‹ Memoires de Claude Haton (volume 3)Chapitre 34 sur 44 · COMMIS SUR LE TERRITOIRE DE PROVINS. CONCILE DE TRENTE · texte numérisé non relu

COMMIS SUR LE TERRITOIRE DE PROVINS. CONCILE DE TRENTE

L'an mil cinq cens soixante et ung, le loy, après avoir faict ses pasqiies à Fontainebleau, se retira à Paris avec ses gouverneurs et aveu sa court, qui estoit fort grosse et pleine de gens, tant princes que aultres personnes. Mons. le card. de Trivoulce, légat du S'-Siége apostolicqtu^ en France , et envoyé du pape au feu roy Henry, estoit tousjours à la court et es environs, ayant grosse suitte, à cause des expéditions apostolicques qu'il faisoit en vertu de ses facultez, qui estoit cause de faire croistre le nombre des courtisans de la suitte du roy.

Le roy séjourna à Paris, jusques après la feste mons. S* Jehan- Baptiste, vacant à l'expédition du règlement des trois estatz tenus à Orléans en l'an dernier passé, sans sçavoir déterminer avec ses gouveineurs et le conseil les ordonnances à faire poiu- ce règlement, à cause de Fempeschement et des requestes importunes cpie Juy faisoient les huguenotz par mons. le prince de Condé, frère du roy de Navarre, afïin d'autoriser en France la prétendue religion réformée, de laquelle s'estoit rendu protecteur ledit sieur prince de Condé. La teneur des requestes desditz huguenotz estoit telle qu il plou»*t

1 501 . à la majesté du roy de permettre que par toutes les villes et endroictz de son royaume la prétendue religion feust exercée et les sacremens d'icelle administrés par les prédicans et ministres sans aulcun contredit , et qu'il luy pleust d'approuver les églises d'icelle prétendue religion, jà dressées en plusieurs endroictz et mesmement en la ville de Paris par la ferveur de ceux qui faisoient profession de laditte religion, promettant à S. M. qu'en ce faisant, la vérité par tant de temps celée seroit veue et esclaircie au contentement de saditte majesté et de tout le peuple de France, et que les ténèbres qui, paiplusieurs années, ont tenu les yeux des Françoys en ung si grand aveuglement, seroient déchassées, en vertu de la parole de Dieu preschée par les ministres, et que la vérité estant d'un chascun cognue, toute idolâtrie ruynée et abattue , toutes séditions et monopoles cessés, toute amytié entre les Françoys relevée, et toute fidélité et obéissance à saditte majesté gardée, viendroit tout le peuple de France en meilleure luiion , faisant cognoistre à veue d'oeil ceux de laditte prétendue religion n'estre en faictz ni en dictz et conversation telz qu'on avoit faict entendre à saditte majestés

Or fault-il sçavoir que, combien que le roy feust mineur et en

^ Voici l'indication de quelques pièces adressées par les prolestants à Charles IX et au roi de Navarre , pour se plaindre des persécutions et réclamer la liberté du culte : La requeste présentée au roy le 1 1 juing 1 56 1 , par les députez des églises esparses parmi le royaume de France. (Mémoires de ConJé, t. II, p. 370.) Ils demandent un examen de leur vie et de leur doctrine , et ils comptent prouver qu'il n'y a aucun point de leur doctrine qui contrevienne à la parole de Dieu, ni au symbole des apôtres, ni même aux principaux points déterminés aux quatre premiers conciles.

Ils demandent aussi à pouvoir assister en assemblées au prêche et à avoir des temples et lieux publics d'exercices religieux ,

a afin , disent-ils , que le tout se fasse avec plus grande édification et puisse fermer la bouche à ceux qui calomnient nos assemblées secrettcs. » — Complainte apologétique des églises de France; i56i. Au roy, roine mère, roy de Navarre et autres du conseil. (Ihid. p. 288.) «Les persécutions, y est-il dit, sont l'eschelle par laquelle il nous faut monter aux cieux. » — Remonstrancc en forme de lettre missive à très-illustre et débonnaire prince Antoine de Bourbon , roy de Navarre , par les fidèles de l'église de Paris; i56i. (Ibid. p. Sao.) — Epislre envoyée au roy de Navarre par les ministres et église assemblée au nom de J. C. en la ville de Rouen; i56i. (Ibid, p. 325.)

bas âge, lesditz hugiienotz adressoient tousjours leurs reqiiestes de 156I. bouche ou par escript à sa majesté et non à ses gouverneurs, ou bien, s'ilz les adressoient à ses gouverneurs, si est-ce qu elles estoient tousjours faictes au nom de sa majesté, affin que la response qu'ilz tiroient de luy ou desditz gouverneurs feust mieux autorisée à leur prouflQt; et combien que saditte majesté n eust sceu, à cause de son bas âge, en matière de religion, discerner le vray du faux ni le faux du vray, si est-ce qu'ilz tenoient les responses qu ilz pouvoient tirer de luy à leur vouloir estre bonnes et efficacieuses, comme s'il eust eu cinquante ans sur sa teste , et les faisoicnt approuver par ses gouverneurs, qui, du tout, soubz le nom de faire vivre les liabitans du royaume en paix, accordoient auxditz huguenotz tout ce qu'ilz demandoient par leur protecteur ledit sieur prince de Condé.

Fault pareillement noter que , incontinent que le roy fut venu à la couronne , les huguenotz de France , en vertu de Tédict de vivre en liberté de conscience, dressèrent en plusieurs villes du royaume, sans permission de S. M. et de leur auctorité privée, des preschcs, qu'ilz appellèrent des églises, où ilz s'assembloient au plus grand nombre qu'ilz pouvoient, pour ouyr, ce disoient-ilz, la parole du Seigneur par les ministres etprédicans qu'ilz avoient faict venir de Genève; et, pour despiter et esmouvoir à sédition le peuple catholicque, ilz alloient à leurdit presche avec ung orgueil incroiable, proférant des injures atroces contre iceux catholicques et la religion apostolicque , durant les messes, vespres et aultres divins offices. Aulcuns huguenotz, en plusieurs lieux, furent si audacieux d'entrer es églises des catholicques avec port d'armes, et par force y feirent cesser la messe et le divin office pour y faire leur presche; telz furent ceux de Meaux dedans le grand marché, lesquelz entrèrent es églises de messieurs S* Saintin et S* Martin, et avec violence, en despit des chanoines et parroissiens catholicques, feirent leurs presches à la place du service de Dieu, dont advint audit lieu une grande sédition ^ Aultres huguenotz, s'ilz

' Toussaint Duplessis , //ù/. de Vèglisc du parlement de Paris, qui ordonne au de Meaux, l. I, p. 35. — Voy. aussi : Arrêt bailli de Meaux de mettre le curé de Ma-

1501. n' entroient dans les églises des catholicques , s'assembloient aux cymetières ou aultres places proches de la porte d'icelles églises, et faisoient là leur presche et chantoient leurs psalmes maroticques à haulte voix pour troubler et enipescher lesditz catholicques de leur divin service, comme fut faict dans la ville de Paris aux fauxbourgs S*-Marceau, au lieu dict le Patriarche, tout joignant l'église de mons. S^ Médart, dont advint grande sédition, ainsi qu'il sera dict ci-après en son lieu, et ainsi en plusieurs endroictz du royaume. Parquoy à la court ne se voyoit que plaintes de toutes partz envers le roy, ses gouverneurs et les princes. Les huguenotz se retiroienl à mons. le prince de Condé, à l'admirai de France, à d'Andelot, son frère, et aux aultres seigneurs huguenotz. Les catholicques se retiroient aux gouverneurs, à la royne mère et au roy de Navarre, pour en avoir meilleure raison; mais peu y proufitoient , car ilz penchoient plus du costé des huguenotz que de leur part, et pour ce furent contrainctz iceux cathohcques de se retirer à messieurs de Guyse, au conestable, à mons. le prince de Montpensier^ et à mons. de Nemours^. Mons. de Guyse print gros travail et volunti ers s'employa à recepvoir les plaintes et doléances des catholicques, et se rendit leur protecteur envers le roy et ses gouverneurs.

Le roy, les gouverneurs et les princes, se voyant avoir la teste rompiu» par chascun jour de tant de plaintes qui leur venoient de toutes partz du royaume , tant d'un costé que de l'aultre , à cause des séditions populaires pour le faict de la religion , prindrent jour de s'assembler au palais de Paris, avec messieurs de la court de parlement^.

rcuil à l'abri des insultes clos liuguenols; 1 5G i { 1 5Ga ) , 1 8 mars ( Mi'm. de Condé , t. III, p. 157); — Lettres du roi, de la reine niorc cl du roi de Navarre au parlement des 1", 2 et ^ juillet 1662 (ibid. p. 519 et 522); — Arrêt du parlement pour la continuation du procès des gens de Meaux; 1662, août 3 (ihid. p. 677); — Lettre du roi pour l'exécution de l'abo-

lition accordée par lui aux séditieux de Meaux; l562» août 25 {ihid. p. 612).

* François de Bourbon, duc de Monlpensier, iils de Louis II de Bourbon, naquit en iBSg et mourut en 1592.

^ Jacques de Savoie, duc de Nemours, naquit en i53i et mourut en i585.

' Les assemblées tenues au Palais, et où le cbancelier réunit le conseil d'état et le

pour meurement délibérer d'ung moyen commode pour retenir le 1561 peuple de France et faire cesser telles séditions, ce qu ilz feirent certain jour avant la feste de mons. S' Jehan-Baptiste du mois de juing, dès les sept heures du matin, et ilz furent jusqucs à imze heures passées dans la grande chambre dorée à disputer des moyens de restablir l'union en France entre les citoyens d'icelle. Mais la contention et dispute fut si forte des deux costez que rien ne se peut admcctre en ceste matinée. 11 y avoit lors au palais de Paris, tant es salles que dans la court d'en bas, plus de quinze mille personnes à attendre le roy et les princes sortir dudit palais, pour sçavoir ce qui auroit esté déterminé à laditte assemblée. Mais tous furent trompez, et moy comme les aultres, car à ce jour j'estois du nombre des attendans audit palais. La cause fut fort agitée et débattue de part et d'aultre, et furent les princes en grand altercat les ungs contre les aidtres en la présence du roy. Les gouverneiu s du roy penchoient fort du costé des huguenotz, et ne demandoient aidtre chose que leur advancement et celui de leur religion prétendue. Le roy, en son bas âge, tint le party des catholicques «ivec les sieurs de Montpensier, de Nemours et de Guise, contre le vouloir de ses gouverneurs et de mons. le prince de Condé, qui moult recuUa le courage des huguenotz et de ceux qui tenoicnt leur party. Messieurs les présidens et conseillers de la court qui estoient catholicques tindrent ferme avec le roy et les princes catholicques susditz, qui fut cause de tenir f espérance des huguenotz en suspens. Car je sçai bien que je me rencontrai ce mesme jour audit palais de Paris avec certains huguenotz qui estoient là à attendre comme moy et les atiltres, pour veoir quelle en seroit la détermination, lesquelz se tenoient comme assurez qu'en laditte assemblée leur cause seroit admise, et leurs requestes entérinées, suyvant les promesses que la royne m^re et le roy de Navarre avoient faictes audit sieur le prince de Condé; et, passant plus oultre, l'ung

parlement, coininencércnl 1<* 2^ juin cl ut le» .Meiiioiro de (ioiid**. i. II, j»- 3(^fj durèrent plusieurs! ?eniainf.'?. ''\ov. Tllis- o[ ^uiv. loire universelle de de Tliou . Jiv. \\\ II! ,

1561. d'eux disoit que la résolution seroit de ne plus avoir ni admettre en France aultre religion que leur prétendue, de laquelle les gouverneurs debvoient faire profession en icelle assemblée devant le roy et l'assistance ; ce qui toutesfois ne se trouva vray, combien qu'il en bailloit de giandes conjectures, suyvant ce qu'il en avoit entendu par la bouche des princes et grands seigneurs de leur party.

Il fault croire que pom- ce temps et quelque aullre après n'y avoit de bien venu à la court du roy et des gouverneurs que ceux qui faisoicnt et vouloient faire profession de ceste ditte prétendue religion; moult de catholicques de toutes qualitez, de tous sexes et âges, se desbauchèrent de la religion apostolicque et romaine, à cause des faveurs et crédit qu'avoient les huguenotz, lesquelz, quelque mal, meurtre, sédition, larcin, voUerie, assassinat qu'ilz eussent faict à aultres personnes que de leur prétendue religion liuguenoticque , avoient grâces, pardons et rémissions de leurs forfaictz, sans satisfaction à partie aultre que selon lem' volunté. Il n'y avoit en France juge ni justice contre eux; il n'y avoit aulcime prison enfermée pour eux; et pour ces raisons iccux huguenotz montèrent en une si grande audace, présumption et orgueil, que le reste du peuple ne les cust osé regarder ni rien dire contrairement à leur volunté.

Or estoit-il fort facille d'estre huguenot en ce temps-là, et n'estoient les fondemens de leur prétendue religion malaisez à apprendre : il ne falloit qu'estrc meurtrier, voleur, larron, sacrilège, paillard, adultère, voleur d'églises et de temples, briseur d'ymaiges, mesdirc du pape, des cardinaux, évesqucs, prebstres, moynes et ecclésiastîcques, estre meurtrier de telles gens, haïr et mesdire de la messe et du sainct sacrement de l'autel et dire que c'estoit Jehan le blanc, bailler l'hostie à manger aux bestes et chiens, graisser ses bottes et soulliers du cresme et des sainctes huilles, faire son ordure fécalle dans l'eau béniste des eaubenoistiers et des fons, manger chair les vendredis, samedis, karesme et jours de jeusnes, prétendre qu'il n'est point de piu-gatoire en Taullre vie, blasmer les pèlerinages, dire qu'il ne fault prier la vierge Marie ni les sainctz, ni dire heures ni ma-

tines, ni aultre office divin, sinon les psalmes de David traduicts en 1561 vulgaire et rime françoise par Marot et Théodore de Beze, et dire qu'il ne fault faire nulle bonne œuvre pour avoir la vie étemelle et paradis, ains que cest assez de croire en Dieu et en Jésus-Christ, lequel, par sa mort et passion, a tout faict pour nous en ce monde avant que d'en partir : voilà ce que faisoient les Françoys desbauchez de la religion catholicque pour se mettre de la prétendue huguenoticque et estre bien venus des princes, seigneurs, gentilshommes et juges de justice qui estoient de ceste faction.

Au contraire, aux catholicques de l'église apostolicque et romaine estoit voulu tout mal, dicte toute injure, faicte toute oppression par meurtres, batures, saccagemens, larcins, emprisonnemens , fers et liens rigoureux, mespris de leur personne et de leur religion, sans estre ouys en justice en la deffence de leur cause; on les appelloit séditieux et idolâtres, papistes et âmes du purgatoire du pape, et fault croire que, dès ceste présente année et dans les suyvantes, les catholicques souffrirent beaucoup par les huguenotz; je dis mesme les princes et aultres grands seigneurs, comme le commung populaire de France. Et furent fmablement les princes et seigneurs catholicques en tel mespris à la court du roy par les huguenotz, qu'ilz furent contrainctz se retirer en leurs maisons pour vivre sûrement, excepté le connestable, qui n'abandonna la court, vivant tousjours comme le roy catholicquement, non sans estre mocqué et par plusieurs fois vieil renard appelle.

A la sortie du roy et des princes du Palais, chascun des deux costez, tant des catholicques que des huguenotz, tendoient les aureilles pour ouyr et sçavoir ce qui avoit esté déterminé touchant le faict de la religion, et ne se trouva de bien faschés que les huguenotz à ceste sortie, ayant entendu par les gens de leur party que Jeur cause n'avoit sceu estre parle roy et le conseil autorisée, combien qu'elle eust esté fort débattue; que la messe avoit là trouvé tant de support qu'il n'avoit esté possible de l'abolir, comme entre eux avoit esté proposé, et qu'elle estoit pour tousjours demeurer, veu ce cju'en avoit dict le roy.

i561. ^" 1^ présence des princes, de ses gouverneurs et de toute Tassem- J)lée; mais toutesfois que pour cela ne falloit qu'ilz perdissent courage tîl que tout n estoit encores perdu, d'aultant que les princes et seigneurs de leur party avolent bon courage et estoient résolus que de bon gré ou de force laditte prétendue religion seroit par le roy et ses gouverneurs auctorisée, et la papauté déboutée (ainsi appelloient-iiz Téglise calliolicque), et qu'à laditte assemblée avoit esté ordonné de se rassembler après disner pour poursuivre l'affaire jusques à diffinitive. Les catholicques ayant entendu que les huguenotz n'avoient eu en laditte assemblée gain de cause, moult se esjouyrcnt, mais ceste joye par après fut tournée en une grande tristesse, comme il sera veu cy-après. Au partir de la chambre dorée et à la levée du conseil, fut dict par le roy et les gouverneurs que la cause se continueroit ce mesmc jour après midi , et fut dict à messieurs les princes et gens du conseil qu'ilz eussent à se rassembler audit lieu sur les deux heures après midi, pour pomsuivrc l'entreprinse; ce que les ungs feirent, et les aultres non. Les huguenotz sçachant que les princes et conseillers catholicques se rassembloient audict lieu à Theure assignée, ne s'y voulurent trouver, de peur que la cause ne se diffinist à leur désavantage, ains y envoyèrent quelques-ungs de ceux qui nageoient entre deux eaux, qui n'estoient encores entièrement héréticques, ni parlaictement catholicques, pour ouyr ce qui se diroit et feroit pour deffendre et requérir pour eux et s'opposer à ce qui se feust peu faire contraire à leur volunté. Davantage sollicitèrent les gouverneurs d'empescher le roy de retourner après midi à laditte assemblée, ce (juilz feirent, affin que, si les princes et conseillers qui debvoient retourner au palais eussent attenté de diffmir la cause en Tabsence du roy et d'eux, 'ilz huguenotz n'en eussent rien tenu; et partant rien ne fut faict ni arresté à ce jour, ains demeura la cause en suspens jusques à une aultre fois; et par ainsi les presches que les héréticques appelloient églises, par eux plantés sans auctorité aidtre que d'eux, demeurèrent comme ilz estoient par le royaume, et les séditions comme devant.

DE CLAUDE IIATON. 153

Les princes et conseillers catholiccjiies, voyant que le roy ni ses 1561 gouverneurs ne se trouvoient à rassemblée daprès midi, comme Hz avoient promis, feirent demander à S. M., à la royne mère et au roy de Navarre s'ilz ne vouloient poinct aller au palais suyvant l'ordonnance du matin. Mais lein* fut faict response que S. ^L se trouvoit mal et qu'elle ne s'y pouvoit rendre, et pour ce leur fut mandé de continuer la cause et l'assignation à quatre mois d(; là, au chasteau de S*- Germain en Laye \ et que lors on adviseroit d'ung lieu propre pour faire une convocation des évesques et prélatz de France et des prédicans et ministres de la prétendue religion, poiu, en la présence du roy, des gouverneurs el princes de France, disputer les ungs contre les aultres des matières de la foy et de la religion qui entre eux: estoient en controverse; pendant lequel temps le roy feroit assavoir aux ungs et aux aultJ es de s'y trouver, sous peine aux deiTaillans d'estre convaincus poiu' leur absence, et par ce moyen se leva l'assemblée d'après midi sans rien faire, non plus qu'à celle du matin. Geste délibération fut faicte et inventée par les buguenotz du conseil des gouverneurs et par nions, le prince de Gondé en disnant, allin de lasser et desbauclier les princes et seigneurs les mieux affectionnez à la religion catliolicque, et pour bailler tenq:)s aux buguenotz d(» se fortiffîer.

