‹ Memoires de Claude Haton (volume 3)Chapitre 33 sur 44 · IM MÉMOIRES · texte numérisé non relu

IM MÉMOIRES

1560. qu^ mons. le prince de Condé proposa et meist en avant une requeste pour les huguenotz de France, affin qu'en ceste assemblée leur religion prétendue feust approuvée et receue pour bonne, et que permission leur feust donnée d'exercer dans tous les endroictx (lu royaume, tant es villes que villages, laditte prétendue religion. Mais de sa requeste fut débouté, et iuy fut respondu que l'assemblée desditz trois estatz n'avoit esté là convocquée pour traiter de religion, et qu'en France ne falloit doubter que la religion catholicque, apostolicque et romaine ne feust bonne et saincte, et celle poiu" laquelle il liaranguoit et qu'il prétendoit auctoriser condempnée et de tous temps réprouvée par les pères et anciens. A laquelle response se tint ledit sieur prince de Condé, voyant ne pouvoir là avoir audience, et différa jusques à ung aultre temps pour en faire la poursuitte , ainsy qu'il sera dit cy-après.

Clôture des états d'Orléans. — Retour dans leurs maisons des députés du l)ailliage de Provins : messîre André de Gramont, prieur de Saint- Ayoul, pour le clergé; mons. de Baby, pour la noblesse; et m' Jean de Ville, procureur du roi ^ pour le tiers état.

Lesdils Gramont et de Ville revindrent dudit Orléans pires en matière de religion qu'ilz n'estoient avant que d'y aller. Car ilz n'estoient que catholicques esbranlez, ne sachant encores à quelle religion ils se debvoicnt tenir; mais à leur retour se déclarèrent de bouche et d'œuvre estre du rang des liéréticques et huguenotz. Toutellbis ne fuirent si folz que plusieurs aultres, qui baillèrent la signature de leurs mains, quand ilz demandèrent ung prédicant en la ville de Provins, et ne voulurent signer qu'ilz estoient de laditte prétendue religion ; itiais n'eurent honte de rapporter et semer par la

rours du chancelier de l'iïopital dans le le 1" jour de jani\ 1560, par très haalt et

Kecueil de ses œuvres publié par Dufey do très puissant seigneur messire Jacques de

l'Yonne, l. 1 , p. 3'jb et suiv. — Voy. aussi : * SiUy. Rouen , impr. de Jasp. Remorlier.

La haiwiguc de par la nobiesse de toute la * Sur la famille de Ville, voy. Ythier,

lyance au roy très chrestien Charles IX te- Nobiliaire du bailliage de Provins, p. yà et

ntmt ses grands estatz en la ville d'Orléans , 191 , à la bibliolhèquc de la ville.

ville quauxditz estatz la prétendue religion réformée avoit esté ap- 1560. prouvée, receue et autorisée, et la religion catholicque, romaine et apostolicque réprouvée et condempnée, et que la messe ne se chanteroit plus en France que trois ans pour le plus, parce que audit Orléans elle avoit par l'assemblée esté exterminée et , comme chose meschante, réprouvée, ce que receurent plusieurs simples gens eslre vray au rapport d'iceux. Les hommes de bon esprit n'en voulm^ent rien croire et taschèrent à redresser ceux qui y croyoient. Ce néantmoings , iceux députez continuoient en leurs rapports telz que dessus touchant le faict de la religion; et quand Tung en devisoit en l'absence de l'aultre, il s'en rapportoit à son compaignon, et en ceste sorte tous deux confirmoient le dire lung de l'aulti^e, jusques à ce qu'on eust ouy parler mons. de Baby; lequel fut fort étonné quand il ouyt affirmer à gens dignes de foy comme lesditz Gramont et de Ville avoient faict en la ville de Provins ung tel rapport, et, après avoir esté rendu certain que tel faux rapport avoit fort troublé les habita us de laditte ville de Provins, se transporta en icclle, affin de certiflier aux habitans qu'il n'estoit rien de ce que leurs députez leur avoient dict , et que oncques auxditz estatz d'Orléans n'avoit esté tenu aidtre propos de la religion que ce qu'en avoit proposé mons. le prince de Condé, par sa requeste, de laquelle il avoit este débouté. Les dessus nommés Gramont et de Ville, ayant entendu ledit sieur de Baby avoir esté audit Provins, pour dissuader à ceux qui avoient creu à leur rapport, furent tout honteux et n'en osèrent plus parler en public. Et d'aultant que le peuple catholicque dudit Provins vouloit courir sur les faux rapporteurs, ilz jettèrent, en se voulant excuser, la faulte l'ung sur l'aultre, et, par tel moyen, ilz entrèrent en grande et mortelle hayne Fung contre l'aidlre, jusques à se cercher pour s'entietuer. Ledit prieur Gramont, qui avoit de 3o à 35 ans, pour oster la maulvaise oppinion que le peuple avoit de luy touchant la religion catholiccpie , se feit par après au karesme prochain promovoir aux ordres saincts et sacrés, et fust en ceste année faict et ordonné soubzdiacre et diacre; mais pour cela le peuple ne cessa d'avoir opinion

