‹ Memoires de Claude Haton (volume 2)Chapitre 28 sur 37 · COMMIS SUR LE TERRITOIRE DE PROVINS. CONCILE DE TRENTE · texte numérisé non relu

COMMIS SUR LE TERRITOIRE DE PROVINS. CONCILE DE TRENTE

L'an mil cinq cens soixante et ung, le roy, après avoir faict ses pasques à Fontainebleau, se retira à Paris avec ses gouverneurs et avec sa court, qui estoit fort grosse et pleine de gens, tant princes que aultres personnes. Mous, le card. de Trivoulce, légat du S^-Siége apostolicque en France, et envoyé du pape au feu roy Henry, esteittcusiours à la court et es environs, ayant grosse suitte, à cause des expéditions apostolicques quUl faisoit en vertu de ses facultez, qui estoit cause de faire croistre le nombre des courtisans de la suitte du roy.

Le roy séjourna à Paris, jusques après la feste mons. S^ Jehan- Baptiste, vacant à l'expédition du règlement des trois estatz tenus à Orléans en Tan dernier passé, sans sçavoir déterminer avec ses gouverneurs et le conseil les ordonnances à faire pour ce règlement, à cause de Tempeschement et des requestes importunes que luy faisoient les huguenotz par mons. le prince de Condé, frère du roy de Navarre, affin d'autoriser en France la prétendue religion réformée, de laquelle s^estoit rendu protecteur ledit sieur prince de Condé.

La teneur des requestes desditz huguenotz estoit telle qu'il pleust

1561. à la majesté du roy de permettre que par toutes les villes et endroictz de son royaume la prétendue religion feust exercée et les sacremens d'icelle administrés par les prédicans et ministres sans aulcun contredit , et qu il luy pleust d'approuver les é^ses d'icelle prétendue religion, jà dressées en plusieurs endroictz et mesmement en la ville de Paris par la ferveur de ceux qui faisoient profession de laditte religion, promettant à S. M. qu'en ce faisant, la vérité par tant de temps celée seroit veue et esclaircie au contentement de saditte majesté et de tout le peuple de France, et que les ténèbres qui, pai* plusieurs années, ont tenu les yeux des Françoys en ung si grand aveuglement, seroient déchassées, en vertu de la parole de Dieu preschée par les ministres, et que la vérité estant d'un chascun cognue, toute idolâtrie ruynée et abattue , toutes séditions et monopoles ces^ ses, toute amytié entre les Françoys relevée, et toute fidélité et obéissance à saditte majesté gardée, viendroit tout le peuple de France en meilleure union , faisant cognoistre à veue d'œil ceux de laditte prétendue religion n'estre en faictz ni en dictz et conversation telz qu on avoit faict entendre à saditte majesté ^

Or fault-il sçavoir que, combien que le roy feust mineur et en

Voici rindication de i

SidreAsée^jpufJtS'froî^^ts k Charles IX ETîi roi de Navarre, pour se plaindre des persécutions et réclamer la liberté du culte : La requeste présentée au roy le 1 1 juing 1 56 1 , par les députez des églises esparses parmi le royaume de France. (Mémoires de Condé, t. II, p. 370.) Ils demandent un examen de leur vie et de leur doctrine , et ils comptent prouver qu*il n*y a aucun point de leur doctrine qui contrevienne à la parole de Dieu, ni au symbole des apôtres, ni même aux principaux points déterminés aux quatre premiers conciles.

Ils demandent aussi à pouvoir assister en assemblées au prêche et à avoir des temples et lieux publics d*exercices religieux ,

--rcfiar,-di36Bt-»b , que le tout se Casse avec plus grande édification et puisse fermer la bouche à ceux qui calomnient nos assemblées secrettes. ■ — Comjdainte apologétique des églises de France; i56i. Au roy, roine mère, roy de Navarre et autres du conseil. (Ilid. p. a 88.) «Les persécutions, y est-il dit, sont Teschelle par laquelle il nous faut monter aux cieux. • — Remonstrance en forme de lettre missive à très-illustre et débonnaire prince Antoine de Bourbon , roy de Navarre , par les fidèles de Téglise de Paris; i56i. {Ibid, p. 3 20.) — Épistre envoyée au roy de Navarre par les ministres et église assemblée au nom de J. C. en la ville de Rouen ; i56i. (/6id.p.3a5.)

