CHARLES IX
L'an 1662, après Pasqiies, les aflaires de France se portèrent de mal en pis touchant les mœiu-s, la religion et la paix d'entre les princes, lesquelz princes de plus en plus entrèrent en grande mesfiance les ungs des aultres, et principalement les princes de Bourbon contre ceux de Lorraine, combien que les ungs et les aultres dissimuloient assez et cachoient leurs intentions pour les réserver à la nécessite et quand roccasion se présenteroit. Pour ce temps, n'y a voit que les huguenotz qui eussent bon temps et crédit tant à la court et suite de S. M. que par tout le royaume, combien que M. le connestable, qui n'estoit huguenot, l'empeschast le plus qu'il peusl. Madame
1562. la royne mère du roy, selon le bruict commun, clochoit des deux costez et penchoit plus du costé de Thérésie et huguenotterîe que de l'aultre. Le roy estoit sur son unziesme an de son âge pour le plus, et taschoit-on à le cathéchiser en la prétendue religion réformée; qui, par la grâce de Dieu et du connestabic, en fut préservé et non imbu; et d aultant qu on tascboit à luy faire apprendre et aymer laditte prétendue religion et les huguenotz , d'aultant plus les baïssoit-il et n en vouloit veoir ni ouyr parler. Toutesfois, pour la minorité où il estoit, n'avoit aulcun commandement qu'on voulust exécuter, s'il n'estoit au proulTit de laditte prétendue religion, à laquelle estoient fort enclins le roy de Navarre et la royne mère, qui luy bailloient advancement plus qu'il ne falloit, pour complaire à mous, le prince de Condé, qui estoit faict chef et protecteur de la cause. Lequel prince, avec les solliciteurs de laditte cause, bastissoient ung nouveau mesnage contre Taucthorité du roy et sa personne, pour se saisir de S. M., le faire prisonnier et avoir le gouvernement de luy, l'ostant du tout des mains du roy de NavaiTC et de la royne mère, et ne cerchoient plus que rheure opportune pour se ruer sus à main armée, l'ayant trouvé à despourveu. Et, pour y mieux par\^enir, avoient gangné lesdictz gouverneurs, roy de Navarre et royne mère, qui avoient faict si grise mine aux aultres princes que force leur avoit esté de se retirer de la court, et en eussent voluntiers chassé le connestable, n'eust esté la crainte qu'ils avoient qu'il ne se joignist avec mons. de Guise, contre lequel le roy de Navarre et la royne mère souffroient poursuitte estre faicte au conseil privé, comme ayant enfrainct les édictz du roy sur les huguenotz de Vassy, lequel de Guise s'estoit retiré en sa maison de Joinville avec sa mère.
En mesme temps, lesdictz huguenotz et prince de Condé bastissoient et praticquoient ung aultre mesnage avec les juges et gouverneurs des villes de France, et principalement des meilleures et fortes villes de renommée, comme Paris, Meaux, Orléans, Rouen, Rourges, Lyon, Tours, Angers, Vendosme et aultres principales, de toutes lesquelles leur fut assez facile l'accez, excepté celle de Paris,
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de laquelle ilz ne purent chevir, pour la sagesse des hommes qui 1562. avoient le gouvernement d'icelle , lesquelz ne voulurent obéyr pour promesse qui leur fust faicte.
Mons. le prince de Condé et les solliciteurs de la cause, voyant qu'ilz ne pouvoient composer de la ville de Paris et la tirer à leur dévotion, reculèrent leur entreprinse de se saisir du roy, jusqucs à ce que par subtil moyen ilz eussent la maîtrise de ladiltc ville. Hz pensoient v parvenir par la force et grand nombre d'hommes qu ilz eussent mis et logez en icelle sans dire ni sonner mot, et, lorsque le nombre en eust esté suiBsant avec les huguenotz d'icclle, se saisir de nuit des portes et des murailles, comme aussi des rues de chascun quartier d'icelle ville et en avoir la maîtrise à Timproviste. Et pour ce faire, furent envoyez hommes audit Paris bien montez et enhamachez, les ungs après les aultres, à divers jours et par toutes portes et endioictz, affin qu'ilz Parisiens ne s'en aperceussent sitost, qui se logèrent les ungs es tavernes et hostelleries , les aultres es maisons des huguenotz de laditte ville.
Mons. de Guise et mons. le card. de LoiTaine, qui estoient Tung à Reims et l'aultre à Joinville, comme nous avons dict, ne dormoient pas, et ne se tenoient oysifz en leurs maisons, ains veilloient nuict et jour à despescher hommes de toutes. partz, tant dans le royaume que dehors, pour les envoyer sçavoir toutes nouvelles, tous desseings et praticques secrettes qui se dcmenoient tant contre eux que contre le roy et le royaume ^ Lesquelz, estans bien certains de la prompte rébellion future contre le roy et son estât, escrivirent à S. M. ce qu ilz en sçavoient et à la ville de Paris , sans Tadvertissement desquelz laditte ville estoit perdue.
Les gouverneurs, le roy de Navarre et la royne mère, ayans receu les lettres dudit sieur de Guise, commencèrent à regarder Tung Taidtre et à entrer en mesfiance Tung de faultre. La royne mère, contre la volunté du roy de Navarre, monstra au roy son (Hz les
^ Voy. sur les espions des Guises la Légende du cardinal de Guise . dans les Mémoires de G)ndé , t. VI , p. Uk-
1562, lettres dudit sieur de Guise, comme aussi au connestable, qui tous furent esmervcillez de telles nouvelles. Or n'estoit pour lors mons. le prince de Condé à la court du roy, qui estoit à Fontenay ou Monceaux-lez-Meaux en Bric, lieu fort commode pour le prendre, si la traïson n'eust esté descouverte.
