CHAPITRE XLl
ACCUSATIONS POnTEES CONTr.E LK PRIEUR ROTURNEO, VrMONIER DE l.\ Dlîr.HES.SK
DK (iLISK.
Au xxxv^ chapitre de Tannée Ô2 de ce présent livre, nous avons
b!c'C composée dVcclésiasliquc-î, des éclie- .A'"*^' pour h soulagement du (jrand nornbrv
vins, de dôlùgués du parlonieni et des et ajfluvnce des pauvres de Picardie ruinez
gouNcnicurs du bureau des pauvres, /)o?/r par les (juenes.it — Voy aussi Frlibicn,
aJviscr et mettre orrlre à ce qui se pourra Hist. de Paris, l. II. p. loGi.
MEMOIHES
\55\. parlé du prieur de riIostel-Ûieti de Provins, nommé Boturnus, aulrno^niiir de madaniudc Guisu, fpiî succéda k frère André Locourt, auparavant maistre dutlït Ilostel-Dieu. Il Boturnus se laisoit nommer j Rt e^rivoil eu son nom cl surnom Boturnus de liotamis. cl se disoii i estre docieur en tliéologîo de l'université et faculté d«f tWnllongne la * fîra&sc en Italie, et natif de la ville de Bresse audit pays, homme as8«s ] docte, niais non de meilleure vie quant aux mœurs '. Car se voyant ^ maistre paisible dudit Hoslel-Dieu, s'y relira pour prendre ses ayses «t i-epos, et y vivoil d'une vie fort scandaleuse. Il tint avec soy une et '' la plu& jeune religieuse qui fusl audit bostel, nommée soem- Aymée, J qui câtoit fort belle et qui avoit faict beaucoup de peine ii garder aux i deux prieurs dudit Hostel-Dicu »es prédécesseurs; laquelle, pai' chas- I
' HotarnM) de Botunici fat nomiDé prieur il« riiAld-Dieu «lu Pniïîn» sur lu présenlation de la ducltcs»» de Gaùe, ci ciiniirnié dniu cette ctiarge giar lettre* du i3 juillet i5&3. iDal|!ri^ les rârlanuitinn* do religi(!iiK cl rr;li|prutic« dit In mai:iDn. On lui suscita toulu sorlc de dtffiirultés; ou l'avcusa d'^tce protolaDl, et il tiiiit par V. retirer, en n^si^ant son bénélico en faveur dg frère Denis Le lîoy, pnr un artc dti3t aoùl)557. (Voy. sur ce pcnoiinagc lu recueil m», de M. Hiïot. 1. V, p. an, N lu biblicillii^uu de Provin».] llexùlcpluijiîui's pièces relalîvea à son adminittiralinii dans to» orcliives do l'ilAtel-Uicu d& U niâme vtllc : t° RequAlc niix gnui du pr(^si<ltal par lea procureur et écliovlu», pour itro aulurisén à ïï»iler chaque senininc le» vivres doDaés aux pauvres, el à it'nnquÉrir du traitement desdiu pauvres (iijuillct ibb/i}; 9° réponse à cette rcqu^ie [MT le» frrrc» et »œur« (i3 juillet}; ■V certiticul diïUvré par les religieux cl reti^euses, sur la demande de Botume, coosUUtnt qu'il n'est mort nucuns uukdes mn» avoir reçu la conlessioii {% août];
A' plaidoyer ou mémoire rédigé et sigai i par Bnturne; 5° lettre de Henri II, d'après laqueUe le» maiianis et liabilanU do I Provins, qui. à l'iiuligaltan ot pounaUla d'aucans mahiwillaiu et Antnnoux du prieur . del'IJàlel-liifu figfumn. Avaient ubtCMU du (larleincnt une ciinumssion pour s'enquérir des atraires et <Ics comptes de l'HftlsI- Dieu, beronl renvoyés devant le ^nd a manier (linov. i555]i 6° ccrtîGcn( dmtni 1 devant notaires pnr le tr^orier de l'IIdtel* J Dieu, par messirc Claude Haion, prétrct ' cbupelnin de cette maison, par atetit M. Caniier. etc. constatant que l'Ilùlel-Keu ■ csl par le prieur lioiame bonesUmcni goor vtrné el enirtienu paiiiblrment , tant «s ipiritiiel qac aa temporel (t& déc. i55S}; 7° lettre de Henri II. pour njourner t\t.\ oanseil privé les lialiilanls de Provins ap- i pelants de l'ordonnance qui le» renvoyait i devant le grand aumônier (Gfiivr. i5i>6}. i — Voyoi noasi un acic du 3 nuv. t55a. dan» )v rcrucil ninnu»cril de U. Ylhier I ( Ilûl. tccUitatlùjiie do Protiai. U&pitatUB, p. i6ti) k la bibliotU-que de la ville de Provin».
