‹ Memoires de Claude Haton (volume 2)Chapitre 26 sur 37 · DE LA RELIGION REFORMEE. REUNIONS SECRETES DES PROTESTANTS. PAYEUR · texte numérisé non relu

DE LA RELIGION REFORMEE. REUNIONS SECRETES DES PROTESTANTS. PAYEUR

QU'ILS ONT À LA COUR. JUSTIFICATION DU PRINCE DE CONDB. ^TATS G^Nl^RAUX

D'ORLEANS. PREDICATIONS CATHOLIQUES DE JEAN BARRIER ET DE JEAN DTVOLLB.

INFORMATION FAITE PAR LE BAILLI DE PROVINS CONTRE D'IVOLLlf. INTERVENTION

DU DUC DE GUISE POUR METTRE TÏS k L'AFFAIRE.

Par le décès du feu roy Frauçoys de Valoys, second de ce nom S succéda au royaume de France Charles de Valoys, son frère. La venue de ce jeune prince à la couronne fut une grande joye aux imgs et une grande tristesse aux aultres. Joye fut à messieurs les princes de Boiu'bon, huguenotz et protecteurs des huguenotz de France, lesquelz furent exaltez à la dignité et chaîne qu'ilz désiroient et pour laquelle obtenir ilz avoient les années passées tant travaillé et mis gens en peine par tous moyens et de toutes qualilez, qui estoit d'estre tuteurs et gouvemeiu^s du roy et du royaume, à quoy ilz n avoient sceu parvenir du vivant du feu roy Françoys second, ainsi que Tavons monstre; mais maintenant, par la permission de Dieu, et par les

* François II mourut le 5 décembre feuilles de Fontanieu, n*' 297-198, k la

1 56o , âgé de dix-sqpt ans , dix mois et un B. I. un compte de fournitures de drap

jour, après avoir régné dix-sept mois et noir fadtes, pour leur deuil, au chaîhcelier

vingt-cinq jours. — Voy. dans les porte- et au général des finances (1" juin i56i).

1560. moyens par eux mis en avant telz que Dieu sçait, y sont parvenus, le royaume estant tombé en minorité, S. M. n'estant âgée que de neuf à dix ans^ Tristesse fut aux seigneurs de Guise et à tous les catholicques de France, pour les misères et ruynes esquelles tomba le royaume par ceste mutation d'estat et de personnes. Madame la royne d'Escosse devoit estre encores la plus dolente de toutes les personnes de France, laquelle, par la mort de son mary le roy Françoys second, perdoit avec son amy le tiltre de royne de France, pour estre bannie et renvoyée quasi comme esclave en son isle et royaume d'Escosse.

Les cartes, qui en France estoient par les années passées fort en* meslées, ainsi que Tavons monstre, furent à ceste foys si bien brouilliées, et les meilleurs joueurs se trouvèrent si empeschez à les penser desmesler, qu'ilz furent contrainctz de les laisser et de s'entremettre à jouer à ung aultre jeu, ainsi que sera veu par le discours qui en sera faict ci-après.

Tout à Tinstant que le feu roy Françoys second fut mort, messieurs de Bourbon fiirent mis en toute seureté et liberté, et les prisons furent ouvertes à mons. le prince de Condé, qui, d'ung orgueil incroiable, chemina par la ville d'Orléans, accompaigné des seigneurs et aultres gens de sa faction. En ung moment, fut faict un conseil de conseillers nouveaux, excepté le connestable, par lesquelz fut arresté que le roy de Navarre avec la royne mère seroient gouverneurs du jeune roy et du royaume*, et ceux-ci, au sortir de leur conseil, feirent signifier à mons. de Guise qu'il n'eust à se immiscer aulcimement de

' Charles IX, né le 37 juin i55o, avait, pital, des maréchaux de Saint-André et

lors de la mort de son frère, dix ans et de Brissac, de Tamiral Coligny, du sieur

demi. Dumortier, des évéques d*Orléans, deVa-

* Catherine de Médicis, régente recon- ience, d* Amiens, du sieur d^Avanson, le

nue , mais sans titre formel , gouverna avec sieur de F Aubespine étant secrétaire d*état.

un conseil composé du roi de Navarre, des (Voy. sur l'organisation de la régence de

cardinaux de Bourbon, de Lorraine, de Catherine,deThou,liv. XXVI; et Extraits

Guise et de Châtillon, du prince de la des registres du pariement de Paris, a 5

Roche-sur- Yon , du connétable Anne de et Somars i56o, dans la collection Fon-

Montmorency, des duc& de Guise, d*Au- tanieu, Bibl. imp. vol. 297-298. ) maie et d'Étampes, du chancelier de THô-

quelque charge que ce fust de celles qui touchoient les affaires du 1560. roy ni du royaume, ains qu'il allast garder le feu roy son maistre. Ce que bien ayant entendu ledit sieur de Guise, après avoir mis ordre à ses affaires, pour la seureté de sa personne, se retira hors la ville d'Orléans avec son train, qu'il feit armer en bon équipage pour se deffendre, si d'aventure messieurs les Bourbons et leurs alliez l'eussent voulu envahir, comme en estoient les signes assez apparens. Avec le seigneur de Guise sortirent aussi d'Orléans plus de cinq cens chevaux et gentishommes pour le suivre et mettre la main aux armes en sa faveur, si besoing en eust esté; et se trouva ledit sieur de Guise suyvi de plus grand nombre de peuple et gentishommes que le jeune roy ni ses gouverneurs. De quoy moult se trouvèrent esbays les sieurs de Bourbon, le roy de Navarre et la royne mère, lesquelz, par le conseil du connestable, le renvoyèrent querre pour rentrer à la court et ne point abandonner le roy. Qui plus étonna les princes de Bourbon, touchant la retraite dudit sieur de Guise hors de la court, fut que, oultre les gentishommes qui le suyvoient, il fut quant et quant suyvi de quasi toutes les compaignies d'ordonnances tant de cheval que de pied que le feu roy avoit faict arriver à Orléans et aux environs poiu* tenir sa personne et les estatz en meilleiu'e seureté; lesquelles compaignies ofiBrirent leur service audit sieur de Guise de corps et biens, jusques à la dernière goutte de leur sang, et de mourir à ses pieds, toutes fois que mestier en seroit. Le seigneur d'Aumalle, le marquis d'Elbœuf , le grand prieur de France et les cardinaux de Lorraine et de Guise, tous frères, sortirent pareillement de la court et abandonnèrent le roy pour suyvre ledit sieur de Guise leur frère avec tout leur train et ce qu'ilz purent amasser de gens; parquoy ne demeura avec le roy que la royne mère , le roy de Navarre , le prince de Condé et le connestable, qui estoient en moindre nombre que lesdits de Guise , dont le chef, par le moyen des princes et seigneurs qui le suyvoient, et des gens de guerre qui tenoient son party, eust, s'il eust voulu, esté faict roy de France. Car il estoit en mesure de s'emparer de la personne du jeime roy et des enfans de France mdgré

] 560. les sieurs de Bourbon et la royne mère , et à ce faire luy eussent aydé rassemblée des députez des trois estatz de France, qui estoientjA arrivez audit Oriéans.

Mons. le prince de Condé se voulut entourer de gens d'armes au plus grand nombre qu'il put; mais pour lors ne trouva des hommes à son commandement à la dixiesme partie dudit de Guise. Le roy de Navarre faisoit semblant qu'il ne pensoit à rien aultre chose qu'à entendre aux affaires du roy, du royaume et des trois estatz , se contentant ûe ses gardes et de ceux du roy son maistre et pupille. Mons. le connestable monstroit le semblant de ne vouloir espouser la cause des ungsni des aultres, parquoy nentroit en mefliance de personne, mais emploioit ses moyens pour la pacification des troubles qu'il voyoit se préparer entre les princes de Bourbon et de Guise, et pour les faire dissimuler les imgs devant les aultres, en attendant que les différens prétendus entre eux se peussent par bon conseil oublier et mettre au néant. ^

La royne mère, en dissimulant devant le connestable, se vouloit venger contre ledit de Guise, et secrettement stimuloit le roy de Navarre et le prince de Condé de se rendre ennemys mortels et capitaux d'iceluy, leur faisant entendre que les entreprinses faictes contre eux par le feu roy son filz n'avoient esté que par le conseil d'iceluy de Guise, auquel elle vouloit qu'ilz princes de Bourbon feissent rendre compte de toutes les affaires de France qu'il avoit maniées depuis dix ans auparavant, tant du vivant du feu roy Henry, son mary, que des-soubz son filz, dernier décédé, jusques & ce jour; d'autre part, pour mieux jouer sa tragédie, elle faisoit, par lettres et messages et quelquesfois en personne , lentendre audit de Guise la malveillance que luy portoient messieurs les princes de Bourbon, et comment, contre le gré et vouloir d'elle , ilz vouloient luy faire rendre compte des affaires qu'il avoit maniées, et que de ce feire ne les pouvoit empescher, et plusieurs aultres propos qu'elle tenoit audit de Guise desditz sieurs de Bourbon au désavantage de son excellence. Par telz moyens et menées, iceile dame sema ung tel discord entre ces deux maisons de

Bourbon et de Guise, que jamais ne se sont osé fier Tune à Taultre, 1560. ains toute leur vie demeurèrent en mefiBance les xmgs des aultres jusques à la mort.

