Q8 * MÉMOIRES
1567. au partir de Bray, s'en alla de sa pleine vdimté M* Deninat,
prebstre, chanoine et trésorier de église de Bray, huguenot il y avoit phia de six ans; mais n*alla ioing sans estre payé du salaire qu'il méritoit; car il fîit tué au passage de la rivière de Marne par ung aultre huguenot de la ville de Bray, nommé La Noê, lequel, Tayant veu mort, envoya ung messager à M® Claude Lefebvre, prévost de Bray, pour obtenir au nom de ses enfans les bénéfices dudit trésorier, ce qu'il feit.
Les huguenotz ne furent plus tost descampez de Villecendrier et les environs de Provins, que M. le mareschal de Brissac^ gouverneur de Tavant^-garde du camp du roy, soubs la conduitte de M. le duc d'Anjou, firère du roy, reprint la ville de Montereau*-fault*-Yonne , et contraignit de s'en partir et de la quitter au roy M. de Ranty ou aultre, qui y avoit esté laissé parie prince de Condé pour la tenir, affin d'amuser le camp du roy, ce pendant qu'ilz huguenotz passeroient la rivière de Marne et gangneroient pays pour courir au devant de leurs reistres.
Deux opinions divisent le conseil royal. Plusieurs membres sont envoyés à Fontainebleau avec la reine mère pour traiter de la paix; les autres, restés à Paris, veulent qu*on poursuive par les armes la réduction des rebelles. — Après de grandes difficultés pour donner un chef à Tannée, le duc d* Anjou, frère du roi, âgé de quinze ans, est nommé lieutenant général pour tout le royaume ^. — L*armée royale, assemblée entre Etampes et Saint-Mathurin-de-rArchant, part le 1 3 ou le 1^ à la poursuite de Fennemi. M. de Brissac entre sans coup férir à Montereau , que les huguenots avaient abaudoj^né.
Hz huguenots, au partir dudit Montereau, pour arrester le camp du roy et bailler de l'affaire à M. le duc, rompirent les arches it ponts de d^us les rivières d'Yonne et Seine, et pour ce fut coutraincte audit sieur duc de séjourner en Gastinois deux ou trois jours
' ArtusdeCossé , fait maréchal de France Charles IX institue son frère , le duc d*An-
en 1667; ^^ ^° neveu, Timoléon de jou, son lieutenant général, représentant sa
Cessé , comte de Brissac. personne pour tout son royaume. 1 667, 1 3
' liettTBs patentes par lesquelles le roi nov. ( Bibl. imp. coll. Dupuy . v. 86, p. 1 78.)
davimtage, en attendant que f on eust faict des pontz dé boys sur les 1567. arches rompaes pour passer son artillerie et gens de guerre. La chevalerie passa partie à Pons-sur-Yonne, les aultres à Melun, pour se jetter en la Brie et s'accommoder entre Monstereau et Provins.
Ce pendant que les ponts de Monstereau se réparoient et que les gens du camp du roy passoient en la Brie, les huguenotz descampoient des environs de Provins ; sur la queue desqueLs se jettèrent les gens d'armes de M. de la Rivière, qui estoient en garnison à Provins, maïs ne firent aucun échec, d'aultant que Tennemy huguenot ne voulut faire teste, ains ne taschoit qu'à gangner pays. On feit butin sur leur bagage, mais non grand; quelques traînars furent tues sur les chemins, mais n'estoient gens de marque. Environ le 16 ou 17 de décembre, qui estoit ung dimanche, arriva dedans Provins, environ les 8 à 9 heures du soir, M. le maréchal de Brissac, avec les gens de cheval de son avant-garde, qui se logèrent sans bulletin es maisons des habitans, chascun d'eux comme il peult; il y séjourna en attendant la venue du camp qui passoit audit Monstereau, et partit le lundy à midy, pouf aller à la poursuitte de lennemy, qui arrivoit à Ëspamay sus la rivière de Marne, distant dudit Provins de i5 ou 16 lieues. Il mareschal, avec son avant-garde, ordonna le rendezvous au village de Villers-S*-George, où ils arrivèrent tout au soir, pour avoir les cartiers de leurs logis. Les maisons et chasteaux des huguenotz ne furent à repos; car chascim homme de guerre du camp royal demandoit à s'y loger plus tost qu'es maisons des laboureurs. Les maisons setgnorialles de Houssoy, de Daoust, de Chantaloue , d'Aulnoy, de Gymbrois et aultres huguenottes des environs de Provins , nourrirent la plus grande partie du camp royal ; les meubles desquelles furent pillez, tant psff les gens du camp que par ceux de la garnison de Provins, et ne trouvèrent à ces jours les huguenotz pruvinois que bien peu de cousins au camp royal qui pussent saulver leurs maisons d'estre pillées et mangées. La maison de Chantaloue, appartenant au sieur de S^-Symon, huguenot, fot saulvée, mais assez tard, par ung gentilhomme nommé M. de Cossé ou Causé, homme