Incontinent après la S*-Jelian, les gouverneurs, soubz le nom (hi roy, escrivirent à maistre Jeban Galvin, pape des buguenotz de France, demeiu^ant dans la ville de Genefve, et aux gouverneurs d'icelle, qu'ilz choisissent des ministres de leur ville ou aultres lieux des plus experlz et s(;avans en leur religion, et quilz les envoyassent en France à la court du roy pendant quatre moys, et plus tost s'il estoit possible, affin de faire une dispute contre les évesques et prélatz de Téglis*»

* Voy. sur rassenibleo (les présidcnis ol dans celle assemblée, les Méiiioire5 iK-

conseillers des ]>arleinenls de France, le- Coude, l. II, j». CoG. — Voy. aussi: Advis

nue à Sainl-Germain-en-Laye en janvier touchant les images, présenté au ivy par les

ir)Oi (ifiG'i), de Tliou, ///*/. unie. liv. ministrcsde la parvlc de Dieu » le ià de. février

X\IX, el, pour les discours prononcés 1561 (i5G'i). [Ibid. l. III, j>. loi.)

%\. caiiiolic<:|uc de France, et de prouver par laditte dispute laquelle dm deux religions scroil la meilleure ponr estre gardée el observée i l'advenir, Calvin et les gouverneurs de ia villo de Gem:fvc, ayant rcccu les lettres patentes des gouverneurs de France soubz le nom du roy,l moult s'esjouyrent, pensant Tégiise catholîctpie ut romaine devoir cstrcl en brief esleincte en France, comme elle est audict GenelVe. Tonlef-j (ois Calvin ne s'en rcsjouissoit tant r{ue Taisuient les cyloiens, lesquels;! prctendoicot, comme depuis ilz feîient, se descharger du grandj nombre des Frauçoys qui habitoJcnf, leur ville, dont ilz se sentoienti fort greven. Calvin sçavoit bien que ceux qui aeroienl envoyez de leur . parly auroienl fort à faire en la dispute, et qu'en France y avoil des J préUtz, cardinaux, archevesques, évesques, prcbstres et docteurs eU'l toute science mieux fondez que luy ni tes siens. Les gouverneurs de ] France luy «scrivoient de se transporter en France, pour se trouver ' ù la convocation, avec sauf-condult et toute scurcté de sa personne, rommc aussi de tous ceux qui seroicnl avec luy. Moos. le prince de ^ Condf!, par ses lettres, le reqnéroit fort instamment. Maïs aux ung& j ni aux aultres ne voulut obéir, ni sortir hors de sa lasniére Gené--j vienne. En .s'excusant de venir, requist mons. de Spifanie, naguère^ | évesque do Nevers, qui s'en estoit fuy de Franco audit Genefve, lequel 1 pareillement s'excusa du telle charge. Parquiiy eurent recours le&diul Calvin el gouverneurs de Genefve h ung aultre par eux estimé fortV suffisant après ledit Calvin, qui estoll Théodore de Beïe. natif del France, qui, avant que do se dcsbancher de la religion apostolic<|ue,r cstoil prehstre, prieur du prieuré de Longjumeau-lè*-Paris, et qni J plein d'orgueil et d'audace, fut bien ayae d'accepter cesie chaîne. Avm Be^e furent envoyez dudit Genefve, Lauzanne et pays savoisien :■ Pierre le Murtir, cordelier renié de la nation françoysc, Malo, pareil-l lement cordeUcr renié, des Rosler-s. de Spina, Maloral' et quclqui^ douzaine d'aullres'; lesquels, aux despens du roy de France, fiu

' Marloral (Augusliu), iiû en t5o6, moinude lu r^glu de saiiil Augusiîn, pu» ]H41re, so maria en SuiHse . devint ititiiistru

(Ig la réforme el fut exécuta A Rot 3o octobre i563-

' D'api-èsunsoiitinatremiiiiii.<Miritdoa

isîniez par les ohonitns de leur despense, oultre laquelle leur furent 1561 , bailli^sgrosgaigos, jasques h cequ'ilz fussent poiirvpuz et rcceiu en la maison des princes et seigneurs de France faisant profession de iaditte prétendue religion. Estant arrivez à la court, ilz y fiirtint mieux accueillis que n'eust esté le pape de Rome, s'il y fust venu. Le roy de Navarre les ayant veiu et humainement receuz, comme amsi teit la royiie mère, leur fut baillé logis pour se retirer, en attendant qu'on les ciist instruit de ce qu'on vouloit faire d'eux et qu'on leur eusl donné charge.

i[uî »'ci>l Cnict > PoÎMy durant Inssenblé^ (Bibl. imp. Colleet. Dupuy. ïo!. 6di), Ici noms des proleslauls qui se Irouvnit^nt au collMiue sont : Jelian de la Tour; Nicolas 6e Gnlles: Jehan Rémond, aliai Merlin i Françoya de S'-Paul; Franco)» de Marel; Auguslo Marloiiral : Théudure de lîèie ; Julionnes de Spina ; Nit-olaus Lnllion ; Jelian Malliol ; Claude Bunsyère ; Jehan Bot^quiit ; La Borhc, pour l'Itlc de France; JeLaii lUttjpr, pour "IVoyc et Champagne: liarluruon, pour Picardie: 5/mon de Procréai!, jiour N'imiandie ; Gervn js le Barbier, pour Tuureinu: Dumas, pour Provence; Joban Ottlbel. pour te Dauphin^; Georpe do Palme, pour Languedoc; Du Bois, pour Rrcinigne; Blèrcau, pour Guicnn<;; Geruault. pour Lionuoi»; Bémond. pour Bloys H OHénns. — Avec etu était un TÎeu* Floreolin, nommé Pierre Marlir. et <|Ut!lques penonno» ijiii le» cooduisoienl , entre autres un gcnlilhomin^ He ^o^mandie, nommé Monneville. quipnrb le preinicT, i.-.t pria le roi de leur dooni-r congé cJe parler, ce qu'il octroya

Vuin tmc nuire reriion de cette lîstv tirée i)u lut. lo^^t de la Bibl. impériale:

■niùwli-rnle Krip.

Jmu df ta Cour.

Mralai a» GilUrd.

Jmu Ilr;fnraad Hcflïu Françoit df S'-Pol.

Prtiifoyi lie Mofell.

AngUKiin Mniont.

Jtau de TEipinf .

Nirolu Folliun.

Claiulv 14oi»i>«r«.

Jrtu Buiii|uin,

Lu i' de Cbiman pnar Tci^liH df FruiiE. Jmu Rt^cr. >' il'£>lmujr. (mot Urj*

riliimpaa^w.

Defl»n;fln . i' de Ciiiï. porar PianJrr, SiiuOH d( fii-nfla. [mor IXarmandie.

Gerviû le Barbier, poar Touniiu, Udnuj'e, jmm Pm»eiir«.

Jean Odiu. panr Diul|^intf.

IV dur Hwuwl, jKmr Lai^(unlac.

Du Viavc, poui llnuifiw..

rr 11 Gm

Ctiiiard, pool Ljaouoït Roinrot . pour OdUta pt Barry.

Cne lrQi*iéiiic lista , qui m b-ouve dan* le volume 3o() de Dupuy, contient lu (ariantes suivanlca : Jean de la Tour ; Fraju:, de Morcl; Nie. Folioni J. Bouquin-, l< s* de Cliaumnn; Simon do Pivnni:; IMmaysi Jcaii Gabct; G. de Kainet; Bar-

MÉMOIBES

11^ prédicans ei mÎDislrcs, voyaol la faveur que leur accordoienl le» | gouveinuurs du roy et du royaulnie, ensemble les prince», princesses i e\ grands seigneurs de la prélendue nouvelle religion, ne voidurenl ' estre oysifz; alns, dès les premiers jours, deniandèrenl licence auxdilz gouverneurs de faire publicq^uement l'esercice de leur prétendue religion el de faire le prescbe; ce qui leur fut accordé plus voluuUcrs ■ qu ilz ne le requirenl. Et monta en chaire le premier ledit Théodore de Bèze, qui, d'une langue diserte et bien affiliée, pnr ung beau et propre vulgaire francoys, triompha de cacqueler, ayant la mine cl les gestes altrayans les cœurs et vouloirs de ses auditeurs. Le roy de Navarre et la royne mère le voulurent ouyr prescher el furent à son . pi esche, où ilz prindrent grand gousl, encores qu'à cause de leur ' charge ne se voulussent déclarer huguenots héréticques.

Messieurs les prédicans et minisires nouveaux furent incontinent recueillis el admis es maisons des princes et grands seigneurs de la court du roy, et em-oUez en leur estai comme ser^'iteurs domestiques. La roynu de Navarre retint k son service et poui- ministi-e ledit Théodore de Bh.e\ nions- le prince de Condé prinl en sa maison Pierre ïc Mai'tir; i'admiral prinl Malo; le sieur de d'Audclot en print ung aultre; le sieur de ta Rochefoucault ung aultre; le cardinal de Ghaalillon ung aultre, et chassèrent tous les prebstres et auhnosniers de leurs maisons, s'ik ne voulurent cstre et faire profession de ladilte nouvelle prétendue religion. Aulcuns se tournèrent à ladilte religion pour demeurer au service de leurs seigueurs; aultres aymèreut mieux se retirer, auxquelz toulesfois furent encore quelques années conlîimct leurs gaiges, jusques à ce qu'on les eust pourveu de quelque bénéfice pour s'en destrapper. Il fut nouvelle par la France que la , royne mère par plusieurs fois avoit mené le roy son fiU au pre3cb« | dudit Bèze, et qu'elle taschoil à le faire calhécliiser en ccslc nouvelle opinion, A laquelle ne se voulut ranger, encores qu'il feust jeune enfant, et croy que mons, le counestable avec les sieurs de Guyse. tant cardinaux que les aultres, l'en retirèrent: el advint qu'à -sa court dès cestc année n'y avoit plus que luy el les susdîLt conaes

I lable et Guysîens qui entretinssent en leurs maisons des prcbstrca ei I aulmosniers, pour chanter la messe devant eux. Messieurs les princes du saiig, frères du roy, qui esloîeut plus jeunes tpie luy, furent duunez à de bons préceptcuis calholicques, qui les nienoient par cbascuu I- jour i la messe'. La royiie mèro ni le roy <lc Navarre, combien qu'ilz ' Jbanlassent les prcscbes des prédicans, ne rompirent Testât de leurs I maisons, et entretindrent tousjours leurs prebslres, aulniosmers et î ctianires, et alloient à la messe comme au presche; de quoy furent à la lin fort blasmez des migs et des aultres, tant huguenolz quu uatholicques, et furent appeliez de tous dissimulateurs, et feit à la parlîn ieur dissimulation grand dommage au royaume et couva grande division entre les princes.

Après qu'on eut faicl venir les prtidîcans dcssusdiclz do Gonel've . il fut signifié et mandé aux évesques et prélatz de France de se trouver A S'- Germain- en -Laye, pour convenir et s'accorder d'une villu ou d'un lieu utdtrc que Paris, pour faire le concilie et assemblée d'eux et des ministres prédicans, et pom- disputer lesungs contre les aultres des poinctz de la religion qui estoienl en controverse, et fut ce mandement faict avec rigueur et menaces. Lasquelz prélata et évesques pour ce ne se bastérent d'y aller et feirent respouse que teli« dispute et aS!)Cml)léR u'estoit licite. Messieurs les docteurs de la Sorbonnti el faculté de tbéologie de Paris furcDt pareillement senionz à ceste assemblée, et pareillement refusèrent d'y aller; par quoy, tant k eux, qu'aux prélatz , fut falct iiijunctioo par l'auctborité du roy qu'ilz eussent & s'y trouver, sous peine d'estre déclarez rebelles à S. M. et punis corporellement, et la doctrine et religion catbolicc^ue tenue suspecte. Desquelles injunction et menaces cuydèreut perdre patience lusdilz

' Margucrile tl« Valois, dans ses M^ moires (édit. Gueaïord, pour laSociÉlé do l'hûioù'edePmiice, i84a. p. 6], dit que ma frère d'Anjou (depuis Hairi UI), au CDDDt du colloque de Poissy, j(>tait ses bntrct an feu, la formait do prendre on ' fiaai do |»auii)03 el prières liugucnotes ,

c:t s'ell'or^aiL de la reltrer de l'abui de celit bigoterie; (\ue CuUicriue de Uiidicis , ap- ^renitnt que le duc d'Aiijuu dotinitil dom les erreurs des prulesLunU, lansaj'ori tay el sesgoavemean, el, kfaisunliniliiurv. It coKiruignut de mpitadn la vmye . saincle «I anciennt Ttligion-

l5cS MEMOIRES

ir><ii. prélalz et docteurs de la racullé de Paris, Icsquel/, sans Fadvis du cardinal de Lorraine, n'eussent obéy en ce aux gouverneurs, cncores (\iio la mort leur en feust advenue. Mais ledit cardinal, partie tenté cl importuné par la royne mère, partie pour le zèle qu'il avoit à la religion calholicqne, contre roj)inion de tous, s'accorda à laditte dispute, disani pour ses raisons que, combien qu'icelle dispute ne Icnst nécessaire ni proudtahle à la républicque de France, toutesfois «'stoit besoing de s'y préparer pour rembarrer Taudace de ces cocquins .'car telz apj)elloit-il les prédicans et ministres), qui se vantent jà d'avoir tout gagné contre nous, prétendans que nons fuyons la lice, |)arce ({iie nous scavons bien qu'ilz nous doibvent monstrer nostre religion catboliccpie, apostolicqntî et romaine, estre faulse et pure idolàlric, et la prétendue leur estre saincte et de Dieu révélée. En c(î, ledit cardinal fut mal advisé, (Micores que ce qu'il en feit et accorda feuM d'ung bon zèle.

Or est-il vray qu'ilz prédicans, apprenans que les prélatz et docteurs de la faculté de Paris refusoieni d'entrer en dispute avec eux, estans assiuTz el de toile condition qu'ont toujours esté tous bérélicques dogmalisans, se vantoient qu'ilz prélatz ni docteurs n'eussent osé se présenter devant eux, de peur cpie leurs abus, ce disoient-ilz, n*eussentpar eux esté descouvers, et cbantoicnt la victoire où encores n'y avoit nulle bataille. Par l'importunité des gouverneurs et par le consentement de mons. 1(* cardinal de Lorraine, fut la ville de Poissy sur Seine lez S^-(iermain-cn-Laye nommée et ordonnée pour tenir l<» conseil et avoir lieu la dispute des évesques et prélatz contre les ministres et prédicans ({ui esloient venus de Genefve en France. Ledit collocque connnenca incontinent après la feste de mons. S^ Remy, cbiîf d octobre, auquel comparurent plusieurs prélatz, cardinaux, arcbevesques, évescpies el docteurs, par le commandement du roy, ainsi qu'avons dict ci-dessus, et à leur grand regret. Messieurs les ministres et prédicans, devenus certains de l'arrivée des prélatz et docteurs à la court et audit Poissy, furent tout remis et refroidis de leur ardeur, el voluntiers se fussent retire/ sans disputer; mais estans

honteux d'avoir, devaiil les gouverneurs, lanl en personne que par 1501. leurs requestes, demandé d'eslre ouys en leur confession de foy et d'avoir fait assembler lesdilz prélalz pour disputer contre eux d(.»s poincU de leur prétendue religion, et d'ailleurs eslans pouLsés el enhardis desdllz gouverneurs, du prince de Coudé, des sieurs de l.n RochefoucauU, de Colignv, (rAndtîlot et auUres leuis Mécénas et protecteurs, furent contrainclz de tenir bon (M crenlrcM' au collocque '. 11/

' Sur lo collofiue de roi.ss,Y, vov. Commenlaii'e de l'cslfil de la ridufwn cl n'juibllqiic, par le s' de lu Place, fol. ao'i r'; — Journal de Rruslarl, dan^ les Mémoires de Condé , l. H , p. 54 ; — l-o Laboureur, .!(/ditions aux nu'm. de Castrlntiu , L 1, l. III, p. 708 el suiv. — Tliéod. de I^ezc, Hisl. ceci. liv.IV,p. /190; — deThou, Ilist. unie. l.WVIIl; — Maiinbourjî, Ilisl. du ralrinisme , p. :và2, etc. Ou trouve dans les Mémoires de Coude, l. II, p. /|()() l't sulv. des délails sur l'ordre, rpii fui observé au colloque de Poissv, sur les discours qu'on y prononça , les proj)osil ions qui v iurcnl lues par le cardinal de Lorraine, b's inslruelions cpie reçurent de Cliarles I\ le duc d«? Guise cl Je connétable de M(»ntmorencv.

la lequète présentée au roi j)ar le> n-lormés pour obtenir l'examen de l(;ur confession lie foi , une instruction de Pierre Martyr Miv la Cène. etc. — NOv. aussi en nis. à la Bibliotli. inq). : /Ic/C5 de rtissend)lcc du Poissy ianc. fonds fr. H<)8r), p. 7); — Bric/ revaril rt sommaire de tout ce qui s'est Jaict en la ville de Poissy durant l'assemblée des prélat z de l'cfjlise (jallicanc françoyse , depuis le XXVI* jour de juilUet juscjues au \ini d'octobre liîôl (Collect. Dupuy, vol. G'n, cahier de Ti feuillets, écriture du tenqis) ; — Piccit de ce qui s'est passé au colloque de Poissy, contenant la confession des jnvlcslans , la censure de cette conjcision par M Jehan

Le/i^vre, la confession catholique, etc. Coll. Dupuy, vol. 3o(j, cahier de 17 liMnllet>. écriture ilu lenq»s: : — Mole sur le» poinh deconiroreri'e entre les pjoto tans el les cal lieliqucs, cnroyèe le 'J7 janeur 0)61 pat lu roynr an,*: ihroloqicns de Paris airivi: /.■ S'Gcrmain [id. ibid. e<'rilure du lenqis,.

— Pœlalion véritable dvs actes du colloque di Poissy :P)ibl. inq). n'. lo.'jai. et n^ 817/, anc. fonds IVanc.'i : — Discours tin cidhmm de Poissy par ]f. Despence, du 21 janvier L')(if envoyé nar la royne , merc du iv\, aUsC théolofjims de Pari< a russemhlîc de Saiiii- Germain ri" o.')8'.>, anc. jSo*". collecf. Balu/.(;); — ArlicoH dali per il principio d'.cfdkupuo l'Supj"!. franc, n*" i»K). fol. .') 'j \

— Les di>cour> du cardinal de Li»rrain« . de Tht'od. de \M/c el des aulnes ministre^ ont ete inq)riines a j)art ou conservé> dans des collections manuscrites. — \ oici l'imlicalir»ndequel<jues autres pièces concernani rassend)lée tle Poi.vsv : Lettres du rw. nar lesquelles H est permis a tous S( s su jets de venu eu itiss' nJ)h''' de Poissy cl d'y faire telles iv montranci'S que bon leur senildervit ; l'Mji. juillet •>') Journal de Jh'uslart , dan^ les Mémoires de Contle, t. 1. p. /ji.) — l.ittn du iardinal de Lorraine au pape , ausnjei au cidloqne de Po'.\sy ; 2iî mars i^^'h) .i.)ili^.