Laditte dame royne faisoit ce pour régner et gouverner en France , ayant ceste oppinion en elle que, si messieurs les princes de France eussent esté unis et tous d'ung bon accord entre eux, elle eust esté renvoyée en son pays d'Italie avec son douaire, chose qu'elle ne vou^ loit estre faicte. Parquoy, elle continua ses entreprinses cauteleuses, pour entretenir division entre lesditz princes et grands seigneurs de France, avec les ungs contrefaisant la catholicque, et avec les aultres la huguenotte^

^ Sur Catherine de Médicis, voy. entre autres : Lettres et exemples de la feu royne mère , comme die faisoit travailler aux manufiftctures et foumissoit aux ouvriers de ses propres deniers, etc. Paris, Pierre Pau< lonnier (Arch. cnneases de rhist. de France, t. IX , p. 1 a3) ; — Discours merveilleux de la vie , actions et déportemens de la reyne Catherine de Médicis, déclarant tous les moyens qu'elle a tenus pour usurper le royaume de France et ruyner Testât d'icduy (Arch. curieuses de l^hist de France^ t. IX, p. 1 ). Cette pièce est attribuée à Henri Estienne; elle a été composée en 1 b'jà f et traduite depuis en latin sous le titre de : Legenda heatm Cathariiue, eéo, -^ Vita di Caterina de Medici, saggio storico di£ug. Alberi (Firenxe, i838, in-S'); -^ Brantôme, Viesdes dames illustres :'^Mon' taigne, Essais, 1. III, c. vi, et Le Laboureur, Addit aux mém, de Castelnau, 1. 1 , 1. 1, p. 387. — Il existe à la Bibl. imp. de nombreuses lettres de Catherine de Médicis , en originaux ou en copies , dans les collections Béthune, Dupuy, Fontanieu, etc. et surtout dans les vol. du jSiippI.yrwipaû igii et 3722, 1 à 4f et dans le vol. 486 de Dupuy.

— On a imprimé une grande quantité d'écrits, complaintes, remontrances, requêtes, exhortations, avertissements, avis , épttres adressés à la reine mère sur les misères du royaume et les persécutions exercées contre les protestants. — La bibliothèque deBrera, à Milan, possède des instructions très-curieuses données par Catherine de Médicis au cardinal 'de Ferrare (Scrittura data al Cardin, di Ferrara sul moda ia ienersi da nostro sign. per ordinare le cose délia religione in Franda, mandata da SS, iW, Vultimo di décembre i56i. Cc^ du xvii* sièele, anc. catalogue, carton C* A. 33), pour représenter au pape les maux que came à la France la diversité de religion , pour lui exposer les justes plaintes que font naître les désordres du clergé catholique, et pour rengager à des concessions et à des réformes sur Tadministration des sacrements , la communion sous les deux e^>èces, léchant des psaumes et les prières en langue vulgaire, les processions, la vente des messes, etc. Cette pièce a été analysée dans l'Histoire universelle de de Thou, L VIII). — On trouve aussi, sur les velléités protestantes de Catherine de Mé-

1560. Mons. de Guise, au mandement du roy de Navarre et de la royne mère, rentra à Orléans et alla saluer le jeune roy de France et luy offrir ses humbles services, telz qu'il avoit faict aux feuz roys ses ayeul, père et frère , assurant qu il désiroit de vivre et mourir pour la deffence de sa couronne et de son royaume. De laquelle ofire moult se resjouit ledit jeune enfant roy, en disant audit sieur de Guise qu'il le retenoit pour ung des plus loyaux serviteurs de la couronne, et qu il luy souvenoit du service qu'il avoit faict à ses feuz père et frère, et qu'il espéroît qu'il ne luy en feroit moings.

De cette response royale faicte audit de Guise furent indignez ledit roy de Navarre, la royne mère et le prince de Condé; toutesfois, ilz dissimulèrent, sçachant bien que le jeune roy pour lors ni de longtemps ne seroit en estât de rien faire ni entreprendre contre leur vouloir, et pour la nécessité qui estoit d'escouter les députez des trois estatz convoquez à Orléans, le tout demeura en silence ^

Avant que d'entrer au conseil et à l'assemblée des trois estatz, deux choses furent faictes par les gouverneurs du roy et du royaume : la première fut ung édict de liberté de religion; l'aultre fut la purgation de mons. le prince de Condé sur son emprisonnement et les cas à luy imposés ^. L'édict de liberté ' pourtoit commandement

dicid , une longue lettre adressée à cette procès : Interrogaloire d'an des agens du

reine enibb^.dansleRecaeU de choseimé- prince de Condé. (Archives curieuses de

morables faictes et passées pour le faict de la l*bistoire de France , i " série , t. IV, p. 35. ) religion et état de ce royaume depais la mort ' Lettre de Charies IX, par laquelle

du roy Henry II ( 1 565, 1. 1, p. 5oi ) ; cette est ordonné que tous ceux qui sont déte-

lettre a été reproduite dans le dictionnaire nus pour le fait de la rdigion soient mis

de Bayle, à Tarticle Marot. hors des prisons. i56o ( 1 56 1), janvier 28

* L*as8emblée des états avait été da- (Mém, de Condé, t. H, p. 268); — Lettre

bord convoquée à Meaux pour le 10 dé- du roi et de la reine mère au parlement

rembre; elle fut ouverte le i3 à Oriéans. de Paris, au sujet des prisonniers détenus

' Le prince de Condé, arrêté à Oriéans à la Conciergerie pour cause de religion.

le 3 1 octobre , fut rendu à la liberté aussi- 1 56o ( 1 56 1 ) , févr. ( ihid, p. a 69 ) ; — Édil

tôt après la mort de François II ; il se retira du roi qui défend de s*entre-injurier pour

dans les domaines que son frère possédait le fait de la religion, et de rien faire qui

en Picardie, en attendant qu une décision puisse troubler la tranquillité publique,

sur sqn procès eût été prise. Voy. sur ce i56i, avril 19 (ibid. p. 334]-

aux juges des villes et villages de visiter les prisons chascun de leurs 1560. jurisdictions, pour veoir si en icelles y avoit aulcuns prisonniers là détenus poiu* le faict de la religion, et, si aidcuns y trouvoient, de les mettre hors sans aulcune forme de procès et de les renvoyer en toute seureté en leurs maisons, pour y vivre en liberté de leur conscience, sans estre aulcunement recherchez pour le faict d'icelle ni de laditte prétendue religion. Pareillement furent par iceluy édict révocquez et remandés tous les banni3, de quelque qualité qu*ilz fussent, qui avoient esté envoyez es gallères ou en aultres lieux hors du l'oyaume potu* le faict de laditte religion, fiist par sentence de justice ou aultrement , en Vertu des édictz faictz par les feuz roys Françoys I*', Henry II, et par le feu roy François II dernier décédé; voulant et entendant que lesditz expulsez et bannis rentrassent en leurs biens, terres, possessions et maisons, eussent pleine jouissance d'iceux, comme ilz faisoient avant que d'en partir, et en iceux, vécussent en paix et en seureté, sans qu'il leur feust meffaict ni mesdit aulcunement ni rien reproché à cause de laditte religion prétendue. Deffense fut faicte aux catholicques de ne les mocquer, injurier ni provocquer à courroux, sous peine de punition corporelle, et ordre donné aux ungs et aux aultres de vivre paisiblement ensemble, comme frères et amys, sans s'entre-injurier ens'appelant hugaenotz ni papaultz.

Cet édict fut envoyé à messieurs de la coiul; de parlement de Paris, pour estre par eux enregistré, homologué et publié par leur ville; ce que lesditz sieurs ne voulurent faire sans double et triple jussion et après de grandes menaces de la part des gouverneurs du roy. Enfin, en l'homologuant, ilz adjoustèrent les mots qui s'ensuivent, c'est assavoir : Par importunité de ceux de la religion prétendue, et par provision, en attendant la majorité du roy. Les huguenotz ne vouloient que les motz susditz fussent adjoustez, et pour les faire oster ilz retournèrent à messiew^s de Bom:bon, gouverneurs du royaume, lesquels, siu* leurs instances, mandèrent à laditte court qu'elle eust à publier et enregistrer cestuy édict en sa forme et teneur,

1560. MHS y rien, adjouster ni diminuer du style tel qu'on le leur avoit envoyé. Mais les sieurs de laditte court n en voulurent aultre chose faire, pour menaces ni commandement qui leur en fust faict.