1560. de luy assez doubteuse, et bien ai sceu qu'on ne fusl trompé en disant qu'il ne valoit mieux diacre que clerc. Ledit de Ville continua en sa folle oppinion de pis en pis touchant la religion, et petit à petit se sépara de la religion catliolicque et romaine, ne voulant plus fréquenter les églises des catholicques ni le divin service de Dieu faict par les chrestiens en icelles; et toutesfois, de peur de perdre son estât, devint quasi comme athéiste, sans foy, loy ni religion. Car ayant quitté l'église catholicquc et romaine, ne fréquentoit non plus la luthérienne, tandis que sa femme demeura toujours en la foy catholîcque, suyvant l'église romaine en tout et partout, et leurs enfans suivirent la foy luthérienne, par quoy appert que en une seuUe maison par l'homme, la femme et les enfans y avoit contrariété dp religion et manière de servir Dieu.

Par le faux rapport desditz Gramont et de Ville, le nombre des huguenotz s'augmenta audit Provins et se trouvèrent incontinent plusieurs jeunes gens desbauchez de la religion romaine; et n'eust esté la diligence des prédicateurs qui preschèrent à Provins, plus grand nombre, tant des jeunes que des vielz, se fussent desbauchez. Entre lesquelz foil travailla nostre maistre frère Jehan Barrier, cordelier, docteur en théologie et curé de S^^'-Croix dudit Provins, lequel en ses sermons confutoit moult proprement la doctrine luthérienne et hiigiienotte , parquoy fut moult mal voulu des huguenots de iaditte ville, et par eux souvent appelle cagot et faux renard.

En ceste présente année, le sermon ordinaire par chascun jour du karesme se tenoit et faisoit en l'église du couvent des jacobins de Provins, et pour ce que l'hérésie et doctrine huguenoticque taschoit à prendre pied et fondement audit Provins, le prieur desditz jacobins, homme religieux, fort catholicque , fut soigneux de poiu^oir en leur couvent d'ung prescheur qui fust digne de sa charge et prou- (itablc au peuple de la ville, pour maintenir en la foy les bons et (idellos, pour y ramener les desvoyez, et pour y retenir les esbranlez, suyvant qu'il en estoit besoing pour le temps. Et pour ce faire, nppcHa de la ville d'Auxerre audit Provins ung grand et sçavant

prescheur, nommé noslie maislre d'IvoUé, jacobin du couvent dudit Auxe^^e^ homme de salncte vie, droict de corps, de grande corpulence, bigle d\m œil, noir de visage, rude de parolle, et âgé de 4o à 5o ans, docteur de Paris des plus sçavans et mieux versez qui fus* sent en son ordre, voire de toutes qualitez par toute la France, grand exterminateur de toute faulse doctrine, grand adversaire des huguenotz et de leur hérésie. Lequel, par les sermons qu'il feist au karesme, sceut si bien confuter tous les pointz de TEscriture que les huguenotz mettoicnt en controverse, que ceux de la ville de Provins, je dis mesmes les huguenotz d'icelle pour la pluspart , voulurent l'aller escouter, aulcuns poiu: entendre la vérité et pour en faire leur prouffit, affin de se retirer de Terreur huguenoticque où ilz estoient, aultres pour le calumpnier en sa doctrine, les aultres pour l'observer en ses parolles, affin de l'accuser et faire punir, s il disoit chose contraire à la volonté des gouverneurs du royaume et aux édictz par eux faictz touchant la permission donnée ausditz huguenotz.