' hibl. inq). Coll. I)upuv,\ol..'M)(j.) — Lettn du cardinal d' A tmaqnac a \L d'Ii>pcnce. qui approuva son apoloqic touch int Ut colloqu»

avoicnt faicf venir de Genefve tme grande quantité de livres, pensant j rjiren leurs livres fust loutc la science du monde. Fault nolcr quV vfc les livres de leur ihéolngîp de Gencrve. iIb avoient faict venir, par permission desdictz gouverneurs, souhz le nom du roy. grand aullre nombre de petîtz livreU:, comme les psalmes marotiefpiejî «l liczicns, qu'iiz appelloient les psaimes de David, traduicU en langue françoise par Clément Marot Pt lr<lit Théodore de Bèzc, mis eu nbant de musicque pour une partie seuilemcnt. Lesquelr. psalmes ilz ' rhantoient en leurs presches tous ensendde, tant hommes, fâmmeft ' que pctifs enfans. Oultre lesdit/. psalmes, feirenl. venir aullrcs livreta întitidez le Catbécisme de la vraye religion, te lioaclier de la foy, h 4

(fe /'o/w/. Avignon , i"oclob. 1570. (Bibl. iiup. Col), Dupuy. vol, 3og,) — Lnira ée J, Calvin d M. du Poet, gouMmcur i/o MontHimnrt, au sujet dii. colloque de Poitiy. Genève, 1 A septcinbrc i&Gi. (Bilil. itnp, ColK FonUnieii. vol. 398.)' — Letlre Je la reyne mitrx! à M. Vévesque de Btnâei, amhiuiadear fir^i l'Empereur: 1/1 iiojiiemlire i5fJi.(Bibl. tnip. Coll. Dujiuy, vol. 3og, ) Elle y paHe lie l'assemblée qui avait lieu cilora ik Potitay, el annonce qu'elle s'e.M décidée, sur le» conseils du roi de Navarre, des autre»

[trîncea du snng el gens du conseil , k làiro discuter les ministres protcstunts avec le» minisire» catholiques. Elle fait le récit dm premières séances el dît, en parlant de cerlnin pnssa){« du discours de Th. de Réte : • Estant enfin tombé sur le faict de laCtW, il s'oublia en une comparaison û alisurde et tant offensifvo de» oreilles da rnssiftlanco, que |)cn s'en faillut que je no Iny imposnsse silence et que je ne les ronvoyodsc tou.i sans les laisser passer plus nvnnt. Mnîntcnanl on discule la confcmîon de foi de» proiestnnts. • — Letlre de la min» mère da ivy à M. rdeesque de Rennes , amhauadetirduroy pris VF.inperpari

18 octobre i56i. (Bibl. imp.CoU. Dupuy, vo). Sog.) l^lle raconte In tin du c4^oqu« • de Poissy, ot parle de i'opposllion de» ctitholiqucs iur la question des bénéfices, < de In dilTicullé de s'entendre. — Lellr» de la reyne mèr« à M. l'é^ijoe de iUhnet, amhatiadaar fioar le rùy prêt l'Bmperear. du | 16 février i56i (i56a). (Bibl. imp. CoU. Dupuj, vol. Sog,) Elieannoncc la réwilo- \ lion prise en conseil privé, le aa janvier, défaire ttiie confértiice d'èvaiqaei cl danUttrt ■ en théologie, pour udvUer nuj' eautet po» . letqaetles ctux de la noavellt reJigioa t« 4 tiennent iépare: de nous, el regarder t'H y ' aamit moieu de lei rianir et rametter en noilrc érjUse el en l'obéitiiinee da S'-ùiA/i. Elle fait passer à l'ituibassadeur une dicjaraUon relative aux intentions qui l'onl gui- I dée dans In convocalian de cette D3i btée. Elle se plaint que les gens appcléa k . la conférence de Poissy ont patié IcUF | temps 8 des ilisputes inutiles, et ont s dans la lutte une obstination déplorabiv. — ficquêle da haguenots an rot, ponr lé i prier défaire ejraminer leur eonfintion deJix'M au eolloqae de Vùissy; i56i . août. (Bibl. imp. Collent, rontanieu . vol. 397-998. )

DE CLAUDE EIATON. 101

■J?df/(>n de la foy, et ftultros înGnis livres piciûs de la dûctrhie de [ leur prétendue religion, imprimés ^ Gencfve et k (--yon en Datilphiui, tous bien reliez en peau de veau rouge et iiojrc, Ici aidcuns bien dorez, desqucbi ils feircnl présens aux princes et princesses de la court, ju&quc à la personne du roy, et le reste desditz livres furent espo&ez en vente à la court et en la ville de Paris, par pcrmis.<iion du

roy. U passa par la

la ville de

Provins quatre charreltées pleines desditz livres, que l'on menoit A la court, cnfouct^s dans de grandes tonnes de bois de sapîu: lesquclz furent, à la plainte de M* Jehan Poytevin, advocat à Provins, saisis de par le roy et mis es mains de jusliee. Mais incontinent, ceux qui les nienoîeal, à la diligence et poursuittc de l'esleu Barengeon et de son frère l'euquesteur , qui se feirent pleiges ot caution desditz livres, eurent tout sur l'iieure main levée par le bailly de Provins, du consentement du procureur du roy, qui estoienl tous des frères de laditte prétendue religion, et furent iccux livres jUenez h la court et à Paris, excepté quelque centaine qui demeurèreal audit Provins pour distribuer aux frères de laditte religion.

Avant que d'entrer au collocque cl dispute audit Poissy, les préïaiz et docteurs feirent encore» une rcmonstrance au roy et i ses gouverneurs, pour ne poinct entreprendre ceste dispute, laquelle ilx sçavoient bien ne debvoir apporter à la France et à l'église catbolicque que confusion, combien que, grâces à Dieu, ilz ne craignoienl les argumens et sofisticqueries des prédlcaos. Hz disoient que Icsdilz prédicans, encores qu'ik parussent convertis et signassent mcsme l'abjuration de leurs erreurs, demeureroient béréticques; que tous les poinclz de la foy et religion cbrestienne qu'ilz révocquoient en doubte, et sur lesquelz il falloit fonder la présente dispute, estoienl, il y a plui de cinq cent et mille ans, condcmpnez et réprouvez de 1"*'^ I glisc universelle et des prélalz d'icelle par les concilies généraux légilîmenient congrégez; qu'il falloit les renvoyer au concilie général asBomldé de présent en la ville de Trente, pour là ïmpugner et débattre ce qu'ilz avoient h disputer, parce qu'il n'estoit loisible au roy dû France de diHinir de la religion, ni de son auctorité privée faire

3»siiiublci' ung couctllo natioual sans l'aoctorité du pape; enfia, qufi ] pour ces causes lesdlu préilioans dcbvoicnt cslre renvoyé». Co ipje uo 1 voulm-enl accorder lesdiU gouverneurs, la roync mèro et le roy d« N»van-tt, aiiis, pi^rsUtaus en leur opiniou, voulurent laditle dispute i «sU-e faicte, quelque péril qu'il en advînt, et furent If^raèraires j«»- J qucsàcoIaqu'iU, comme les prédicam, reprocbèrcnt aux prélalz qu'ik i craignolent la lice, de peur que leur marmite ne feust respandue;'! ainsi appcUoient-ilz l'i^glise calliolîcque et espouse de J. C

Geste rc^ponse ouye , les prélalz demamlàrcnt jour et heure de • s'assembler audit Foissy, affm que les révérens minisircs fussent ouys eu leurs requestcs ot confession de foy, et que la responsc se peust faire selon laditle confession, ce qui luur fui accordé. En conséipience, ceux qui esloicnt ji arrivez à la court entrèrent en la salle pri^parie pour attendre messieurs les prédicaus, et cciu-cy, liontoux I de paroitrc devant les hommes sçavans qu'on leur vouloit bailler en | leste, n'osùront ce premier jour s'y présenter; oncques ne s'y fussent ' présentez, s'ilz n'eussent esté pouisés des gouverneurs et du prince de Condé , qui les enhardirent et leur <brcul qu'ils ne craigiii&scul i-icn, que, cncores qu'ilz fussent vaincus, l'affaire de la cause ne s'en por- ] teroit pircmeni pour eux, et que ceste dispute n'c&ioit le but prin- 1 oipal du mesnage qu'on vouloit remuer eu France. Par ce moyen, furent rencouragez de se trouver au lendemain à l'asscndilée.

Mons. le card. de Toumon fut faict président les premiers jour$ 1 lie l'ouverture du conciliabule de Poissy, aufpiel compax-urcnt Je roy J de France, le roy de Navarre, la royne ujéi-e, le prince de Condâ, messieurs de La Rocbiîfoucaidt, de Guise, d'Aumalle, le connestable», les grands seigneurs de la court cl les oEGcicrs de la couronne, avoc- J \es docteurs, prélaU et prédicaus. H cardinal de Tournon feit la barangue foii proprement, élégamment et bien à propos, siu-l'importunité À eux faiclc par les gouverneurs, soubz l'autborîté du jftune roy,. et sur la liccuco baillée aux prédicans. Ccux-cy furent de luy appeliez i les renards elbestcs sauivagesquîavoienirompulahaye<pijbouschott j In vigne du père de famille, qui est l'église de Dieu; ctadressaut âaj

LAHDE HATON.'.^ ïëS~

ptroilo aus gouvorneiirs et aux princes fauteurs desditxprédîcaiu, îl les appella moscbans iiicssiet'it, on pour mieux dire meschanle Iiaye el closUire, ayant faict place et ouverture auxditz renai-ds cl loups pour eotrer en icelle vigne et dévorer les rniicis d'iceUe, qui sont les . s^mcles prières des «ainctit et les sept sacreniens ' ; il déclara que les renai-dB ayant poulsé contre la baye, du premier coup l'ont rompue par tous endi-oietïi, et ont faict de grands irons en ladilte haye, qui est quasi en France toute morte, excepté çà ut ià quelques vieilles e^incs encore vives, el quelques |>eu de rejectons qui sont encore en laditte haye, qui donuonl ({uelque espérance aux ouvriers d'ieellc vigne, que, quand \h seront venus grands, gros, forts et espaijt, îh ' t«bouscheroni laditte haye. pour cmpcsehei- lesditz renards d'y ren- ' Irer, si une fois on Ivn en peult faire sortir. Par ces vieilles espines qui n'eslotent encores mortes . il donna à entendre les princes et sei- > gneurs calhohcques, comme les princes de Moiipensicr, de Nemours, de la Rofhe-sur-Yon, de Gui.se et d"Aumallo, et par les petits rejectons qui pululoienl parmy les espines dans ladilte haye et (pil la dofavoient refaire et reliouscher, il donna h entemlre que c'entoient le ■ roy et messieurs ses frères, lesquclz, à l'ayde des grosses espines vives I entrelacées l'une dedans l'autre par dessus îcoux petits rejectons, en attendant qu*itz petits rejectons eusseni prins leur accroissement, ronserveroient laditte vigne, de sorte que le fniicl d'icelle ne seroll entièrement perdu, ni du tout dévoré par lesditz renards. Plusieurs Qultres poinclz pleins de rcmonstrances, plaintes et doléances furent parluy traictéscu ladille harangue en l'honneur du jeune roy; puis, à la iin, ayant rappelé la cause de laditte assemblée, il exhorta les prélatx et docteurs caihollcques, et les prédicans (jue naguères II avoîl appelle les renards qui avoient rompu la baye de la vigne de

' Oo verra, en cnmparnnt lu n'tcii du ritii kinturicitM) par se* pMM'itw rolifiMMi».

OoUoquc tte Poùsy donné par Cl. Haton Lo tlùcnurs qu'il met iti (latui la bouche

»nr. liH autre* rdntioos qui nous sont du cardiiio! de Tournon diffère lotaJi'-

retléns de cette assemltlée, que notre au- ment de celui dont ilc Tliou noas a laiMé

l«wr i *W souvent entraîné bor» de la vé- l'analyse

ma

■Usu^Cbrîst, qae toute passion, envie et oppiniastreté mises bas de part et d'aultre, entrassent en dispute des naalières de la foy avecbicDvueiilance, sans injures, invectives, conviccs ni roprocbes, sans sti I provoquer les ungs les autres k courroux, combien toutesfois qu'il 1 sçavoit bien que lyssue de ladïue dispute el assemblée oc proufitc-'l roit de rien à la république françoyse. ains plus tost y apporteroit f grand trouble et scandallc. Ladittc harangue fut recueillie par aul- | cuns bons esprits qui furent présens à laditte assemblée quand elle ■ fut prononcée, et depuis imprimée et exposée en vente en la ville de ] Paris. Mais, si tost qu'elle fut venue à la cognoissance desdîtz prédicans et des gouverneurs du royaume , tout à l'instant on prit des mesures pour en faire perdre la mémoire'; des inquisitions et recherches I furent faicles pour sçavoir qui cstoit l'imprimeur qui l'avoit imprimée et pour le punir en justice, el fut par cry public dcITcndu dans j Paris à tous libraires do n'en plus imprimer ni exposer en veotBt sous peine de punition corporelle et d'amende arbitraire.

Après que nions, le card. de Touinon eut Guy laditlo lutrangae. 1 mons. le prédicant et ministre Théodore de Déze commença la sienne, el y entra par uug beau commencement à la louange du roy, de ses ^ gouvemeurs et des princes de France, auxqiielz, disoit-il. Dieu avoit ' faîct ceste grâce de cognoisirc la puj'e vérité de Jésus-Christ et de son sainct Évaugille , mais non à tous, ains à ceux seullement que le ■ Seigneur avoit choisis et esleuz par sa prédestination pour la dcDense J d'iceile vérité, pour laquelle vérité planter, semer et enter en France, ' avoient esté par eux mandés par l'instinct du S'-Esprit, non poui' dissi- ] per, ruyner ni gaster aulcunc chose qui fi'ust à la gloire dvi Seigneur J ni de sa religion, aîns seullement pour abattre toutes idolâtrie, su- J persticions et tiaditions humaines, qui de si long temps tenoicnt le J peuple françoya en un aveuglement iotollérable à tout homme qui ' cognoisl perfectement Jésus-Christ, comme luy et ses compaiguous le j cognoissoient; el, voulant poursuyvre plus onltrc, demeura hors de J mémoire du roUct qu'il avoit cstudié cl prévou, et, tout étonné qu'il I Bc trouva, ayant perdu contenance, ne sceut plus que dire et coukri

DE CLAUDE UATON. 165

mença à rcgai*dcr A l'cntour de soy, s'il vcrroït le S'-Espril en per- 1501. sonne ou en aultre qui le peust redresser en sa mémoire, pour poursuivre saciittc bar;>nguo; mais ledit S'-Esprit ne se trouva en personne ^'en la royne mère, mais non perfectement, comme luy et elle uuMcnt bien voulu, parcecpi'elle ne le peut remettre en ses cspriu, nVyant le roUet de saditte oraison en main pour luy dire les motz qui 'Sny voient ceux sur lesqueiz il perdit la mémoire'. Toutesfois, ne le laissant à despourveu , tascha à luy bailler courage en luy disant tclx raolK : • Monsieur Bèze, prenez com-agii, parlez bardinient. Que craigneï-vous? Ne vous estonnez poinct. « Mais pour tout ceLi, sod esprit no peut rentrer où il eust bien voulu , et se trouvant confus en soy-mesme, ne passa oultre en saditte oraison, ains seiUlement s'escusa sur la crainte qu'il avoit d'offenser la majesté du roy et la contpatgnic, promettant au lendemain de donner par escripl ce qui luy restoit à dire. La royne, le voulant en tout favoriser, et l'excusant au mieux qu'ulle peut, dist qu'il ne falioit trouver maulvais le transport de son esprit et que ce n'estoit faulte de science, ains seullenienl qu'il estoit honteux.

A quoy respondit nions. le card. de Tournon, que telle enlreprinse par luy faicte debvoit estrc imputée à ime présumptueus»? témérité; et adressant sa parolle audit Bèze, luy dist que ce peu qu'il «voit déduit par son oraison estoit plein de bérésie et d'orgueilleuse présumption, et que, s'il eust poursuy vi , comme possible il avoit pourpensé, il en eust bien desgourgé d'aultre, mais que Dieu y avoit pourvou, et que de donner le reste de son oraison par cscript au ICDdemain n'en estoit besoing, mais seulleincnl qu'il dressast la confession de sa foy sur la religion prétendue qu'il tenoil, pour l'exa-

' D n'est pas dil, dans tes rektiim.i du colloque de l'oiMy, que Tliéudorû de ïi&te aoUrc-ili' court, mais Beuieuient qu'il fut intcrronipu (>ar le» murmures de l'audl- Ujiro calhotiquc. quaad il prouonça ces tPQts 1 1 Nous iliiom que le corps de J. C.

eit ealoignû du pain cl du vin autanl que le plus Laut du ciol est esloigoii de la terre,! (Voy. 'rii. de Bèze, Ifitt. eeciù. t. [V-, Maimbour^, Uùloire Ja catvimime . p. 333 Ql 3a4. et Le Laboureur, Addii. itimM^.diiCiutebuutit I, p. 763)

iiiiacr et fonder la dispute sur co qui scroit trouvé dilférenl de 1b | religion aposlolic^e.

Au lendemain, ledit Gèzc, pûulsé des gouverneurs, da prince de Condé et de ses .lupposlr., bailla à l'assemblée la confes&ion do sa foy pleine (rr'rreitrs et de croyances conlrainis à la doctrine de l' église des aposlres. sur laquelle Fut fondée la dispute. Mais, avant que de l'ctanuncr ni de dis|ïuter sur icelle, ledit canl. de Toumon demanda nudii lièze ot à ses compaignons s'iU se advouoyent hêrôticques, ot si lelz se vnulôient dédarer; déclarèrent que non : — s'ilz vouloient admettre l'eiTeur des ariens, pclagiens, uonatiens, marciouistes, doualiïitGS, iiesloriens. hussistes; dirent que non, ains qu'ils rejectoîenl la docirine de tous les dessus uommex, es poioclz qui esioient con- Lrairtis h lu religion qu'il?, lenoicut et pour laquelle l'assemblée estoii i là fnict**. — Interrogez s'dï cioyoient une église catliolicquc, apostolicquc cl romaine, respondirent qu'ilz cniyuîent une égli.se catbolicque, apoMoIicque et non romaine. — htterrogei^ s'ilz ix^oissoient une autre église pour catbolicque et apostolicqtic que la romaine, respondireut (pie, quant à l'église romaine, ne sçâvoieat si elle estoit église, et que pour telle ne l'admetloienl, mais au contraire fpi'ellc leur estoit suspecte et leur sembloil pleine d'abus. — Interrogez sur quelle» • e&criturc ot sciences ilz vouloient fondur leur dispute, pour îropugner l'église romaine ei deÛ'endre celle qu'ilz disoient estrc caiho- Itoquc aullre que la romaine, rcspondircnl qu'ilz cnteadoient se .^cr- ] vir de l'Escriltire saincte, c'est-ft-dire du nouveau Testament et du: | • vieil, excepté certains livres contenus t-n la Bible, comme celuy des ( Machabées et aultres que S' Ilyérosme et les Hébn-ux n'ont rcceuK ' ni approuvez, comme aussi celuy de Job et les livres de Salomou, en ce qui est contraire à leur religion seulement. — Interrogez s'ilz vonloient pas admettre tous les docteurs de l'église receuz en icelle, depuis les aposlres Jiisques à maintenant, respondirent que non, en ce qui se (rouveroit contraire à Icurdille religion. — Interrogez qu'ÎU vouloient dire principalement des quatre docteurs, messieurs S" Hyérosmc, Grégoire, Arabroisc cl Auguslio, la doctrine desquelx est si .

F souvent citiéc par eus, et dont l'autborité est mise es livres qu'ïk

■composent, respomlîrent comme des aiillres qu'îlz les admclloienl en

î qui faisoit pour eux cl non aiiltremenl. — Inicn-ogez qti'ilz voii-

JvcQi croire et dire des concilie» gènérnnx ternis en Li clirciîtienté

* àeovàs les apostros jusques à présent, resporidiront qii'ilz ne croyoîcnt

Bine s'arresloient à tous. — Interrogez qu'ilz voidoienl dire des quatre

concilies gén<iraux et universels, rcspondiicnl qu'ilz les adnielloicnt

en ce qui cstoït confomiG à i'ÉvangîUe et e\presse paroUe de Dieu, et

oonaultrenient. — Interrogez si, en leur prétendue religion nonveili:.

qu'iU appelloient église, ilz rccognoissoient une supériorité et ma-

gistral ecciésiasticquc ; à cestc question , après avoir longteni|>s so«g<i ,

L ne voulurent respondre catégoriquement s'iiz cognoissoieot aulcun

nipiricur par dessus eux qui eust puissance eiauclon'té. — InleiTOgez

qnelz Uz estoient et quelz tiltrcs de qualité ilz se bailloient, respondi-

, renl qu'ilz estoient ministres de Jésus-Clirist et de sa saincle parotle

cl Evangdle. — Interrogez de qui ilz estoient envoyez, puisqu'il! se

vantoicnt d'estres ministres de Jésns-Chrisl et de son Evangdle; aprfcs

avoir longtemps songé, feirent response qu'ilz estoient envoyez de

Dieu. — Interrogez qu'ilz donnassent preuve de leur cnvoy, ne purent,

mais reS|X)ndirent qu'ilz estoient envoyez par une voye extraordinaire.