1567. fort catholicque, gendre de laditte maison, lequel toutesfois, estant contrainct de marcher avec Tavant-garde catholicque, quitta laditte maison à la miséricorde du reste des gens de guerre du camp royal. Les soldatz de la garnison de Provins furent réservez pour Tarrière-garde du camp catholicque; lesquels firent ung grand butin sur les meubles et biens des huguenotz, tant dans la ville que dans les villages, quelques gentilshommes qu'ilz fussent, et amenèrent les meubles dedans Provins, qu'ilz vendirent à bon marché en criée, parmy les rues et carrefours. Tous les hommes qu'ils trouvèrent dedans lesditz chasteaux, qui leur faisoient résistance et qui estoient huguenotz, passèrent par le fil de Tespée, et entre aultres ung, qui se faisoit nommer le seigneur de Pains, et ung aultre nonuné Adenet, natif de Provins, qui s'estoient enfermez dedans le chasteau d'Aulnoy, appartenant à la damoiseile dTvemi , dame dudit Aulnoy. L'aureilie de Tung d'eux fut couppée après sa mort par img prebstre, soldat de la compagnie du seigneur de Lours, nommé M* Léon Couliiard, char peiain de la chapelle Sainct-Loys, fondée en Téglise Nostre-Dame*du- Val, honune aussi couard que mal adroict aux armes, pour la pendre à son chappeau, et en faire la monstrance à ses amis prebstres de Provins, et nommément à M^ Jehan Houiller, chanoine de laditte église, qui se gaudissoit tousjours de luy, en luy reprochant quil estoit quelque chault gendarme, et quil n'eust osé assaillir une mouche de panier ou une guépière de mouches qu on appelle des guespes ; ce prebstre soldat, qui estoit aussi bon en&nt qu'il s'en pouvoit trouver, ayant présenté audit HouUier ceste aureille huguenotte, fut mocqué phis que devant, et tant fut faict et dîct avec luy, qu'à la fin confessa qu'il n'avoit touché audit huguenot, mais que, pour faire du vaillant, avoit achepté laditte aiu*eilie des aultres soldatz ses com* paignons qui l'avoient tué.
Lesditz soldatz ravagèrent la maison de Houssoy-lez-Provins, apartenant à la damoiseile de la Gravelle , fille ou femme de M® Loys Le Roy, en son vivant procureur du roy à Provins, tpie tenoient à ferme deux huguenots de Provins, nommez Thibault Trumeau et Estienne
Maistrat, apotieaire, tous deux à la suitte du camp condéyen et 1567. huguenot ; dans laquelle maison de Houssoy furent trouvées la femme dudit Maistrat, belle et jeune, la femme de Nicolas de Ville, filz du procureur du roy Jehan de Ville, laquelle portoit Testât de damoi-
selle, la vefVe M^ Jehan Saulsoy Taisné, jà vieille , la femme de M®
ftoyer, barbier, demourant sur le Pont-au-Poisson, la femme de Léon Goddart, aussi jeune femme, la Chardinette, baille des femmes
huguenottes du presche de Provins, la femme de Le Blanc,
surnommé la Teste de Veau, celle de son frère, ensemble quelques auhres desquelles je n'ai sceu les noms, toutes lesdittes huguenottes habillées en pauvres femmes de village, pour tascher à saulver leurs vie et honneur. NuUe ne fut tuée , mais toutes gansèrent leur vie et rançon à la peine et ouvrage de leurs corps, et Dieu sçait comment les charitables huguenotz fru^ent faictz coupaux sçachans pour une partie d'entre eux, et entre aultres Nie. de Ville et^ Le Blanc, surnommé la Teste de Veau, lequel, avec sa femme, fille de feu Bénard Baulier, dict Grasset, furent amenez par lesditz soldatz dedans Provins, et mis à rançon à quelque somme de deniers, qu'ilz payèrent ou leurs amys pour eux, pour estre délivrez et avoir la vie saulve.