bas âge, lesditz huguenotz adressoient tousjburs leurs reqiiestes de isqi. bouche ou par escript à sa majesté et non à ses gouverneurs, ou bien, s'ilz les adressoient à ses gouverneurs, si est-ce qu^elles estoient tousjours faictes au nom de sa majesté, affin que la response qu^ilz tiroient de luy ou desditz gouverneurs feust mieux autorisée à leur prouffît; et combien que saditte majesté n'eust sceu, à cause de son bas âge, en matière de religion, discerner le vray du faux ni le faux du vray, si est-ce qu'ilz tenoient les responses qu ilz pouvoient tirer de luy à leiu* vouloir estre bonnes et effîcacieuses, comme sMI eust eu cinquante ans sur sa teste , et les faisoient approuver par ses gouverneurs, qui, du tout, soubz le nom de faire vivre les habitans du royaume en paix, accordoient auxditz huguenotz tout ce qu'ilz demandoient par leiu* protecteur ledit sieur prince de Condé.

Fault pareillement noter que, incontinent que le roy fut venu à la couronne , les huguenotz de France , en vertu de Tédict de vivre en liberté de conscience, dressèrent en plusieurs villes du royaume, sans permission de S. M. et de leur auctorité privée, despresches, quilz appellèrent des églises, où ilz s'assembloient au plus grand nombre qu'ilz pouvoient, pour ouyr, ce disoient-ilz, la parole du Seigneur par les ministres etprédicans qu'ilz avoient faict venir de Genève; et, pour despiter et esmouvoir à sédition le peuple catholicque ^ ilz alloient à leurdit presche avec ung orgueil incroiable, proférant des injures atroces contre iceux catholicques et la religion apostolicque , durant les messes, vespres et aultres divins offices. Aidcuns huguenotz, en plusieurs lieux, furent si audacieux d'entrer es églises des catholicques avec port d'armes, et par force y feirent cesser la messe et le divin office pour y faire leur presche; telz furent ceux de Meaux dedans le grand marché, lesquelz entrèrent es églises de messieurs S^ Saintin et S^ Martin, et avec violence, en despit des chanoines et parroissiens catholicques, feirent leurs presches à la place du service de Dieu, dont advint audit lieu une grande sédition^* Aultres huguenotz, s'ilz

^ Toussaint Duplessis , HisL de l'église du parlement de Paris , qui ordonne au de Meaux, 1. 1, p. 35. — Voy. aussi : Arrêt bailli de Meaux de mettre le curé de Ma-

1561. n'entroient dans les ég^ses des catholicques, s^assembioient aux cymetières ou aultres places proches de la porte d^icelles églises, et faisoient là leur presche et chantoient leurs psalmes maroticques à haulte voix pour troubler et empescher lesditz catholicques de leur divin service, comme fut faict dans la ville de Paris aux fauxboui^ S^-Marceau, au lieu dict le Patriarche, tout joignant Féglise de mons. S^ Médart, dont advint grande sédition, ainsi qu^il sera dict ci-après en son lieu, et ainsi en plusieurs endroictz du royaume. Parquoy à la court ne se voyoit que plaintes de toutes partz envers le roy, ses gouverneurs et les princes. Les huguenotz se retiroient à mons. le prince de Condé, à Tadmiral de France, à d^Andelot, son frère, et aux aultres seigneurs huguenotz. Les catholicques se retiroient aux gouverneurs, à la royne mère et au roy de Navarre, pour en avoir meilleure raison; mais peu y proufitoient, car ilz penchoient plus du costé des huguenotz que de leur part, et pour ce forent contrainctz iceux catholicques de se retirer à messieurs de Guyse, au conestable, à mons. le prince de Montpensier^ et à mons. de Nemours^. Mons. de Guyse print gros travail et voluntiers s'employa à recepvoir les plaintes et doléances des catholicques, et se rendit leur protecteur envers le roy et ses gouverneurs.