Fault notter que cest homme en tout et partout descouvrit le desseing et vouloir qu'a voient les huguenotz de France, et déclara en plusieurs sermons à quel but ilz tendoient, ce qu'ilz ccrchoient et demandoient, aussi véritablement que s'il eust esté présent à la détermination de leurs affaires et secretz. Et davantage prédist le mal

Voici ce qu'on lit dans l'Histoire de ia prise d'Auxerre par les huguenots , de l'abbé Lebeuf (Auxerre, lyaS), au sujet de Pierre d'Ivolc : t Ce saint reli?ieu*c étoit natif de CLavannes, proche Auxcrre. Le clergé et la ville d'Auxerre avoient contribué, des l'an iDSy. à ce qui étoit nécessaire pour le faire recevoir docteur de Paris. EIn i5^a, il prêcha le carême dans l'église des jacobins d'Auxerre, selon la coutume <jui étoit alors de faire prêcher l'Avent et le carême allernalivement par des jacobins et par des cordeliers. Il s'y distingua pncore par plusieurs sermons

qu'il prêcha dans les cérémonies extraordinaires. Il prêchoit le carême à Sainl- Étienne-du-Monl, à Paris, lorsqu'il mourut. Ses sermons ont été imprimés à Paris . en loyC, tels qu'il les avoil prêches .i Chartres. On a aussi de lui une Explic;»lion de la messe, imprimée en françoi" (p. 32, note a). «Le même écrivain, dans ses Mémoires sur l'histoire d'Auxerre f t. II . p. ?j(y2, , parle dune \ie de d'Ivolé imprimée en tête de la 3' édition des sermons df cj: prédicateur, faite en i^yjfj- Il sera plus loin question de d*I volé, a propos de la pri*-*d'Auxerre par les hujruenols, ou ibftft.

1560. prochain qui, en brief temps, seroil faicl par eux en la France; comment ilz s'eslèveroient par armes et séditions contre le roy, son estât et le repos public, désolant les villes, saccageant les églises et les temples, maltraitant les prebstres, taschant à abolir toute vraye religion, toutes lois ecclésiasticques, politicqucs et civilles, tous sacremens et service divin; comment par leur orgueil ilz prendroient les armes au poing pour exterminer le roy et son estât, ensemble tout le peuple catholicque; enseignant aux catholicques quilz seroient contrainctz de prendre les armes deffensivcs contre eux et leurs armes offensives, et que de ce faire il leur estoit permis de Dieu, non pour assaillir iceux huguenotz , mais pour se deffendre seuUement , recommandant tousjours auxditz catholicques qu ilz ne commençassent poinct les premiers à assaillir, mais qu'estans assaillis, ne feisseat difficulté de se deffendre pour maintenir la rehgion catholicque et romaine, leurs biens, leur vie et leiur famille, et qu'en ce faisant ne pescheroient aulcunement, selon le tesmoignagc de l'Escriture, non plus quavoient faict Abraham, Moïse, David et le peuple d'Israël, lesquelz, pour la deffense de l'honneur de Dieu et de la religion, avoient prins les armes contre les Philistins et les incirconcis, armés pour l'extermination de tous sacrifices, sacrificateurs et peuple fidelle de la circoncision. Il monstra et descouvrit toute la ruse des huguenotz et quel estoit leur desseing, parles discours des anciens et modernes héréticques de la chrestienté. Il prédist le temps auquel ilz dévoient prendre les armes et de quel orgueil ilz chemineroient et se coniporteroient en tous lieux, et premièrement à la court du roy, soubz la minorité duquel ilz ne feroicnt faulte d'assaillir son estât et de tascher à se saisir de sa personne. Et pour conclure, il prophétisa à la France sa ruyne et désolation prochaine, et il Tappella par plusieurs fois et en plusieurs sermons, misérable, désolée et de Dieu maulditte, fondant sa raison sur le dire de l'Escriture saincte, qui, en divers passages et endroictz, crie à haulte voix : « Maulditte soyt la terre qui a ung jeune enfant pour son roy! Maiddit soit le royaulme ([ui a des princes desloyaux et compagnons des larrons, et qui ne

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font aulcun jugement des larrons , » et plusieurs aultres propos extraicts 1 560. de ladite Escriture saincte.