Or adviniril que ledit Le Blanc et sa femme tombèrent en diverses mains soldades ; les soldatz qui tenoient la femme ne tenoient son mary ledit Le Blanc, ains d'aultres, et pour ce temps ne leur fut permis de se veoir ni parler ensemble. La femme, avant qu'estre délivrée des mains desditz soldatz et mise en liberté , après en avoir usé et jouy à leur plaisir, la menèrent pieds, jambes et teste nues par les rues, n'ayant pour tous habitz vestu que sa chemise et img gippon qu'on appelle une camisoUe de drap rouge tout sanglé, et estoit le i Séjour du moys de décembre, et passant par devant l'église de M. S^-Ayoul de Provins, fut la charitable huguenotte conduitte par eux en laditte é^se, qui estoit entre les 8 à 9 heures du matin. A l'entrée de l'église, la contraignirent de prendre de l'eau béniste, pour s'en asperger le visage, et ce faict, la conduisirent devant le grand autel d'icelle église, sur lequel ung prebstre chantoit la messe et estoit
1567. près de rélévatioii: du corps de N. -Seigneur au S'^Sacrement, et là, 1 ayant faict mettre & deiu genoux, luy bailièrent à tenir entre seo mains la torche ardente qui estoit allumée pour servir à rélévatrôa, et tous à genoux à Tentour d'elle luy firent dire Toraison £sâcte en rhonneur de Dieu et dudit sacrement, qui se conunence, Ave, saliu nmndi, Verbam Patris, etc. ensemble Toraison qui se commence. In maruu taas, Domine, commendo spiritan^ meum, et tout au long, et ce dict, luy firent dire à haulte et intelligible voix, après la messe finie, la tablette, c'est assavoir le Pater nester, Ate Maria, saneta. Maria, Credo in Dmm, Benedicite, Agimas tibi gratias, etc. et, à la fin de ce, crier mercy à Dieu, à la Vierge et à tous les saincts du Paradis, de la grande offense qu'elle avoit faict à sa majesté d'avoir délaissé la vraye religion catholicque pour adhérer i la faiilse huguenoticqué, et ce faict et dict, luy ostèrent la torche ardente des mains, qu'ili laissèrent & l'église, et la ramenèrent en leur logis ou aultre lieu. Au partir de devant l'autel de laditte église, la honteuse huguenotte, en soupirant, haultement dict : t Hé Dieu, le meschant mary que j'ai! » voulant par ce donner à entendre que son mary l'avoit séduitte et convertie à prendre la faulse religion huguenoticqué. Tout sur l'heure passa son mary, conduict par aultres soldalz, qui le tenoient prisonnier, ung morion sur sa teste, sans aucunes armes, affin que mieux feusi cognu. Lesquelz le conduisoi^it hors la ville pour le délivrer suyvant leurs promesses, et, pour bailler contentement au peuple de la ville , disoient qu'ilz Talloient faire pendre à ung arbre hors la ville , ce qu'ilz ne firent; mais, l'ayant mis assez lomg à son contentement, luy baillèrent Cherté pour se retirer la part que bon luy sembla. Sa femme demeura à la ville es maisons de ses parens, après que lesditz soldatz en eurent faict le service et les monstres selon leur volunté.
Les aultres huguenottes ci -dessus dittes ne rentrèrent à Provins que jusques après la passée du camp, et que ceux qui les avoient prinses prisonnières eussent esté satisfaictz de leurs plaisirs et rançons, et ne fiirent honteuses non plus que putains et ribaudes qui reviennent de la suitte d'ung camp et des troiqipes. Celuy des hugue-
notz cQupaia qui iîit le plus mocqué fut Eatieime Maistrat, d'aultant 1567. qu'il, avant ceate guan>e, avait c(»»ceu une jalousie sur sa femme et le prédicant dudit Provins, pour les avoir surprins ensemble s'entsfitenans embrassez et faisans Tamour Tung à Taultre par chanté en lieu seoret et suspect, dont il portoit ha^me audit prédicant; et luy demandoit-on desquelz il tse tepoit le plus injurié , d'avoir esté Qoupaudé par les gens de guerre catholicques ou par son père spirituel le prédicant héréticque. Toutes ces choses iurept faictes en trois jours que le camp du roy se reposa à Provins et les environs» ce pendant que reimemy huguenot passoit la rivière de Marne tout à son loysir. Et est une chose toute certaine, que, si ledit camp du roy eust voulu cbeminert il eust prins lesditz huguencrtz au passage de laditte rivièire; mais les gouverneurs que la royne mère avoit donné à M. le duc son filz, Tun desquelz estoit des principaux M. de Carnavalet, seigneur de Noyen*sur-Seinei avoient grande intelligence avec ledit sieur prince de Gondé et les <àïefk de sa cohorte, et ne se passoit jour ne puict qu'ilz eussent nouvelles les ungs des aultres, et estoient les intelligences si grandes et bien dressées, que les jours que lesditz huguenotz cheminpient pour gangaer pays, le camp du roy se reposoit, et les jours qu'il cheminoit, le camp huguenot se rafraichissoit et se reposoit.
