DE GUISE
Au XXXV* chapitre de l'année 62 de ce présent livre, nous avons
blée composée d*ecclésiastiques , des éche- faire pour le soulagement du grand nombre
vins, de délégués du pariement et des et affluence des pauvres de Picardie ruinez
gouverneurs du bureau des pauvres, /)oar par les guerres, n — Voy. aussi Félibien,
adviser et mettre ordre à ce qui se pourra Hist, àe Paris, t. II, p. 1061.
1554. parlé du prieur de THostel-Dieu de Provins, nommé Botumus, auimosnier de madame de Guise, qui succéda à frère André Lecourt, auparavant maistre dudit Hostel-Dieu. Il Botumus se faisoit nommer et escrivoit en son nom et surnom Botamas de Botamis, et se disoit estre docteur en théologie de l'université et faculté de Boullongne la Grasse en Italie, et natif de la ville de Bresse audit pays, homme assez docte, mais non de meilleure vie quant aux mœurs ^ Car se voyant maistre paisible dudit Hostel-Dieu, s y retira pour prendre ses ayses et repos, et y vivoit d'une vie fort scandaleuse. Il tint avec soy une et la plus jeune religieuse qui fust audit hostel, nommée sœur Âymée, qui estoit fort belle et qui avoit faict beaucoup de peine à garder aux deux prieurs dudit Hostel-Dieu ses prédécesseurs; laquelle, par chas-
* Botumeo de* Botumei fut nommé prieur de l'Hôtel-Dieu de Provins sur la présentation de la duchesse de Guise, et confirmé dans cette charge par lettres du a 3 juillet i55a, malgré les réclamations des reb'gieux et religieuses de la maison. On lui suscita toute sorte de difficultés; on Taccusa d'être protestant , et il finit par se retirer, en résignant son bénéfice en faveur de frère Denis Le Roy, par un acte du ai août ibb'j. (Voy. sur ce personnage le recueil ms. de M. Rivot, t. V, p. an, à la bibliotlièque de Provins.) U existe plusieurs pièces relatives à son administration dans les archives de THôtel-Dieu de la même ville : i"* Requête aux gens du présidial par les procureur et écbevins, pour être autorisés à vbiter chaque semaine les vivres donnés aux pauvres, et à «'enquérir du traitement desdits pauvres ( la juiUet i554); a* réponse à cette requête par les frères et sœurs ( i3 juillet) ; 3" certificat délivré par les religieux et religieuses, sur la demande de Boturne, constatant qu'il n'est mort aucuns malades sans avoir reçu la confession (a août);
A* plaidoyer ou mémoire rédigé et signé par Boturne; 5' lettre de Henri II, d'après laquelle les manants et habitants de Provins, qui, à l'instigation et poursuitte d'aucuns malvueillans et hainneux du prieur de V Hôtel-Dieu Boturne, avaient obtenu du parlement une commission pour s'enquérir des affaires et des comptes de l'Hôtel- Dieu , seront renvoyés devant le grand aumônier (4 nov. i555); 6* certificat donné devant notaires par le trésorier de l'Hôtel- Dieu, par messire Claude Haton, prêtre, chapelain de cette maison, par sœur M.
Gamier, etc. constatant que l'Hôtel -Dieu est par le prieur Boturne honestement gouverné et entretenu paisiblement, tant au spirituel que au temporel (i5 déc. i555); 7*" lettre de Henri II, pour ajourner au conseil privé les habitants de Provins appelants de l'ordonnance qui les renvoyait devant le grand aumônier (6 févr. i556). — Voyez aussi un acte du 3 nov. 1 55a , dans le recueil manuscrit de M. Ythier (Hist. ecclésiastique de Provins, Hôpitaux, p. i66) à la bibliothèque de la ville de Provins.
cunjour estpit au levé et couché d'iceluy, et.si estoit dame d'hostel 1554. de ladite maison, sous son commandement, ayant charge de tout achepter, faire appareiller et gouverner, de manière que nul de ladite maison, prebstre, religieux ni aultre n'eust osé contredire ladite dame qui ne s'en feust repenty, qui causa ung grand scandalle audit Provins.
Pour le despit que eurent aulcuns religieux dudit Hostel-Dieu de veoîr ceste nonain parmy eux, et aidtres choses qui ne leur sembloient des plus honestes, murmurèrent contre ledit Boturnus et elle, qui fut cause de faire séparer lesdits moynes de la table dudit Botiunus et d'elle. Et pour ce, composa ausdits religieux et religieuses, et fut la composition telle, qu'il debvoit bailler à un chascun religieux deux soulz t. en argent, ung pain blanc et trois chopines de vin par chascun jour, et à chascune religieuse la moytié aultant, excepté à la sienne qui vivoit comme luy. Il tinst ceste composition quelques deux ans et plus, après quoy il les remist à sa table pour certaines raisons.
Il estoit si avaricieux qu'il n'estoit possible de plus , et ne voyoit manger les personnes qu'avec regret, principallement les religieuses et les pauvres malades qui estoient es lictz , lesquelz il enchassoit et faisoit enchâsser par son vicaire général, frère Pierre Girard, qui, suyvant le commungbruict, faisoit tout ce qu'il vouloit bien et mal pour demeurer en sa bonne grâce et de sa dame, ce qu'il ne peut faire long temps. Ausquelz pauvres il retrancha les vivres le plus estroitement qu'il peut, sans leiu* faire aidtre gracieuseté que leur donner bien peu de pain, moings de vin tel quel, et quasi poinct de chair, encores de la moindre de la boucherie, sans leiu: vouloir bailler bois ne charbon poiur les chauffer l'hiver. Aux religieux et religieuses leur en bailloit ung peu davantage, je dis de bois.
