‹ Memoires de Claude Haton (volume 3)Chapitre 31 sur 44 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

ATBXkUrNT HT. ClIAItLKS II Atl TItÔNE. bBSACCOnn A LA COCU ENTRE LtS VtUnCtX DK ~

nikCIUlO?' BT DB GCISE, ÉdIT DE LIBRRTK fiSNDtl EN FAVEUR DES FR0TE3TAWTS. —

OICL.U>,\TIONï> B'CN FRÉDICATCDH CONTRE CETTE OHI>ONNAKCE. DEVELOPPEMENT

Oe LA BELIGION HBFOHUBF.. REUNION» SECRàTKS DES FROTRâTANTS. FAVEDR

QIHLS ONT À LA COUR. JUSTIFICATION Dt rBINCR DE CONDB. ETATS r.iNBRAUI

OVaLÂANS. PRltoiCATIONS CATIIOLIQIIEH UR JEAN BARRIEK RT DE JKAN U'IVOLLE. —

raPOMIATION FAITR TMi LR BAILLI DP. TROVINfl CONTRE n'ITOLLlA. — INTRHVRNTION DD BBC 0E GriSE TOUR URTTnB riH A L'AtTAIIIR.

Par le décès du feu roy Frain;oys de Valoys, second de ce nom',

, succéda au royaume (te F'rance CliarK-s de Valoys, son fr^re. La

I veouc de ce jeune prince à la couroane fut une grande joye aux ungs

■el uoe grande Iristcsse aux aultres. Joye fut à messieurs les princes

de Bourbon, buguenotz et protecteurs des buguenotz de France,

I lesqueb furent exaltez à la dignité et charge qu'ilz désiroîent et pour

Jxquelle obtenir lit avoicnl les années passées tant travaillé el mis gens

peine par tous moyens et de toutes qualitez, ijui cstoit d'estro

tult'urs et gouvcmeuis du roy et du royaume, à quoy iU n'avoienl

*ccu parvenir du vivant du feu roy Frunçoys second, ainsi f|ue l'avons

iimonstré: mais maintenant, par la permission de Dieu, el par le.s

' François 11 mourut le b décembre feaille» île FonUnicu, n" 397-998, a la

' i56o. ig^dc dh-soplom.dixmois el im B. I. un compte de foumilun» de drop

I janr, aprti Rvoir rigni dù-iept moi* et nuir fititeit. [mur leur deuil, au cliancetier

TÛlgl-cû»] jour*. — V07. dftn» lc> porte- «I au gËnérol des finaiices (1" juin 1&61).

. moyens par eux mis en avant tels que Dieu sçait , y sonl parvenus, le royaume estant tombé en mÎDOrité, S. M. n'estant âgée cpic de neuf i dix ans'. Tristesse fut aux seigneurs àe Gtiise ei à tous les catlioiicques de France, pour les misère* et niynes esquellcs tomba le royaume par ccste mutation d'eslat et de personnes. Madame la rojne d'Escosse devoit eslre eocores ta plus dolente de toutes les personnes de France, laquelle, par la mort de son mary le roy Françoys second, perdoit avec son amy le tiltre de royne de France, pour csli-e bannie et renvoyée quasi comme esclave en son isie et royaume d'Escosse.

Les cartes, qui en France estoient par les aont^es pa&S4ie8 fort enmesiées, ainsi nue favons monsiré, liirentii ce^te Toys si bien brouilliêes, et les meilleurs joueurs se trouvèrent si empeschez à les penser dc&mesler, qu'ilz furent coniraînctz Je les laisser et de s'enlrcmcllrA à jouer à ung auttre jeu , ainsi que sera veu par le discours qui en sera faict ci-aprés.

Tout à l'insLint que le feu rov Françoys second fut mort, messieurs de Bourbon furent rais en toute seurelé et liberté, et les prisons furent ouvertes à mens. le prince de Condé. qui, d'uDg oi^eil incroiahle. chemina par la ville d'Orléans, accompaignc des seigneurs et aultros gens de sa faction. F,n ung moment, fui faict un conseil de conseillers nouveaux, excepte le connestable, par lesquels fut arrcsté que le roy de Navarre avec la royne mère seroient gouvcmeun. du jcuac roy et du royaume', el ceux-ci, au sortir de lenr conseil, feirent signifier à raons, de Guise qu'il n'eusl à se immiscer aulcunemenl de

' ChnH«»IX.né)c37JuiD i55o, avail.

Ion (lu la mort de son frère, dh «ns ot ilcmi.