Retournons maiutenant au camp du roy. M. le maréchal de Brissac, après estre party de Provins , au lendemain y aarriva M. le duc d'Anjou, accompagné de cent gentilshommes de la maison du roy et de plus de quatre aultres mille hommes de oheval des ordonnances de S. M., ensemble du nombre de deux mille aultres hommes de cheval, partie Espagnols, Bourguignons, FlamansetHanoyers que le roy d'Espagne avoit envoyé au roy; lesquelz tous logèrent dedans la ville de Provins par cartiers et fourriers. L'excellence de M. le duc fiit logée dans l'abbaye de 3^- Jacques du chasteau de Provins, où il séjourna deux jours pour faire rafiraischir son camp , suyvant le conseil que venons de dire. Quelques compagnies de la garnison de Provins qui estoient du régiment de M. de la Rivière deslogèrent à l'arrivée dudit seigneur,
1567. et allèrent JQÎndre Tavant-^arde de M. de Brissac, pour faire place aux gens de guerre susditz, qui estoient de la suitte dudit seigneur duc. Le camp de rartillerie, gens de pied et Suisses passèrent entre Mortery et St-Yllier, et s'allèrent camper à Voulton, S*-Martin-des- Cfaamps, Gymbroist Bouart, Boolot et Rupéreux. Les compagnies de cheval des ordonnances du roy passèrent pour la pluspart par Bray, et s'allèrent loger es parroisses de Goix, Ermés, Sepveilles, Chalaustre^a-Petite, Sordun, Méel, Mériot, TEschelie et S^-Martin-de- Chasnetron; et contenoit ledit camp en la bataille et arrière-garde, sans y comprendre Tavant-garde, quatre lieues de lai^e et six de long, et, à le comprendre pour le tout, il contenoit bien dix lieues de long et six de large, cbascun estant logé par les villages. Ledit camp royal estoit de plus de cinquante mil personnes combatans bien en ordre.
Pour nourrir ce camp, fut cuyt du pain à Provins par les boulangers par ordonnance du maistre du camp, et fut le blé prins es greniers des marchans et habitans de Provins, aultant qu'il en fut nécessité, et ne fornit-on aultres munitions, parce que les gens de guerre vi voient chascun des biens de leur hoste qu'ilz trouvoient es maisons, tant en chair, pain que vin, et de peu servit aux gens des villages le pain de la munition susditte; car, où les gens de guerre trouvèrent pain et farine es maisons de leurs hostes, n'acheptèrent aucunement du pain de laditte munition, et où plus il servit, fut au camp des Suisses, qui estoient campez à Voulton avec l'artillerie, tant es mai* . sons et jardins que dans les champs.
Les boulangers de Provins réclament contre la gabelle d'une maille qu'ils payaient sur le pain vendu en détail dans leurs ouvroirs; le duc d'Anjou abolit cet impôt.
Au camp de l'artillerie, où estoient les Suisses et infanterie françoise, y eut peu de révérence portée aux é^ses et lieux sainctz par les gens de guerre qui y estoient, parce que aulcuns logèrent leurs chevaux dedans les églises et en firent des estabies, sans y respecter
le lieu ni les sacremens, et signamment le précieux corps de J.-C. qui 1567. y estoit gisant au sacrement de Tautel. Es églises où les huguenotz n'avoient esté ravager et mis le feu, n y firent aultre mal les gens du camp royal que d'y loger leurs chevaux et eux aussi, et de porter litière de foin et de feurre pour eux y accommoder. Duquel contemnementprindrent argument maintes gens de bien que Tyssue de ceste guerre ne prendroit guères bon succès au prou£Eit de la religion catholicque.
Le pays des environs de Provins et du bailliage qui porta le plus de domage et de perte à la passée des deux camps, tant du camp huguenot que du catholicque royal, fut le bas pays de la vallée de Seine, depuis Montereau jusques à Méry, p^r lequel pays bas passèrent la foulle desditz deux camps, sans que\ pour ce, on y menast aucune munition que asset peu de pain. Ce néantmoings, y demeura quasi tout le gros bestial à corne, mais poinct ou peu de brebis, et fut ledit pays ung moys entier à nourrir les gens de guerre, tant de Tung que de Taultre camp, et moings y arresta le camp catholicque que n'avoit faict celuy du huguenot. Le camp catholicque print tout le chemin de celuy du huguenot, afiEn de le talonner de près, qui fut Toccasion d'apauvrir les villages par où ilz passèrent. Lesditz deux camps ne montèrent poinct plus hault en la Brie que S^-YUier, Cortacon, Augerre, Sancy et Monceaux, encores n*y eut que le camp royal qui logeast ausditz villages, car le huguenot ne monta si hault, d'aultant qu il n'estoit si gros que celuy du roy.