- Inteirogcz s'ilz avoieui le don des nûracics, parce qu'il fault, par

toute nécessité, que toute personne qui est envoyée extraordinaire-

[ ment pour presclier, annoncer ou i-éiormer une religion fasse des

', xntradcs, ou aulircmcnt on no peult et ne doibt-on croire en elle; i

j ceste question se irouvèrent prins ei ne voulurent respondre. — Ledit

■cardinal, passant plus oultre, leur demanda tpie, puisqu^iU se van-

.'toicQt estre envoyés de Dieu par une voye exiraoïilinairc, si c'csloit

umédialement ou immédiatement; à quoy ne vouliu*ent faire aultre

[rwponse que celle de devant, qu'ilz usioienl envoyez de Dieu et

1 poulsés du S'-Esprit. — Furent requis qu'ilz en donnassent le tesnioî-

rgnage; respondircnl que le tcsnioignagc csloit Iciu" conscience, et

boncques ne pewlt-on à ladilte journée tirer aultrc response d'eulx.

Alors ledit cardinal de ToumoD, adressant sa pavoUc au roy, aux

gouverneurs et h toute l'assemblée, disi : «Meftsicors, ccste a&sciiH''] blée et dispute proufilcra de bien peu, voire de rien; car ces liomma îcy ne sont quebesles obstinées en leurs opinions, comme ont tous»! jours esté tous hérèlicques, et ne se subraettront au jugement dal personne ni à escriture, tant soit-ellc de Jésus-Christ que d'aultre,: puisqu'il! disent n'avoir et ne vouloir aultre tesmoignage que leur cons^ 1 ciencc. Us sont cauteleux, et se veulent garder de se mesprendre. Cari s'ilz coiifessoient qu'ik fussent médialemeni envoyez de Dieu, la coaséquence seroit telle qu'ils seroîcnt niG<liateurs entre Dieu et le$l hommes, comme a esté Jésus-Christ, S'iU esioîeni médiateurs ou mé-j diatement envoyez de Dieu, il fauldroit et seroil nécessité qu'ilz niou~J i-ussentpour la rédemption des péchez des hommes et du peuple,* comme a faîct Jésus-Christ, qui, seul, par nature, a esté le médiateur] envoyé par voye extraordinaire, et pour ce a donné tesmoignage dej sa mission et envoy par ses miracles el œuvres supematurelles. Or n&"l se peuvent vanter les prédicans et ministres, tant ceux-cy que tcursJ compaignons , qu'ilz soycnt médiatement envoyez de Dieu par voyeS extraordinaire, parce qu'ilz n'ont poinct confirmé leur doctrine paiil miracles, et qu'ilz ne peuvent tous mourir pour l'aire la réconciliation;! des péchés des hommes avec Dieu, comme a fait Jésus-Christ. Carikl n'en a poinct fallu et ne s'en est poinct trouvé d'aulire qui ayc pu ré-J concîher naliu-e humaine avec Dieu le père, parquoy se trompent! ne» hommes au tesmoignage de leur conscience. S'ilz confessoicnt qu'il fussent immédiatement envoyé» de Dieu, il fauldroit par conséquentj qu'ilz confessassent estre envoyez des hommes, des honuncs, ini^uâArM qui fussent autorisez de Dieu , qui eussent receu l'imposition des mains J^ et qui eussent imposé leurs mains sur eux, en les envoyant cl en leui disant : lie, allez, preschez et évangélisez , ainsi que Jésus-Christ a faid à ses apostres, les apostres à leurs disciples, les disciples des apost aux évesques et prebslres de leur temps, et depuis ce lomps-là jus-3 ques à mainienanl, par succession de temps jusques à nous. Et par^eJ que ces hommes, opiniastrez au tesmoignage de leur conscience qu'ils^ ne peuvent prouver par miraclos, ne peuvent dire qu'ilz soient en-J^

Yoyei par euvoy et mission légilime , sont par eux-meBmescondeinpnoi 1561 .

hércticques. encores que naguère» ili! aycnt dict qu'ilz rejecicnt tous

les héréticfpies et la doclrlne de ceux que nous leiir avons nommez. >

Iceux prédicans, tout honteux d'avoir si bien esté sondez par ledit

'^cardinal eu ia présence du roy et de loule rassemblée, par congé

dudil cardinal de Toumon, se retirèrent et furent renvoyez jusque»

' au lendemain au matin, pour disputer sur la confession de leur foy:

et pnui' ce jour ne fut faicl aultre acte, car toute l'assemblée se leva

S pour aller dlsner, et ne se rassembla^ou poinct jusques au lende-

[ Inaûi.

An lendemain, qui cstoil pour te troisième jour que la dispute

estoil ouverte el qu'on s'assembioit au conseil, les prédicans, poulsés

et souslenus en toute faveur par les gouverneurs el princes, haul-

sircnt ung peu leur courage, et faisant meilleure contenante qu« le

jour de devant, ilz se trouvèrent au conseil en assez grand nombre,

comme aussi feirent les prclatz et docteurs cathoiicqnes. parce que

Ce jour-lA falloit disputer sur les poinctz de leur confession qui es-

I toienl en controverse. El fut président ce jour-ià à la dispute mons. le

, card. de Lorraine, frère de mous, de Guise. Le roy et les gouverneurs

I avoient ordonné des secrétaires et notaires, une partie de huguenotz

et l'aultre paitie de catholicques, pour rédiger (idellement par escripl

, ia dispute, la confession ou négation d'un chascun, tant d'ung costé

I que d'aultre, afin qu'on pût y recourir, si davantage quelqu'un des

rdeux partis se vouloit desdire de ce qu'il auroit nié ou confessé; el

avant qu'entrer à disputer, fut par lesdîtz notaires la confession des

I prédicans enregistrée, mise par escrîpt et signée de leurs mains et

l'desditz prédicans, afQn ipi'ilz ne pussent dire par après qu'on eusl

['£ilsifîé, adjousté ou diminué aulcune chose de laditte confession, de

['laquelle la lecture fut (aide par Icsditz notaires en la présence de

I toute rassemblée. Puis après commença la dispute, qui ftit menée

[■■vivement, arguée et respondue doctemeiil, une fois en latin, aultres

[fois en françoys, afin que le roy, les princes et princesses qui estoienl

r présent pussent entendre ce qui se disputerait de part et d'aultre, ot

1501. qu'its pussent donner jtigcnienl de la confession ou négation les ungs des aultrus.

C«6te dispute fut faicte assez longue et par plusieurs jours, les membres de l'assemblée ne prenant détermination par chascun jour que sur ung poîuct de la conl'cssian d'iceiix prédîcans contraire i la religion catholicque; elle dura en tout environ quinze jours, s'asscmblant enviroD trois ou quaU-c beures par chascuu jour.

Or n'y eut-il aucun poinct de laditte coofession qui plus lint la dispute, ne qui feusl plus dilfidlc à arracher desdiliprédicans que coluy du sacrement de l'aulel, quelescatholicqiies confessent etcroyentestre le corps de Jésus<Cbrist, aa chair, os et sang, corps et âme, divinité et buraanité tout ensemble, tel qu'il estoil au ventre de la vierge Marie el en la croix au jom- de la passion , quand il est deuemeni (»nsacré par le prebstre à la nte.'sse, soubz les espèces du pAin, et son précieux sang soubz les espèces du vin. De mettre icy les argumens les ungs après les aullres par lesquelz la preuve fui faicte de l'assistance dudit corps de Jésus-Cbrist audit sacrement n'est Je nécessité, parce que de cestc matière en ont composé plusieurs gros livres les catholicqties, tant les docteurs que aulti'es non docteurs ai prebstres. entre lesquelz en a faict un assez gros maislre Nicolas Durant, commandeur de l'ordre du Temple de Paris, chevalier de S'-Jehan de Jérusalem, seigneur de Villegangnon ', et plusieurs aultres. Pareillement, réciter icy les respouses et aigumens que les prédicans et ministres feirent pour nier l'assistance réelle du corps de Jésus-Christ audll sacrement de l'autel, qu'ilz prédicans et huguenotz appellent salnctc cène du Seignetu-, seroit sortir hors du propos, parce que ilz, comme les catbolicques, en ont falcl plusieurs livres par lesquels iiz confessent, tantost que ledit coq>s de Jésus- Cbrist est en laditte cèuc, tantost qu'il a'y est pas. Parquoy nous

' VÎUii^ngnon o composé plusieurs ou- eontenlitutet , contenant la eériià de ta taiutt

vragn sur Ct^uchAristic ; Ad artictthi cni- EachariilK ( 1 563 , in-4*] ; — De eonsecra-

vinianoi du $aenmento Euckamiiw ntpon- tione myidci taenimenti et duptici Chritli

iioMM(Pvis, lùËo. in-V); — Pnpotiliooâ obliUione [Paria, i^y, io-A*]'

laisserons le tout à le veoir esditz li\Tes, tant d'une part qiie de 15G1. laidtre.

Ce poinct fut fort débattu, inipugné et deffendu de part et d'aultre, pour ce qu'il est, tant par les catholicques quepar leshéréticques, appelle et tenu pour sacrement, chascun en sa religion. Mais, toutesfois, après longues disputes et plusieurs argumens et solutions de part et d'aullre, faictz entre mons. le card. de Lorraine, en ung jour qu'il ne présidoit plus, et mons. le prédicant de Bèze, fut ledit Théodore de Bèze contrainct de confesser qu'audit sacrement de l'autel est réellement et de vray contenu le vray, précieux et naturel corps de Jésus- Christ, et dist telz motz qui s'ensuivent, c'est assavoir : « Nous et ceux de nostre religion confessons que la saincte cène que nous faisons est ung sacrement de TEglise de Jésus-Christ, institué de Dieu, et qu'en laditte cène nous mangeons et rccepvons réellement et de faict le vray et précieux corps de Jésus-Christ, celuy qui est né de la vierge Marie et qui est mort pour nous, et que par ce moyen nous sommes faictz chair de sa chair, os do ses os, et sonunes participans de sa grâce, et ce par la foy qui nous faicl et rend les choses absentes présentes soubz les signes visibles, le tout par la vertu de sa saincle paroUc. » Voilà la confession de mons. le prédicant Th. de Bèze, touchant la réelle assistance du corps de J. C. à la saincte hostie, qu'on appelle le sacrement de l'autel, laquelle confession fut enregistrée par les notaires, allin qu'il Bèze ne s'en peust desdirc, cl si la subscrivit et signa de sa main, au malconlentement de ses compaignons, du prince de Condé et des aullres faisans profession de la prétendue religion.

Or, à ceste confession bézienne respondit celuy qui présidoit à ce jour audit siem- Bèze : « Je te juge par la confession do ta parolle. Puisque vous confessez que la cène est img sacrement et qu'en celuy sacrement, soubz les signes visibles du pain après qu'il est consacré, le corps de Jésus-Christ roollcmont et de fai('t y est contenu, pourquoy doncques ne l'adoroz-NOUs comme Dieu, et nous appellez-vous idolâtres, quand nous aullres catholicqucîs l'adorons.^ Pourquoy blasphémez-vous contre sa saincte majesté, en l'appollant Jc/mw le blanc

1561. et en prononçant craiiUres injures, tant de vos bouches que pai* vos esci'iptz?») Auxquelles icmonstiances se tut ledit Bèze, voyant sa confession pid)licque eslre contraire à sa doctrine et à ses escripts, et oncques depuis ne voulut parler en laditte assemblée. De laquelle quand il fut sorly, oncques depuis n'y voulut rentrer, pour requestes et instances que les princes de son party luy feissent.

Ses frères prédicans et aullres huguenolz furent oultrageusement maris de ccsle confession et fort fincrépèrent. Lequel, en s'excusant au mieux qu'il peut, leur dist qu'il n'avoit sceu et ne luy fut possible de se garder d'ainsi dire, parce que telle esloil sa croyance touchant cest article et ce sacrement; et pour contenter ses gens, leur dist que telle sa confession n'estoit pour eux cause perdue, ni pour les papistes, car ainsi appelloienl-ilz les catholicqucs, cause gangnée. Et leiur bailla conseil de le désavouer en la poursuitte de la cause, et de fonder leur excuse sur une crainte que ledit lîèze avoit prinse d'avoir eu en ce jour-là la dispute avec le card. de Lorraine, et qui, plus que la raison, de ce faire Tavoil forcé, comme aussi l'y avoit obligé la présence du seigneur de Guise, cpii estoit là, doutant en soy que, s'il ne faisoit telle confession, mal luy en pourroit advenir. Ce que lesditz huguenotz feirent; lesquclz mirent en avant qu'à ceste convocation et concilie de Poissy les ministres et prédicans avoient bien envoyé la messe aval l'eaue de la rivière de Seine, pour s'aller noyer en la mer, n'eust esté le card. de Guise, et le duc de Guise, son frère, qui l'avoient repescliée.

Ceste confession du sacreuïent de l'autel ou de la cène ainsi faicte en une si célèbre assemblée, devant le roy, les gouverneurs et aiJtrcs princes qui furent tesmoings si ledit lîèze fut contrainct par aultre voye que la raison et argumens de laire telle confession, nonobstant l'excuse des aultres huguenotz, retira beaucoup de personnes à l'hérésie et faulse crédence dudit lièze et aultres ministres, lesquelles se réduisirent à l'église calholicque et creurent en icelle plus fermement que paravant. Entre les([uelles fut le roy de Navarre, qui, depuis ceste confession bézienne, ne voulut la dispute estre pom'suyvie

DE CLAUDE lUTON. Î75~

plus oultre sur les aulirc.s poiocU de !a confession des huguenots, et |561. bailla congé aux prélatz , évesques el docteurs de se retirer cpiaud boo lear senibleroil, en disant (lu'il avoit bien cognu que la religion prétendue par les huguenotz et mise en avant par les prédican.s n*ustoît qu'abus; et tout sur rbeure, de son propre mouveiuent, et sans en demander conseil à personne, envoya deux béraultz de la court à messieurs du parlement de Paris, pour leiu- cerliffier de la conlossion dudit iicEe , touchant le sacrement de l'autel, leur enjoignant qu'incontinent SCS lettres veues ilz feissent publier au Palais et par les carrefours de la ville de Paris, que la messe estoit une chose ordonnée de Dieu, et qu'en îcelle, soubz tes espèces du pain et du vin, consacrés par les prcbstres, le corps de Jésus-Christ estoit réellement et de faicl contenu, et qu'ainsi avoit il esté prouvé par la dispute K^icte au concilie de Poissy, ainsi que niesines l'avoient confessé les prédicans.

Messieurs de Paris, ayaus receu par le roy de Navarre les nouvelles de la victoire des prélatz contre les prédicans, ne faillirent de faire publier au Palais et par les carrefours des rues dudit Paris comment ik prédicans avoient esté coalrainctz par argumens et testes d'Escriturc saincte de confesser la réelle assistance du corps de Jésus- Christ au sacrement de Tautcl, que les catbolicques appellent la mcssu. De latpielle pubbcation moult finrent esjouys les cfilholicque» et dolens les buguenotz hérélïcques. Moult de personnes se relirérent alors de fhérésie el doctrine dcsditz prédicans et ministres.

Le roy de Navarre ayant veu que le fajct et dict des prédicans n'estoit qu'imposture et présauiption, les délaissa là pour tcU qu'île Gsloient' el voluuliers les eust faict chasser hors de France, n'eust esté le support qu'ilz avoient de la royne sa femme, de la royuu niére du roy el de nions, le prince de Condé, son frère, en faveur desquels les laissa là en France. Mons. le prince de Condé soUiciloit fort ledit aicur roy de Navarre et la royne mère qu'ilz aprouvasscot ot aulhori-

' La défection du roi de Navarre c«t an- Mneum ag cn(lo(|uo de Poi»»y. Voj. unr lMU«de1'lici>d. de Oétc à In niineile Na-

varre , «li il c*t ([uetUon de ncliB dWoïU'wn. 1&61, i3 mai. [Bihl. inip. C(itloc(. Dupu^r,

vul. 333.)

MEMOIIIES

J5Hf. sassenl la doclrine d'iceux prédlcans en France; mais n en voulut jamais rien faire ledit sieur roy de Navarre, lequel remit le tout au jugement des pères et évesques de toute la clirestienté, qui estoient assemblés au concilie général et universel en la ville de Trente, nn Allemagne, auxquelz envoya ladittc confession des prédicans, et tous les actes de la dispute de Poissy, pour en déterminer par eux ainsi qu'il/ jugeroient estre expédient selon la vérité. Il pareillement pria nions, le card. de Trivoulce, légat en France, d'escrire au pape tout ce qui avoit esté faict, géré et négotié , débattu et disputé, oppugné et confessé audit Poissy, entre les prélatz et docteurs de Téglise gallicane, par Texprcs commandement du roy, en vsa présence et en collo des princes. Et pour ce les maj estez franroysc et navarroisc prioient sa sainctc paternité de faire tenir la main à la détermination dudit concilie général de Trente, de si longtemps encommencé, pour mettre fin à tant d'hérésies et perverses doctrines, qui, par gens desbauchez de la vraye religion, sont esparses et semées par la clirestienté et principallement au royaume de France, et qu'en brief le roy et luy despeschcroient les cardinaux, archevesques et prélatz de France pour s'en aller audit concilie, sitost quilz sçauroient que les prélatz des aultres nations seroient mandés pour s'y trouver. Ce que feit ledit légat, qui en peu de jours eut response du pape et du debvoir qu'il feroit de poursuivre la décision dudit concilie en faveur desditz roys de France et de Navarre '.

' On trouve, à cet égard, dans lo volume 3c)() de In colJeclion Dupuy, à la Wibliothè(jue im]>ériale, une lellre adressée, \v. ::C) janvier î 50 1 ( 1 562 ) , par (lliarles IX î* M. de l'Isle, ambassadeur auprès du pape. Le roi repousse les bruits (jui ont couru contre lui; iJ anirmc que la reine mère, le roi delSavarre, îes princes et sei- IJjnenrs du sang n'ont pas voulu l'avoriser le^ liérétiques: (jue son seul but est de les •convertir: et il cite en preuve l'édit de juillet et l«» collofpic de Poissy. Il demande

la convocation dun concile et recommande « d'assurer le S'-Pèrc du soin qu'il c met à recliercber le bien et repos de « ses sujt'ts, sans qu'il y ait riens <{ui senir « la division et séparation du S^-Siégc, doni « on le veult soupçonner. « — Vov. aussi Letlrv de la reyne mère à M. Vcvcsquc de llcnnvSj du 2'i avril i5G2, nu sujet du concile générai et de l'assemblée destinée a mettre l'accord entre les religions et à pacifier les troubles du royaume (Bibl.

imp. Coll. Dupuy, vol. Sog), et Lettre du

DE CLAUDE IIATON. 175

Mons. le prince de Condé, voyant que le roy de Navarre avoit en J5()J mespris les prédicans et leur prétendue religion, le feit rcgangner par la royne mère du roy et la royne de Navarre, sa femme, grande huguenotte et de longtemps, et luy-mesme prince de Condé s'employa pour destourner ledit roy de Navarre de ne faire édict contraire à laditte prétendue religion et pour le banissement des prédicans, comme il en avoit Tintenlion, et à ces fins avoit faict assembler le conseil du roy, contre la volunté de la royne mère et dudit prince de Condé. Quoy voyant, ladite dame et le prince de Condé eurent recours à messieurs du conseil qui se sentoient de Thérésie et doctrine bézienne et aullres qui ne s'en sentoient, et les prièrent de ne rien déterminer touchant le faict de la religion, pour certaines raisons quilz leur feircnt entendre, mais do laisser le tout en suspens jusques à ung aultrc temps plus commode que cestuy de présent. Les gens du conseil estoient meslcz et choisis de phisieurs maisons et estoient partiaux, chascun d'eux soustenant et gratiffiant les princes desquelz ilz sVstoient rendus amys et serviteurs; aussi ilz furent fort divisez les ungs contre les aultres et s'y engendra une grande division entre le roy de Navarre et la rnyno mère, qui dura avec toute dissimulation jusques au jour du trespas dudit roy de Navarre, la mort duquel lut fort agréable à la royne mère. Et pour ceste fois ne fut rien ordonné. Combien que ledit sieur prince de Condé dcmandast et requist que; les presches qu'il appelloit églises, jà plantés par tous endroictz d(î la France et aultres qui se dresseroient es lieux où n'y en avoit poinct, fussent auclorisés, et que la prétendue nouvelle religion feust receue et approuvée en France, pour en tous lieux l'exercice d'icelle estre faict en toute seureté et pleine liberté, ceste rerpieste ne peult estre accordée par les conseillers catholicques qui tenoiont pour les roys et la religion catholicque. Le roy de Navarre, estant persuadé par sa femme, la royne mère et mons. le prince de Condé, de tolérer les prédicans et l'exercice de la prétendue nouvelle religion, conniva

cardinal de Lorrainv aux canlinaux, on il de convofiucr un concile national. fS<in« rend raison |ionr'iiioi II heiail iMTi'ssaiie dale. Jd. ibid.)