' Catlierifw d« M^dici», régenle reconnue , nuis sans tiU'e formel , gouverna avec un conseil composé du roi de Navurre, des cardinaux de Bourbon, de Lorraine, de GuÏM el de Cliârillon, du prince de la Rocho-sur-Von , du connétable Anno de Montmorrjicy, de* ducx de Guise, d'Aumale el d'iKtampct, du cliancdicr de l'Hâ-

pilai, de> maréchauii de âainl-Audre el de Bmsac, de l'aniirai Cnligny, du «îenr Dumonicr, des évfijues d'Orlésns, de Valence, d'Amiens, du xieur d'Avanson, le sioDrdcl'Aubespine t-lant socriilairc d'étal. (Voj, sur l'organisa lion de la rtgcnc<i de Câibcrinc. delliou. liv. \XVI. ciEvlraita dvt registres du pEirkment de Paria. a& et 5o mars 1 56o . dans ta collection rontanicu, Bibl. imp. vol. 397-398)

quelque chaire que ce fust (le celle.s qiii touchoieot les affaires du 1^60. roy ni du royaume, ains qu'il allast garder le feu roy son maistre. Ce qiie bien ayant entendu Ii;dit sieur de Guise, après avoir mis ordre à SCS affaires, pour la seureté de sa personne, se relira hors la ville d'OHéans avec son train , qu'il feit armer en bon équipage pour se deffendre, si d'aventure messieurs les Bourlions et leurs alliez rcusscnl voulu envahir, comme en esloîent les signes assez apparens. Avec ie seigneur de Guise sortirent aussi d'Orléans plus de cinq cens chevaux et genlishommcs pour le suivre et mettre la main aux anues en sa faveur, si hesoing en eust esté; et se trouva ledit sieur de Guis«; suy\-i de pluâ gi'and nombre de peuple et gentlshonimes que le jeune rov ni ses gouverneurs. De quoy raoolt se trouvèrent eshays les sieurs de JQourbon, le roy de Navarre et la royne mère, lesquelz, par !k conseil du connestable , ie renvoyèrent querre pour rentrer k la court et ne point abandonner le roy. 0"" p'is étonna les princes de liourbon, touchant la retraite dudit sieur de Guise hors de la court, fut que, oultre les gentishommes qui le suyvoient, il fut quant et quant suyvî de quasi toutes les compaignies d'ordonnanrcs tant de cheval que de pied que le feu roy avoil faict arriver à Orléans et aux environs pour tenir sa personne et les estatz en meilleure seureté; lesquelles compaignies offrirent leur service audit sieur de Guise de corps et biens, jusques à la dernière goutte de leur sang, et de mourir à ses pieds, toutes fois que mestier en seroit. Le seigneur d'Aumalle, le marquis d'Elbœuf, le grand prieur de France et les cardinaux de Lorraine et de Guise, tous frères, sortirent pareillement de la court et abandonnèrent le roy pour suyvre ledit sinur de Guise Iciu- frère avec tout leur train et ce qu'ilz purent amasser de gens; parquoy ne demeura avec le roy que la royne mère, le roy de Navarre, le prince de Condé .et le connestable, qui cstoïent en moindre noinljre que lesdilji de Guise, dont le chef, par le moyen des princes et seigneurs qui lo suyvoient. et des gens de guerre qui lenoient son party, eust, s'il oust voulu, esté faict roy de France. Car il estoit en mesure de s'emparer de la personne du jeune roy et des enfaos de France malgré

les sieurs de Ilourbon et la roync mùro, et à en faire lu^ eusseat ayd l'Assemblée des députez des trais estalz do France, qui estoioat j^ arrivez audit Orléans.

M0Q6. le prince de Condé se voulut onlourer de gens d'armes tv^ plus grand nombre qu'il pul; mais pour lors ne trouva des homme! à .ion coiQinandement à la dixicMno partie dudit de Guise. Le roy d4 Navarre Taisoil semblant qu*il ne pensoit à rien aultre chose qu'à i tendre aux alTaires du roy, du royaume et des trois estatx, se con<^ tentant de ses gardes et de ceux du roy son oiaistre cl pupille. MonsJ le connestable monstroit le semblant de ne vouloir espouser la causal des unes ni des aultnîs, parquoy n'eniroit en meflîance de personne,. mais eiuploioil ses moyens pour la pacification des troubles qu'il vovoit se préparer entre les princes de Bourbon et de Guise . et pou les faire dissimuler les iings devant lesaullres, en attendant que lesJ dilTércns prétendus entie eux se peussent par bon conseil oid)Her ctj mettre au néant.

La royne mère, en dissîmidant devant le connestable, se vouloil i^enger contre ledit de Guise, et secrcttemcnt slîmuloit le roy de t varrc et le prince de Condé de se rendre ennemys mortels et capitauxl d'icetuv. leur faisant entendre que les entreprinses faictes contre eux! |Kir le feu roy son fUz n'avoient esté qui: par le conseil d'iceluy d^ Guise, auquel elle vouloit qu'ÏU princes de Bouriion feissont rendrel i-ompte de toutes les affaires de France qu'il avoit maniées depuis dixl nus auparavant, tant du vivant du feu roy Hcnrj', son uiary, que des-j soubz sou fiU, dernier décédé, jusques à ce jour; d'autre part, pourJ mieux jouer sa tragédie, elle faisoit. par lettres et messages et quel-H^ qiiesfoîs en personne, entendre audit de Guise la malveillance (ju«; hjy portoienl mcssieiu-s les princes de Bourbon, et comment, contre j le gré et vouloir d'elle, iU vouloient luy faire rendre compte des a(-à (aires qu'il avoit maniées, et que de ce faire ne les pouvoit empescber,! cl plusieurs aullrcs propos qu'elle lenoit audit de Guise desditz sieursl de Bonrlwn au désavantage de son excellence. Par teU moyens etl menées, icelle dame sema uug tel discord entre ces deux maisons des

Bourbon et de Guise, que Jamais ne se sont osé fier l'une à l'aullru, oins toute leur vie demeurèrent en nielBance les ungs des aultres jusque» à la mort.