Par les aultres villes de France où il y avoit buguenotz, tant dé^ clarés que secretz, fut iceluy édict bien venu et receu, et principallement en celles esquelles y avoit des juges et justiciers hugue* notz, qui, avec diligence et orgueil indicible, ne feirent faulte de le publier et enregistrer, affin de le faire observer au prouifit et vouloir des buguenotz. Les catholicques, tout à Tinstant, furent en tel mespris, que plusieurs d'entre eux, mal fondés en la foy et de petite dévotion, laissèrent Téglise romaine et des apostres pour suyvre Tégbse huguenoticque. En toutes compagnies, assemblées et lieux publiez, ilz buguenotz avoient le hault parler, et n'usoient en leurs propos que de menaces, en détractant de Téglise catholicque et des sacremens d'icelle, et principîallement du sacrement de fautel et de la messe. Et combien que, par Tédict ci-dessus dict, faict à leur advantage, fust deffendu tant à eux qu'aux catholicques de ne s'entre*

' injurier les ungs les aultres, si est-ce que eux jamais ne cessèrent

d'injurier lesdictz catholicques, en les appellant papaux, idolâtres, pauvres abusez et tisons du purgatoire du pape, et ne demandoient qu'à faire sédition et à provocquer les catholicques contre eux, pour les faire mettre en prison et tomber en dommages. Et (ut cestuy édict cause de plusieurs noises, débatz et meurtres en divers endroictz du royaume, pour le grand oigueil et l'audace desditz buguenotz, lesquelz demeuroient impunis de quelque mal qu'ils feissent aux catholicques, voire des meurtres par eux commis envers lesditz catholicques; tandis que ceux-ci estoient bien et rigoureusement punis de la moindre injure ou aultre faict par eux commis contre lesditz buguenotz.

En la ville de Provins y avoit, comme on l'a vu^ trois frères appelles les Barengeons, gens riches, affables et buguenotz des premiers de laditte ville. Ces trois frères, Claude, NicoUe et Anthoine, * Pages a a et 5A.

se monstrèrent protecteurs des auitres htiguenotz de Provins, qui es- 1560. toient en assez petit nombre pour lors, et furent soUicitem^s de faire publier cestuy édict aux plaitz du bailly et par les carrefours de la vifie. Le bai&y estoit alors maistre Jehan AUeaume, huguenot secret et non déclaré, qui, en tout ce qu'il peut, supporta lesditz huguenotz et oppressa les catholicques. Ilz Barengeons ne se contentèrent de la publication faicte dudit édict aux piaitz et carrefours de Provins, ains en feirent six coppies quHlz eux-mesmes portèrent aux quatre curez et aux deux prédicateurs qui preschoient FAdvent audit Provins, pour le publier à leiu»s prosnes et sermons de mot à mot, affin que personne n'en prétendist cause d'ignorance , et feirent entendre auxditz curez et prescheurs que de ce faire leur estoit mandé de par le roy, de peur quilz n'y feissent faidte. Aidcun des curez ou vicaires dudit Provins publia ledit édict à son prosne et le déclara selon qu'il avoit esté instruict par lesditz Barengeons, comme aussi feit le prédicateur qui preschoit en l'église des Jacobins, en laquelle fO\xc cest an estoit le eermon ordinaire; mais les auitres curez ni le prédicateur des Cordeliers, qui estoit nostre maistre Barrier, cordelier et curé de S**^- Croix S n'en voulurent rien faire, excepté que ledit Barrier, au commencement de son sermon, le publia en telle sorte et par telz motz, c'est assavoir : « On m'a cejourd'huy apporté img mémoire et papier escript, qu'on m'a dict estre la coppie d'un édict du roy, pour vous le publier; et veult-on que je vous dye

^ Le père Jean Barrier, natif de Cour- dansTé^e des Cordeliers. Sur le premier

Ions, docteur en théologie, gardien du feuillet du registre des baptêmes de la pa-

couvent des corddiers de Provins, confie»- roisse de Sainte-Croix (i 558-i 565) , où sa

seur du duc de Guise, curé de Sainte-Croix signature figure pour la première fois à la

de Provins, théologal de Saint-Quiriace et date du 8 mai i56o, il avait écrit les vers

de Notre-Dame-du-Val de la même ville, suivants, qui s*y lisent encore : mourut le 20 avril 1570 et fut enterré

Quisquis ades qui morte cades , 8ta, rcipice , pion ; Sam qaod eris modicnm cineris , pro me , precor, on. Est commune mon , mors nulli parcit honori ; DefaBis et fortis vemmst ad limina mortis ;

Saspe vdox juYenem mon npit ante senem. Respice ({uam brevis mon imminet omnîbos botis.

1 560. que les chatz et les ratz doibvent vivre en paix les ungs avec les aultres, sans se rien faire de mal Tung à Taultre, et que nous aultres Françoys, c est assavoir les héréticques et les catholicqucs, fassions ainsi, et que le roy le veult. Je ne suis crieur ni trompette de la ville pour faire telles publications. Dieu vueille par sa miséricorde avoir pitié de son église et du royaume de France, les deux ensemble sont prestz de tomber en grande ruyne; Dieu vueille bailler bon conseil à nostre jeune roy et inspirer ses gouverneurs à bien faire; ils entrent à leur gouvernement par ung pauvre commencement, mais ce est en punition de noz péchez. « Il ne fut faict aulcun mal audit Barrier d*avoir dict cela, ni aux aultres curez qui ne voulurent publier iceluy édict, non plus qu'à cestuy qui trop légèrement le publia et en tant qu'il peut l'approuva estre bon pour le prouffit et paix des habitans du royaume.

Cestuy édict publié par le royaume de France, plusieurs personnes de tous âges et de toutes qualitez se débauchèrent de la religion catholicque, et devindrent héréticques, à cause de la grande liberté à mal faire et dire qui leur estoit permise sans aulcune punition de justice; et fault croyre que, si le plus grand larron et voleur du pays eust esté prins prisonnier, il eust eschappé à tout danger, voire à la mort, moyennant qu'il se feust déclaré huguenot et de la nouvelle prétendue religion.

En la ville de Provins y avoit assez peu de huguenotz , et aulcun ne s'estoit publicquement déclaré tel avant la publication d'iceluy édict, combien que les Barengeons ne fréquentoient les églises ni le divin service que le moings qu'ils pouvoient, comme aussi ne faisoit maistre Jehan Saulsoy, médecin ; lequel Saulsoy fut en ceste présente année esleu par les parroissiens de l'église de S*-Pierre de Provins marguillier de laditte église, affin qu'il fust contrainct d'assister au divin service par chascun joiu*, et fallut, contre sa volunté, qu'il acceptast et feist la charge de marguillier. Mais il se déclara avant l'an révolu de sa charge estre huguenot et de la nouvelle oppinion, comme aussi feirent les Barengeons; — M* NicoUe de Ville, advocat à Pro-

vins; — M® Jehan de Ville, père de NicoUe, procureur du roy audit 1560. lieu, lequel n'osa donner la signature de sa main comme son filz, et demeura libertin sans foy ni religion, n'allant ni â la messe et aux divins offices de Téglise catholicque, ni au presche des héréticques; et fut cest homme fort pernicieux à Téglise catholicque du bailliage de Provins, à cause de Testât qu'il avoit; — Marc Boyer, procureur et notaire à Provins; — Léon Godard, aussi procureur audit Provins;

— M® Richard Privé, advocat; — M^JEustache d'Aulnay, soy disant noble et seigneur de Prime-Fosse, conseiller au siège présidial dudit Provins; — Mathé Chipault, duquel nous avons parlé quand nous avons déduict l'enterrement du lieutenant Verjus; — M® Jehan Alleaume, bailly dudit Provins, n'osa par sa signature tel se déclarer, de peur de perdre son estât, mais au demeurant avoit tel jugement et sentiment que les nouveaux frères de laditte religion prétendue, qui pareillement feit beaucoup de mal à l'église catholicque, et se travailla beaucoup pour l'érection de la nouvelle religion héréticque;

— Nicolas Doury, barbier et chirurgien, lequel dissimula jusques à ce qu'il feust marié à se, déclarer, de peur que telle déclaration ne l'empeschast d'avoir en mariage la fille qu'il poursuivoit; — Quiriace Prieur, teintiurier, nommé le capitaine Boytout; — Nicolas Maistrat, apothicaire; — Denis Saulsoy \ aussi apothicaire ; — Je}ian Couvent, le jeune, aussi apothicaire, lequel estoit malade de la maladie de podagre et chiragre tant es piedz qu'es mains; — Jacques et Nicolas les

Gangnotz, drapiers et foulons; — etJ Privé, controlleur du.

sel, avec quelques autres, lesquelz controlleur et aultres, par le conseil de leurs amys, ne voulurent donner la signature de leurs mains ni par icelie telz se déclarer, comme feirent les dessus nommez.