M. le duc d'Anjou, après s'estre reposé deux jours entiers et trois nuictz audit Provins et tout son camp aultant, chascun en son lo^s, partit pour faire la poursuitte des ennemys de Dieu et du roy, et ne demeura plus audit Provins que les compagnies des sieurs de Lours,
Valentin PouUet, et N l'ung des capitaines du régiment du
sieur de Foissy. Deux de ces compagnies, c'est assavoir celles de Valentin et du régiment de Foissy, furent, par Fordonnance dudit sieur duc, envoyées es villes de Bray, Nogent et Pons-sur-Seine, pour y tenir garnison, et partirent pour y aller environ la feste de
1567. M. S^Thomas lapostre, (jui est au moys de décembre, trois jours avant la feste de Noël^ Ce fiit grande resjouissance ausdittes villes de Bray, Nogent et Pons, dedans lesquelles demeurèrent icelles compa^ gnies l'espace de deux moys ou environ en garnison aux despens des habitans , qui furent assez mal traictez par iceux capitaines et gens de guerre et principallement ceux dudit Ni^ent.
M. de Lours rompit sa compagnie, et bailla congé k ses soldatz pour se retirer la part que bon leur sembleroit, et print congé de la viUe de Provins, estans deschai^ du gouvernement d'icelle, et se retira en sa maison de Lours. Qui Ait le tout ung grand soulagement aux habitans dudit Provins, lesquelz par trois moys entiers et continuelz avoient entretenu à leurs gages et despens ledit sieur de Lours et sa compagnie de trois cens hommes, sans les garnisons qu'ilz demandèrent au roy de renfort, qui y furent l'espace d'ung moys.
Par l'ordonnance de M. le duc d'Anjou, garnisons furent posées et mises es chasteaux des huguenotz et maisons fortes d'iceux qui estoient par tout le pays de Champaigne et Brie, pour les garder, empescher que les huguenotz à qui ilz appartenoient ni aultres ne s'y allassent loger, et prendre les biens d'iceux pour sW ayder. Et &rent les capitaines et soldatz qui y tindrent garnison nourris aux deq>ens du «revenu desditz chasteaux et maisons huguenottes, le revenu desquelz fut saisy de par le roy et mis soubz commissaires. Les chasteaux et maisons de ce pays pruvinois et des. environs où y eut garnison de par le roy, furent Gimbroys, appartenant au s' de Patras; Aulnoy, à la '^amoiselle d'Yvemy; Courbetain, à l'esleu Barengeon de Provins; Houssoy, à la damoiselle de la Gravelle; Chantaloé, au sieur de S*-Symon; la Fontaine-au-Bois, à frère Pierre Pisseret; la Motte-de- TiUy-lez-Nogent, au sieur d'Estemay; la Villeneufve-auxrRiches-
' On possède des lettres du roi et du qu il mettra dans les villes. i568, aojuin.
duc d* Anjou, par lesquelles ils mandent (Bibl. imp. coUect. Saint-Germain-Harlay,
aux habiUnU de Méry qu'ils obéissent au n"" 3ao, fol. a6o r*.) sieur de Foissy, et nourrissent la garnison
Hommes, Bouy-anx^Poreaux, et Crancost, audit d'Esternay, sans 1567. laisser arrière le chasteau d'Esternay; les meubles desquelz, avant qu'estre inventoriez et mis soubz commissaires, suitant Fédit du roy sur ce faict à Paris, à la fin de ce présent moys de décembre, furent à la. miséricorde desditz capitaines et soldatz qui y furent mis en garnison.
Un soi-disant geotilhomoaie, nomiâé le sieur de Foissy, avait, à roecasion de la guerre civile, obtenn commission de lever un régiment de dix on douze compagnies de gens de pied pour le service du roi, B ne parvint pas à former un régiment entier avant que les protestants quittassent la Brie, et la seule de ses compagnies qui pût servir fut celle qui entra en garnison à Provins. Chargé plus tard de la garde des villes de Bray, Nogent, Pont et Méry et des châteaux environnants, M. de Foissy se hâta de mettre garnison dans les châteaux de M. d'Estemay, et de les faire dévaliser. M. d'Estemay et lui nourrissaient Tun contre Tautre depuis plusieurs années une haine violente, à raison d*un lièvre poursuivi et pris par le premier sur les terres du second. Au parlement, où le procès fut porté, M. de Foissy fit voir que son adversaire était petit-fils d'un cuisinier enrichi du roi Louis XQ, qui avait marié son fils à une fille de la noble maison d'Estouteville; M. d'Estemay prouva que M. de Foissy était issu d'un pauvre clerc au pariement devenu procureur. En iSGy, les protestants campés à Nogent ayant mis le feu au château de Bemière, maison de M. de Foissy, celui-ci attribua le fait aux instigations de M. d'Estemay et n'en fut que plus animé contre lui.
