledit seigneur de Guise le feit cheminer à grandes journées droict en Lorraine, affin de surprendre à l'improviste la cité de Thionville, sans toutesfois déclarer à personne son entreprinse, qu'il vouloit faire contre laditte ville; mais trop bien^ quand il approcha de la ville de Metz en Lorraine, pour contenter les capitaines et grands seigneurs qui le suyvoient et avoient commandement au camp par son authorité, leur dist qu'ilz alloientpour ravitailler la ville de Metz et pour faire teste à l'empereur, qui avoit faict une grandissime levée d'ÂUemans qu'il amenoit en France contre le roy et le royaume.
Faidt noter que ledit seigneur faisoit faire à son camp six heues par chascun jour, sans arrester dans im logis plus d'une nuict; pour lequel camp noiu^rir de toutes nécessitez , faisoit faire estappes de munitions, de pain, de vin, de chairs, de foing et d'aveine largement, de trois lieues en trois lieues, affin que nul neust disette par les che-
DE GLAUÛË HATON.
mins. Auxquelles munitions fut par luy mis taxe, affin quon ne les 1558. vendist à plus hault prix que laditte taxe, sous peine d^estre pendu et estranglé, avec commandement auxditz gens de guerre de payer tout ce qu ilz prendroient desdittes munitions au prix de laditte taxe , sous mesmes peines, estant fort estroittement defiendu auxditz gens de guerre de ne prendre aux maisons où ilz logeoient aulcun bien sans le payer aux hostes et laboureurs desdittes maisons de gré à gré, et pour ce ne greva aulcimement ledit camp le pays par où il passa.
Estant le camp arrivé à l'entour de Metz en Lorraine au commencement du moys de juing de ceste présente année , incontinent ledit seigneiu* le feit cheminer devant laditte ville de Thionville, déclarant à tout le camp que c'estoit là où il prétendoit de les emploier pour le service du roy et Tutillité de la France , priant ung chascun de s'y emploier aussi vertueusement qu'ils avoient faict à la prinse de Calais, leur promettant pareille récompense qu'ilz avoient eu audit Calais, qui seroit le pillage de la ville.
Or estoit la saison fort propre et le temps bien opportun pour Tassiégement de laditte ville de Thionville \ pour la seicheresse qu'il faisoit, sans laquelle on eust eu plus de peine ou aultant que devant Calais, parce que laditte ville de Thionville est assise en ung pays marécageux, scituée sur la rivière de Moselle, qui passe à Metz. Qui fut cause que le roy ne la peut avoir quand il print la ville de Metz , pour ce que lors la seicheresse et la saison n'estoient si commodes
^ «Siège et prinse de Thionville, mise en Tobéûsance du roy par M' le duc de Guise, contenant au long le discours de batteries , trenchées , saillies, escarmouches et assaultz faitz par chacun jour, tant d'une
part que d*aullre , durant ledit siège
ensemble les capitulations faictes par ledit seigneur à ceuk de la ville. » ( Paris , R. Ballard, i558, Arckiv, curieuses de Vhist. de France, i" série, t. III, p. 261.) — «Bref discours de la prinse de la ville de Tliionville, mise en Tobéissance du roy par le
s' de Gube. » (Paris, Rob.Estienne, 1 558.) — «Articles de la capitulation convenue entre M. le duc de Guise et le sieur de Caderebe, gouverneur de Thionville, et les capitaines présens d'autre part, pour la reddition de cette ville.» i558, juin aa. (Mém.joam. du duc de Guise, i558, coll. Michaud , i " série , t. VI , p. 4a6. ) — Voy. aussi, dans la même collection, le récit du siège de Thionville par le maréchal de Vieilleville (t. IX, 1" série, p. a 57), et parMontluc (t. VII, 1" série, p. 188 à 198).