Laditte darne royoe faisoit ce pour régner et gouverner en France , ayant ceste oppinion en elle que, si messieurs les princes de France «usent estv unis et tous d'ung bon accord entre eux, elle cust esté renvoyée en son pays d'Italie avec son douaire, cbose qu'élit ne vouloit estre faicle. Pai-quoy, elle continua ses cnlreprinses cauteleuse», pûnr entretenir division entre lesditz princes et grands seigneurs de France , avec les ungs conti-efaisanl la catholicque , et avec le» aultres la liugueuotte'.

' Sur Catlieriiic de Médicis, voy. ^nlre «ulrei : Lellrei ei tixcmples de la feu royne teén, comme elle laJioit travailler aux ma onfutures el t'ourninsoil aux ouvriers de taprapresdimier*, eic Paria, Pierre Paulonnicr (Arch, carieaKi de l'hiit. dtFrunte. !• IX.P' laSji — Discours merveiDeui de la vie, actions et d^port^mcDs de la reyne ûtlbeHne de Médîcis. déclarant tous kt Btttjttut qu'dte a tenu» pour murper le royaume de France et ruyner l'eilal d'îcelu; [Arch. eurieuMJ rfa Chûi. da France, U Dt, p. i). Cetio pièce est nttribuiie à Henri Eitirnne; clic a ^té composée en li-jà , et traduite ilrpui* en latin snus le titre de : Legenda bealm Calharintr, etc. — Vita di Caterina àt Medict , -laggia atorico diKug. Alberi {Fireiiïe, i838. ii»^'); — BnilitAme, Vieidet dames illiulrtn-^ManlûfM. Btiaii, I. UI.c.vi. el Le LabounuT.Addil. oaxmilm.dfCaiIflnau.t. 1.1. 1, p. aS^. — Il exi»l« à la Bibl. imp> Att nombreuivs leltrc-s dpCatlierinc de Médicix , Cn originaux ou «n copies , dan* ici collection.t Déllninc, Diipiiy, Fontuiicu. etc. Gt Kur> touldiuaipj: itA. du Suppl-J"'"!'"' '9^ el 3733. 1 à/4,etdan>lcvol.à8tidcDupuj.

— On a imprimé une grande ijuantitc d'écrits, complaintes, remontrances, requi'tes. cxliortation» , avertïssemeals, avis , ipllttiA ftdreuâs à la reine mère sur les mbère» du royaume et les persécutions exercée) contre les proies In n [s. — La bibliothèque de Brera, à Milnn, pnssMc de« insiructions tr^-cii' riuu«es données par Cnllterinu de Médidi» au cardinal ,de Ferrnre {Serillura data al cantiit. di Fcrrura lui modo da tttltni du noilm sign. per ordinure It cote dtlla t«Iigionf in Franeia, mitndalada US. ilf, fit/timtt di décembre 1561. Copie du ktii* sii^cle, anc. catalogue, carton C'A, 33). pour représenter on pajic les maai que cause à lu France la diversité de religion, pour lui exposer (es juste» plainte* qu« font naître le» désordre» du dergé catliolii^uc. et pour l'engager à de» u>ncus8ions cl k de» réformes sur l'adminislraliou de« «acrrinents, la communion sous les détn e»p<!ces, léchant des psaumes elles prières en langue vulgaire, len proco»«ions, la vente des messes, etc. Cette fAiw a été analytée dans l'Histoiro universelle de dn TI.0U, i, VIII). - On trouve aussi, sur le» velléités protcstantoi de Callterinu de Mê-

Mous, (le Gui&e, au maDdement du roy de Navarre et de la i mère , rentra à Orléans el alla saluer le jeune roy de France et lif oQHrses hiimMes services, tclt qu'il avoit faicl aux feuz roys sesaycula père et frère, assurant (juil désiroit de vivre et mourir pour la dd fence de sa couroune et de son royaume. De laquelle offre moult se resjouit ledit jeune enfant roy, en disant audit sieur de Guise qu'il le rclcnojt pour ung des plus loyaux serviteurs de la couronne, et qu'il luy souvenoit du service qu'il avoil faict h ses feuz père el frère, et qu'il cspéroit qu'il ne luy en feroil moiugi

De cette response royale faicte audit de Guise furent indignez lediB [ roy de Navarre, la royne mère et le prince de Condé; loulesfois, îb ■dissimulèrent, sçachant bien que le jeune roy pour lors nî de loi^ 'temps ne serott en estât du rien faire ni entreprendre contre leaq

■ vouloir, el pour la nécessité qui cstoil d'escouter les députez des trois

■ estatz convoquez à Orléans, le tout demeura en silence'.

