‹ Memoires de Claude Haton (volume 2)Chapitre 29 sur 37 · DEPPUTEZ · texte numérisé non relu

DEPPUTEZ

Le s' de Chamon pour Tesglise de France. Jean Ragoier, s' d*Estemay, pour Brye el

Champangne.

Barbençon , s' de Cany, pour Picardye.

Simon de Pienne, pour Normandie.

Gervai» le Barbier, pour Toureine.

Dalmaye, pour Provence.

Jean Gaber, pour Daulphinë.

G. de Hauzet, pour Languedoc.

Du Vaaye , pour Bretaigne.

Claireau, pour la Guienne.

Bainard , pour Lyonnois Remont , pour Orléans et Berry.

Une troisième liste, qui se trouve dans le volume 3og de Dupuy, contient les variantes suivantes : Jean de la Tour ; Franc, de Morel; Nie. Folion; J. Bouquin; le s* de Chaumon; Simon de Pienne; Daimays; Jean Gabet; G. de Hauzet; Barnand.

1561 . Hz prédicans et ministres, voyant la faveur que leur accordoient les gouverneurs du roy et du royaulme, ensemble les princes, princesses et grands seigneurs de la prétendue no^veUe religion, ne voulurent estre oysifz; ains, dès les premiers jours, demandèrent licence auxditz gouverneurs de faire publicquement l'exercice de leur prétendue religion et de faire le presche; ce qui leur fut accordé plus voluntiers qu'ilz ne le requirent. Et monta en chaire le premier ledit Théodore de Bèze, qui, d'une langue diserte et bien affiliée, par tmg beau et propre vulgaire francoys, triompha de cacqueter, ayant la mine et les gestes attrayans les cœurs et vouloirs de ses auditeurs. Le roy de Navarre et la royne mère le voulurent ouyr prescher et furent à son presche, où ilz prindrent grand goust, encores qu'à cause de leur charge ne se voulussent déclarer huguenotz héréticques.

Messieurs les prédicans et ministres nouveaux furent incontinent recueillis et admis es maisons des princes et grands seigneurs de la court du roy, et enrôliez en leur estât comme serviteurs domestiques. La royne de Navarre retint à son service et pour ministre ledit Théodore de Bèze; mons. le prince de Condé print en sa maison Pierre le Martir; Tadmiral print Malo; le sieur de d'Andelot en print ung aultre ; le sieur de la Rochefoucault ung aultre ; le cardinal de Chastillon ung aultre, et chassèrent tous les prebstres et aulmosniers de leurs maisons, s'ilz ne voulurent estre et faire profession de laditte nouvelle prétendue religion. Aulcuns se tournèrent à laditte religion pour demeurer au service de leurs seigneurs; aultres aymèrent mieux se retirer, auxquelz toutesfois &rent encore quelques années continuez leurs gaiges, jusques à ce qu'on les eust pourveu de quelque bénéfice pour s'en destrapper. Il fut nouvelle par la France que la royne mère par plusieurs fois avoit mené le roy son filz au presche dudit Bèze, et qu'elle taschoit à le faire cathéchiser en ceste nouvelle opinion, à laquelle ne se voulut ranger, encores qu'il feust jeune enfant, et croy que mons. le connestable avec les sieurs de Guyse, tant cardinaux que les aultres, l'en retirèrent; et advint qu'à sa court dès ceste année n'y avoit plus que luy et les susditz connes

table et Guysiens qui entretinssent en leurs maisons des prebstres et 1561. auloiosniers, poiu* cbanter la messe devant eux. Messieurs les princes du sang, frères du roy, qui estoient plus jeunes que luy , furent donnez à de bons précepteurs catholicques, qui les menoient par chascun jour à la messe ^ La royne mère ni le roy de Navarre, combien qu'ilz hantassent les presches des prédicans, ne rompirent Testât de leiu^s maisons, et entretindrent tousjours leurs prebstres, aulmosniers et chantres, et alloient à la messe comme au presche; de quoy furent à la fin fort blasmez des ungs et des aultres, tant huguenotz que catholicques, et furent appeliez de tous dissimulateurs, et feit à la parfin leur dissimulation grand dommage au royaume et couva grande division entre les princes.

Après qu on eut faict venir les prédicans dessusdictz de Genefve , il fut signifié et mandé aux évesques et prélatz de France de se trouver à S*- Germain- en-Laye, poxu: convenir et s'accorder d'une ville ou d'un lieu aultre que Paris, pour faire le concilie et assemblée d'eux et des ministres prédicans, et pour disputer les ungs contre les aultres des poinctz de la religion qui estoient en controverse , et fut ce mandement faict avec rigueur et menaces. Lesquelz prélatz et évesques pour ce ne se hastèrent d'y aller et feirent response que telle dispute et assemblée n'estoit licite. Messieurs les docteurs de la Sorbonne et faculté de théologie de Paris furent pareillement semonz à ceste assemblée, et pareillement refusèrent d'y aller; par quoy, tant à eux qu'aux prélatz , fut faict injunction par l'aucthorité du roy qu'ilz eussent à s'y trouver, sous peine d'estre déclarez rebelles à S. M. et punis corporellement, et la doctrine et religion catholicque tenue suspecte. Desquelles injunction et menaces cuydèrent perdre patience lesditz

' Marguerite de Valois , dans ses Mé- et s*efforçait de la retirer de Vabas de celte

moires (édit. Guessard, pour la Société de bigoterie; que Catherine de Médicis, ap-

rhistoire de France, i84a i p. 6) , dit que prenant que le duc d'Anjou donnait dans

son frère d* Anjou (depuis Henri III), au les erreurs des prolestants, tansafort luy

moment du colloque de Poissy, jetait ses et ses gouverneurs, et, le faisant instruire, le

heures au feu, la forçait de prendre en contraignist de reprendre la vraye, saincte et

place des psaumes et prières huguenotes, ancienne religion.

1561, prélatz et docteurs de la faculté de Paris, lesquelz, sans Tadvis du cardinal de Lorraine ^ n^eussent obéy en ce aux gouverneurs, encores que la mort leui* en feust advenue. Mais ledit cardinal, partie tenté et importuné par la royne mère , partie pour le zèle qu'il avoit à la religion catholicque, contre Topinion de tous, s'accorda à laditte dispute, disant pour ses raisons que, combien qu'icelle dispute ne feust nécessaire ni prouiitable à la républicque de France , toutesfois estoit besoing de s'y préparer pour rembarrer l'audace de ces cocquins (car telz appelloit-il les prédicans et ministres), qui se vantent jà d'avoir tout gagné contre nous, prétendans que nous fuyons la lice, parce que nous sçavons bien qu ilz nous doibvent monstrer nostre religion catholicque, apostolicque et romaine, estre faube et pure idolâtrie, et la prétendue leur estre saincte et de Dieu révélée. En ce, ledit cardinal fut mal advisé, encores que ce qu'il en feit et accorda feust d'ung bon zèle.