1558. que maintenant. Tout à Tinstant furent faictes les approches par les castadours et pionniers qu^on avoit levé es élections de Sens, d'Auxerre, de Nemours, d'Orléans, de Troye et Cbaslons en Champagne; assez loing des frontières, affin que Fennemy n'en fust adverly. Les approches faictes, le camp se planta devant laditte ville, et n'eurent ceux de dedans plus grand loisir que de fermer leurs portes, lesquels se trouvèrent bien estonnez d'une venue si soudaine, sans en avoir esté advertis. Quand ils eurent fermé leursdittes portes, leur sembloit qu'ilz estoient à saulveté et que le camp seroit contrainct de desloger de devant, disans leur ville estre imprenable, se confortans sur ce que le roy les avoit jà assiégez une fois sans les avoir sceu prendre, estimans qu'ainsi adviendroit-il à ceste fois. Mais, quand ils veirent l'artillerie placée et donner contre les murailles de laditte ville aux lieux les plus foibles d'icelle, commencèrent à s'espouvanter; toutesfois, en montrant la meilleure contenance qu'il leur estoit possible, faisoient mines de ne rien craindre et de n'avoir peur de l'assiégement d'icelle , ni des Françoys qui estoient devant , lesquelz à hauhe voix ilz injurioient et le seigneur de Guise mesme qui les avoit faict sommer de rendre laditte ville au roy, ainsi comme font gens de guerre qui sont de party contraire.
L'artillerie donna fort vivement contre les murailles de laditte ville, et en telle façon qu'elle, au bout de trois jours, abattit grande longueur et largeur des murailles d'icelle , sans le dommage qu elle faisoit aux haultes maisons et édifices de dedans. La grande batterie de laditte artillerie fut les 22, 23 et 24*" jours du moys de juing, surveille, veille et jour de mons. S* Jehan-Baptiste; le son et bruict de laquelle artillerie estoit ouy de la ville de Provins et des environs comme le bruict d'un tonerre par lesditz trois jours et principallement sur le soir et le matin , mieux que de plain jom*. Et estoit le peuple de ce pays esbay d'ouyr ce bruit si continuel. La bresche faicte en suffisance, fut donné l'assault par plusieurs fois et par divers endroictz de laditte ville, qui tailla beaucoup de besongne à ceux de dedans, lesquelz soustindrent lesditz assaulz et se deffendirent fort vertueuse-
ment, avec grande perte d'hommes de part et d'aultre. Toutesfois, 155' à la fin lesditz de dedans furent contraincz de quitter la place audit seigneur de Guise et de se rendre à sa miséricorde , sans aultre capitulation ni conditions; lequel seigneur les gouverna fort humainement quant à leurs personnes, veu les injures atroces qu'ilz avoient dict à son excellence. La plus grande injiu*e qu ilz pensoient faire et dire audit seigneur estoit de l'appeler le grand boucher de France. Or luy avoit esté donné ce nom par les Bourguignons, et principallement par Tempereur dernier décédé , depuis les guerres de la prinse de Metz en Lorraine, qui lut en l'an/ 1667, auxquelles guerres commença à entrer en renommée d'ung grand guerrier ledit seigneur de Guise. Lequel, en icelles guerres fut si heureux que jamais ne put estre arresté en bataille ni rencontre quelle qu'elle fust, encores que les ennemys taschassent à luy faire plus de desplaisir qu'à tous les aultres guerriers qui fussent au camp du roy, depuis qu'on eut veu les premiers exploictz de guerre dudit seigneur, et ne se trouvoit jamais si grand carnage d'ennemys aux batailles et rencontres que les Françoys et Bourguignons faisoient les imgs contre les aultres que es quartiers et escadrons dudit seigneju: de Guise ; et combien que quelques fois luy-mesme feust si bien frotté en sa personne, comme il fut à la journée de Benty, si est-ce que tousjours demem-oit le vainquem* sur le' champ, perdant peu de ses gens et beaucoup abattant d'ennemys mors en la place ; et pour ceste raison fut nommé en mocquerie , de l'empereur et ses Bourguignons, le grand boucher de France.
