TAXE FORCÉE. RECHERCHE DES USURIERS. EXÉCUTION DE SPIFAMB , ÉVEQUK
DB NBVERS. CONFÉRENCE ENTRE DES CATHOLIQUES ET DES PROTESTANTS. kORT
DU PRINCE DE P0RG;IEN. MEURTRES, RAPTS, VOLS . ET EXÉCUTIONS. RECHERCHE
DES PRETRES HÉrÉTIQUES OU NON RÉSIDENTS ORDONNÉE PAR L'ARCHEVEQUE DE SENS. GUERRE DBS CHRÉTIENS CONTRE LES TURCS. SUPERSTITIONS. -^ INCENDIES.
Le commencement de Vannée manque dans le manuscrit.
Ordonnance sur la justice, donnée à Moulins au mois de février i566. (Il n'en reste que les derniers articles^.)
Déclaration et interprétation des ordonnances d'Orléans et de Moulins, faites d'après les remontrances du parlement de Paris, lo juillet i566^.
Seconde déclaration sur l'ordonnance de Moulins, motivée par de nouvelles remontrances du parlement, ii décembre i566^.
Edit du roi portant défense de manger de la viande en carême, les vendredis et autres jours défendus par l'église romaine *.
Des protestants de Provins, assemblés dans la maison de l'un d'eux, un cer-
* henûbert, Rec. des anc, lois françaises, * Lettres patentes qui défendenl d'^xt. XIV, p. 189. poser en vente de la viande pendant le ca-
* Id. ibid, p. ai 5. rême, et den manger, sinon en cas de
* J^éron , Édits et ordonnances des rois de maladie. i565, 3 février. (V. Delamarre, France (1720, a vol.), 1. 1, p. Agô. Traité de lapolice, liv. II, lit. IX, c. 1.)
1566. tain jour de carême, sont dénoncés par leurs voisins comme faisant rôtir, pour le souper, un agneau et des chapons. Le bailli et le procureur du roi se transportent dans la maison, puis se retirent sans avoir instrumenté, au grand mécontentement des catholiques.
Le prince de Condé, après avoir assisté au conseil du roi, à Moulins, se rend à sa maison de Valéry, et de là , en passant par Provins, dans son gouvernement de Picardie, pour faire cesser les séditions qui s'y étaient élevées entre les catholiques et les protestants. ^
Au mois d'apvril, première sepmaine devant Toctave de la feste de Pasques, le roy arriva en la ville de Sens, où il ne s'arresta que une nuict; de Sens, pour aller coucher en la ville de Bray-sur-Seine , il print son chemin par Sargines, où il disna au logis du curé dudit
lieu nommé maistre Deninat, chanoine du depuis de Téglise de
Sens, lequel présenta à sa majesté du vin de sa maison et creu dudit Sargines, qui par laditte majesté fut trouvé fort bon, et n'en futpoinct beu d'aultre à son disner et celuy de son train que de celuy dudit curé. Le roy se cognoissoitfort bien en vin et savoit bien juger quand il estoit bon, et si de soy en beuvoit fort peu ou poinct, pour l'imperfection qu'il cognoissoit en sa personne. Il estoit fort colère et cruel en icelle à frapper, battre ou tuer à cœur jeun, et encores davantage après son repas, quand il avoit beu du vin; pour de laquelle cruaulté se garder, ne vouloit user de vin pour son boire, ains se faisoit composer ung breuvage d'eaue sucrée au lieu de vin. Touteffois gousta k son disner du vin dudit curé de Sargines, qu'il et ses gens trouvèrent fort bon. Après son disner et avant que monter à cheval, se proumena es environs le logis dudit curé, et, cheminant en sa court, ouyt crier des petis couchons en ime seu àporcz, dont luy print volunté de les veoir, et pour ce faire feit ouvrir la seu, et en icelle trouva lesditz couchons qui allaictoient la truye leur mère, où sa majesté print grant plaisir à les veoir, et, comme toute jeimesse, tant des personnes que des animaux, est délectable à l'homme plus que les adultes, sa majesté print ung desditz couchons en ses mains pour le manier. Au cry duquel couchon, se leva la truye qui, en sa fureur, sortit hors de son toict et seu qu'elle trouva ouverte, et se
jetta au roy qui manjoitson couchon, lequel se trouva si empesché à 1566. se deflendre de laditte truye qu'il n'eût aultre loysir que de jetter par terre le couchon et de tirer l'espée d'^ung des pages qui le suyvoient pour en frapper au travers du corps d'icelle truye, qu'il tua estant en sa colère, ce qu'il n'eust faict sans estre blessé d'elle, s'il eust esté seul; mais, estant secouru, fut délivré de la fureiu' d'icelle truye, sans avoir mal. Il commanda au partir qu'on la payast au curé avec toute la despence qu'il avoit faicte en sa maison ^ Dudit Sargines, il print son chemin au village de Noyen-sur-Seine, pour aller visiter ie chasteau dudit lieu, apartenant à mons. de Carnavalet, ung de ses escuyers de chevaux, et visiter l'escurie de ses chevaux qu'on nourrissoit audit lieu. Il n'aresta poinct audit Noyen ; mais, ayant tout sou* dainement regardé le lieu et ses chevaux, alla descendre en la ville de Bray, où son repos s'apprestoit pour la nuict. Au lendemain, sur les neuf heures, s'en partit après avoir ouy la messe, et, sans manger, monta en son coche et s'en alla disner au bourg de Mons en Montois, lez Donnemarie, où il séjourna jusques au* lendemain matin sur les dix heures. Il estoit accompagné de la royne sa mère, de mons. le duc d'Anjou son frère, de mons. le connestable, qui l'avoient suyvy continuellement en son voyage. Etn'estoit pour lors sa suitte guères plus grosse que celle de mons. le prince de Condé, qui avoit passé par ledit Bray pom* aller en Piccardie, n'y avoit qu'environ six sepmaines. Les sieurs admirai et d'Andelot estoient avec S. M. audit Bray et Mons en Montois, comme aussi estoit le cardinal de Chastillon , leur frère.