Avant que d'entrer au conseil et fi l'assemblée des trois cstatxJ Ldeux choses furent faicles par les gouveraeiu-a du roy el du royaume ^ fia première fut ung édict de liberté de religion; l'aultre fut la pup I gatiou de nions, le prince de Condé sur son emprisonnement les cas à luy imposés", L'édict de liberté^ pourtoit commande aieaj

I dici«, une longue leUre adreftséc à celle |. mue en i Sbg , dans le Rei;atil tU chom nw!f-morabln falctt» et patt^N poar le faict de la mfthstoa el 6lal ic ee royaume dtpuii lu mort ¥ëu roy Ihnry II [ihati. t. I, p, Soi }; celle Fletlre a été ruproduite dan» le dictionnaire ► de Baylo. k l'arliclp Murot.

L'atai'mblée dei éUU uvatl été d'à-

tjonl iioDvoqute à McDux pour le 10 àé-

mnibroi ollo fut uuverU; lu i3 à OHénni. ' Le prince de Condé , otrél^ à OHi'juu

lo ^ I octobre , fui rendu à la liberlA ituxM-

tdl oprâs In uiorl de Fran^oii U; U se relira

dan* lut iloniaincs (jue son frère poMédjtil

un Picardie, on allendûnt qu'une d<^cî»iou

mr »on proci» eàl él<^ prise. Voj. »ur ce

{notés : Interrogaloirt ifiwi rf« agttu i finnca ih Condé. [Archivât curieuae* ( l'hisioire de France. ï~»éric, t. IV, p. 35. J

' Lettre de Cliarlc» IX. {>ar laquflG e»t ordonni^ que tous ceux qu! sont délÇ nus pour le lâil de la religion «oienl mîM hors des prisons. tb6o ()5Gi), janvier s [Wm. de Condé. t, II. p. î68)i — Lcllr| dn roi et de la reine mère au parini de Paru , au sujet de» prittonnien déten A U Conciergerie pour cause île reli^Oi i5Co (iSfit), févr. {ihid. p. aGg); — E du roi qui défend de s'enlre-injuner poqj te fait de la religion . el de rien faire q puisse troubler la tranquillité publiqwi i56j. avril i(| {iUi. p. 33fl)

aux juges des villes el villages de vjiilur les prisons tbascun de leurs

Juii&dictious, pour vcoir si en icuUes y avoit aulcuus prisonniers là

fcdélCDUS pour le faict de la religion, et, si aulcuDS y irouvoîcnl, de

ttes niËltre hors sans aidcune forme de procès el de les renvoyer en

l'ioute seurelc en leurs maisons, pour y vivre en liberté de leur

«nscicnce, sans estre aulcuiienieiit recherchez povir te faicl d'icellc

kli de laditle prétendue rehgion. Pareillement furent par iceluY édlct

Irévowjuez et remandès tous les bannis, de quelque qualité qu'ils

lissent, qui avoient esté envoyez es gallères ou en aullres lieux hors

1 royaume pour le faict de ladilte religion, l'usl pai' semence de

ustlce ou aultrement, en vertu des édiclz laictz par les feuz roys

Françoys I", Henry II, et par le feu roy François II dernier décédé;

ttulanl cl entendant que lesdilz expulsez el bannis rentrassent en

neurs btcos, terres, possessions et maisons, eussent pleine jouissance

ficeux, comme ilz faisoîent avant que d'en partir, et en î^'eux vé-

issenl en pai\ et en seureté, sans qu'il Itiur feust uieffaict ni mesdit

jUalcuDcmcnt ni rien reproché à cause de laditte religion prétendue.

Deffense fut fainte aux catholicqucs do ne les mocqucr, injurier ni

brovocquer à courroux, sous peine de punition corporelle, et ordre

doDoé «ux iings el aux aultres de vivre paisiblement ensemble,

nme &èrcs el amys. sans s'enlre-iujurier eu s'appclanl hugaenotz ni

[paaUs.

Cet édicl fut envoyé à messieurs de la court de parlement de

ris, pour estre par eux enregistré, homologué et publié par leur

lie; ce que lesdilz sieurs ne voulurent faire sans double et triple

ision el après de grandes menaces de la pari des gouverneurs du

oy. ËoGn, en l'homologUHnl. Hz adjouslèreut les mots qui s'ensui-

nenl, c'est assavoir: Par imporiamié de ceux de la religion prétendue.

f*/ pat provision, en aUendant la majorité du. roy. Les huguenotz ne

Ouloient (pie les niolz susditz fussent adjoiislen, et pour les faire

Bler iU retournèrent à messieurs de Bourbon , gouverneur» du

ryatunc, lesquels, sur leurs instances, mandèrent a laditte court

bu'elle eusl à publier et enregistrer cestuy cdict en sa forme cl teneur.

sans y rien adjoiuler ai diminuer du style tel qa'oii le* leur avoît envoyé- Maîa les sieurs de laditte court n'en voidiU'Cnt aultre r.hoH« l'aire, pour menaces ni coaiiuandomenl (pu leur en fnst faicl.