AQxdiU dames et prince et laissa le tout en tel estât qu*il e^toit, tolérant Icsditz prédicans et presclics mis sus de raùthorïté des htigueliolT. el lenant la coDtenance d'ung homme à qui il oe challoit comincnl le tout s'en allasl.

Ledit siciu' prince de Condé et la roync nit-re, auxquclz il laissa tout faire à leur voïunlé, remirent en peu de jours les prédicans et les luiguenotz en plus grande audace qu'ils u'cstoienl auparavant, tant à la court du roy ([ue par tout le royaume. Les princes et seiguf-'urs catbolicqucs se trouvèreol à h court en tel mespris qu'ilz f'urcul conlraioclz de s'en retirer, excepté le conncslablc : les sieurs princes de Montpencier, de Nemours, de Guise', d'Aunialle*. le iTiareschal de S'-André , s'en absentèrent , quand ili appcrccurent qu'on n'y vouloit plus d'eux. Par quoy ne demeura avec le roy et ses gouverneurs que les sieurs et dame» de la prétendue religion, qui fui occasion de remonster en orgueil incroiable les Imguenotî de la Trance. Toutes les charges et grandes affaires furent données A eux et à leurs fauteurs. Le gouvernement de la ville, prévosté et vicomte de Paris, avec l'Isle de Fiance, fut confié à mons. le niaresclial de Monmorency, tih aisné Hu connestahlr-'; duquel on n'eust sceu faire jugement s'il estoit calhohcque ou hérélicque, combien qu'on voyoil bien qu'il favorisoit plus lesdilz huguenotz hérélicques que les cathohcqnes. Les cathohcque*. , qui s'esloient tant resjouys de la victoire des prélat/ contre les prédicans, furent incontinent remis eu leurs tristesses par la publication des premiers édicté de liberté que l'on réitéroit par les villes avec cry public au son de la trompette de par le roy, par lesquclz toute permission estoit laissée auxditz hugiu;notz et toute crainte donnée aux catliulicques'. Hz hugueuotx,

■I Hisioiro coinprenanl en brief ce qui l'il udvcaii depuis le pBrloment des sieurs lie Guise, ranncstablc et outres de la court ■Miant à S'-Gcminin, jusipics à ce temps pr**coi. • i5Ga. (Màm. du CaniU, t. III, p. 187.} — Voy. de TIiiiu, Ui'loire nmr.

1 xxvni

' Claude de Lorraine, duc d'Auniaiq, naiiuîi en i5a3 ei uiourul m iSyS,

' François, due de MonUiinrincy, né en if>3o, mort en ib"}^.

* Perrenoi de ChanUitiiiii;r< ""il)»»»dciir d'Espagne, écrirait b Ptiilippe U, U {)>epiembro i56i :«Faicle»cumpUiqo'aa-

DE CLAUDE IIATON. 177

I tout cl partout s'efForçoient de provocquer à sédition contre eux 1501. isdïtz calhoIicqucK, par quoy reconiinenci-Tcnl par iu ruyatini" les sélîUons en plusieurs villes, des huguenolz contre les calholicque» et aes catholicijiics contre les hugiicnotz.

Pour auxtjuelles séditions éviter, fut faict ung édict ou bien fut en- ■ûyé ung maudcnicnt aux juges des villes au nom du roy, par lequel ( leur esloil ordonné de désarmer de toutes amies les catholicques Besdiucs villes , fusl de harquebuses, pistollcs, hallebardes, espieux, pertuisanes el de tous aultres basions, et de faire mettre icelles armes es maisons ou hosleb commungs desdiltes villes soubzja garde des procureur et esclievins d'icelles, et ce sous peine d'eslre rebelles ao roy cl punis corporelle m ont '. Et fallut que les pauvres catbolicques obéissent à ce commandement, mesmenient ceux de la ville de Paris. Les armes des bugneootz demeurèrent en leurs mains et possession, et ilz alloîent k leurs presches les pistolles es mains toutes bandées et cbai^êes, sans que les catboliques en eussent osé dire mot qu'ilit ne se fussent mis au bazard d'estre par eux battus; et estoientlesdlt» hugucnotz si audacieux qu'en allant el venant de lctU'5 prescbes ilz ne se feussent daigné destoumer de la voye d'homme qui fiist pour le

juiird'liui ce qui est loisible A Genèvo, tanl (juant aux presclies, adminiitralion (les sacremcns que clioses scmbblili;» . se jieul faire out^int iuipuiitîmcnl par IouIcp royaume [de France). conuneni,-ant d<S rfao»4«l lucsDio du ro^ ; et eal Ic^nu pour bc»tc (pli n'y fait du pi» f{u*)l peut. > ( Màm, A ComU, t. II, p. 17.) Catlierine de Mi^. di(à» envoya auprès de Philippe II Jacquc» de Monibcron . pour juitifier »n nonduilc. iVoy. lie Tl>ou, Hist. uniw. liv. XXVHl.}

' Pluxii-iirs ordonnances furvnt rendue»

lions le courant de l'année iSCi pour le ■natation de la {loix publi(]ue : ■ Lettre de i-a(Jicl du mj aux uiagiatratu des «illes de «un royaume, pour prendre garde qu'il ne aott faif^l «éditions aux procesHoni du S'-

Sacrement.* i56i. mai 3I1. {Mémoini dr Condé.tA\. p. 366,) — -Édit surinreii.

giuii, sur le moyeu de tonir le peuple en paix et sur la r^reision den ^t^lttioui. • i56i .juillet. (Isambert. Ree.dxt une toù /ranç. t. XIV, p 109.) — •Edildu rwy sur Ici faici de In police et rè{^em«til qu'il veut estre mis entre «es subjccis. • 1 56 1 , net. 1 U. {Mém. dft Candi, t. 11, p. fiao.) — > Ëdît pour remédier nuK trouble* et aur lu r<^' pruiîon di» .niklilieux. • 1 56 1 , itetobre au. [FonUnim. t. IV, p, a65.) — ■ Édit sur le port d'armes à feu. la veule de e«s armes cl les formalités à aui»re par le» fnbrîcjinls. .iSGi.oct.ai.fPonlnnon.t.I,

1561. laisser passer, ains quil falloil, sous peine d'eslre par eux battu et oullragé, se deslourner de devant eux plus habillement que devant un chien fol (;l enragé. Au retour de leurs presches, ilz alloient par les rues chanlani les j)salnies inarolicques et béziens, avec aultres rhansons scandaleuses contre Téglise catholicque et les sacremens d'icelle , pour provoc([uer les catliolicques et pour prendre occasion de frapper sus, si aulcun en vouloit dire quel([ue chose. Davantage, les jours de vendredv, de jeùn(î et karesujo , cheniinoient par les rues (^t se présentoient es places public([ues niangeans chair devant les catliolicques, les provocquant avec injures à sédition ou à leur dire quelque chose qui leur dépleust, aflin de les battre ou les accuser à justice» vl les faire emprisonner et punir par les juges de leur party. Ainsi fut faict h Jehan de Léans ol à Morice Gadineau de Provins, lesquel/ à diverses fois se trouvant fung après Taultre avec des huguenotz dudit Provins, qui faisoient et disoient telles insolences que dessus, mesdisnns de la messe et des aultres sacremens et mangeant chair public([uement avec injures poiu' provocquer les dessusnonunez, ceuv-ci estans maris de telle audace huguenoticque , ne se purent garder de les appeller huguenotz, héréticques et vivans comme chiens, sans leur faire aultre mal. Fut par h» bally dudit Provins, à la requeste (hi procureur du roy, informé contre eux; ilz furent prins prisonniers, on lit contre eux ])oursuite jusques à sentence diffamatoire, el ils furent condempnez à faire.» amende honorable à Dieu et justice, el aux despens, et déclarez séditieux contre les édictz du roy. Desquelles sentences appellcrent les cond(;mpnez pardevant messieurs de la court de parlement, qui les absolurent desdittes sentences et diriMil mal jugé et bien appelle; mais toutesfois les pauvres hommes ne fuient réconq^ensez de leurs despens, donmiages et intérestzet leur en cousta plus de chascun cent liv. t. Les catliolicques des villes de France, se» vovani désarnjez des armes de leurs maisons, entrèrent en ung plus grand doubte et soubron qu\'uq)aravant , et voyant les huguenotz armez avoir toujours la pistoHe au poing, ilz jugèrent lors qu'il estoil besoing de se donner garde», (»t que telles menées ne tendoient

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qu'à une rébellion contre le roy et le royaume et au saccagenient des villes. Et pour ce, les plus fins et rusez calholicques trouvèrent moyen de retirer leurs armes, pour les mettre en leurs maisons. Ceux qui ne les purent ravoir en acheplèrent s(»crètement d'aultres pour fortifier leurs maisons et pour s'en dcflendre quand il seroit besoing; ce qui n'arresta longtemps à advenir, ainsi qu il sera vou en f année prochainement venant.

Or en ceste année icy et tout à finslaut (p.ie les catholicqucs furent désarmez, advint une grande sédition par les huguonotz en la ville de Paris, le jour de S*-Jehan de Noël, dans féglise mons. S*- Médart, en ung des fauxbourgs, tout joignant la ville, assez près du lieu que fon appelle au Patriarche. Et fut icelle sédition faicte en la manière qui s'ensuit : les cathollcques de la paroisse S*-Médart \ après midy, se retirèrent en leur église, pour ouyr le sermon de la parolle de Dieu qui leur fut presché par ung docteur dudit Paris; fault entendre que, dans un jardin du lieu dit le Patriarche, avoient les huguenotz de Paris, de leur autorité, soubz fassurance et protection de mons. le prince de Condé, érigé ung presche pour faire fexercice de leur prétendue religion peu de temps après fadvénenjent du roy à la couronne, suyvant fédit de liberté donné par ses gouverneurs, et dans ce presche ilz s'assembloient par chascun jour (»t quand bon leur

' Voy. le Journal de BrusJart clans li\s Mémoires de Condé, l. I, j). 08; — Le Discours du saccag^emenl des éjçliscs catholiques, par (]1. de Saincles, fol. 48 r'*;

— De Thou, Ilist. universelle, I. .\X\ IIÏ:

— « Ilisloirc véritable de la mutinerie, tumulte et sédition fairte par les ]»rebslres de S'-NFédarl contre les lidéles, le samed\ XXVII* jour de décembre i50i » [Mvm. de Condé, t. II, p. r>4i ; v\ Archives curieuses dv l'hist. de France, i" série, l. I\. p. /|(j);

— «Lettres du rov et de la icvne mère au parlement de Paris, au *»uj('t du tumulte arrivé a la porte S' Antlioin<' decettiî

ville, et arrestz donnez par ceste cour par rapport à ce tumulte et à celui arrivé à S'-Méd;ird « (Archives curûeuses de l'hiitoirc de France, \^ série, t. IV, p. G7); — M Arrest du parlement de Paris, portant (pi'il sera lait une procession «générale pour l'expiation dv.s sacrilèges ccmunis par les bugucnol/. dans l'ei^lise de S*-Médard»' [Ihid. p. i)(j). — \'oy. aussi Mémoires de Condé, t. Il, p. ^yù(j\ t. 111, p. 1^9* 3 55 et -4<)5 ; — Mémoires de François Grin, manuscrits (liibl. imp. l'oiuls Saint - Victor, n" M>i(j) . fol 10 r'.

îr)()J. sembloil. Or advint-il que, ce jour de S -Jehan de Noël, ilz huguenots pleins d'orgueil et de présuniption, bien srachanl que les catholicqucs de ladille paroisse S*-Médarl s'assenibleiolent en leur église pour estre au sermon , se voulurcinl quant et quant assembler et à la mesme heure ou tost aj)rcs, allin do provoc(juer lesditz catholicques à leur faire ou dire qu(îl([ue chose qui leur dcspleust, pour faire sédition, comme ilz feireni, sans y estre j)rovocquez, sinon juslement, par lesditz catholicques. Les(juelz, aj)rès la lin du sermon faict par leur docteur, avant que de se retirer de ladille église, joinct aussi (|ue riieure ordinaire de chanter vesprcs estoit venue, qui estoit sur les deux heures après nildv, feirent sonner lesdiltes vespres avec les cloches, telle quest la manière des calholiccjues. Du son des([uelles cloches se scandalisèrent lesdilz huguenotz qui estoient à leurdit presche, et, pour le faire cesser, ilz envoyèrent quelcjues ungs de leur conjpagnie dire avec grandes menaces qu'on cessast de sonner lesdiltes cloches jusques après qu'ilz seroient partis de leurdit presche, qui ne seroit que sur les quatre heures du soir.

Les catholicques, ayans receu telles nouvelles, respondirent qu'ilz ne puuvoient lant attendre à chanter leurs vespres et qu'à quatre heures du soir seroil la nuict venue, cju'on ne verroit clair en leur église à les chanter, joinct aussi (jue Theure ordinaire et accouslumée en ce temps de les chanter par loutes les églises de Paris estoit Theure de deux heures, et pour ces causes ne voulurent cesser de sonner lesdiltes vespres une fois, deux fois cl Irois fois, selon leur manière accouslumée. Après que les huguenolz eurent ouy par leurs messagers la lesponse qu'avoient faicte les catholicques, ilz huguenotz, ouyant les cloches reconnnencer à sonner pour la seconde fois^ du conseil et licence de leur prédicant et ministre, s'eslevèrent en fureur, et ayans les armes au poing, comme g<ms folz el insensez, coururent d'une fureur et rage incroiable à laditte église, qu'ilz saccagèrent

' D'après lo récit de de Ihou, Uis vu- cnvovés pour prier le cure de iaire cesser llu)li(|ueN roiuiiiencereiil par uiassacrer un le J)ruil des cloclies de» dépules ([ue Uis proleslanl^i avideiit

entièrement, et fcirent ung meurtre en icelle des pauvres catholîcques 15G1 qu'ils y trouvèrent, fort cruel, inhumain et plus que barbare, sans pardonner aux qualitez des personnes, Age et sexe quel qu'il fust, mais se ruèrent sur les hommes, les femmes et les cnfans, sans s'enquérir qui en estoit ou n'en estoit pas. Ils trouvèrent le docteur qui avoit faict le sermon, qui estoît à deux genoux devant le grand autel de laditte église faisant sa prière, et ilz le tuèrent et le desmembrèrcnt en plusieurs pièces. Hz ne pardonnèrent à prcbstre ni clerc. Les hommes et jeunes gens des plus habilles se saidvèrent ainsi qu ilz purent, mais peu eschappèrent sans estre blessez. Il y en eut de morts et de blessez bien ung cent, la moytié desquelz furent tout morts. Après avoir meurtryenceste façon les pauvres brebis de la posture de Jésus-Christ, prindrent prisonniers blessez et non blessez tant cju'ilz en purent lier et prendre, et les menèrent es prisons du Chastelet grand et petit, de la Conciergerie, du Four-l'évesque , et aultres prisons do Paris, les traisnant par les rues comme bestes qu'on mène à la voyrie, criant et hurlant ainsi qu'hommes hors du sens, csquelles prisons furent les pauvres calholicques fort tourmentez et estroictenjent resserrez pour quelques jours, jusques ad ce que la court de parlement y eust mis la main. Plusieurs bhîssez y moururent faulte d'estn» pansez et habillez. Le chevalier du guet dudit Paris, nommé Gabaston, garde desditz huguenotz, feit le pis auxditz catholicques, en les emprisonnant, massacrant, et appellant, conmie aussi faisoient Icsditz huguenotz, séditieux, crimineux de lèze-majesté et infracteurs des édictz du roy. Hz huguenotz, non contens du saccagement et meurtre faict aux personnes, saccagèrent quant et quant laditte église, rompant les ymages, les verrières, les bans et sièges, le sainct cyboire, jettant le corps de Jésus-Christ et saint sacrement de l'autel aux chiens, montant des piedz dessus et disant milles injures contre Thonneur de Dieu, Jésus-Christ et son Eglise; rompirent pareillement tous les livres qui estoient en icelle et les déchirèrent en plusieurs pièces, et si menu qu'il ne fut jamais possible de l(\s refaire ni de s'en servir. Hz pillèrent le hnge, les ornemens, les joyaux d'icelle, croix, ralliées.

W2 MKMOJRES

I56L chappes et aulires meubles, et pour bailler nieilleuj' courage aux saccageurs, ilGabaston, avec son cheval tout armé à blanc, cryoit à haulte voix en vulgaire de gascon corrompu par telz motz : « Pilla tout, pilla tout! a et sans porter honneiu' à Dieu, à ses saintz, ni au lieu sacré, entra en icelle église avec son cheval jusques au grand autel. Hz rompirent les fons en plusieurs pièces et Tung d'entre eux fait son aysemenl de nature et ordure dedans le bassin où estoit Teau béniste. Du cresme et des saincles huilles en gressérent leurs soulliers, et, pour conclure briesvement, ne demoura rien d'entier en laditte église que les murailles et la couverture.

Non conlens d'avoir meurtry les paroissiens et saccagé Téglisc (hidit S'-Médart, eschauffez comnjc lions couroucez, les armes au poing, coururent par les rues dudit Paris, frappant et massacrant ceux qui ne se dcstournoyent de leur voyc cl criant à haulte voix : « l'Evangile! vive; TEvangile ! « et ruèrent plusieurs personnes par terre depuis laditte églis(» S^-Médarl jusques à la porte de S'-Anthoine, où ilz feirent leur course pour anoncer aux frères de leur évangile qui estoient au lieu de Popincouil le sacrilice qu ilz venoient de faire. Et n'y eut personne pour ce jour par la ville de Paris qui leur résistast en sorte du monde, mais au contraire chascun senfuyoit devant eux comme on feroit devant des chiens folz, et tant fallut qu'on leur résistast, mais (Micorcs n'eusl-on osé rien dire devant eux qui les courroussast, à peine d'estre tué et mis par eux sur le carreau. 11 advint à une honeste dame, femme d'ung appoticaire dudit Paris, estant en sa boticque et ouvroir, de dire par grande compassion qu'elle avoit des pauvres catholiques blessez et à demy morts qu'elle voyoit traisner par les rues en prison par lesdilz huguenotz qui les battoient et mutilloient, te!z molz : «Mon Dieu, voycy une grand(» pitié! Ne a-il poinct d'ordre en la ville de Paris. ^ Voylà une grande cruauté! » Lesquelles paroUes <»ntendues par les lions huguenotz eschaulfez, entrèrent en laditte boticque, où ils tuèrent laditte dame et pillèrent ce qu'ilz voulurent d'icelle boticque, en renversant les boisles et drogues par terre et emniy la rue, et n'eust esté la nuict qui survint incontinent, ilz hugue-

nolii s'estaiis tous alliez ensemble eussent saccagé laditte ville ile Paris, MUS Bultre difTicuké. De laquelle sédition, meurtre et saccagcment furent advouez iesditz Imgueuotz par ta royne mère et les gouverneurs du royaume, tt le tort fut donné auï calholiques, (jui furent appeliez séditieux el rebelles aux éditz du roy, et fut par eux dict qu'on leur rBisoÎL trop de grâce do ce qu'on ne les pendoit au gifabet, ce qiie je croy qu'iU eussent esté , u'eust esté la pitié qu'en eurent les messieurs présidens et conseillers catholicques de la court de Parlement, qui y meireot ta main, pour en informer; auxquclz toutesfois fut deffendu de par le roy de n'en faire auicune instance nt poursuïtle contre iceux huguenotz; quoy veu par eux, feirent ouvrir les prisons aux catholicques pour eu sortir et s'en aller eu leurs maisons.