M. de Foissy mit aussi des garnisaires au prieuré de la Fontaine-aux-Boîs, appartenant à Pierre Pisseret, Par son ordre, les meubles de cette maison, les grains, vins, cuves, lits, taUes, couches, portes, fenêtres, serrures, furent pillés et emportés à Nogent Les livres, images et ornements d'église furent donnés à l'église de Nogent, que les protestants avaient dépouillée.
Le duc d'Anjou joint au delà de Châlons-sur-Mame, au lieu de N.-D.-de-l'Épine, l'armée protestante, qui s'échappe pendant la nuit, pour aller au-devant des reitres envoyés par le comte palatin du Rhin.
Le roi, averti de la levée des reitres, envoie M. de Lansac^ au comte palatin
^ Louis de Saint-Gdais, seigneur de la collection Saint-Germain-Hariay et dans
Lansac. (Voyez, sur son arrestation, de la collection des Lettres originales (Suppl.
Thou, Histoire anivenelle, 1. XLII.) On franc. 3722 et 3733}, de nombreuses
trouve à la Bibliothèque impériale, dans lettres de Lansac.
1567/ du Rhin, pour le détourner de secourir les protestants de France, en rassurant que la guerre qui se fait n'a pas pour cause la religion, mais la rébellion des réformés contre Tautorité royale. Néanmoins le comte , d*après les informations qu'il prend, se décide à accorder au prince de Condé le secours de ses rettres. Les protestants font prisonnier M. de Lansac, à son retour en France.
Mort, au mois de mars, de M* Nicole Macé, doyen de la chrétienté de Provins, chanoine de N.-D.rdu-Val et curé de Landoy. — M* Jehan Leclerc, maître des enfants de chœur de Téglise de Sens, lui succède dans sa prébende de N.-D.-du- Val et dans le doyenné. — Mort, au mois de mars, de M* Jérôme Possot^, prieur des jacobins de Provins et provincial de Tordre, natif de Provins, homme savant, prédicateur habile et ennemi déclaré des hérétiques.
Le printemps de ceste année fut fort sec et haâleur« avec ung vent de bize qui desséchea la terre, en telle sorte que les mars, chamvres et aultres biens de la terre demeuroient, faulte de pluye. Aussi, toutes les églises et parroisses de la France faisoient processions et prières publiques, afin d'avoir la grâce de Dieu et de la pluye pour arroser les biens de la terre.
Pour lesquelles avoir, les églises de S*-Ayoul, de S'^-Croix, les cordeliers et jacobins de Provins tous ensemble furent en procession en la ville de Nogent, en Thonneur de Dieu, de la vierge Marie et de M. S* Laurent, le 2 8* jour d'apvril, en laquelle fut porté le chef de M. S^ Ayoul et plusieurs sainctz reliquaires. Dieu exhausa les prières du peuple et eut regard à leur dévotion, envoyant de la pluye sur la terre incontinent après, qui moult augmenta les biens de la terre , tant les grains que les vignes, dont s'en ensuivit une grande monstrance, si sa majesté eust permis que les babitans de la terre en eussent eu tout le prouffit. Les grains, après ceste pluye, s'augmentèrent de telle sorte que de la mémoire des hommes n'avoient esté
^ Voici Tépitaphe consacrée k Jérôme gouvernement de ton ordre , qui décéda le h' mers
P0880I, dans le sanctuaire des Jacobins '^^7- Prici Dieu pour wn «me..
(Rivot, Hist ecclésiastique, t. IV, p. 800, Honc madidis tomoliim, lector, visnras oodlis,
à la bibliothèque de Provins) : *«*«» «>g«» ^ hominum faU cadnoa geme.
Qui, velnti florei , sole ezoriente, vireacont,
«Cy gist «dentifiqne penonne frère Hiëroone Mox flacenentes, morte flœnte, nmnt.
Ponol , théologien de l'Université de Paris , religieux Sic immature Possotns morte peremptns
profes et prieur de céans, provincial de France an Nnnc jaoet, exoellens qui roaa flomerat.
phis fortz, espais ni mieux grenez. Mais, parce que les habitans de la 1567. terre de France, pour leurs péchez, se rendirent ingratz de ses biens, la majesté divine permist que l'honune n^en eût que la veue et non rentière jouissance, ainsi que nous dirons en son lieu.