Nonobstant l'édit de permission de liberté en matière de religion , les presches -publics n'estoient permis auxditz huguenotz par le royamne de France ; et pour ce ceux dudit Provins ne s'assembloient de jour en public pour tenir leur sabbat, ains s'assembloient

* On trouve dans le Nobiliaire du bailliage de Provins , par M. Ylhier, p. 38 1 , la généalogie de la famille Saulsoy.

1560. de nuict, au soir, es maisons desditz Barengeons, qui estoient les pîl« liers et sousteneurs de la nouvelle oppinion audit Provins, pour estre les plus riches et les plus pitoyables. Hz Barengeons, pour gagner des hommes de toutes qualités, pauvres et riches, n'espai|;noient leurs maisons, services ni biens. Avant que d'estre et de se déclarer héréticques, ilz estoient fort charitables et aulmosniers de leurs biens, et par trois jours de la sepmaine ilz donnoient aulmosne aux pauvres à tous venans en pain assez suffisamment pour nourrir une personne tmg jour à chascune fois. Mais, depuis s'estre déclarez huguenotz , ilz cessèrent de faire telles aulmosnes publicques et à tous venans, ains nen voulurent ipkas faire que de secrètes à ceux qui estoient ou promettoient estre de leurditte nouvelle religion.

Les huguenots livrent leurs femmes et leurs filles à ceux qui veulent embrasser le protestantisme. — Le libertinage occasionne beaucoup de conversions. — Dans les assemblées nocturnes des religionnaires, le ministre lui-même donne le signal de la débauche ^

Et pour ceste cause, plusieurs hommes ne voulurent plus

souffrir leurs femmes se trouver à telles assemblées noctumalles, ayant ce vice en mespris d'estre coupaudez en leur présence, aulcunes fois par ceux qui n avoient point de femmes. Telz qui ne voulurent plus mener leurs femmes auxdittes assemblées furent aygrement reprins et tancez par lecffs ministres, ceux-ci leur disant qu'ilz n estoient vraiz frères et qu'ilz deffailloient lourdement en la vertu de charité, laquelle debvoit estre telle en eux que nul ne pouvoit et ne debvoit avoir rien de particulier, ains que toutes choses debvoient estre communes entre les frères de la nouvelle reUgion, suyvant la façon de faire des premiers chrestiens.

Depuis vingt ans au précédent la publication de l'édit ci-dessus mentionné de liberté, ny avoit par la France que simples gens mécanicques et artisans qui fussent de cette nouvelle oppinion luthérienne , comme savetiers, cordonniers, menuisiers, cardeurs, peigneurs de

' Le passage qui se trouve à la page Âg , turnes des proteslants, est reproduit ici dans sur ce quise faisait dans les assemblées noc- le ms. en termes à peu près semblables.

laines, merciers etportepaniers, gens qui alloient rôdant de ville en 1560. ville et de province à aultre, et dont aulcuns avoient demeuré à Genefve, les aultres en Allemagne; et y avoit trois fois plus de telz gens mécanicques imbuz et instruictz en ceste nouvelle oppinion qu il n y avoit de bourgeois et ;narchans es villes et de gentishommes par les villages « lesquels bourgeois et g^atishommes, jusques à ce jour, avoient faict la guerre auxditz artisans huguenotz, les deschassant de leurs çompaignies et les accusant à justice pour les faire exécuter de la peine de feu. Mais depuis ceste publicque permission, les gentishommes et bourgeois des villes se sont, pour la plupart en France, tournez à ceste quilz avoient autreffois estimé folle oppinion et faulce religion, et se sont grandement repentis d'avoir persécuté ceux qui en avoient esté devant eux, de quelque qualité qu'ils fussent ou eussent esté.

Les gentishommes * des environs de Provins qui se déclarèrent estre huguenotz depuis la publication de Tédit de liberté furent :

Le seigneur d'Estemay^ seigneur de la Motte de Tilly, qui dès longtemps estoit héréticque sans se déclarer;

Le vidame deChaslons, son frère, qui ne fut jamais prebstre ne marié ;

La dame de la Motte, leur mère; demeurant audit lieu de la Motte de Tilly-lez-Nogent-sur-Seine;

Une de ses filles, qui avoit esté cordelière au monastère des Dames du couvent hors les murailles de Provins, et qui depuis fut prieure du monastère de S*-Cyr au vau de Galie, à quelques lieues de Paris; lesquelles dame de la Motte et cordelière avoient toute leur vie jusques à présent esté fort dévotes et religieuses en Téglise catholicque, de laquelle elles furent desbauchées par lesditz d'Esternay et vidame leurs filz et frère;

Les seigneur et dame de S^-Symon , seigneurs de Chantaloë , parroisse de Bauchery^;

* Sur la famille d*Esternay, voy. plus Chanteloup et de Beauchery, voy. Ythier, haut, p. io. Nobiliaire du bailliage de Prmins, p. 6.

* Pour la généalogie des seigneurs de

1560. Le seigneur de Besancourt, filz de la femme dudit S^-Symon, demeurant a\i village de la Sausotte-lez-Nogent ;

Ung petit gentilastre de la maison dudit S^-Symon, demeurant audit Bauchery, nommé Primsaulf;

Ung autre gentilastre de Villers-S*-Georees, nommé le seigneur de Lansoê, qui depuis espousa à la nouvelle prétendue religion une religieuse ou nonain d^ung monastère de femmes qui est en Normandie;

Maistre Loys le Roy, seigneur de Daoust et de Houssoy, qui aultresfoys avoit esté procureur du roy à Provins;

La damoiselle' d'Yverny, dame d'Aulnoy-lez-Provins et de Cousture, parroisse des Ormes-lez-Bray-sur-Seine ;

Le seigneur d'Acou, en partie seigneur d'Everly;

Ung petit gentilastre nonuné le seigneur de Boissy-lez-Provins, es environs de Chenoise;

Le seigneur de Umbrée;

Le seigneur du Buat, en la parroisse de Bannostz, avec quelques peu d'aultres desquelz je n'ai la mémoire pour le présent.

Les dessus nommez prindrent grande peine de séduire et tourner à ladittc nouvelle prétendue religion le reste des gentishommes de ce pays, et entre les aultres furent séduictz le seigneur de Mouy et sa femme, fille de la maison du Plaissie-aux-Tournelles, aultrement appelé ]e Plaissie-aux-Brébans. Pour prendre occasion de tirer à laditte religion lesditz gentilshommes, dames et damoiselles, estoient mises en avant l'espérance de usurper le patrimoine de l'église catholicque, quilz huguenotz pensoient se partager chascun d'eux à sa commodité , et l'espérance de parvenir aux honneurs et charges du royaume es maisons des roy et gouverneurs de France, du roy de Navarre, de la royne mère, du prince de Condé, de l'admirai de France, seigneiu* de Chastillon, du seigneur de la Roche-Foucault et du seigneiu- d'Andelot, colonel de l'infanterie françoise, esquelles maisons les huguenotz estoient sans comparaison mieux venus et honorez que les catholicques. Et parce que les huguenotz s'attendoient à ce que le

roy de Navarre ou le prince de Condé parviendroit à la couronne 1560. et seroit roî de France, lesditz gcntishommes estoient pour ce plus enclins à délaisser la religion catholicque et à prendre Théréticque, affin d'estre favorisés des princes et grands seigneurs susditz, qui estoient de laditte nouvelle prétendue religion. Les gentisbommes qui estoient ou devindrent héréticques après la publication de Tédit de liberté montèrent en ung grand orgueil, comme aussi feirent les aultres béréticques de France, lesquelz, en toutes assemblées publicques et particulières, usoient de menaces et de mocqueries contre les catholicques ; il estoit fort, dangereux aux catholicques, et nommément aux ecclésiasticques, de se trouver par les chemins et aidtres lieux destoumez devant lesditz buguenotz, pour la grande hayne que ceux-ci leur portoient, et peu escbappoient de leurs mains sans estre battus, s'ilz estoient seidz, et bien injuriez, s'ils estoient en compagnie qui les eust peu défendre. Et pour ces causes y eut de grands discords et inimitiez entre les hommes de France, et en divers lieux advindrent de grands meurtres par séditions populaires; dès lors, les ecclésiasticques, tant séculiers que réguliers, furent contrainctz, pour la seureté de leurs vies, de se desguiser en leurs habillemens et maintien, et de ne plus porter par les champs Fbabit clérical, ni les longs cheveux, ni la couronne, ni la barbe rasée, ni aidtre marque qui enseignast qu'ilz fussent prebstres ni moynes.