* Ce combat de Charles IX contre une truie rappelle celui que son aïeul François V' livra au château d'Amboise contre un sanglier furieux. (Voy. le récit de cette aventure par Nicole Sala, que M. J. Quicherat a publié dans la Biblioth. de TÉcole des chartes , t. II, p. 28a.) — Charies IX, à la chasse, éventrait de ses propres mains les animaux blessés; il coupait le cou aux nnes qui se
trouvaient sur son passage , tuait des pourceaux et îsiisait étrangler par ses lévriers les vaches et les mulets. On trouve dans ses comptes de dépenses (Archives curieuses de l'histoire de France, t. Viïl, p. 355 et suiv. ] diverses indemnités données à des propriétaires pour des faits de ce genre. Voy. aussi Hist, de Charles IX, par Papire Masson. (Ibid. p. 3/ia.)
1566. Or advînt-il que S. M. et son frère mons. le duc d'Anjou trouvèrent au logis de leur hoste, qui estoit le canonnier de Mons, canonnier de saditte majesté, ung catéchisme huguenot et des psalmes de Marot et de Bèze, faictz à la huguenote. Pendant une partie de Faprè»<lisnée, passèrent leur temps à prescher et chanter lesditz psalmes, et près* choient et chantoient l'ung après Taultre, le roy et son frère, à qui mieux d'eux contreferoit le huguenot et prédicant, en faisant les mines et gestes d'iceux prédicans et huguenots, en la présence de leur mère et desditz sieurs admirai, d'Andelot et cardinal de Chastillon. Après que le roy eut faict du prédicant, monsieiu* le duc son frère lui ostades mains ledict cathéchisme et livre des psalmes, et luy dist : « Mon frère, vous ne vous cognoissez à estre prédicant, vous ne faictes pas bien la mine ne Tipocrite; laissez-moy faire et faictes le huguenot vostre fois, et je vous ferai bien mieux la tnine que vous ne faictes. Je le fais mieux que vous. »— « Et moy que vous, » disoit le roy. Auquel respondit monsieiu' le duc : « Vous ne levez pas bien vos yeux au ciel pour veoir le Christ. » — « Et vous, mon frère, vous ne vous y cognoissez, disoit le roy; vous ne joignez pas bien les aureilles et ne tournez pas bien vostre teste, car, pour estre bon prédicant, il fault mieux joindre les aureilles que les mains, tout ainsi que faict ungasne qu'on vetdt charger de quelque gros faiz. » — « Ha! mon frère, c'est vostre honneur. Il me semble que je m'aquitte dexeste charge mieux que vous; et pour nous en rendre certains, à qui vous en rapportezvous.»^ Aux prédicans ou à leurs auditeurs? » Et, en disant ce, jettèrent leur regard sur leur mère et sur les sieurs admirai et d'Andelot, qui estoient huguenotz. « Remanda, dist le duc, pardevant monsieur l'admirai! Il sçait bien que c'est, il nous en dira bien quelque chose, comme aussi plusieurs aultres de sa compagnie. Je vous en fais remanda pardevant (usant de ces propres termes). » — • Hé déa! mon frère, dist le roy à monsieur le duc, vous les avez eu moult tôt trouvez; n'estesvous poinct des leurs? » — « Non, respondit monsieur le duc, maïs je . sçai bien ce qu'ilz sçavent et la bonne mine qu'ilz font. Il vous fault venir à mon escolie. » Et sur telles parolies , joyeusement et de grand courage
deschirèrent lesditz livres de cathéchisme et psaimes, et jettèrent les 1566. feuilletz au visage Tung de l'autre « ea disant : « Vous ne vous cognoissez à faire du huguenot etprédicant, je les sçai mieux faire que vous. » — « Et moy que vous , » dist le roy ; et courant Tung après Taultre, jettant tousjours les feuilletz au dos Tung de Taultre, le roy apperceut le sieur d'Andelot, frère de Tadmiral, qui estoit parmy les gentilzhommes qui les regardoient, et dist à mons. le duc : « Mon frère, demandez à mons. d'Andelot que voylà si je sçai pas mieux faire le pré« dicant et huguenot que vous? » Et furent ces faicts et dictz Teshattement de ces deux princes, au lieu de Mons en Montois, une partie de la journée, au mal-contentement des sieurs admirai, d'Andelot et des aultres huguenotz qui esloient présens k les veir et escouter.
De Mons le roy s'en alla au giste à Nangis , où il passa une journée, et de Nangis, se retira à Fontenay et à Monceaux en Brie lez Meaux, et de là se retira à S*-Maur lez Paris, avant qu entrer en laditte ville de Paris, donnant ordre aux affaires de France, et faisant entretenir ses édictz, et principallement Tédict de pacification d'entre les catholicques et huguenotz héréticques. Et nonobstant que S. M. feust dévotte et catholicque, si est-ce qu'il sembloit mieux favoriser les huguenotz que les catholicques; qui fut catise que le peuple catholicque détractoit de luy, ne sçachant son intention, ni à queue fin il tendoit. Il se travailloit fort à réconcilier les princes de Bourbon avec ceux de Guise, comme aussi tous seigneurs qui estoient en discort pour avoir tenu divers partys.
Charles IX renouvelle la publication de ses édita sur le port des armes à feu ^. Il rend une ordonnance pour défendre le port des dagues et poignards. -^ Les gens des villages et du plat pays jouissent cette année d'un certain repos; cependant, dans les lieux ou il y avait des protestants, ceux-ci, par leur arrogance, leurs injures et leurs blasphèmes, font naître des disputes et des séditions.
Advint en ceste année, quinze jours après Pasques, au jour du
' Déclaration pour la pacification du de corps et de biens , et de jurer le nom royaume, réitérant la défense du port de Dieu. Moidins, i a février 1 566. (Fond armes à feu, sous peine de confiscation tanon, t. I, p. 65&.)