Ce saccagement demeuré impugni feit baulser le courage des huguenotz, tant en la ville de Paris <£ue par le royaume et en devindrcnl plus orgueilleux et audacieux de la moytié, de sorte que nul oatbolicque, par les villes et par les champs, n'eust osé bonnement lever l'œil devant eux, tant feust-il noble, voire prince, qu'il ne feust CD danger de la vie et d'estre saccagé , comme il sera veu par ci-après en ta personne de inons. de Guise par les hugucnolz de Vassy. Et fut bc5oing auxdilz catholicques de France d'estre plus ou aultant patiens que pauvres brebis qu'on tue à la boucherie, parcequ'iiz n'avoient aulcun support du roy à cause de son bas âge, el encorcs moings des gouverneurs le roy do Navarre et la royne mère, lequel roy de Navaire, pour l'amour du prince de Condé, son frère, coimivoit A toute impiété buguenoticque et oppression des catholicques.

Messieurs de la ville de Paris, après avoir veu fomolion hugucnnticque de toui- ville, advisèrent àse donner garde d'estre saccagez . et au moyen de se fortifier contre tesditz huguenotz; dz remunirenl leurs maisons d'armes, pour se rendre furtz et pour se delfendre si besoing leur on esloit, et concluront qu'il leur csloit nécessaire de s'allier de quelques princes et grands seigneurs catliolîcqncs, pour les supporter, tant envers le roy que les gouverneurs du royaume, el aussi pour tes dcll'cndre contre lesditz huguenotz, qui nionopoloient

el conspiroient le saccagcment de laditte ville et du royaume de France. Pourauxquck maux pourvoir el i^vilcr, ilz cscrlvircnl à inons. de Guise el au mareschal de S'-André le plus secrettenient que faire le purent, qui esloietil hors de ia court, el s'estoieul relirez en leurs maisons pour estre en meilleure setu-eté de leurs personnes, et Uz les prièrent de se rendre en la ville de Paris pour les secourir, quand hesoingen seroit, et pour les relever de l'oppression que leur faisott leur gouverneur, qui estoit nions, le mareschal de Monmorancy, lequel, encore» qu'il ne se feust déclare Uugucuot, en tout cl partout les supportoit et les catholicqucs foulloit. Oesquelz de Guise et mareschal de S'-Andi'é eurent response fort consûlalive et pleJue de honne espérance et de conseil du moyen qu'il»; dévoient tenir pour se rcudru en meilleure seurcté contre lesdilz liugucnolï.

Par ce que nous avous parlé de Gahaslon, chevalier du guel de Paris, qui s'estoit trouvé au saccagement de l'église S'-Médart, fault , entendre que , par le moyen de nions, le prince de Condé, les huguenotz ayans faict advouer leurs presches par les gouverneurs, obtindrent (piant et quant ung mandement desditz gouverneurs souliz le nom et auctorilé du roy, adressant aux lieutenans du guet, aux prévostz des niareschaux , lieutenans criniinelz de courte robe et à leurs aichers, sergcns et juges des lieux, pour aller garder les prédicans et buguonotz, avec port d'armes, quand Hz estoient k leur prcsche et faisoienl l'exercice de leur prétendue religion, de peur que les cathohcques ne se jettassenl sur eux et les envahissent, el pour empescher les séditions que les ca'lholicques eussent peu faire sur eux'. Toutesfois, combien quilz huguenot» eussent obtenu ce mandement, ' i)id juge ni officier de la qualité que dessus n'y voulut assister, s'il n'HSloil de la mesme prétendue religion, comme estoit ledit Gabaslon, el pour ce advenoil que les séditions que les cadiolicques eussent

' S'pgit-il ici de la dédnration du 17 janvier i5(ii (ibfia) sur In répression de» Inmbitts në:i a l'occHiion du In rdigion réfnriiiée? (Isumbcrl. R«««7 des ancimnn

loù françaisM , l. XIV. p. laû.) CcUi* f donnanco oblige, non pat lc« magistral» 1 il garder le» prtclios, m»h le* pmtestaais J asscnibU^s à recevoir lu* oHîcien du roL

DE CLAUDE IIAÏON. 185

peu faire contre lesditz buguenolz esloieiit cnipcschées par les susdilz ifif)!. gardes, qui estoient es environs de la trouppe huguenot Icque, montez à cheval et armez de toutes pièces jus(|ues aux dens, durant rexerclce de iaditie prétendue religion; mais lelz n'empesclioienl les sédilions qu^iiz huguenotz vouloienl et avoient machiné contre les catholicques qu^iiz appelloienl papistes, ains leur aydoient à tuer, saccager, massacrer et voiler lesditz papistes catholicques.

\ cause de laditte sédition de Paris et du saccageaient de Téglise S-Médart et aultres lieux par les villes de France, fut rassenihlé le conseil du roy encores une fois à S'-Germain-en-Laye, pour pourvoir à empescher lesdittes séditions. Auquel conseil furent mandés et appeliez plusieurs princes et seigneurs officiers de la couronne, comme on avoit faict pour le collocque de Poissy, et fut ledit conseil assemblé au moys de janvier de cesle j)résente année \ où la cause des ungs et des aultres, c'est-à-dire des catliolicques papistes et des huguenotz héréticques fut bien débattue et deffendue de part et d'aultre par les princes et seigneurs d(^ Tune et de faultre religion. Enlin, il fut dicl et an'esté par les gouverneurs, qui tenoient du tout bon et estoient du costé desditz héréticques à cause du princcî de Coudé, que les deux religions seroient tolérées en France, et qu'il seroit permis à toutes personnes, de quelque qualité et condition qu'elles fussent , de vivre (»n celle qu'elles voiddroient, sans s'injurier ni provocquer les unes les aultres à courroux ni sédition, en s'entre-appellant papistes, papaux, héréticques ni huguenotz; ains que tous eussent à vivre en paix et amitié les ungs avec les aultres comnie frères et bons citoyens, sous peine aux contrevenans de pugnition corporelle. Permission à ceux de laditte religion prétendue de faire en tous lieux de ce royaume, tant es villes que villages, fexercice de religion en public ou en secret, feust en preschanl et annonçant la paroUe de Dieu par leurs ministres, qu'en administrant les sacrenu^ns d'icelle, aussi d'imprimer ou faire

' Voyez une lettre de : «Il card. di Fer- nn. alli 12 di rel)braio iSGa. » (Bil>l. inij». rara , legalo apostolico in Francia , al card. Suppl. franc, n" a 1 5. fol. 44 v".) Voy. aussi Borronico, ni|ji)le di papa. Di San Germa- au loi. 50 >'' du nicnie volume.

1561. imprimer, vendre el exposer en vente en lieux publicqz tous livres enseignans la doctrine d'icelle nouvelle religion; deffense à toutes personnes, tant justiciers que aultres du royaume, de quelque qualité qu ilz fussent , de ne les empesclier ni retarder en quelque manière que ce fust, directement ni indirectement, ains de leur bailler confort et ayde s'ilz en estoient requis. Voylà en sommaire ce que contenoit redit que les huguenotz ont tousjours appelle Tédit de janvier, et duquel ilz ont tousjours voulu jouyr'.

Cet édict ainsi faict par le roy et ses gouverneurs fut envoyé à messieurs de la justice du parlement de Paris, pour Thomologuer, publier et enregistrer en leur court; lesquelz, après l'avoir veu, refusèrent de le recepvoir et bomologuer, d'aultant qu'il estoit au dommage du roy et du repos public du royaume, contraire à la foy catholicque, et au mespris de l'honneur de Dieu et de son Eglise; parquoy le solliciteur pour les huguenotz retourna à nions, le prince de Condé et aux gouverneurs, cpii luy baillèrent lettres de jussion comminatoires adressantes auxditz sieurs de laditte court, pour les contraindre à le recepvoir, homologuer et faire publier. Lesquelz pour ce n'en voulurent rien faire, et ainsi s'en rentourna le messager auxditz gouverneurs, leur annoncer le refus faict par lesditz sieurs; duquel refus moult furent indignez et courroucez les gouverneurs et nommément la royne mère du roy, laquelle, en sa colère et fureur, monta à cheval audit S*-Germain-en-Laye, et courut la poste jusques à Paris, et à peu tînt qu'elle ne montast avec son cheval jusques dans le Palais

* « Déclara lion sur la répression des troubles nés à Toccasion de la religion réformée. » i56i (i5G2), 17 janvier. (Isamberl, Rec. des anciennes lois franc, l. XIV, p. 124.) — « Remonslrances faicles au roy de France par MM. de la court de parlement de Paris , sur la publication de Tédil de janvier. i56i (loGa)», 12 février. (Mémoires de Condé, t. III, p. 43.) — « Déclaralion interprétative de Tordonnanco de jan-

vier. i56i (i56v),» i4 février. — «Lettres de jussion au parlement de Paris, pour enregistrer les actes du 1 7 janvier et du i4 février. i56i (iBGa), i4 février. » — « Déclaration faicte par les ministres el députez des églises de France sur Texé-

cution et observance des principales clauses de l'édict faict par le roy le 1 7 de janvier i56i.p (Mém. de Condé, t. III, p. gS el «iuiv. )

et chambre dorée, pour mieux monstrer de quel désir elle, par puis- 15()1 sance absolue, vouloil cestuy édicl estre enregistré, gardé et en tout et partout observé. Laquelle, n'estant refroidie de sa colère, estant entrée en la chambre avec messieurs les conseillers et présidens, commença à plaider et crier après eux comme femmes font quand elles sont courroucées, injuriant et menaçant lesditz sieurs de parlement au possible; lesquelz, après l'avoir patiemment et sagement ouye, cuydèrcnt luy faire les remonstranccs du mal et dommage que pourteroit cestuy édict au roy son fdz et au royaume, comment aussi il estoit faict au déshonneur de Dieu et de la saincte église son espouse et contre le repos public du royaume, et que pour ces causes ilz ne pouvoient et ne debvoient le recepvoir, homologuer ni enregistrer. Lesquelles remonstranccs et aultres sur ce ne voulut ouyr laditte dame, ains, persévérant en ses menaces, elle voulut et ordonna formellemeni qu'il feust receu, homologué et enregistré. Ce que voyant, le premier président de laditte court se leva , et en s'en allant luy dist telz motz : « Madame, vous et voz enfans vous en repentirez les premiers; c'est le • moyen devons et eux faire perdre la couronne et royaume de France, « si aultre que vous ne s'en mesle. » Ce dit, sortit hors de la chambre, et s'en alla fort fasché en sa maison. Aultres desditz présidens et conseillers feirent le semblable, et ne demeura avec laditte dame que les conseillers par elle intimidez pour ses menaces, et ceux qui estoienl bien ayses dudit édict et qui sentoient la farine huguenoticque; auxquelz, tant aux ungs qu'aux aultres, elle commanda, sous peine d'estre pugnis comme séditieux et rebelles au roy, de l'homologuer, enregistrer et pubher, ce cju'ilz promirent de faire. Parlant laditte dame s'en retourna à la court, dire à son amy mons. le prince de Condé le debvoir qu'elle avoit faict pour l'amour de luy.

Messieurs de la court de parlement estans rassemblés au lendemain en la chambre, à cause des menaces et connnandemens à eux faictz, vacquèrent à l'homologation dudit édict, auquel ilz adjoustèrent telz mots qui s'ensuyvent : « Publié , leu et enregistré en nostrc court de parlement de Paris, par l'importunité de ceux de la nouvelle

1501. prétendue religion réformée, et ce par provision, en attendant la majorité du roy, pour aultremcnit en ordonner, ainsi qnil sera advisé par son conseil. » Lesquelz molz d'addition moult desplurent auxditz gouverneurs c\ Iiugiienotz de France; toutesfois Fédit demeura en ceste forme.

Si tost que Icsdilz sieurs de parlement curenl homologué et em'egislré iceluy édict, fut sur l'heure puhlié en leur court, dans le Palais el par les carrefours de la ville ducht Paris, et par le solliciteur des huguenot/ eiivoyé aux aultres parlenjcns et à toutes les villes de France, pour (»slre enregistré, leu et puhhé en icelles, ce qui fut faict fort diligemment, excepté en la ville et parlement de Thoulouse. Là, ledit édict ne feut admis ni enregistré, mais fut par les sieiws président et conseillers renversé , et dirent que : sur les plainctes, remonstrances et doléances faictes de ce que plusieurs séditieux et perlurhateurs du royaume de France et du repos pul)lic, souhz le nom et couleur de nouvelle prétendue religion, tenoient des assemblées puhhcques et secrettes pour faire exercice d'icelle, et par ce moyen empesclïoient le repos public, trouhloient la religion catholicque, apostoiicque et romaine, renversoient toutes loix civiles et divines, corrunq)oienl les bonnes mœurs et anciennes disciplines, desbauchant toutes personnes de toutes qualité/, âges et sexes, pour ces causes et aidtres à ce mouvans, deffenses estoient faictes de par le roy auxditz de la nouvelle religion prétendue de ne s'assembler pour faire exercice d'icelle religion, directement ni indirectement, sous peine de la vie, de ne troubler ni empescher, ni aussi injurier les catholicques ni le service divin, et ce par provision, en attendant la majorité du roy, qui enordonneroit ce qu'il adviseroit avec son conseil. Et feut cestuy édict publié audit Thoulouse et par toutes les villes du ressort de son parlement, et fallut que les huguenotz du pays le gardassent, encores que ce feust malgré eux, jusques en l'an i563 que le roy se transporta en personne au pays, en faisant la visitation de son royauuje, et permist des presches en certains lieux dudit pays et non par tout, connue il y avoit en ce pays icy.

DE CLAUDE IIAÏON. 189

Après la publication cludit édict de janvier faicte par toutes les 1501. villes et bailliages de France, excepté audit parlement et ressort de Thoulouse, prescli es furent dressez par tout où il y avoit des huguenotz en nombre pour entretenir des ministres et prédican:?. Il y avoit presse à les aller escouter, et pour ung huguenot qui estoit en France s'en feit six, tant pour la liberté de conscience cju enseignoient lesditz prédicans, que pour la faveur qu'on leur portoit et le J)on recueil qu'on leur faisoit, mesmement les gentilshommes et justiciers, lesquelz, encores qu'ilz fussent habillez richement, faisoicnt place auprès d'eux aux artisans de tous mestiers et les importunoient, feussentilz porchers et vachers, de s'asseoir auprès d'eux, avec leurs guesdrus et habitz de tiretaine ettreshs, et, pour leur donner courage de retourner, leur bailloient à boire du vin en tasses d'argent et à manger des meilleures viandes qu'ilz eussent gX qu'ilz pourtoient aux presches, lesquelz ordinairement ne se faisoient que environ l'heure de miily et après desjeusner. Et furent ceste friandie et bon accueil causes d'<»n faire arrester beaucoup ; aultres, quand ilz eurent veu qui et quoy, s'en retirèrent et n'y voulurent plus aller.

Ceux de la ville de Provins pour ceste année n'eurent moyen de dresser ung presche public ni d'entretenir ung prédicant en leur ville, pour le petit nombre qu'ils estoient et pour la craincte (ju'ilz avoient de mons. de Guise; mais alloient au presche es maisons des gentilshommes les sieurs de S*-Symon, seigneur de Chantalous, et d'Esternay, seigneur de la Motte-Tilly-lez-Nogent, comme faisoient ceux des villes de Bray, Nogent et Pons-sur-Seine. Hz de Provins s'assembloient quelques fois au soir ou de jour es maisons des Barengeons, mais non publicquement, de peur d'estre saccagez.

Les huguenotz de la ville de Sens et des environs érigèrent ung presche hors de leur ville et fauxbourgs , pour faire l'exercice de leur ditte religion, et obtindrent lettres de sauvegarde pour leur assistance audit presche, et, pour y estre en plus grande seureté, feirent venir audit Sens mig capitaine gascon avec quelques gens pour les veiller et garder durant qu'ilz seroient audit presche. Il se trouva audit Sens

1561. assez grand nombre de hugiienotz, tant de la ville que des petites villaces des environs, et taschoient à se prévaloir de laditte ville de Sens, pour s'en saisir quand il seroit temps, et pour la saccager et piller, à cause des grans trésors qui sont tant en la grande église qu es monastères d'icelle, et n'attendoient que le mot du guet des protecteurs de leur prétendue religion et chefz de la convocation. Or advint-il en ung certain jour et moys de ceste présente année que je ne puis colter, pour ne m'en estre voulu informer, que les catholicques de la ville firent une procession généralle à ung dimanche, et allèrent en l'église de mons. S* Savinicn, pour là prier Dieu, ouyr sa sainctc parolle, qui y fust catbolicqucment preschée par ung prescheur cordelicr ou jacobin, et aussi y ouyr la messe qui y fut chantée, le tout en bonne dévotion. De laquelle dévotion et procession fiu'ent indignez et marris les hugnenotz de la ville, Icsquelz, pour disputer et esmouvoirà sédition lesditz catholicques, voulurent à telle heure faire et aller à leur presche, et advisèrent de passer par le milieu des catholicques estans à laditte procession, qu'ilz, suyvant leur coustume, injurièrent en les appelant papistes, tisons du purgatoire du pape, idolâtres et pauvres gens aveuglez et lourdement abusez par les raffars de prebstres, et plusieurs aultres injiu'es; desquelles injiu'es pour la première fois ne se soulcièrent pas beaucoup lesditz catholicques. Ce que voyans iceux huguenotz et poursuyvans leurs injures, s'approchèrent, en passant par la rue, d'aucuns catholicques, qu'ilz poulsèrent avec les bras et espaules fort rudement , jusques à faire tomber quelques ungs par terre; et fut ce cause de esmouvoir les catholiques qui estoient présens à veoir ceste audacieuse entreprinse, lesquelz, avec paroUes rudes, s'attacquèrent auxditz huguenotz et leur I endirent injure pour injure , et fut dès lors commencée la sédition. Toutesfois, pour ceste première entrée, n'y eut aulcuns coups donnez de la part des catholicques, qui n'avoient que leurs livres ou heures en leurs mains, tandis que les huguenotz avoient des pistolles, tous prestz à tirer, si lesditz catholicques se fussent revanchez. La procession ne cessa pour ce d'aller son train par les rues et de suyvre

les prebstres qui marchoient tousjours cliantans. Ce jour- là csloient 1501 arrivez audit Sens plusieurs hommes et femmes des villages d'alentour en pèlerinage , pour faire leurs prières et dévotion es églises dudit lieu, qui veirent une partie de l'audace desditz huguenotz, et indignez de ce ne demandèrent, comme aussi ne faisoient plusieurs personnes de la ville, quà se ruer sur eux pour les exterminer, i.a procession catholicque arrivée en ladittc église nions. S^ Savinien, et celle des huguenotz héréticques à leur presche, qui n'esloient trop loing les ungs des aultres, fut le sermon faict aux catholicques par leur docteur, et le presche faict aux héréticques par leur prédicant et ministre. Lequel prédicant, comme fut rapporté par quelques curieux qui se disoient encores catholicques, et qui avoient esté au commencement de son presche, incitoit fort ses huguenotz auditeurs à sédition contre les catholicques, jusques à dire que d'exterminer ceste vermine papalle scroit ung grand sacrifice faict à Dieu, en mesdisant de toutes les cérémonies de l'éghse desdils catholicques, qu'il appelloit papistes, et de leur dittc procession.

