‹ Memoires de Claude Haton (volume 2)Chapitre 36 sur 37 · DEFENSE. RAVAGES ET CRUAUTES COMMIS PAR LES PROTESTANTS. ARRIVEE DES · texte numérisé non relu

DEFENSE. RAVAGES ET CRUAUTES COMMIS PAR LES PROTESTANTS. ARRIVEE DES

TROUPES ROYALES DANS LA BRIE. REACTION CATHOLIQUE. LES FEMMES DES PRO- TESTANTS DE PROVINS SONT INSULTEES PAR LA SOLDATESQUE. -— LE DUC D'ANJOU X PROVINS. LUTTE ENTRE LES SIEURS DE FOISSY ET D'ESTERNAY. EXTREME SECHE- RESSE. PROCESSIONS POUR OBTENIR DE LA PLUIE. NIC. DE PELLEVS, ARCHEVEQUE DE

SENS, X PROVINS. GUERRE ENTRE LES TURCS ET LES CHRETIENS. FAITS DIVERS.

LES ENFANTS DES PROTESTANTS SONT REBAPTISES SUIVANT LES RITES CATHOLIQUES.

L'an mil cinq cens soixante et sept, à comiBencer au premier jour de janvier, suyvant Tédict du roy, sembloit que toutes affaires entre ]e roy et les princes de France allassent de bien en mieux, et que la paix faicte avec les rebelles huguenots borbonistes et condéiens devant Orléans, en Tan 1 563, et depuis confirmée par le roy en sa ma* jorité, fust affermie de telle sorte que jamais guerre ne troubles ne se poiu:roient eslever en France pour le faict de la religion; parce que le roy en tout et partout vouloit que son édict feust observé, et aussy souvent que de trois en trois moys le faisoit réitérer et publier par les villes de France. 11 faisoit plus grand acueii et caresse aux chefz rebelles qu'aux aultres princes et seigneurs catholicques qui estoient de son party.

/i20 MÉMOIRES

1567. Néanmoins, les chefs protestants conspirent en secret contre le roi. Le cardinal de Lorraine, qui entretenait des espions dans leurs maisons, découvre leurs projets et en avertit Charles IX.

Environ la faste de Pasqiies de caste présente année, S. M. manda aux seigneurs prince de Condé et ses suppostz, signammant à Tadmirai, qui s'estoient retirez en leurs maisons de Valéry^ et Chastiiionsiir-Loing, quilz allassent à sa court; ca quMlz différèrent de faire pour la première fois, en s^excusans quMlz astoient ampeschez à leurs particulières affaires. Sur le refus desquelz, entra S. M. en soubçon et crcut plus fermement au card. de Lorraine qu il n'avoit faict auparavant. Touteffois, par importunité feit tant qu après deux ou trois aultres mandemens quil renvoya ausditz sieurs les feit aller à sa court, où ilz furent par luy et la royne sa mère raceuz si favorablement et courtoisement que rien plus; et après plusieurs paroUes tenues ensemble , S. M. s'advança de leur dire qu'il astoit en soubçon sur eux qu*ilz ne voulussent faire quelque remuement de mesnagas, par attantatz nouveaux contre le repos du royaume et la religion , à cause du refus qu ilz avoiant faict de aller à sa court à son premier et second mandement; leur remonstrant que ce saroit mal faict à aux, vau quil ne leur an avoit donné aucune occasion. Auquel respondirent lesditz sieurs que S. M. jugeoit mal de eux, et que la refiis qu'ilz en avoient faict n'estoit que pour las ampaschemens particuliers de leurs affaires qu ilz avoient, et que de relever la guerre n'y avoient oncques pansé et ny voiiloient, et qu'ilz ne désiroient aultre chose que le repos et vivre en paix en leurs maisons, soubz la bénéfice de ses édictz. Et tant sçurent bien dire lesditz sieurs devant luy, que S. M. osta tout soubçon da guerre et da masfiance qu'il avoit peu avoir d'aux, et sur leurs excusas susdittas, délibéra da sa mettre aux champs pour achever la Visitation de son royaume et d'aller es pays de Bretaigne, Normandie, Piccardia et Lorraine, où il n'avoit encores esté. Et fut mis ce voyage en avant par toute sa court et la

^ Sur les conférences de Valéry et de voy. les Mémoires de Lanoue, ch. iii, Cbâtillon avant la prise d*armes de 1667, et d*Aubigné, t. 1,1. IV, c. vu, p. 809.

ville de Paris, et en fut semé le bruict assez longtemps. 11 fiit mes- 1567. mement mis en délibération en son conseil, où il fut résolu de l'entreprendre. Les rebelles susdiclz, qui s'estoient si bien excusez devant S. M., entendans qu il vouloit entreprendre ce voyage, s'en resjouyrent et pensèrent qu'ilz facillement exécuteroient leur entreprinse sur luy, avant que ledit voyage feust par luy faict ; et pour n'y faillir, donnèrent ordre à leur entreprinse, en advertissant les huguenotz du royaume de se tenir prestz d'armes et chevaux, pour se mettre aux champs, si tost qu'ilz en seroient requis et qu'on sçauroit le lieu avantageux pour eux où seroit S. M., et si bien faire que le tout se démenast avec grand secret.

Ores, ne sceurent-îlz si bien faire que le card. de Lorraine n'en fust adverty; lequel secrettement empeschea le roy d'entreprendre ce voyage, s'il ne vouloit estre prins par les rebelles huguenotz; et pour le desmouvoir, luy donna plusieurs raisons de vérisimilitude qu'il n'en escbapperoit jamais qu'il ne feust prins par ceulx mesmes qui luy avoient dict qu'ilz ne vouloient poinct de guerre. Ce voyage fut retardé et remis à une aultre fois, dont furent faschez lesditz rebelles, qui cognurent que l'on se doubtoit d'eulx et que leur entreprinse estoit descouverte. Et pour tascher que ce voyage feust remis en avant et entreprins, retournèrent à la court bien équippez, pour accompagner S. M., comme ilz disoient, à laquelle firent bonne mine, comme aussi feit le roy à eux, lequel s'excusa de ce voyage sur l'indisposition de sa personne.

Le roy, après avoir faict, sur le rapport dudit cardinal, explorer de toutes partz de son royaume, tant près que loing, si on descouvriroit rien des entreprinses huguenoticques et condéiennes, à la fin luy fut rapporté que véritablement par plusieurs endroictz du royaume se tenoient certains propos qui sortoient de la bouche des huguenotz, qui déclaroient assez quelques entreprinses nouvelles se praticquer et estre faictes ; desquelles en estoit remise l'exécution en certain temps, comme d'un demy-an ou environ, d'aultant que les plus avantageux huguenotz et qui estoient les moings secretz avoient descouvert à

1567. leurs amys que, avant qu'il feust demy*«an, on verroit en France uAg terrible broullis. Lesquelles parolles rapportées au roy furent mises en conseil secret par S. M. , pour adviser le moyen de prévaloir leur entreprinse ou bien de se garder d'icelle. Il y fut résolu que S. M. temporiseroit et ne commenceroit le premier à lever les armes contre eux , ni à rompre la paix faicte avec eux; mais que, pour se garder de tomber en leurs mains , il estoit expédient de faire une levée de Suisses de renfort et de les faire venir à la court de S. M. pour ]a garde de son corps, et pour éviter aux entreprinses et factions huguenoticques. Et sur ceste résolution, furent levez en diligence quatre milles Suisses \ deux milles desquelz furent amenez parceluy qui les alla lever, et livrés au roy, qui estoit es environs de Meaux, au moys de may de ceste présente année. Les deux aultres milles furent tenus prestz en leur pays, pour s'en ayder à la première nécessité.

Les princes et seigneurs rebelles, sçadians les deux milles estre arrivez à la court du roy, furent passionez en leur esprit de leur entreprinse qui estoit descouverte , comme ilz en eurent le jugement par l'arrivée desditz Suisses. Lesquelz toutesfbis, dissimulans en leurs affaires, trouvèrent moyen de couvrir leur passion sous ung doubte et mesfiance quilz disoient avoir du roy, lequel, comme il leur apparoissoit, quelque bonne mine qu'il leur feist, avoit volunté de leur courre sus; et dès lors formèrent des plaintes à S. M., disans que, contre sa foy jurée, il faisoit levée d'hommes pour leur courre sus, comme en portoient tesmoignage l'arrivée des Suisses susdictz, la restriction qu'il avoit mise à plusieurs articles de l'édict de la pais faicte avec eux à Orléans, contrairement à la liberté de la religion, Timpugnité qui estoit faicte des papistes, qui en divers lieux et villes du royaume avbient couru sus et massacré plusieurs fidelles de leur religion réformée, la deffense du port des armes, que S. M. leur avoit interditte et deffendue, comme aussi le peu de conte que S. M.

' D'Aubigné dit six mille Suisses, qui s*avancèrent à grandes journées pour rejoindre la cour.

faisoit de leurs personnes, les ayans postposez à personnes indignes 1567. et de moindre qualité que eux.

Charles IX répond, en se défendant de toute intention hostile à Tégard des protestants, et en proposant d'assembler son conseil pour décider sur leurs réclamations. Le prince de Condé, qui était à son château de Valéry, fait dire au roi qu'il s'en rapporte à ses assurances, et que là réunion du conseil pour juger les plaintes des protestants est inutile. Il est plusieurs fois sur le point de se convertir au catholicisme; l'amiral l'en détourne et lui persuade que la couronne de France lui appartient de droit. Coligny ^ fait à Charles IX une réponse analogue à celle du prince de Condé, et dit qu'il veut être, comme par le passé, humble et fidèle serviteur de la couronne.

Le roy, après avoir ouy la response des seigneurs susditz, avecles raisons que luy donna de leurs personnes la roy ne sa mère, leva toute desfiance qu'il avoit eu contre eux et Sut tout prest de commencer son voyage et de renvoyer les Suisses > comme à ce faire Fexortoit laditte dame sa mère, laquelle, comme il sembloit, tenoit le party d'iceux prince et admirai. Mais mons. le connestable, qui de sa part avoit descouvert l'intention dudit admirai son nepveu, avec le card, de Lorraine et le conseil, le retindrent et empeschèrent qu'il n'entreprint ledit voyage et qu'il ne renvoyast lesditz Suisses, ausquelz il obéit. Tontesfois, ainsi que jeunes gens de l'âge qu'il estoit ne peuvent voir les affaires de loing, ni en considérer l'yssue qui en pourra advenir, ne pensa plus à ses ennemys ; mais , adjoustant foy à leur dissimulation, s'arresta es environs de la ville de Meaux, une partie du temps à Fontenay, l'aultre partie à Monceaux, une aultre partie à S'-Maur-Iez-Paris, à se bailler du bon temps à son plaisir, croyant fermement, comme aussi sa mère luy persuadoit, qu'il n avoit en son royaume nulz hommes serviteurs qui luy dissent f^us loyaux ni mieux affectionnez que lesditz seigneurs prince et admirai et leurs confédérez ; desquelz, depuis leur response ci«dessus escripte, ne print aucun doubte ni sa mère aussi, et oncques n'en volurent ouyr mal parler.

' D'après d*Aubigné , Coligny « vouloit Tinnocence. • Ce fut d*Andelot qui déterendurer toutes extrémités et se confier en mina rassemblée au parti de la guerre.

1567. li feit réitérer les édictz tant de la pacification faicte à Orléans au prouffit des huguenotz que ceux de ne porter harquebuses, pistoUes et dagues, voidant et commandant que, tant les ungs que les aultres, fussent observez sur les peines indittes en iceux , et que chascun eust à y obéyr ; et fxu*ent assoupies toutes novelles factions et entreprinses de part et d'aultre jusques à ung aultre temps.

Les seigneurs rebelles, après avoir endormy le roy à leur pipée, et sçachant par la royne mère que S. M. n'avoit sur eux aulcun soupçon de mesfiance, donnèrent advancement à leur entreprinse, pour à laquelle ne faillir amassèrent ung conseil où furent appeliez tous les principaux chefz, seigneurs et capitaines de leur faction et prétendue religion, au chasteau dudit admirai à Chastillon-sur-Loing, soubz prétexte et couleur d'un banquet que leur faisoit ledit admirai, auquel se trouvèrent ledit sieur prince de Condé, La Rochefoucault, le card. de Chastillon, d'Ândelot, Bricquemaux, Telligny, gendre dudit admirai, Mongomery, dict le capitaine Lorge, Mouy et aultres seigneurs de marque du royaume. Nombre de ministres et prédicans se trouvèrent audit conseil, qui fut assemblé au moys de juilliet, le 12* jour, et dura toute la sepmaine entière, c est-à-dire huit jours avant quilz en fissent la conclusion, qui fut telle : que toutz les huguenotz de France seroient appeliez, chascun d'eux en le ressort des bailliages et séneschaussées où ilz estoient, par les diacres et surveillans de leur prétendue religion, pour se trouver en certain jour de dimanche à leurs presches, y 'fairç la cène et entendre la résolution du conseil; qu'ilz foumiroient argent, chascun d'eux selon le moyen qu il avoit et auquel il seroit taxé , pour fournir aux fraiz qu'il convenoit faire pour le payement des reistres, estrangers et AUemans que le comte palatin du Rhin avoit levé pour eux; qu'on feroit enroUemens d'hommes françoys de laditte religion et aultres que Ton pourroit praticquer, lequel enrollement se feroit de tous jeunes hommes et compagnons de laditte religion qui pourroient porter armes; que les princes et seigneurs de la cause les prioient et requéroient de ce faire pour l'honneur de Dieu et fadvancement de la cause,

et de les assister en personne, affin de mettre leurs religion et con- 1567. sciences en plène liberté contre la tirannie du roy et de ses papistes ; que ceux qui, ayant délaissé femme, enfans, père, mère, maisons, biens, pays et toutes commoditez corporelles, pour snyvre les princes et chefz de laditte cause , seroient les mieux récompensez et plus chers tenuz desditz princes et seigneurs; que leur récompense seroit en premier lieu le salut de leurs âmes et le bien et patrimoignc des papistes, et signaiiiment celuy de la vermine de prebstres, chanoines, moynes, monastères et abbayes, qui leur seroit donné en propre pQur eux et les leurs, à chascim d'eux selon son mérite; mais qu'à ce jour de cène ne falloit appellçr ni admettre que ceux qu'on sçavoit estre vrayment affectionnez à laditte religion, et qui estoient capables de tenir ceste entreprinse secrette, pour ne la révéler aux papistes, affin de ne poinct fallir à Tentreprinse , qui en brief temps, sitost que les biens de la terre seroient serrez , seroit mise en avant; et pour ce, que chascun presche, quilz appelloient église, se tinst prest pour fournir les hommes de leur enroUement bien armez au jour qu'on lexu* sauroit à dire, pour se rendre la part et soubz les capitaines qui leur seroient dictz.

Ces nouvelles receues de toutes partz du royamne de France par les prédicans de chascim presche , fut le jour assigné aux frères huguenotz pour se disposer à faire laditte cène et ouyr les lettres de mandement à eux envoyées. Ceux du bailliage et ressort de Provins s'assemblèrent le premier dimanche d'aoust pour ouyr la lecture du mandement rebelle , et ne furent appeliez à ceste assemblée que les plus capables pour ouyr la lecture des motz secretz; mais, quant aux clauses et mandement de lever argent pour fournir aux fraîz de la cause, furent pubhez devant tous.- Chascun fut exorté à contribuer pour ce à quoy il seroit taxé , et fut chascim requis de dire librement s'il entendoit pas que taille se feist sur eux, selon le moyen qu'ilz avoient. Ceux qui ne volurent accorder furent chassez et excommuniez de leur assemblée, et ne fut le secret du mandement déclaré devant eux, et si fut deffendu aux aultres qui accordèrent de le leur révéler.

1567. Pareillement firent, dès ce! jour-là et dépuis, le pdus hastivement qu ilz purent, enroUement d'hommes des plus eipertz de letu* assettH blée, lesquelz firent le serment devant leur prédicant de se mettre aut champs au premier mandement qui leur en seroit faict. Ceux qui s'entoilèrent furent les seigneurs de Besancourt, de S'-Symon, de Patras, de Lansoue, de Prinsault, du Buat de Umbrée et encores aultres, tous gentihhoifimes que je ne cognus; avec lesquelz s'enr(rflèrent de Provins : Thibault Trumeau, dict le Saâvagê, Nicolas de Ville, advocat et garde des sceaux audit Provins, Nicolas Doury, barbier, Léon Godard, procureur, N. Rayer, escarcelier, N, Gabô, patd-

mier, N. Royer, barbier, N sellier, demourant devant TEscu de

France, et quelque douzaine d'aultres que je ne cognexis que de veue et qualité; avec lesquelz s'enroUèrent un certain nombre de gens des villes de Monstereau et Bray-sur-Seine, lesquelz estoient du ressort du bailliage de Provins et qui ailoient à la presche à Morant, ht la ville de Provins.

Fault notter que , durant la sepmaine que les rebelles susdite tindrent letu* conseil iscàrioticque et diabolicque, le vent fut sur k terre le plus impétueux que oncques fiit veu ; et commença dès le lutody 1 3* jour duditmoys de juilliet, et dura jusqttes au samedy ensuivant sans s'appâiser que la nuict. Dont advint img grand dommage sur les grains qtii estoient aux champs es pays de Brie, auquel pays oa pensoit commencer à les moissonner ce pro^)re joxir que lesditz vens commencèrent; et oncques de la nfiémoire des plus vielz hommes n'avbient esté les bledz, fromens et aultres grains plus beaux, ferrtz et espès sansbruyne, qu'ilz estoient ceste année-là; et en fut la perte si grande que sans mfenttr il n'en denioura à proufit, où ilz estoient les plus fortz et espès, que la tierce partie ou la moytié powr le plus. C'estoit grande pitié de veoir le grain tant beau et jatdne ainsi respandu sur la terre. Les pauvres gens, comme aussi plusieurs laboureurs, taschèrént à en recueillir le phis qu'ilz purent; mais n'en eussent sceu ramasser quantité qui valust la peine qu'ilz y prindrent; car les gluys estoient fortz et espès et n'en povoient recueillir qu'es royes

DE CLAUDE HÀTON, 427

où ilz le faisoient tomber avec des pa&eaux ou petis balais. Il n'estoit 1567. possible de soyer ni faidcher, tant le vent estoit impétueux et la sécheresse grande. Les bledz que aucuns avoient sayé dès le yendj-edy et samedy de devant lesditz vens» et qui estoient encores en javelles le lundy et les aultres jours de la sepmaine, furent emportez des vens, et n'en saidva-on la moytié.

Le pays de Champaigne et vallée de Seine «e perdirent beaucoup ausditz vêns; car, lorsqu'ilz commencèrent, leur moisson estoit quasi toute serrée. Lesavènes de la Brie, qui estoient mûres, furent aussi bien esgrénées du vent que les blcdz, mais non avec si grande perte. Oncques ne tomba goutte d'eau durant laditte sepmaine ni à plus de quinze jours après. Plusieurs laboureurs ne volurent souffrir que le bestial entrast en leurs champs après lesditz vens et qu'ilz eurent serré ce qui leiu* resta desditz vens, et relabourèrent leurs champs, dans lesquelz apurés la pluye levèrent les bledz fii druz et espès que, au bout de dx 6epaiaines, il sembloit des prafies; aultres laissèrent aller le bestial en leurs chwaps une et deux sepmaines avant que les relabourer» et ce néantmoins y l^va encoo^es le bled fort dru et espès; aultres nen volurent relabourer poinct 4ha bien peu, pour veoir «eidle^oient f expérience qui en adviendroit. Mais, à la moisson de Tan d'après, oa ve^t bien que ceux qui avoieot relabouré leurs terres des bledz éventez n'avoient guères plus gangné que ceux qui ne les avoient relabourez et qui avoieat faic^ des avène^ en la saison de mars. Ce qui resta de grain dans les gerbes feit huict, n^uf et dix boisseaux le cent pour le plus, qui sans la fortune, veu la grenaison.qui y estoit, et comme ^expérimentèrent ceux qui en avoient serré le samedy de devant, eust faict vingt-deux, trois et quatre boi&* seaux le cent. Pour ceste fortune, le blé froment fut au pris qu'il estoit avant la moisson et ne rabaissa nullement; toutesfois, eut son cours à 8, g et lo s. le boisseau par toute Tannée, la mesure de Provins. Voilà le commancement du malheur âpii advint à la France, pour la punition du peuple , durant le pernicieux conseil des malins rebelles et perturbateurs du repos public; et fut ledit vent si 4mpé-

1567. tueux le présage des trahisons qu ilz malins et meschans machinoient et coniplotoient au dommage de la France leur patrie, de la vraye religion, et contre leur roy, souverain seigneur du pays.

Les protestants font prier le comte palatin du Rhin de tenir prêts pour la Saint-Michel les secours qu*ii leur avait promis Tannée précédente, afin de les aider à accomplir leur entreprise et à se saisir de la personne du roi. Le cardinal de Lorraine découvre ces menées et en instruitie roi, la reine mère et le connétable, qui refusent d*y croire. Catherine reproche au cardinal de «n*e$lre que nng coureur de meschantes nouvelles, soutenant qu^il n^estoit rien de ce qu*il disoit, et que mons. le prince n^estoit de si lasche courage, comme aussi Tadmiral, de vouloir relever la guerre contre le roy, veu les responses qu'ils avpient faictes aux lettres de S. M. > Charles IX se montre plus défiant que sa mère, qui, du reste, ignorait, dit-on, la résolution prise dans le conseil des protestants.

Lesquels, ce pendant que le roy et les gens de sa court, comme aussi tous les catholicques de France, se baiiloient du plaisir, à cause du bon temps qui estoit revenu, ce sembloit, ne dormoient pas, ains sollicitoient à leur entreprinse et poursuitte de leur cause ; pour de laquelle résoiddre et prendre le mot du guet, se rassemblèrent au chasteau de Vallery-lez-Sens tous les chefz de la conjuration , avec certaines trouppes, jusques au nombre de quelque i,5oo chevaux bien armez et équipez de toutes armes, suyvis de quelque mille hommes de geds de pied. Lesquelz, avant que de se rager, envoyèrent advertir les huguenotz enroUés des presches de Troye en Champaigne, de Sézanne, de Provins, de Sens et de Montargis, pour estre prestz et se mettre aux champs au lendemain de la feste M. saint Michel, au dernier jour du moys de septembre.