1566. dimanche de Misericordia, auquel de toute ancienneté se faict en la viiie de Provins procession généralle par les cathollcques, en Téglise de N. D. du Chasieau, une petite sédition entre les huguenotz de la ville et les enfans des catholicques dHcelle ville allant à laditte procession. Et advint ce par Faudace desditz huguenotz héréticques; lesquels, pour despiter les catholicques et les attirer à sédition, par^ tirent contre leur coustume dès huict heures du matin, pour aller tous ensemble à leur presche à Morant , et avec leur audace , tous Tespée à la cincture, passèrent orgueilleusement parmy les catholicques, en chantant leurs chansons maroticques qu'ilz appeloient leurs psalmes, en se mocquant de l'assemblée desditz catholicques et de leur procession; chose qui moult despleut à tous lesditz catholicques, qui estoient bien en nombre de mil à quinze cens hommes, et lesditz huguenotz n'estoient pas plus de cinquante, en hommes et femmes. Les catholicques furent empeschez de se ruer sur lesditz huguenotz les ungs par les aultres; car les plus paisibles empeschoient les plus fervens de se jetter sur lesditz huguenotz; et pour ce passèrent iceux huguenotz à travers de la turbe sans trouver empeschement, sinon au rang des enfans, qui cheminoient devant les prebstres à laditte procession. Lesquelz enfans, nestans sages comme les hommes, ne purent porter en patience l'arrogance et injures d'iceux huguenotz, contre lesquelz se bandèrent à leur rendre injure pour injure, criant les ungs après les aultres. Dont advint qu'ilz huguenotz insolens frappèrent aulcuns desditz enfans catholicques, qui fut la cause de la sédition. Car tous lesditz enfans, voyant ce, se ruèrent à coups de pierre et de boue après lesditz huguenotz, ausquelz donnèrent la chasse, et leur eussent faict beaucoup de mal, sans les hommes catholicques , qui les retirèrent. Iceux huguenotz , indignez d'avoir esté battus, mocquez et chassez par les enfans, ayans grand regret que ce n estoient les pères d'iceux, informèrent contre lesditz enfans quilz cognurent, et vouloientque les pères respondissent pour eux et quilz fussent condempnez à souGFrir corporellement les peines portées par les édictz, et à ce tendoit de les
condempner le bailly de Provins, fauteur desditz huguenotz, avec le 1566. procureur du roy de laditte ville, en faulte de les représenter. De la sentence duquel se portèrent appelant lesditz pères ; lesquelz feirent destoumer leurs enfans, et les envoyèrent demeurer à Paris, où ilz furent jusques à la reprinse des troubles. De ceux qui s y trouvèrent empeschez fut Jehan Roy, marchant, bourgeois dudit Provins, bon catholicque, pour ses trois enfans qui se trouvèrent à la meslée des plus avant; mais à la fin n*y eut que les huguenotz de mocquez, car ledit Jehan Roy appella du tout, tant pour luy que pour ses enfans et aultres, à la court de parlement de Paris, où demeura le tout pendu à la perche.
Au conseil du roy y avoit division, parce que ledit conseil estoit composé d'hommes de diverses religions. Chascun prince et seigneur y deffendoit le party de la religion qu'il tenoit, en excusant la faulte qui estoit provenue par ceux de sa religion , en demandant l'absolution pour iceux et en iaschant de faire condemner les aultres comme séditieux; et se Irouvoit le roy bien empeschépour veoir à qui des deux partis il feroit plaisir. Quand il favorisoit le parti des princes catholicques, de ce moult estoient indignez les princes héréticques contre les catholicques; et souvent lesditz princes et seigneurs de France, en desdignance les ungs des aultres, s'absentoient de la court du roy et de son conseil et se retiroient en leurs maisons pour ung temps, jusques à ce qu'ilz fussent sollicitez du roy ou aultres pour retourner à sa court et en son conseil. Et tout aussitost que les imgs estoient arrivez à laditte court, les aultres de party et religion contraire s'en alloient et se retiroient pour faire place aux noveaux arrivez ; et sembla quasi par toute cette année icy et partie de l'aultre que les princes de la court du roy jouassent au boutehors.
Les protestants étaient soutenus au conseil du roi, en Tabsence du prince de Condé et des Chàtillons, par la reine mère et le connétable, bien que celui-ci ne fût pas hérétique.
Ils se plaignent au conseil d'être tenus éloignés par les catholiques des assem-
1566. ^i^ délibérantes et privés de toute espèce de chaînes municipales; ils demandent au roi de faire cesser cet état de choses. Charles IX rend un édit portant que les hérétiques ne pourront remplir les fonctions publiques des villes, mais qu'ils auront entrée aux assemblées électorales et droit d'y voter.
Mécontentement des chefs protestants. Ils quittent la cour : le prince de Condé se retire à Valery-lès-Sens, Coligny à Châtiilon-surLoing, d'Ândelot à Tanlay, près Saint-Florentin, où il faisait bâtir en se servant des matériaux du couvent de ce lieu, qu'il avait détruit.
L'amiral, le plus subtil et cauteleux de tous, reste en grande faveur auprès de Charles IX, qui, sachant que lui seul empêchait le prince de Condé de quitter le protestantisme, tachait de le gagnera — Coligny se sert de son influence sur le roi pour lui persuader que les levées extraordinaires faites par le roi d'Espagne, sous prétexte de soumettre les Flamands révoltés, avaient pour but final de porter la guerre en France par la Picardie, et qu'il fallait opérer des levées semblables et mettre de fortes garnisons sur les frontières de Picardie et de Bourgogne. Il voulait ainsi, ou amener une guerre entre les rois de France et d'Espagne, ou se faire nommer commandant des levées. Suivant son conseil, Charles IX lève des troupes et place des garnisons dans les villes frontières; mais il donne le commandement de l'armée au maréchal Strozzi , contrairement aux espérances de l'amiral, qui se retire à Châtillon. — L'ambassadeur d'Espagne se plaint des levées du roi de France, qui en rejette la faute sur les rapports faits par Coligny.
Coligny et le prince de Condé sollicitent le secours des étrangers. Le comte palatin du Rhin s'engage à leur fournir des troupes, moyennant argent.