Le roy, les gouverneurs et les princes, se voyant avoir la teste rompue par chascun jour de tant de plaintes qui leur venoient de toutes partz du royaiune, tant d'un costé que de Taidtre, à cause des séditions populaires pour le faict de la religion, prindrent jour de s'assembler au palais de Paris , avec messieurs de la court de parlement'.

reuil à Tabri des insultes des huguenots; i56i (i56a), 18 mars {Mém, de Condi, t. III, p. 167); — Lettres du roi, de la reine-mère et du roi de Navarre au pariement des i*", a et 4 juillet i56a (ihid, p. 619 et 5aa); — Arrêt du pariement pour la continuation du procès des gens de Meaux; i56a, août 3 [ihid, p. 677); — Lettre du roi pour Texécution de labo-

]ition accordée par lui aux séditieux de Meaux; i56a, août a 5 {ibid, p. 61a).

* François de Bourbon , duc de Montpensier, fils de Louis II de Bourbon , naquit en i53g et mourut en i5ga.

' Jacques de Savoie, duc de Nemours, naquit en i53] et mourut en i585.

^ Les assemblées tenues au Palais , et où le chancelier réunit le conseil d*état et le

pour meurement délibérer d'ung moyen commode pour retenir le 1561. peuple de France et faire cesser telles séditions, ce qu'ilz feirent certain jour avant la feste de mons. S^ Jehan-Baptiste du mois de juing, dès les sept heures du matin, et ilz furent jusques à unze heures passées dans la grande chambre dorée à disputer des moyens de restablir Timion en France entre les citoyens d'icelle. Mais la contention et dispute fut si forte des deux costez que rien ne se peut admectre en ceste matinée. Il y avoit lors au palais de Paris, tant es salles que dans la court d^en bas, plus de quinze mille personnes à attendre le roy et les princes sortir dudit palais, pour sçavoir ce qui auroit esté déterminé à laditte assemblée. Mais tous furent trompez, et moy comme les aultres, car à ce jour j'estois du nombre des attendans audit palais. La cause fut fort agitée et débattue de part et d'aidtre , et furent les princes en grand altercat les ungs contre les aultres en la présence du roy. Les gouverneurs du roy penchoient fort du costé des huguenotz, et ne demandoient aultre chose que leur advancement et celui de leur religion prétendue. Le roy, en son bas âge, tint le party des catholicques avec les sieurs de Montpensier, de Nemours et de Guise , contre le vouloir de ses gouverneurs et de mons. le prince de Condé, qui moult reculla le coiirage des huguenotz et de ceux qui tenoient leur party. Messieurs les présidens et conseillers de la court qm estoient catholicques tindrent ferme avec le roy et les princes catholicques susditz, qui fut cause de tenir Tespérance des huguenotz en suspens. Car je sçai bien que je me rencontrai ce mesme jour audit palais de Paris avec certains huguenotz qui estoient là à attendre comme moy et les aultres, pour veoir quelle en seroit la détermination, lesquelz se tenoient comme assurez quen laditte assemblée leur cause seroit admise, et leurs requestes entérinées, suyvant les promesses que la royne mère et le roy de Navarre avoient faictes audit sieur le prince de Condé; et, passant plus oultre, Tung

parlement, conuneacèrent le a 3 juin et et les Mémoires de Condé, t. Il, p. 896 * durèrent plusieurs semaines. (Voy. THis- et suiv.) toire universelle de de Thou, liv. XXVIII,

1561. d^eux disoit que la résolution seroit de ne plus avoir ni admettre en France aultre religion que leur prétendue , de laquelle les gouvemeiu'S debvoient faire profession en icelle assemblée devant le roy et Tassistance; ce qui toutesfois ne se trouva vray, combien qu'il en bailloit de grandes conjectures, suyvant ce qu'il en avoit entendu par la bouche des princes et grands seigneurs de leur party.

n fault croire que pour ce temps et quelque aultre après n y avoit de bien venu à la court du roy et des gouverneurs que ceux qui faisoient et vpidoient faire profession de ceste ditte prétendue religion; moult de catholicques de toutes qualitez, de tous sexes et âges, se desbauchèrent de la religion apostolicque et romaine, à cause des faveurs et crédit qu'avoient les huguenotz, lesquelz, quelque mal, meurtre, sédition, larcin, voUerie, assassinat qu'ilz eussent faict à aultres personnes que de leur ptétendue religion huguenoticque, avoient grâces, pardons et rémissions de leurs forfaictz, sans satisfaction à partie aultre que selon leur volunté. 11 n y avoit en France juge ni justice contre eux; il ny avoit aulcune prison enfermée pour eux; et pour ces raisons iceux huguenotz montèrent en une si grande audace, présumption et orgueil, que le reste du peuple ne les eust osé regarder ni rien dire contrairement à leur volunté.