Combien que les gens de guerre et habitans de laditte ville se fussent par force et malgré eux rendus à la miséricorde dudit seigneur, si est-ce que ledit seigneur voulut tenir promesse aux gens de guerre françoys de son camp, pour tousjours les mieux encourager à faire service au roy ; il leur abandonna le pillage de la ville pour vingt-quatre heures seullement, pour les réquipper de toutes leurs nécessitez. La viollence des filles et femmes leiu* fut par luy estroictement defiendue sous peine de la vie; de quoy fut grandement loué ledit seigneur et beaucoup aymé des habitans de laditte ville, lesquelz
1558» plus voluntiers baiUoient aux gens d'armes françoys or et argent en suffisance f qu'ilz n eussent faictsi le vioUement eust esté permis.
Les gens de guerre et habitans de laditte ville qui ne voulurent jurer la foy au roy fiurent mis hors d'icelle, ung baston blanc en la main, sans leiu* faire aultre mal, et les feit ledit seigneur conduire la part qu ils voulurent aller pour se mettre en saulveté de leur vie et hors du danger des gens d'armes françoys.
Après que laditte ville fut prinse, incontinent en fut adverty le roy, qui estoit à Paris, lequel en fut bien aultant resjouy que Tempereur et le roy d'Angleterre et d'Espagne en furent marris. Lesquelz en re* ceurent aussi tost les nouvelles que le roy de France, et si n'avoient pour lors aulcun moyen de l'aller reprendre, ni d^endomager le roy ni le royaume en aultre part, pour estre leurs forces disjoinctes par la mort du feu empereur et pour les nouvelles affaires qui leur estoient survenues. Parquoy tout incontinent envoyèrent ung ambassadeur au roy pour le prier d'accorder trêves pour quelque temps, pour veoir s'il y auroit poinct de moyen de trouver et faire une bonne paix les ungs avec les aultres. Mons. le connestable, qui estoit encores prisonnier entre les mains des ennemys, se tiavailloit à son pouvoir de les induire par lettres à demander laditte trêve, et pareillement le roy de la donner \ et avoit jà faict une ouverture de paix de part et d'aultre; mais les affaires pour lors estoient si mal disposées, qu'on n'y povoit encores advenir, et les articles qu'il envoya au roy, pour sçavoir de S. M. s'il les présenteroit aux ennemys, sembloient estre au désavantage du royaume, et n'en feit-on pas grand compte, veu le grand avantage que le roy et le royaume avoient sur lesdis ennemys. Et estoit ledit seigneur connestable en fort maulvaise réputation par la France à cause de sa prinse, et l'estimoit-on avoir esté et encores estre traître au roy et au royaume. Toutesfois, on n'en
^ Voy. sur les efforts du connétable et du camp d* Amiens, i*' septembre i558.
du maréchal de Saint- André en faveur de (Bibl. imp. coUect. Fontette, carton xxiii,
la paix, une lettre de M. de TAubespine à n' i4i.) Madame, sœur du roi, duchesse de Berry,
pouvoît mal dire au roy, pour ce qu'il laymoit grandement. La trefve fut par le roy accordée pour ung temps \ diu^ant lequel fut baillé congé à partie de son camp, et Taultre mise es garnisons sur les frontières de toutes pars. Mons. de Guise se retira à la court, après qu'il eust mis bon ordre aux villes de Lorraine , où il fut receu à grand honneur.
Durant la trefve et par tout le reste de l'esté^ à la court du roy et par la France, ne se parloit que de festes, jeux et mariages, estant les vivres à vil pris, qui estoit cause de faire continuer le peuple de France de tous estatz dans son desreiglement et d'augmenter la cor* ruption des bonnes mœurs, dominant l'orgueil aux plus humbles plus que de raison. La majesté royalle de France célébra les nopces de sa fille aisnée, dame Gaude de Valoys, avec mons. le duc de Lorraine^, comme aussi les nopces de mons. le daulphin de France avec madame Marie, royne d'Escosse'. Le bancquet nuptial fut.faict à Paris*, dedans la grande salle du Palais, les bancs de laquelle furent ostez et portez aux Augustins de Paris, et les gens de justice là envoyez pour plaider, en attendant que ledit bancquet feust faict; et estois potu* lors à la court du roy à les veoir porter. Eschaufaux furent moût
* Voy. sur celle trêve, qui fui signée le 17 oct., deThou, Hist universelle Aîy- XX.