Or est-il vray qu'ilz prédicans, apprenans que les prélatz et doc« teurs de la faculté de Paris refusoient d'entrer en dispute avec eux, estans assurez et de telle condition qu'ont toujours esté tous héréticques dogmatisans, se vantoient qu'ilz prélatz ni docteiu*s n'eussent osé se présenter devant eux, de peur que leurs abus, ce disoient-ilz , n'eussent par eux esté descouvers, et chantoient la victoire où encores n'y avoit nulle bataille. Par l'importimité des gouverneurs et par le consentement de mons. le cardinal de Lorraine , fut la ville de Poissy sur Seine lez S^-Germain-en-Laye nommée et ordonnée pour tenir le conseil et avoir lieu la dispute des évesques et prélatz contre les ministres et prédicans qui estoient venus de Genefve en France. Ledit collocque commença incontinent après la feste de mons. S^ Remy, chef d'octobre, auquel comparurent plusieurs prélatz, cardinaux, arche vesques, évesques et docteurs, par le commandement du roy, ainsi qu'avons dict ci- dessus, et à leur grand regret. Messieurs les ministres et prédicans, devenus certains de l'arrivée des prélatz et docteurs à la court et audit Poissy, furent tout remis et refroidis de leur ardeur, et voluntiers se fussent retirez sans disputer; mais estans

honteux d'avoir, devant les gouverneurs, tant en personne que par leurs requestes , demandé d'estre ouys en leur confession de foy et d'avoir fait assembler lesditz prélatz pour disputer contre eux des poinctz de leur prétendue religion, et d'ailleurs estans poulsés et enhardis desditz gouverneurs , du prince de Condé , des sieurs de La Rochefoucaiidty de Coligny, d'Andelot et aultres leurs Mécénas et protecteurs, furent contrainctz de tenir bon et d'entrer au coUocque K Hz

* Sur le colloque de Poissy, voy. Commentaire de Vestatde la religion et république, par le s' de la Place, fol. aoa r*; — Journal de Bruslart, dans les Mémoires de Condé , t. II , p. 54 ; — Le Laboureur, Additions aux mém, de Castelnau, t. I, 1. III, p. 738 et suiv. -^ Théod. de Bèze, Hist, eccl liv.IV,p. 490; — deThou, Hist. univ. 1. XXVIII; — Maimbourg, Hist du calvinisme, p. 222 1 eto. On trouve dans les Mémoires de Condé, t. II, p. 4 go et suiv. des détails sur Tordre qui fut observé au colloque de Poissy, sur les discours qu*on y prononça , les propositions qui y furent lues par le cardinal de Lorraine , les instructions que reçurent de Charles IX le duc de Guise et le connétable de Montmorency, la requête présentée au roi par les réformés pour obtenir Texamen de leur confession de foi , une instruction de Pierre Mar* tyr sur la Cène , etc. — Voy. aussi en ms. à la Biblioth. imp. : Actes de Vassemblée^de Poissy (anc. fonds fr. 8685, p. 7); — Brief recueil et sommaire de tout ce qui s'est faict en la ville de Poissy durant rassemblée des prélatz de l'église gallicane françoy se, depuis le xxvi' jour de juilliet jusques au xiiii' d'octobre 1561 (CoUect. Dupuy, vol. 64 ii cahier de a a feuillets, écriture du temps) ; — Récit de ce qui s'est passé au colloque de Poissy, conlenant la confession des protestans, la censure de cette confession par ht Jehan

Lejevre, la confession catholique, etc. (Coll. Dupuy, vol. 3og , cahier de 1 7 feuillets , écriture du temps] ; — Note sur les points de controverse entre les protestans et les catholiques, envoyée le 27 janvier 1561 par la royne aux th^logiens de Paris arrivez à Sf-Germain (lA ibid. écriture du temps); -— Relation véritable des actes du colloque de Poissy (Bibl. imp. n\ io33i, et n" 8474, anc. fonds franc.) ; — Discours du colloque de Poissy par M. Despence, du 27 janvier 1561, envoyé par la royne, mère du roy, aux théologiens de Paris à rassemblée de Saint- Germain (n* 338a, anc. 3897, coUect. Baluze); — Articoli dati per il principio del coUoquio (Suppl. franc, n* ai 5, fol. 54 v""). — Les discours du cardinal de Lorraine , de Théod. de Bèze et des autres ministres ont été imprimés à part ou conservés dans des collections manuscrites. — Voici Tindication dequehfues autres pièces concernant rassemblée de Poissy : Lettres du roy, par lesquelles il est permis à tous ses sujets de venir en l'assemblée de Poissy et d'y faire telles remontrances que bon leur sembleroit; i56i, juillet a 5 (Journal de Bruslart, dans les Mémoires de Condé, 1. 1, p. 4i •) — Lettre du cardinal de Lorraine au pape, au sujet du colloque de Poissy; aa mars i56o (i56i). (Bibl. imp. Coll. Dupuy, vol. 309.) — Lettre du cardinal d'Armagnac à M. d'Espence, qui approuve son apologie touchant le colloque

1561. avoient faict venir de Genefve une grande quantité de livres, pensant qu'en leurs livres fust toute la science du monde. Fault noter qu'avec les livres de lem* théologie de Genefve , ilz avoient faict venir, par permission desdictz gouverneurs, soubz le nom du roy, grand aultre nombre de petitz livretz, comme les psalmes maroticques et beziens, qu'ilz appelloient les psalmes de David, traduictz en langue françoise par Clément Marot et ledit Théodore de Bèze, mis en chant de musicque pour une partie seullement. Lesquelz psalmes ilz chantoient en leurs presches tous ensemble, tant hommes, femmes que petits enfans. Oultre lesditz psalmes, feirent venir aultres livretz intitulez le Cathécisme de la vraye religion, le Bouclier de la foy, le

de Poissy. Avignon, i*' octob. 1670. (Bibl. imp. Coll. Dupuy, vol. Sog.) — Lettre de J. Calvin à Af. du Poet, goavemear de Montélimart, au sujet du colloque de Poissy. Genève , 1 4 septembre 1 56 1 . (Bibl. imp. Coll. Fontanieu , vol. 298. ) — Lettre de la reyne mère à Af. Vévesque de Rennes, ambassadeur près l'Empereur; i4 septembre 1 56i . (Bibl. imp. Coll. Dupuy, vol. Sog. ) Elle y parle de rassemblée qui avait lieu alors à Poissy, et annonce quelle s'est décidée, sur les conseils du roi de Navarre, des autres princes du sang et gens du conseil, k faire discuter les ministres protestants avec les ministres catholiques. Elle fait le récit des premières séances et dit , en pariant de certain passage du discours de Tb. de Bèze : « Estant enfin tombé sur le faict de la Cène, il s'oublia en une comparaison si absurde et tant offensifve des oreilles de l'assistance , que peu s'en faillut que je ne luy imposasse silence et que je ne les renvoyasse tous sans les laisser passer plus avant. Maintenant on discute la confession de foi des protestants. » — Lettre de la reine mère du roy à M. Vévesque de Rennes, ambassadeur du roy près V Empereur;