Les huguenotz de Provins, aidcuns d'eux présens à ses sermons, et les aultres auxquelz furent rapportez les propos susditz que ledit prédicateur avoit tenus, ne feirent faidte d'informer contre luy coumie contre ung séditieux, ainsi que tel l'appelloient, et cscrivirent en leurs informations qu'il avoit mauldit le rcy et appelle les princes ses gouverneurs desloyaux et compaignons des larrons. Et furent les informations faictes par M* Jehan AUeaume , bailly dudil Provins, à la requeste de M® Jehan de Ville , procureiu: du roy en icelle, à la poursuittc des Barengeons et aultres huguenotz dudit Provins; tous lesquelz y procédoient de grand courage et le plus secrettement qu'ilz pouvoient, pensant le faire taire et rigoureusement punir par peine de morl, ainsi qu'ilz disoient. De laquelle information et poursuitte fut adverty ledit prédicateur par les catholicques de laditte ville , qui avoient par les dessus nommez esté requis de porter tesmoignage contre luy des paroUes susdittes. Lequel prédicateur, au lendemain dudit advertissement, ayant mis fin à son sermon, auquel estoient les juges, les parties et avec eux les autres huguenotz dudit Provins, qui attentivement avoient preste l'oreille , en intention de augmenter leur information de ce qu'ilz auroient entendu , dont ilz le pussent accuser, dist telz motz qui s'ensuivent, c'est assavoir : «Peuple, ne hobe; je te veux dire des nouvelles que chascun de vous ne sçait pas, qui sont telles, que les gens de la justice de ceste ville sont en grande peine de trouver des tesmoings qui veuillent déposer contre moy qu'es sermons que je vous ai faict et fais par chascun joiur, je vous incite à sédition contre le roy et ses gouverneurs, contre Thonneur desquelz je ne fais que m'exclamer par invectives et détraclions; et pour rendre ma cause plus odieuse au roy, disent que tel jour j'ai mauldit sa majesté en disant : • Que mauldit soit le jeune roy qui gouverne la terre de France ! » Pareillement adjoustent en leurs accusations que j'ai dict que ses gouverneurs et ses princes sont meschans, gens desloyaux et princes des larrons. Je te laisse à penser si lu m'as ouy dire telz pro-

15(iO. pos eiî nul de mes sermons; et parcequ'ilz sont en peine de trouver des tesmoings qui veuillent déposer contre moy de ces choses, je les adverlis, s'ilz sont icy présens, qu'ilz se retirent par devers moy, et je leur signerai de ma main et de mon sang que j'ai dict : que mallieureuses sont la terre et le pays qui ont ung jeune enfant pour leur roy, et qui ont des princes qui soient desloyaux et compaignons des larrons. Est-ce maudire le roy? Est-ce dire que les gouverneurs de S. M. soyont larrons, ni compaignons des larrons? Je voy bien que les hiigucnotz de ceste ville ne sont que desbestes; car s'ilz estoient sravans, ilz trouveroient en FEscriture saincte les parolles que j'ai dittcs et ne penseroient comme ilz font que je les eusse inventées de nioy-mesmc. Je me recommande à vous tous, et vous prie que vous priez Dieu pour moy, car j'ai bon besoing de son ayde. Je vous prie, comme toujours je vous priai en mes sermons, que vous ne fassiez poinct de sédition et que vous ne commenciez poinct les premiers. Car pour certain ce sera assez mes que bien vous deffendiez. Priez Dieu pour le roy, qu'il luy plaise de le garder; priez Dieu pour ses gouverneurs et du royaume, qu'il les veuille bien inspirer à bien gouverner le royaume. » Ce dict, bailla congé au peuple. Qui plus furent étonnez de ces nouvelles furent les bailly, procm-em^ du roy et les aultres huguenotz dudit Provins qui estoient là présens. Contre lesquelz le commung peuple commença fort à murmurer, et à peu tint qu'on ne se niast sur eux, ce que véritablement on eust faicl s'ilz eussent respondu niig mot de travers aux injures qu'on leur disoit; mais leiii* palieiict», iwcc la prière dudit prescbeur qui fut telle qu'on nt* l(Mn' feici ri(»n, fui (\uise de leur saulver la vie et qu'il n'y eusl sédition. Les (Itvssiis iionunés bailly, procureur du roy et aultres bu- ^nciiol/ [ci<rii()i(M)l (|u'ilz ne sravoient rien de ceste entreprinse. et drniîindoicMil les niijrs aux aultres devant le peuple qui estoient ceux (|ni piélrudoienl informer contre ung homme si sçavant et si bien pit*s(>li.'iiit , (»i ru (lisanl re , glissoient et s'escoulloient de la turbe le plus (liliircMmncnl i\\\\\ lt»nr (mi lut possible, el par ce moyen n'v eut .MiitMiiH' sédition

