‹ Memoires de Claude Haton (volume 2)Chapitre 33 sur 37 · ALTERNATIVES DE FROID ET DE DEGEL. INONDATIONS. LES EAUX ENTRENT DANS · texte numérisé non relu

ALTERNATIVES DE FROID ET DE DEGEL. INONDATIONS. LES EAUX ENTRENT DANS

PROVINS. ÉCROULEMENT DU PONT AU CHANGE, X PARIS. EFFETS DE LA TEMPERA- TURE SUR LES BLES ET LES FRUITS.

L'an mil cinq cens soixante et cinq, à commencer Tannée au premier jour de janvier, suyvant* Tédict du roy, les gelées, desquelles nous venons de parler en la fin de l'an dernier, commencèrent à cedit premier jour de janvier à se destandre et les neiges à fondre sans pluye pour le commencement de la journée, qui estoit commodément chaulde pour la saison, et sembloit le bois ni le feu nestre plus nécessaire pour se chaulfer. Environ l'heure de midi commença ung peu à pleuvoir une pluye doulce, médiocrement chaulde, qui ne lut point violente, qui fiit cause d'accélérer la neige de fondre, qui estoit si habondante et espesse sxu» la terre que avec difficulté le vouldroiton croire. Et dura le temps ainsi doulx et au dégel jusques au cinquième jour duditmoys de janvier; auquel jour il commença à regeler aussi fort que devant, estant la terre toute couverte d'eaue qui n'a voit sceu entrer en terre, d'autant qu'elle n'estoit desgelée entièrement. Et dura ceste seconde gelée trois semaines toutes entières, qui lut jusques au vingt-huitiesme jour dudit moys. Durant lesquelles trois sepmaines, furent les gelées et le froict aussi fortz que les premiers dont nous avons parlé au moys de décembre dernier. Et survint aidtant de neige ou plus que devant, avec ung froict vent d'amont fort aspre et cuysant, qui chassoit la neige es fossez et valées des montagnes, en si grande habondance qu'en certains lieux en avoit plus de six pieds de hault. Les bledz lurent gelez en la Brie de ceste seconde gelée tout entièrement sur les sillons, à cause que le vent ayant chassé la neige de dessus , fut la racine d'iceux recuitte en telle sorte que peu en reschappa. Audit vingt-huitiesme jour de janvier,

1565. recommença à desgeler pour la seconde fois jusques à la moitié des neiges fondues et terre desgelée, qui diu^a jusques au dernier jour dudit mois, auquel jour recommença la gelée et à neiger tout en la sorte qu es deux fois précédentes; lesquelles gelée et neiges durèrent jusques au vingt-cinquiesme jour du moys de febvrier ensuivant, faisant pareilles froidures et vent d'amont froict, tout ainsi que devant, excepté la froidure du jour des Innocens seuliement. Et Dieu sçait combien les pauvres gens des villes et villages qui n avoient poinct de bois endurèrent de la morfonture ; la pluspart demourèrent dedans les litz, sans se lever que pour manger une fois en vingt-quatre heures. Les pauvres gens de la ville de Paris et aultres qui avoient meilleur moyen furent contraintz de brusler leur menuiserie de laquelle ilz avoient le moings à faire, comme tonneaux, vieilles couches, meschantz coflFres et aultre hardage. Ceux qui n'avoient faict provision de toutes choses devant l'hiver, et principallement de bois, l'acheptèrent des regrattiers à grande cherté; car il ne fut possible de charier par eaue durant icelles gelées, à cause que par chascun jour les rivières se glaçoient et butinoient d'une cruelle façon , qui porta grand dommage aux pontz et arches qui sont sur lesdittes rivières.

La fonte des neiges cause une inondation dans la vallée de Provins* L*eau , entrée par les canaux et par les créneaux des murailles, envahit la ville, pénètre dans les maisons et les églises jusqu'à 3, 4 ou 5 pieds de hauteur, renverse plusieurs habitations, enlève les meubles, dépave les rues, déterre les morts, etc. — A Paris, les glaçons et les grandes eaux endommagent le pont au Change et font écrouler plusieurs maisons ^.

