LA FAMILLE D'ESTERNAT EMBBASSE LA RELIGION REFORMEE
Mons. d'Estemay^ a esté un homme fort esloigné des vertus
de ses père et mère en tout, car il estoit cruel, vindicatif, peu pitoiable, fort orgueilleux et sumptueux en habitz, chevaux et serviteurs. Et, pour le combler de tous maux, estoit hérétique luthérien dès le temps de Tan présent , toutesfois , non tel déclaré , mais secret en sa maison et en sa conscience, parce que en ce temps on faisoit grande punition desdits héréticques en France, que Ton faisoit mourir de la peine du feu, quelques gentilshommes qu'ilz fussent; et de peur d'estre prins, pugni et de perdre ses biens, se ventoit estre dispencé du pape de Rome de manger chair en karesme, œufz et formage trois jours de la sepmaine, ce qu'il faisoit.
' Antoine Raguier, seigneur d^Flsternay (dép. de la Marne, arr. d*Épernay) et de la Motte de Tilly, était fils de Louis Raguier et de Charlotte de Dinteville. Il eut pour beau-frère François de Béthune , baron de Rosny, père du duc de Sully. Anne Raguier, sa fille et principale héritière par la
mort de Jean Raguier, seigneur d'Ësternay, son frère unique, épousa Michel de Lur, seigneur de Longa. (Voy. AddiL aux Mém. de Castelnau, par Le Laboureur, 1. 1 . liv. III, p. 807. ) D*Aubigné nomnie plusieurs fois le seigneur d*Estemay dans son Histoire univerelle. Il mourut en 1569.
Après luy devint héréticque luthérien mons. le vidasme son frère, 155û. et dès le temps de ceste dite année; mais il estoit plus estimé que ledit d'Estemay, car il estoit fort pitoyable, grand aulmosnier, fort charitable et gracieux, point orgueilleux, et secourable à tous. Les filles sont demeurées catholicqucs , excepté la cordelière, ainsi que nous dirons en son lieu.
Pour le temps que madame de la Motte leur mère^ a esté catholicque, les cordeliers, gens de religion, prebstres et aultrcs, tant de ses villages et parroisses que d'allieurs, avoient bon temps avec elle; car tant elle que ses enfans avoient plusieurs seigneuries soubz leiu*s commandemens , comme Esternay, la Motte de Tllly, Corceroy, Saînct-Maurice , Villeneufve aux Riches hommes, Bouy aux Poreaux et aultres, ausquelz prebstres elle faisoit beaucoup de honestetez,
principalement à ceux qui estoient de bonne vie
Elle sçavoit beaucoup de receptes de médecines et pour plusieurs maladies, quelle enseignoit et apprenoit aux simples et bonnes gens pour les secourir en leurs maladies ; elle-mesme leur faisoit et accommodoit les breuvages, oygnemens et emplastres; elle sçavoit le remède de guarir de la morsure des chiens et bestes enragées, sans bailler respit, ni les envoyer à mons. saint Hubert.