18 octobre i56i. (Bibl. imp. Coll. Dupuy, vol. 809.) Elle raconte la fin du colloque de Poissy, et parle de l'opposition des catholiques sur la question des bénéfices, et de la difficulté de s'entendre. — Lettre de la reyne mère à M. l'évesque de Rennes, ambassadeur pour le roy près l'Empereur, du 16 février i56i (i56a). (Bibl. imp. Coll. Dupuy, vol. 309.) Elle annonce la résolution prise en conseil privé, le 2a janvier, défaire une conférence d'ivesques et docteurs en théologie, pour adviser aux causes pour lesquelles ceux de la nouvelle religion se tiennent séparez de nous, et regarder s'il y auroit moien de les réunir ^t ramener en nostre église et en l'obéissance du Si -Siège. Elle fait passer à l'ambassadeur une déclaration relative aux intentions qui l'ont guidée dans la convocation de cette assemblée. Elle se plaint que les gens appelés à la conférence de Poissy ont passé leur temps À des disputes inutiles , et ont mis dans la lutte une obstination déplorable. — Requête des huguenots au roi, pour le prier défaire examiner leur confession de foi au colloque de Poissy; i56i , août. (Bibl. imp. CoUect. Fontanieu, vol. 397-298.)

Boston de la foy, et aultres infmis livres pleins de la doctrine de 1561. leur prétendue religion, imprimés à Genefve et à Lyon en Daulphiné, tous bien reliez en peau de veau rouge et noire, les aulcuns bien dorez, desquels ils feirent présens aux princes et princesses de la court, jusques à la personne du roy, et le reste desditz livres furent exposez en vente à la court et en la ville de Paris, par permission du roy. Il passa par la ville de Provins quatre charrettées pleines desditz livres, que Ton menoit à la court, enfoncés dans de grandes tonnes de bois de sapin; lesquelz furent, à la plainte de M^ Jehan Poytevin, advocat à Provins, saisis de par le roy et mis es mains de justice. Mais incontinent, ceux qui les menoient, à la diligence et poursuitte de Tesleu Barengeon et de son frère Tenquesteur, qui se feirent pleiges et caution desditz livres, eurent tout sur l'heure main levée par le bailly de Provins, du consentement du procureur du roy, qui estoient tous des frères de laditte prétendue religion, et furent iceux livres menez à la court et à Paris, excepté quelque centaine qui demeurèrent audit Provins pour distribuer aux frères de laditte religion.

Avant que d'entrer au collocque et dispute audit Poissy, les prélatz et docteurs feirent encores une remonstrance au roy et à ses gouverneurs, pour ne poinct entreprendre ceste dispute, laquelle ilz sçavoient bien ne debvoir apporter à la France et à l'église catholicque que confusion, combien que, grâces à Dieu, ilz ne craignoient les argumens et sofisticqueries des prédicans. Hz disoient que lesditz prédicans, encores qu'ilz parussent convertis et signassent mesme l'abjuration de leurs errem^s, demeureroient héréticques; que tous les poinctz de la foy et religion chrestienne qu'ilz révocquoient en doubte, et sur lesquelz il falloit fonder la présente dispute, estoient, il y a plus de cinq cent et mille ans, condempnez et réprouvez de l'église universelle et des prélatz d'icelle par les concilies généraux légitimement congrégez; qu'il falloit les renvoyer au concilie général assemblé de présent en la ville de Trente, pour là impugner et débattre ce qu'ilz avoient à disputer, parce qu'il n'estoit loisible au roy de France de difHnir de la religion , ni de son auctorité privée faire

1561. asseoibier ung concilie national sans Tauctorité du pape; enfin, que pour ces causes lesditz prédicans debvoient estre renvoyés. Ce que ne voulurent accorder lesditz gouverneurs, la royne mère et le roy de Navarre, alns, persistans en leur opinion, voulurent laditte dispute estre faicte, quelque péril quil en advint, et furent téméraires jusques à cela qu'iLs, comme les prédicans, reprochèrent aux prélatz qu^ik craignoient la lice, de peur que leur marmite ne feust respandue; ainsi appelloient-*ilz Tég^e catholicque et espouse de J. C.

Geste response ouye , les prélatz demandèrent jour et heure de s'assembler audit Poissy, affin que les révérens ministres fussent ouys en leurs requestes et confession de foy, et que la response se peust faire selon laditte confession, ce qui leur fut accordé. En conséquence, ceux qui estoient jà arrivez à la court entrèrent en la salle préparée pour attendre messieurs les prédicans, et ceux-cy, honteux de paroître devant les hommes sçavans qu on leur vouloit bailler en teste, n'osèrent ce premier jour s y présenter; oncques ne s'y fussent présentez, s'ilz n'eussent esté poulsés des gouverneurs et du prince de Condé , qui les enhardirent et leur dirent qu'ilz ne craignissent rien, que, encores qu'ilz fussent vaincus, l'affaire de la cause ne s'en porteroit pirement pour eux, et que ceste dispute n'estoit le but prin* cipal du mesnage qu'on vouloit remuer en France. Par ce moyen, furent rencoiu:agez de se trouver au lendemain à l'assemblée.