Par les aultres villes de France où il y avoit bugueno*i, tant déclarés (fue secretz, fut iceluy édicl bien venu ol rcccu, el princîpalIciuCDt en celles esquelles y avoit des juges et justiciers hiigue- DOtz, qui, avec diligence el orgueil indicible, ne fcircnl faulte de le publier et enregistrer, alHn de le faire observer au prouffit et vouloir des buguQnot£. Les catboUcques. tout à l'instant, furent en tel mcsprÎA, que plusieurs d'entre eux, mal fondés en la foy el de pe~ lilc dévotion, laissèrent l'église i-omaine et des aposlrcs pour &uyvre l'église Imguenoticque. En toutes compagnies, assemblées et lieux publics, ilz buguenotz avoient le baull parler, e( n'usoicnl en leurs propos que de menaces, en détraclant de l'église catholicque et des aacremcns d'icelle, et principallumeut du sacrement de l'autel et de la messe. F.t combien que. par l'édict ci-destsiis dict, faict à leur advantage, fust deffendu tant à eus qu'aux catbolicques de ne s'entreinjurier les ungs Ica aultres, si est-ce que eux jamais ne cesseront d'injurier lesdictï calliolicques, en le» appellnnl papaux, iilolâtret, pauvres abasez el tisons da purgatoire du pape, et ne dcmandoient ipi'à l'aire sédition et à provocqner les catholicques contre eux. pour les faire mettre en prison cl tomber en dommages. Et fut cealuy édict cause de plusieurs noises, débalz et meurtres en divers endroictx du royaume, pour le grand orgueil et l'audace desditz hnguenolz, lesquelz denieuroient impunis de quelque mal qu'ils feissent aux catbolicques, voire des nieurti-es par eux commis envers Icsditx catboUcques; tandis que ceux-ci esioient bien et rigoureusement punis de la moindre injure ou aidtre faict par eux commis contre IcmIIie buguenotz.

En la ville de Provins y avoit, comme on l'a vti', trois frère» appelles les Bareiigeons, gens riches, affables el buguenoU des premiers de ladille ville. Ces trois frères, Qaude. Nicolle et Anlboine,

|t moTMti'èFeDt protecteurs des aullrcs huguenote de Provins, qui es-

^tCQl Bii assez petit nombre pour lors, el furent solliciteurs de faire

Jblier ce3tiiy édicl aux plaitz du Lailly el par les carrefours de la

lie. Le bailiy estoît alors luaJslre Jehan AHeaume, huguenot secret

t non déclaré, qui, en tout ce qu'il peut, supporta lesdil/ hugue-

t et oppressa les calholicques. ïh, Barengeons ne se contentèrent

mt la publication faicte dudil édicl aux piaîlïi et carrefours de Pn>-

jrins. ains en fcîrent six coppies cpi'ilz eux-niesmes portèrent aux

latro cures et atix deux prédicalcui-s qui presclioient l'Advent audit

vins, pour le publier à leurs prosnes et sermons de mot à mot,

que persouuc n'eu prélendist cause d'ignorance, el feJrent en-

mdre auxditi curez et prescheurs (pie de ce faire leur cstoil mandé

de par le roy, de peur qu'iU n'y fcissent faullc. AtUcun des cure*

I vicaires dudil Provins publia ledit édict k son prosne cl le dé-

ttalara selon qu'il avoit esté instruicl par iesditz Barengeons, comme

feit le prédicatem* qui preschoit en l'église des Jacobins, en

iicUe pour ccflt an estoil le sermon ortlinaire; mais les aullres curez

i le prédicateur des ConleUcrs, qui csloit oosuc maistrc Barrier,

ordelier et curé de S'"-Croix', n'en voulurent rien faire, excepté

ue ledit liamer, au commencement de son sennon. le publia en

Ile sorte et par telz motit, c'est assavoir : • On m'a cejounl'buy a(>-

oné uug mémoire et papier escript, qu'on m'a dict estre la coppie

l'tm édict du roy, pour vous le pubber; et veull-on que je vous dye

' Le père Jean Barrier. natif de Cour* . doctour cti lliËologie. gardien du it à» corddi^rs de Provins, conrcstria duc. de Cuiso. cur^ de Sainte-Croix B Provin». tbi^logal de Saint-Quiriace el I Notrc-Domu-du-Val de la u^-me ville.