Les protestants, assurés de l'aide des Allemands, relèvent les cornes, provoquent les catholiques , les excitent aux séditions, s'emparent des biens des ecclésiastiques et chassent les curés de leurs bénéfices, en disant : « qu'avant qu'il fust un an passé on verroit bien aultre chose, et que heureux seroit celuy en France qui auroit esté huguenot des premiers. » — M. de Saint-Simon chasse M. de Maisonoelles, curé deBauchery, met à sa place, pour chanter la messe, on méchant prêtre huguenot, et prend les revenus de la cure; M. de Primsault usurpe les terres de l'église de Bauchery. — Le curé et les prêtres de Saint-Fergel-lezNogent sont battus et mis hors de leurs maisons par M. de Besancourt, qui s'empare de leurs revenus et héritages. — M. de Mailleton saisit le revenu de la cure de Jouy-le-Chatel, et installe de force dans ce bourg un prêtre de son choix. — Le seigneur d'Esternaylès-Sezanne persécute les prêtres de ce village et de celui de la Motte , fait faire
^ «Arrêt d'innocence de M. Tadmiral de Chastillon. i566, 2 g janvier.» (Dubouchet, Preuœs de Vhistûire de la maison de Coligny, p. 543.)
le prêche dans les églises catholiques et tenir école de religion réformée dans 1566. les presbytères, en forçant les enfants à assister aux leçons. Le curé d'Estemay se fait rendre les revenus de son église. — M*"* de la Motte, qui, à plus de soixante et dix ans, avait embrassé la réforme à la sollicitation de son fils, de sa belle-fille et des prédicants qui les entouraient, reste attachée de cœur au catholicisme. Elle fait relâcher un cordelier que les serviteurs de son fils avaient battu et enfermé. Sollicitée par M. de Bazerne, son gendre, de rentrer dans la foi catholique, elle en est détournée par M*"* d'Esternay et les prédicants. Elle meurt à plus de quatre-vingts ans , sans qu'on ait voulu accéder à sa demande d'être assistée par un prêtre. Son fils la fait enterrer dans Téglise de la Motte, dans une chapelle que son mari Louis Raguier et elle avaient élevée.
Fault noter que, la portant audit tombeau, une difficulté fut mise en avant par aulcuns des hnguenotz qui Taccompagnoient, sans en parler audit sieur d'Estemay, disant s^ilz debvoient enti*er dans le temple dBs papistes , dans lequel ilz entendoient qu'elle debvoit estre enterrée, veu qu'ilz de leur religion réformée avoient en horreur les temples des papistes, qu'ilz appeloient la Babillonne et ydolâtrie, et quilz avoient faict le serment, en £aisant profession de leur réformée religion , de n'y jamais entrer pour quelque occasion que ce fust, aultre que pour les ruyner et entièrement démolir; que, pour ces causes, s'ilz entroient audit temple sans le ruyner et démolir, ce seroit faire contre leur serment et conscience, et que de le démolir ou y gaster quelque chose pour lors, seroit faire contre les édictz du roy, et aussi fascher le sieur d'Estemây, qui ne les avoit mandez à ces fins. Durant ceste dispute familière les ungs aux aultres, arrivèrent à la porte de Téghse dudit lieu de la Motte, où tous s'arrestèrent pour mettre ce doubte en délibération. Ce que voyant, ledit sieur d'Esternay n'attendit que la question fust par nul d'eux mise en avant, ains, pour y mettre fin , luy-mesme dist à toute l'assemblée ce qui s'ensuit :
« MM. je sçai qu'en nostre religion nous avons en hayne et horreur les temples des papistes, comme chose maulvaise et pernicieuse, et que, pour ces causes, vous faictes ou pourrez faire difficulté d'entrer en celuy-cy, chose de quoy ne vous requiers. Mais, d'aultant que ma mère en son vivant a tousjours eu ceste volunté d'y estre inhumée et
1566. enterrée, je ne la puis frustrer de son voloir. Dire que je n'entre pas pour le présent après elle, pour veoir où et comment on Fensépulturera, me semble estre chose trop inhumaine, et ne me puis garder d'y entrer, pour n en perdre la mémoire toute ma vie. Partant, vous me pardonnerez et ne me tiendrez pour soullié et immonde si je y entre. » Et en disant ces paroUes, entra en Téglise, comme aussi fit le prédicant qui Finhumoit; lequel, après que le corps fut posé près du tombeau, et avant que le descendre dedans la fosse, frappa par trois fois du pied contre le cercueil ou bière où il estoit, en disant telz motz : « Dors, Charlotte, dors, jusques à ce que le Seigneur te réveille! » Et dist telles parolles par trois fois, puis le feit dévaller en la fosse. Laditte dame s'appelloit Charlotte de Tinteville. Après qu elle fut enterrée et son corps couvert , ilz prédicant et d'Esternay sortirent hors de Téglise, soubz le portail et dans le cymetière de laquelle estoient attendans les huguenotz leur retour. Le prédicant là feit le sermon ou presche funèbre à la louange de la defiFuncte, et tous chantèrent quelques chansons de Marot quilz appellent leurs psalmes. Les plus sérieux huguenotz furent scandalisez de ce que leur prédicant et ministre, sans avoir conféré à la compagnie, avoit entré dans le temple des papistes, et festimèrent soullié et contaminé pour y avoir entré, et non ledit sieur d'Esternay, pour Toccasion qu'il en avoit et pour la permission qu'il en avoit demandée.
La dame de la Motte, avant sa con version, était bienfaisante, charitable, secourable aux malades et aux pauvres; elle savait guérir de la morsure des chiens enragés. — Lannée de sa mort, le fils de M. d'Eslemay étant tombé gravement malade, le père sollicite en sa faveur les prières des prêtres catholiques; cependant, Tenfant ayant guéri, il ne peut se décider à abandonner la religion réformée. — Une de ses filles prend goût aux temples et aux cérémonies catho^ liques, et va à Téglise malgré sa mère. — M. d'Esternay, en vertu d'un arrêt du parlement, entre en jouissance des pâtures communes de la Motte. — Il s'était montré dur pour ses sujets depuis qu'il s'était fait hérétique; ses serviteurs, peu payés, deviennent, à son exemple et à la faveur des troubles, voleurs d'églises et de maisons privées. Unis à quelques jeunes gens de la Motte et à un prêtre, vicaire de Fontenay-lès-Nogent, ils commettent dans les villages environnants
nombre de larcins et de meurtres ; plusieurs d^entre eux , et notamment le prêtre , 1 566 . sont arrêtés et roués ou pendus.