Les sieurs huguenotz de Provins se voyant ainsi picqués par ledit 1560. prescheur et leur entreprinse descouverte , au lieu de se désister de leur maulvais vouloir, continuèrent à leur information, et tant feirent quilz l'envoyèrent au roy et à ses gouverneurs, qui estoient pour lors à Fontainebleau; elle fut portée par le bailly de Provins, qui se chargea de la présenter, et de savoir comment on procéderoil contre ledit prédicateur, selon la volunté du roy et des gouverneurs, et qui fut quelques jours à Fontainebleau en attendant la response.

Or, advint-il que le jour mesme que ledit prédicateur eust dict au peuple de Provins Tentreprinse susditte faicte contre luy, M® NicoUe Chanterène, aulmosnier de mons. de Guise, estoit audit Provins, qui s'en retouiiioit à la court du roy au service de son maistre , ledit sieur de Guise. Dont fut adverty ledit prédicateur, qui l'alla saluer, pour lui bailler lettres adressantes à ung certain jacobin, confesseur du roy, nommé nostrc maistre Brochot, homme fort sçavant, par lesquelles il l'advertissoit du préparatif que les huguenotz de Provins faisoient contre luy, et le prioit d'obtenir du roy et de ses gouverneurs que rien ne seroit décrété ni faict contre luy que premièrement on ne l'eust ouy en ses deffences et qu'il n'eust rcspondu aux accusations faictes contre luy. Et par mesme moyen pria ledit aulmosnier Chanterène de le recommander à mons. de Guise, son maistre. pour luy faire plaisir envers le roy en ceste affaire.

Ledit aulmosnier Chanterène, estant de retour à la court, ne faillit d'advertir ledit sieur de Guise, son maistre, de l'entreprinse faicte par les huguenotz de Provins contre ledit prescheiu*; il luy feit le discours du contenu des sermons dudit prescheur, pour lesquelz on informoit contre luy, et luy monstra les lettres missives qu'il prescheur d'ivollé envoyoit au confesseur et prédicateur du roy ledit Brochot. Lequel discours, entendu par ledit sieur de Guise, donna charge audit Chanterène de luy en rafraischir la mémoire au lendemain, quand il yroit au sermon du roy, pour en parler au roy luy-mcsmc et interroger ledit Brochot du contenu des lettres dudit d'ivollé, ce qui fut faict.

1560. Au lendemain, ledit sieur de Guise estant avec le roy, apperceut ledit bailly de Provins qui attendoit sa response, auquel s'adressa ledit sieur de Guise, après avoir parlé au roy avec ledit Brochot, en la présence du roy de Navarre et du connestable, et luy dist telz motz : •= Bailly de Provins, où sont les informations que tu as faictes contre vostre preschcur? N'as-tu affaire icy que cela? Baille-les-moy, et t'en retourne quand tu vouldras. Le roy et la couil cognoissent mieux ledit prescheur que toy; on verra tout à loisir que c'est. Tu es donc de ceux qui veulent troubler le roy et le royaume ! Tu es donc huguenot ! Va-t'en quand tu vouldras; je te marque. » Ledit bailly fut si honteux, qu'il eust voulu estre entre les jambes de sa femme. Devant lequel dist le roy à mons. de Guise et à son prescheur Brochot : « Faictes response au prescheur de Provins qu'il fasse son debvoir de prescher, et que, s'il a bien dict, qu'il dise mieux, et qu'il prie pour moy et pour le royaume ^ » Mons. de Guise, s'adressant encores audit bailly, luy dist telles paroles, en la présence du roy : « Au sermon, cocquin, au sermon de vostre prescheur ! Je vous ferai pendre, vous estes des séditieux. » Et à telles responses se retira ledit bailly avec sa courte honte, et, estant de retour à Provins, distaux frères huguenotz que leur prescheur avoit ung diable famillier ou ung ange du ciel qui luy révéloit toutes leurs entreprinses. Après avoir connu le crédit qu'il prescheur d'ivollé avoit auprès du roy et des princes, mesmement auprès du roy de Navarre, gouverneur du roy et du royaume, les juges et gens du roy furent maris d'avoir entreprins contre luy, et pour radober leur faulte envers ledit prescheur, luy feirent entendre qu'ilz n'avoient informé contre luy que par l'importunité de quelques ungs qui se disoient de la prétendue religion, lesquelz menaçoient de les accuser au roy s'ilz n'eussent informé contre luy, ce que véri-