* Claude de France, septième fille de Henri II , née à Fontainebleau au mois de novembre iSAy, épousa, le 5 février i558, Charies II, duc de Lorraine; elle mourut le ao février ib'jb,
' Le mariage du dauphin François avec Marie Stuart eut lieu le a4 avril i558. Voyez : Discours du grand et magnifique triumphe faict au mariage de très noble et magnifique prince François de Vallois , roy dauphin, filz aisné du très chrestien roy de France Henry II* du nom, et de très haulle et vertueuse princesse madame Marie d'Estreuarl, roine d'Ecosse. » (Paris, Annet-Brière, i558, Archives curieuses de
Vhist, de France» i" série, t. III, p. 2^9; Félibien, HisU de Paris, t. H, p. io63, et preuv. part. H, p. ySS; les registres du parlement de Paris, dans le mémoire de M. Taillandier cité plus haut, p. 45a-, et une lettre de Henri II aux gens des trois états du royaume d'Ecosse, du 3o octobre iSSy Biblioth. imp. ag8, missions étrangères, 173.)
* L*auteur avoue ici que ses souvenirs sont fort confus ; il ne sait si le mariage du duc de Lorraine fut célébré avant ou après ^elui du dauphin, ou si tous deux eurent lieu à la même époque. Cependant les détails qu'il donne se rapportent , à n*en point douter, au mariage de Claude de France et de Charies de Lorraine.
1558. sumptueusement et richement dressez dedans laditte grande salle du Palais, peinctz et diapprez au possible de diverses couUeurs, «avec plusieurs statues et médalles de toutes sortes et de tout sexe, tant des corps célestes que terrestres. Entre lesquelz e^oit faict fort richement ung soleil fiché dedans ung firmament représentant le ciel composé d'escarboucles , émerauldes, saphirs, rubis et aultres pierres précieuses, rendant clarté par toute la salle, qui estoit une chose magnificque à veoir et de grande admiration, et y fut par toute la journée dudit bancquet veu à descouvert.
Le mariage susdit fut célébré dedans Téglise de N.-D. de Paris par mons. le cardinal de Trivoulce, légat en France. Les rues, depuis Téglise N.-D. jusques au Palais, estoient toutes pavées de drap, c'est-à-dire celles par où ri falloit que le roy, les princes, roynes et princesses passassent avec leur suitte, ensemble les ambassadeurs de tous pays estrangers, comme de l'Empire, d'Espagne, de Rome, d'Escosse, d'Angleterre, de Savoye, d'Allemagne, de Suisse, de Dannemarc et de Portugd. Tous lesquelz ambassadeurs estoient venuz de la part des maj estez et excellences des princes, roys et potentatz des pays susditz, pour cercher le moyen de faire une paix entre eux et le roy de France. Le roy de France estoit pour lors plus redoublé et craint que nul aultre prince des chrestiens, mesmes du Grand Turc, ennemy d'iceux chrestiens, car pour lors il estoit tenu invulnérable.