L'assemblée qui fut faicte à Vallery commença à s'assembler dès le lo et 12* jour dudit moys de septembre, le roy estant auprès de Meaux. Après que audit Vallery furent arrivez quelque 3oo hommes de cheval, en attendant les aultres, firent certaines courses es environs de la ville de Sens, et après estre plus grand nombre, s'approchèrent par deux ou trois divers jours jusques auprès des portes de

la ville « en intention de se saisir de laditte ville. Mais, pour la craincte 1567. qu'ilz eurent d'estre repoulsez et de faillir à Tentreprinse, se retirèrent et n entrèrent plus avant. Ce que bien apperceurent plusieurs citoyens de la ville, qui en donnèrent advertissement aux gouverneurs dHcelle. A Tinstant de la retraicte desditz huguenotz d'auprès des portes d'icelle ville, on apperceut les huguenotz habitans de la- ^ditte ville sortir et s'en aller après les aultres, aucuns à pied, aultres %nontez à cheval, tous bien armez de harquebuses et pistoUes et en bonne couche. Qui donna lieu aux habitans de doubler le soubçon quMIz avoient, jugeant en eux que telles menées tendoient à quelque maulvaise fin, et entrèrent en grande craincte plus que devant, parce qu ilz estoient desditz huguenotz fort menacez, pour la sédition et massacre qui avoit esté faicte en leur ville des huguenotz d'icelle et aultres en Tan i56a. Estans en telles crainctes, ordonnèrent à l'assemblée de ville qu'ilz firent à ces fins, que jour et nuict y auroit gens aux portes, sur les murailles de leur ville et parmy les champs aux escoutes et pour faire le guet, sans sonner mot, affin de se donner de garde d'estre surprins, et sans armes, d'aultant que le roy les avoit fajct poser bas à toutes les villes de son royaume; et sur^ceste délibération, envoyèrent honmies de jour se tenir soubz les portes et sur les pontz , pour prendre garde à toutes personnes qui entreroient et sortiroient de leur ditte ville, et pour fermer icelles portes, si d'avanture se préscntoient nombre d'hommes pour y vouloir entrer. Ilz envoyèrent pareillement aultres hommes sages et bien entendus par les chemins et jusques dedans le village de Vallery, pour descouvrir quel nombre d'hommes s'amassoient là et que pouvoit signifier tel amas. Desquelz ayans eu response, tindrent assemblée de ville, pour déhbérer ce qu'ilz debvoient faire sur cette nouvelle occurence, et, après avoir entendu les oppinions de plusieurs des plus apparens , ne sçavoient qu'ilz debvoient faire : de prendre les armes en main pour la garde de leur ville, ou de la laisser au hazard qu'elle estoit, de peur* d'encourir l'indignation du roy, qui avoit deffendu le port des armes. Toutesfois résolurent qu'ilz ne prendroient les armes avant

1567. que d'avoir donné advertifisefifii^nt au roy des menées qui se faisoient k Valiery et es environs de Leur ville; et, pour ce faire, despeschèrent deux hommes d'authorité de leur ville pour aller au roy, qui le furent trouver à Fontenay-lez-Meaux. A la nKgesté duquel pi^éseotèrent leur harengue et requeste de leur ville , lesquelles veues et ouyes par saditte majesté, renvoya lesditz messagers, ausquelz ^aux habitans de laditte ville deffendit de prendre les armes, ne vou-^ lant croyre ce qui lui Ait dict de rassemblée dudit Vallery. *

Les députés, ayans receu telles responses du roy, s'en retournèrent en leur ville porter les nouvelles de leur légation , qui estoient de ne prendre les armes aucunement, sous peine d'estre taxez du crime de lèze m^esté royalle. Et fut assemUée toute la ville pour ouyr ceste response, qui moult troubla les habitans dHcelle, qui voyoîent le hazard d^estre surprins et saccagez d'une heure i Taultre, pour les courses si fréquentes qu^ les rebelles faisoient aux portes de leur ville, lesquelles ilz nouvroiant qu'à moytié, pour éviter la surprinse diuraalle , lesquelles aussi ilz fermoient de grand jour et ne les ouvroient que longtemps après le soleil levé. A ouyr ceste response royalle se trouva ung advocat de laditte ville, fort faimeux^en son estât, mais huguenot, ou bien lavoit esté des premiers et au temps de la sédition susditfte de Tan 1 563, nommé M^ Jehan Haion. Lequel, après avoir ouy les oppinions de ceux qui parlèrent devant luy, dist que , ou refus du roy, il leiu* «estoit libre de prendre les armes pour se deffendre et garder d'estre surprins et saccagez, eux, ieuns femmes, enfans et biens ^ comme à la vérité ilz estoient au danger de Testre avant quatre jours passeis, et que véritablement le savoit comme celuy qui a voit esté requis d'y ayder; que c'estoit une chose toute certaine que l'assemblée qui se faisoit à Vallery estoit pour surprendre les villes, portz et passages, affin de faire la guerre .au roy et aux catholioques; et pour ces causes, qu'ils de la ville ne fissent difficulté de prendre les armes tout sur l'heure, et que nul mal leur en vien* droit, ains, après la vérité cognue par le roy, leur en sauroit gré, comme aussi de l'advertissement qu'ilz luy exï avoient donné. Et d'aul-

tant qu'il sçavoit bien que luy qui parioit estoit en soubçôn à toute 1567. la ville de Sens, pour avoir esté taxé tfestre huguenot, que cek pourrait empescher foy estret adjousté€ à son dire; toutesfois, pout monstrer qu'il ne vouloit estre proditeur de sa patrie , offroit doimer argent à hommes choisis par les habitans pour la garde de la ville, qui représenteroient sa pwsonne, pour faire le debvoir d'empescher la surprinse d'icelle leur ville , desqiielz il vespondroit pour eux devant le roy, au cas que S. M. leur en deraandast chose quelconque. Et pour tollir le maulvais soubçon qu'on pouvoic avoir de luy, deman^ doit de ne se trouver au guet ni de nukt ni de jour, et qu'où le laissast paisible en sa maison, et que Ton se contentast du payement qu'il £eroit aux hommes que i^ gouverneurs commettroient en sa place , protestant devant Dieu et l'assemblée qu'il vouloit vivre et mourir pour la garde et de£Pence de la ville, comme aussi de la vraye religion catholîcque et romaine, de laquelle quelques fois, par folle oppinion, s'estoit retiré à son grand regret.

Lies habitans et gouverneurs, après avoir ouy cest homme, qui les assura du trouble qui se commençoit, et qui disoit avoir refusé à estre proditeur de leur ville, moult l'estimèrent, et  sa paroUe prîndrent les aimes stu poing, pour se gardw d'estre smprins de leurs ennemys et dm. royaume, et envoyèrent grand nombre d'hommes aux portes principalies, ayans faic^ fermer les auhres, éont bi^i leur advint, car, deux jours avant la S^^Micbel, s'approchèrent de la« cUtte ville {dus de mille i^evaixx bien armez, pour taseher à la sur* prendre; mais, estans près de iaditte ville, et ayans entendu paar leurs espions le debvoir et force qui estoit ausdîttes portes, se reti-» rèrecit avec grand regret d'avoir failly eeste bette commodité. Quelque cent chevaux, fins furieux et orgueilleux que les aultres, en^ trèrent jusques sur lés pons d'Yonne, pour veoir s'ilz sçauroient forcer les gardes de Ibditlë porte, laquelle trouvans fc^^mée, to«Drnèrent bride , et avec grande coUère se récompensèrent à injurier les gardes d'icelle, comme aussi les habitans (Sb la ville. Lesquelz habitans, ayans veu ceste entreprinse huguenoticque, furent assurez de la

1567. prinse de leurs armes « et moult estimèrent celuy qui leur avoit domié ie conseil de les prendre. Toute ceste menée se faisoit en attendant le jour et lendemain de la feste S^-Michel, et pour attendre que les gens de pied des plus assurez fussent approchez par petites bandes es environs des villes de Meaux, de la Ferté-soubz-Jouarre , de Rozay en Brie et des villages d'alentour de la court du roy, où on les avoit faict acheminer quatre à quatre, trois à trois et deux à deux, affîn quon ne s'apperceust de leur allée, que Tentreprinse ne feust des* couverte, et que la trouppe, qui en une nuictavec armes se debvoit trouver là, pût se jetter sur le roy, pour le prendre prisonnier vif ou , mort au lendemain de la S'-Michel, lorsqu'il ne se doubteroit de rien et qu'il s'amuseroit à faire la feste avec ses chevaliers de Tordre qu'il auroit faictz audit jour S^-Michel.

Toutes affaires huguenoticques estans en voye d'aller leur train, se partit la grosse trouppe du village de Vallery, pour entreprendre ce qui avoit esté par eux résolu; ilz prindrent le chemin à Montereau- Fault-YonneS et, pour faciliter leur entrée en icelle sans que les habitans s'en doubtassent, envoyèrent devant eux plusieurs hommes à cheval, deux à deux, quatre à quatre, pour se loger es tavernes et hostelleries, sans dire aucun mot. Les huguenotz de la ville sçavoient la venue de tous, lesquelz, faisans bonne mine, se pourmenoient par la ville, non tous ensemble, mais en diverses bandes, poiu* adresser les logis à ceux qui entroient, et commencèrent à y entrer dès l'heure de vespres. Le chasteau dudit Monstereau, qui est une forte place, entre les deux rivières d'Yonne et de Seine, estoit à leur commandement, car il fut saisy des premiers. Dans lequel entrèrent quelque trente chevaux à trois ou quatre fois, sans que les habitans y prinsent garde. Environ les cinq heures du soir, qui est l'heure du soleil couché et quelque peu devant, les habitans de la viUe s'apper* ceurent du grand nombre de gens qui estoient entrez dedans icelle

* n y a ici uAe interversion d^ns Tordre Charles IX ; la prise de Montereau n eut des événements; de Valéry, les protestants lieu qu après la tentative de surprise que marchèrent sur Meaux, pour surprendre Cl. Haton raconte plus loin.

et d'auitres qui y entraient à la file, lesquelz faisoientcarresse à ceux 1567. qui estoient jà entrez, et qui les armes au poing se pourmenoient par les rues; ilz commencèrent alors à prendre maulvais soubçon, et s'approchans les plus apparens les ungs des aultres, disputoient que pouvoit signifier l'entrée de tant de gens. Touiesfois n'en pouvoient deviser à leur ayse ni à leur secret, d'aultant que les séditieux rebelles qui estoient jà par les rues s'approchoient d'eux pour sçavoir et entendre ce qu'ils disoient les ungs aux aultres. Ce néantmoings, ilz de Montereau s'approchèrent de la porte de leur ville par laquelle entroit ce train, pour la cuyder fermer, mais y furent à tard, parce que les séditieux et rebelles la tenoient jà à leur commandement, et n'en purent estre les maistres lesditz de Montereau. Incontinent après le soleil couché, arrivèrent quatre ou cinq coches, dans Tung desquelz estoit mons. le prince de Condé, et dans les aultres les harquebuses et pistoUes que l'on portoit à couvert, pour armer ceux qu'on avoit envoyés devant es villes et villages des environs la court, du roy.

Après l'arrivée de M. le prince , qui s'alla loger dedans le chasteau, ne fut plus dissimulé par lesditz séditieux, lesquelz se firent maistres de la ville et chascun de leur logis. Ils commencèrent à crier par les rues à haulte voix : « L'évangille , l'évangille ! » Ilz commencèrent à faire le guet sur les murailles, à tenir les habitans en subjection, et à se loger par quartiers es maisons boui^oises et autres de la ville, chas^ cun d'iceux prenant jà ce qu'il trouvoit à son plaisir. Les gens d'église, ainsi qu'ilz purent, par les poternes se jettèrent en la rivière et dans les fossez de la ville pour se saulver, comme aussi firent les plus riches marchands d'icelle ville. Entre lesquelz se saulva Nicolas Lebel, lequel, sans arrester toute la nuit, chemina jusques à Monceaux-lez- Meaux, advertir le roy de la surprinse dudit Montereau, et luy en porta ceste nouvelle à son lever le lendemain de la Saint-Michel au matin; ce que sa majesté et celle de sa mère et mons. le connestable ne voulurent croire, ains fort le menacèrent de luy faire bailler le fouet, comme porteur de faulce nouvelle, disans les ungs aux aultres que, veu la response naguères faicte au roy par les sieurs prince de

1567. Condé et admirai, qu'il n'estoit vray ce que leur disoit ledit Lebel« et que lesditz sieurs n'estoient d'un si lasche courage qu'ils vouiusrsent rien attenter contre les édictz et le repos public. Et lut le pauvre citoyen fort niai receu, et auquel on avoit volunté de faire une meschante récompense, n'eust esté ung aultre messager de Rozay en Brie, qui sur l'heure apporta pareille nouvelle de la prinse dudit Rozay par les séditieux huguenots susditz, comme aussi d'ung aultre costé arriva messager qui certiffia lesditz séditieux estre en armeiJ jusques au nombre de mille chevaux, pour aller assaillir leursdittcs majestez. Alors fut ledit Lebel de Monstereau bien receu et mieux voulu par icelles majestez.

Ces nouvelles furent mises en conseil, pour sçavoir si le roy debvoit tenir bon ou s'enfuir. La mère royne, comme aussi le connestable, estoient d'avis que sa majesté ne hobast et qu'il les attendist. Mais mons. de Nemours fut d'ung aultre advis et persuada au roy de se saulver à Paris et non à Meaux\ comme il pensoit, parce que, comme il avoit entendu, ilz séditieux se vouloient prévaloir de kditte ville de Meaux, la moytié des citoyens de laquelle estoient tous huguenotz, es maisons desquelz s'en pouvoit estre caché grande multitude, lesquels tascheroient à lô livrer aux séditieux ennemys, ce qui estoit et se trouva vray. Et sur ce conseil , monta le roy à cheval tout sur l'heure et se meint à la fuitte à l'escorte de ses Suisses, qui pouvoient estre de deux à trois milles pour le plus, soustenus de quelques gens de cheval du train du roy et du connestable, accompagnez du vicomte de Paumy et du capitaine La Rivière-Puistaillé, lesquels ne furent pas loing qu'ilz ne trouvassent les trouppes ennemyes sur leurs talons et aux ailes, qui commencèrent à frapper sus, dont furent contrainctz lesditz Suisses de tourner visage auxdits séditieux ennemys et de se ranger contre eux en bataille pour les arrester, ce pendant que le roy se saulvoit. Lequel, avec ses petites trouppes, eust eu fort à faire davantage, si le pont de Trilbardon, qui est sur la rivière de

' Charies IX , au bruit du danger, s'é- savoir si la cour resterait dans cette ville tait retiré à Meaux. La question était de ou se rendrait en toute hâte à Paris.

Marne ^ entre Meaui et Lagni, neust esté rompu par lesditz vicomte 1567. de Paumy et capitaine La Rivière. Tant travailla le roy qu'il se rendit à Paris, bien lassé, sur les quatre heures après midi, n ayant pas encores desjusné, à Tayde de mons. le duc d'AimialIe, de mons. le mareschal de Vielleville et de quelques aultres, qui de Paris luy furent au devant avec environ deux cens chevaux ^ Les séditieux, ayans fally à leur entreprinse de prendre le roy, allèrent cercher mons. le cardinal de Lorraine, qui estoit à Meaux, pour le massacrer; mais luy, sçachant toutes leurs entreprinses, print la fuitte comme le roy, non droict à Paris, mais droict à son archevesché de Reims, et, estant poursuivy de fort près, à Taide et vitesse d'ung genêt d'Espagne sur lequel estoit monté, se saulva dans la ville de Chasteau-Thierry, dont bien luy print. Hz séditieux conjurez, ayans fally à sa personne, se récompensèrent sur^son bagage , qui , avec sa vaisselle d'or et d'argent, fut par eux prins et enmené, qui luy fut une perte grande.

Ce faict, les condéiens séditieux s'allèrent saisir de la ville de Lagny sur Marne, qu'ils trouvèrent ouverte et à leur commandement par les gens qullz avoient dès la nuict envoyé dedans pour s'en prévaloir, comme ilz avoient faict de celles de Montereau et Rozay, et par ce moyen furent maistres des trois rivières principalles nourrices de la ville de Paris, ayant les passages libres pour aller et venir devant Paris à leur commandement. Les habitans de la ville de Meaux se mirent en armes contre les huguenotz séditieux du grand marché, qui faict moytié de leur ville , sépa)*ez Tung de l'aultre par la rivière de Marne, qui passe entre les deux, et firent si vaillamment qu'ilz ne furent siurprins ni saccagez.

Si tost qu'ilz séditieux condéiens eurent fally à prendre le roy, et se voyans diffamez deceste si audacieuse entreprinse, envoyèrent les chefz ^e leur conjuration en poste de toutes partz surprendre villes et chasteaux par la France, tant près que loing; Lanoë de Bretaigne courut surprendre Orléans, le prince de Condé S*-Denis en France, l'admirai la ville de Poissi , et plusieurs aultres en Poitou , Anjou et

' Voy. Addit. aux mém. de Castelnaa, 1. 1, p. aoa, et t. U, p. 495.

â3d MÉMOIRES

1567. Dauiphiné, Guyenne et Languedoc, comme aussi La Rochelle, La Charité-sur-Loyre, Sanxerre, Vézelay et aultres. Dans laquelle ville de S^-Denis firent leur retraicte lesditz conjurez condéiens, et là assemblèrent teurs forces firançoises, quils firent haster de toutes parte, pour assaillir la ville de Paris et le roy qui estoit dedans.

Hz rebelles, après avoir saisi la ville de Montereau, ainsi que dessus est dict, laissèrent garnison dedans pour la gardei; et piller, et fut capitaine commis à cest effet Thibault Trumeau, siUDommé le Sauvage, huguenot de la ville de Provins. Lequel, pour se bien acquitter de ceste chaîne , saccagea dès le lendemain de leur arrivée les églises de laditte ville et des fauxbourgs. Après les avoir pillées, les huguenotz niynèrent tout ce qui estoit en icelles, tant ymages, autelz, chaises, menuyserie que les verrières, et en Téglise de la ville plantèrent lem* presche et prédicant. Ce fait, saccagèrent et voilèrent les maisons des chanoines et aultres- prebstres, et par après les ruynèrent et abattirent rez-pied rez-terre jusques aux fondemens. Les ecclésiasticques s'estoient saulvez à la fiiitte la première nuict de Farrivée d'iceux huguenotz dans Montereau la part qu'ilz purent, pour cercher lieu de sûreté; mais ung bon viellart prebstre, réputé homme de bien, ou qu'il ne peust s'enfuir comme les aultres, ou qu'en fuyant il feust ratrappé par lesditz huguenotz, fut par eux cruellement mis à mort, sans avoir respect à son viel âge ni à sa bonne réputation, et n'en eussent moins faict aux aultres s'iLz les eussent sceu prendre, les biens desquelz furent entièrement perdus.

A la surprinse et saisie dudit Montereau, le jour de S^-Michel au soir, n'y estoit pas le sieur d'Andelot, colonel de l'infanterie françoyse, frère de l'admirai; car au lendemain, jour de samedy, il se présenta devant la porte de Bray poiu* entrer en la ville, accompagné pour tout d'environ trente chivaux. L'eiitrée de laquelle luy fut refusée par les gardes de laditte porte, qui avoient commencé le matin à faire guet, ayant dès la nuict de devant receu nouvelles de la surprinse dudit Montereau. Il d'Andelot, faisant bonne mine, disoit ignorer la prinse de Montereau, et ne demandoit que passage par laditte ville de

Bray, potir ceste fois. Aucuns pensèrent qu'il s'en*fust saisy, à Tayde 1567. des huguenotzde la ville, qui n'estoient encores partis pour s'en aller après les aultres. Se voyant refusé, passa à gué la rivière de Seine au village de Janine, lez ledit Bray, et passant en la Brie, print son chemin par les Ormes et de là à S'-Loup, pour aller à Rozay après les aultres, pensant trouver le roy prins prisonnier, vif ou mort. Il et ses gens burent du vin au village des Ormes, sans descendre de dessus leurs chevaux, qu'ilz demandèrent à ung tavemier, et, après avoir beu, s'en allèrent sans le payer. L'auteur de ce livre passa par assez . près d'eux avec sa longue robbe, auquel toutesfois ne firent ne dirent aucun excès en parolles ni aultrement. Il estoit Theure de vespres, sur les trois heures après midy. Il d'Andelot venoit fle sa maison de Tan* layS qui est es environs de S*-Florentin.

Ce fut chose merveilleuse qu'ilz huguenotz, après avoir saisy la ville de Montereau , n'envoyèrent partie de leurs gens pour se saisir de celle de Provins, qui en rien ne sçavoit et ne se doubtoit de leurs entreprinses, dans laquelle ilz eussent esté nuict et jour jusques au samedy lendemain trois heures après midy, aussi facillement qu'en leurs maisons, et dans laquelle aussi les attendoient les huguenotz de laditte ville, pour faciliter et ayder l'entreprinse, s'ilz y fussent allez. Lesquelz huguenotz , ayans ouy le bruict de la siurprinse dudit Montereau, et que les liabitans dudit Provins estoient en conseil pour se saisir de leur ville, encores que le roy ne leur eust mandé de ce faire, partirent par diverses portes les ungs après les aultres sans sonner mot, ayant laissé leurs femmes et enfans pour aller au rendez-vous et à la meslée. Les noms de ceux qui partirent ce jour-là furent : Nicolas et Claude Barengeon ; Eustache d'AuInay, conseiller

^ M.Ghaillou des Barres a donné, dans au xvi* siècle. «On montre encore, dit-il,

TAnnuaire de 1* Yonne, i84t« 3* partie, sur les collines au N. E. en avant du*châ-

p. 1 15, une notice étendue sur le château teau, la vigne où se cachèrent, la pioche

deTanlay, situé à deux lieues de Tonnerre. à la main, Tamiral et d'Andelot déguisés

11 le décrit tel qu*il(ut arrangé par d'An- en paysans, lorsque, à la fin de i568, delot et par le cardinal de Châtillon, et ' Tavannes fut chargé de s'emparer d'eux et

raconte les événements dont il fut le théâtre du prince de Condé.