Mons. le card. de Toumon fut faict président les premiers jours de l'ouverture du conciliabule de Poissy, auquel comparurent le roy de France, le roy de Navarre, la royne mère, le prince de Condé, messieurs de La Rochefoucault, de Guise, d'Aumalle , le connestable, les grands seigneurs de la court et les officiers de la couronne, avec les docteurs, prélatz et prédicans. U cardinal de Toumon feit la harangue fort proprement, élégamment et bien à propos, sur l'importunité à eux faicte par les gouverneurs, soubz l'authorité du jeune roy, et sur la licence baillée aux prédicans. Ceux-cy furent de luy appeliez les renards et bestes saulvages qui avoient rompu la baye qui bouschoit la vigne du père de famille, qui est l'église de Dieu; et adressant sa

paroUe mix gouverneurs et aux princes fauteurs desdhzprédicans, il 1561. les appelia meschans messiers, ou pour mieux dire meschaaifte haye et closture, ayant faict place et ouverture auxditz renards et loups pour entrer en ieelle vigne et dévorer les fruicts d'icelle, qui sont les sainctes prières des sainctz et les sept sacremens^; il déclara que les renards ayant poulsé contre la haye, du premier coup Font rompue par tous endroictz, et ont faict de grands trous en laditte haye» qui est quasi en France toute morte, excepté çà et là quelques vieilles espines encore vives , et quelques peu de reJ€ctons qui sont encore en laditte haye, qui donnent quelque espérance aux ouvriers d'icelle vigne, que, quand ilz seront venus grands, gros, forts et espaiz, ilz rehouscheront laditte haye, pour empescher lesditz renards d'y rentrer, si une fois on les en peult foire sortir. Par ces vieilles espines qui n'estoient encores mortes, il donna à entendre les princes et seigneurs cathoUcques, comme les princes de Monpensier, de Nemours, de la Roche-sur-Yon, de Guise et d'Aumalle, et par les petits rejectons qui pululoient parmy les espines dans laditte haye et qui la dehvoient refaire et rebouscher, il donna à entendre que c'estoient le roy et messieurs ses frères, lesquelz, à l'ayde des grosses espines vives entrelacées l'une dedans l'autre par dessus iceux petits rejectons, en attendant qu'ilz petits rejectons eussent prins leur accroissement, conserveroient laditte vigne, de sorte que le fruict d'icelle ne serort entièrement perdu, ni du tout dévoré par lesditz renards. Plusieurs aultres poinctz pleins de remonstrances, plaintes et doléances furent par luy traictés en laditte harangue en l'honneur du jeune roy; puis, à la fin, ayant rappelé la cause de laditte assemblée, il exhorta les prélatz et docteurs catholicques, et les prédicaus que naguères il avoit appelle les renards qui avoient rompu la haye de la vigne de

^ On verra, en comparant le récit du rite historique par ses passions rdîgieuses.

colloque de Poissy donné par Cl. Haton Le discours qu'il met ici dans la bouche

avec les autres relations qui nous sont du cardinal de Tournon diffère totale-

restées de cette assemblée, que notre au- ment de celui dont de Thou nous a labsé

teur a été souvent entraîné hors de la vé- Fanalyse.

1561. Jésus-Christ, que toute passion, envie et oppiniastreté mises bas de part et d'aultre , entrassent en dispute des matières de la foy avecbienvueillance, sans injures, invectives, conviées ni reproches, sans se provoquer les ungs les autres à courroux, combien toutesfois qu'il sçavoit bien que Tyssue de laditte dispute et assemblée ne proufiteroit de rien à la république firançoyse, ains plus tost y apporteroit grand trouble et scandalle. Laditte harangue fut recueillie par aul* cuns bons esprits qui furent présens à laditte assemblée quand elle fut prononcée, et depuis imprimée et exposée en vente en la ville de Paris. Mais, si tost qu'elle fut venue à la cognoissance desditz prédicats et des gouverneurs du royaiune, tout à Tinstant on prit des mesures pour en faire perdre la mémoire]; des inquisitions et recherches furent faictes pour sçavoir qui estoit Timprimeur qui Tavoit imprimée et pour le punir en justice, et &t par cry public deffendu dans Paris à tous libraires de n'en plus imprimer ni exposer en vente, sous peine de punition corporelle et d'amende arbitraire.

Après que mons. le card. de Toumon eut finy laditte harangue, mons. le prédicant et ministre Théodore de Bèze commença la sienne, et y entra par ung beau commencement à la louange du roy, de ses gouverneurs et des princes de France, auxquelz, disoit-il. Dieu avoit faict ceste grâce de cognoistre la pure vérité de Jésus-Christ et de son sainct Ëvangille , mais non à tous, ains à ceux seullement que le Seigneur avoit choisis et esleuz par sa prédestination pour la deffense d'icelle vérité, poiu* laquelle vérité planter, semer et enter en France, avoient esté par eux mandés par l'instinct du S*-Esprit, non pour dissiper, niyner ni gaster aidcime chose qui feust à la gloire du Seigneur ni de sa religion, ains seullement pour abattre toutes idolâtrie, supersticions et traditions humaines , qui de si long temps tenoient le peuple françoys en im aveuglement intoUérable à tout homme qui cognoist perfectement Jésus-Christ, comme luy et ses compaignons le cognoissoient; et, voulant poursuyvre plus oultre, demeiu'a hors de mémoire du roUet qu'il avoit estudié et préveu, et, tout étonné qu'il se trouva, ayant perdu contenance, ne sceut plus que dire et com-

mença à regarder à Tentour de soy, s'il verroit le S*-Esprit en per- 1561. sonne ou en aultre qui le peust redresser en sa mémoire, pour pour* suivre saditte harangue; mais ledit S'-Esprit ne se trouva en personne qu'en la royne mère, mais non perfectement, comme luy et elle eussent bien voulu, parcequ'elle ne le peut remettre en ses espritz, n'ayant le rollet de saditte oraison en main pour luy dire les motz qui suyvoient ceux sur lesquelz il perdit la mémoire ^ Toutesfois, ne le laissant à despourveu, tascha à luy bailler courage en luy disant telz motz : «Monsieur Bèze, prenez coiu^age, parlez hardiment. Que craignez-vous? Ne vous estonnez poinct. » Mais pour tout cela, son esprit ne peut rentrer où il eust bien voulu , et se trouvant confus en soy-mesme, ne passa oultre en saditte oraison, ains seullement s'excusa sur la crainte qu'il avoit d'offenser la majesté du roy et la compaignie, promettant au lendemain de donner par escript ce qui luy restoit à dire. La royne, le voulant en tout favoriser, et l'excusant au mieux quelle peut, dist qu'il ne falloit trouver maidvais le transport de son esprit et que ce n'estoit faulte de science, ains seullement qu'il estoit honteux,

A quoy respondit mons. le card, de Tom-non, que telle entreprinse par luy faicte debvoit estre imputée à ime présumptueuse témérité; et adressant sa parolle audit Bèze, luy dist que ce peu qu'il avoit déduit par son oraison estoit plein de hérésie et d'orgueilleuse présumption, et que, s'il eust poursuyvi, comme possible il avoit pourpensé, il en eust bien desgourgé d'aultre, mais que Dieu y avoit pourveu, et que de donner le reste de son oraison par escript au lendemain n'en estoit besoing, mais seullement qu'il dressast la confession de sa foy Sur la religion prétendue qu'il tenoit, pour l'exa-

^ n n'est pas dit, dans les relations du est esloigné du pain et du vin autant que

colloque de Poissy, que Théodore de Bèze le plus haut du ciel est esloigné de la

soit resté court, mais seulement qu*il iîit terre.* (Voy. Th. de Bèze, Hist ecclés.

interrompu par les murmures de Taudi- 1. IV; Maimbourg, Histoire da calvinisme ,

toire catholique, quand il prononça ces p. aa3 et aa4i et Le Laboureur, Addit.

mots : t Nous disons que le corps de J. C. aux Mém. de Castehaa, 1. 1, p. 763.)