Audit moys d'apvril, fut éclipse de soleil, environ le 1 8 ou 20** jour en plain midi, qui dura près de deux heures, le temps fort beau et serein. Le soleil donna sa darté si palle que rien plus, et sembloit laditte clarté passer par Tombre des ténèbres, qui fut ung présage du malheur proche qui advint à la France par les troubles des guen*es civilles qui advindrent telles que les avons récitées ci-dessus en ceste présente année.
Assassinat, le jour de la Pentecôte, à Provins, d*un nommé Bondis, potier d*étain, par son gendre. — Un foulon est tué dans une rixe par Nicolas Privé, chirurgien, qui se tire d'affaire en satisfaisant la femme du défunt. — Un gentilhonune et ses alliés tuent, près de Meiun, messire Guyot, curé de Sancy par usurpation; habile à contrefaire les bulles pontificales, ce qui lui avait valu le titre de pape de Brie, soutenu par plusieurs seigneurs dont il s'était fait le spadassin, toujours armé, même en disant la messe, il était la terreur du pays, et les gens de justice n'avaient pu s'en rendre maîtres. — Au mois de juin, Nicolas de Pellevé, archevêque de Sens, faisant la visite de son diocèse, se rend à Bray et y séjourne deux jours; ses officiers sont accusés de vendre les sacrements. U va ensuite à Provins (l'avant-veille de la Fête-Dieu), et loge au cloître Notre-Dame dans la maison de M* Léon Gamier. U confirme mille à douze cents personnes; M* dlvoUé, jacobin d'Âuxerre, qu'il avait amené avec lui, prêche pendant huit jours sur la confirmation. Le jour de la Fête-Dieu, on fait à Provins une seule procession générale, à laquelle officie Tarchevêque. — M. de Peilevé bénit le lendemain deux chapelles de Saint- Ayoul, nouvellement faites. — Le prieur de la Fontaine-au-Bois, frère Pierre Pisseret, se rend auprès de l'archevêque, qui l'avait mandé, et qui le fait emprisonner OMnme hérétique. Après plusieurs jours de détention, il parvient à sortir par le crédit de ses frères ,^ et à se faire recevoir en procès ordinaire à la cour de parlement, où il obtient, conformément aux derniers édits du roi, un arrêt favorable. Le frère Pisseret avait éloigné de son prieuré les moines envoyés d'Esspne; il professait une hérésie particulière, qui n'était absolument ni la calviniste, ni la luthérienne, et à laquelle il gagna ses frères et plusieurs moines d'Essone; étant malade, il refusa d'entendre les prêtres catholiques et les prédicants protestants.
1567. L^esté de ceste présente année fut fort beau et sec, mais accompagné de grans et impétueux Yens« qui portèrent un grand domage aux biens de la terre par tout le moys de juliiet, et signamment au commencement de la moisson du pays de Brie; qui furent cause de perdre les bledz et aultres grains qui estoient sur la terre, ensemble les fruictz qui estoient sur les aibres.
Les raisins des YÎgnes n'eurent aucun mal desditz vens, à cause qu'iiz n'estoient qu*en petit verjus, et y en avoît fort habondamment qui allèrent à bonne maturité , en augmentant de bien en mieux, dont advint une grande habondance de vin en la vendange et de bons vins meilleurs que ceux de Tan précédent; et fault croyre que, si les bledz et aultres grains n'eussent esté perdus des vens, Ton eust aultant recueiily de tous biens en ceste ditte présente année que oncques on avoit faict il y avoit plus de vingt ans.
Oultre le présage du malheur de la France présagé par Téclipse du soleil au moys d'apvril dernier et les grans et incroiables vens du moys de julliet. Dieu démonstra encores ung aultre signe en la créature du soleil, en ce mesme moys de julliet, en la manière qui s'ensuit. Fault noter que, la veille de la Magdelène, dès le matin, le soleil se leva bel et der, et démonstra sa clarté sur la terre selon sa coustume en temps serein, jusques à l'heure de midy; à laquelle heure devint palle et blanc à merveilles, et se démonstra aysé à contempler des yeulx, qui est contre sa nattu*e, et le pouvoit-on bien regarder les yeulx ouvers sans s'offenser la veuè, et apparoissoit plus large la moytié que de coustume, le temps toutesfois bien serein et peu umbrageux; et de tant plus qu'il approchoit de son coucher, d'auitant plus il se démonstroit large et de palle coidleur. U demoura en telle sorte jusques au lendemain l'heure de midy, à laquelle il retourna à sa clarté ordinaire, et ne pouvoient les humains dire aultre chose de. ce signe, sinon que c'estoit un présage de quelque grand futur malheur qui debvoit advenir sur la terre en brief temps, et sembloit à veoir que ce grand corps céleste feust malade en soy et de soy mal sain.