1567. au présidial; Nie. de Ville; Richard Privé; Léon Godard, M. Boyer, Gamon, procureurs; les deux Gangnotz, drapiers; Macé, sergent;

Gabo, paulmier; sellier; Rayer, faiseur de gibbecières; Jehan

Leblanc et deux fils de P. Leblanc; Nie. Doury; Royer, barbier; Doinanchin; Pèze; Cl. Gannay, menuysier; deux frères Saulsoy; Maistrat; Âdenet et quelque douzaine d'aultres, lesquelz, excepté lesdîtz Barengeons et Saulsoy le médecin, allèrent à Rozay, où estoit le rendez-vous.

Le sieur d^Estemay, avec vingt chevaux bien enhamachez et armez, se pensoit aller mettre dans la ville de Provins le samedy au matin, sur les dix heures, estimant qu'elle fust saisie par les rebelles, et. en telle espérance chemina depuis sa maison de la Motte jusques sur le pavé des Bordes et entrée des vignes, où, là, trouva gens tant de la ville que des villages, qui, à cause du marché, entroient et sortoient libroffient en icelle; lesquels luy dirent qu'il ny avoit personne qui les^empeschast, et qu'en icelle n'y avoit autre bruict, sinon qu'on commençoit à parler de quelque broullis faict en la ville de Montereau. Ce qu'il ne vouloit croire, et à tant descendit avec ses gens jusques auprès de la porte, quilz virent libre sans aucun empeschemeni , et ayant derechef entendu par aultres personnes qu'il n'y avoit aucune nouvelle audit Provins, n'y voulut entrer, mais tourna bride avec furie, et de grand despit qu'il eut s'arrachea une^ongnée de sa barbe en disant, « Nos gens ont icy laissé eschapper une belle occasion qu'ilz ne retrouveront pas à leur ayse; >» et, en disant ce, tournèrent droict à Chambenoist pour aller passer par le mouUn des Forges et prendre le chemin à Rozay après les aultres. Véritablement, si lesdits rebelles eussent envoyé audit Provins pour s'en saisir, comme ilz en avoient le moyen au partir de Montereau, ils eussent fait un temble butih des trésors des églises, tant des croix, calices d'or et d'argent que des reliquaires et meubles, comme aussi des biens des prebstres, qui estoient en grand nombre.

Les sieurs de S^-Symon, de Besan court, seigneurs de Chanteloue et Bauchery, de Patras, s' de Gymbrois, de Primsaut, deLansoue,

de Villiers S*-Georges, du Buat, paroisse de Bannost, de Sapincourt, 1567. parroisse de Boisdon, il faut entendre le père et les sieurs de Umbrée, ne demeurèrent en leurs maisons, ains en diligence et bon équipage allèrent à la meslée de leurs frères huguenotz et rebelles, telz qu ilz fstoient. Toutesfois ne fut nouvelle qu'ilz attentassent contre la ville de Provins, combien qu ilz en fussent proches voisins, ni quilz désirassent aucun trouble y advenir, comme faisoit ledit d'Esternay.

Les rebelles se fortifient à Siaint- Denis; ils saccagent et pillent les églises de celte ville, et celles de Poissy, de Pontoise et des villages environnants. De tous les points de la France, les protestants capables de porter les armes , gentilshommes ou roturiers, arrivent à Saint-Denis, où se trouvent bientôt plus de douze mille hommes, tant de pied que de cheval.

Les huguenotz de Lorraine et de Champaigne descendirent en grande diligence de leurs pays (j'appelle Champaigne les pays de Barrois, de Partois et Chaslon, pourceque ces pays sont entre la Lorraine et la Champaigne), et passèrent, depuis qu'ils furent aux champs, à si grandes journées que oncques en ce pays ne fut nouvelle d'eux qu'ilz n'entrassent dedans le bourg de Chalaustre-la-Grande, qu'ilz surprindrent sans que ceux de Chalaustre sceussent aucunement nouvelles de leur venue. Les premiers qui y entrèrent se saisirent des portes pour empescher lesditz de Chalaustre de s'en saisir, affin que leiœs gens y entrassent facilement et sans empeschunent; lesquelz furent aussi tost arrivez que l'on pourroit penser. Une partie des premiers qui y entrèrent coururent de vitesse dedans l'église et es maisons des prebstres pour les saccager et voler, et entièrement pillèrent tous les meubles de laditte église, tant bons que moindres. Hz rompirent toutes les ymages d'icelle , ensemble les fons à baptiser, comme aussy le S* cyboire, et le S* sacrement de l'autel qui estoit dedans fut par eux jette à terre et fouUé de leurs piedz.

Hz prindrent prisonniers le curé, qui estoit ung moyne venu du pays de Locoys, et ung prebstre dudit lieu, nommé messire Nicole Boulier, natif du village de S*-Martin-de-Chasnetron, ausquelz ilz

1567. firent moult d'insolence, et sîgnamment audit curé. Les biens et meubles desquelz furent par iesditz huguenotz entièrement prins et ravis , et ne leiu* demeura que ce qu'iiz ne purent emporter, comme les cendres du feu. Ledit curé fut par eux lié par les mains et mei^ par les rues en sa pure chemise, sans aultres habillemens, conmre on mène ung chien en laisse, et, pour le mieux déshonorer, ce leur sembloit, luy troussèrent le devant de sa chemise avec une espingle, ayant du tout descouvert ses parties génitalles et honteuses, en le battant de souffletz et coups de poing à oultrance, quand il ne cheroinoit pas assez ou qu'il cheminoit trop fort à leur gré. Après Tavoir bien pourmené, battu et injurié par les rues dudit Cbalaustre, le remenèrent en sa maison, et, sans le faire vestir d'autres habillemens, le lyèrent à son banc ou aultre lieu, où il fut jusques à partie de la nui et, qu'ilz s'estant tous enyvrez et endormis comme pourceaux, par je ne sçai quel moyen se deslia, print la fîiitte à Nogent-sur-Seine , où il se saulva en la maison de quelques amys, qui le rhabillèrent de leurs habillemens.

Le prebstre Houllier ne fut si honteusement ne si rudement gouverné quant à son corps, mais perdit tous ses meubles; et, pour eschapper de leurs mains, à la diligence de son père , demourant audit S*-Martin-de-Chasnetron, qui employa les seigneurs de S*-Symon et de Besancourt, huguenotz, paya dix escus de rançon. Audit Chalaustr^ y avoit ung homme nommé M* Pierre qui estoit huguenot, lequel s'employa pour la délivrance dudit Houlier, et pour faire tout desplaisir audit curé.

Ce'curé estoit fort mal voulu quasi de tous ses parroissiens et de eux fort peu plainct. Il estoit plus expert à manier pistolles et harquebuses qu'il n'estoit à faire son estât de curé. Pour son insuffisance , luy fut donné pour coadjuteur et vicaire messire Nicole Cuyssot, prebstre natif de la parroisse dudit Cbalaustre , homme expert et bien versé en son estât. Il fut tout son temps vicaire dudit Cbalaustre. Il retira en sa maison ledit ciu*é et le teinst quelque*temps à pension, dont scandale en advint; car ledit curé ayant tout honneur et son

âme en mespri$, engrossit une jeune fille ou femme, niepce dudlt 1567. Cuyssot, qui le servoit. De quoy moult fut dolent ledit Cuyssot et tous ses amys, lesquelz appréhendèrent ledit curé en justice, et luy firent sentir son enfant, et n'eust esté ledit Cuyssot, qui, en ce qu'il peut, empescha le inurtre, ses aultres parens eussent tué ledit curé. H demeura encores quelques années audit Chalaustre; mais, ny pouvant vivre en paix et seureté, se retira, et oncques depuis n'y fiit veu.

Les huguenotz susditz, ayant couché une nuict audit Chalaustre, en partirent sur les dix heures et entrèrent par les hois S^-Martin dedans la grand' route de la forest de Sordun, et cheminant le long d'icelle, s allèrent rendre au village de GoixS environ une heure après midy. Et furent les gens dudit village surprins, comme avoient esté ceux de Chalaustre , combien que N. Pille , prévost dudit Chalaustre , les eust faict advertir de l'allée desditz huguenotz en leur bourg , ce qu'ilz ne voulurent croire, jusques ad ce qu'ilz veissent entrer les fourriers et avant-coureurs parmi les rues; lesquelz, à la façon de chiens enragez, couroient çà et là pour cercher les gens d'église, pour les sac* cager et leurs maisons et église et pour les ruyner. Les gens d église, par le moyen de l'advertissement dudit Pille, prévost de Chalaustre, se donnèrent garde de tomber en leurs mains; mais ne purent 'saulver leurs biens, et qui plus avoit chez soy de meubles et provisions perdit le plus. Messire NicoUe Chancenetz, surnommé Nicolle Robin, y perdit plus de i5o escus en meubles, comme linge, estain, bois, &gotz, blé, grain et vin, et ne demeura en son logis que les parois. L'éghse fut du tout saccagée, pillée et démolie par le dedans, les omemens emportez, les livres déchirez, les ymages et verrières toutes rompues et brisées. Ung prebstre dudit village, nommé messire Jehan d' Aident, cuyda tomber eu leurs mains, arrivans les avant-coureurs plus tost qu'il ne croyoit. Lequel, estant par les rues quand ils arrivèrent, n'ayant sa robbe avec soy, changea sa jacquette noire au saguereau, rochet ou borace de treslis du vacher, ses soulliers à ses

' Gouaix, Seine-et-Marne, arrondissement de ProYins, canton de Bray-«or-Seine.

1 M7. sabotz , en prenant des maina dudit vadier son baston et ooumet « et en cet estât contre&isant le vacher, chaasoit les vaches devant soy, feîsant aussi bonne mine que cestuy qui ne cessa jamais de garder les vaches; et par ce moyen se saulva es usages et praries dudit Goit*

Ib huguenots ne couchèrent pareillement que une nuict audit Goix, et au desloger allèrent passer la rivière de Voulsie au pont Benoist, au-dessoubz du bas de Sepveille, et, en passant par S^-Loup, allèrent loger à la Croix«en-Brie. Ils pouvoi^it estre en nombre environ 1 5oo. Tous les huguenots guerriers et enrôliez de Provins se trouvèrent là avec eux audit Goix. Quelques avant*coureurs desditz huguenotz allèrent piller et saccager Téglise dudit S^-LoupS mais peu y gangnèrent; car lesditz de S^-Loup, ayant esté advertis qu'ilz huguenots lestoient audit Goix, cach^ent la châsse, ossemens, relicques- et omemens de M. saint Loup et de laditte église, et n'y trouvèrent les baibares voleurs que les yraages, qu ilz rompirent en plusieurs pièces, excepté cMe dudit saint Loup , à laquelle ilz ne touchèrent, de craiacte qu^ilx eurent que Dieu ne permist qu'ilz. fussent possédez visiblement du malin esprit et de tomber en mal caducque , en la sorte que sont ceux que le simple peuple dict estre malades* de Mi saint Loupv Et*dkl Tim diceux à son compagnon, parlant de Tymage dudit saint Loup : «Ne veux* tu pas rompre ce grand ydolle? Le laisserons^nous derrière? » Aquoy respondit Pautre : « RompsJe, si tu veux; quant à moy, je n'y veux toucher; car celuy qui est par luy représenté ne s'atache à la robbe ni aa pourpoint, mais aucorps% » Ces paroles dittes, n'y touchèrent, comme aussi ne firent nulz de la trouppe qui passa, encores que la pluspart en^ trassent dedans l'ég^se, pour veoir s'il y avoit rien de quoy iU puisent faire leur prouffit ou bailler contentement à la rage de leur meschant vouloir. Cest ymage demeura en son entier et en sa place jusques après la S^-Martin d'hiver et au retour de la grande trouppe desditz

* Malgré les incendies el les dévasta- et par son ancienneté, est encore un mo-

lionsqu elle a souffertes, Téglise de Saint- nument des plus précieux. (Voyez notre

Loup-de-Naud, remarquable par son or- Notice, dans la Bibliothèque de TÉcole

donnaace , par k beauté de ses sculptures de» Chartes , t. II , p. a4d* )

huguenots revesant de S^-Deays en ce pays icy, au retour desquels 1567. eut la teste rompue seuUement et avec grande difficulté.

Depuis Goix jusques à Lagni, plusieurs prebstres tombèrent es mains sacrilèges de ces infidelles chrestiens reniez et huguenotz, qui fturent d^iceux fort mal traitez et tous rançonnez. Deux dudit bourg de la Croix-en-Bri^ furent surprins et enmenez, comme aussi fut maistre Jehan Morin, curé litigant de Amillis, où ilz logèrent au partir dudit bourg de la Croix; pour des mains desquels eschapper, après avoir esté par eux outrageusement fouelté de veines et estrivières, fut délivré à la prière et aux larmes de ses père et mère, qui tant de fois se jettèrent à genoux devant les bourreaux pour lui saulver la vie, moyennant quarante escuz qu^ilzdonnèrent, et furent tous ses meubles perdus, qui montoient à la somme de plus de deux cens escuz, ainsi que depuis le me confessa. Voilà la piété de Téglise réformée, voilà la saincteté de vie des nouveaux réformez de Téglise et évangille de Calvin!

Hz huguenotz, tant les ungs que les aultres, n'en voulloient seuJk lement aux prebstres, ains à toutes riches gens des villes et villages qu'ilz trouvoient par les champs et qui tomboient en leurs mains, comme en ont bien sceu porter tesmoinage deux riches marchans de Donnemarie en Montois , Tung appelle Bordon ou Bourdault , et Taultre Coulemier. Lesquelz, en ung mesme temps et au mois d'octobre de ceste présente année, furent prins par les brigans huguenotz de la garnison de Monstereau et y menez prisonniers, enfermez fort estroic^ tement et encores'plus baibarement, principallement ledit Bourdon ou Bourdault, lequel fut par eux mis en une fosse en laditte prison , dans laquelle y avoit de Teau jusques à my-jambes. Il demeura dans cette fosse Tespace de quatre jours, tout droict sur ses deux piedz, n ayant aucun moyen de se coucher ni asseoir, à cause de laditte eaue, et n y avoit pour couverture au dessus de luy que ung trélis de fer feûct à claire voye. Pour duquel lieu le tirer et le mettre à pied sec et quelque peu au large, cousta à sa femme vingt escuz, et pour sa l^eine délivrance de laditte prison et sortir hors des mains de ces

1567. nouveaux religieux réformes, paya cinq cens escuz, ainsi que Tay ouy révéler à laditte femme, laquelle ne pouvoit réciter la cruaulté tirannicque qu'ilz avoient faict k son mary sans piourer fondement; de quoy elle estoit plus marie que des cinq cens vint escuz qu^il leur avoit cousté pour le ravoir. Ledit Coulemier ne fut si barbarement et mahométicquement traité en son corps, mais ''en sa bourse paya pareille rançon que ledit Boiu'dault.

Les marchans de Montereau furent tous taxez à certaine somme d'ai^ent, avant qu'ilz eussent liberté de sortir de la ville pour aller à leurs affaires, et furent chascun d'iceux prisonniers en leurs maisons, jusques à ce qu'ilz eussent payez les taxes auxquelles ilz furent cOttez, les ungs plus, les aultres moins. Et pour le regard de Nicolas Lebel, celuy qui alla advertir le roy, n^y eut aultre taxe sur luy que de perdre tous ses meubles, qui furent, par lesditz cbrestiens reniez, pillez, vendus et mangez. Lequel eust esté par eux plus cruellement martirisé, s'il eust esté en leurs mains, que oncques fut sainct de paradis après Jésus-Christ.

Âultant en faisoient les frères réformez huguenotz des garnisons de Rosay en Brie, de Lagni sur Marne, de S^-Denys en France, de Pontoîse, de Poissy et aultres lieux, aux riches marchans et laboureurs des villes et villages sur lesquelz ilzpouvoient mettre la main, et estoient lesditz riches gens en aussi grand hazard d'estre mal traictez par lesditz huguenotz qu'estoient les prebstres.

Depuis la S^-Michel jusques après la my-décembre de ceste année, ne furent les prebstres ni les riches gens des villes et villages en sûreté de leur vie ni de leurs biens, et signamment les ecdésiasticques es environs de Montereau et aultres villes saisies des séditieux huguenotz à plus de dix lieues loing, ni par les chemins non plus que dans leurs maisons; lesquelz, pour saulver leur vie , furent contrainctz de se habiller aultrement que leur estât ne debvoit, de peur d'estre cognus et prins prisonniers. 11 n'y eut église de village, à cinq et six lieues de Montereau, où les nouveaux réformez ne jettassent leurs mains sacrilèges pour la saccager et voiler. Des chappes, chasubles.

tunicques et aultres omemens de valeur, qui estoient de velours, satin 1567. ou taffetas, les judas en faisoient faire des haults de chaulses, des pourpoinctz et des mandilles; des nappes et aultre linge, en faisoient des chemises et mouchoirs; les aultres omemens qui n^estoient de valeur, les deschiroient, biiisloient et mettoient en plusieurs pièces; des croix et calices d'or et d'argent, falloit qu'ilz en tinssent compte aux commissaires, sous peine d'estre déclarez larrons au dommage de la cause. Mais toutesfois, les fins qui s'escartoient plus loing ne tinrent compte desdites croix et calices d'or et d'argent, mais par après les sceurent bien mettre en billon, pour les vendre au poids à l'once et au marc. Qui eurent fort à souffrir durant ces troubles, après les prebstres, furent les marguiUiers des paroisses, ausquelz s'adressoient les voleurs huguenotz pour se faire livrer lesditz calices, croix et meubles des églises; et à ce faire les contraignoient par tourmens et martire , et mesmement par les menaces de mettre le feu en leurs maisons, pour les brusler et leurs biens.

Quelques jours avant la feste de Toussainctz, partirent quelque huict huguenotz sacrilèges et meurtriers dudit Montereau, lesquelz, environ les dix à unze heures de nuict, se rendirent au village de Charlemaison , à deux lieues de Provins , et s'adressèrent au marguillier de l'église de ce lieu, auquel tant firent de mal et menaces, qu'il fut contrainct de leur enseigner les clefs de laditte ég^se, et les calices, croix et couppes d'icelle, qu'ilz sacrilèges ravirent et emportèrent; et non contens de ce, ni de l'outrage qu'ilz firent audit mai^uillier, chargèrent quant et quant un viel prebstre de la parroisse, qui servoit de prebstre soubz le curé-prieur, et Teumenèrent jusques auprès du moulin de Chetinot, assez près du Moulin-d'Ocle, et l'interrogèrent si les cognoissoit poinct. Qui , pour tascfaer k eschapper de leurs mains, leur dist que ouy, et qu'ilz estoient telz et telz de Provins; lesquelz, indignez de cette response, fi'appèrent sur luy à grands coups, et le laissèrent comme mort en la place. H vescut depuis quelque quinze jours pour le plus, et mourut audit Provins en la maison d'img barbier, qiii le pansoit. U s'apelloit messire Jehan Peslos, ftgé de

1567. 70 ou 1 a ans, homme fort secourable à uag chascon de ce qu'il pourvoit faire, et bien voulu des parrotssiens. Ce pillage fut estimé pluQ de cent escuz. Garnon de Provins eut la renommée de Tavoir tué « accompagné de Nicolas de Ville, Thibault Trumeau, Nicolas Doury, barbier, et quelques autres.

Les protestants assemblés à Saint-Denis font des courses jusqu'aux portes de Paris, empêchent les vivres d'entrer par terre et par eau dans cette ville, et brûlent plusieurs moulins à vent élevés aux environs des fauboui^ Saint-Denis et Saint-Honoré et de la porte Saint-Martin.

Uz se pensèrent prévaloir et saisir du pont S^-*Gou, à deux lieues au-dessoubz de Paris, qui est sur la rivière de Seine, pour passer à Dreux et en la Normandie ; mais en furent empeschez par la garnison des gens de guerre et des habitans dudit S*-Clou. Duquel pont et passage estant finistrez, se saisirent d'ung chasteau ou forte maison qui est assez près, non par force, mais par violence de leur foy, ainsi qu'il s'ensuit. Le fermier qui se tenoit audit chasteau ou maison forte, craignant d'estre prins d'assault par lesditz hi]^enotz , et de perdre sa vie et son bien, se présenta à mons. le prince de Condé, qui luy donna une saulve-garde, avec une douzaine de soldatz de sa faction pour garder ledit chasteau, jurant audit bon homme qu'ilz ne luy feroient nul tort, ains que c'estoit pour empescher que aultres n'y entrassent poor le piller. Ces soldatz, entrez avec la saulvegarde condeyenne audit chasteau, estèrent les clefz audit fermier, le tindrent prisonnier et ses gens, donnant ouverture à tous huguenotz, qui léans se mirent en garnison, mangèrent et pillèrent tous les meubles et tindrent les chemins et rivière, depuis ledit S^-Clou jusques à Paris, en plus grande subjection que s'ilz eussent esté dedans ledit bourg et passage de S^^cu. Hz huguenotz, ayàns par les villes et pssages de Poissi et S^-Germain-en-Laye passé la rivière de Seine, allèrent attenter de se saisir de plusieurs chasteaux et bourgades du costé de la Beauce, comme de Dourdan, d'Anet et aultres lieux; plusieurs desquelz furent par eux occupez et garnisons mises dedans.

Uk, contre la volunté du roy et des Parisiens, se saisirent du pont 1567. de Charenton, qui est à deux lieues de Paris en tirant à Troye en Champagne, en chassèrent la garnison que le roy avoit mise dedans, et s'en firent maistres, pour empescher les vivres qui descendoient par les rivières d'Estampes et de la Ferté-Alex; et ne fut plus possible aux catholicques d'aller de Troyes et de Provins audit Paris à pied, cheval ni charroy par ledit pont de Charenton, qui est le passage commung et le plus droict, ains convint aller passer à Melun et Corbeil.