Les gentisbommes se comportoient les ungs envers les aultres, de quelque opinion qu'ilz fussent, img peu plus modestement que ne feit le tiers-estat, et ne se vouloient formaliser les ungs contre les aultres pour le faict de la religion. Les buguenotz du tiers-estat en voidoient tousjours aiix catholicques, et ceux-ci aux buguenotz. Les ecclésiasticques, pour la pluspart, se comportoient avec toute patience envers lesditz buguenotz , et ne se trouvoient en leurs compaignies que le moings qu'ilz pouvoient, pour éviter aux séditions. Aulcuns desditz ecclésiasticques estoient fort vicieux encores pour lors, et les plus vicieux estoient ceux qui plus résistoient auxditz buguenotz, jusques à mettre la main aux cousteaux et aux armes. Pour évi-

1560. ter aux séditions et troubles qui se faisoient en tous lieux, Tédit de liberté ci-dessus dict estoit par chascune sepmaine réitéré et publié par les vilLes et villages au son de la trompette , avec menaces de jius en plus rigoureuses; mais il n'y avoit de punis que les catholicques, encores que les huguenotz les eussent provocqués et tirés à sédition par leurs injures ^

Sitost que le feu roy fîit mort , et que messieurs de Bourbon furent, avec la royne mère , faictz les gouverneurs du royaume de France et du roy pupille, mons. le prince de Condé voulut se justifier des cas qui luy avoient esté imposez et qui avoient motivé Femprisonnement de sa personne par le conmiandement du feu roy; et, pour ce faire, fut renouvelle le conseil du roy enfant, et deschassa-on par récusations tous les sieurs du conseil qui avoient entendu et veu les accusations, les dépositions des tesmoings, les interrogations, con* fessions et récoUemens dudit prince de Condé, et qm avoient vacqué à la confection de son procès, jusques à sentence de mort. Cette sentence fut retardée à prononcer, à cause de la maladie et du trèspas dudit feu roy, lequel, en mourant, vouloit qu'elle feust exécutée sur ledit prince de Condé, comme criminel de lèze-majesté, ennemi de la couronne de France, et perturbateur du repos public, tel qu'il disoit avoir esté trouvé coulpable par la confection de son procès; et est une chose toute certaine, que, si mons. de Guise eust voulu obéir au roy, ledit sieur prince de Condé eust esté exéaité par justice, le jour de devant que ledit feu roy mourust. Mais ledit sieur de Guise, comme aussi mons. le connestable, ne voulurent exécuter ce commandement du roy, le voyant ainsi malade et proche de la mort qu'il estoit; joinct aussi que la royne mère et le roy de Navarre les requirent de en ce n'obéir au roy, pour les inconvéniens qu'il leur en eust peu advenir par après. Pour procedder à la justification dudit sieur prince, le roy de Navarre commanda au greffier

^ L*auteur revient ici sur ce qui a été contre les catholiques, celle de macqae' dit à la page g a. Il ajoute aux injures que, reaux du pape, suivant lui, les huguenots proféraient

et secrétaire du conseil de mettre entre ses mains tout ce qui avoit 1560. esté faict et escript pour le procès dudit sieur prince et pour la con*fecdon dudit procès; ce que feit ledit greffier et secrétaire, sans en rien retenir qu'il osast monstrer à personne au dommage dudit sieur prince. Lequel procès, tant les informations et interrogatoires que récoUemens de tesmoings, confessions et négations, estant entre les mains dudit roy de Navarre, tant les grosse^ que les minutes, fut par luy mys dedans le feu pour brusler, sans en réserver une seule pièce. Parquoy, pour procéder à la justification dudit sieur prince de Condé, fallut recommencer le procès, lequel fut faict et instruict par des conseillers nouveaux atiltrés pour ce; ces conseillers, qui en rien n'eussent osé dire, escrire, juger, ni condempner aultrement que selon le vouloir du roy de Navarre et dudit seigneur prince de Condé, son frère, feirent eux-mesmes le dicton de la sen* tence de sa justification, tout ainsi qu'ilz voulurent et à leur proffit. Lesditz seigneurs roy de Navarre et prince de Condé fiirent fort maris contre les princes et conseillers du conseil du feu roy qui avoient vacqué au faict dudit procès, la pluspart desquelz avoient signé la mort, Ten ayant trouvé coulpable. Et engendra ce ime hayne plus grande et mortelle entre lesditz sieurs de Bourbon et lesditz du conseil , qui a duré jusques à la mort. Or, fut-il par les nouveaux conseillers et par le conseil practicqué en la présence du jeune roy, jugé aultrement que n avoient faict les conseillers du feu roy. Car, par leur sentence (rendue le i3 juin i56i), fut ledit sieur prince de Condé déclaré innocent des cas contre luy proposez et mis en avant; fut dict qu à tort et sans cause il avoit esté accusé , emprisonné et contre luy procédé en matière de crime; fut dict ledict sieur prince de Condé estre, conune tousjoiu^s a esté , prince généreux, loyal serviteur du roy et de la couronne , et par luy n avoir esté faicte ni entreprinse chose que pour le service du roy, pour Futilité du royaume et pour le repos public; deffense à toutes personnes de quelque qusdité qu'elles feussent, sous peine de la vie, de ne rien dire ni reprocher audit sieur prince, pour son emprisonnement ni pour les causes d'iceluy, ni en tenir pro-

1 560. pos en secret ni en public au désavantage de Thonneur d*iceluy , ains de Testimer et avoir en honneur, comme vray prince yssu du sang royal, serviteur du roy et protecteur du royaiune. Geste justification fut imprimée et exposée en vente à toutes personnes qui la voulurent achepter ^ Mais peu de gens y emploièrent leur argent s^ilz n'estoient huguenotz, pour ce que chascun sçavoit bien de quel zèle ledit sieur prince avoit entreprins les faictz de la cause pour laquelle il avoit esté par le feu roy emprisonné. Ilz prince de Condé et roy de Navarre ne se contentèrent d'avoir faict prononcer laditte justification au jeune roy, ains voulurent qu elle feust publiée aux carrefours de la ville d'Or- Jéans, au conclave de la salle des trois estatz tenus en laditte ville d'Orléans, et au Palais et par les carrefours de la ville de Paris.

Les huguenots de France, que la mort de François II, la publication de Tédit de liberté, la délivrance et la justiGcation du prince de Condé rendaient de plus en plus présomptueux , prennent les catholiques en dédain et songent à se me. surer avec eux. — Ils avaient été pendant quelque temps retenus par la crainte qu'inspiraient les princes lorrains, par les remontrances et les promesses de la reine mère et du roi de Navarre, par la présence des états généraux et par l'attente de la décision des députés en matière religieuse. — Les états généraux, ouverts à Or|éaus le i3 décembre i56o, se terminent le 3i janvier suivant^. — Des ordonnances de réformation sont rédigées d'après les cahiers'.

A rassemblée desditz. estatz se trouvèrent les princes de France,

* Pièces concernant le procès du prince de Condé et la déclaration de son innocence. (Mémoires de Condé, t. II, p. 376 et suÎY.) — Déclaration portant que Louis de Bourbon , prince de Condé , est innocent du crime dont on voulait le charger. Fontainebleau, i3 mars i56i. (Additions de Le Laboureur aux mémoires de Casiel nau, 1. 1, p. ySa.)