Il prenoit grand peine à semer et mettre Ferreur de Luther et Calvin audit Hostel-Dieu, le plus cauteleusemdnt qu'il povoit, et qui plus l'empeschoit estoit qu'on ne le pouvoit entendre à son parler italien, et si bien souvent assembloit les religieux et religieuses en secret
1554. pour les prescher; mais ni les ungs ni les aultres n'y entendoient rien, et, pour mieux leur faire entendre ce qu'il leur preschoit, s'abstenoit de toutes les œuvres de la foy et cérémonies de la religion catholîcque et romaine, comme de jeusner, de chanter la messe, d'y aller ni à aultre office de l'église, de dire ses heures, de garder continance, ni de faire aultre chose qui peust entretenir ni esmouvoir les chrestiens à dévotion; et fut près de deux ans à mener telle vie et sans se confesser aux prebstres.
Pour lequel, gouvernement et clameur des pauvres malades, qui estoient par les rues dudit Provins et qui disoient morir de faim et de froid, messieurs les procureur et eschevins dudit Provins feirent assembler en ceste dite année les habitans de la ville à l'hostel cornmung d'icelle , qu'on appelle l'hostel de la ville , pour avoir l'advis d'un chascun qu'il seroit bon de faire pour corriger l'abbus dudit Botiu^nus et poiur faire que les pauvres feussent mieux traitez nourris et chauffez qu'au précédent. A laquelle assemblée lut résolu que l'on informeroit des abbus qu'il commettoit, qu'on monstreroit à justice et au roy, si besoing estoit, le maulvais traitement qu'ilfaisoit aux pauvres et la maulvaise administration qu'il faisoit du bien et revenu dudit Hostel-Dieu, qu'il emploioit à soy et à ses parens d'Ytalie , qui le venoient souvent veoir, et non aux pauvres malades du pays et estrangers , et qu'on tascheroit de luy faire oster l'administration du revenu dudit Hostel-Dieu, et de faire gouverner ceste maison par bourgeois de la ville, qui seroient esleuz chaque année par les procureur, eschevins et corps de ladite ville, traiteroient mieux lesdits pauvres selon le revenu, et rendroient compte du relicqua par chascun an devant qui il appartiendroit, le tout suyvant ung édict du roy qui ordonnoit que tous hospitaux et maladreries de fondation royalle fussent gouvernez par les procureurs et eschevins des villes où estoient les dits hospitaux ou aultres bourgeois d'icelles esleuz par les gens et habitans desdites villes ^
' Voyez, pour les édits et règlements relatifs aux hôpitaux, dans le xvi' siècle, le recueil de Fontanon, tom. IV, p. b'jà et suiv.
Lequel édict du roy se praticquoit jà en plusieurs villes de France 1554. et nommément es villes de Paris, Troye et Meaux, les hospitaux desquelles, n'y avoit guères, estoient gouvernez par les commissaires bourgeois desdites villes suyvant ledit édict.
Le conseil résolu, fut ordonné aux procureur et eschevins dudit Provins, Tung desquelz estoit Claude Faulchon, appoticquaire demourant juxte ledit hostel, de faire informer et de plaider contre ledit Botumus , afïin de luy oster l'administration du revenu dudit Hostel- Dieu, ce qu'ilz feirent aux despens de la ville. Et, pour mieux venir à leur poinct, n'informèrent seullement de la maidvaise administration du bien dudict Hostel-Dieu et du maidvais traictement qu'il faîsoit aux pauvres, mais aussi informèrent de ses maulvaises mœiu^s et meschante manière de vivre, et nommément du scandalle qu'il donnoit de tenir jour et nuict ladicte religieuse avec soy, de laquelle ilz meirent en avant qu'il avoit eu deux enfens; davantage informèrent contre luy qu'il estoit héréticque luthérien et prouvèrent sur tous ces poinctz ce qu'ilz peurent. Et fut portée ladite information à la court, poiu: la présenter au roy, s'il en eust esté besoing, qui estoit fort pernitieuse, s'il n'eust eu crédit.
Mais l'information ne fut plus tost à ladite court que luy, qui advertit madame de Guise, sa maîtresse, de tout ce que messieurs de ladite ville faisoient et avoient faict contre luy, à laquelle il sceut si bien desguiser la matière, qu'elle espousa sa cause et manda aux bailly, prociu^eur et advocat du roy, procureur et eschevins de ladite ville, qu'ilz cessassent leur entreprinse contre son aulmosnier, s'ilz luy vouloient faire plaisir; ce qu'ilz ne volurent faire pour le premier mandement, mais le feirent adjoumer aux requestes du palais de Paris ou à la court de Parlement, où il ne volut respondre ou bien n'y plaida longtemps, car il trouva moyen, par la faveur de sa maistresse, de se faire enroUer à Testât du roy pour estre ung des aulmosniers de Sa Majesté; au moyen de quoy, feit évocquer son procès au privé conseil, qui fut cause, avec ung aultre mandement de ladite dame, que ce procès demeura là et n'en passa-on plus avant.
1 554. Icelle dame de Guyse îuy pourtoit une grande faveur et Taymoit fort ou craignoit, car elle ne îuy refusoit rien de tout ce qu'il Iuy demandoit, et parloit aidtant hardiment à elle ledit Boturnus, que si elle eust esté sa fille. Deux choses pouboient ladite dame à le supporter et Iuy bien faire, lune pour ce qu'il estoit de son pays d'Ytalie, Taultre pour ce que sa mère , madame la duchesse de Ferrare, l'avoit baillé à elle et bien recommandé
(La fin du chapitre xli et le commenceinent du suivant manquent. )