Pour lesquels faire desplacer et quiter ledit pont de Charenton, fallut que le roy et les Parisiens dressassent ung petit camp avec grosse artillerie pour les aller battre; ce que bien sçachans lesdite huguenots , n'atendirent qu'on les forçast de le quitter, ains d'eux-mesmes rhabandonnèrent, après avoir rompu et démoly les grosses tours de pierre qui estoient sur les pontz de la rivière de Marne, bruslé les moulins et jette les pontz et arches par terre en laditte rivière, qui (ut ung dommage fort grand.

Charles IX s*efforce d'éviter la guerre. Des négociations sont entamées en son nom avec les chefs protestants. Le chancelier de THôpital, avec MM. de Morvilliers , de Vieilleville, etc. se rend deux fois, dans les premiers jours d'octobre, auprès du prince de Condé, pour arrêter les bases d'un accoomiodement Les conditions des rebelles, qui demandaient la liberté de conscience, sans distinction de lieux ni de personnes; l'égale admission des réformés et des catholiques aux emplois; la réduction des impôts; la convocation des états-généraux, ayant paru exorbitantes, le roi fait sonuner les chefs protestants de venir le trouver sans armes et lui rendre obéissance, ou de déclarer s'ils entendent approuver la rébellion. Les chefs mentionnés dans la sommation, en date du 7 octobre iSGy, sont : le prince de Condé, le cardinal de Chastillon, l'amiral de Coligny, d'Andelot, la Rochefoucault, Genlis, Germontd'Amboise, de Saux, deBoucart, de Boucavanes., de Piquigny, de Lysi, de Mouy, de Saint-Phale, d'Estefnay, comte de Mongomery et vidame de Chartres. Les protestants, alors, bornent leurs prétentions à ce qui concerne la religion et la sûreté des personnes; mais les négociations reprises avec le connétable de Montmorency restent sans résultat, et Charles IX se prépare à la guerre, en rassemblant des soldats et en ordonnant aux villes de son obéissance de s'armer pour leur défense

1567. Après que les villes d'obéyssance eurent prias les annes pour se garder de la surprinse des huguenots , esleurent ou leur furent baillez gentilshommes catholicques et fidelles au roy« pour estre capitaines et gouverneurs d'icelles pour S. M. Les habitans ne laissèrent d*eslire hommes d^entre eux pour estre capitaines des quartiers et portes, qui avoient commandement pour les contraindre de faire le guet. Toutesfois, lesditz capitaines ne pouvoient rien entreprendre sans le sceu et volunté du capitaine général, lieutenant pour le roy, qui y avoit esté ordonné par S. M.

Les habitans de Provins esleurent M. de Lours, gentilhomme catholicque demourant à deux petites lieues, lequel accepta la chaîne et se transporta audit Provins pour y faire le service du roy et des habitans, ayant prins pour son lieutenant M. de la Barge, de Molînd'Ocle, parroisse des Ormes, homme bien catholicque et religieux. 11 de Lours assembla une compagnie de trois cens hommes, composée de chefz et de soldatz telz qu*il les^ put trouver, partie de gens d'église , partie d'artisans de ville et de villages. Hz furent nourris et payez aux despens de la ville, et logez par bulletins es maisons des habitans. Il feit remparer les h eux les plus foibles qu'il luy sembloit estre siu* les murailles, et distribua sa compagnie pour faire le service es quatre portes principalles, et aller avec les habitans au guet nuict et jour. Lesditz soldatz estoient si mal aguerris et équippez, que les habitans n'en faisoient conte.

Mons. de Barbesieux, lieutenant de mons. de Guise au gouvernement de Champagne et Brie, demoura à Troye pour la garde de la ville. — Mons. de Viilegangnon , M^ Nicole Durant, natif de Provins, chevaher de Malthe, fut gouverneur de la ville de Sens et capitaine pour le roy. — Mons. de ViUers aux Corneilles fut gouverneur et capitaine de la ville de Sézanne, de laquelle il estoit bailly. — Mons. de Gombault fîit capitaine et heutenant pour le roy dans la ville de Bray sur Seine, où il fut taxé de s'estre porté mal k la nécessité. — Il n'y eut dans la ville dé Nogent capitaines aultres que ceux de la ville, et n y eut personne qui y conmiandast pour le roy, dont mal leur advint.

Nous avons dict que la compagnie de mons. de Lours estoit com- 1567. posée de prebstres, comme aussi de gens d^aultre estât. Ce advint pour le ban que le roy feit faire en ce pays icy et par son royaiune, que tous gens d^ église ^ de quelque religion et monastère qu'ilz fussent, qui vouldroient aller à la guerre et porter les armes contre les huguenots pour la deffense de la religion cathoHcque romaine, pour son service et du royaume, qu^ilz y fussent admis, ne voulant pour cela qu'ilz encourussent le vice d'irrégularité, ne que rien leur en fust reproché, et que de ce faire en avoit obtenu la licence du S^ Père le pape de Rome. Qui fut la cause que plusieurs prebstres, moynes et religieux de différens monastères, tant rentez que mendians, quittèrent le brevière et Thabit, s'enroUèrent soubz des capitaines^ et s'en allèrent à la guerre. Il ny alla que les plus jeunes et les plus éventez, moins dévostz et aymans leur religion, comme aussi des prebstres séculiers. #

Avec M. de Lours, capitaine et lieutenant général pour le roy à Provins, estoient encore quatre capitaines, citoyens dudit Provins, esleuz et choisis par les habitans : Nicolas Thomassin, marchant, pour la porte et quartier de S -Jehan; Nie. de Villers, aussi marchant, pour la porte et quartier de Jouy; M^ Jehan Retel, advocat, pour la porte et quartier de Changy; et M^ Claude Thibault, conseiller du roy au siège présidial, pour la porte et quartier de Culoyson, hommes bien estimez pour vraiz citoyens loyaux et fideUes, comme aussi catholicques et bien affectionnez au roy et à leur ville et patrie , combien toutesfois que plusieurs eussent doubte et oppinion contraire dudit Retel. Pour duquel entretenir le mauvais soubçon, advint ung scandallé tel qu il s'ensuit. (}ug jour que les nouvelles de l'augmentation des troubles s'avançoient en ce pays de Brie, et que les infidelles huguenotz levoient le siège de devant S^-Denis, les citoyens de Provins et leur capitaine général se donnèrent garde de leurs affaires, et par plusieurs heures de la nuict firent ronde sur les mmrailles, pour veoir quel deb* voir faisoient les sentinelles et coips de garde des portes et murailles, et sîgnamment ceux du quartier dudit capitaine Retel, d'aultant qu'es

1567. années passées, comme aussi en ceste présente, il avoit esté veu plus huguenot que cathoUcque. Estans ceux qui faisoient la ronde audessoubz de la porte de Changy, s avisèrent de toucher à la serrure , pour sçavoir si elle estoit fermée à clef; lesquels trouvèrent que non. Laditte porte ouverte, passèrent au pont-levis, que pareillement trouvèrent n'estre fermé à la clef, dont advint grand murmure. Le guet fut renforcé soubz laditte porte, pour la garde d'icelle, comme aussi du pont-levis, avec commandement aux sentinelles posées sur les murailles de faire bon guet, afiBn de descouvrir ce qui pouvoit advenir de maulvais. Toutesfois cette nuict n'advint aucune embusche. Au lendemain matin, reproches furent faictz audit capitaine de cestè faulte, lequel, superbe qu'il estoit, voulut maintenir les avoir luymesme fermez à clefz, et ne voulut croire qu'ilz fussent ouvertz, jusques à ce qu'il vcit de quoy. Qui , pour la deifense de son honneur, en soustenant les avoir fermez, accusa le corps de garde qu'il avoit posé sur laditte porte de les avoir ouverts, ou bien de n'avoir faict bon guet pour descouvrir ceux de la ville qui les avoient ouvertz. Toutesfois, cela se passa, d'aultant que, tant de par luy que de par sa femme , il estoit des plus apparens de la ville. U fut tenu propos de le déposer de sa charge sur l'heure; mais fut résolu qu'il continueroit, de peur qu'estant déposé, plus facillement, en vengence du déshonnem* qu'il en eust receu, il n'eust praticqué avec les ennemys pour les mettre dedans la ville.

Qui causa l'entretien de la maulvaise oppinion conccue dudit Retel fut la prinse de trois jeunes garçons du village de la Motte de Tilly, lez Nogent- sur-Seine, qui) retournans en leurs maisons du camp huguenot de S*-Denis, où les avoit mené le sieur d'Estemay, furent arrestez et prins prisonniers par les gardes de la porte de S* Jehan, l'ung desquelz estoit filz à un honeste homme dudit village de la Motte, nommé Quinet Grand-Pierre, noû huguenot, et estoit appelle en commung vulgaire Mion. Lesquelz, estant trouvez surprins en leur langage, et saisis de quelque petit meuble de gens de village, furent conduictz es prisons du roy, comme espions et explorateurs

de trahison, pour faire tort à la ville de Provins. Cela advint le jour 1567. ou lendemain que laditte porte fut trouvée ouverte ou non fermée à clef, et toutesfois, selon ce que je cognus du faict, ledit Retel ne sçavoit rien de l'arrivée desditz garçons, ni eux de luy. En les arrestant prisonniers , fut enquis s'ilz cognoissoient personne en la ville de Provins; respondirent quemon, excepté ledit Mion, qui dist seulle- » ment y cognoistre ung preostre nommé M^ Claude Haton , duquel il estoit parent. Ores, n*estoit ledit Haton audit Provins, qui occasiona de les mettre en prison bien estroictement et séparément Tung d^avec Taultre. Contre lesquelz le seigneur de Lours, capitaine général, commença à procéder criminellement, et après les avoir interrogez et trouvez fermes en leurs parolles, se résolut de leur bailler la gehanne, pour leur faire recognoistre Testât des huguenotz, de leur camp et de leurs desseings. Le jour qu'on les vouloit gehanner, arriva audit Provins ledit Haton, duquel ilz s'estoient rédamé, et qui, après en avoir entendu nouvelles, se transporta en la prison pour les veoir et parier à eux. Auquel ilz discoururent entièrement la vérité de leur iaict et la cause, de leur retour du camp huguenot, et après avoir le tout entendu, le déféra audit sieur de Lours et au sieur de la Barge, son lieutenant, desquelz il estoit bien cognu et familier serviteur. Ceuxci, ayant ouy le tout et faict foy au rapport dudit Haton, qui se porta fort pour eux, ne les firent gehanner ni davantage détenir, ains les renvoyèrent la part que bon leur sembla. Ledit Haton estoit natif du village de Meel sur Seine , à deux lieues de Provins, comme aussi estoit la mère dudit Myon, sa cousinne germaine.

Sur les menées et entremises ci-dessus dittes, les gouverneurs de la ville de Provins, qui estoient les procureur, escbevins et capitaines des quartiers susditz, s'assemblèrent au logis dudit sieur de Lours, qui estoit logé en la rue aux Aulx, es maisons qui furent à feu NicoUe Janvier, advocat du roy à Provins, pour adviser à tout ce qui estoit utille et nécessaire pour la garde de la ville. Et en ceste assemblée fut proposé comment Ton se devoit comporter envers aucuns citoyens que 1 on sa voit estre huguenotz secretz et qui estoient lors en laditte ville.

1 567. Tels estoient : M^ Jehan Alleaume » baily ; M^ Jehan de Ville , procureur du roy, les deux principaux pilliers de la ville, et encorea quelques auitres qui calloient la voiile, en attendant Tyssue de ceate guerre, pour se déclarer d'ung party ou de laultre. Girard Janvier, le plus riche boui^eois de laditte ville, nestoit en moindre suspicion que lesditz bally et procureur du roy, lequeU si tost qu*il sceust la sur* priuse de la ville de Montereau et le renouvellement des troubles, alla chascun jour à la messe en sa parroisse de S^-Pieire ou aux Jaco* bins, à laquelle il navoit esté, pour bon jour quil feust, il y avoît plus de quatre ans. Contre lesquels la ville avoit doubte de mesfiance, et qu'ilz ne s'entendissent avec Tennemy, pour, avec trahiscm, par surprinse le mettre dedans la ville. Ce doubte mis en conseil, fut à la fin résolu que lesditz capitaines iroient visiter les maisons des suspectz, pour veoir les armes qui estoient dedans et combien de iamille il y avoit en chascune; le tout mettre par roUe et inv^itaire, et les désarmer, en emportant icelles armes hors de leurs maisons, affin qu ilz n en pussent ayder à personne. Et pour prendre meilleure occasion de ce faire, fut conclud que Ton visiieroit toutes les mc^sons de la ville, tant catholicques que huguenottes.

Cette résolution prinse, fut appelle à ceste assemblée ledit bally de Provins, poiu* Touyr parler et avoir sur ce son advis. Auquel ledit sieur de Lours fort dextrement fett entendre le soubçon et la maulvaise oppinion que le vulge commung de Provins avoit de luy et de quelques aullres touchant le faict de la religion, et que pour ce la ville de Provins n'estoit exempte de suspicion de quelques intelligences de eux avec les ennemys; pour à quoy obvier estoit faicte ceste assemblée, à laquelle on lavoit voulu appeller, pour le prier d'estre fidelle au roy, à sa ville et à la patrie, ce qu on croioit bien qu il estoit et vouloH estre , et quant et quant d'assister aux affaires publicques de laditte ville, comme le principal chef d'icelle, en luy promettant que de lors en avant nulle assemblée ne se feroit qu il n y fust le premier appelle pour en donner son advis. Il baUy, après avoir paciemment escouté ledit capitaine général, respondit que véritablement il sa voit

bien qu'il estait suspect à toute h ville de Provins touchant le faict 1567. de la religion calholicque , à cause que ^ en vertu des mandemens du roy à luy adressez , il avoit installé les prédicans es villes de Sézanne et de Provins et érigé leurs presches es lieux où iis estoient exercez, et que aussi il avoit fréquenté et faict faveur aux gentilshommes et aultres huguenotz de Provins et des environs; mais que toutesfois, malgré cela et Tintennise qu'il avoit faict de ne fréquenter fort souvent les catholicques es églises pour ouyr le service divin, il n estoit aultre que catholicque et n'avoit esté; que avec les ennemys n'avoit aucune convenance et ne vouloit avoir au domage de sa ville, pour la deffiense de laquelle contre Tennemy huguenot vouloit exposer corps, vie et biens, comme Texpérience en feroit preuve, s'il advenoit qu'ilz fussent par luy assaillis; dédarant le nombre des armes qui estoient en sa maison, lesquelles il abandonna pour le service de la ville, permettant aux capitaines, procureur et esche vins de se transporter en sa maison pour la visiter, et mesrae de les transporter hors d'icelle, en cas qu'ilz ne levassent la mesfiance qu'ilz pouvoient prendre de luy. Toutes ces raisons dictes, fut ledit bally tenu pour iidelle serviteur du roy et bon citoyen, admis à toutes affaires publicques et le premier avec ledit seigneur de Lours au gouvernement de ia républicque de la ville.

Le procureur du roy de Ville ne fut appelle à ceste assemblée, pour ce qu'il estoit en plus maulvaise réputation que ledit bally, à cause de son déportement de la religion catholieque, et de l'absence de son filz, qui estoit avec les huguenotz assemblez à S*^Denis. Les capitaines entrèrent en sa maison, qu'ilz visitèrent avec ses armes, et les mirent par inventaire. De quoy se trouva fort scandalisé, usant de menaces assez suffisantes pour le massacrer s'il eust eu à faire à gens mutins. Pour passer sa colère, sortit ce mesme jour hors de Provins de sa bonne volunté, sans aucun commandement; mais ne luy fut permis d'y rentrer à son retour quand il se présenta à la porte, l'entrée de laquelle luy fut refusée par les gardes, srion le commandement qui leur en estoit faict, et fallut qu^il s'en retoumast la part

1567. qu'il voulut. Il ne fut £siict aucun tort aux biens de sa maison de Provins, pour Thonneur que chascun portoit à sa femme, qui estoit des plus catholicques et fidelles qui fussent dans la ville. Ung certain jour après, sçachant que ses parens et meilleurs amys estoient de garde à la porte S^-Jehan, se présenta pour entrer en la ville et en sa maison, ce qu ilz luy permirent, contre la volunté du capitaine. Il n'eut si tost gangné sa maison, que la turbe pruvinoise commençoit à se mutiner pour son retour; ce qui fut déféré au capitaine Thomassin, lequel, pour obvier à sédition, luy alla faire commandement de sortir hors de la ville, s'il n'aymoit mieux estre saccagé et sa maison pillée et entièrement ruynée, ce qu'il refusoit de faire, s'il n'eust veu jà le peuple s'assembler devant sa maison. U s'en retourna à grand regret et avec grandes menaces, qui pensèrent engendrer une sédition, si la prudence dudit capitaine Thomassin n'y eust empesché. Du depuis, il n'atenta de rentrer jusques après les camps passez par ce pays, et fut suspens de son office de procureur du roy, suyvant l'édict de S. M. Pour y rentrer, devant les troubles passez, obtint lettres de saditte majesté, sur une je ne sçai quelle attestation qu'il feit par tesmoings apostez, gens de toutes qualitez, pardevant deux notaires, aussi atiltrez à sa dévotion, lesquelz attestèrent ne l'avoir jamais cognu atdtre que catholicque, l'ayant veu avec les catholicques es églises tant de Provins que Paris et aultres lieux, durant la messe et le divin service; et tel en déposa qui ne l'avoit veu à la messe ni -en église quelconque il y avoit plus de dix ans. Et, par ce moyen, rentra en son estât de procureur du roy, avec lettres qu'il feit enthériner à ung jour de plaictz du bally et siège présidial.

Le roy, par un édict faict depuis la reprinse des armes de ces présens troubles, avoit suspendus tous officiers huguenotz de son royaume, et déclaré tous actes par eux faictz de nulle valeur, depuis laditte reprinse des armes, et leurs offices et estatz donnez en garde à aultres catholicques. L'estat de garde des sceaux que tenoit Nicolas de Ville, filz du procureur du roy, fut donné en garde k M* Noël Branchu , advocat audit Provins.

Il fault icy réciter une alarme cpie les gens du guet de Provins 1567. donnèrent une nuict aux citadins de leur ville, pour n'avoir bien remerqué et recognu toutes choses qui estoient aux environs. Or fut-il que une dizaine d'hommes, estans posez sur la toumelle de l'Arche Fendue , qui est la fin du quartier de la porte de Changy, le dixenier, qui estoit Estienne Barrier, gendre de Adrian Leblanc, voulant faire debvoir de bon soldat, posa sentinelles sur les murailles, lesquelles souvent il visitoit et les rafreschissoit pour les empescher de dormir. A certaine heure de la nuict, faisant cest office, jetta son regard droict au prieuré de Chambenoist, qui est au dessoubs le village de S^-Michel de Pongnis; il apperceut une lanterne ou fallot allumé es environs dudit Chambenoist , ou bien une lumière allumée dedans le moulin à tan ou à fouUon, la lueur de laquelle luy feit représenter à ses yeulx tous les arbres de saux ou auHres qui estoient depuis les murailles dudit Provins jusques ausditz moidins et quasi aultant par delà; lesquels arbres et saux il jugea éstre des hommes, et de frayeur qu'il eut, sans avoir bien remercqué, commença à crier : A Tarme! à l'arme! et quant envoya dans la ville (sans prendre advis de ses soldatz) aux capitaines, pour faire sonner l'alarme au son du tambour. Le capitaine Retel, ayant receu ceste nouvelle de la part dudit Barrier, estimant qu'il Barrier feust plus expert et mieux asseuré en tel cas qu'il n'estoit, alla au tambour et feit sonner l'alarme par les rues, au son duquel furent incontinent sur pied les habitans. Le seigneur de Lours, capitaine général, ne fut plus tost advérty de ce faict qu'il ouyt l'alarme sonner par les rues, et se trouva aussi estonné que les habitans, pensant jà estre prins. Cependant , la lanterne ou lumière que l'on avoit apperceu, ainsi que dessus est dict, s'estoitabsconcée, et n'en voyoit-on plus la clarté; parmy les ténèbres de la nuict^ estoient apperceuz les saux et arbres que l'on avoit jugé estre des hommes. Les premiers qui abordèrent à l'Arche-Fendue reconnurent les saux de la prairie là où le dixenier Barrier disoit estre les ennemys, et fut donné congé à chascun de s'en retourner en sa maison.

Plaisanteries des dames de Provins à propos de cette affaire.

I5A7. U nous fauit retourner à Paris et k S^Denis en France, où s^aoïassoient les deux années, lesquelles furent quasi aussi tost aprestées Tune que faultre, combien qu'il fault confesser toutesfois que les rebelles huguenotz condéyens furent plus tost en armes pour ravager le pays parisien que le roy n'eust amassé des forces pour leur résister, lesquelles entrèrent avec toute difficulté dedans la ville de Paris, pour le passage des chemins qui leur estoient empeschei. Lesditx rebelles eurent le loysir de cinq à six sepmaines de tout ravager, piller, ravir et voiler es environs de Paris et de tenir la ville en sub~ jection telle qu'ilz cuydèrent Taffamer avant qu'on osast entreprendre de les combattre. Hz estoient si audacieux, que les gens et bestial qu'ilz ravissoient es environs dudit Paris, pour les mener en leur camp, ilz les passoient pardevant les portes et murailles dudit Paris à la portée d'une barquebuse à crocq, pour despiter les gardes parisiennes. 4

Le roy, après s'estre submis à tous debvoirs plus que à un roy n'appartient envers son vassal, pour pacifier ce tumulte et rebelle entreprinse huguenoticque, volnt adviser à faire par armes ce qu'il n'avoit sceu faire par amytié. Lequel, pour se délivrer et le monde parisien de ceste vermine et Locuste plus que saulvage, après avoir amassé le nombre de dix-huict mille hommes, tant de pied que de cheval, composez tant de ses gens d'ordonnance que de peuple parisien, volut donner le combat et ordonna M. le connestable Anne de Montmorency son lieutenant général, pour conduire son armée catholicque, qui estoit campée es fauxbourgs S^-Denis et quelque peu avant, au lieu dit la Chapelle, qui est une petite église sur le chemin, distante dudit fauxbourg ung quart de lieue. Elle avoit en teste et k sa veue l'armée huguenoticque , qui estoit campée hors de la ville S^-Denis, au lieu où maintenant on tient la foyre du Lendit, qui povoit estre de douze mille hommes et plus.