1561. miner et fonder la dispute sur ce qui seroit trouvé di£Pérent de la religion apostoliopie.

Au lendemain, ledit Bèze, poulsé des gouverneurs, du prince de Gondé et de ses suppostz, bailla à rassemblée la confession de sa foy pleine d^erreurs et de croyances contraires à la doctrine de Téglise des apostres, sur laquelle fut fondée la dispute. Mais, avant que de Texaminer ni de disputer sur icelle, ledit card. de Toumon demanda audit Bèze et à ses compaignons s'ilz se advouoyent héréticques, et si telz se vouloieit déclarer; déclarèrent que non : — s'ilz vouloient admettre Terreur des ariens, plagions, nonatiens, marcionistes, do* natistes, nestoriens, hussistes; dirent que non, ains qu'ilz rejectoient la doctrine de tous les dessus nommez, es poinctz qui estoient contraires à la religion qu*ilz tenoient et pour laquelle l'assemblée estoit là faicte. — Interrogez s'ilz croyoient une église catholicque, apostolicque et romaine , respondirent qu'ilz croyoient une église catholicque , apostolicque et non romaine. — Interrogez s^ilz cognoissoient une autre église pour catholicque et apostolicque que la romaine, respondirent que, quant à Téglise romaine, ne sçavoient si elle estoit é^ise, et que pour telle ne ladmettoient, mais au contraire qu'elle leur estoit suspecte et leur sembloit pleine d'abus. — Interrogez sur quelles escriture et sciences ilz vouloient fonder leur dispute, pour impugner Téglise romaine et deffendre celle qu'ilz disoient «stre catholicque aultre que la romaine, respondirent qu ilz entendoient se servir de rEscritiU7e saincte, c'est-à-dire du nouveau Testament et du vieil, excepté certains livres contenus en la Bible, comme celuy des Machabées et aultres que S* Hyérosme et les Hébreux n'ont receuz ni approuvez, comme aussi celuy de Job et les livres de Salomon, en ce qui est contraire à leur religion seulement. — Interrogez s'ilz vouloient pas admettrç tous les docteurs de l'église receuz en icelle, depuis les apostres jusques à maintenant, respondirent que non, en ce qui se trouveroit contraire à leurditte religion. — Interrogez qu'ilz vouloient dire principalement des quatre docteurs, messieurs S** Hyérosme, Grégoire, Ambroise et Augustin, la doctrine desquelz est si

souvent cittée par eux, et dont Tauthorité est mise es livres qu'ik 1561. composent, respondirent comme des aultres qu^ilz les admettoient en ce qui faisoit poiu^ eux et non aultrement. — Interrogez qn'ilz vou- . loient croire et dire des concilies génér»ix tenus en la chrestienté depms les apostres jusques à présent, respondirent qu'ilz ne croyoient et ne s'arrestoient à tous. — Inteirogez qu'ilz vouloient dire des quatee concilies généraux et imiverselz, respondirent qu'ilz les admettoient en ce qui estoit conforme à TÉvaiigille et expresse parolle de Dieu, et non aidtrement. — Interrogez si, en leur prétendue religion nouvelle, qu'ilz appelioient église, ilz recognoissoient ime supériorité et magistrat ecclésiasticque; à ceste question, après avoir longtemps songé, ne vouliu*ent respondre catégoriquement s'ilz cognoissoient aulcun supérieur par dessus eux qui eust puissance et auctorité. — Intenx>gez quelz ilz estoient et quelz tiltres de qualité ilz se bailloient, respondirent qu'ilz estoient ministres de Jésusr-Christ et de sa saincte parolle et Ëvangille. — Interrogez de qui ilz estoient envoyez, puisqu'ilz se vantoient d'estres ministres de Jésw-Christ et de son ÉvangiUe; après avoir longtemps songé, feirent response qu'ilz estoient envoyez de Dieu. — Interrogez qu'ilz donnassent preuve de letu* envoy, ne purent, mais respondirent qu ilz estoient envoyez par une voye extraordinaire. — Interrogez s'ilz avoient le don des miracles, parce qu'il fault, par toute nécessité, que toute personne qui est envoyée extraordinairement poiur prescher, annoncer ou réformer une religion fasse des mirades, ou aultrement on ne peult et ne doibt^on croire en elle; à ceste question se trouvèrent prins et ne voulurent reqpondre. — Ledit cardinal, passant plus oultre, leur demanda que, puisqu^ilz se vantoient estre envoyez de Dieu par une voye extraordinaire, si c^estoit médiatement ou immédiatement; à quoy ne voulurent faire aultre response que celle de devant, qu'ilz estoient envoyez de Dieu et poulsés du S*-Esprit. — Furent requis qu'ilz en donnassent le tesmoignage; respondirent que le tesmoignage estoit leur conscience, et oncques ne peult-on à laditte journée tirer aultre response d'eulx. Alors ledit cardinal de Toumon, adressant sa parolle au roy, aux

1561. gouverneurs et à toute rassemblée, dist : «Messieurs, ceste assemblée et dispute proufitera de bien peu, voire de rien; car ces hommes icy ne sont que bestes obstinées en leurs opinions, comme ont tousjours esté tous béréticques, et ne se submettront au jugement de personne ni à escriture, tant soit-elle de Jésus-Christ que d^auitre, puisqu'ils disent n avoir et ne vouloir aultre tesmoignage que leur conscience. Ils sont cauteleux, et se veulent garder de se mesprendre. Car s'ilz confessoientqu'ilz fussent médiatement envoyez de Dieu, la conséquence seroit telle qu'ils seroient médiateiu*s entre Dieu et les honunes, comme a esté Jésus-Christ. S'ilz estoient médiateurs ou médiatement envoyez de Dieu, il fauldroit et seroit nécessité qu'ilz mourussent pour la rédemption des péchez des hommes et du peuple, comme a faict Jésus-Christ, qui, seul, par nature, a esté le médiateiu* envoyé par voye extraordinaire, et pour ce a donné tesmoignage de sa mission et envoy par ses miracles et œuvres supematurelles. Or ne se peuvent vanter les prédicans et ministres, tant ceux-cy que leurs compaignons, qu'ilz soyent médiMement envoyez de Dieu par voye extraordinaire, parce qu'ilz n'ont poinct confirmé leur doctrine par miracles, et qu'ilz ne peuvent tous mourir pour faire la réconciliation des péchés des hommes avec Dieu, comme a fait Jésus-Christ. Car il n'en a poinct fallu et ne s'en est poinct trouvé d'aultre qui aye pu réconcilier natiu*e humaine avec Dieu le père, parquoy se trompent ces hommes au tesmoignage de leur conscience. S'ilz confessoient qu'iiz fussent immédiatement envoyez de Dieu, il fauldroit par conséquent qu'iiz confessassent estre envoyez des hommes, des hommes, inquam, qui fussent autorisez de Dieu , qui eussent receu l'imposition des mains , et qui eussent imposé leurs mains siu* eux, en les envoyant et en leur disant : Ite, allez, preschez et évangélisez , ainsi que Jésus-Christ a faict à ses apostres, les apostres à leurs disciples, les disciples des apostres aux évesques et prebstres de leur temps, et depuis ce temps-là jusques à maintenant, par succession de temps jusques à nous. Et parce que ces hommes, opiniastrez au tesmoignage de leur conscience qu'iiz ne peuvent prouver par miracles, ne peuvent dire quilz soient en-