Le prédicateur desditz catholicques n'en disoit giières moins à ses auditeurs que le ministre des huguenotz, non toutesfois qu'il les enseignast ni incitast à se jetter sur lesditz héréticques, ains, en leur defiendant les séditions, les exhortoit à estre patiens en la delïence de Téglise catholicque de Jésus-Christ, comme avoient été mons. S* Savinian et ses compaignons à la planter audit Sens; lequel S' Savinian avec ses compaignons avoient esté envoyez de Rome audit Sens

par le prince et chef des apostres, mons. S' Pierre, pour y prescher

et annoncer le sainct Evangille de Jésus-Christ, non avec la pistoUe, la haulte harquebuse, ni aultres armes invasives, non avec injures, menaces ni mocquerics comme faisoient les huguenotz, mais avec toute modestie, humihté et patience, confinnant leur doctrine par miracles, exercice de toute piété et exemple de toutes bonnes mœurs , sans faire sédition, ni provocquer aulcun à courroux, comme faisoient iceux huguenotz, tant de leur ville que les aultres qui estoient par la France. Toutesfois, advisoit ses auditeurs d'une chose, qui esloit

15f)l. d'estre vigilans et provides pour se donner garde d'estre surprins et saccagez par iceux huguenotz ; remettant devant leurs yeux et en leur mémoire les séditions jà advenues en certains lieux et villes du royaume et nommément en la ville de Paris, capitale de toute la France, et du saccagement de l'église mons. S* Médart d'icelle; les exhortant qu'en ceste procession et assemblée ilz priassent Dieu pour la manutention de l'Eglise universelle, espouse de Jésus-Christ, du petit roy et du royaume; lesquclz Eglise de Jésus-Christ, roy et royaume estoient en grand hasard d'estre en brief saccagez, perdus et ruynez, si Dieu n'en prenoit pitié meilleure et plus grande que les gouverneurs d'iceux.

Les prédicateurs des catholiques, comme prophètes de Dieu, ont eu leurs sermons toujours prédit et prêché à haute voix les séditions et subversions de toutes choses en brief devoir advenir en la France contre TEglise, le roi et le royaume par les huguenots.

Cependant que le prédicateur catholicque de Sens admonestoit ses auditeurs à se donner garde d'eslre surprins et saccagez en toute patience et modestie, sans faire sédition ni émotion, si ce n'estoil pour se deffendre; et aussi que le ministre prédlcant enhardissoit et encourageoit les siens à toute hostillité et saccagement, soubz le nom de piété et de sacrifice parfait; tout en ung moment, sans y penser, furent assaillis en leurs presches par gens incognus des villages et faulxbourgs, qui, si vivement se ruèrent sur eux à coups de pierres et de bastons, comme pieux de hayes et leviers, qu'ilz huguenotz n'eurent le loysir de mettre à heiue la main à leurs pistolles et harquebuses les premiers. Lesquelz, cstans surprins, n'ayans ce jour-là leur capitaine gascon et ses gens à leur garde, fut la meslée fort grande au désavantage du prédicant et de ses audacieux huguenotz , qui en assez bon nombre furent sur le champ tuez et leur halle abattue et du tout ruynée en moings de demy-heure, sans y demeurer bois entier couché ni debout; et fut ce faict pendant que les catholicques estoient au sermon et messe de leur procession; lesquelz.

en s'en retournant de laditte procession, veirent la sédition qui estoît 1561. en leur ville, les rues pleines de gens tout en fureur, courans les ungs sur les aultres. Et advint que les huguenotz qui s'estoient saulvez de leur presche à la fuitte, ayans moyen de bander leurs pistoUes et harquebuses, les deslâchèrent par les rues sur lesditz catholicques , aijdcuns desquelz furent blessez : qui fut cause d'empirer la sédition; car les catholicques, se voyans attaquez, s'employèrent pour leur deffense, et fut le reste du temps la journée si furieuse qu'audit Sens ne demeura nid huguenot, que ceux qui eurent le moyen de se bien celer et cacher; et estoit mons. le huguenot bien heureux qui pouvoit gagner la maison de quelque prebstre son amy pour s'y saulver. Le meurtre fut grand desditz huguenotz, et ne fut pardonné qu'à ceux qu'on ne peut avoir, sans distinction d'homme, de femme, de prebstre, nioyne ni clerc. Mais il ne fut point faict de mal à leurs petits enfans, excepté à ung, qui fut tué entre les bras d'ung advocat nommé maistre Jehan Haton, et qui receut le coup qu'on pensoit donner à son père. La mort du petit enfant saulva la vie au père , qui cschappa de laditte sédition et ne fut tué, par le moyen de ses parens et amys catholicques, qui le saulvèrent en le recelant en leurs maisons, jusques après la sédition cessée et appaisée. Il se trouva plusieurs prebstres et moynes, nommément de l'abbaye de S'-Jehan, morts et traisnez en la rivière d'Yonne, qui furent trouvez et tenus huguenotz. Maistre Mathieu de Charlemaison, doyen de l'église dudit Sens, et grand vicaire de l'archevesque, eschappa de laditte sédition, à cause de son absence, car audit Sens estoit estimé comme huguenot, et si à la chaulde eust esté trouvé, il feust allé évitailler les poissons de la rivière d'Yonne comme les aultres. Le massacre fut grand, et si n'a-on peu sçavoir par qui. Sur le soir arriva en la ville mons. le gascon, capitaine et garde des huguenotz sénonois , revenant de Troye en Champaigne , où il estoit allé veoir les frères huguenotz dudit lieu et monopoler avec eux. Sur les chemins il avoit esté adverty du massacre faict à ses subjectz; lui et ses gens voulurent faire vengeance de leurs ministre et frères, ruant à grands coups de pistolles et autres bastons sur ceux qu'ilz trouvèrent

1561. encores par les rues, sans s'enquérir qui ne quoy. Mais iiz n^allèrent loing sans estre chargez et mis par terre de dessus leurs chevaux, et il ne leur fut faict pardon, non plus qu'au prédicant. Il gascon , à demy mort, fut prins par les enfans dudit Sens après qu'il fut abattu de dessus son cheval, auquel meirent une corde en ung de ses pieds et jambes et le traisnèrent par les rues de carrefour en carrefour, faisant le ban et cry, en disant: «Gardez bien voz pourceaux, nous tenons le porcher. » Et à chascun carrefour faisoient du feu de feurre sur son corps pour le brusler. Hz appelloient ledit capitaine le porcher, et les huguenotz de Sens les pourceaux, d'aultant que leur presche estoit dans le marché aux pourceaux. Hz enfans, après avoir bien traisné et pourmcné ledit capitaine par les rues, l'allèrent jetter avec ses aultres pourceaux en la rivière d'Yonne. Ce pendant la nuict vint, qui imposa silence à la fureur, et au lendemain, en la ville de Sens ne se trouva homme, tant fust-il audacieux ni hardy, qui s'osast présenter par les rues et dire qu'il fust huguenot'.

^ Le massacre de Sens esl raconté ici avant celui de Vassv, mais en réalité il n'eut lieu qu'après, au milieu d'avril 1 562. D'après un pamphlet du temps (Mém. de Condë, t. III, p. 187), il dura deux jours; selon d'autres écrits contemporains , il se prolongea pendant quatre et même pendant neuf jours [Ibid. p. 433 et 36o). De Tliou en a dit quelques mots dans son Histoire universelle, liv. XXIX. On crut que le cardinal de Guise , alors archevêque de Sens , en avait été informé ; quelques personnes l'imputèrent au maréchal de Saint-André, qui résidait alors à son château de Vallery. Voici ce qu'on lit dans une lettre des ministres protestants du i mai 1 562 ( Mém. de Condé, t. III, p. 433) : « La cruauté commise à Sens a esté telle, que quatre jours entiers ont esté consumez à meurtrir et massacrer tant houunes, femmes, que petits enfans; le massacre ayant esté si grand et

horrible , que encores maintenant à Paris , distant de Sens environ vingt lieues, on voit en grand nombre les corps mortz jetez au rivage de Seine par les flotz d'icelle, comme s'ilz requéroient sépulture, ou reproclioient aux Guisars leur cruaullé, ou reprochoient plus tost vengeance de Dieu et des hommes, ou sentoient plus tost une punition de Dieu et des hommes. » — «Où sont, est-il dit dans une remonstrance au roy sur le faict des idoles abattues et dcjelées hors des temples [Mém. de Condé, t. m, p. 36o), où sont les malsons forcées, rompues, brisées, saccagées et bruslées ? Que deviendront les entreprinses de couper la gorge en une nuict à tous les chrestiens? Où sont les meurtres, les boucheries des hommes passez au fil de l'espée par l'espace de neuf jours en la ville de Sens; voire jusques à fendre et ouvrir les femmes grosses pleines de vie ? Quels noms

DE CLAUDE IIATON.

Les huguenotz qiil eschappèrent de ladilte sédition furent fort di- 1501 ligens de s'aller plaindre aux gouverneurs, lesquelz ne furent paresseux de discerner une commission et ung commissaire huguenot, qui , pour lors estoit le prévost de Thostcl, pour informer contre les habitans dudit Sens, en intention de les bien chastier. Mais lesditz habitans furent si bien instruictz de leur faict, que oncques ne fut possible de sçavoir à qui s'en prendre, ne qui avoient esté ceux cjui «voient commencé la sédition sur lesditz huguenotz estans à leur presche. Bien fut prouvé qu ilz huguenotz avoient les premiers provoqué les catholiques, en les troublant et injurieusement poulsant, pendant qu'ilz estoient en leur procession; et aultre chose n'en fut, combien que du costé des catholicques fut par lesditz huguenotz accusé un jeune advocat nommé Brasart, contre lequel fut informé et faict quelque petite poursuitte qui ne fut sudisanle pour h» convaincre du faict. Toutesfois, pour éviter la fureur de justice, il se destoiu-na pour quelque temps, jusques à ce qu'il fust rendu certain que aulcun domage ne hiy en adviendroit, joinct aussy que les huguenotz restant audit Sens demeurèrent si foibles de biens et de nombre qu'ilz n'osèrent en faire poursuitte davantage, de crainte qu'on ne recommançast de jour ou de nuict à se jetter sur eux pour les envoyer nager en la rivière d'Yonne après les aultres, et oncques depuis n'y eust presche pubhc de prédicans nudit Sens.

En la ville de Troye en Champaigne y eut sédition grande pareillomentenlre les catholicques et huguenotz héréticques, où lesditz huguenotz eurent du pire, et print bien à l'évesque dudit lieu, nonuné

(loiinerfms-nous a tels iioii>. .'i leU harb.ires. a c«.*s lipro alh-ivs du sanj; dtvn chreslii'iis ? Vous en ave/, bon , besto.s brûles, à jilciii lianaji, et louU-^IViis vostre M)ir n';! point esté eslanrliée. tant une ardeur perpétuelle vous cuit, vous brusie et \ou» coiisoujine. Que vous nv>toil-il davantage, bourreaux, sinon »[ij^; vous repaistre de Ic-urs Miqis «.«i nian^^r b-ui

f liair ainsy que vous en avez beu le sdUf^ ?» — Lettre du prince de Condé à la reine mère sur le. nKis>arjre de.s huguenots lait à Sens. iTiGa, avril icj. [Mém. de Condé, i^'iS. l. III. p. 'U)t).) — Arrêt du parle nient de Paris, qui nomme Iroi-. commissaires pour informer de la s«i«Jilion ariivée en la ville de Sens. loOu, avril ai. ' Méin. de ('ondi:, t. III, p. .'>j5.;

1501. le seigneur de Melphe, de se saulver, combien qu'il fust parent de la royne mère, gouvernante du royaume avec le roy de Navarre. Depuis il n'osa se tenir en ladite ville de Troye de peur d'estre saccagé, et il fut contrainct de se desfaire dudit évesché de Troye, et de le résigner à ung aultre, qui ne fut loué du monde, ayant accepté ledit évesché par la résignation dudit de Melphe, et eurent plusieurs personnes ccste opinion qu'il l'avoit achepté à beaux deniers comtans. Touteffois, il se comporta si bien en sa charge, qu'à la fin fut accepté. Iceluy de Melphe, d'évesque devint prédicant et ministre des huguenotz de Paris, quelques deux ou trois ans après, ayant dressé sa sinagogue, qu'ilz appelloient église, à Brie-Comte-Robert, à six lieues dudit Paris.

H ne fault icy laisser en silence ce qui advint audit Troye en Champaigne en ceste année sur la fin du mois d'aoust, et les miracles et merveilles supernaturelles que Dieu le créateur voulut monstrer en laditte ville pour la confirmation de sa saincte église catholicque son espouse et pour la réduction des liuguenotz et desvoyez d'icelle, qui oculairement lurent veuz et cognuz de tous les habitans d'icelle ville et de plus de quatre milles personnes, estrangers et forains non résidans en icelle, tant catholicques que huguenotz. Ces miracles furent faictz par la vertu de Dieu au signe de la croix qui est dressée en icelle ville au mitan de la grand' rue que vulgairement on appelle la belle croix, et qui aultres fois fut là érigée en l'honneur de Dieu, pour mémoire perpétuelle du feu qui , bruslant la ville de Troye au temps des boutefeux, cessa au lieu où est laditte croix, assez près de l'église mons. S' Jehan. Cette croix est faicte à pilliers de cuyvre, comme columnes d'église, et au-dessus d'elle il y a ung chapiteau faict en forme de pavillon, qui jette l'eau de costé et d'aultre, lequel pavillon est soustenu de huict ou dix pilliers de cuyvre, chose fort bien faicte et de riches estouffes. En la croix fut veu ung changement (!e couleur par plusieurs et diverses fois; tantost elle laissa sa couleur naturelle pour prendre une couleur de feu ardent, une aultre fois ceste couleur fut changée en couleur blanche comme neige, tantost

après en couleur perse et inde, ung aullre jour d'après en une aultre 1561 couleur. Ces changements eurent lieu aussi siu les pilliers d'alentour, lesquelz souvent on oyoit clacquer, comme s'ilz eussent esté dans le feu; oultre ce, rendoient l'eau de toutes parts à grosses gouttes qu'on eust bien recueilly et amassé en ung aysement avec une plume, et fut certains jours et nuictz en cest estât. Le peuple de la ville, voyant ceste merveille, crièrent à Dieu miséricorde, et furent faictes processions généralles audit lieu; et pour monstrer ceste merveille estre de Dieu, plusieurs malades et impotens de leurs meiTibres, après avoir ià faictleur dévotion et prières en ferme foy, s'en retournèrent sains et guéris de leurs maladies. Telz y furent à potences avec toute difficulté, qui s'en retournèrent sans baston et à leur ayse; aulires, fébricitans de toutes sortes de fiebvres, s'en retournèrent en santé. Et davantage me fut fidcUement certiffié que des muetz et aveugles recouvrèrent là l'usage de parler et de veoir clair, et duia ceste merveille de Dieu en laditte croix quelques trois sepnmines ou ung moys pour le plus. Plusieurs huguenotz, tant de laditte ville de Troye que d'aultres lieux, furent fort esbranlezpour délaisser leur huguenauderie et se réduire à l'église catholicque, et de faict plusieurs entièrement la quittèrent, après avoir certainement veu ce n'estre faict par artifice ni incantation d'hommes ni par vaudoisie , comme ilz pensoient. Les obstinez huguenolz héréticqucs demeurèrent en leur perfidie, et ne voulurent pour ce se convertir.

Par rinfluence d'une épine de la couronne du Christ, des malades sont guéris, des enfants morts ressuscitent , en lôôy et pendant les années suivantes, au village de la Sainte- Epine, entre Tonnerre et Saint -Florentin. Los miracles cessent par la mauvaise conduite des habitants et des ecclésiastiques du lieu.

Dedans les villes d'Orléans, d'Auxerrc, de Rouen et aultres villes par la France y eut grandes séditions et saccagcmens de huguenotz et de catholicqucs les ungs sur les aulires; mais tousjours advenoit que les huguenotz avoient du pire, pour n'eslre les plus fortz ni en assez grand nombre, et tousjours s'eslevoient lesdittes séditions par

iMÉMOIRES

ITiOl. Forgueil, Taudace et les mocqueries d'îceux huguenots envers lesditz catholicques. Entre les plus grandes fui celle qui advint en la ville de Montargis entre les liuguenotz et les catholicques d'icelle , qui se frottèrent les aureilles au contentement de ceux qui y receurent le plus de mal. Geste sédition fut esmeue par Tentreprinse de M"^ Renée, fdle du feu roy Louys douziesme, princesse du sang royal de France, vefve de mons. le duc de Ferrare\ et mère de M™^ Anne d'Est, femme de mons. de Guise. Icelle dame Renée estoit huguenottc il y avoit plus de trente ans et de longtemps avant le trespas dudil duc de Ferrare son mary. Elle estoit maistresse par droict héréditaire en manière d'apanage ou aultrement de laditte ville et duché de Montargis, à cause de son père le feu roy Louys douziesme.

Laditte dame de Ferrare estant revenue d'Ytalie demeurer en France après le trespas de son mary, avoit quant et elle amené ses prédicans et ministres, qui taschèrent, soubz son auctorité, de renverser en laditte ville de Montargis l'église catholicque et de tirer chascim comme par conlraincte à la huguenoticque. Pour cela ilz attentèrent plusieurs fois d'aller faire leur presche dans l'église qui est assez près du chasteau de laditte dame , lorsqu'il falloit chanter la grande messe aux festes et aux dimanches; elle-mesme auctorlsoit cette entreprise, en allant audit presche. Les catholicques de laditte ville portèrent plaincte auprès d'elle, et fort doulcement la

* Uenée de France, deuxième fille de Louis XII , née à Bloi» le 2 5 oclobrc 1 5 1 o , fui mariée à Hercule d'Est, duc de Ferrare. Elle élail insUuile dans les langues, dans riiisloire, les malliémaliqucs, l'astrologie et la théologie. Calvin trouva chez elle un refuge, et elle eut Marot pour secrétaire. Convertie aux doctrines protestantes, elle se retira en France après la mort de son mari, et de son château de Montargis protégea les réformés ; elle s'employa pour le prince de Condé , lorsqu'il fut mis en prison. Elle mourut à Montargis

le 12 juin ib'jb. On trouve dans la collection Bélliune, à la Bibliothèque impériale , de nombreuses lettres de la duchesse de Ferrare et des pièces qui se rapportent à celte dame. (Voy. les vol. 8G33, p. 5o: 86i3, p. 81; 8691, p. i4 et 3o; 8708: 8721, p. loG et 121 ; 8722, p. àà\ 8726, p. 82; 8731-8733, p. ig; 8734, p. 38 el 8/i; 8737, p. 7, 61 et suiv. ; 8738, p 55 1; 8739; 8744, p. 5 et 120; 8745, p. 91; 8746, p. i; 8769, p. 87; 885o, p. 4o; 8856, p. 10; 8925. — Voy. aussi dans la môme biblioth. Supplém. franc. 272a, 1.