A cause du grand yver de Tan dernier passé, auquel au pays de Brie furent gelez les blez fromens, ainsi que Tavons dict en ladicte année , fut la charte de grain et vin fort grande , depuis le moys de janvier jusques au moys de julliet, que Ton feit les moissons partout. Le boisseau de blé froment, diesure de Provins, depuis ledit i*' jour de janvier jusques au moys d'apvril, se vendoit la somme de 12 à i5 s., et depuis ledit moys d'apvril monta par chacune sepmaine de plus en plus jusques à la moisson, à la sonune de 2 5 s. t. d'argent comptant, et à créance ce que les créanciers usuriers vouloient, jusques à 3o s. t. et plus. Il fut fort cher à Paris et en toute la Brie, Ysle de France, pays de Vallois, Soissonnois et Picardie, où on recueille les fromens. Il ne fut si cher en Champaigne, Bourgongne et Lorraine, où on faict en habondance des seigles, mestaux et orges.
Les gens de justice et gouverneurs de Provins font le recensement des grains possédés par les particuliers, et établissent pour chacun des possesseurs une réserve qui, jusqu'à la moisson, devra être vendue aux habitants de ia ville au maximum de 20 s. le boisseau; aux étrangers, on' vend le blé ce qu'on peut. Quelques personnes, s'étant défait de tout ou partie de leur réserve, sont condamnées par justice à racheter l'équivalent de ce qui manquait.
11 est ordonné à l'abbé de Saint-Jacques et au prieur de Saint-Ayoul de faire cuire une certaine quantité de pain pour être distribuée aux indigents. M. de Naselle, abbé de Saint-Jacques par permutation avec Guillaume de la Chesnais, n'avait point attendu cet ordre pour faire des distributions de ce genre; de Pâques à la moisson, il donne chaque jour du pain à plus de trois cents pauvres, leur fournit de l'ouvrage et mérite le respect et l'aflection des gens du pays. Au ' contraire, M. de la Chesnais, qui était abbé d'Hermières, près Paris , et conseiller au. parlement, et qui fut pendant vingt ans abbé de Saint- Jacques, n'avait fait aucun bien. Il répandit dans l'abbaye d'Hermières les doctrines de la réforme, et chercha, mais vainement, à les faire adopter à Saint Jacques. — M. André de Gramont, chanoine de Sens et prieur de Saint-Ayoul, se soustrait, autant qu'il peut, à l'obligation de l'aumône. — M. Jacques de la Noue, gentilhomme, prieur de Saint-Sauveur-lès-Bray, fait, pendant la disette, d'importantes distributions
1566. de pain. — Les fiBnniers des abbayes de Preuîlly el de Joay, le prieoré de la FontaiDe«ux-Bois et la cure de Meel-sur-Seine soDt obiigés, par justice, à coîpe eu pain certaine quantité de grain pour donner aux. pauvres.
Les plus riches gens des pays de Brie, Picardie et aultres ne mangèrent aultre pain que d'avène, tant que les leurs durèrent, et Tespargnèrent fort à leurs chevaux pour la manger eux*mesmes; mais, après qu'elles furent semées en ceste année, ne leur en demeura guères, parquoy fallut qu'ils se pourveussent. Hz passèrent en Cbampaîgne pour achepter des seigles, oi^es et avènes pour faire du pain, en attendant leur moisson.
Laquelle moisson venue, partout revint le grain de toutes espèces à bon marché .et prix honeste. Le froment revint à 7 s. et 6 den. le boisseau, mesure de Provins, et les aultres menus grains au prix le prix. Il eust valu moings de 18 den. sur boisseau qu'il ne feit, si les marchans des villes n'eussent bouté la charte après laditte moisson; mais, à cause du grand hazard qu'ilz avoient veu durant laditte charte siu* le grain, l'acheptoient à l'envie les ungs des aultres pour remplir leurs greniers, estimans qu'en peu de temps après reviendroit une aussi grande charte ou plus, ce que Dieu ne permist pas.
Toute cette année, jusques aux vendanges, le vin fut fort cher, à cause de la gelée dudit grand y ver, qui avoit gelé les vignes, et ftit vendue la queue de vin du creu, ne challoit d'où, es villes de Provins etNogent, au mois d'aoust et de septemlure, avant la vendange de ceste année, la sonmie de 80 liv. t., et fut tel jour qu'esdittes villes nul ne pouyoit trouver vin à achepter à la pinte es tavernes pour Tai^ gent, et avec toute difficulté en pouvoit-on trouver à tel jour esdittes villes et en plusieurs villages pour dire les messes es éghses. Lequel vin, après les vendanges, revint à 4 iiv. t. la queue du creu des environs et à deux lieues dudit Provins et Nogent, cestuy de Villenauxe à 6 et 7 liv. t. la queue. Les vins dô ceste année ne furent si bons ne si fameux qu'on estimoit qu'ilz seroient après la vendange, veu qye les raisins eurent bon temps à meurir et furent bien noirs aux vignes, et si advint la vendange en bonne saison et chaulde, qui fut partout
commancée à la my septembre et devante Toutesfois se trouva que 1566. les vins, après qu'ilz furent entonnez es vaisseaux, furent mortifiez et platz, comme s'ilz eussent esté demy d'eaue. Et estima-on que cela provenoit de deux causes : la première du boys que les vignes avoient jette après la gelée par entre deux terres, qui n'estoit encores encbaucbé, et estoit gros et creux, plain de mousse et non ferme, coimne il estoit avant ledit grand y ver. Caultre cause fut, comme plusieurs estimoient, ung gros et impétueux vent, qui se leva sur la terré la vueille et jour de la feste N. D. de septembre, si gros et impétueux qu'on n'en aveit poinct Veu jamais, qui moult endomagea les raisins des vignes, et les esgréna à {dus de la moytié sur la terre , où tous les meilleurs grains et les plus majeurs tombèrent, où ilz demeurèrent trois jours avant qu'on les peust aller recueillir, à cause de la feste N. D. et le dimanche qui estoit au lendemain, et ne les peut-on recueillir si habillement qu'il n'y en eust beaucoup de crevez et gastez.