Je ne poiurrois pas bien dire toutes les magnificences et pompes mondaines qui furent faictes auxdittes nopces et triomphante assemblée, tant en la diversité des habillemens, ordre de cheminer, que aultres cérémonies qui y furent faictes; mais bien dirai ime chose digne d'estre louée, qui lut faicte par le roy, veu sa grandeur et dignité , qui fut telle que luy-mesme en sa personne , pour l'honneur des ambassadeiu*s, princes, roys et potentatz qui les avoient envoyez vers S. M., au disner voulut servir de maistre d'hostel qu'on appelle grand-maistre , et de ses propres mains asseoir les platz et viandes sur les tables, et luy-mesme feit l'essay des viandes qu'il apposa de-
vant lesditz ambassadeurs, qui estoient tous à une table aultant riche- 1558. ment appreslée que faire se peut. Duquel service et humilité royalle lesditz ambassadeurs s'esbaïrent tellement qu ilz jugèrent qu au reste du monde n'y avoit ung prince chrestien plus douk, gracieux et amiable que cestuy roy de France; et leiu* cœur fut tellement joinct avec celuy du roy, qu ilz résolurent tous après le disné, estant assemblez ensemble, de ne jamais cesser chascun d'eux envers leiu*s seigneurs et maistres, qu'ilz ne les eussent inclinez à faire la paix avec luy. Mons. de Guise servoit d'eschanson, le roy de Navarre d'escuyer tranchant, et plusieurs aultres princes de France estoient emploiez au service du bancquet.
Madame de Lorraine ^ mère de mons. le duc de Lorraine, n'estoit présente au bancquet des nopces de son filz; mais y estoient ses ambassadeurs, qui furent traittez royallement et à leur contentement, de quoy, après leur rapport, se contenta plus que si elle y eust esté. Pour remercier le roy de ce traitement et (Je l'honneur que Sa Majesté leur avoit faict en donnant sa fille en mariage audit duc son fils, ensemble de luy avoir rendu toute liberté et la jouissance de son pays de Lorraine , elle , en propre personne , alla en France trouver le roy ; et pour le récompenser, tant de la noiuriture de sondit filz que de la despense que ses officiers avoient faict depuis qu'il estoit entre les mains de laditte majesté et en France, jusques à présent, qui estoient six ans et plus , laditte dame luy présenta toutes ses finances , lesquelles elle déclara n'estre suffisantes pour le payement de la moytié de son entretainement. Ladite dame fut bien reçue et royallement festoyée par S. M. , au contentement d'elle et de sondit filz mons. le duc. Elle cognut bien que le roy ne s'estoit saisy de la personne de sondit filz pour luy faire domage, ni à elle aussy, comme avoient dictle feu empereur et axdtres princes estrangers; mais que ç'avoit esté pour les honorer et conserver leurs personnes, biens et pays. Dès
^ Chrétienne de Danemarck , veuve de duc de Milan , fille de Christian II , roi de François , duc de Lorraine et de Bar, veuve Danemarck , et d*Elisabeth d'Autriche, en premières noces de François Sforce,
1558. longtemps et auparavant ledit mariage, sa majesté avoit donné audit duc une compagnie de cinquante lances entretenues aux despens du royaume, portans la livrée de France et de Lorraine; davantage, laditte majesté luy avoit donné des archers pour la garde de son corps, portant pareille livrée, avec les hocquetons argentés.
Les princes estrangers furent bien trompez en leur jugement et oppinion touchant ledit duc et le roy de France; car ilz avoient tous ceste oppinion que le roy feroit ung maulvais tour audit duc, qui seroit de le tenir prisonnier toute sa vie , et après sa mort de s'emparer du duché de Lorraine pour Tannexer à lacouronne de France , comme jadis on a annexé le duché de Bourgongne; chose à quoy jamais ne pensa le roy, mais Ta librement rendu entre les mains de sa mère, avec une belle et honeste dame princesse pour sa femme, et une grande finance de deniers pour entretenir sa grandeur et faire largesse aux princes et seigneurs de son pays de Lorraine à son heiu-eux retoiur, qui fut avec sa mère , quant elle eut demeuré en France et à la court du roy aultant qu'il luy pleut d y séjourner.
Diverses difficultés retardent la conciusion de la paix. — Prétentions exagérées des princes étrangers; elles sont repoussées par Henri U. — Mort de la reine d'Angleterre pendant les négociations ^ — Un traité est signé au Cateau-Cambrésis'-^.