DE CLALDE HATON. 7
Clin jour estoil au levé cl couche d'iceluy, et si esloil ihwxu) (riiostel ir,5'i de ladite maison, sous son commandenieni, ayaiil rliargo de tout achepter, faire appareiller et gouverner, de manière que nul de ladite maison, prebstre, religieux ni aullre n'eust osé conirediro Iruliic dame qui ne s'en feust repenly, qui causa ung grand scandallc» audit Provins.
Pour le despil que eurent aulcuns religieux dudil liostrd-Dieu d(^ veoir ceste nonain parmy eux, et aultres choses qui ne leur senibloi(»nt des plus honesles, nuumurèrenl contre I(î(ht lioturnus cît elUî, c[iii fut cause de faire séparer lesdits njoynes de la table dudil Bolurnus et d'elle. Et pour ce, composa ausdits religieux et religieuses, cl lui la composition telle, qu'il debvoit bailhir à \\n chascun religieux deux soulz t. en argent, luig pain blaiu" et trois chopines de vin par cbascim jour, et à chascune religieuse la inoytié aultant, excej)té à la sienne qui vivoit connue luy. Il tinsl ceste composition quelquc^s deux ans et plus, après quoy il les remisl à sa table pour certain«\'raisons.
Il estoit si avaricieux qu'il n'estoil possible de phis, et n(\ voNoil manger les personnes ([u'avec regret, principallement les religieuses elles pauvres malades ([ui estoient es lictz, lesquels il (»nchassoil et faisoit enchâsser par son vicaire général, frère Pierre Girard, qui, suyvant le comnumg bruict, faisoit tout ce qu'il vouloit bien et n^al pour demeurer en sa bonne grâce et de sa dame, ce qu'il ne peut faire long temps. Ausqucdz pauvres il retrancha hîs vivres le ])lus estroitement qu'il peut, sans leur faire aultre gracieuseté qu(^ leiudonner bien peu de pain, moings de vin tel quel, et quasi poinct de chair, encores de la moindre de la boucherie, sans leur vouloir bailler bois ne charbon pour les chaufl'er Thiver. Aux jcligieux et religieuses leur en bailloit ung peu davantage, je dis de bois.
Il prenoit grand peine à semer et nuHtre Terreur de Luther et Calvin audit Hostel-Dieu, le plus cauteleusement qu'il povoit, et qui plus l'empeschoit estoit qu'on ne le pouvoit entendre à son parler italien, et si bien souvent assembloit les religieux et religieuses en secret
! 55^1. j)Our les prescher; ruais ni les ungs ni les aultres n'y entendoient rien, et, pour mieux leur faire entendre ce qu'il leur preschoil, s'abstenoil de toutes les œuvres de la foy et cérémonies de la religion catholicquc et romaine, comme de jeusncr, de chanter la messe, d'y aller ni à aultre office de l'église, de dire ses heures, de garder continance, ni de faire aultre chose qui peust entretenir ni esmouvoir les chrestiens à dévotion; et fui près de deux ans à mener telle vie et sans se confesser aux prehstrcs.