IDumi le ao nvril 1670 el fui enterré

tJaiK]uis «da qui mûrie caAa, iM, rcnjiiœ, pion. Siun quixl Kl» modkam ctuvrin , pruiiiî, [imccr. Oi Ktl comiDDiiv niiiri . mon iiulli piidl Loddtî : Dcbifii et fôrlii vcuimil nd limiii» miinii ;

S*pi ïrlni jurrofm mur* rifiil 4iole iï«au. Ilc*[iiui i|ua(u LitT» mon jmnÙBct auuiibw liorû-

dans l'église des Cordcliers. Sur le premier feuillet du registre des baptêmes de la paroisse de Satnte^roit (1 558-1 5Gâ), où sa Monture fi^rc pour la première folii à la dat« du 8 mai 1 b&o , il avait Écrit le» verv suivants, qai s'y lisent encore

124 iMÉMOIRES

1560. que les chatz et les ralz doibvenl vivre en paix les iings avec les aultrcs, sans se rien faire de mal Tung à Taultre, et que nous aultres Françoys, c'est assavoir les hérélicques et les calholicques, fassions ainsi, et que le roy le veult. Je ne suis crieur ni trompette de la ville pour faire telles publications. Dieu vueillc par sa miséricorde avoir pitié de son église et du royaume de France, les deux ensemble sont prestz de tomber en grande ruync; Dieu vueille bailler bon conseil à nostre jeune rov et inspirer ses gouverneurs à bien faire; ils entrent à leur gouvernement par ung pauvre commencement, mais ce est en punition de noz péchez. ^ Il ne fut faict aulcun mal audit Barrier d'avoir dict cela, ni aux aultres curez qui ne voulurent publier iceluy édict, non plus qu'à cestuy qui trop légèrement le publia et en tant qu'il peut l'approuva estre bon pour le proulTit et paix des babitans du royaume.

Cestuy édict publié par le royaume de PVance, plusieurs personnes de tous âges et d(î toutes qualitez se débauchèrent de la religion catholicque, et devindrent hérélicques, à cause de la grande liberlé à mal faire et dire qui leur estoit permise sans aulcune punition de justice; et fault croyre que, si le plus grand larron et voleur du pays eust esté prins prisonnier, il eust eschappé à tout danger, voire à la mort, moyennant qu'il se feust déclaré huguenot et de la nouvelle prétendue religion.

En la ville de Provins y avoit assez peu do huguenolz, et aulcun ne s'estoil publicquemenl déclaré tel avant la publication d'iceluy édict, combien que» les Barengeons ne fréquentoient les églises ni le divin service cpie le moings qu'ils pouvoient, comme aussi ne faisoit maistre Jehan Saulsoy, médecin; lequel Saulsoy fut en ceste présente année esleu par les parroissiens de l'église de S*-Pierre de Provins marguillier de ladilte église, alFm qu'il fust contrainct d'assister au divin service par chascun jour, et fallut, contre sa volunté, qu'il acceptast et feist la charge de niarguillier. Mais il se déclara avant l'an révolu de sa charge estre huguenot et de la nouvelle oppinion, comme aussi feirent les Barengeons; - M*^ Nirolle de Ville, advocat ù Pro-

flrinfi-, — M' Jcliao de VÎHe, père de NicoUc, procuieur du roy audit !

u, lequel n'osa donuer la signature de sa tnaiu comme son OU, el Edeoioura libertio sans foy ni religion, n'allant ni à la messe el au\ EiUvins oCGces de Tcglisc catbolicqiie, ni au prescUo des liéréltcquc»: ^1 fui cest liomme fort pernicieux à l'tiglise calholicque du bailliage Ido Provins, i^i cause de Testât qu'il avoît; — Marc Boyer, procureur Iti notaire à Provins; — Léon Godard, aussi procureur audit Provins; - M' Richard Privé, advocal; -- M" Euslache d'Aulnay, soy disant Euoble et seigneur de Priinc-Fosse, conseiller au siège présidial du- Fdil Provins; — Mathé Chipault, duquel nous avons parlé quand nous Eavons déduicl reulerroment du Ueulenanl Verjus; — M" Jehan Al- Iticauniu, bailly dudit Provins, n'osa par sa signature tel se déclarer, l'de peur de perdre son estât, mais au licmeurant avoit lel jugement el PScutjment que les nouveaux frères de laditte religion prétendue, qui t pareillement feil beaucoup de mal à Végiise cathohcque, el se traivailla beaucoup potu: l'érection de la nouvelle religion bérélicquc; Nicolas Doury, barbier et chiiurgien, lequel dissimula jusques à met qu'il feiLsl marié k se déclarer, de peur que telle déclaration ne fcî'empescbast d'avoir en mariage la fille qu'il pouisuivoit; — Qu'^û'^^ [Prieur, teinturier, nommé le rapitainc Boytout; — Nicolas Maistrat, ■âpolbicaire; — Denis Saulsoy ', aussi apothicaire ; — Jehan Couvent, lie jeune, aussi apothicaire, letjuel estoil malade de la maladie de po- Idagre el chiragre tant es piedz qu'es mains; — ■ .lacqucs el Nicolas tes

EGangnolz, drapiers el foulons; — et Privé, controlleur du

icI, avec quelques aujres, lesquelz controilem^ cl aulbes, par le conîil de leurs arays, ne voulurent donner la signature de leurs maÎDs Lai par icelle lelz se déclarer, comme fcireut les dessus nomme».