* Des états généraux et autres assemblées nationales, par C. J. de Mayer (La Haye et Paris, 1788-1789, in.8*), t. X, XI et XII. — Forme générale et particulière de la

convocation et de la tenue des assemblées nationales oa états généraux de France, jastifiée par pièces authentiques, et recueil des cahiers généraux des trois ordres, par Lalourcé et Duval, 1789, Barrois Faîne, 16 vol. in-8'. '

^ Ordonnance générale rendue sur les plaintes, doléances et remontrances des États assemblés à Orléans au mois de janvier i56i; registrée au pariement le i3 septembre de la même année. (Isambert, Rec. des anc. lois françaises , t. XIV, p. 63.)

tant ecclésiasticques que séculiers, comme les cardinaux, archevesques 1560. et grande partie des évesques^ Les oûùlciers de la couronne et de la maison du roy y assistèrent. Le roy, qui .n estoit âgé que de neuf à dix ans, feut assis au plus haidt lieu et éminent, a£Bn d'estre veu de tous les assistans. Aux deux costez de luy estoient assis, à dextre, la royne sa mère, et ses aultres enfans pupilles et mineurs; à senestre le roy de Navarre, son gouverneur et du royaiune, et auprès de luy mons. le prince de Condé son frère , et aultres princes du sang. Aux pieds du roy estoit assis mons. de Guise en une chaise, faisant son estât de grand maistre d'hostel; à costé de luy, assez loing à la dextre, estoit assis mons. le connestable, et d'aultre costé, à senestre, mons. de FHospitail, garde des sceaux de France. Au milieu desquelz et devant les pieds de mons. de Guise, estoient assis à Tentour d*ung contoir ou table les quatre secrétaires des commandemens du roy, pour escrire et enregistrer les requestes faictes par les députez desdits estatz. A la dextre, ung peu arrière, estoient assis messieurs les cardinaux, archevesques, évesques et prélatz de France, avec le légat du pape, mons. le cardinal de Trivulce. D'aultre costé, à senestre, estoient messieurs les princes de France et aultres officiers de la couronne, et es environs des sieurs cardinaux estoient, assez loing, les députez de Testât ecclésiasticque , et derrière et attenant des princes,, aussi assez loing, estoient les députez de la noblesse, et devant la face du roy et des princes du sang et des gouverneurs, estoient, bien loing et au plus bas, les députés du tiers-estat. Je n'ai eu cognoissance ni communication des harangues faictes à l'entrée desditz estatz, fust par le roy ou ses gouverneurs, comme aussi de celles des députez, et n'ont icelles harangues esté mises par escript, ni recueillies par personnes qui ayent eu ceste volunté de les mettre en évidence*. Bien ay ouy dire à ung des députez qui estoit présent

^ L'ordre et séance gardez aux estais la ville d'Orléans, etc. Paris, J. de Gour-

d'Orléans, (Bibl. imp. ancien fonds franc. mont, gravure sur bois du xvi* siècle, n* 8676, p. 6.) — Le vray pourtraict et dis- ' La publication des harangues et des

coars de V assemblée des trois estatz tenus en cahiers fut défendue. — On trouve le dis-

1560. que oions. le prince de Condé proposa et meist en avant une requeste pour les huguenotz de France, affîn qu'en ceste assemblée leur religion prétendue feust approuvée et receue pour bonne, et que permission leur feust donnée d'exercer dans tous les endroicte du royaume, tant es villes que villages, laditte prétendue religion. Mais de sa requeste &t débouté, et luy fut respondu que rassemblée desditz trois estatz n avoit esté là convocquée pour traiter d^ religion, et quen France ne falloit doubter que la religicm catholicque, apostolicque et romaine ne feust hoone et saincte, et celle pour laquelle il haranguoit et qu'il prétendoit auctoriser condempnée et de tous temps réprouvée par les pères et anciens. A laquelle response se tint ledit sieur prince de Condé, voyant ne pouvoir là avoir audience, et di£Eéra jusques à ung aultre temps pour en faire la poursuitte , ainsy qu*il sera dit cy-après.

Clôture des états d'Orléans. — Retour dans leurs maisons des députés du bailliage de Provins : messire André de Gramont, prieur de Saint- Ayoul, pour le clergé; mons. de Baby, pour la noblesse; et m* Jean de Ville, procureur du roi^ pour le tiers état.

Lesdits Gramont et de Ville revindrent dudit Orléans pires en matière de religion qu'iiz n'estoient avant que d'y aller. Car ilz n'estoient que catholicques esbranlez, ne sachant encores à quelle religion ils se debvoient tenir; mais à leur retour se déclarèrent de bouche et d'oeuvre estre du rang des héréticques et huguenotz. Toute£Fois ne furent si folz que plusieurs aultres, qui baillèrent la signature de leurs mains, quand ilz demandèrent ung prédicant en la ville de Provins, et ne voulurent signer qu'ils estoient de laditte prétendue religion ; mais n'eurent honte de rapporter et semer par la

cours du chancelier de THôpital dans le le!" jour dejanv. 1560, par très hault et

Recueil de ses œuvres publié par Dufey de très puissant seigneur messire Jacques de

r Yonne, 1. 1, p. 875 et suiv. — Voy. aussi : Silfy. Rouen, impr. de Jasp. Remorlier. La harangue de par la noblesse de toute la ^ Sur la famille de Ville, yoy. Ythier,

France au roy très chrestien Charles IX te- Nobiliaire du bailliage de Provins, p. 74 et

nant ses grands estatz en la ville d'Orléans, igi , à la bibliothèque de la ville.

ville qu'auxditz estaiz la prétendue religion réformée avoit esté ap- 1560. prouvée, receue et autorisée, et la religion cathoiicque, romaine et apostolieque réprouvée et condempnée, et que la messe ne se chan* teroit plus en France que trois ans pour le plus, parce que audit Orléans elle avoit par l'assemblée esté exterminée et, comme chose mes* chante, réprouvée, ce que recourent j^usieurs simples gens estre vray au rapport d'iceux. Les hommes de bon esprit n'en voulurent rien croire et taschèrent à redresser ceux qui j croyoient^ Ce néantmoings , iceux députes continuoient en leurs rapports telz que dessus touchant le faict de la religion; et quand Tung en devisoit en Tabsence de Taultre, il s'en rapportoit à son compaignon, et en ceste sorte tous deux confirmoient le dire Fung de Taultre, jusques à ce qu'on eust ouy parler mons. de Baby; lequel fîit fort étonné quand il ouyt afi&rmer à gens dignes de foy comme lesditz Gramont et de Ville avoient faict en la ville de Provins ung tel rapport, et, après avoir esté rendu certain que tel faux rapport avoit fort troublé les habitans de laditte ville de Provins, se transporta en icelle, afiBn de ce^cliffieT aux habitans qu'il n'estoit rien de ce que leurs députez leur avoient dict, et que oncques auxditz estatz d'Orléans n'avoit esté ténu aultre propos de la religion que ce qu'en avoit proposé mons. le prince de Condé, par sa requeste, de laquelle il avoit esté débouté. Les dessus nommés Gramont et de Ville, ayant entendu ledit sieur de Baby avoir esté audit Provins, pour dissuader à ceux qui avoient creu à leur rapport, furent tout honteux et n'en osèrent plus parler en public. Et d'aultant que le peuple catholicque dudit Provins voidoit courir sur les faux rapporteurs, ilz jettèrent, en se voulant excuser, la faulte l'ung sur l'aultre, et, par tel moyen, ilz entrèrent en grande et mortelle hayne Tung contre l'aidlre, jusques à se cercher pour s'entretu^r. Ledit prieur Gramont, qui avoit de 3o à 35 ans, pour oster la maulvaise oppinion que le peuple avoit de luy touchant la religion catholicque, se feit par après au karesme prochain promovoir aux ordres saincts et sacrés, et fust en ceste année faict et ordonné soubz* diacre et diacre; mais pour cela le peuple ne cessa d'avoir opinion

1560. de luy assez doubteuse, et bien ai sceu qu'on ne fus! trompé en disant qu'il ne valoit mieux diacre que clerc. Ledit de Ville continua en sa folle oppinion de pis en pis touchant la religion, et petit à petit se sépara de la religion catholicque et romaine, ne voulant plus fréquenter les églises des catholicques ni le divin service de Dieu faict par les chrestiens en icelles; et toutesfois, de peur de perdre son estât, devint quasi comme athéiste, sans foy, loy ni religion. Car ayant quitté Tég^ise catholicque et romaine, ne fréquentoit non plus la luthérienne, tandis que sa femme demeura toujours en la foy catholicque, suyvant Téglise romaine en tout et partout, et leurs enfans suivirent la foy luthérienne, par quoy appert que en une seulle maison par Thomme, la femme et les enfans y avoit contrariété de reUgion et manière de servir Dieu.

Par le faux rapport desditz Gramont et de Ville, le nombre des huguenotz s'augmenta audit Provins et se trouvèrent incontinent plusieurs jeimes gens desbauchez de la religion romaine; et neust esté la diligence des prédicateurs qui preschèrent à Provins, plus grand nombre, tant des jeunes que des vielz, se fiissent desbauchez. Entre lesquels fort travailla nostre maistre frère Jehan Barrier, cordelier, docteur en théologie et curé de S**^-Croix dudit Provins, lequel en ses sermons confutoit moult proprement la doctrine luthérienne et huguenotte , parquoy fut moult mal voulu des huguenots de laditte ville, et par eux souvent appelle «ca^of et faux renard.