voyez par envoy et mission légitime , sont par eux-mesmes condempnez 1 561 . héréticques, encores que naguères ilz ayent dict quMlz rejectent tous les héréticques et la doctrine de ceux que nous leur avons nommez. » Iceux prédicans, tout honteux d avoir si bien esté sondez par ledit cardinal en la présence du roy et de toute l'assemblée, par congé dudit cardinal de Toumon, se retirèrent et Au'ent renvoyez jusques au lendemain au matin, pour disputer sur la confession de leur foy; et pour ce jour ne fut faict aultre acte, car toute l'assemblée se leva pour aller disner, et ne se rassembla-on poinct jusques au lendemain.

Au lendemain, qui estoit pour le troisième jour que la dispute estoit ouverte et qu'on s'assembloit au conseil, les prédicans, poulsés et soustenus en toute faveur par les gouverneurs et princes, haulsèrent ung peu leur courage, et faisant meilleure contenance que le jour de devant, ilz se trouvèrent au conseil en assez grand nombre, comme aussi feirent les prélatz et docteurs catholicques, parce que ce jour-là falloit disputer sur les poinctz de leur confession qui estoient en controverse. Et fut président ce jour-là à la dispute mons. le card. de Lorraine, frère de mons. de Guise. Le roy et les gouverneurs avoient ordonné des secrétaires et notaires, une partie de huguenotz et l'aultre paitie de catholicques, pour rédiger fidellement par escript la dispute, la confession ou négatibn d'un chascun, tant d'ung costé que d'aultre, afin qu'on pût y recourir, si davantage quelqu'un des deux partis se vouloit desdire de ce qu'il auroit nié ou confessé ; et avant qu'entrer à disputer, fut par lesditz notaires la confession des prédicans enregistrée ,* mise par escript et signée de leurs mains et desditz prédicans, affîn qu'ilz ne pussent dire par après qu'on eust falsifié, adjousté ou diminué aulcune chose de laditte confession, de laquelle la lecture fut faicte par lesditz notaires en la présence de toute l'assemblée. Puis après commença la dispute, qui fut menée vivement, arguée et respondue doctement, ime fois en latin, aultres fois en françoys, afin que le roy, les princes et princesses qui estoient présens pussent entendre ce qui se disputeroit de part et d'aultre , et

1561. quiit puAsent donner jugement de la confession ou n^ation les ungs des aultres.

Geste dispute fiit faicte assez longue et par plusieurs jours, les membres de rassemblée ne prenant détermination par cbascun jour que sur ung poinct de la confession d'iceux prédicans contraire à la religion catbolicque; elle dura en tout environ quinze jours, s'assemblant environ trois ou quatre heures par cbascun jour.

Or n y eut-il aucun poinct de laditte confession qui plus tint la dispute, ne qui feustplos difficile à arrachet* desditz prédicans que celuy du sacrement de lautel', quelescatholicques confessent etcroyentestre le corps de Jésus-Cbrist, en chair, os et sang, corps et Ame, divinité et humanité tout ensemble, tel qu'il estoil au ventre de la viei^e Marie et en la croix au jour de la passion» quand il est deuement consacré par le prebstre à la messe, soubz les espèces du pain, et son précieux sang soubz les espèces du vin. De mettre icy les argumens les ungs après les aultres par lesquelz la preuve fut faicte de Fassistance dudit corps de Jésus-Christ audit sacrement n est de nécessité, parce que de ceste matière en ont composé plusieurs gros livres les cathohcquea, tant les docteurs que aultres non docteurs ni prebstres, entre lesquelz en a faict un assez gros maistre Nicolas Durant, commandeur de Tordre du Temple de Paris, chevalier de S^- Jehan de Jérusalem, seigneur de Villegangnon \ et plusieurs aultres. Pareillement, réciter icy les responses et argumens que les prédicans et ministres feirent pour nier Tassistance réelle du corps de Jésus-Christ audit sacrement de Fautel, qu'ilz prédicans et huguenotz appellent saincte cène du Seigneur, seroit sortir hors de propos, parce que ilz, comme les catholicques, en ont faict plusieurs livres par lesquelz ilz confessent, tantost que ledit corps de Jésus- Christ est en laditte cène, tantost qu'il ny est pas. Parquoy nous

* Villegagnon a composé plusieurs ou- contentietues , contenant la vérité de la sainte

vrages sur l*Euchanstîe : Ad articalos cal- Eucharistie ( 1 56a , in-4*) ; — De consecra-

vinianos de sacramento Eacharistiœ respon- tione mystici sacramenti et daplici Chrisii

siones(Vma, i56o, in-i*"}; — Propositions ohlatione (Paris, 1669, in-4').

laisserons le tout à le veoir esditz livres, tant d'une part que de 1561. Fauitre.

Ce poinct fut fort débattu, impugné et deffendu de part et d'auhre , pour ce qu'il est, tant paries catholicquesqueparleshéréticques, appelle et tenu pour sacrement, chascun en sa religion. Mais, toutesfois, après longues disputes et plusieurs argtimens et solutions de part et d'aultre, faictz entre mons. le card. de Lorraine, en ung jour q[u'il ne présidoit plus, et mons. le prédicant de Bèze, fut ledit Théodore de Bèze contrainct de confesser qu'audit sacrement de Fautel est réellement et de vray contenu le vray, précieux et naturel corps de Jésu&- Christ, et dist tefe motz qui s ensuivent, c'est assavoir : « Nous et ceux de nostre religion confessons que la saincte cène que nous faisons est ung sacrement de l'Eglise de Jésus-Christ, institué de Dieu, et qu'en laditte cène nous mangeons et recepvons réellement et de faict le vray et précieux corps de Jésu5*€hrist, cehiy qui est né de la viei^e Marie et qui est mort pour nous, et que par ce moyen nous sommes faictz chair de sa chair, os de ses os, et sommes participans de sa grâce, et ce par la foy qui nous faict et rend les choses absentes présentes soubz les signes visibles, le tout par la vertu de sa saincte parolle. V Voilà la confession de mons. le prédicant Th. de Bèze, touchant la réelle assistance du corps de J« C. à la saincte hostie, qu'on appelle le sacrement de l'autel, laquelle confession fut enregistrée par les notaires, affin qu'il Bèze ne s'en peust desdire, et si la subscrivit et signa de sa main, au malcontentemènt de ses compaignons, du prince de Condé et des aultres faisans profession de la prétendue religion.