' Le a3 janvier i56o (i56i, nouveau sion et de désobéissance, et pour les prier

slylc), Charles IX écrivit aux magistrats de rappeler ces ministres à leur devoir

de Genève pour se plaindre que les mi- cl empêcher qu'il en vînt de nouveaux,

nisires venus de leur ville excitaient et (Bibl imp. Collect. Fontanieu. vol. 297-

entretenaient en France l'esprit de divi- 298

tablement ilz avoient faict malgré eux, et qu'en laditte information 1560. n'y avoit chose qui luy peust préjudicier. ToutefFois, ilz le prioient de ne plus parler d'eux , ni les plus calumnier, de peur de faire une sédition audit Provins, les ungs envers les aultres, et qu'audit Provins n'y avoit guères de huguenotz, et encores qu'il y en eust quelques ungs, tous fescoutoient volontiers en ce qui concernoit la doctrine de la paroUe de Dieu et de TEscriturc.

Le prescheur d'Ivollé n'eut plus tost receu les nouvelles susdittes par les personnes que lesditz gens du roy avoient interposées pour luy dire ce que dessus, qu'il en receut d'aultres de la part de nions, de Guise et du prédicateur et confesseur du roy susdict, par lesquelles le roy lui mandoit qu'il feist son debvoir en sa charge comme il avoit commencé, qu'il priast Dieu pour luy et pour le royaume, et que sur toutes choses, en ce qu'il pourroit, il empescliast les séditions populaires, comme tousjours il avoit faict, ainsi qu'on luy avoit faici entendre.

Au lendemain du jour desdittes lettres du roy receues, il d'Ivollé ne faillit à la fin de son sermon d'en advertir le peuple, et du bon vouloir qu'avoit le roy envers la parolle de Dieu, et comment ses accusateurs avoient perdu leur temps en informant contre la vérité de l'Evangille. Et avec toute affection recommanda le roy et requisl toute l'assistance de prier Dieu pour sa majesté, ses gouverneurs et le royaume, priant le peuple de Provins de se contenir sans s'cslever ni faire sédition, non plus qu'il avoit faict, et que ce seroit assez qu'il se gardast de surprinse, et que ce n'estoit pas peu de chose de se sçavoir bien garder de tomber en ung mal préparé, sans s'efforcer d'en préparer aux aultres. Et à ces nouvelles fut le peuple fort resjouy, qui volontiers eust saccagé ceux qui avoient attenté contre luy. Il prédicateur poursuivit ses sermons le reste du karesme avec toute assurance, et prescha si haidtement et doctement, que le peuple, voire les plus sçavans, admiroient ce qu'il disoit de Dieu et de sa divine providence ; il preschoit tout d'un aultrc style qu'on avoit jamais ouy, déclarant jusques aux scrupules et pensées des consciences,

1560. ce qu'il en falloit croire et juger pour estre péché ou non péché, avec les tesmoignages de TEscriture saincte et des anciens pères et docteurs de TÉglise, sa propre oppinion et le sentiment qu'il avoit de la foy et de la religion.

DE CLAUDE HÂTON. 145

LE DUC DE GUISE SE DECLARE PROTECTEUR DES CATHOLIQUES. CONDE, COLIGXY KT

D'ANDELOT PRENNENT LA DEFENSE DES PROTESTANTS. DÉLIRÉRATION À LA COUR Al

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