Or estoit-il fort faciile d'estre huguenot en ce temps-là, et n estoient les fondemens de leur prétendue religion malaisez à apprendre : il ne falloit qu'estre meurtrier, voleur, larron, sacrilège, paillard, adultère, voleur d'églises et de temples, briseur d'ymaiges, mesdire du pape, des cardinaux, évesques, prebstres, moynes et ecclésiasticques, estre meurtrier de telles gens, haïr et mesdire de la messe et du sainct sacrement de Tautel et dire que c'estoit Jehan le blanc, bailler l'hostie à manger aux bestes et chiens, graisser ses bottes et soulliers du cresme et des sainctes huilles, faire son ordure fécalle dans l'eau béniste des eaubenoistiers et des fons, manger chair les vendredis, samedis, karesme et jours de jeusnes, prétendre qu'il n'est point de purgatoire en Taidlre vie, blasmer les pèlerinages, dire qu'il ne fault prier la vierge Marie ni les sainctz, ni dire hetu-es ni ma-

tines, ni aultre office divin, sinon les psalmes de David traduicts en 1561. vulgaire et rime françoise par Marot et Théodore de Beze, et dire qu'il ne fault faire nulle bonne œuvre pour avoir la vie étemelle et paradis, ains que c'est assez de croire en Dieu et en Jésus-Christ, lequel, par sa mort et passion, a tout faict pour nous en ce monde avant que d'en partir : voilà ce que faisoient les Françoys deshauchez de la religion catholicque pour se mettre de la prétendue hugnenoticque et estre bien venus des princes, seigneurs, gentilshommes et juges de justice qui estoient de ceste faction.

Au contraire, aux catholicques de l'église apostolicque et romaine estoit voulu tout mal, dicte toute injure, faicte toute oppression par meurtres, batures, saccagemens, larcins, emprisonnemens , fers et liens rigoureux, mespris de leiu* personne et de leur religion, sans estre ouys en justice en la deffence de leur cause; on les appelloit séditieux et idolâtres, papistes et âmes du purgatoire du pape, et fault croire que, dès ceste présente année et dans les suyvantes, les catholicques soufîrirent beaucoup par les huguenotz; je dis mesme les princes et aultres grands seigneurs, comme le commung populaire de France. Et furent finablement les princes et seigneurs catholicques en tel mespris à la court du roy par les huguenotz, qu'ilz durent contrainctz se retirer en leurs maisons pour vivre sûrement, excepté le connestable , qui n'abandonna la court, vivant tousjours comme le roy catholicquement, non sans estre mocqué et par plusieurs fois vieil renard appelle.

A la sortie du roy et des princes du Palais, chascun des deux costez , tant des cathohcques que des huguenotz, tendoient les aureilles pour ouyr et sçavoir ce qui avoit esté déterminé touchant le faict de la religion, et ne se trouva de bien faschés que les huguenotz à ceste sortie, ayant entendu par les gens de leur party que leur cause n'avoit sceu estre par le roy et le conseil autorisée, combien qu'elle eust esté fort débattue; que la messe avoit là trouvé tant de support qu'il n'avoit esté possible de l'abolir, comme entre eux avoit esté proposé, et qu'elle estoit pour tousjours demeurer, veu ce qu'en avoit dict le roy.