De descrire icy les escarmouches qui se donnoient par chascun jour les ungs sur les aultres, comme aussi celles qui attacquoient ia bataille, je ne puis, pour ce que je n'y estois pas; mais bien ai sceu

que Tarmée huguenotte estoit campée à radvantage, ayant la rivière 1567. de Seine à dos, la ville de S^Denis à costé, et le village de Aubervilliers en teste. Toutesfois, n^avoient intention de combattre pour ce jour-là (lo novembre), si la bonté ne les y eust converty, car estoient desmembrez les ungs d avec les aultres; le sieur d'Andelot estoit allé à Poissi, pour composer avec les habitans, qui avec luy a voit mené grand nombre de gens de pied et de cheval, qui estoient quasi toute la fleur de leur camp, pour faciliter le passage aux troupes huguenottes de Languedoc, de Provence et de Poitou, qui leur venoient en secours. Ce que bien sceut M. le connestable, qui ne voulut laisser perdre ceste occasion^; lequel toutesfois fut quelquement blasmé, de ceux possible qui ne cognoissent rien en faict de guerre, d^avoir combatu ce jour-là, sans avoir eu la patience d^attendre les forces du roy entières, qui luy estoient proches de toutes partz et prestes d'arriver au camp catbolicque, et entre aultres i ,200 chevaliers bien armez et montez et 2,000 hommes de pied, tous Flamens, Bourguignons et Espagnolz, que le duc d'Albe, lieutenant pour le roy d'Espaigne es pays de Flandre, envoyoit à nostre roy, par le commandement du sien, soubz la conduitte du comte d'Arenberg, lesquelz n estoient qu à une joiunée loing du camp catbolicque de France.

Ceste bataille de S^-Denis fut assez rudement attacquée de part et d*aultre, qui ftit cause de donner une trop grande craincte à plusieurs fuyartz catholicques, lesquelz, ayant tout honneur en mespris, quittèrent leur lieutenant général et les princes pour rebourser chemin droict à Paris, à Tespreuve de leurs chevaux. En ceste bataille finist ses jours M. le connestable de France Anne de Mommorency, ayant receu ung coup de coutelas au visage et une pistolade dedans les reins, que luy donna ung huguenot escossois, nommé Stuart, qui

* Sur la bataille de Saint*Denis, voyez Addit aux Mémoirei» t. U, 1. VI, p. AgS;

d*Aubigné, Histoire universelle, 1. IV, t. I, — Journal de Brulart, p. 170-184; —

p. ai4; — de Tbou, HisL iiniv. L XLII; Mém. de Lanoue (coQect. Micbaud, t. IX,

— Castdnau, Mémoires, 1. IV, c. v-?ii, et i** série, p. 6i4), etc.

1567. autresfois avoit esté archer de la garde du feu roy Henry II"*. 11 ne mourut pas en la place, mais fut remporté dans la ville de Paris, où il mourut en moings de deux jours après ^

La mort dudit connestable fiit plaincte de peu de gens du party des cathoiicques, à cause de la huguenotterie de Tadmirai, du card. de ChastiUon et d'Andelot, ses nepveux, qui estoient, après le prince de Condé, chefz des rebelles huguenots françoys et des plus mescbans; et avoient plusieurs personnes ceste oppinion dudit connes^ table qu'il les eust bien retirez de ceste rébellion s'il eust voulu, attendu que tous avoient esté avancez en leurs estatz par le feu roy Henry, par son moyen. Il fut plainct aucunement par quelques gens de guerre et aucuns gentilshommes, pour le crédit qu'ilz perdoient par sa mort.

Plusieurs personnes aveuglez et non cler-voyans en toutes affaires parlèrent de sa mort à son déshonneur, disans qu il ne fut tiïé à la-djtte bataille par ledit Stuart, ains par ung guerrier de la part du roy et des catholicques que Ton ne voulut nommer, e| luy fiit donné le coup d'aultant qu'on le veit qu'il s'enfermoit dedans le bataillon du prince de Çondé et de l'admirai son nepveu, pour se rendre prisonnier entre leurs mains, comme telle avoit jà esté sa coustume en deux batailles, à la bataille de S'-Laurent contre l'empereur Charles le Quint, en l'an i5Ô7, et à la bataille de Dreux contre les mesmes rebelles huguenotz, en l'an 1 562. Aultres l'ont voulu excuser et dire qu'il fut véritablement tué par ledit Stuard*, faulte de se faire à cog-

^ Le connétabkAtmedô Montmorency mourut deux jours après la bataille dé Saint-Denis, le la novembre iSôy. Il était âgé de près de soûiante et quinze ans. ( Voy. sa vie dans Brantôme.)

* Voici ce que j*ai pu recueillir sur ce personnage. Parmi les historiens qui Tout mentionné , les uns rappellent Jacques , les autres Robert ; ce dernier nom parait le véritable, c'est celui qu'attribuent k Stuart

François II, dans une lettre au connétable de Montmorency du 25 février iSSg (i 56o) , etdeThou, dans son Histoire universelle. Vieilleville et d*Aubigné ne lui donnent pas de prénom; mais d'Aubigné le dit parent de la royne d'Escosse, Robert Stuart, selon plusieurs récits, fit partie de la garde des archers écossais sous Henri II et ses successeurs. Il avait embrassé le protestantbme, et Minard, président au par-

noistre et de parler, ce qui ne luy fîit possible de faire, pour la grande collère où il estoit, et de despit qu'il avoit de se veoir ainsi abandonné et le camp du roy pap les fuyartz, mesmement par ceux de sa compagnie^ et que luy, combattant à main de son espée, donna deux ou trois coups du pommeau d'icelle sur la bouche dudit Stuard, dont luy rompit quatre dens en la bouche, de quoy collère, ledit Stuard luy deshanda sa pistolle au travers des reins, dont il mourut.

Geste bataille fut en tel bransle que longtemps on estimoit les cathoiicques Tavoir perdue , et de faict les huguenots se sont toujours vantez de Ta voir gangnée, à cause de la mort dudit connestable, qui y fut tué. Toutesfois, furent à la fin contrainctz de quitter le champ et de se retirer à la vitesse pour se saulver, et si demeura en laditte bataille beaucoup plus des leurs mortz et prisonniers que des cathoiicques du party du roy, mais non gens de marque et de renom, comme furent ceux desditz cathoiicques. Le nombre des mortz, tant d'une part que d'aultre, fut estimé à deux mille personnes pour

lement de Paris, ayant été assassiné pendant le procès d* Anne du Bourg, on l*accusa de ce meurtre. Il passait pour se servir de balles empoisonnées qu*on appelait de son nom Stuardes, témoin ce quatrain adressé au cardinal de Lorraine :

Garde-toi , cardinid , Que ta ne «ois tnôté A la Minante, D*ane Stnarde.

Impliqué dans la conspiration d*Âmboise, il parvint à s*échapper, combattit dans les armées protestantes et fut blessé au siège de Corbeil , en 1 563 . A la bataille de Saint- Denis, où il commandait un corps d'Écossais, il prit le connétable, qui, en cherchant à s*écli^>per, lui cassa trois dents avec son épée. Suivant les uns, ce fut Stuart qui donna le coup de la mort à Anne de Montmorency; d*Aubigné dit que ce fut un autre Écossais. Le même écrivain

fait mourir Stuart à la bataille de Jamac, de la main d*un capitaine du connétable. Brantôme donne des détaHs circonstanciés sur la mort de Stuart à la suite de la bataille de Jarnac. Claude Haton le présente comme ayant été pendu en 1 56g. Robert Stuart paraît avoir fait partie d une branche de la maison royale d*Écosse, dont les membres, descendants de Jacques II, furent, au xvi* siècle, seigneurs de Lisines, de Savins et de Jutigny, en Brie. (Ythier, NobiliairB du haiUiage de Provins, p. 94*) Voyez d'Aubigné, Hist univ» 1. 1, p. 90, ga, 96, ai5,ai6, aSo; — Mém.de Condé et Arckive$ curienses de Vhistoire de France, t. IV, p. 3a ; — de Thou, Histoire uniterselh, liv. XXXIII et liv. XLII; — La Popelinière, fol. i44 V; — Vieilleville, Méfà. 1. IX , c. 36 et 37 ; —Addit, aax Mém. de Castehum, t I, L I, p. 363, eVt. II, p. 683 ; — Piguerre , Hist. deFr. p. 55o, etc.

1567. ie plus. De la part des catholicques, furent tuez» pour les gens de renom : M. le connestable Anne de Mommorancy; Qaude de Batarnay, sieur d^Ânton, guidon de ia compagnie dudit connestable^; le comte de Chaune, Hyéronyme de Tiuîn; le capitaine Loup, seigneur de. . . en Beauce, gendre de feu M. de Tachy^ et bien 4o aultres, que capitaines que chefz de compagnies , avec plus de 3oo hommes signalez, tant de pied que de cheval, sans ceux qui n eurent poinct de nom. Ducosté des rebelles, furent tuez et blessez : le vidasme d^Amiens, le sieur de Picquigny', les sieurs de SauxS de la Suze^ de S^-André, de Garennes, et plus de 5o aultres qui n eurent nom, tous gens à cheval, et plus de 1 5oo de leurs gens de pied. Le prince de Condé y cuyda demeurer; toutesfois se saulva à la vitesse de son cheval, qui tomba mort dessoubz luy, estant destoumé de Tescadron en faisant sa retraicte.

Les catholicques demeurèrent victorieux sur le champ de la ba« taille jusques à minuict, cerchans les ennemys aux escartz, faisans enmener les blessez à Paris et fouillier les mortz, pour en emporter avec eux les despouilles. ,

En ceste nuict arriva, avec ses trouppes, d'Andelot, qui avoit esté mandé de Poissy, où il estoit allé pour se trouver à ceste journée; n estant venu à temps, au lendemain il courut avec le reste de leur camp la campagne depuis S^-Denis jusques aux portes de Paris, pour penser attirer le camp catholicque au combat, lequel n^en voulut manger, pour deux raisons : la première, faulte de gouverneur et lieutenant général pour le roy en la place du connestable; Taultre, de peur que, estans retournés au combat, les huguenotz secretz de la

^ Claude de Bastarnay, seigneur d*An- ' Cfaaries d*Ailly de Picquigny, madame j ^^

ton, comle du Bouchage, fib de François ' à'Asmm.M^-^ M*> 4^9Um î^M^ rvi/A*^^ ^ Anxiv- ^ '• de Bastarnay et dlsabelle de Savoie, ne- * François d*Agoult, de Montauban et ^■^***^

veu du connétable. de Montlaur, comte de Sault; Saint- André

' Loup du Trichet, chevalier, seigneur était son frère, de Vimets, marié à Jacqueline du Roux, ' Nicolas de Champagne, comte de la

fille d^Odart du Roux , seigneur de Tachy, Suze. , mortvers 1 566, etde Jeannede Languedoc.

ville de Paris et une milliace de meschans gamemens qui^ont en la- 1567. ditte ville ordinairement ne feissent quelque remeuement de mesnage par pillerie ou aultrement, pour favoriser Taudace desditz rebelles.

Ua capitaine catholique, nommé Guerry, se met avec une vingtaine d*arquebusiers en embuscade dans un moulin à vent qui n'avait pas été brûlé, et de là tue plus de cinquante honmies de la troupe de d'Andelot^

Au lendemain de la S*-Martin d'hyver (12 novembre), descampèrent de S*-Denis le prince de Condé et sa quirielle de huguenotz; ayant ramassé tout le reste de son camp qui luy estoit resté de la bataille susditte, tout à loysir se retira par la ville et passage de Lagni sur Marne, pour retourner en la Brie, ce qui luy estoit facile à son souhait, car personne n^estoit en armes en ces quartiers pour Tempescher, le camp du roy s'estant retiré dedans Paris et es fauxbornas. Les Parisiens, comme aussi le roy et les villes et villages des environs dudit Paris, furent bien ayses de se veoir descharger de ceste armée condéienne, et pour le partement d'icelle feirent les Parisiens alégresse. Lesquelz, estans de ce délivrez, receurent vivres de tous costez, excepté des rivières de Seine et d'Yonne, qui demeurèrent encores empeschées depuis Montereau en amont. On estima une faulte au roy et aux princes et seigneurs de son camp de n'avoir poinrsuyvi les rebelles au passage de Lagni , et de ne leur avoir couppé chemin par Charenton ou par Corbeil, pour les attacquer entre ledit Lagni et Rosay en Brie, où là sans difficulté eussent esté rompus; car iiz estoient en grand désordre et bien refroidis pour la perte qu'ilz avoient receue en la bataille susditte; plusieurs quittèrent Tarmée, et se retirèrent en leurs maisons à la couverte, sans plus dire qu'ilz y eussent esté ni eussent volonté d'y retourner.

La mort du connétable de Montmorency fut la principale cause pour laquelle les protestants ne furent point poursuivis. Les chefs firent, entre Lagny et Rosay, la revue de leurs forces, et, se trouvant très-aiTaiblis, tant par la perte des gens

' De Thou a raconté ce fait d'armes. Histoire universelle, 1. XLII.

1567. estoit le meilleur de passer au delà de Montereau en Gastinois, pour luy faire escorte et empescher les gens du roy de ne se jetter sur lui. Car pour le regard de la ville de Provins , respondit le prince: « Je sçai bien comment ilz en doibvent passer. » 11 fut depuis nouvelle que le seigneiu* de S*-Symon, seigneur de Chantalos et Bauchery, pria le prince pour le salut de la ville de Provins, sans qu^il eust charge de ce faire par les habitans d'icelle, en luy faisant remonstrance que, si le camp s^acheminoit devant leur ville pour la prendre en quelque sorte que ce feust, que à jamais lesditz de Provins le hayroient, estimans qu^il en auroit esté cause, d'aultant quUl estoit leur voysin; remonstra audit prince que les habitans de laditte ville s'estoient modestement comportez envers eux et aultres de la nouvelle religion, sans leur avoir jamais couru sus ni faict aucune sédi* tion contre eux, et que pour ces raisons il luy pleust les laisser là et passer oultre. S'il fut vray ou non que ledit de S^ymon feist là quelque faveur à la ville de Provins, je n'en ai sceu que par le commung ouy-dire; et au cas qu'il feust vray qu'il eust prié pour eux en la forme que dessus, n'estoit, comme je croys, que pour tascher à avoir commission dudit prince pour y faire un rançonnement de deniers, de laquelle commission il eust eu charge poiu* se faire mieux vouloir desditz de Provins, et pour se vanter de les avoir exempté du siège huguenot, affin d'obliger à luy lesdits de Provins à jamais. Hz de Provins estoient en esmoy, sçachans les nouvelles de la revenue du camp huguenot si près de leur ville, dedans laquelle n'y avoit aultres pour la defTendre que les citadins et la compagnie de leur capitaine général, le sie^r de Lours, qui estoit en assez meschant équipage, gens non aguerris ni dextres aux armes. Ce néantmoings^ tenoient lesditz citadins contenance de gens assurez, et d'hommes qui navoient volunté d'ouvrir leurs portes ausditz huguenotz, mais au contraire de tenir bon contre eux. Ce que je pense qu'ilz eussent faict pour lors, n'estant encores attonez de craincte, comme ilz furent depuis. Hz travaillèrent fort à la réparation des lieux plus foibles de leur ville; ilz dressèrent ung boulevert de terre, attenant du cym«-

tière de S^-Nicolas, à Tendroict de la butte des harquebusiers, sou»- 1567. tenu de bois et fascines qu'ilz élevèrent plus hault que la muraille, qui cousta assez, et si neust de rien servy que de donner signal aux ennemis d^entrer par là, comme estant le lieu le plus foible de la ville; sur lequel nui, tant hardy ou fol eust-il esté, ne se feust osé tenir droict ni assis, qu'il n'eust esté à la miséricorde des harquebusiers ennemys. Le bally de Prouvins, qui feit faire .cet ouvrage, 3e ventoit de s y tenir et de le deffendre contre tout le camp huguenot, et ne faisoit cas ledit bally que^udit bouUeverd, combien que plusieiu*s simples personnes le jugeassent estre plus pernicieux qu'avantageux à laditte ville. Ce bpulleverd, tant recommandé par ledit bally, feit croistre à plusieurs habitaus le doubte qu'ilz avoient.sur luy d'estre traître à la ville et d'avoir intelligence avec les ennemys, pour les mettre en icelle par cet endroict, duquel seul vouloit entreprendre la deffense. Le seigneur de Lours estoit si bien d'accord avec luy, que luy-mesme sollicitoit l'achèvement dudit boulleverd, combien que son lieutenant, le sieur de là Barge, feust avec plusieurs habitans d'oppinion contraire.

Lesditz de Provins emplirent leurs fossez plains d'eaue, comme aussi la prarie depuis la porte des Bordes jusques à la tour Fanelon, qui est oultre l'Arche Dortain; pour laquelle retenir en grandeur et hauteur suffisante, firent en quelques endi^oictz des bastardeaux pour Tarrester, desquelz le plus large et éminent estoit tout joignant le pont de la porte de Culoyson, par dessus lequel ung homme povoit cheminer à son ayse jusques à la ipuraille de la ville, poiu* le coupper et baisser Teaue , ou dresser eschelle contre la muraille pour y monter. Et cousta plus ce bastardeau à faire que n'eust cousté ung yanage et glacys sous le pont et les arches, tel qu'il y a à la porte de Changy, et qui eust esté plus seur et de meilleure deffense.

M. le prince, après avoir résolu de son voyage, sans s'arrester ni envoyer sommer Prouvins « passa avec son camp la rivière de Seine à Montereau , et de là la rivière d'Yonne à Pont-Renard et aultres endroictz du costé de Bray-sur-Seine, Courions et Sens, et le logea en

1667. tous les villages qui sont en ceste campagne-ià, depuis laditte rivière, en tirant droict à TraineL Une partie dudit camp demeura oïdtre laditte rivière du costédeGastinois, pour faire escorte aux secours qui leur venoient du Poitou, qui estoient preste à se joindre, et qui prindrent leur passage à Pons*sur*Yonne, comme nous dirons taniost.

Le camp dudit sieur prince estant passé laditte rivière d^Yonne, une partie d'iceluy s'alla loger dedans le bourg de Courions \ qui n'estoit fermé que de fossez , estant ledit Courions tout joygnant laditte rivière de Yonne. Dans lequel n entrèrent lesditz huguenots du premier coup, d'aultant que lesditz de Courions leur avoient fermé leurs portes et levé les pontz, qui fut grande foUie à eux. Ce que voyans lesditz huguenotz , sommèrent les habitans dudit bourg d*ouvrir leurs portes et d'avaler leurs pontz et de se rendre audit seigneur prince de Condé, ce qu'ils habitans refusèrent faire. Lesquels en armes se laissèrent assiéger et battre quelque peu de temps, aymant mieux se laisser prendre par force et assault que de se rendre; ilz se mirent en deffense, tirèrent sur le camp huguenot, tuèrent quelque capitaine ou enseigne, avec quelque quatre ou cinq soldats avant qu'estre prinz, et tinrent bon environ img jour entier; qui fut cause que ceux qui les avoient assiégez envoyèrent appeler du secours en leur camp, pour prendre ce pauvre bourg. Pour lequel avoir, se présentèrent devant plus de 3,000 huguenots *des gens de pied, et quasi 1,000 de cheval, équippez et arranges comme s'ils eussent eu volunté de jcombatre une forte ville de frontière. Les assièges, se voyans assaillir si furieusement par les assiégeans, pensèrent parlementer pour se rendre à composition honeste; mais n'y furent receuz, ains y voliu*ent entrer lesdis assiégeans huguenots par force et assault. Quoy voyans les habitans assiégez, qui n'avoient secours de personne, advisèrent à se saulver au mieux qu ilz purent, mais sur le tard, au prouffît de plusieurs, joinct^aussi qu'il leur estoit impossible d'eschapper tous la rage huguenoticque, pour estre par lesditz huguenots enfermez et

' Département de T Yonne, arrondissement de Sens, canton de Sergine».

entourez de toutes partz. Quand ilz commencèrent à prendre la fîiitte 1567. pour se penser saulvër, les assaiUans huguenotz avoient jà gaagné le hault de leuts fossez; lesquelz, entrans à la fille, tuèrent et massacrèrent tout ce qui se trouva en leur voye, fussent gens ou bestes de tous sexes et âges, et commirent lesditz huguenotz toute espèce et genre de meschanceté audit bourg, après qu'ils y furent entrez, comme s'ilz eussent esté Scythes et barbares, excepté le feu, qui ne fut par eux mis que daUs Téglise. Ilz massacrèrent hommes, femmes et enfans à leur entrée, ilz viollèrent filles et femmes, ilz ravirent et pillèrent tous les meubles des maisons, ils prindrent à rançon les plus riches; qu ilz lyèrent estroictement, et les gouvernèrent misérablement. Et fauit croyre qu'il n est possible de faire plus de mal à personne que ces nouveaux chrestiens réformez en firent audit Gourions ; de la prinse duquel firent aultant de cas et de bruict que s'ilz eussent prins la plus forte ville de France.