Les fruictz, pommes et poires, qui estoient encores sur les arbres furent abbatus par terre dudit vent et plusieurs arbres arrachez, dont advint ung grand domage, car les fruictz en tombant s'oflPensèrent, et ne furent de durée ni de garde, uns se pourrirent incontinent, et en fur^it mieux nourris les porceaux que les chrestiens.
Plusieurs commissaires sont chargés par le roi de faire dans les proviaoes la recherche des usuriers ^ Michel Alexandre, de Vilienauxe-la-Grande, reçoit une mission de ce genre pour la Champagne. 11 fait emprisonner et condamner divers usuriers à Provins, Villenauxe, Meaux, Château -Thierry, Épemay, Châlons, Reims, Troyes, Pont, Nbgent, Bray, Montereau, Melun; il s*enrichit en rançonnant les personnes contre Iesc{uelles des plaintes étaient portées. En définitive, on ne rend point aux victimes Targent saisi; il est absorbé par les frais de justice.
Le roy en ceste année ne se contenta de faire recer^her et punir
' « Mandement pour la recherche et poursuite des usuriers. Paris, 20 jknvier 1567. » (Fontanon, t I, p. 677.}
1566. les usuriers, mais aussi feit punir et recercher les trésoriers de ses finances, ausquelz il feit rendre conte à la rigueur de Tadministration de ses deniers, où ilz trésoriers se trouvèrent bien eutpeschez, et principallement ceux de Paris, contre lesquels fut informé et procédé à Temprisonnement de leurs personnes bien estroicteroent. Aucims desquels furent pendus et estranglez comme larrons des deniers du roy, qu'ilz a voient appliqués à eux, pour leur proufBt, en acheptant seignories, rentes et aultres biens, et ayans basty de beaux chasteaux et maisons aussi puissantes que celles des roys et des princes. Qui Ait en partie cause de ce regaliement fmrent les plainctes portées au roy qu'ilz trésoriers luy avoient faict conte d'avoir payé plusieurs compagnies de gens de guerre, tant de pied que de cheval, qui montoit à grands deniers, ce qu ilz n^avoient faict, ains avoient applicqué lesdittes payes à leur prouffit. Une aultre cause fut le rapport qu on feit à la royne mère de la magnificence de la maison d'ung dudit Paris, filz d'un cordonnier dudit lieu, et luy mesme cordonnier de son premier estât, qui avoit achepté Testât de trésorier n'y avoit pas dix ans, et toutesfois se trouvoit si riche en meubles de toutes sortes, feust d'orfèvrerie d'or et d'argent que aultres, qu'ilz furent estimez aultant que ceux de laditte dame royne. Laquelle, pour en sçavoir la vérité, alla visiter la maison d'iceluy, soubz l'excuse d'aller veoir sa femme en sa gésinne qui estoit acouchée, de quoy le pauvre fol s'estimoit estre moult heureux. La royne trouva la couche, le lict, le ciel, les custodes, les couvertures, habillemensde la gisante et aultres choses que les grandes dames ont pour parement en tel estât, aussi riches et sumptueuses que laditte royne en avoit oncques eues. La chose qui plus fut remarquée en laditte maison fut la chaise percée qui servoit à la gisante pour faire les nécessitez et offices de nature, laquelle estoit couverte d'ung fin velours carmoisy, attaché fort richement à doux d'argent, la plus grande partie desquels serorez de fin or, ce que jamais n'avoit eu laditte dame royne. Cestuy trésorier et trois aultres pour le moings fiirent pendus et estranglez par leur col dans la ville de Paris au gibet de
Monsfaucon dudît lieu; et ne fut le bien dudît cordonnier suffisant 1566. pour payer le roy des deniers desquelz se trouva redevable, encores que son bien feust trouvé en tout monter à plus de trois millions de livres. Les aultres trésoriers, qui ne furent emprisonnez comme ceux ci-dessus dictz, s'absentèrent de peur d'estre mis en prison et se saulvèrent la part qu ilz purent pour éviter la fureur du roy et de son conseil; comme feit ung appelle M. de Mauclerc ou Beauclerc, seigneur de Flomigny, parroisse de Bouray, lez la Ferté-AIex et S^-Crepais, lequel cependant recercha ses acquitz et le moyen de les avoir, pour mieux dresser son compte à loysir. Y ayant faict au mieux qu il put, il se représenta à Paris, où fut mis prisonnier dans la Conciergerie par Tespace de plus de deux ans; de quoy pour ung temps il estimoit avoir faict grande foUie, d^aultant qu'il ne povoit trouver le moyen de rendre son compte. Pour des prisons eschaper, son honneur eX vie saulfz, fallut qu'il baillast en pur don à mons. le mareschal de Cossé une maison qu'il avoit dans Paris, estimée de la valeur de plus de 3o mil. liv. t., pour tirer de luy quittances des deniers qu'il avoit mis en ses mains pour payer sa gendarmerie par l'ordonnance et mandat du roy. Et tant feit par ses debvoirs avec son bien, qu'il eschappa desdittes prisons , sa vie et honneur saulfz. Et luy ai ouy dire que, si la roynemère luy eust volu donner acquit des deniers qu elle avoit levé et faict lever en sa recepte, le roy luy eust deub plus de 3 mil. liv. de bons deniers. Estant hors et absoubz des prisons et son compte rendu, vendit son estât de trésorier et plus ne le volut exercer, parce que, comme il disoit, estoit ung estât trop hasardeux et dangereux ,' à cause des envies et maidvaise foy des princes. Ce trésorier fut fortplainct dé toutes personnes qui le cognoissoient; tant il estoit ^estimé homme de bien et d'honneur.
Jacques Spifame est pendu à Genève , comme ayant voulu livrer la ville au duc de Savoie ^
' D eut la tète tranchée le a3 mars i566. (Voy. plus haut, p. 84.)
1 566. La Grue de ViUeoauxe , condaomé à mort pour meurtre , obtient un adoucisse' ment de peine par l'intercession du prince Porcien, dont il s*était fait serviteur. — Mort du prince Porcien^, au grand regret des protestants, « car c'estoit des plus opiniastres et pertinax hérétiques qui feust en ia France et des plus barbares contre Téglise catholicque, et des plus séditieux. • Son beau -père, le comte de Nevers, bon catholique, s'efibrce de le convertir et oi^anise dans ce but une conférence entre les deux docteurs catholiques Vigor et Benedicti, et deux ministres protestants, Th. de Bèze et de Spina, en présence de notaires ^. Le prince est retenu dans la religion réformée par Tamiral et d*Andelot. Sa feuune se convertit.