Pour lequel gouvernement et clameur des pauvres malades, qui estoient par les rues dudit Provins et qui disoient morir de faim et de froid, messieurs les procureur et eschevins dudit Provins feirent assembler en ceste dite année les hahitans de la ville à fhostel comnumg d'icelle, qu'on appelle Fhostel de la ville, pour avoir l'advis d'un chascun qu'il seroit bon de faire pour corriger l'abbus dudit Boturnus et pour faire que les pauvres fcussent mieux traitez nourris et chauffe/, qu'au précédent. A laquelle assemblée fut résolu que l'on Informeroit des abbus qu'il commettoit, qu'on monstreroit à jtislice et au roy, si besoing estoit, le maidvais traitement qu'il faisoit aux pauvres et la maidvaise administration qu'il faisoit du bien et revenu dudit Hostel-Dieu, qu'il emploioit à soy et à ses parens d'Ytalie, qui le vonoient souvent veoir, et non aux pauvres malades du pays et esirangers, et qu'on taschoroit de luy faire oster l'administration du revenu dudit llostel-Dieu, et (te faire gouverner ceste maison par bourgeois de la ville, qui seroient esleuz chaque année par les procnrenr, eschevins et corps de ladite ville, traiteroient mieux lesdits pauvres selon le revenu, et rendroient coujpte du relicqua par chascun an devanl qui il appartiendroit, le tout suyvant ung édict du roy qui ordonnoit que tous hospitaux et maladreries de fondation royalle fussent gouvernez par les procureurs et eschevins des villes où estoient les dits hospilaux ou aultres bourgeois d'icelles esleuz par les gens et hahitans desdites villes'.
' Voyez, pour les édits el règlemenls rolalifs aux hôpitaux, dans le xvi* siècle, ic reru<»il de Fonlanon, lom. IV, p. 67^ et sui\.
DE CLAUDE IIATON. 9
Lequel édict du roy se praticquoil jà en plusieurs villes de France 1554. et nommément es villes de Paris, Troye et Meaux, les hospiiaux desquelles, n'y avoit guères, estoient gouvernez par les commissaires bourgeois desdiles villes suyvant ledit édict.
Le conseil résolu, fut ordonné aux procureur et eschcvins dudit Provins, lung desquelz esloit Claude Faulchon, appolicqualre demouranl juxte ledit liostel, do faire informer et de plaider contre ledit Botumus, afTm de luy oster l'administration du revenu dudit Ilostel- Dieu, ce qu'ilz feirent aux despcns de la viUe. Et, pour mieux venir à leur poinct, n'informèrent seullemcnt de la maulvaise administration du bien dudict Hostel-Dieu et du maulvais traictement (ju'il faîsoit aux pauvres, mais aussi informèrent de ses maulvaises mœuis et meschanle manière de vivre, et nommément du scandalle qu'il donnoit de tenir jour et nuict ladicte religieuse avec soy, de laquelle ilz meirent en avant qu'il avoit eu deux enfens; davantage informèrent contre luy qu'il esloit héréticque luthérien et prouvèrent sur tous ces poinctz ce qu'ilz peurent. Et fut portée ladite information à la court, pour la présenter au roy, s'il en eusl esté bcsoing, qui estoit fort pernitieuse, s'il n'eust eu crédit.
Mais l'information ne fut plus tost à ladite court que luy, qui advertit madame de Guise, sa maîtresse, de tout ce que messieurs de ladite ville faisolent et avoient faict contre luy, à laquelle il sceut si bien desguiser la matière, qu'elle espousa sa cause et manda aux bailly, prociu:eur et advocat du roy, procureur et eschevins de ladite ville, qu'ilz cessassent leur entreprinse contre son aulmosnier, s'ilz luy vouloient faire plaisir; ce qu'ilz ne volurent faire pour le premier mandement, mais le feirent adjourner aux requestcs du palais de Paris ou à la court de Parlement, où il ne volut respondre ou bien n'y plaida longtemps, car il trouva moyen, par la faveur de sa maistresso, de se faire enroUer à Testât du roy pour estre ung des aulmosniers de Sa Majesté; au rtioyen de quoy, feit évocquer son procès au privé conseil, qui fut cause, avec img aultre mandement de ladite dame, que ce procès demeura là et n'en passa-on plus avant.
1 55/i. Icelle dame de Guyse luy pourtoit une grande faveur et Taymoit fort ou craignoit , car elle ne luy refusoit rien de tout ce qu'il luy deman* doit, et parloit aultant hardiment à elle ledit Boturnus, que si elle eus! esté sa fdle. Deux choses poulsoient ladite dame à le supporter et luy bien faire, Tune pour ce quil estoit de son pays d'Ytalie, Taultre pour ce que sa mère , madame la duchesse de Ferrare, Tavoit baillé à elle et bien recommandé
(La iin du chapitre xli et le commcncemenl du suivant manquent. :
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