Les gens d'église dudit Courions se saulvèrent en la tour de leur église, pour éviter la rage et cruaulté de ces barbares qui se disoient enfans de TÉvangille de J.*C. et de son église réformée, pensans par cela avoir meilleur marché de leur vie, après que la fiureur 4'iceux réformez seroit passée. Les huguenotz assiégèrent lesditz ecdésiasticques dans laditte tour à force canonades de leurs harquebuses; mais en rien n'offensèrent lesditz ecclésiasticques, lesquelz demeurèrent en laditte tour deux jours avant que de se rendre à la miséricorde de leurs ennemys, et encores ne s'y fussent rendus, si lesditz infidelles ne les eussent receuz à composition, qui<estoit d'avoir la vie saulve, ce qu'ilz avoient juré défaire. Mais perjm*es et desioyaux qu'ilz sont, estans poulsez d'impatience ou cruaulté, massacrerait au pied de la tour lesditz ecclésiasticques, si tost qu'ik furent descendus. Quoy voyant, Tung d'iceulx ecclésiasticques, qui estoit le dernier à dévaller de laditte tour, remonsta vistement au sommet d'icelle pour regangner son fort, aymant mieux mourir là de &im ouaidtrement que de se rendre à ces infidelles parjures. Toutefois, à la fin , misérablement se rendit à eux, se fians aux promesses qu'ilz luy £aisoient de luy

1 567. pardonner sa vie , si , en se précipitant du hault de laditte tour en bas , il povoit eschapper sans se tuer luy-mesme; ce qu'il feit, selon le rapport commung du vulgaire, qui fut ung grand mal faict à luy/s'il est vray; car il debvoit mieux eslire de se mettre à leur miséricorde, comme avoient faict ses compagnons, en finissant ses jours par le martire qu'ilz luy eussent peu donner, que de s'estre soy-mesme précipité d^ung lieu si hault qu'est laditte tour. Aulcuns ont dict mieux de luy, rap* portans qu il fut forcé par les tirans de se jetter du hault de laditte tour en bas, pour tascher à se saulver de leurs mains qu'ilz estoient prestz de mettre sur luy, ou bien pour éviter la mort du feu dans lequel luy eust fallu finir ses jours, que les poursuivans avoient allumé dedans laditte tour pour le brusler. Il ne se tua tout mort en se précipitant, mais se desmolut tous les os des membres et du corps, etn'eust esté possible qu il eust peu reschapper de ceste cheutte. Ce néantmoins, messieurs les conjurez de huguenotz, contre leur foy jurée et promesse à luy faicte de ne luy faire aucun mal s'il en povoit eschapper, le massacrèrent en la place, et là fina ses jours. Ce prebstre avoit nom messire Jehan Egreville, homme fort alègre et dispos de son corps ; il estoit estimé ung des meilleurs joueurs de paulme qui fust en Champagne et Brie. Il avoit esté mandé, ny avoit pas 1 8 mois, k Valéry, lez ledit Courions, pour jouer à la paulme avec ou contre le prince de Condé et aultres grands seigneurs, où il fiit l'espace de quatre jours à jouer avec la compagnie , et fust en cest art ou jeu assez estimé dudit prince, et renvoyé sain et saulve, pour ce que c'es^ toit au temps de paix. Je ne sçai s'il oublia en sa dernière nécessité à se réclamer dudit sieur prince, ou si en s'en réclamant il ne fiit escouté par les murtriers qui le tuèrent estant sous la conduitte d'icelluy prince, lequel n estoit présent audit Courions, et estoit demeuré dedans Montereau pour donner ordre aux affaires de son camp.

Cependant que les huguenotz susditz à la barbare traictoient les habitans et prebstres de Courions, Genlis, gentilhomme françoys, et le régiment de Courboson, allèrent, avec l'arrière-garde du camp.

sommer la ville de Bray-sur-Seine ^ de se rendre au prince de Condé ; 1567. ce que refusèrent faire les habitans et leV^apitaine Combault, qui estoit dedans laditte ville capitaine et lieutenant pour le roy, avec sa compagnie de gens ramassez telz quelz , qui ne pouvoient estre en bons soldatz ung cent, tout le reste bisongnes et gens non expertz aux armes. Au refus desquelz , fut mené le canon devant la viUe , qui fut assiégée auprès de la porte de Janine, du costé devers Sens, la main droicte en sortant de la ville par ladite- porte; et tirèrent iceux huguenotz dudit canon contre les murailles de laditte ville au lieu le plus fort qui y fust. Qui fut cause de leur faire remuer ledit canon, pour le planter d'aultre costé de laditte porte de Janine, auprès de • la rivière, lieu le plus foible qui feust audit Bray, que leur enseignèrent quelques huguenotz de ladite ville, qui estoient en leur camp avec eux; et là tant tirèrent de laditte artillerie, qu'à la fin » firent bresche aux murailles suffisante pour donner Tassault. Quasi tout le camp huguenot se présenta devant Bray, au refiis de se rendre sans endurer le canon. Le canonier qui bracquoit et tiroif de laditte artillerie estoit un moyne du prieuré de Saint- Ayoul de Provins, nommé frère Guillaume Maret, duquel tant de fois avons parlé es années. précédentes de nostre premier livre et de ce présent, habillé d'une mandille de drap verd. Mandille est un 'habillement faict en manière d'une tunicquc d'émise, qui a tes manches non cousues, mais vagues sur les bras, pour lesquelles reserrer sur le poing se ferme avec boutons ou esgueillettes, laquelle, ceincte au corps, se met en manière d une Juppé.

Au jour mesme de Tassiégement de la ville de Bray, entra dedans icelle le capitaine Yalentin Poulet, iiatif de Sézane et marié en la ville de Provins, avec sa compagnie de 3oo soldatz par luy ramassez à la haste, une bonne partie composée de vaillans hommes entendus au faict de la guerre, Taultre partie de novices et apprentis. Lesquelz toutesfois, à la conduitte dudit capitaine, s'emploièrent assez vaillamment pour la deffense de la ville, et ne Feussent les huguenotz

' Voye» d*Aubigné, Histoire untverselle, t. 1, 1. IV, p. a 19, et de Thou, 1. XLII.

1567. emportée si hastivement qu'ils firent, si le capitaine Combôst et ses soldatz eussent eu aussi Uon cœur que ledit capitaine Valentin et sa compagnie. Entre les soldats qui estoient soubz ledit Valentin, deux furent singulièrement remerqués pour vaillans hommes : Tung estoit ung jeune cordelier du couvent de Provins, que je ne nommerai et pour cause, lequel, es deux assaulx que donnèrent les huguenotz à la bresche des murailles de la ville qu avoit faict leur canon, se porta si vaillamment que rien plus; et pour montrer sa dextérité, depuis que lesditz huguenotz se furent retirez de laditte bresche, à la vue dHceux descendit par laditte bresche au fons des fossez désarmer * ung porte-enseigne huguenot qui avoit esté terrassé par terre fort blessé, pour lachever de tuer et luy oster sa bource bien serrée, son corcelet et morion, sans que nul des ennemys Ten peust empescher; 0 et avec lesdittes bource et armes remonsta à laditte bresche dedans la ville, sans que lesditz ennemis le pussent aucunement offenser. L'autre bien remerqué fut ung soldat, nommé Caillât, natif d'Esternay ou des environs, qui peu auparavant avoit esté serviteur du sei* gneur dudit lieu, lequel, par sa dextérité de bien tirer de la harquebuse, terrassa plus de 6o huguenotz, que mortz que blessez, des coups de harquebuse qu'il tira au travers d'eux par le clocher de f église dudit Bray, durant le siège et les approches d'iceluy.

Après que la bresche fut faicte es murailles assez ample pour aller À l'assault, se présentèrent les huguenotz fort furieusement, lesquek par deux fois^en furent repoulsez fort bragardement par ledit capitaine Valentin et ses soldatz, qui s'y montrèrent vaillans, au grand domage desditz huguenotz et peu de perte des soldatz de dedans. Ce que voyans ledit Genlis et ses rebelles assaillans, crièrent à haulte voix après le capitaine Comboat, en luy disant tels motz : « Con&ost, CombostI ce n'est pas ce que tu nous as promis et à M. le prince; tu t'en repentiras, si tu ne livres la vilie comme tu en as faict la pro* messe. On te retrouvera bien. » Geste clameur huguenotte espouventa aucunement les habitans dudit Bray, lesquelz, adjoustant foy à laditte clameur, creurent poiu* certain, comme aussi firent lesditz capitaine

Valentin et ses soldatz, que ledit Combost, lieutenant générai pour 1567, le roy en laditte ville, avoit intelligence avec le pjrince de Condé et sa cohorte huguenoticque , leur ayant promis l'entrée en laditte ville, et ont tousjours eu oeste oppinion lesditz habitans^

Durant ce siège et que on battoit la ville, qui fut quelque peu de jours avant la feste mons. S^ André, ledit capitaine Combost et les habitans de la ville envoyèrent hommes au roy, qui estoit à Paris, pour advertir S. M. de Tassiégement de leur ville, et luy demander secours. Le roy tout incontinent despescha quelques compagnies pour y envoyer, lesquelles, ne s'estans diligentées, n'entrèrent audit Bray. Par mesme requeste, envoyèrent lesditz habitans et capitaine prier M. de Lours, heutenant pour le roy à Provins, et les habitans d'à-* voir pitié d'eux et de leur envoyer secours d'hommes et de pouidres à canon pour la deffense de leur ville. Ceux de Provins déhbérèrent en conseil sur ceste requeste ; aucuns furent d'advis de ne leur envoyer secours ni de pouidres ni d'hommes, disans pour leurs raisons qu'il n'estolt besoin de se desfoumir pour leur ayder, veu le danger si éminent qui les menaçoit. Aultres furent d'avis de les secourir d'hommes et de pouidres, veu qu'ilz estoient leurs voysins, et davantage pour empescher la prinse de laditte ville, qui servoit audit Pro* vins d'une clef pour retenir les ennemys en bride de ne passer en la Brie, et que, estans empeschez à ce passage, la ville de Provins demeureroit en plus grande sûreté qu elle ne feroit si laditte de Bray estoit prinse. Et à la fin fut résolu qu'on leur donneroit secours d'hommes et de pouidres , et sur le champ furent déUvrez aux messagers 1 2 livres de pouldre à canon , qu'ilz emportèrent avec eux jusques auprès dudit Bray, où elle leur fut enlevée par les huguenotz, qui avoient passé la rivière de Seine à gué pour garder et empescher le secours de n'entrer audit Bray qui leur feust allé de ce posté. Cent harquebusiers de la compagnie de M. de Lpurs furent despes^ chez soubz la conduitte de M. de I9 Barge, son lieutenant, pour mener

' D après d*Aubigné et de Tliou, le très-honorable défense, qui lui gagna la capitaine Gombault fit au contraire une faveur royale et des emplois importants.

1567. la nuict audit Bray; mais n'y entrèrent, parce que, estans aux Ormes, eurent nouvelles que la ville estoit rendue aux ennemys.

Elle lut rendue à composition, qui fut telle : que les capitaines et soldatz auroient la vie saulve seullement, et feroient serment de ne jamais porter les armes contre M. le prince de .Condé ni la religion réformée; que la ville ne seroit pillée, ni les habitans d'icelle en leurs corps maltraictés; que les prebstres et ecclésiasticques estans en icelle ne seroient massacrez, mis à mort, ni en leurs corps et biens aulcunement molestez, & la chai^^e toutesfois qu'ilz payeroient la somme de a,ooo livres tournois de rançon, de laquelle respondroient les marchans de laditte ville, et Fadvanceroient au cas que lesditz ecclésiasticques ne la pussent payer conptant; que la ville recevroit garnison de gens de laditte religion, qu'ilz noiuriroient à leurs despens. Lesquelz articles furent en tout exécutés et plus.

La porte ouverte aux ennemys, entrèrent en si grande foulle que les maisons ne les eussent sceu tenir; chascun pilla ce qu'il trouva de mal serré. Chascim habitant fut par ces soldatz rançonné, pour n'estre rudement traicté ni entièrement pillé. Les prebstres furent tous emprisonnez et assez maltraictez. Les capitaines, signanment le capitaine PouUet, furent, contre la promesse huguenoticque, dévalisés^ les soldatz mis hors de la ville, sans*armes, avec lesquelz se saulva ung seul prebstre, doyen rural de Trainel, habillé en soldat, lequel s'enrolla du depuis soubz la charge dudit capitaine Valentin, qui redressa une compagnie de 3oo hommes pour le service du roy, encores que le huguenot leust fait jurer comme par fgrce de ne jamais aller à la guerre contre luy ni sa prétendue religion.

Il capitaine PouUet acquist ung grand los à la deffense dudit Bray, et fut par les habitans tenu et réputé homme vaillant et digne de la charge de capitaine , et eurent grand regret lesditz habitans que ledit Poullet n'avoit la garde de leur ville comme avoit le capitaine Combost, estans bien assurez que les huguenotz ne Teussent eue par assault ni par composition, comme ilz eurent par la trayson, ce disoient-ilz, que leur fist ledit Combost. Cest une chose toute assurée que, si ledit

Combost eust tenu bon encores vingt-quatre heures, les huguenotz 1567. n*eu3sent poînct entré audit Bray; car le secours estoit aux champs de toutes partz pour les secourir et à six lieues près, sans le secours de Provins, qui s'estoit acheminé pour y entrer la nuit du jour que les huguenotz y entrèrent. Lesditz de Bray eurent ceste oppinion et crurent fermement que ledit Combost leur fut traître et qu il avoit livré leur ville à Tennemy; car luy ni ses soldatz ne voulurent oncques deffendre la bresche, ni ayder à la réparer, et si empeschoit lesditz habitans et le capitaine Yalentin Poullet et ses soldatz de la réparer; ce qu elle fut toutesfois, mais en vain, car, quand il veit qu'elle estoit de deffense et plus forte que devant, composa avec Tennemy.

Les gens d'église emprisonnez furent contrainctz de. fournir la rançon promise ausditz huguenotz, et, parce qu'ilz n^avoient argent comptant, s'obligèrent à Jehan de Bureau, à N. Bugnon et encores à quelques aultres, qui fournirent laditte rançon , pour leur rendre après qu'ilz seroient mis en liberté et que les troubles eussent esté cessez ; ce que toutesfois refusèrent de faire pour le tout, après que les huguenotz se furent retirez , et n'en voulurent payer que leur cotte part. Pour estre relevez de l'obligation qu'ihs avoient passée estans prisonniers, s'adressèrent au roy, qui les en releva et donna commission d'imposer sur eux et les habitans une taille montant à laditte somme , pour rembourser lesditz marchans qui avoient avancé laditte rançon, dans laquelle furent compris les gens d'église des villages qui s'estoient retirez audit Bray avant le siège, et qui furent mis prisonniers avec les aultres. Le thésaurier de l'église dudit Bray, qui estoit chanoine et prebstre, nommé Deninat, ne fut emprisonné avec les aultres, parce qu'il estoit huguenot.

Les huguenotz blessez et malades du camp condéyen furent mis en laditte ville de Bray et en fust l'Hostel-Dieu tout remply; ilz estoient en nombre de plus de 60 à 80, qui y furent jusques au descampement de laditte ville et pays d'alentour. Plusieurs d'iceux y demeurèrent mortz des coups qu'ilz avoient receu au siège et assaux, et plus d'un cent avoient esté tuez à la bresche. Si les tenans eussent

hlk MÉMOIRES

1567. tenu bon et soustenu encores ung assault, omime ilz avoient le moyen de faire, le camp huguenot se feust levé de luy-niesme, parce quilz n'avoient plus de pouldre ni bouletz pour les endomager davantage. Laditte ville de Bray fut rendue au huguenot le 28* jour du moys de novembre de ceste présente année.

Il ne fault laisser en oubly la mort du procureur d' Averly, parroisse de Challemaison, pour le seigneur d'Acco, seigneur en partie dudit lieu, lequel estoit diacre de Téglise huguenotte de Provins; qui, voyant le camp huguenot devant la ville de Bray, monta sur sa jument et se transporta sur le bord de la rivière de Seine, vis-à-vis dudit camp, la rivière entre deux, pour veoir Texploict d'iceluy sur laditte ville. Il ne. fut plus tost arrivé, que incontinent quelques harquebusiers huguenots le saluèrent à beaux coups de harquebuses, pensans que ce fust quelque catholicque qui se fust là présenté pour les ei^lorer et recognoistre; et, ne leur povant faire entendre qu^ii estoit de leurs frères, se retira ung peu arrière pour se saulver des coups. Incontinent qu il se fut refermé et tenu coy, coururent à luy quatre chevaux huguenotz pour le faire desplacer, ayans passé la rivière à gué, qui lors estoit guéable en moult d'endroictz, et aussi basse que Ton pourroit dire pour la saison, qui porta ung grand domage au pays de Brie et villes et villages qui sont situez siu* laditte rivière. Ce que bien appercevant, ledit diacre huguenot print la fîiitte au trot de saditte jument, jugeant en soy que les hommes et chevaux qui le poursui voient fussent catholicques, pour luy coupper 1^ gorge, et ne voulant tourner visage vers eux pour se faire cognoistre ; ceux-ci pensèrent qu^il fust catholicque , et en s^aprochant de luy, luy laschèrent de leurs pistoUes au travers du corps et de sa jument pour Farrester. Il tomba par terre , où ilz s^entrecognurent ëstre frères huguenotz, compères etamys, et estoient ses poursuivans qui le tuèrent huguenotz, habitans de la ville de Bray, Fung desquelz estoit hostellier de Thostellerie de TEscu de Ffance, compère dudit diacre et son grand amy. Dieu sçait les regretz que firent ces frères réformez d'avoir tué le diacre de leur église satanicque, lesquelz, descendus de dessus leiirs

chevaux, le montèrent sur ung, sa jument demourant en la place, et 1567. le menèrent en son logis, audit Averly, où il mourut au lendemain, et fut, contre son intention, enterré par les susditz murtriers dedans la chapelle dudit Averly. Cest homme avoit estudié honestement aux lettres latines et théologales, et estoit cordelier renié et apostat venu du pays de Poitou; lequel toutesfois ne se maria, comme feirent plusieurs aultres prebstres et moynes.

Le jour mesme que la avilie de Bray fut rendue au seigneur de Genlis et qu'il s'acomodoit en icelle, le sieur de d^Andelotalla sommer la ville de Nogent-sur-Seine, avec son avant«garde, afin de faciliter aux troupes huguenotes le chemin pour repasser laditte rivière à leur ayse et à leur besoin. Il n y avoit audit Nogent aultres que les habitans et une compagnie de gens de cheval italiens qui y avoient entré le jour mesme qu^elle fut sommée, gens assez mal en poinct. Le capitaine ou guidon desditz gens de cheval, du consentement des habitans, print le gouvernement de la ville, avec les capitaines, procureur et eschevins d'icelle, lesquelz refusèrent de se rendre audit d'Andelot. Lequel, à leur refus, fit arriver partie du camp huguenot devant laditte ville, avec Tartillerie qui avoit battu la ville de Bray, et se logea es fauxbourgs de la Chapelle de la Trinité et de Beschereau, vers le petit S^-Laurent, qui sont deux grans fauxbourgs oultre la rivière, du costé de la Champagne. Les haHitans de Nogent monstroient semblant de vouloir tenir bon contre ledit d'Andelot et le camp huguenot, et ne s'atendoit d'Andelot de la prendre si à son ayse qu'il Genlis avoit prins Bray, si ce n estoit par la traïson qu'il espéroit que feroit le bailly Angenost et quelques aidtres huguenote de laditte ville qui estoient encores en icelle ; mais bientost le cœur leur faiUit, sans se expérimenter ni attendre le salut d'ung seul coup de canon devant leurs murailles. Car, dès le jour de la feste S^-André ou le dimanche ensuyvant, qui estoit le premier ou second jour dy moys de décembre, escampèrent le soir de leur ville par la porte du fauxbourgde la Belle-*Dame , qui est du costé de la Brie, et s'enfuirent pour la pluspart dans la ville de Provins, où ilz arrivèrent à Touver-

1567. ture des partes, ayant ch^nimé toute la nuict. Les gens de cheval qui estoient audit Nogent* et leur capitaine ou guydon, qui avoit prins la ville en chaîne, deslogèrent les premiers, qui fut cause de faire desloger quant et quant les habitans, lesquels prindrent ung si grand efiroy en eux qu'ilz pensoient ne se pouvoir saulver à heure , et se trouvèrent à la porte à si grande foulle que les plus fortz culbutoient cul sur teste les plus foibles, poiur passer les premiers et au moins de bruict quilz pouvoient, et y fut le désordre si grand que plusieurs furent renversez et culbutez en la rivière dessoubz le pont, qui fiu*ent nayez; et si n'emportoient les fuyards nogentins rien que leurs corps pour se saulver plus habilement.

Les sentinelles et corps de garde qui estoient depuis la poterne des bateaux à sel jusques au chasteau de la ville, en prenant le tour de la ville depuis laditte poterne, en allant par la porte dé Beschereau et en gangnant la porte de Troye et delà la rivière au droict dudit chasteau , ne seurent aucunement nouvelle de la fuitte de leurs gens qu'il ne feust neuf heures du matin, le lundy 2^ ou 3^ jour de décembre, comme aussi ne s'en aperceurent ceux qui estoient au guet dedans la tour de leur église, lesquelz s'esmerveil* loient beaucoup de ce qu'on ne les alloit lever et rafraischir d'aultres en leur place, veu le hault jour qui esclarissoit. Quoy voyant, lesditz guet et sentinelles habandonnèrent les murailles pour aller en leurs maisons à sçavoir les nouvelles de la ville, qu'ilz trouvèrent vuyde d'hommes et de plusieurs femmes, et, après en avoir entendu la fuitte, ilz quittèrent la ville pour s'en aller après les aultres. C'est •une chose toute véritable qu'il ne demoura audit Nogent ce jour-là qu'environ vingt hommes pour le plus , et quelque peu davantage de femmes. Les serviteurs et servantes de plusieurs maisons, comme aussi les enfans, demeurèrent en icelles et attendirent l'arrivée des ^uguenotz, qui y entrèrent après dix heures du matin, que la porte leur fut ouverte , sans demander, par le baUy, et le peu d'hommes qui estoient restez avec luy, ce que n'espéroient lesditz huguenotz, lesquelz estoient aux escoutes line partie et l'aultre au conseil. Qui,

noyant aulcun bruict par la ville, pensoient que les habitans entre- 1567. prinssent sur eux quelque grand cas, et pour ce se donnoient de garde au possible, de peur d'être surprins de quelque escarmouche. Les maisons de la ville furent pillées, les églises saccagées et bruslées, et Dieu sçait la chère que firent ces loyaux subjectz réformez du roy, qui^ avant leur prinse des armes, s'estoient vantez par leurs requestes présentées àS. M. qu'ilz ne demandoient que le bien public .et le soulagement du peuple.

Les hommes de Nogent qui ne s'en estoient fuys eurent quelque peu meilleur marché que ceux qui s'en estoient partis, mais non de guères, et fut telle heure quilz eussent bien voulu estre hors de leurs maisons et de la ville, pour la rudesse que leur firent lesditz huguenotz qui se nommoient loyaux subjectz du roy.