Nonobstant l'édit de permission de liberté on matière de reli-

b^giOQ, les presches puhhcs nestoicnl permis auxdil/. huguenot* par

Clc royaume de France ; et pour ce ceux dudit Provins ne s'assem-

liloieut de jour en public pour tenir leur sabbat, ains s'asaenibloient

' On trouve dons le Nnliilinire ilu bailliage de Provins , par M. Ythier. |>. 38l . L m'hlogM de la Tiuinllo SaiiUny.

MEMOIBES

■je nuict, au soir, vs niaisou» dusdîlr BarcDgcoos, qui csiotcnt les pil> lier» et souslencurs de la nouvelle oppinion audit Provins, pour eslre les plus riches et les plus pitoyables. lU Barcugcons, pour gngner des hommes de toutes qualités, pauvres et riches, n'esparguoieai leurs maisons, services ni biens. Avant que d'estrc et de se déclarei' Uéniticques, îU estoienl (brt charitables et aulmosniers de leur» hiflns, et par trois jours de tn sepmaine ili: duitnoient aulmosne aux pauvret ô tous venans en pain assez suIBsaunneni pour nourrir une personne ung jour h chascune fois. Mais, depuis s'estre déclarer hugUvnotz, ilit cessèrent de l'aire telles auJmosnes ptiblicqucs et à touN venans, ains n'en voulurent plus faire que de secrètes k ceux qui efitnient ou proniettoient estre de leurditte noovelle religion.

Les hugucnoU livrent leurs femmes et leurs filles à ceux qui veulent i^nibriuser II- (iroleslantisme. — Le libertinage ocCasionnt- beaucoup de conventions. — Dans It-s tissemblées noctnrnes des religion naires. Ii- ministre Ini-nièiiie donne k sigani de U dËbanche '.

Et pour ceste cause, plusieurs honuues ne voulurcni plus

souffrir leurs feniuicA se trouver à telles assemblées oocturnalles, ayant ce vice en mespris d' estre coïipaudez en leur présence, aulcunes fois par ceux qui n'avoient point de Icmmes. Telz qui ne voulurent plus mener leurs femmes auxdittes assemblées furent aygremcnt reprins et lancoi: par leurs minîsti'es, ceux-ci leur disant qu'ÎU n'estoient vraiz frères et qu'il? delfailloîent lourdement en la verlxi de charité , laquelle debvoit estre telle en eux que nul ne pouvoit et ne debvoit avoir rien de particulier, aius que toutes choses debvoîenl estre communes entre les frères de la nouvelle religion, suyvant la fâijon de l'aire des premiers chrestiens.

Depuis vingt .tns au précédent la publication de l'édil ci-dessus mentionné de liberté, n'y avoit par la Fhmce que simples gens mécanicqiies et artisans qui fussent, de cette nouvelle oppinion luthérienne, comme savetiers, cordonniers, menuisiers, cardeurs, peigueurs de

tiirncji lie» |iri>toit|nnLi, i«l rojimduil ici dans If ta*, en terme* A peu [in^s semblable».

e passage qm se Irouveè la page 4(), nni «e faisait dans le-iuiscnitilÉeiifiuc-

DE CLAtJDE IIATON. 127

Suocs. merciers el portepaniers, gons qui alloieat rôdant île ville en iseo. rille et de province a aultre, el dont aulcuns avoteot dcmcurt^ u PGitncrve, le» aullres eu Altemagm!: el y avoit trois Fois plus de tels ns mécanicqties imbu/ et instrulclz en ccste nouvelle oppinioi) ^u'il n'y avoit de boui^eois et marcbans es villes el de genlisliomnie» [par le» villageN, le.squeU bourgeois et gentishonunes, jusqne» à ce [jour, avoienl faicl la guerre auxdiu artisans hugueoolz, les dcsckab- ■ sant de leurs cnnipaignieK ri les accnsimt à justice pour les faire ■cxéculer de la peine de feu. Mais depuis cestc publicque permission, r'ies genlisboimnes ci bourgeois de» villes st; sont, pour la plupart I France, toumex h ccsle qu'ils avoicnt autrelTois estimé folle oplifinion et i'aulce religion, et se sont grandement repentis d'avoir perffiiculè ceux qui en avoient esté devant eux, de quelque qualité qu'ils [fussent ou eussent esté.

l^es gentisboninies des environs de Provins qui se déclarèrent sstre hugucuotz depuis la publication de l'édit de liberté furent ; I^c seigneur dTsternay', seigneur de la Motte de Tilly, qu> dès longtemps esloit bérélicque sans se déclarer;

Le vidatne deCliaslons, son frère, qui ne fut jamais preb.it re ne marié: La dame de la Motte, leur mère, demeurant audit lien de la Motte Wàe Tilly-ler-Nogent-sur-Seiae;

Une de ses Glles, qui avoit esté cordelière au monastère desDtuno»> [du couvent hoi-s le» murailles de ProWns, et qui depuis fui prieure Mu nionaMère de S'-Cyr au van de Galie. à quelques lieues de Paris; Flesquelles dame de )a Motle et cordelière avoient toule leur vie Kjusques à présent esté fort dévotes et religieuses eu l'église calho- V.!icque, de laquelle elles furent desbauchées par lesditK d'Eatemay el l'yidauic leurs iilz et frère;

Les seigneur et dame do S'-Symon, seigneurs de Cbanlaloê. par- ^IPOÛ&o de Baucbery^;

* Sur la famille d'iisteniay, voj, plu; int.p- io>

* PouE h généalogie du scî^eur« dt

Chutteloup el de BrJiuchcry, voy. Ylliif Nohiliain du hailliaife de l'nnnm. p, b.