Le sultan des Turcs, Soliman» fait la guerre aux chrétiens en Hongrie; il 1567. assiège sans succès la ville de Vienne, devant laquelle il meurt. Son armée
s*^pare de plusieurs places chrétiennes. — An mois d'octobre Pinot,
grand maire deDonnonarie, gendre du pcocureur du roi Jehan de Ville, s^étant arrêté au village de Vineuf-lez-Courlons, avec les soldats de la compagnie qu^il levait par commission du roi,, est assailli pendant la nuit par une troupe de la garnison protestante de Montereau; les assaillants, commandés par un guidon de Donnemarie, nommé Neveu, dont il avait tué le père, le massacrent, ainsi que
plusieurs de ses gens. Le grand-père de Pinot, tanneur, avait pris à ferme
la seigneurie de Donnemarie, appartenant aux chanoines de Tours, et avait amassé de grands biens; son p^e, puissant par ses richesses, se qualifiait de roi de la Brie; lui-même tranchait du gentilhomme; mais le meurtre de Nicolas Neveu, son cousin, qui lui avait enlevé la ferme des revenus du chapitre de Tours , le plongea dans de grands embarras. — Après sa mort, sa femme se livre à son frère et a de lui un enfant.
Les deux paillards incestueux confessèrent avoir esté incitez à commettre ceste paillardise par la lecture des livres de la Bible traduitte en françoya parles huguenotz, et par la liberté delà prétendue religion huguenoticque, de laquelle tous deux faisoient profession.
Le feu ayant été mis au monastère des cordelières de Provins par Tordre de M. de la Rivière, les religieuses se retirent dans les maisons de leurs parents, à Provins ou ailleurs.
Aucunes d^elles ne retournèrent oncques audit monastère, ains se déclarèrent huguenottes, pour avoir excuse de n'y retoiuner et pour avoir occasion de se marier et de paiUarder à leur ayse. Celles qui ne se desbauchèrent de la religion catholicque et qui ne pouvoient où se retirer demeurèrent audit Provins, et, après avoir vagué parles maisons de leurs amys, tant bourgeois que chanoines, moynes, cordeliers et jacobins, l'espace de quinze jours et plus, furent accommodées es logis de la Salle du roy, et leur fut donnée la chapelle de M. S* Biaise, pour y faire leur service, où elles demeurèrent Tespace de trois moys ou environ, avant que de retourner en leur monastère.
1567. Quatre chanoines de Saint-Quiriace meorent en Tespace de douze jours, soit par peur des protestants, soit par suite de coups reçus des soldats de Tannée catholique.
Depuis Tarrivée et après le départ de Tannée royale,* les parents et amis catholiques des huguenots de Brovins portèrent dans Iw ^jlises les enfants qui avaient été baptisés par les prédicants hérétiques, et les firent rebaptiser suivant les rites de la religion romaine. Dans ces actes, les cérémonies ordinaires furent accomplies avec soin , sauf qu*on ajouta des formules restrictives pour le cas où un baptême valable aurait eu déjà lieu. 11 y eut des parrains et des marraines , et de nouveaux noms furent donnés aux enfants, quand ceux qu'ils avaient reçus étaient des noms de païens, de musulmans, de chiens, etc. ^
* Un sonnet, dont on trouve la copie dans le volume 8io de la collection Dupuy, à la bibliothèque impériale, contient une peinture assez énergique de Tétat de la France à ces malheureuses époques :
Veux-ta MToir qod eft Tétat de notre Fnuioe? Un jeune roi mené par on peuple mal duit. Mené d*un Espagnol, d*nn nu>ine, d*an &us braict. Mené par une femme extraite de Florence ; Un oonaeS bigarré, qui cache ce qn*il pense; L*artiHui capitaine; un camp sans chef conduit; Un paît du papiste et huguenot détruit;
L*estranger, qui pour nous à nostre mort s'avance ; L*ennemi, qui fniant se va moquant de nous; Le grand en notre camp contre le grand jalons; Blille noureauz estu; mffl* empruns sans trafiq; l^ justice sous pies; le marchant fidt les kis; Paris, ville frontière. O malhesr toulefiMs, Qui demande la paii est ennemi puUiq!
La traduction de cette pièce, en trente vers latins, qui figure à la suite, est indiquée comme un ouvrage de Denis Lambin.
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