En ceste présente année, le sermon ordinaire par chascun jour du karesme se tenoit et faisoit en l'église du couvent des jacobins de Provins, et pour ce que l'hérésie et doctrine huguenoticque taschoit à prendre pied et fondement audit Provins, le prieur desditz jacobins, homme religieux, fort cathoUcque, fut soigneux de pourvoir en leur couvent d'ung prescheur qui fust digne de sa charge et proufitable au peuple de la ville, pour maintenir en la foy les bons et fidelles, poiur y ramener les desvoyez, et pour y retenir les esbranlez, suyvant qu'il en estoit besoing pour le temps. Et pour ce faire, appella de la ville d'Auxerre audit Provins ung grand et sçavant

prescheur, nommé nostre maistre dlvollé, jacobin du couvent dudit AuxerreS homme de saincte vie, droict de corps, de grande corpulence, bigle d'un œil, noir de visage, rude de paroUe, et âgé de ko à 5o ans, doctemr de Paris des plus sçavans et mieux versez qui fus* sent en son ordre, voire de toutes qualitez par toute la France, grand exterminateur de toute faulse doctrine, grand adversaire des huguenotz et de leur hérésie. Le€[uel, par les sermons qu'il feist au karesme, sceut si bien confuter tous les pointz de l'Escriture que les huguenotz mettoient en controverse, que ceux de la ville de Provins, je dis mesmes les huguenotz d'icelle pour la pluspart, voulurent Taller escouter, aulcuns pour entendre la vérité et pour en faire leur prouffit, affin de se retirer de Terreur huguenoticque où ilz estoient, aultres pour le calumpnier en sa doctrine, les aidtres pour Tobserver en ses paroUes, affin de Faccuser et faire punir, s'il disoit chose contraire à la volonté des gouverneurs du royaume et aux édictz par eux faictz touchant la permission donnée ausditz huguenotz.

Fault notter que cest homme en tout et partout descouvrit le desseing et vouloir qu'avoient les huguenotz de France, et déclara en plusieurs sermons à quel but ilz tendoient, ce qu'ilz cerchoient et demandoient, aussi véritablement que s'il eust esté présent à la détermination de leurs affaires et secretz. Et davantage prédist le mal

* Voici ce qu on lit dans l*Histoire de la prise d'Auxerre par les huguenots , de labbé Lebeuf (Auxerre, ^73^)« ^^ ^^j^^ de Pierre d*Ivolé : ■ Ce saint religieuK étoit natif de Chavannes, proche Auxerre. Le dei^é et la ville d*Auxerré avoient contribué, dès Tan iSSy, k ce qui étoit nécessaire pour le faire recevoir docteur de Paris. En 1 54a % il prêcha le carême dans Té^se des jacobins d* Auxerre, selon la coutume qui étoit alors de &ire prêcher TAvent et le carême alternativement par des jacobins et par des cordeliers. Il s y distingua encore par plusieurs sermons

qu*il prêcha dans les cérémonies extraordinaires, n prêchoit le carême k Saint- Étienne-du-Hont, à Paris, lorsqu'il mourut. Ses sermons ont été imprimés à Paris , en 1576, tels qu'il les avoit prêches à Chartres. On a aussi de lui une Explication de la messe, imprimée en françois (p. 3a, note a). B Le même écrivain, dans ses Mémoires sur Thistoire d*Auxerre (t. II , p. 3ga] , parie d'une Vie de d'Ivolé imprimée en tête de la 3* édition des sermons de ce prédicateur, faite en i57g. Il sera plus loin question de d'Ivolé, & propos de la prise d' Auxerre par les huguenots, en i566.

1560. prochain qui, en brief temps* seroit faict par eux en la France; comment ilz s^eslèveroient par armes et séditions contre le roy, son estât et le repos public, désolant les villes, saccageant les églises et les temples, maltraitant les prebstres, taschant à abolir toute vraye religion, toutes lois ecdésiasticques, politicques et civiUes, tous sacre» mens et service divin; conunent par leur oi^eil ilx prendroient les armes au poing pour exterminer le roy et son estât, ensemble tout le peuple catholicque; enseignant aux catholicques qu'ils seroient contrainctz de prendre les armes deffensives contre eux et leurs armes offensives, et que de ce faire il leur estoit permis de Dieu» non pour assaillir iceux huguenotz, mais pour se deffendre seullement, recommandant tousjours auxditz catholicques qu'ilz ne commençassent poinct les premiers à assaillir, mais qu*estans assaillis, ne feissent difficulté de se deffendre pour maintenir la religion catholicque et romaine, leurs biens, leur vie et leur famille, et quen ce faisant ne pescheroient aulcunement, selon le tesmoignage de FEscriture, non plus qu'avoient faict Abraham, Moïse, David et le peuple d'Israël, lesquelz, pour la deffense de Thonneur de Dieu et de la religion, avoient prins les armes contre les Philistins et les incirconcis, armés pour Textermination de tous sacrifices, sacrificateurs et peuple fidelle de la circoncision. Il monstra et descouvrit toute la ruse des hugue* notz et quel estoit leur desseing, par les discours des anciens et modernes héréticques de la chrestienté. Il prédist le temps auquel ilz dévoient prendre les armes et de quel orgueil ilz chemineroient et se comporteroient en tous lieux, et premièrement à la court du roy, soubz la minorité duquel ilz ne feroient faulte d'assaillir son estât et de tascher à se saisir de sa personne. Et pour conclure, il prophétisa à la France sa ruyne et désolation prochaine, et il Tappella par plusieurs fois et en plusieurs sermons, misérable, désolée et de Dieu maulditte, fondant sa raison sur le dire de TEscriture saincte, qui, en divers passages et endroictz, crie à haulte voix : « Maulditte soyt la terre qui a ung jeune enfant pour son roy! Mauldit soit le royaulme qui a des princes desloyaux et compagnons des larrons, et qui ne

font aulcun jugement des larrons , » et plusieuis aultres propos extraiots 1 560. de ladite Escriture saincte.

Les huguenots de Provins, aulcuns d^eux présens à Bes sermons, et les aultres auxquels furent rapportez les propos susdits que ledit prédicateur avoit tenus » ne feirent faulte d^informer contre luy comme contre ung séditieux, ainsi que tel Tappelloient, et escrivirent en leurs informations qu'il avoit mauldit le roy et appelle les princes ses gou* veroeurs desloyaux et compaignona des larrons. Et furent les informations faictes par M^ Jehan AUeaume , bailly dudit Provins, à la requeste de M* Jehan de Ville, procureur du roy en icelle, à la poursuitte des Barengeons et aultres huguenotz dudit Provins; tous lesquels y procédoient de grand courage et le plus secrettement qu'ilz pouvoient, pensant le faire taire et rigoureusement punir par peine de mort, ainsi qu'ilz disoient. De laquelle information et poursuitte fut adverly ledit prédicateur par les catholicques de laditte ville , qui avoient par les dessus nommez esté requis de porter tesmoignage contre luy des parolles susdittes. Lequel prédicateur, au lendemain dudit advertis^ sèment, ayant mis fin à son sermon, auquel estoient les juges, les parties et avec eux les autres huguenotz dudit Provins, qui attenti-* vement avoient preste Toreille , en intention de augmenter leur information de ce qu'ilz auroient entendu, dont ilz le pussent accuser, dist telz motz qui s'ensuivent, c'est assavoir : « Peuple, ne hobe; je te veux dire des nouvelles que chascun de vous ne sçait pas, qui sont telles, que les gens de la justice de ceste ville sont en gtande peine de trouver destesmoings qui veuillent déposer contre moy qu'es sermons que je vous ai faict et fais par chascun jour, je vous incite & sédition contre le roy et ses gouverneurs, contre Fhonneur desquelz je ne fais que m'exclamer par invectives et détractions; et pour rendre ma cause plus odieuse au roy, disent que tel jour j'ai mauldit sa majesté en disant : « Que mauldit soit le jeune roy qui gouverne la terre de France I » Pareillement adj ouatent en leurs accusations que j'ai dict que ses gouverneurs et ses princes sont meschans, gens desloyaux et princes des larrons. Je te laisse à penser si tu m'as ouy dire telz pro-