1560. I^e seigneur de Besancourt, filz de la femme dudit S*-Symon, demeurant au village de la Sausolte-lez-Nogent ;

Ung petit gentilastie de la maison dudit S*-Symon, demeurant audit Baucherv, nonmié Priinsauit;

Ung autre gentilastre de Villers-S*-Georges, nommé le seigneur de Lansoë, qui depuis espousa à la nouvelle prétendue religion une religieuse ou nonain d'ung monastère de femmes qui est en Normandie;

Maistre Loys le Boy, seigneur de Daoust et de 1 loussoy, qui aultresfoys avoit esté procureur du roy à Provins;

La damoisclio d'Yverny, dame d'Aidnoy-lez-Provlns et de Cousture, parroisse des Ormes-lez-Bray-sur-Seine;

Le seigneur d'Acou, en partie seigneur d'Everly;

Ung petit gentilastre nommé le seigneur de Boissy-lez-Provins, es environs de Chenoise;

Le seigneur de Umbrée;

Le seigneur du Bual, en la parroisse de Bannostz, avec quelques peu d'aultres desqueiz je n'ai la mémoire pour le présent.

Les dessus nonuTicz prindrent grande peine de séduire et tourner à laditte nouvelle prétendue religion le reste des gentishommes de ce pays, et entre les aultres furent séduictz le seigneur de Mouy et sa femme, fdle de la maison du Plaissie-aux-Tournelles, aultrement aj)pelé le Plaissie-aux-Brébans. Pour prendre occasion de tirer à laditle religion Icsdilz gentilshommes, dames et damoiselles, estoient mises en avant l'espérance de usurper le patrimoine de Téglise catholicque, qu ilz hugucnotz pensoient se partager chascun d'eux à sa commodité, et Tespérance de j)arvenir aux honneurs et charges du royaume es maisons des roy et gouverneurs de France, du roy de Navarre, de la royne mère, du prince de Condé, de Tadmiral de France, seigneur de Ciiastillon, du seigneur de la Roche-Foucault et du seigneur (fAndelot, colonel de Finfanterie françoise, esquelles maisons les huguenolz estoient sans comparaison mieux venus et honorez que les catiîolicques. Et parce que les huguenot/ s'altendoienl à ce que le

DE CLAUDE IIATON. 129

roy de Navarre ou le prince de Condé parviendroit à la couronne 1500. et seroit roi de France, lesdilz genlishommes esloient pour ce plus enclins à délaisser la religion catholicque et à prendre Fliérélicque, afifin d'estre favorisés des princes et grands seigneurs susdit/ , qui estoient de ladittc nouvelle prétendue religion. Les gentishonmies qui estoient ou devindrent héréticques après la puljlication de Tédil de liberté montèrent en ung grand orgueil, comme aussi feirent les aultres héréticques de France, lesquelz, en toutes assemblées publicqucs et particulières, usoient de menaces et de mocqueries contre les catholicques ; il estoit fort dangereux aux catliolicques, et nommément aux ecclésiasticques, de se trouver par les chemins et aultres lieux destoumez devant lesditz huguenolz, pour la grande hayne que ceux-ci leur portoienl, et peu eschappoient de leurs mains sans estre battus, s'ilz estoient seulz, et bien injuriez, s'ils estoient en compagnie qui les eust peu défendre. VA pour ces causes y eut de grands discords et inimitiez entre les hommes de France, et en divers lieux advindrent de grands meurtres par séditions populaires; dès lors, les ecclésiasticques, tant séculiers que réguliers, furent contrainctz, pour la seureté de leurs vies, de se desguiser en leurs ha]3illemens et maintien, et de ne plus porter par les champs Thabit clérical, ni les longs cheveux, ni la couronne, ni la barbe rasée, ni aultre marque qui enseignast qu'ilz fussent prebstres ni moynes.

Les gentishommes se compoiloient les ungs envers les aultres, de cpielque opinion qu'ilz fussent, ung peu plus modestement que ne feit le tiers-estat, et ne se voidoient formaliser les ungs contre les aultres pour le faict de la religion. Les huguenotz du tiers-estat en vouloient tousjours aux catholicques, et ceux-ci aux huguenotz. Les ecclésiasticques, pour la pluspart, se comportoient avec toute patience envers lesditz huguenotz, et ne se trouvoient en leurs compaignies que le moings quilz pouvoient, pour éviter aux séditions. Aulcuns desditz ecclésiasticcpies estoient fort vicieux encores pour lors, et les plus vicieux estoient ceux qui plus résistoient auxditz huguenotz, jusques à mettre la main aux cousteaux et aux armes. Pour évi-

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