Or, à ceste confession bézienne respondit celuy qui présidoit à ce jour audit sieiu* Bèze : « Je te juge par la confession de ta paroile. Puisque vous confessez que ia cène est tmg sacrement et qu'en celuy sacrement, soubz les signes visibles du pain après qu'il est consacré, le corps de Jésus-Christ réellement et de fiaict y est contenu, pourquoy doncques ne Tadorez-vous comme Dieu, et nous appellez-vous idolâtres, quand nous aultres catholicques l'adorons.^ Pourquoy blasphémez-vous contre sa saincte majesté, en l'appellant Jehan le blanc

1561. et en prononçant d'aultres injures, tant de vos bouches (jue par vos escriptzp» Auxquelles reoionstrances se tut ledit Bèze, voyant sa confession publicque estre contraire à sa doctrine et à ses escripts, et oncques depuis ne voulut parler en laditte assemblée. De laquelle quand il lut sorty, oncques depuis n'y voulut rentrer, pour requestes et instances que les princes de son party luy feissent.

Ses frères prédicans et aultres huguenotz furent oultrageusement maris de ceste confession et fort Tincrépèrent. Lequel, en s'excusant au mieux qu'il peut, leiu* dist qu'il n'avoit sceu et ne luy fut possible de se garder d'ainsi dire, parce que telle estoit sa croyance touchant cëst article et ce sacrement; et pour contenter ses gens, leur dist que telle sa confession n'estoit pour eux cause perdue, ni pour les pa* pistes, car ainsi appelloient-ilz les catholicques, cause gangnée. Et leur bailla conseil de le désavouer en la poursuitte de la cause, et de fonder leur excuse sur ime crainte que ledit Bèze avoit prinse d'avoir eu en ce jour-là la dispute avec le card. de Lorraine, et qui, plus que la raison, de ce faire l'avoit forcé, comme aussi l'y avoit obligé la présence du seigneur de Guise, qui estoit là, doutant en soy que, s'il ne faisoit telle confession, mal luy en pourroit advenir. Cejque lesditz huguenotz feirent; lesquelz mirent en avant qu'à ceste convocation et concilie de Poissy les ministres et prédicans avoient bien envoyé la messe aval l'eaue de la rivière de Seine, pour s'aller noyer en la mer, n'eust esté le card. de Guise, et le duc de Guise, son frère, qui l'avoient repeschée.

Ceste confession du sacrement de l'autel ou de la cène ainsi faicte en une si célèbre assemblée, devant le roy, les gouverneurs et aultres princes qui furent tesmoings si ledit Bèze fut contrainct par aultre voye que la raison et argimiens de faire telle confession, nonobstant l'excuse des aultres huguenotz, retira beaucoup de personnes à l'hérésie et faulse crédence dudit Bèze et aultres ministres, lesquelles se réduisirent à l'église catholicque et creurent en icelle plus fermement que paravant. Entre lesquelles fut le roy de Navarre , qui , depuis ceste confession bézienne , ne voulut la dispute estre poursuyvie

plus oultre sur les aultres poinctz de la confession des huguenots, et 1561. bailla congé auxprélatz, évesques et docteurs de se retirer quand bon ^ leur sembleroit, en disant qu^il avoit bien cognu que la religion prétendue par les huguenotz et mise en avant par les prédicans n'estoit qu^abus; et tout sur Fheure, de son propre mouvement, et sans en demander conseil à personne, envoya deux héraultz de la court à messieurs du paiiement de Paris, pour leur certiffîer de la confession dudit Bèze, touchant le sacrement de l'autel, leur enjoignant qu'incontinent ses lettres veues ilz feissent publier au Palais et par les carrefours de la ville de Paris, que la messe estoit ime chose ordonnée de Dieu, et qu'en icelle, soubz les espèces du pain et du vin, consacrés par les prebstres, le corps de Jésu^hrist estoit réellement et de faict contenu, et qu'ainsi avoit il esté prouvé par la dispute faicte au concilie de Poissy, ainsi que mesmes l'avoient confessé les prédicans.

Messieurs de Paris, ayans receu par le roy de Navarre les nouvelles de la victoire des prélatz contre les prédicans, ne faillirent de faire publier au Palais et par les carrefours des rues dudit Paris comment ilz prédicans avoient esté contrainctz par argumens et textes d'Escriture saincte de confesser la réelle assistance du corps de Jésus- Christ au sacrement de l'autel, que les catholicques appellent la messe. De laquelle publication nioult furent esjouys les catholicques et dolens les huguenotz héréticques. Moult de personnes se retirèrent alors de l'hérésie et doctrine desditz prédicans et ministres.

Le roy de Navarre ayant veu que le faict et dict des prédicans n'estoit qu'imposture et présumption, les délaissa là pour telz qu'ilz estoient^ et volimtiers les eust faict chasser hors de France, n'eust esté le support qu'ilz avoient de la royne sa femme , de la royne mère du roy et de mons. le prince de Condé, son frère, en faveur desquelz les laissa là en France. Mons. le prince de Condé sollicitoit fort ledit sietu* roy de Navarre et la royne mère qu'ilz aprouvassent et authori-

' La défection du roi de Navarre est an- varre , où il est question de cette défection, térieure au colloque de Poissy. Voy. une i56i, i3 mai. (Bibl. imp. CoUecl. Dupuy, lettre de Théod. de Bèse à la reine de Na- vol. 333. )