Geste fuitte nogentinne desprisa fort les habitans de laditte ville, lesquelz, avant qu'estre sommez et assiégez, se disoient plus fortz de cœur, courage et murailles que toutes aultres villes du pays, et sem* bloit, à les ouyr blasphémer Dieu de toutes partz, qu'ilz désirassent lesditz huguenotz devant leur ville, pour là les exterminer et leur faire perdre leurs vies et entreprinses, tant ilz de. Nogent estoient arrogans et sefaisoient maulvais. Mais fiit sur eux expérimenté le proverbe commung, qui dict que la guerre est doulce à ceux qui ne sont expertz en icelie, parce que, sans coups donner ne recevoir, tournèrent le dos et se saulvèrent à la vitesse de leurs piedz. Je croys que Dieu permist cela advenir en ceste manière, pour abaisser quelque peu leur audace, et en pugnition de leurs blasphèmes du nom de Dieu, péché criminel et détestable duquel estoient plus usitez les hommes dudit Nogent que nulz des aultres pays, et sembloit qu'ils fissent vertu en parlant et devisant aux personnes de proférer la mort, la chair, le sang, le ventre et la teste de Nostre-Seigneur, sans laisser en arrière sa vertu, ' et à tous propos avoient telz blasphèmes à la bouche. La ville pillée et les églises saccagées et bruslées* se retira d'Andelot avec son avantgarde devant la ville de Sens, où estoient le prince de Condé et Tadmirai, qui entreprenoient sur la ville, pour la forcer et la prendre à

1567. ieur dévotion f et laissa uae compagnie ou deux audit Nc^ent pour garder ce passage. Il d^Ândelot envoya une aultre compagnie en la ville de Pons-sui^Seine en garnison, qui furent receuz par les habitans sans aucune difficulté. Laditte ville de Pons ne fut pillée comme celle de Nogent, mais payèrent rançon au prince de Condé, pour fournir aux fraiz de son armée. On ne sçauroit remettre pour vingt mille livres tournois les églises de Nogent en Testât qu^elles estoient au jour que ces nouveaux réformez y mirent le feu, en bastiment, meubles, ymages, pinctures et omemens, en ce comprins les verrières. Cestoient les plus belles ég^ses, principallement celle de M. S^-Laurent, qui est la parocbialle, et celle de la Trinité, qui fussent en France.

Durant le temps que Genlis et d'Andelot entreprenoient sur les villes de Bray et Nogent-sur-Seine, le prince de Gondé et l'admirai entreprenoient sur la ville de Sens et l'assiégèrent; mais, avant que de Tassiéger, pour se £aiciliter tous les chemins et passages, prindrent par assault la ville de Pons-sur-Yonne, après avoir fait bresche aux murailles d'icelle avec deux canons que les huguenotz de Guienne, de Poitou, Lymosin, Xaintonge et Pays-Bas avoient prins dedans Orléans, estans conduictz par les chefz qui les avoient levez, qui estoient Sainct-Cyre, escuier, de Puigreffier en Poictou, Soubize, Languillier, Landereau, Puviault, S^-Martin, La Gouldre, Pardillan, Pilles, et Compegnac, moyne reniée Tous ces capitaines huguenotz et rebelles s'allèrenl joindre audit prince de Gondé devant la ville de Sens, après avoir saccagé et tué quasi tous les soldatz de trois compagnies catholicques que M. de Guise avoit là envoyé en garnison pour garder le passage soubz la conduitte des capitaines S^-Martin et S^Loup, avec aussi plusieurs habitans de laditte ville. Plusieurs soldatz et habitans s'estoient retirez dedans Téglise dudit lieu ^ pour é^ter la foreur de ces barbares chrestiens; mais Gompegnac ne leur voulut pardonner, non plus qu'à ceux qui furent attainctz sur les pontz de la rivière

^ D*après d*Aubigné, de Thou, etc. la elle fut forcée, et tout ce qu'on trouva fut ville de Pont résista assez apimastremmt; passé au fil de Tépée.

et dans les baateaux , lesquels tous furpnt harquébusez ; aultres se reti* 1567. rèrent dedans le chasteau, lesquelz, après la rage passée, furent receuz à composition et eurent la vie saulve, en payant rançon. Les capitaines S^-Martin et S^Loup furent penduz par le commandement de Tadmiral, et ne les voulurent les huguenotz* prendre à rançon, d'aultant quHlz avoient tenu bon contre eux. Hz furent estimez braves capitaines et qui avoient faict le debvoir à soustenir les assaultz que les capitaines huguenotz G>mpegnac et Pilles leur avoient livrez. Les soldatz qui partirent à bonne heure dudit Pons s'dlèrent saulver en la ville de Sens, dedans laquelle estoit M. de Guise.

M. de Guise, qui, avec compagnies de gens de cheval et de pied, s'estoit mis dedans la ville de Sens, n'ayant le moyen de passer oultre pour joindre le camp du roy qui s'amassoit à S*-Maturin-^&-rArchant, ayant entendu la prinse de Pons-siu*-Yonne, avec cent chevaux se retira dedans la ville de Troye, je ne sçai si cWoit de craincte ou par aultre occasion, laissant le gouvernement de la ville de Sens à M. de Yillegangnon, chevalier de Malthe, nommé M® NicoUas Durant, natif de Provins, homme sage et fort expérimenté au faict de la guerre. Les habitans de la ville de Sens commencèrent à stationner, quand ilz virent la retraicte dudit sieur de Guise et de tant d'hommes avec luy, bien sçachans que le huguenot s'efforceroit de les prendre, en vengeance du saccagement qu'ilz avoient faict aux prédicant et hu- * guenotz de leur ville et aultres aux premiers troubles de Tan i56i et i56a; toutesfois, se résolurent à l'assurance dudit sieur de Villegangnon, auquel ilz promirent tous d'obéir ^

Ledit sieur de Yillegangnon, après avoir ouy le trompette du camp huguenot, qui le somma de rendre la ville à M. le prince de Condé, mint ordre à toutes choses nécessaires qui estoient pour le salut de la ville; il feit mettre le feu es maisons et églises des fauxbourgs S^Didier, S^-Anthoine et de N.-D., qui estoient les plus proches des portes et murailles de la ville, affin que Tennemy ne s'en aydast, ensemble

' Sur I*état de la ville de Sens et des localités environnantes en ce moment, vojez k f Appendice des lettres de ViUegagnon.

IkSO MÉMOIRES

1567. fit tomber les murailles desdittes maisons qui estoient joygnant les fossez, pour ne servir d^escoute à Fennemy. Les églises de S^-Didier, de N.-Dm de Tabbaye de S*-Jeban et du prieuré de S*-Saulveur furent brusléeSt d'aultant qu'elles estoient trop près des fossez de la ville.

Le feu n'estoit estinct desdittes maisons et églises, que le camp des ennemys hugueno'tz arriva devant la ville; pour lesquels bienvigner eV festoyer, leur feit faire la feste ledit sieur de Villegangnon à son d'instrumens de haultz boys , par ime bonne bande de ménestrez qu'il avoit faict monter au sommet des tours de Té^ise de M. S*-Estienne. Lèsquelz haultz boys et ménestrez, après avoir joué de leurs instrumens et faict la feste au camp huguenot, leur fit sonner ung aultre son par l'instrument de Tartillerie qui avoit esté apposée sur lesdittes tours, qui sonnoit une basse*contre toute différente à celle des haultz boys, au son de laquelle faisoit tousjours le petit ou le canart quelque huguenot dudit camp. Toutes les forces huguenottes furent mises devant la ville pour l'assaillir, mais en vain; ilz n'avoient artillerie ni munitions en suffisance pour la battre , et pour ce tascbèrent à miner la muraille entre la porte S*-Anthoine et celle dTonne. De quoy s'apperceut à Tinstant ledit sieur de Villegangnon, qui soudain feit esvanter leur ditte mine et la feit tomber sur ceux qui la faisoient, où 60 d'entre eux demeurèrent mortz et estropiatz, sans que nulle pierre de la mu- • raille tombast.

Ledit sieur de Villegangnon, voyant les huguenotz campez es fauxbourgs susdictz , laissa la porte N.-D. ouverte , qui est du costé de Troye en Champagne, et le pont-levis abaissé, pour donner entrée ausditz huguenotz dedans la ville, sans que aulcune personne des habitans ni soldat de la garnison se présentast à laditte porte pour les empescher. Quoy voyant, lesditz huguenotz firent entrer de vitesse quelque centaine de leurs gens dedans laditte porte et pont levis, pour s'en penser saisir et prévaloir; ilz pensoient passer plus oultre dedans la ville, ne se doubtant de l'appareil que leur avoit appresté le sieur de Villegangnon, qui estoit de sept ou huict pièces de canon posées aumillieu de la rue non loing de laditte porte, toutes chargées à plomb, dans

lesquelles luy«-inesme miat le feu , saus que le huguenot s'en apperceust 1 567. que n^ouist le son de laditte artillerie. Elle desbanda le long et au travers d'eux, de jdusieurs desquels volèrent les testes et membres au loing, sans se sça voir jamais rassembler en ce monde; aultres demeurèrent en la place , les ungs mortz et aultres demy-mortz. Après le son de laquelle artillerie, sortirent sur le reste des buguenotz qui estoient à laditte porte près de cinq cens soldatz, tant des habitans que de la garnison, qui estoient en embuscade dans les maisons, rues et ruelles joygnans laditte porte; lesquelz de fureur se ruèrent sur lesditz buguenotz jà fort espouventez de laditte artillerie, et les recbassèrent jusques à leur camp, où attacquèrent une alarme assez brusquement au domage des buguenotz conjurez, lesquelz ne se hastèrent de retourner à laditte porte. Ledit de Villegangnon feit plusieurs sorties en armes dessus lesditz conjurez, et leur bailla de rudes chaiges, sans perte de beaucoup de ses gens et comme poinct, qui donnèrent tant de perte à Tennemy huguenot, qu'il fut contrainct de lever le siège avec sa honte et de quitter laditte ville en son repos; il se retira es villages qui sont entre ledit Sens et les villes de Bray et Nogent, où il séjourna jusques au 1 3 , 1 4 ou 1 5^ jour du moys de décembre, en attendant la résolution du conseil du roy et des députez de leiu* cause, qui estoient assemblez à Fontainebleau, pour veoir s'ilz s'accorderoient de la paix aue Ton poursuivoit de faire, où nous les lais- . serons là, ce pendant que nous retournerons à Provins.

Les habitans de Provins, sçachans que les villes de Bray et N(^entsur-Seine estoient buguenottes,. commencèrent à trembler, estimans qu'en peu de joiu*s ilz tomberoient au mesme danger qu' estoient lesdittes villes, ce qu'ilz eussent faict, si le huguenot se feust acheminé devant leur ville, après la prinse desdittes de Bray et Nogent; car ilz de Provins avoient perdu plus de la moytié de leur courage, quelque bonne mine qu'ilz fissent, après avoir sceu les maulvais traitemens que ledit huguenot avoit faict es villes de Pons-sur-Yonne et les dessusdittes.

Les gens d'église dudit Provins pensèrent s'enfuir hors de la ville,

1567. compagnies complettes, et sur Theure le fit partir de Graiz en Gas* tinois lez S*-Mathurin et Fontainebleau, où il estoit, pour se jetter par tous moyens à luy possibles en laditte ville de Provins, et la garder au roy, de laquelle fut faict gouverneur et lieutenant de S. M. pour y commander à chascun et ordonner de (outes choses qui serviroient à la deffense d'icelle. Ce mandement receu par ledit sieur de la Rivière, et après avoir ouy parier ledit messager de Provins, Yver, tout sur l'heure despeschea deui compagnies de son régiment, qu'il donna audit Yver à guyder, pour les faire rendre audit Provins, avec promesse de partir au lendemain avec le reste de son régiment pour y aller. Ledit Yver sollicita si bien les deux capitaines et leurs copdpagnies qui luy furent délivrez, que jour et nuict les fit marcher avec diligence, et en vingt-quatre heures leur fit fisdre 1 2 ou 1 4 lieues , et, pour lei destourner de tout danger, les conduisit par au dessus de Nangis#et les tourna par Cucharmoy et Mortery, pour les rendre à la porte de Guloyson, lieu éloigné de Tennemy huguenot, qui estoit à Bray, Nogent, Sens et les environs. Le 4^ jour de décembre au matin, à l'ouverture de la porte, entrèrent lesdittes deux compagnies, avec leurs capitaines, qui estoient les sieurs de la Chambre et Gdars, accompagnez dudit Yver; lesquelz avec grande alégresse et réjouissance furent receuz et bien logez, tous harquebusiers aguerris et bien en ordre.

Au lendemain, Séjour dudit moys, entre une heure et deux heures après midy, arriva audit Provins, par la porte S*-Jehan, ledit seigneur de la Rivière , avec encores six enseignes de gens de pied, sous la charge des capitaines La Parière et aultres desquelz ai oublié les noms , tous harquebusiers , la plupart encorcelez et morionnez à plaisir, lesquelz furent receuz et carressez de mesme façon que les premiers.

Dieu sçait comment le courage hauba aux habitans de Provins à l'arrivée de ce secours, lequel toutesfois fut nourri et entretenu aux despens des habitans, estans tous logez par bulletin es maisons desditz habitans; lesquelz les traitèrent chascun selon le moyen qu'il avoit;

DE CLAUDE ÏÏATON. 485

et n*y avoit si pauvre en laditte ville qui ne s'efforsast de leur faire 1567. bon traictement, aymant mieux perdre son bien avec eux en paix, que de le veoir ravir au traître huguenot barbare. Lors audit Provins se trouvèrent en garnison dix compagnies de gens de pied, en icelles comprins celle du seigneur de Lours et celle du régiment du seigneur de Foissy, qui jà y estoient, lesquelles de Lours et de * Foissy ne sembloient que gougeatz parmy ceux dudit sieur de la Rivière.

A Tarrivée dudit sieur de la Rivière, fut deschargé le seigneur de Lours, qui, avant sa venue, avoit la ville ep garde de par le roy; duquel toutesfôis s'aocompagna ledit de la Rivière et luy porta honneur en toutes choses comme à ung serviteur du roy.

Il de la Rivière, dès au lendemain de son arrivée, visita la ville de Provins de toutes partz et considéra les lieux les plus foibles , qu'il feit réparer à son possible. Il feit mettre par terre le boullevert que le bally avoit faict dresser, attenant du cymetière de S*^Nicolas , comme chose inutile à la ville et de conduitte aux ennemys; au lieu dudit boullevert, depuis la maison des malades de peste jusque à la porte duBuat, il feit par dedans la ville faire des fossez et rempartz pour couvrir des harquebusiers en grand nombre, pour empescher Tennemy, s'il eust attenté de forcer la ville par cest endroict. Il ordonna les quartiers aux capitaines et à leurs compagnies par la ville et dessus les murailles, pour la nécessité de la garde. Les habitans ne cessèrent de jour et de nuict d'aller au guet et aux portes par dizaines, soubz la charge des capitaines de la ville, avec les sôldatz de la gar* nison , pour se donner garde des ungs et des aultres. Il feit ruyner et abatre les maisons et chapelle de S*-Syloê, qui lestoient au fauxbourg de la porte de Culoison, et commanda aux soldatz et habitans du quartier de laditte porte de travailler à la ruyne d'icelle tous cqsemble, et les mettre rez pied rez terre. Il feit travailler les habitans du quartier de Changy au curement des fossez de leur ville qui sont entre les portes de Changy et des Bordes. Il receut le capitaine Valentin Poulet, qui avoit esté dévalisé à Bray par le huguenot, comme nous

1 567. avons dict , et lay pennbt de redresser une compagnie de 3oohoninRt» tant des soldats qui Tavoient acompagné audit Bray que aulires, et ]'estiina beaucoup, pour le rapport qui luy fut £ftîct du debvoîr qu'îi avoit faict sur le huguenot, à la deffense de k brèche de la ville de Bray.

Les maisons et biens meubles des huguenots^ de Provins forent par ledit de la Rivière habandonnez aux soldats qui estoiem «idit Provins au pillage. Lesquelles, malgré le bally dudit Provins, furent environnées et saccagées par lesditz soldats , qui firent leur prouffit de ce qu ilz trouvèrent en icelles. Les maisons qui estoient en propre héritage auxditz huguenota furent quasi toutes mises par terre et le bois bruslé à faire la garde de nuict Celles qii ilz tenoient à louage furent sauivées par les propriétaires k qui elles appartenoient, non du tout sans.domage. Les gens de la comp£^;me de Foîssy, qui estoit entrée à Provins quelque six jours avant b venue des compagnies dudit sieur de la Rivière, s'estoient mis en debvoir de piller et ruyner lesdittes maisons, et s'estoient adresses à celle de Léon Godart, procureur en balliage et prévosté de Provins, lequel estoit au casqp rebelle et huguenot; mais injurieusement en forent empesches par le bally dudit Provins, assisté du seigneur de la Baige, lieutenant du seigneur de Lours et de quelques soldats de sa compagnie, où y pensa advenir sédition. Les soldats dudit Foissy se mutinèrent contre ledit balfy, qui, Tespée au poin, en ayant empongné ung par le collet pour luy faire trembler le menton, fot aussitost enfoncé d'ung coup d'estoc par ung aultre soldat, et n'eust esté le corcelet qui estoit sur son dos, couvert de ses habits, n'eust jamais faict trembler soldat. Geste sédition fot appaisée par ledit de la Barge, qui partie soustenoit lesdits soldats, partie ledit bally. Lequel bally fot fort desprisé d^avoir faict cest acte, et luy fut reproché par ledit de la Rivière, qui en fut adverty depuis qu'il fut Ic^é en laditte ville. La maauiserie desdits huguenots fut vendue au pilory par les commis des capitaines de la garnison, et l'argent de la vente applicqué à leur prouffit. M. de la Rivière , après avoir tansé le bdUy, luy dist que , s'il appercevoit tant feust

peu de faulseté e& luy contre le service du roy et de la ville-, sans 1567. doubler il le ferait pendre et estraugler, affîn qu'il se donnast bien ^farde de malverser, s'il vouloit, quelque bally qu'il feust et bugumiot quant et quant. Ledit bally, en s'excusant, dist qu'il n'estoit huguenot et qu'il vouloit vivre et mourir pour le service du roy et de la ville. Auquel réplicqua ledit ,de la Rivière que le roy et luy sçavoient bien quel il estoit, l'advertissant bien de n'enipescber ses soldats sur les entreprinses qu'ik feraient sur les huguenotz, comme il avoit faictsur ceux de Foissy, s'il ne vouloit par eux estre taillé en pièces, et que ce serait beaucoup à luy de se saulver et sa maison sans estre saccagé par lesditz soldatz; c^ qu'il luy promist n'estre faict, moyennant qu'il se portast bon serviteur du roy et protecteur de sa ville. Ce que jura bâre ledit bally , sur le péril de sa vie , comme il en vouloit faire bonne preuve par expérience, si Fennemy se présentait, promettant de vivre et mourir au pied dudit sieur de la Rivière, pour le service du roy et de la ville. De laquelle promesse se contenta ledit de la Rivière, qui depuis luy monstra tout visage d'amitié et de bonne courtoisie.

Le capitaine Yalentin PouUet, ayant refaict sa compagnie par le commandement dudit s' de la Rivière, luy fut donné logis dedans le doistre de N.-D.-du*Val, en la maison d'ung chanoine dudit lieu, nommé M* Jehan Gervais, homme riche et avare, ce que hien^çavoit ledit capitaine; lequel, partie par maulvais vouloir qu'il luy portoit, partie pour luy estre recommandé par quelques gens de Provins qui ne l'aymoient, luy feit de grandes rudesses et despense telle que.ledit Gervais, n'en «pouvant plus soufiiir, se retira porter, ses plainctes au seigneur- de Lours, en le priant d'y donner ordre, ce qu'il feit, et fut ledit capitaine fort blasmé de l'avoir traicté si rudement , veu qu'il estoit de cognoissance. Il Valentin commist audit eloistre, en la maison d'ung chanoine nommé M^ Jehan Chappot, une grande cniauité sur deux soldatz de sa compagnie, qui estoient logez en la maison d'une femme velve ^ boulangère , demeurant en la rue du Minage , parente de la femme dudit capitaine Poullet, qui estoit des Guérins; laquelle ne voyoit manger son pain ausditz soldatz de bon courage , comme aussi

1567. ne faisoit à toute aultre personne, et, pour se destrapper desdhz soldats, elle les accusa de Tavoir voulu prendre à force, et de ce forma ' plaincte audit Poullet. Quil feustvray ou non, ne s'en voulut informer davantage; mais, ayant attendu son opportunité, les manda au logis dudit Chappot, et, sans les vouloir escouter en leurs excuses, les fist lier à ung pillier qui servoit de potence dessoubz la pouitre de la mai* son, et de sa propre main les tua d'une dague qui les perça au travers de Testomac, et les feist enterrer derrier Tég^se N.-D.-du-Yal, où ilz furent trouvez après le partement du camp. * Cependant que le camp huguenot séjoumoit entre les villes de Sens, Nogent et Bray, qui fut Tespace de 1 8 et ao jours, les députez de leur part pour traicter de la paix avec le roy estoient à Fontainebleau avec la royne mère et aultres seigneurs catholicques ; lesquelz ne se pouvans accorder, et s'estans départys les ungs des aultres avec grand mescontentement, les conjurez huguenots, estans comme au désespoir, redoublèrent leur rage et cruaulté barbaresque sur les catholicques, principallement les ecclésiastiques et les églises, esquelles églises commencèrent à mettre le feu pour les brusler, ce que encores n avoient faict en ce pays ni par la France. Ilz mesdirent fort oultrageusement de la royne mère et contre Thonneur de sa chasteté, lappellant putain et ribaude et telle la maintenant en toutes compagnies et assemblées. Ilz mettoient en avant que les armes qu'ilz portoient et qu'ilz àvoient prinses pour la guerre qu ilz démenoient estoit par son commandement ou permission secrette, disans que à ce faire les avoit incitez, affin de troubler Testât des princes et du royaume et pour que, par le divorce de ces princes, elle pust maintenir sa grandeur et demeurer au gouvernement de toutes affaires par la France; et fut laditte dame taxée par les plus dervoyans en affaires, tant d'un party que de Taultre, d'estre véritablement la paix et la guerre des troubles présens et passez de la France.