On eut oppinion que, si ledit prince Portien ne feusl mort incontinent après icelle dispute, à la fin il se feust réduict comme sa femme ; car il estima beaucoup les docteurs qui disputèrent en sa présence contre les prédicans susdhz. Estant au lict de la mort, ses médecins le pansèrent au mieux qui leur estoit possible, et don* noient bonne espérance à sa femme de sa maladie, lui disant qu'il n*en auroit que le mal. Ce néantmoings, laditte dame sa femme, le voyant empirer en sa maladie, appella aultres médecins de la ville de Paris, des plus fameux qui y feussent, pour le visiter, tous huguenots, car peu se fioient es catholicques» Tous lesqueiz disoient à laditte dame que la maladie de sondst mary n estoit à ia mort, et de ce Yen assuroient. Finablement, le voyant à Textrémité, ce luy sem* bloit, appella ung médecin cathoUcque pour le visiter, le jour mesme
' Le 5 mai 1 567. H était alors âgé de vingt-six ans. D*Aubigné ( Hist oiuv. t. I , 1. IV, c. VI, p. ao8) dit qu^il mourut e^foo^ de poison. Il ne laissa point de postérité de sa femme Cathc^e 4e Qèves, comtesse d'Eu.
* fiayle, à Tarticle Kosibb (Hugues- Sureau du), a donné de grands détails sur la conférence quj, eut lieu au mois de juillet 1 566 , d'abord chez le duc de Montpensier, puis chez le duc de Nevers; le duc de Montpensier avait espéré que cette dispute ramèoeHIt sa fille, la duchesse de
Bouillon, à la communion catholique.
Après une première rencontre entre Vigor et Ruzé, docteurs catholiques, Barbaste et de ^ina, ministres protestants, la coi^ férence fut r^rise entre Vigor et de Sainctes d'une part, de Spina et Rosier de l'autre. (Voy. Actes de la cot^érmce tenus à Paris es mois de juillet et aoust 1566 entre deux docteurs de Sorbonne et deux ministres. Anvers, i566,in-8*. — Oaude de Sainctes a aussi donné une relation de la conférence de 1 566.
que aultres huguenotz Tavoient visité et pansé; auqud demanda, 1566. comme elle atoit fait aux aultres, quMl luy sembloit de âôn mary et de sa maladie. Lequel luy fit response qu'il estoit fort malade, sans luy en dire davantage. Auquel laditte dame réplicqua et dist : « Hé déa, monsieur, je vous prie , ne me celez poinct ce qu'il vous en semble, et vous me ferez grand plaisir. » A lacpielle respondit : « Madame, mous, le prince vostre mary se meurt, et vous en faictes donner garde, car il ne vivra pas mais longtemps. » Et ce dict, s'en alla d'avec elle. De laquelle response fut moult indignée laditte dame contre ledit médecin, et (aX d'elle moult scandalisé devant ses gens, disant qu'il n'es^ toit que une beste en son art, veu que tous les aultres luy avoient dict du contraire, et qu'il luy disoit cela pour ce qu'il n' estoit de leur religion réformée, et se repentoit de l'avoir appelle, pour ce qu'il estoit papaut; et en disant ces choses, sondit mary entra es angoisses, de la mort, qui luy firent fort trouble, et telles qu'il le fallut lier poiu* le tenir. Il juroit, biasphémoit et renioit Dieu fort désespéré-ment, vouloit qu'on l'armastde toutes pièces poiu* aller faire la guerre et tuer les papaux, qui estoient les catholicques, et tuer leur Jekun^ le Blanc, qui estoit le corps de Jésus-Christ au sacrement de l'autel, et en tel estât finit ses joiurs. Laditte dame, le voyant mort, eut grand regret de ce qu'elle avoit détracté et mal dict du médecin catholicque, lequel moult depuis elle estima, le jugeanit plus sçavant et expert que tous les aultres médecins huguenots qui avoient veu et pansé son mary.
La femme de Lombart, maître des eaux et forêts du bailliage de Bray-sor- Seine, tue son mari et est pendue à Vimpelles, par arrêt dn parlement. -^Fratricide commis à Provins; le meurtrier est renvoyé absous. — Mesrire Alexis Boulogne, vicaire du village de la Motte, est assassiné à Soucy-lès-Sens; deux hommes et deux femmes, coupables de ce meurtre, sont pendus. — Meurtre d'un jeune meunier, commis aux Ormes; le prévôt de Coutures, sollicité par des' gentilshommes et gagné par les présents de Tassassin, le fait absoudre. — Jean de Vauhardy, gréoetier du sel à Provins, fait rapt d'une jeune couturière de. cette ville; condamné et pendu en efBgie, ainsi que ses d^ui c(»npiices>, il s!ac^
1566. corde par argent avec la victime. Puis, corrigé de ses mauvaises passions, il se marie et rentre dans une voie honnête.
Nicolas de Pellevé, archevêque de Sens, s'efforce de contraindre les ecclésiastiques à résider dans leurs bénéflces; il fait rechercher et citer devant Tofficial les prêtres soupçonnés d'hérésie, qui, pour la plupart, s'abstiennent de comparaître. Nie. L'Oignon, soi-disant curé de Bauchery, commis par le sieur de Saint- Simon, se présente et est renvoyé absous. Nie. Guyot, soi-disant curé de Sancy, fait défaut aux citations de l'ofEcial.