1561. cassent la doctrine d'iceux prédicans en France; mais n en Toulut jamais rien faire ledit sienr roy de Navarre, lequel remit le tout au jugement des pères et éyesques de toute la chrestienté, qui estoient assemblés au ooncille général et universel en la ville de Trente, en Allemagne, auxquelz envoya laditte confession des prédicans, et tous les actes de la dispute de Poissy, pour en déterminer par eux ainsi qu'ils jugeroient estre expédient selon la vérité. Il pareillement pria mons. le cârd.de Trivoulce, légat en France, d'escrire au pape tout ce qui avoit esté faict, géré et négotié , débattu et disputé, oppugné et confessé audit Poissy, entre les prélatz et docteurs de F^lise gallicane, par Texprès commandement du roy, en sa présence et en celle des princes. Et pour ce les majestex françoyse et navarroise prioient sa saincte paternité de faire tenir la main à la détermination dudit concilie général de Trente, de si longtemps encommencé, pour mettre fin à tant d'bérésies et perverses doctrines, qui, par gens desbaucbez de la vraye religion, sont esparses et semées par la chrestienté et principallement au royaume de France, et qu'en brief le roy et luy despescberoient les cardinaux, archevesques et prélatz de France pour s'en aller audit concilie , sitost qu'ilz sçauroient que les prélatz des aultres nations seroient mandés pour s y trouver. Ce que feit ledit légat, qui en peu de jo\u*s eut response du pape et du debvoir qu'il feroit de poursuivre la décision dudit concilie en faveur desditz roys de France et de Navarre ^

* On trouve, à cet égard, dans le volume 3og de la collection Dupuy, à la Bibliothèque impériale, une lettre adressée, le 2 6 janvier 1 56 1 (i 56a ) , par Charles IX k M. de risle, ambassadeur auprès du pape. Le roi repousse les bruits qui ont couru contre lui; il affirme que la reine mère , le roi de Navarre , les princes et seigneurs du sang n*ont pas voulu favoriser les hérétiques ; que son seul but est de les convertir; et il cite en preuve Tédit de juillet et le colloque de Poissy. Il demande

la convocation d*un concile et recommande • d assurer le S^-Père du soin qu'il «met à rechercher le bien et repos de

• 6es sujets, sans qu*tl y ait riens qui sente

• ia division et séparation du S'-Siége , dont

• on le veult soupçonner. » — Voy. aussi Lettre de la reyne mère à M. Vévesque de Rennes, du 32 avrâ i56s, an sujet du concile général et de l'assemblée destinée à mettre Taccord entre les religions et à pacifier les troubles du royaume (BiU.

imp. Coll. Dopuy, vol. Sog), et Lettre du

Mons. le prince de Condé^ voyant que le roy de Navarre avoit en 1561. mespris les prédicans et leur prétendue reli^on, le feit regangner par la royne mère du roy et la royne de Navarre, sa femme, grande huguenotte et de longtemps, et luy-mesme prince de Gondé s'employa pour destoumer ledit roy de Navarre de ne faire édict contraire à laditte prétendue religion et pour le banissement des prédicans, comme il en avoit Tintention, et à ces fins avoit faict assembler le conseil du roy^ contre la volunté de la royne mère et dudit prince de Condé. Quoy voyant, ladite dame et le prince de Condé eurent recours à messieurs du conseil qui se sentoient de Thérésie et doctrine bézienne et aultres qui ne s'en sentoient, et les prièrent de ne rien déterminer touchant le faict de la religion, pour certaines raisons qu'ilz leur feirent entendre, mais de laisser le tout en suspens jusques à ung aultre temps plus commode que cestuy de présent. Les gens du conseil estoient meslez et choisis de plusieurs maisons et estoient partiaux, chascun d'eux soustenant et gratiffiant les princes desquels ilz s'estoient rendus amys et serviteurs; aussi iiz furent fort divisez les ungs contre les aidtres et s'y engendra une grande division entre le roy de Navarre et la royne mère, qui dura avec toute dissimulation jusques au jour du trespas dudit roy de Navarre, la moii duquel lut fort agréable à la royne mère. Et pour ceste fois ne fut rien ordonné. Combien que ledit sieur prince de Condé demandast et requist que les presches qu'il appelloit églises, jà plantés par tous endroictz de la France et aultres qui se dresseroient es lieux où n'y en avoit poinct, fussent auctorisés, et que la prétendue nouvelle religion feust réceue et approuvée en France, pour en tous lieux l'exercice d'icelle estre faict en toute seureté et pleine liberté, ceste requeste ne peult estre accordée par les conseillers catholicques qui tenoient pour les roys et la religion catholicque. Le roy de Navarre, estant persuadé par sa femme, la royne mère et mons. le prince de Condé, de tolérer les prédicans et l'exercice de la prétendue nouvelle religion, conniva

cardinal de Lorrain» aux cardinaux, ou il de convoquer un concile national. (Sana rend raison pourquoi il serait nécessaire date. Id. ibid.)

1561. auxditz dames et prince et laissa le tout en tel estât qu^il estoit, tolérant lesditz prédicans et prescbes mis sus de Tauthorité des huguenotz et tenant la contenance d ung homme à qui il ne challoit comment le tout s'en allast.

Ledit sieur prince de Condé et la royne mère, auxquelz il laissa tout faire à leur volunté, remirent en peu de jours les prédicans et les huguenotz en plus grande audace quilz nestoient auparavant, tant à la court du roy que par tout le royaume. Les princes et seigneurs catholicques se trouvèrent à la court en tel mespris qu'ilz furent contralnctz de s'en retirer, excepté le connestable ; les sieurs princes de Montpencier, de Nemours, de Guise S d'Aumalle*, le mareschal de S^-André, s'en absentèrent, quand ilz apperceurent qu'on n'y vouloit plus d'eux. Par quoy ne demeura avec le roy et ses gouverneurs que les sieurs et dames de la prétendue religion , qui fut occasion de remonster en orgueil incroiable les huguenotz de la France. Toutes les charges et grandes affaires furent données à eux et à leurs fauteurs. Le gouvernement de la ville, prévosté et vicomte de Paris, avec l'Isle de France, fut conGé à mons. le mareschal de Monmorency, filz aisné du connestable^; duquel on n'eust sceu faire jugement s'il estoit cathohcque ou héréticque , combien qu'on voyoit bien qu'il favorisoit plus lesditz huguenotz héréticques que les catholicques. Les catholicques, qui s'estoient tant resjouys de la victoire des prélatz contre les prédicans, ftu*ent incontinent remis en leurs tristesses par la publication des premiers édictz de liberté que l'on réitéroit par les villes avec cry public au son de la trompette de par le roy, par lesquelz toute permission estoit laissée auxditz huguenotz et toute crainte donnée aux catholicques^. Hz huguenotz,

' « Histoire comprenant en brief ce qui ' Claude de Lorraine, duc d*Aumâle,

est advenu depuis le partement des sieurs naquit en i5a3 et mourut en i byS.

de Guise, connestable et autres de la court ' François, duc de Montmorency, né

estant à S*-Gennain, jusques à ce temps en i53o, mort en i579-

présent. > i56a. (Mém. de Condè, t. lU, * Perrenot de Chantonnay, ambassa-

p. 187.) — Voy. de Thou, Histoire univ. deur d^Espagne, écrivait à Philippe II, le

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