1560. pos en nul de mes sermons; et parcequ'ilz sont en peine de trouver des tesmoings qui veuillent déposer contre moy de ces choses, je les advertis, s'ilz sont icy présens, qu'ilz se retirent par devers moy, et je leur signerai de ma main et de mon sang que j*ai dict : que malheureuses sont la terre et le pays qui ont ung jeune enfant pour leiu* roy, et qui ont des princes qm soient desloyaux et compaignons des larrons. Est-ce maudire le roy? Est-ce dire que les gouverneurs de S. M. soyent larrons, ni compaignons des larrons? Je voy bien que les huguenotz de ceste ville ne sont que des bestes; car sMlz estoient sçavans, ilz trouveroient en TEscriture saincte les paroUes que j'ai dittes et ne penseroient comme ilz font que je les eusse inventées de moy-mesme. Je me recommande à vous tous, et vous prie que vous priez Dieu pour moy, car j'ai bon besoing de son ayde. Je vous prie, comme toujours je vous priai en mes sermons, que vous ne fassiez poinct de sédition et' que vous ne commenciez poinct les premiers. Car pour certain ce sera assez mes que bien vous deffendiez. Priez Dieu pour le roy, qu'il luy plaise de le garder; priez Dieu pour ses gouverneurs et du royaume , qu'il les veuille bien inspirer à bien gouverner le royaume. • Ce dict, bailla congé au peuple. Qui plus furent étonnez de ces nouvelles furent les bailly, procureur du roy et les aultres huguenotz dudit Provins qui estoient là présens. Contre lesquelz le commimg peuple commença fort à murmurer, et à peu tint qu'on ne se ruast sur eux, ce que véritablement on èust faict s'ilz eussent respondu ung mot de travers aux injures qu'on leur disoit; mais leur patience , avec la prière dudit prescheur qui fut telle qu'on ne leur feict rien, fut cause de leur saulver la vie et qu'il n'y eust sédition. Les dessus nommés bailly, procureur du roy et aultres huguenotz feignoient qu'ilz ne sçavoient rien de ceste entreprinse , et demandoient les ungs aux aultres devant le peuple qui estoient ceux qui prétendoient informer contre ung homme si sçavant et si bien preschant, et en disant ce, glissoient et s^escoulloient de la turbe le plus diligemment qu'il leur en fut possible, et par ce moyen n'y eut aulcune sédition.

Les sieurs huguenotz de Provins se voyant ainsi picqués par ledit 1560. prescheur et leur entreprinse descouverte, au lieu de se désister de leur maulvais vouloir, continuèrent à leur information, et tant feirent qu ilz l'envoyèrent au roy et à ses gouverneurs, qui estoient pour lors à Fontainebleau; elle fut portée par le bailly de Provins, qui se chargea de la présenter, et de savoir comment on procéderoit contre ledit prédicateur, selon la volunté du roy et des gouverneurs, et qui fut quelques jours à Fontainebleau en attendant la response.

Or, advint-il que le jour mesme que ledit prédicateur eust dict au peuple de Provins Tentreprinse susditte faicte contre luy. M* NicoUe Chanterène, aidmosnier de mons. de Guise, estoit audit Provins, qui s'en retoiimoit à la court du roy au service de son maistre , ledit sieur de Guise. Dont fut adverty ledit prédicateur, qm Talla saluer, pour lui bailler lettres adressantes à ung certain jacobin , confesseur du roy, nommé nostre maistre Brochot, homme fort sçavant, par lesquelles il Tadvertissoit du préparatif que les huguenotz de Provins faisoient contre luy, 6t le prioit d'obtenir du roy et de ses gouverneurs que rien ne seroit décrété ni faict contre luy que premièrement on ne Teust ouy en ses deffences et qu'il n'eust respondu aitx accusations faictes contre luy. Et par mesme moyen pria ledit aulmosnier Chanterène de le recommander à mons. de Guise ^ son maistre, pour luy faire plaisir envers le roy en ceste affaire.

Ledit aulmosnier Chanterène , estant de retour à la court, ne faillit d'advertir ledit sieur de Guise, son maistre, de l'entreprinse faicte par les huguenotz de Provins contre ledit prescheur; il luy feit le dis- ^ cours du contenu des sermons dudit prescheur, pour lesquelz on informoit contre luy, et luy monstra les lettres missives qu'il prescheur d'IvoUé envoyoit au confesseur et prédicateur du roy ledit Brochot. Lequel discours, entendu par ledit sieur de Guise, donna chaîne audit Chanterène de luy en rafraischir la mémoire au lendemain, quand il yroit au sermon du roy, pour en paiier au roy luy-mesme et interroger ledit Brochot du contenu des lettres dudit d'Ivollé, ce qui fut faict.

1560. Au lendeinaiD, ledit sieur de Guise estant avec le roy, apperceut ledit bailly de Provins qui attendoit sa response , auquel s^adressa ledit sieur de Guise, après avoir parlé an roy avec ledit Brochot , en la pré* sence du roy de Navarre et du oonnestable, et luy dist tels mots : • Bailly de Provins » où sont les informations que tu as faictes contre vostre presc^eur? N'as-tu affaire icy que celaP Baille-les^noy, et t'en retourne quand tu vouldras. Le roy et la coml cognoissent mieia ledit prescheur que toy; on verra tout à loisir que cest. Tu es donc de ceux qui veulent troubler le roy et le royaume I Tu es donc huguenot I Va-t'en quand tu vouldras; je te marque. • Ledit bailly fut si honteux, qu'il eust voulu estre entre les jambes de sa femme. Devant lequel dist le roy à mons. de Guise et à son prescheur Brochot : « Faictes res^ ponse au prescheur de Provins qu'il fasse son debvoir de prescher, et que, s'il a bien dict, qu'il dise mieux, et qu'il prie pour moy et pour le royaume ^ » Mons. de Guise, s'adressant encores audit bailly, luy dist telles paroles, en la présence du roy : « Au sermon, cocquin, au sermon de vostre prescheur I Je vous ferai pendre, vous estes des séditieux. » Et à telles responaes se retira ledit bailly avec sa courte honte, et, estant de retour à Provins, dist aux frères huguenotz que leur prescheur avoit ung diable Ëunillier ou ung ange du ciel qui luy révéloit toutes leurs entreprinses. Après avoir connu le crédit qu'il prescheur d'Ivolié avoit auprès du roy et des princes, mesmement auprès du roy de Navarre, gouverneur du roy et du royaume, les juges et gens du roy furent maris d'avoir entreprins contre luy, et pour radober leur faulte envers ledit prescheur, luy feirent entendre qu'ilz n'avoient infermé contre luy que par i'importimité de quelques ungs qui se disoient de la prétendue religion, lesquelz menaçoient de les accuser au roy s'ilz n'eussent informé contre luy, ce que véri-

^ Le s3 JAOviflr 1 56o ( i &6 1 , nouveau «ion et de désolïéisaance, et pour les prier

style), Charles IX écrivit aux uiagi^trats de rappeler ces miiiistres à leur devoir

de Genève pour le plaindre que les mi- et empêcher qaH en vint de nouveaux,

nistres venus de leur ville excitaient et (BibL imp. CoQect. Fontanieu, vol. 397-

entretenaient en France Tesprit de divi- a 98

tablemeat ilz avoient faict malgré eux, et qu'en ladittie information isqq. ny avoit chose qui luy peuat préjudiciel. Toutefois « ila le jHÎoient de ne plus parler d'eux, ni les plus cakunnier, de peur de iaire une sédition audit Provins, les ungs envers les aultres« et qu^audit Pro^ vins n'y avoit guères de huguenotz, et encores qu'il y en eust quelques ungs, tous l'escoutoient volontiers en ce qui concemoit la doctrine de la paroUe de Dieu et de l'Escriture.

Le prescheur d'IvoUé n'eut plus tost receu les nouvelles susdittes par les personnes que lesditz gens du roy avoient interposées pour luy dire ce que dessus, qu'il en receut d'aultres de la part de mons. de Guise et du prédicateur et confesseur du roy susdict, par lesquelles le roy lui mandoit qu'il feist son debvoir en sa charge comme il avoit commencé, qu'il priast Dieu pour luy et poiu* le royaume, et que sur toutes choses, en ce qu'il pourroit, il empeschast les séditions populaires, comme tousjours il avoit faict, ainsi qu'on luy avoit faict entendre.

Au lendemain du jour desdittes lettres du roy receues, il d'IvoUé ne faillit à la fin de son sermon d'en advertir le peuple , et du bon vouloir qu'avoit le roy envers la paroUe de Dieu, et comment ses accusateurs avoient perdu leur temps en informant contre la vérité de l'Evangille. Et avec toute affection recommanda le roy et requist toute l'assistance de prier Dieu pour sa majesté, ses gouverneurs et le royaume , priant le peuple de Provins de se contenir sans s'eslever ni faire sédition, non plus qu'il avoit faict, et que ce seroit assez qu'il se gardast de surprinse, et que ce n'estoit pas peu de chose de se sçavoir bien garder de tomber en ung mal préparé, sans s'efforcer d'en préparer aux aultres. Et à ces nouvelles fut le peuple fort resjouy, qui volontiers eust saccagé ceux qui avoient attenté contre luy. Il prédicateur poursuivit ses sermons le reste du karesme avec toute assurance, et prescha si haultement et doctement, que le peuple, voire les plus sçavans, admiroient ce qu'il disoit de Dieu et de sa divine providence; il preschoit tout d'un aultre style qu'on avoit jamais ouy, déclarant jusques aux scrupides et pensées des consciences.

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