Entre autres fut prins et arresté prisomiier ung prebstre, soy disant curé de Cortenay, commis et installé en icelle cure par le baron dudit lieu, huguenot et voleur insigne des plus meschans qui fussent en France* ; et fut mis es prisons dudit archevesque, où il fût resté longtemps assez mal traicté , n'eussent esté les huguenotz de Sens qui l'entretinrent de vivres et sollicitèrent pour le saulver et faire sortir. De l'emprisonnement duquel fut adverty ledit baron de Cortenay, qui ne digna escrire ne prier ledit archevesque pour luy, ains seuUement manda à lofficial assez vigoureusement qu'il en diligence luy renvoyast son prebstre, s'il et aultres ne s'en vouloient mal trouver. Ce prebstre, veu et interrogé , avec la preuve qui estoit contre luy, fut par l'archevesque jugé huguenot héréticque, administrant toutesfois les sacremens aux catholicques, et pour ceste cause volut qu'il feust procédé contre luy jusques à sentence, suyvant les saincts canons. L'official déclara audit sieur archevesque ce que luy avoit mandé le baron de Cortenay, protecteur dudit prebstre; pareillement les huguenotz de la ville de Sens, voyans l'affection dudit archevesque, le prièrent de le délivrer, lui remonstrant l'édit de pacification et de liberté de conscience faict par le roy et les princes. Auquel ne voulut obéyr ledit archevesque. Quoy voyant, lesditz huguenotz advisèrent une ruse assez gentille, de laquelle ^ilz usèrent pour ravoir ledit prebstre des mains et prisons dudit archevesque, qui fut telle qu'il
^ Sur les Courtenay, seigneurs de Bron- article de M. Leclère dans l'Annuaire de tin (Yonne) au zvi* siècle, et sur le cal- FYonne, i84a, 3' partie, p. laa. viniste François de Gourtenayi voyez un
s'ensuit : Advint que, durant Temprisonnement dudit prebstre et le 1566. refus de rarchevesque de le rendre, le lieutenant de son officiai, nommé M* Estienne Haton, licencié es loix et advocat au siège présidial dudit Sens, avec quelques promoteurs et procureurs de Tofficialité, allèrent en commission à Montargis, distant dudit Sens de dix lieues ou environ; ce que bien surent les huguenotz dudit Sens , lesquelz en donnèrent advertissement au baron de Cortenay. Celuici les espîa à leur retour, se saisit de leurs personnes sur les chemins, et les mena prisonniers en son chasteau de Cortenay; duquel ilz ne sortirent que Tarchevesque n'eust rendu et délivré le prebstre huguenot qui estoit en ses prisons, contre sa volonté; et n eust esté les humbles et importunes prières que les parens et amys desditz prisonniers feirent audit archevesque, n'eussent esté si tost délivrez. Car il vouloit envoyer au roy pour avoir mandement adressant audit Cortenay de les rendre ; mais luy fut faict entendre que ledit Cortenay n'y obéiroit, parce que c'estoit ung capitaine de voleurs, qui en avoit bien trois cens à son commandement, qui luy faisoient tribut par chascun moys des voleries qu'ilz faisoient sur toutes personnes, et signanmient sur ceux de la ville de Sens.
Synode tenu à Sens par Farchevéque, le mardi avant la Pentecôte. M. de Pellevé recommande aux curés du diocèse assemblés dans son palais le payement du setier annuel de blé et de l'argent qu'ils lui doivent, et leur fait acheter une sauvegarde imprimée, donnée en faveur des prêtres contre les gens de guerre par M. de Cipierre, gouverneur d'Orléans, et par M. d'Aumale, gouverneur de Champagne pour le duc de Guise. — Le prieur de Saint-Ayoul, André de Gramont, accuse d'hérésie Guill. Maret, chantre de son prieuré, devant l'ofBcial de Sens; Maret, mis en prison, avoue les faits qu'on lui reproche, en invoquant le bénéfice des édits de pacification et de liberté de conscience : il est renvoyé absous et le prieur est condamné aux dépens, dommages et intérêts. Gramont, irrité de cette sentence, donne, au sortir de la messe, un soufflet à M* Etienne Haton, lieutenant de l'ofBcial, qui le fait condamner à Sens et en appel.
Maximilien d'Autriche est élu empereur à la place de son père Ferdinand I*' K
* Maximilien II, fils de Ferdinand I*', élu roi des Romains le a A novembre i56q , succéda comme empereur k son père, qui mourut le a5 juillet ibSà-
1566. Le sultan Soliman II lui déclare la guerre. Le pape Pie V célèbre uu grand jubilé pour demander à Dieu la victoire des chrétiens; le roi d'Espagne prend part à la guerre contre Soliman; Charles IX refuse de se déclarer ouvertement. Le jeune duc de Guise se joint, avec des troupes, à Tarmée de l'empereur. Siège de Malte. Un fils de mons. de Quincy, seigneur de Saint- Ylier et la Court-Rouge, chevalier de Malte, est pris et tué par les Turcs.
Dans les villages de Champagne et de Brie, et notamment des bailliages de Sens, Melun, Montereau, Bray, Nogent, Pont, Troyes, Sezanne, Châlons, Reims, Épernay, Château-Thierry, Meaax et Provins, la croyance se répand parmi les paysans que, pour honorer la Vierge, ils doivent s'abstenir de travailler aux champs le samedi depuis Theure de midi , et qu^ ce repos du samedi a été formellement ordonné par la Vierge dans diverses révélations et apparitions. Une jeune fille de Charly-sur-Mame, près d'Épemay, se vante d'avoir reçu ces confidences, et donne des signes miraculeux de sa mission. Le cardinal de Lorraine la fait arrêter et interroger; elle est brûlée vive comme vaudoise et sorcière. Claude Haton s'informe des gens âgés s'il est vrai que le repos du samedi ait été anciennement observé. Les prêtres et curés de la Brie tombent dans cette impiété ou la laissent propager. Cl. Haton, alors vicaire des Orm*es, et le vicaire de Donnemarie sont les seuls qui s'efforcent d'en détourner le peuple par leurs exhortations.
Incendie de plusieurs maisons au village de Meel-surSeine. — A l'époque de la Saint-Martin d'hiver, le feu consume à Provins, près de Notre-Damedu-Château, le four banal, une grange et des maisons. Le bailli de la ville, Jean Alleaume, « se travailla fort à mettre les gens par ordre en besongne, pour saulver que le feu n'en gastast davantage. > — Mort (dans l'hiver) de la femme de M. de Montberon, demeurant à Tourvoye, paroisse de Sourdun; de sa sœur, cordelière à Provins, et de M"* de Tachy, leur belle-sœur. Les dames de Montberon et de Tachy donnaient aux malades des remèdes et des soins.