Incontinent après le desgel, qui fut au commencement du moys de mars, les laboureurs s'apperceurent bien que leurs bledz estoient gelez, et si n'en pouvoient rien résouldre à la vérité, sinon les plus expertz, lesquelz furent en ceste oppinion de les relabourer pour y

* L'auteur donne ici , sur les froids des façon , qui n'ont pas para dignes d*être années 1 564-1 565, quatorze vers de sa reproduits.

semer des orges. Mais n'osèrent, à cause du murmure du simple 1565. peuple; joinct aussi qu'il sembloit que çà et là ung brin de bled qui estoit reschappé tasseroit et multiplieroit, qui pourroit bien valoir aultant que meschante orge , parce que toutes les terres de la Brie ne sont propres à en porter. La vallée de Seine, depuis Paris jusques à Troie en Champaigne, tant d'ung costé que d'autre de la rivière, à plus de ime lieue, se porta bien et ne furent les grains guères endommagez desdittes gelées, et n'y eut que la Brie qui en portast le plus de domage.

Les vignerons se trouvèrent en grande difficulté de quelle manière ilz tailleroient leurs vignes, et s'araisonnans les ungs aux aultres en la saison d'y besongner, demandoient que chascun d'eux en dist son advis. Aulcuns expérimentez furent d'advis qu'on les couppast par le pied contre terre à la renverse, pour mieux les faire jetter; les aultres ne furent de cest advis, mais disoient qu'on les taillast à la manière acoustumée, de peur d'offenser Dieu; car, les taillant aultrement, eust semblé se mesfier de la providence de Dieu; et sur ces difficultez d'oppinions, chascun vigneron tailla ses vignes à sa fantasie. Plusieurs les couppèrent à renvers par le pied; les aultres les taillèrent à la manière accoustumée, espérant qu'elles jetteroient par le contre-bourgeon , qui pourroit jetter des raisins et du vin. Mais furent trompez, car elles ne jettèrent que parles coUetz , et apperceuton que ceux qui avoient couppé leurs vignes par le pied n'avoient du tout maulvaise cause, et jettèrent leurs dittes vignes mieux et de plus beau bois que celles qui ne le furent, mais portèrent moings de raisins pour ceste année, combien que les imgs ni les aultres n'en jettèrent guère.

La saison du printemps fut assez belle et commode pour faire le labourage et besongne des champs, et fut des mars, orges et avènes à planté , et firent faulte les laboureurs de la Brie qu'ilz ne relabourèrent partie de leurs bledz les plus gelez, car ilz y eussent eu plus de prouffit qu'ilz ne eurent. Les terres se trouvèrent en meschant garet toute l'année, et principallement celles qui estoient en pente,

1565. car, par les trois desgelsquil fit en Thiver, ainsi que Tavons déduict, Teaue qui n entra dans la terre, pour ce quelle n'estoit desgelée, enmena toute Thumeur et la meilleure terre de dessus dans les eaues et vallées, et ny demeura quasi que la mèschante terre blanche ou tuffier. Et si furent, par lesdittes neige, gelée et long yver, les terres si morfondues et escurées, que les laboureurs ne les pouvoient remettre en garet. Les noyers sembloient estre mortz par tout le moys d'apvril et la moytié du moys de may, car ilz ne jettoient poinct par leurs bourgeons naturelz; ains à la fin ceux qui reschappèrent jettèreût nouveaux bourgeons par le vieil bois et non par celuy de Tannée dernière; et ne recueiUit«-on point de noys en ceste présente année. Les poiriers et pommiers qui n'estoient des plus hastifz portèrent quelque peu de fleurs et de fruictz, mais non guères; les tendres et bastifs furent gelez comme les noyers. U fut en plusieurs lieux des prunes et des cerises passablement, mais non partout. L'hiver ne fut si impétueux de froides gelées ni neiges en Gascongne, Provence et Languedoc qu*il fut en ce pays; leurs grains, vignes ni arbres ne furent gastez comme en ce pays

Ici il y a une lacune dans le manuscrit.

ORDONNANCES HOTALES. SURVEILLANCE EXERCEE PAR LES CATHOLIQUES ENVERS LES

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