Au partir de Sens, ilz bruslèrent Féglise de madame SM^olumbelez-Sens, Féglise et chasteau de Nolon, lieu très-fort appartenant à Tarchevesque de Sens; lequel de leur puissance ilz n eussent sceu

prendre, si ie capitaine qui estoit dedans ne Tenst habandonné & 1567. leur arrivée. Les églises des villages de Couiion, de %(ontigny-le- Guesdier, de ViUenauxe^a-Petite, de Parcy, de Noyen, de Pally, de S^Martin , les le chasteau de TAulnoy, de Vertily et de i^nsieurs aultres vfllages des enviroitt furent bruslées du feu qu'ilz y mirent* Les éf^ses de ViUers-sur-Seine, de Corceroy, de la Motte et celles de Nogentsur^Seine furcftt mises en cendre, .comme aussi furent celles de Luy* taine, de Paroy, de Cfaarlemaison, des Onnes, de Sordun, de fEscheUe, de Villegruys, de Louen et de Voulton. Les aultres églises des villages de Goix, d'Ermez, de Meei, de Mériot, de Chaiaustre*la- Grand, de Chalaustre~la-Petite, de S*-Michel de Pongnis, de S^-Columbe et aultres des environs de Provins ne furent brusiées , mais • toutes saccagées, comme furent cdles de Bray, de Mouy et de S^Saui-' veur, lez ledit Bray, ausquelles fut le bruslement pardonné. Hz ne pardonnaient à nulle maison presbitéralle, tant'puUicque que particulière par les villages, moyennant quilz sceussent icelles maisons appartenir atix prebstres, ri ce n'estoit pour quelque faveur, rançon ou grande ]prière de gens qui fussent buguenotz ou de leurs aroys.

Environ le lo* ou i q^ jour du moys de décembre, le camp huguenot passa la rivière de Seine pour se retirer eh la Brie, combien que dès le 8^ jour dndit moys les parroisses de S^-Saulveur, de Mouy, des Ormes, d'Averiy et de Goix furent remplies de ceste vermine hu« guenoticque , pour garder le passage de Bray, servant de avant*garde au prince de Condé , qui estoit logé en laditte ville à son retour de Sens. Les buguenotz qui se logèrent à Goix surprinrent ung prebstre nommé messire Jeban d^Aiçent, âgé de soixante et dix ans, en la maison d^ung marescbal nommé d'Alicart, dans laquelle s*estoit retiré ledit prebstre, habillé de gris en bon homme de village, et n*eust esté cognu desditz buguenotz, si ung petit enfant ftgé de six ans ne Teust accusé; lequel enfant, sans sçavoir mal faire, en la présence d'iceux buguenotz , dist audit prebstre : t Messire Jehan , serrez-vous, • que je me chauffe. • Ausquelles paroUes changea de couleur le bonhomme, qui fut par les buguenotz empongné, lié et conduict par

490 MÉlilOIRES

1&A7. les rues dudit Goix, pour eatre opprobre et oiocquerie à toute la trouppe, et,%prè8 raYoirhoateusementpounnené, moequé, battu et injurié, le remenèrent a« logis dudit mareschal et le pendirent et estrangièrent aux barreaux des fenestres de la maison , sans permettre que personne aucune le racbetast, ni qu^on se mist en peine de le saulver. Ce pauvre bomme avmt jà âdly une fois, au moys d'octobre de devant , d^estre prins des auitres buguenotz qui logèrent audit Goix , s*estant saulvé de leurs mains en babit et contenance du vacher de la ville et à mener les vaches aux champs, ainsi que Favons dict en son lieu.

M. le prince de Gondé, qui conduisoit la bataille de son camp, « au desloger de Bray s'aUa loger en la paroisse de Sordun, ayant laissé une compagnie de ses gens audit firay pour garder le passage, comme aussi dedans Monstereau, où il avoit laissé le capitaine et sieur de Renty, pour empescher le passage des catbolicques, qui s'aj^ures" toient pour les suyvre. En attendant qu'il prince et son camp attenteroient sur la ville de Provins, sa personne se logea au chasteau du sieur de Monberon, ledit Monberon absent d'io^uy, de peur d'estre prins à rançon. Son artillerie et infenterie de gens de pied se campèrent au petit hameau de ViUecendrier, tant dedans les maisons que ddiors, où firent ung grand domage à Jehan Rousselot, femiier du Petit-Ghastel près la Chapelle-S^Éloy, Ibrt riche laboureur, la grange duquel fut vuydée , tant pour la nourriture des chevaux que pour faire des logis aux soldats qui estoient campez à la baye et contre les aidbres. Jehan Saillvageon n'en eut meilleur marché, comme aussi les aultares habitans dudit hameau, et qui plus avoit de bien, plus en perdit. L arrière-garde, conduitte par d'Andelot, passa par Nogent*sur-Seine, et se logea es parroisses de S^-Fregel, la Chapelle, S^-Nicolas, Chalaustre4a-Grand, Mériot et Meel; les églises desquelles ne furent entièrement brudées, mais fiirent les croix, callices d'or . et d'argent, ensemble les chappes et auitres meubles du tout piUei» non par les huguenots de laditte arrière-garde, mais par les voleurs huguenots de leur suitte, qui, comme avant-coureurs, les premiers

DE CLADDE HATON. 401

jours du majB de décembre, ravireot ayec violence les biens meubles 1567. de ces églises; et n'en escbappa en tout ce pays pruvinois que celles de S^^oinoobe, SMilichel de Pongnis, S^-Bria et RouUy, d'auhant qu'elles estoient trqp près dudit Provins^ Lesdîte voleurs buguenotz avaniKïOureurs iuront es unes et aultres ^(lises et pairoisses susdites; mais n'y trouvèrent que defflx>bber, parce que les babitans avoient cacbé les ymages et médias d'icelles, partie i Provins, partie en aultre lieu. Les maxi^iilliers de SMIolumbe demourans à Sepveilles furent fort tourmentez par lesditz vdeurs, pour leur livrer les croix et callices d'or et d'ai^^ent de leur église, et, poiu* mieux les contraindre à ce faire, allumèrent le feu en leurs maisons pour les brasier et letU9 meubles, s'ilz ne leur livroient lesditz calices; pour duquel feu se saulver, Mhit qu'iLs leur baillassent argent de leur bourse et qu'ilz promissent de les aller demander à Provins, où ils les avoient mis en garde. M. de la Rivière, estant de ce adverty, envoya une com-pagnie de barquebosiers audit village, pour recognoistre ces sacrilèges de cbrestiens no veaux réformez, mais ne les trouvèrent plus, d'aultant qu'ils furent advertiz de l'allée de ces barquebusiers, et par ce moyen furent lesditz croix et calices de S*"-Cohmibe saulvez.

Le feu fut mis en la grange de la ferme et mestairie des Granges N.-D.-du-\^l en allant à Gymbrois, par aulcuns buguenotz, pour se venger en partie du fermier dudit lieu , nommé Nicolas Gaonay, bou-eber, demeurant à Provins en la Vieil-Rue , et Taultre partie en bayne ^ des prebstres et chanoines de N.4!)., auaquelz elle apparlenoit. Et furent I^ huguenots deia maison et suitte de S^*Symon de Chantaloue suspects d'y avoir mis le feu, comme ils firent dedans l'église et prieuré de Voulton, les clocher et cloches de laquelle église furent bruslés et fondus. Il y avoit de fort beaux logis au prieuré, qui furent par le feu consumez.

Le prieuré de la Fontaine-aux-^Bois, en la paroisse de Meel'^ur- Seine, fut saulvé du feu et des ruynes huguenotieques, moyennant cent escuz que paya Nicolas Lenoble , bourgeois marchant de Chas^ teau-Thiqrry, qui le tenoit è ferme du prieur, firèrè Pierre Pisseret,

1567. frère de sa femme, & ung capitaine huguenot de leur pays, uoaQunié le capitaine Fleury, qui, *pour garder ledit prieuré d'eakre brualé et pillé, s'alla loger dedans avec deux des frères dudit Pisseret, prieur, Fung nommé Ysaî Pisseret, bally de la Ferté-soubzJouarre. et Taultre Nicolas Pisseret. marchant, demourant audit lieu, hij^;uenots des j^s fermes, mais non voleurs, pour le regard dudit bally, lequel estoit beaucoup plus scrupuleux que ledit Nicolas, son frère. Le prieur dodit prieuré, Pierre Pisseret , leur frère, estoit de légion contraire à Calvin et Luther, mais avec une oppinion et manière de vivre en matière de la religion aultre que celles des catholicques, hoomie fort sçavant, et qui avoit bien estudié en toutes lettres hébrfiicqaeSi Q|^ déennes, grecques et latines, mais pour tout cela n'en faisoit ni val** loit mieux. En Tég^e de Mériot, n'y eut de bnislé que le clocher et les cloches gastées, ensemble la maison presbitéralle , qui £at entièrement bruslée. L'église de Meel ni le presbitaire n'endurèrent le feu, à la prière des voysins habitans d'icelle, qui, de peur de veotr le feu s'allumer en leurs maisons qui en sont proches, prièrent tant les bouteFeux d'églises qu'ilz se desportèrent. Les parroissieos d'Ermez, qudques peu de jours avant l'arrivée desditz boutefeux, abbatirent euxmesmes leurs cloches et clocher, et par ce moyen ne fut leur é^se bruslée. *

Le camp huguenot, estant campé à Viilecendrier et villages des ^. environs dudit Provins poiu* y attenter quelque chose, iustpour l'assiéger, battre ou rançonner, ledit sieur de la Rivière ne se tenoit à repos, tant pour la garde de la ville que pour £ûre courses et entreprinses sur Tennemy, auquel il bailla plusieurs allarmes, jusques dedans leurs sentinelles, aucunes desquelles eurent la goi^e couppée de nuict. Mais, voulant passer oultre jusques à leurs corps de garde, fut incontinent le camp huguenot en armes, qui fut cause de donner la retraicte audit de la Rivière, lequel, avec deux cens harquebusiers à pied et cent dievaux, passa jusques à la Fontaine-aux*. Bois, estant guidé par gens de Provins qui sçavoient les passages, pour faire entreprinse sur les huguenotz qui y estoient. Ne pouvant

DE CLAUDE HÀTON. &93

achever son entreprinse, il se retira à Provins malgré Tennemy, 1507. sans perdre aucun de ses gens, et ramena avec soy six huguenots prisonniers, desquek il tira, moytié par force moitié par amytié, ce qu^ilz sçavoient de Tentreprinse que le prince de Condé vouloit faire sur la ville de Provins, qu'il prétendoit d'assiéger et battre à a4 h. de là, et, pour mieux facHiter son assiégement, avoit résolu de passer la rivière de Voubie, au Grand Estan lez ledit Provins, et de s'aller emparer du monastère des dames cordelières qui sont ouhre la porte de Culoyson, lez les murailles de la ville.

Pour lequel empescher, ledit sieur de la Rivière envoya nombre de harquebusiers, tant de la garnison que des babitans, chargés de defiendre le lieu; puis, après avoir meurement pensé à son affaire, pour saulver lesditz soldatz et habitans, leur commanda d'y mettre le feu, la nuict que ledit prince y debvoit aller pour se camper, ce qu'ilz firent, comme aussi es maisons et chapelle de l'Hospitail, et la Folie tout joygnant le petit hameau de Fontaine-Riant ^ Il feit pareillement mettre le feu au moulin de S^-Ayoul, tout joygnant les miu'ailles du Pont-qui-Pleut, dedans lequel il avoit ordonné une compagnie de harquebusiers. Le feu fut pareillement mis es maisons qui estoient auprès et tout joygnant la chapelle de N.-D.-des-Champs, laditte chapelle réservée, et fict faire tout ce désastre pour incommoder l'ennemy huguenot qui vouloît envahir la ville. ♦"

Le prince de Condé, voyant le feu esdictz lieux, demeura à Villecendrier et n'attenta davantage sur Provins, pour les nouvelles qu'il reçut que le camp catholicque se mettoit à chemin pour le combattre audit Provins, s'il se feust arresté davantage. Mais au lieu d'attenter audit Provins davantage, à cause des nouvelles que dessus, descampa de Villecendrier et des environs de Provins, pour s'en aller à Villenauxe-la-Grand, où il logea, ayant trouvé les portes ouvertes

' Sur la destroction de Tabbaye des d'AUonirille (fol. 29] , et I^ Journal de

Cordelières, par Tordre de la Rivière, voy. Cl. Joubert, dans le recueil nuM^uscrit de

à la bibliothèque de Provins, THistoire M. ^woi {Histoire civite de Provins , t. VI,

manuscrite de ce monastère, par Jeanne p. 3 16-317]. •

1567. sans aucune résistance. Les habhans duqu^ Villenauxe furent par luy et ses commis rançonnez d^une notable somme de daûers, leurs églises saccagées et bruslées, et les habitans pillez, oïdtre la promesse que leur en avoi^it faict les sieurs de Mongenost et de Patras, commis par ledit prince pour axnposer de la rançon. Il ne séjouna audit Villaïauxe que une ou deux nuictz pour le plus, et au partir ledit prince s^alla loger à Sézanne, où ne trouva résistance, non plus qu'il avoit fait à Villenauxe, d'auitant que les commissaires par lui envoyez devant avoient composé de la rançon, qu'ilz de Sézanne payèrent de somme fort notable, à la charge que nul dudit camp logeroit en leur ville aultre que ledit seigneur prince et les officiers de sa maison, ce que avoient juré estre faict lesditz commissaires huguenotz; lesquels ne tinrent leurs promesses, ni le prince aussi, ains y logea quasi tout son camp, qui y fit assez grand dégast par le feu que les soldatz mirent es églises, les rançons particulières qu'ilz firent çhascun sur leurs hostes et autres grandes insolences telles que pire n'en eussent faict s'ilz y eussent entré par assault, excepté le feu, qui ne fiit mis en la ville. Desquelles ins<^ences et inhumanitez fut fort courroucé M. le baron de Plancy, voisin desditz de Sézanne, gentilhomme huguenot, qui avoit aydé aux habitans à faire la composition de leur rançon avec les commissaires condeyens; le^ef s'en alla plaindre audit prince pour lesditz habitans, etn^ayant eu response de luy au proffit desditz habitans, quitta le prince et sa cohorte huguenoticque avec leur party, et s'alla rassoir en sa maison audit Plancy, et oncques depuis ne voulut suivre le camp huguenot, vu les desloyautez, cruaultez et inhumanitez qui s y commettoient par ces nouveaux chrestiens réformez de Tévangile de Calvin.

De Sézane, le camp huguenot tira à Espamay pour passer la rivière de Marne, où ils séjournèrent trois jours avant qu estre tous passez et leur artillerie , parce qu'il fallut refaire les pontz de dessus la rivière pour les passer. Ilz pillèrent et rançonnèrent ladite ville jd'Espamay, comme ilz avoient faict celles de Villenauxe et de Sézane.

Qui estoit la cause de les faire fîiyr par ce chemin-là estoit la réso- '15A7. iution qu^iiz avoient prinse dès Nangis d^aller en armes jusques sur les frontières d^Allemagne, pour avoir nouvelles des reystres Ailemens qu^ilz attendoient à leur secours, que leur avoit promis donner le comte palatin du Rhin, Tung des électeurs de Tempire des Romains, où nous les laisserons aller, et reprendrons plusieurs cas par eux ooinmis en ce pays qu'avons laissé à dire, en attendant les nouvelles du roy et de son camp catholicqueu

A la suite desditz huguenotz y avoit mouH de Vaudois et sorciers, ou bien grande partie d'entre eux estoient de ce mestier, comme Texpérienc^ le démonstra eux estant en ces pays pruvinoîs, parce qu'en plusieurs maisons, avec leur sort et magie, trouvèrent les biens qu'on avoit caché et serré en divers endroictz, tant dedans terre esdittes maisons, estables, jardins, caves, qu'es fumiers de la court d'icelles * maisons, chose incroiable à ceux qui n^n ont rien veu^ 11 estoit advenu & plusieurs personnes de cacher leur or et leur argent es murailles, en terre et jusques dessoubz les carreaux dufoycft*, Atre du feu et contrecœur de la cheminée, qui furent par lesditz Vaudois huguenotz trouvez, prins et emportés. Aultres avoient cousu leur or entre les deux semelles de leurs soulliers, qu'ilz avoient chaussez et marcheoient dessus, ce que bien sceurent iceux Vaudois, qui contraignirent les personnes de deschaxisser lesditz soulliers, et, en leur présence, les ayant descousus, prirent l'or qui y estoit caché, et nm* dirent les soi4ier5 au bonhomme. Aultres avoient caché leur finance es liens et drSpeaux de petits enfans de la mamelle; on vît lesditz Vau* dois eux-mesmes desvelopper lesditz enfans, prendre laditte finance où elle estoit et rendre les petis enfans à leurs mères, et ainsi en tous lieux où lesditz Vaudois estoient logez. Es maisons où n'y avoit que les meubles cachez et poinct d'ai^ent, prenoient leurs hostes et hostesses par la main et les menoient sur le lieu de la cachette et leur demandoient rançon d'argent, affin de ne rien prendre desditz meubles

' Sur le sens du mot Vaudois au moyen des chartes, t. VIII, p. 81 , mon Mémoire âge, vojez dans la BiUiotiièque de rÉode iatitulé : ht Vaudoit au XV' «licb.

1567. qu^ils disoient pour certain y estre cachez, et falloit composer i eux, ou en, faulte de ce faire, retiroient de la cachette ce qui y estoit serré et le deffiroU)oient; et par telz moyens ruynërent plusieurs maisons des villages et des villes où ilz livrent, et &isoient grand vertu de cela pour en authoriser leur prétendue religion, n^ayans honte de fouiller les filles et femmes en leurs parties les plus secrettes et honteuses qu elles eussent et en quelque estât qu'elles fussent, pour y prendre Taigent qu'elles y pensoient saulver.

Ilz enmenèrent prisonniers avec eux plusieurs prehstres de ce pays sénonois et pruvinois, quand ilz partirent de ce pays pour s'en aller au-devant de leurs reistres, comme aussi plusieurs riches marchans et laboureurs des villages et gentilshommes qui tombèrent en leurs mains, et n'estoit sagesse à homme riche, de quelque qualité qu'il ' feust, de les attendre, ni de se trouver avec eux. Entre les prehstres qui furent prins prisonniert par bsditz huguenotz, fut fauteur de ce livre, qui fut prins dans la forest de Sordun et mené prisonnier à la Fontaiûe-au-Bois par le capitaine Fleury, que nous avons dict naguères y avoir esté mis pour la garde dudit prieuré; des mains duquel fut délivré sain et saulve, sans payer rançon, & la faveur du prieur dudit prieuré et de ses frères, le bally de la Ferté-souhz- Jouarre et Nicolas Pisseret, gendre du feu conseiller Trufié, présidial de Provins, à teUe condition que ledit auteur leur prisonnier ne rentreroit audit Provins, ni ne donneroit advertissement à aucun catholicque par paroUe ni escript de Testât desditz huguenq|z qui estoient audit lieu de la Fontaine; mais que, estant toujours leftr prisonnier, seroit délivré sur sa foy, pour aller en toute liberté et seureté se rendre à Nesle, lez Cfaasteau-Thiery, y pourter nouvelles de eux et de leur camp, et y demeurer jusques après leur partement dudit Provins et les environs, duquel partement luy fut faict assavoir, pour se retirer,, en liberté et sans rien payer, la part que bon luy sembla.

Le curé de Sargine fut par eux enmené jusques à N.-D. de l'Espine, pour desquelz eschapper paya cent escuz de rançon que ses parens portèrent après luy; c'est le curé en la maison duquel avoit logé le

roy audit Sai|;iDe, revenant de son voyage de visiter son royaume. 1567. — Ung aultre viel prebstre ^ bourg de Montigny-Lencoiul, lez fabbaye de Prusiy, fut par lesditz huguenots enmené jusques vers Chasions, où là luy fut donné liberté , et s'en retourna en sa maison. — Ung aultre prebstre de la paroisse de TEschelle-lez-Provins , duquel n'ai mémoire de son nom, fut par eux enmené jusques à Villenauxe, lyé à la queue d'ung cheval; lequel n ayant moyen de payer rançon ou faulte d'estre sollicité, fut par les tirans huguenotz mis en ung four chault, où mourut à grand martire, bien constamment, sans vouloir renoncer à la vraye religion. — Messire Geoi^e Besançon, de la paroisse de Villiers-S^-George, balliage de Provins, fut prins et par eux mené prisonnier jusques au passage d'Espamay sur la rivière de Marne, et, après avoir payé sa rançon, fut par eux mis en liberté, ayant avec eux mangé chair les vendredis et samedis, et faict le serment que de sa vie ne chanteroit et n assisteroit à messe aucune, ains vivroit héréticquement toute sa vie, comme il avoit faict avec eux; ce que toutesfois ne feit, quant il fut de retour en sa maison dudit Villiers. H me semble que ledit prebstre Besançon ne feit bien de vivre comme eux en mangeant chair au temps indict, et feit encore pis quand il renonça sa foy et religion catholicque; mais au contraire, à l'exemple des saints apctftres et martirs de J.-C., devoit constamment devant telz infidelles et tirans confesser sa foy, sa religion, et protester d'y vivre et mourir, ainsi que firent plusieurs vénérables prebstr^s, iesquelz aymèrent mieux endurer martire que d'eschappér par de coupabk^ sermens. — En la paroisse de Beau-

chery y avoit ung aultre prebstre, nommé messire Loignon,

meschant à faict en matière de la religion, qui s'estoit retiré à Bray et y estoit quand les huguenotz y entrèrent; il fîit pareillement en-^ mené par eux, et, après l'avoir cogneu plus meschant que eux-mesmes, sans rien payer le délivrèrent, et fut quitte pour servir de guide au prince de Gondé, et lui monstrer les passages de la rivière de Marne pour se passer et son camp, joinct aussi que le seigneur de S*-Symon pria pour sa délivrance. — Avec le camp des huguenotz,

Page 1