1561. ^^ ^^ présence des princes, de ses gouverneurs et de toute rassemblée; mais toutesfois que pour cela ne falloit qu'ilz perdissent courage et que tout n'estoit encores perdu, d'aultant que les princes et seigneurs de leur party avoient bon courage et estoient résolus que de bon gré ou de force laditte prétendue religion seroit par le roy et ses gouverneurs auctorisée, et la papauté déboutée (ainsi appelloient-ilz Téglise catholicque), et qu'à laditte assemblée avoit esté ordonné de se rassembler après disner pour poursuivre Taffaire jusques à diffinitive. Les catholicques ayant entendu que les huguenotz n'avoient eu en laditte assemblée gain de cause, moult se esjouyrent, mais ceste joye par après fut tournée en une grande tristesse, conune il sera veu cy-après. Au partir de la chambre dorée et à la levée du conseil, fut dict par le roy et les gouverneurs que la cause se continueroit ce mesme jour après midi , et fut dict à messieurs les princes et gens du conseil qu'ilz eussent à se rassembler audit lieu sur les deux heures après midi, pour poursuivre Tentreprinse; ce que les ungs feirent, et les aultres non. Les huguenotz sçachant que les princes et conseillers catholicques se rassembloient audict lieu à Fheure assignée, ne s y voulurent trouver, de peur que la cause ne se diffinist à leur désavantage, ains y envoyèrent quelques-ungs de ceux qui nageoient entre deux eaux, qui n'estoient encores entièrement héréticques, ni parfaictement catholicques, pour ouyr ce qui se diroit et feroit pour deffendre et requérir pour eux et s'opposer à ce qui se feust peu faire contraire à leur volunté. Davantage sollicitèrent les gouverneurs d'empescher le roy de retourner après midi à laditte assemblée, ce quilz feirent, affin que, si les princes et conseillers qui debvoient retourner au palais eussent attenté de diffinir la cause en Tabsence du roy et d'eux, ilz huguenotz n'en eussent rien tenu; et partant rien ne fut faict ni arresté à ce jour, ains demeura la cause en suspens jusques à une aultre fois; et par ainsi les presches que les héréticques appelloient églises, par eux plantés sans auctorité aultre que d'eux, demeurèrent comme ilz estoient par le royaume, et les séditions comme devant.

Les princes et conseillers catholîcques, voyant que le roy ni ses 1561. gouverneurs ne se trouvoient à rassemblée d après midi , comme ilz avoient promis , feirent demander à S. M. , à la royne mère et au roy de Navarre s'ilz ne vouloient poinct aller au palais suyvant l'ordonnance du matin. Mais leur fut faict response que S. M. se trouvoit mal et qu'elle ne s y pouvoit rendre, et pour ce leur fut mandé de continuer la cause et l'assignation à quatre mois de là, au chasteau de S^- Germain en Laye \ et que lors on adviseroit d'ung lieu propre pour faire une convocation des évesques et prélatz de France et des prédicans et ministres de la prétendue religion , pour, en la présence du roy, des gouverneurs et princes de France, disputer les imgs contre les aultres des matières de la foy et de la religion qui entre eux estoient en controverse; pendant lequel temps le roy feroit assavoir aux ungs et aux aultres de s'y trouver, sous peine aux deffaillans d'estre convaincus pour leur absence , et par ce moyen se leva l'assemblée d'après midi sans rien faire , non plus qu'à celle du matin. Geste délibération fut faicte et inventée par les huguenotz du conseil des gouverneurs et par mous, le prince de Gondé en disnant, affin de lasser et desbaucher les princes et seigneurs les mieux affectionnez a la religion catholicque, et pour bailler temps aux huguenotz de se fortiffier.

Incontinent après la S -Jehan, lés gouverneurs, soubz le nom du roy, escrivirent à maistre Jehan Galvin, pape des huguenotz de France , demeurant dans la ville de Genefve, et aux gouverneurs d'icelle, qu*ilz choisissent des ministres de leur ville ou aultres lieux des plus expertz et sçavans en leur religion, et qu'ilz les envoyassent en France à la court du roy pendant quatre moys, et plus tost s'il estoit possible , affin de faire une dispute contre les évesques et prélatz de l'église

' Voy. sur rassemblée des présidents et dans cette assemblée , les Mémoires de

conseillers des parlements de France, te- Condé, t. II, p. 606. — Voy. aussi : Advis

nue à Saint-Germain-en-Laye en janvier touchant les images, présenté aa roy par les

i56i (i56a), de Thou, Hist. univ. liv. ministres de laparole de Dieu, le iUâe février

XXIX, et, pour les discours prononcés 1561 (i56a). (Ihid, t. III, p. 101.)

