‹ Memoires de Claude Haton (volume 2)Chapitre 6 sur 37 · CHAPITRE XLII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII

LA FAMILLE D*ESTERNAT EMBRASSE LA RBLIOiOM AÉFORMÉK.

Mons. d'Estemay^ a esté un homme fort esloigné des vertus

de ses père et mère en tout, car il estoit cruel, vindicatif, peu pitoiable, fort orgueilleux et sumptueux en habitz, chevaux et serviteurs. Et, pour le combler de tous maux, estoit hérétique luthérien dès le temps de l'an présent, toutesfois, non tel déclaré, mais secret en sa maison et en sa conscience, parce que en ce temps on faisoit grande punition desdits héréticques en France, que l'on faisoit mourir de la peine du feu, quelques gentilshommes qu'ilz fussent; et de peur d'estre prins, pugni et de perdre ses biens, se ventoit estre dispencé du pape de Rome de manger chair en karesme, œufz et formage trois jours de la sepmaine , ce qu'il faisoit.

' Antoine Raguier, seigneur d'Esternay mort de Jean Raguier, seigneur d'Ester-

(dép. de la Marne, arr. d*Épemay) et de nay, son frère unique, épousa Michel de

la Motte de Tilly, était fils de Louis Raguier Lur, seigneur de Longa. ( Voy. AddiL ans

et de Charlotte de Dinteville. H eut pour Mém, de Castelnau, par Le Laboureur, 1. 1,

beau-frère François de Béthune, baron de liv. III, p. 807. ) D'Aubigné nomme plu-

Rosny, père du duc de Sully. Anne Ra- sieurs fois le seigneur d'Estemay dans son

guier, sa fille et principale héritière par la Histoire univerelle. Il mourut en iSôg.

Après iuy devint héréticque luthérien mons. le vidasme son frère, 1554. et dès le temps de ceste dite année; mais il estoit plus estimé que ledit d'Estemay, car il estoit fort pitoyable, grand aidmosnier, fort charitable et gracieux, point orgueilleux, et secourable à tous. Les filles sont demeurées catholicques, excepté la cordelière, ainsi que nous dirons en son lieu.

Pour le temps que madame de la Motte leur mère^ a esté catholicque, les cordeliers, gens de religion, prebstres et aidtres, tant de ses villages et parroisses que d^allieurs, avoient bon temps avec elle; car tant elle que ses enfans avoient plusieurs seigneuries soubz leurs commandemens, comme Estemay, la Motte de Tilly, Corceroy, Sainct-Maiurice, Villeneufve aux Riches hommes, Bouy aux Poreaux et aultres, ausquelz prebstres elle faisoit beaucoup de honestetez,

principalement à ceux qui estoient de bonne vie

Elle sçavoit beaucoup de receptes de médecines et poxur plusieurs maladies , qu'elle enseignoit et apprenoit aux simples et bonnes gens pour les secourir en leurs maladies; elle-mesme leur faisoit et accommodoit les breuvages, oygnemens et emplastres; elle sçavoit le remède de guarir de la morsure des chiens et bestes enragées, sans bailler respit, ni les envoyer à mons. saint Hubert.

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