prièrent que son plaisir feust de ne les troubler ni faire Ironbler en 15(51 lelz jours en la célébration du service de Dieu, auquel ilz, à l'imitation de leurs pères, vouloient assister selon ce qu ilz estoient tenus de faire et avoient dès leur jeunesse esté enseignez. I^aditte dame, après les avoir assez patiemment ouys, leur fcit bonne response, jusques à leur promettre qu elle ne les empescberoit plus ni feroit empescber; elle deffendit qu'on allast désormais faire le prescbe es temples et églises dudit Montargls, et elle ordonna qu'on le feist en son chasteau. Les catbolicques de la ville s'en retournèrent bien contens de laditte dame et de la response qu'elle leur a voit faicle; mais, si tosl qu'ilz furent partis d'avec elle, ses prédicans et maistre d'ostel luy persuadèrent du contraire, en luy disant quelle ne debvoit obéir à ses subjetz, mais que c'estoit à faire à eux subjoclz d'obéir à elle, et partant luy démonstrèrent qu'ilz ne debvoient cesser d'aller faire leurdit prescbe esdittes églises. De sorte qu'au dimancbe d'après ilz huguenotz et prédicans retournèrent en laditte église à Tlieure du divin service, pour y faire le prescbe seulz sans laditte dame, qui, ce jour-là, feignit d'estre mal disposée et dict qu'elle ne vouloit sortir de son chasteau. Les catbolicques, voyant le prédicant vouloir entrer en chaise pour faire son prescbe, le requirent de se déporter, suyvant la promesse que leur dame leur avoit faict, lequel n'en voulut rien faire. Quoy voyant, ilz catbolicques feircnt chanter leurs prebstres, affin d'empescher ledit prédicant, et à ce moment les huguenotz du chasteau et de la ville commencèrent à menacer et à oultrager les catbolicques et à les provocquer au combat. Dieu sçait (pielle messe et quel prescbe il y eut pour ce jour audit Montargis. Le sacrifice de ce jour-là fut de se tuer, meurtrir et saccager les ungs les aultres, combien que le nombre des mortz des deux parts ne fut si grand que le combat et la noise avoient esté violens. I^es huguenotz gagnèrent leur vie saulve pour s'estre retirez de bonne heure dans le chasteau, sans laquelle retraicfe n'en eust échappé ung seul. Hz furent poursuyvis jusques aux portes dudit chasteau, et là tenus assiégez qu'ilz n'eussent osé sortir toute la journée.

j 56 ! . Ladilio dame , indignée de ce , par le conseil de ses gens , suscita peu de jours après une plus grande sédition en laditte ville, en voulant usurper et prendre par force le cymctière de la ville , pour l'eneiore dans les pourpris de son chasteau, le profaner à usage commung, Y faire dos jardins ou basliniens et en fourbanir les habitans. Elle nïcist un grand nombre d'hommes en bcsongne, tant massons que aidlres manouvriers, pour avoir plus tosl faict son entreprinsc qu'on ne les auroit empcscbcz. Ce que ne voulurent endurer les habitans de laditte ville, lesquelz allèrent amiablement parler à elle pour la ])ner de se déporter; mais elle ne le voulut faire, estant encores furibonde de la sédition devant faicte, de laquelle elle taschoit à en faire justice sur les catholicques, sans pouvoir y parvenir faulte de bonne preuve, joinct aussi que Tédit de janvier, faict en faveur des huguenotz, ne pcrmcttoil ains delTondoil de prendre les églises et temples des catholicques, et de troubler ceux-ci en la célébration du divin service. Les habitans dudit Montargis, voyant que laditte dame ne se vouloit déporter de son entreprinsc, résolurent de Tempescher, en rompant et gastanl tout ce que ses ouvriers feroient, ce quilz feirenl. Les ouvriers, se voyant empeschcz en leur ouvrage, le dénoncèrent à leur dame, qui les renvoya à leur besongne etfeit armer ses gens pour les aller garder et faire besongner. Ceux de la ville, voyant les huguenotz armez pour garder et faire besongner les ouvriers, s'armèrent quant et quant pour \es empescher, et ils se ruèrent à grands coups les ungs sur les aultres. Et fut la meslée plus grande qu'en la première sédition, et y eut des morts de part et d'aultre, et tant feirent les catholicques qu'ilz furent les maistres et rechassèrent les huguenotz et ouvriers, et rompirent tout ce qui cstoit faict; à peu tint qu'ilz ne rompissent le chasteau et tout, ce qu'ilz eussent faict s'ilz y eussent sceu mettre le feu. Desquelles première et seconde séditions furent advertis les gouverneurs de France et du roy, qui envoyèrent des commissaires huguenotz audit Montargis pour en informer et pour chastier les catholicques qu'on appelloit séditieux, fust qu'ilz eussent tort ou qu'ilz eussent droict. Lesquels commissaires, estant audit Mon-

targis, sans aulfre information que l'accusation que leur firent les 1561 huguenotz restez desdittes séditions, emprisonnèrent une vingtaine de cathoUcques pour le molngs, tant de ceux qui avolcnt esté auxdictes séditions que de ceux qui n'y avoient esté, contre lesquelz fut poursuyvi tout chaudement. La pluspart furent pendus et estranglez à la colère, et en eust-on pendu davantage, nVust esté le recours que eurent les habilans à mons. de Guise et à messieurs de la court de parlement, qui en voulurent prendre cognolssance, affin que tort ne fust falct à l'innocent. Les huguenolz, vovanf que la court de parlement s'estoit saisie de la cause, et qu Hz ne pouvoient plus rien faire de leurs commissaires, laissèrent le tout là et se contentèrent de la justice qu'Hz en avoient falct, et oncques depuis n'en fut parlé; qui fut mort demeura mort, tant ceux qui furent tuez aux séditions que ceux qui furent exécutez par justice. Plusieurs liabitans dudlt Montargis, qui s'estoient absentez depuis les séditions pour éviter la fureur des huguenotz et de leurs commissaires, s'en retournèrent en leurs maisons, où Hz ont depuis vescu paisiblement. Procès fut faict de l'cntreprinse et usurpation dudlt cymctlère entre les habltans et madame Renée, où fut dict que latllttc dame récompenserolt lesditz hahitans et achepteroit de ses deniers une terre et place propre pour leur faire ung cymetière qu'elle feroil bénlstre à ses despens, et la cause hors, sans fralz ensemble de tout ce qui s'en estolt ensuyvi. Je ne me suis depuis inlornié si ladltte dame avolt prins ledit cymetière et en avolt achepté ung aultre ou non. Je veis trois hommes dudit Montargis, qui, à la suitle desdittes séditions, s'estoient retirez à Provins es maisons de leurs parcns, duquel Provins ilz estoienl natifz, mais mariez et habltans audit Montargis.

A cause de tant de séditions et émotions populaires que avoient esmeu l'édit de janvier et aultres de liberté de conscience pour le faîct de la religion par toute la France, plaintes infinies se rapportolent de toutes partz aux princes et gouverneurs, qui moull se trouvèrent empeschez pour y mettre ordre.

Les protestants qui prennent part aux troubles sont fa\orisés à la cour et

oliHcnnnil diM jiigi» fiiupunilé; les cadiuliques »odI traité» au cuatrairo iwc une. riguinir excvBsîvf*. lU adre&seï)! lecint ploîiitt» aux princt» de la maison de LornuDc m ne coaGenI Hp^-cialemeiil vu l'appui du duc d>; Guiw!.

Moti9. <le Guise, voyant Uni de plaïutcs par uliascu» jour aller à aoy de la pail des catbolic<jue$, c&crivït ati roy et aux gouveroeuTH i|u'ilx oiilentlissent aux affaire» du royaume, pour trouver le moyen d'apaiser le peuple de France et de l'aire cesser les sédiliou» et énia-4| Uons populaires, (]ui eu Lricftauips tireroienl le royaume eu granden misère, si n'y estoit remédié; que le remède qui luy sembloit le plus convenable pour ce faire esloil de tollir les prcsches des fauguenotz et de renvoyer les prédicaus à Geuesve, et du tout interdiras l'exercice de la prétendue religion rérorméc, et qu'en ce faisant lec citoiens des villes o'auroieul plus d'argumeot de s'attaquer les ui^ Icsaultrcs, n'y ayant plus que la religion ancienne receue elapprouvéi depuis mil cinq cens ans et plua. Davantage eecnvït une leltrc au row jeune eulant, et trouva le moyen de la luy faire tcuir, comme aussi il feit it la ruyne sa mère et au seigneur connestable; par les<|uelle» 1 leur donna advertîsseuient de la rébellion qu'on monopoloit contn leur estât es assemblées et presches des huguenot/, tant dedans 1 royaume que dehors, aUlu qu'ils s'en donnassent garde, et qu'îj vueiUassent de peur d'eslre surprins, les assurant que , dès Le coramen cernent de l'année prochaine ut sitost que ia fc!>lu de Pasques seroîfl pa&sée, la résolution estoit priuse pur les buguenolz, chefi et pro-1 tecLeurs d'icenx de se meltro aux champs les armes au potng, aprèft>l qu'tb se serotent saisis de plusiums villes avec lc5quelles iU ËusoieuiT practicques et avec les principaux habitant desquelles ils avoicnl iat«l- J ligcnce.

Le roy, la royne inére et mous, le connestable, ayant receu ]ea4 lettres dudit sieur de Guise, pour la première fois n'en tinrent aullr^ compte cl Qe luv lircnl aulcune respon^e. Cv que ledit seigneur i voulut prendre à injure. Faull noter que pour lors il s'esloil relire e sa maison de JoiuviUe en Lorraine avec sa mère, et avoit aboudoi le roy et la court depuis U- colloctjue de Poissy, quand îl veit Ifl

liberté donnée auxprédicansetanx Imguenolz, et durant le temps qu'il 1561 estoit en Lorraine, avoit, comme aussi son frrre mons. le cardinal de Lorraine, gens atillrez pensionnaires et à gages es y\lleniaignes, où praticquoient fort les luigucnotz de France, pour estre souslenuz et deffenduz, secouru/ et aydez en la rébellion qu'ilz méditoient contre le roy et le royamne. Hz avoient scmhlahlomenl, es maisons des plus grands huguenot z de France, hommes qui se Irouvoient es assemblées publicques et secrettes, mesmement es délibérations et résolutions qui s'entreprennoient contre le roy et le royaume dans les assemblées huguenoticques, lesquelz du lout fidellement les advertissoient. Et ne plaignoienl lesditz sieurs de Guise or ni argent pour entretenir telz hommes, et si leur estoient si lidelles que jamais ne les voulurent accuser ni nommer, par ce qu'ilz en avoient à faire plus d'une fois. Par le moyen desquelz honunes ledit sieur de Guise fut rendu certain de la conspiration faicte par les séditieux huguenolz de France et de la rébellion qu'ilz niettoient sus contre la personne du roy pour le prendre prisonnier. Qui fut cause que ledit seigneur renvoya encores lettres et messages au roy et aux gouverneurs, qui estoient lors à Fontenay-lez-Meaux, quilz eussent à se donner garde. Il escrivit pareillement une lettre à messieurs de Paris, qu'ilz eussent à se donner garde d'estre surprins par les huguenotz, dont la délibération estoit de surprendre leur ville, pour la saccager et piller, et d'y tenir le roy prisonnier, après s'estre saisis de sa personne pour mieux jouer leur rollet par toute la France. Cette nouvelle cspouvanta fort les Parisiens, lesquelz, par leur prudence et par fadvertissement dudit seigneur, s'appercevant bien du danger où ilz estoient, se donnèrent garde subtill(»ment, et de tout ce qu'ilz purent descouvrir du faict des huguenotz et aultres choses en advertirent par chavscun jour ledit seigneur, qu'ilz prièrent estre leur protecteur et du royaume.

La royne mère, le rov de Navarre et mons. le connestable, ayans receu lettres dudit sieur de Guise pour la seconde fois, tindrent conseil ensemble de ce qui estoit bon à faire. Depuis les premières lettres dudit sieur de Guise, la royne mère avoit baillé charge à ses gens de

. liescouvrir de toutes parla, pour sçavolr^'il csloit quelque nouvelle de ce que tviy avoit escript el au roy ledit sieur de Guise , el fui descouvert quelque chose, mais non si perfectemeot que ledit sieur de Guîsc avoit riiaudé; alors ladittc dauie entra en soiil>çon contje le priace de Condé, qu'on voyoit avoir esté, comme encore» esloit. prolecteur des huguenolz de France, et elle ne se peut garder d'en descouvrir sa pensée au roy de Navarre, qui fcit scinlilant qu'il ne sçavoit que c'estoit. 11 tascha à persuader k laditte dame et au connestable qu'il n'en esloit rieu et qu'il en paileroit à son Irère ledit sieur do Condé, ce que n'oust pas voulu la roynu nièrt;, car elle craïgDoit que les deus frères joiuctz ensemble ne s'emparassent de la courouoe de Franco cl que pai- eux elle et ses enl'ans ne fussent expulse* hors du royaume. Four auquel danger éviter, elle manda audit sieur de Guîse qu'il allast vers elle el le roy son fiiz, pour de bouche leur faire eutendre ce qu'il leur avoit mandé par escript, et de ce faire luy en escrivit le roy.

Mons. de Guise, estant parly de sa maison de Joinvïlle et allant au mandement du roy et de la royne sa mère, avec son train, sa femme et aulcuu de ses enlaus, passa au bourg de Vassy en Lorraine, où il veit hors laditte ville de Vassy une grande multitude et tm-be de peuple assemble» ensemble, hommes el femmes, tous chanlans à baulle voix et menant grand bnnct. Ignorant que c'esloient les buguenotz qui estoieiit là réunis, îl envoya ung de ses hommes sçavoir que signifTioit ceste tumultueuse assemblée, et, après avoir parlé k quelques uns d'entre eux qui luy dirent que c'esloient les buguenotz qui esloient à leur presche, le messager s'en retom'na pourter la novelle audit sieur de Guise, qui n'en tint pour lors aultre compte que de l'aire tousjours cheminer son train. Les bugueuolz, sçacbaas que c'estoit mons. de Guise qui avoit envoyé vers eux pour les descouvrii- el tonnoitre (jui ik estoienl, prindrent grand soubçon sur luy, et eslimaus qu'il leur volust courre sus , iiupacienlez qu'ils furenl . après avoir cessé leurs citausons et leur presche, ilz s'armèrent de pierres pour assaillir ledit seigneur et son train , et luy faire prendre la fuille , ou

DE CLAUDE IIATON.

le tuer, s'iU le pouvoicot joindre. Or falloît-il que ledit aeigaeur et tout son IraÎD passasseul par auprès cl loul jojguanl lesdits huguenoU, pour ce (|uc leur asscuihlée estoit tout sur le cliemin, et ne se I, pouvoit ledîl seigneur destourner par auitre lieu, parquoy luy estoit force de passer par là. Il» hugueuolz lui-ent si orgcuilleux qu'ils ne daignèrent desplacor de là pour la venue dudit seigneur, mais, fattendant de pied quoy, cliargèrent i grands coups de pierre sur les bommes qui cheniinoicnl les premiers, ajaus là liappé et battu plusieurs de SCS lacquctz qui cstoient passez devant. Ces premiers hommes qui par iceux huguenote, furent assaillis rebroussèrent chemin droict à leur luaistre ledit siciu" de Guise, pour l'advertir de se tenir en garde desditz huguenote, et luy récitèrent ce qu'il» leur svoicDt faîcl et l'équipage auquel ilz estoient. Ce que bien ayant entendu, ledit sieur de Guise résolut qu'il l'alloit passer, delVendantà ses gens de ne rien faire ne dire auxditz huguenots, moyennant qu'ilz huguenots ne leur fissent ne dissent rien, et pour estre en meilleure freuretc, ledit seigneur feit alte pour attendre tous ses gens et clieuuocr en Irouppe, affin que nxil d'eux n'eust mal et qu'ilz n'en lissent pciiiict auxditz buguenotz.

Ceus-ci, voyant M. de Guîse attendre ses gens pour les ranger eu

troupe, pensèrent que ce feust pour les assaillir, et sans avoir aulcune

I patience, Gchèrcnt le pied, en intention de ne desplaccr, de contraindre

ledit sieur à retourner d'où îl venoit, ou de luy faire prendre le galop

I i travers champs et suivre ung auitre chemin. Il sieur de Guise, voyant

1 CQstc lurbe mutinée, pour éviter toute sédition, marcha le premier

droict à eux saus amies, pour les desmouvoir de leur entreprinse ;

Llesquelz, pour parolle ne signe d'assurance qu'il leur donnast et dîst.

[ ue se voulurent désister de leur dessein, et, sans le vouloir escouler,

' chargèreol sur luy à grands coups de pierre, trois desquelles lom-

rDërcul sur sa teste et sur son corps, jusques à faire tomber par terre

r £Oa cbappeau, et eut ledit seignem- assez de peine à se garder d'eslre

' par eux accablé. Il seigneur entra en grande coltère de ceste injure,

et ne la put pour sa graudem- porter paciemmeni. Parquoy se minsl

et ses gcn& en deOense contre lesdîu hugueootz, qu'il cbai^ea »i rudement f[u'ilz ne sçavoicnt où se saulvcr, cl en fut tué ung grand nombre; et en cust-on lue davantage, si ledit seigneur n'eiist faid arrcslcr svjt gens, parccqu'il craignoit que les huguenots ne se jetlassent à sa femme, qui estoït fort grosse d'enfant et quasi sur son terme d'acoucher. Toutesfois la sédition fut si grande qtie de part et d'aultre en fut tué bien le nombre de deux cens, desqaeUpeu y en eut de la pari dudil sieur de Guise'.

Les liugiionutz qui escliapp^rent de laditic sédition furent bien tost h la court du roy, pour se plaindre de Toutrage que ledict seigneur

t DescripL-ion du HaccafeinMit exercé lesquelles In grande chantbra «i< commue pour i:oaaatlro des déiiordrci et eiri^a iaiU à Vassy le premier de mars 1 56 1 . ( Mim. de Cond^. i. tll , p, 354-) — Ditconm faito dim» le parlement de Pari» pnr le doc de Guîite e( le cotméUilile de Muntmorencj. Hur l'euregiiilremeitl de la dèclaralîon i il d'avril i56a sur le tumulte do Vm cl sur ce qui est arrivé depuis. (Hfim. 4 Conilé.t. m, p. ayH.Dt j4rrA. eiiri*itMia l'ki%f. étFmnct, l'iério. t. H', (i. )&9>fl — ArrCt du parlemcat de Paria qui ( donne que les iulbminUoaï faites *ur I tumulte arrivi^ h. Vassy seront contïnaiciftjj et qiiî dé^ylnre qiie dun* celle» qui t faite» le duc de Gui*e n'est poiiil ( des excès qui y mit été commis; et (ja'«B tas qu'il n'y ail point charge contre Itii dans les nouvelles information» quî*i faite», elle» \<s dédarcnt dès t nb»ous et innocent de tout cequîealanivj h. Vnsiy. i563. laot i3 fËvrier. (JUi^ J Comli, t. IV, p. a3o.} — Voj. auAsi i' Tliou, J. XXIX: Tliéod. do IW«. !

p. 731-736; Castcloau, 1. III, cli.

p. 8i;etLeLaboiireDr, I. I,p. 7G01 BmHtome, t. ]II. p. aai; d'AubijtniS, L F" ch. 1, p. i3o; Dovib. I. m. p. 66.

rrucllement par te duc de Guise et sa cohorte en la ville de Va»»y. le i"jour de niart i5Ci.Caen», 1 56a.> (/Ircft, curicuMi del'hùl.deFrance.t- IV, i"iiAric,p. io3.) — • lielatiun de l'ocdsioii du duc de Guy se, exécutée à Vassy en Champagne, compO' «lie par un huguenot.» {Mém. de Coudé, t. in. p. 1)1.] — «Discours an vrny el en nhrégé de ce. qui est deroièremcril advenu à Vassy. y passant M' le duc de Guyse. • {Ibid. p. 1 1 5, et Arch. carivuset, t IV, p. 1 1 1 .) — ■ Mémoire dressé par un huguenot nu «ujrI du tumulte de Vassy. > (Aftrn. dt Condé. t. III, p. 193.] — «Di»cour» entier de la pentécutim^ el cruauté exercée en la ville do Va.isy pur le duc de Guise, le i"de at&n.i [Ibid. p. 1 a^.ei Arcli. rwieiua, t. IV, p, la.'i.) — " Lettre d'un huguenot de Paris. » ( Mim. dé Condé, i. IIJ . p. aao.) — «Court récit en latin du ma»- .*acro de Vansy. ■ [Bd>l. imp. Coll. Dupuy, »ol. 333.) — I.Hlres patentes qui commettent la grande cbandire du parlement de Paris pour connaître des désordres el excès faits A Vas»y. 1 56a. aa avril. {Mém. dfCondé. 1.111, p. 3ifi.) — Arrêt du par limieni de Pori». portant i-nregislrement de» lettre» patente» du 33 de cemoi», pnr

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