ao

1561. cathoiicque de France, et de prouver par laditte dispute laquelle des deux religions seroit la meilleure pour estre gardée et observée à Tad venir. Calvin et les gouverneurs de la ville de Genefve , ayant receu les lettres patentes des gouverneurs de France soubz le nom du roy, moult s'esjouyrent« pensant Tégiise cathoiicque et romaine devoir estre en brief esteincte en France , comme elle est audict GenelVe, Touteffois Calvin ne s'en resjouissoit tant que faisoient les cytoiens, lesquels prétendoient , comme depuiz ilz feirent, se descbarger du grand nombre des Françoys qui habitoient leur ville, dont ilz se sentoient fort grevez. Calvin sçavoit bien que ceux qui seroient envoyez de leur party auroient fort à faire en la dispute, et qu en France y avoit des prélatz, cardinaux, archevesques, évesques, prebstres et docteurs en toute science mieux fondez que luy ni les siens. Les gouverneurs de France luy escrivoient de se transporter en France, pour se trouver à la convocation, avec sauf-conduit et toute seureté de sa personne, comme aussi de tous ceux qui seroient avec luy. Mons. le prince de Condé , par ses lettres , le requéroit fort instamment. Mais aux ungs ni aux aultres ne voulut obéir, ni sortir hors de sa tasnière Gênévienne. En s' excusant de venir, requist mons. de Spifame, naguères évesque de Nevers, qui s'en estoit fiiy de France audit Genefve, lequel pareillement s'excusa de telle charge. Parquoy eurent recours lesditz Calvin et gouverneurs de Genefve à ung auitre par eux estimé fort suffisant après ledit Calvin, qui estoit Théodore de Beze, natif de France , qui , avant que de se desbaucher de la religion apostolicque , esloit prebstre, prieur du prieuré de Longjumeau4ès-Pai4s, et qui, plein d'orgueil et d'audace, fut bien ayse d'accepter ceste charge. Avec Beze furent envoyez dudit Genefve, Lauzanne et pays savoisien : Pierre le Martir, cordelier renié de la nation françoyse, Malo, pareillement cordelier renié , des Rosiers, de Spina, Malorat^ et quelque douzaine d'aultres^; lesquelz, aux despens du roy de France, furent

* Marlorat (Augustin), né en i5o6, de la réforme et fut exécuté à Rouen le moine de la règle de saint Augustin, puis 3o octobre i56a. prêtre , se maria en Suisse, devint ministre * D*après un sonunaire manuscrit de ce

dcsiraiez par les chemins de leur despense, oultre laquelle leur furent 1561. baillés grosgaiges, jusques à ce qu ilz fussent pourveuz et receuz en la maison des princes et seigneurs de France faisant profession de laditte prétendue religion. Estant arrivez à la court, ilz y furent mieux accueillis que n'eust esté le pape de Rome, s'il y fust venu. Le roy de Navarre les ayant veuz et humainement receuz , comme aussi feit la royne mère, leur fut baillé logis pour se retirer, en attendant qu'on les eust instruit de ce qu'on vouloit faire d'eux et qu'on leur eust donné charge.

qui 8*est faict à Poissy durant {^assemblée (Bibl. imp. CoUect. Dupuy, vol. 64i)« les noms des protestants qui se trouvaient au colloque sont : Jehan de la Tour; Nicolas de Galles; Jehan Rémond, alias Merlin; Françoys de S*-Paul; Françoys de Marel; Auguste Marlourat ; Théodore de Bèze ; Johannes de Spina ; Nicolaus Lolliôn ; Jehan Malhot; Qaude Bussyère; Jehan Bocquin ; La Roche, pour Tlsle de France; Jehan Battyer, pour Troye et Champagne ; Barbanson, pour Picardie; Symon de Precréan, pour Normandie ; Gervays le Barbier, pour Toureine; Dumas, pour Provence; Jehan Galbet, pour le Daupbiné; George de Falme, pour Languedoc; Du Bois, pour Bretaigne; Bléreau, pourGuienne; Gemault, pour Lionnois; Rémond, pour Bloys et Oriéans. — Avec eux était un vieux Florentin, nommé Pierre Martir, et quelques personnes qui les conduisoient, entre autres un gentilhomme de Normandie, nommé MonneviUe, qui parla le premier, et pria le roi de leur donner congé de parler, ce qu'il octroya.

Voici une autre version de cette liste tirée du vol. io33i de la Bibl. impériale :

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