Le roy et mons. le connestable, ayans veu les lettres dudit sieur de Guise , résolurent avec le roy de Navarre et la royne mère qu il falloit mander ledit sieur de Guise à la court, pour l'ouyr parler. Le roy de Navarre ne s'y voidoit accorder, qui, par tous moyens, taschoit à persuader au roy et à la compaîgnie qu'il n'estoit rien de telles entreprinses , desquelles il advcrtiroit son frère le prince de Gondc. Toutesfois, ne fut ouy en son dire, ains tout sur l'heure fut despeschée une poste, pour aller audit sieur de Guise et le faire venir à la court.
Il de Guise , bien sçachant qu'on poursuivoit contre luy par justice devant le roy pour le faict de Vassi, et aussi que le protecteur de la cause, avec tous les huguenotz de France, lui vouloient courre sus, s' estoit armé et assuré contre eux pour se deffendre, ayant à son commandement douze cens chevaux bien armez sans son train, qui tous luy avoient faict foy de loyauté et de mourir avec luy si besoin en estoit; lesquelz il mist aux champs pour Taccompagner jusques en la maison du roy, s'il eust esté nécessaire pour la garde et defiense de sa personne.
Ce pendant qu'on alloit faire venir à la court ledit sieur de Guise , la royne mère ordonna des cspies et aguetz de toutes parts, pour descouvrir ce qu'elle pourroit des nouvelles entreprinses et traïsons qui se brassoicnt, et quant et quant fit approcher du roy les capitaines de ses gardes, auxquelz secrettement elle donna charge de faire approcher et armer leurs soldatz nuict et jour, et de se tenir tous prestz de faire le service et devoir de leiu* charge s'il en estoit besoing, sans en rien dire ni descou>Tir au roy de Navarre, lequel, par tous moyens telz qu'on pourroit penser, il falloit amuser, afiin qu'il n'entendist avec son frère M. le prince de Condé. Et ont esté
quelques ungs du royaume si hardis de dire et escrire en ung certain 1562, livret qui est intitulé, La vie de Katherine de Médicis ^ quelle luy avoit mis entre ses mains et livré la plus belle damoisclle dhonneur qu^elle eust, pour abuser d'elle à son plaisir; ce que je ne croy, car iaditte dame estoit si sage et honeste qu'elle sçavoit d'aultres moyens plus honestes pour amuser ledit roy de Navarre que cestuy-là , lequel de Navarre estoit aussi aisé à manier qu'un simple homme, tant il estoit débonnaire et courtois, ou, comme plusieurs ont dict, aysé à abuser. Durant ces menées, mons. le prince de Condé alla à la court pour mettre ordre à l'entreprinse de la cause, et conféra avec messieurs l'admirai de France, d'Andelot, colonel de l'infanterie de France, et le cardinal de Chaslillon, qui suyvoient tousjours le roy et la court, principaux solliciteurs de Iaditte cause, et les plus fins et rusez qui fussent en France. Il prince de Condé n'alla aucunement saluer le roy, ni le roy de Navarre, son frère, comme aussi ne fit la royne mère, ains fut assez empesché de recevoir et envoyer pacquetz, messages et postes de toutes partz, et faisoit la moytié plus d'affaires que le roy ni ses gouverneurs. Ce voyant, la ro}Tie alla parler à luy pour le saluer et pour luy faire entendre une partie de ce qu'elle avoit entendu dire de la future rébellion, pailant de ce avec luy moitié à jeu, moitié à certes. De laquelle ni de ses dictz ne fit grand conte ledit sieur prince , qui monstra à Iaditte dame ung visage triste et plein d'orgueil ; toutesfois , elle monstra semblant devant luy de n'en estre courroucée, et le plus amiablement qu'elle put se recommanda à sa bonne grâce, en luy disant telz motz, « Mons. le prince, je vous recommande la pauvre vesve et ses petis orphelins, » parlant d'elle et de ses enfans ^^. Qui empescha ledit sieur prince d'aller sahier le roy de
* Voy. plus haut, p. 119, la noie sur Condé, t. III, p. ai 3.) — Il y a sept lettres Githerine de Médicis. sur ce sujel ; les Mémoires de Condé n'en
* Lettres de Catherine de Médicis au renferment que quatre. Jacques Spifame, prince de Condé, pour le prier de prendre envoyé par le prince de Condé à la diète en considération t Testât de ce royaume, de Francfort, y j)réscnla et y fit sceller la vie du roy et la sienne , et entreprendre du sceau de Tempire la copie de ce» la delTense contre ses ennemis. 1 (:Wm. de lettres.
1562. Navarre son frère, fut une je ne sçai quelle mesfiance quil avoit de luy, et manioit avec les huguenotz, admirai, ses frères et aultres Tentreprinse de la cause le plus secrettement qu'ilz pouvoient, et ne s'en vouloient descouvrir à luy, d'aullant qu'il roy de Navarre estoit ung avec la royne mère et le connestable, qui en tout et partout eussent empesché à leur pouvoir laditte entreprinse. Ledit sieur prince fut, de re voyage, si peu à la coml que ledit roy de Navarre, empesché à ses plaisirs avec celle qu'on a dict luy avoir esté baillée pour Tamuser, telle que dessus est dict, ne put parler à son frère ledit prince, et à peine sceut-il bien qu'il avoit entré à la court.
L'entreprinse de se saisir de la ville de Paris par les kuguenofi savançoit fort, et taschoient lesdlctz huguenotz de tenir le tout prest, tant la surprinse d'icelle ville que la prinse du roy tout er ung jour et une mesme heure, de quoy bien s'appercevoient les Parisiens; lesquelz, par le conseil que ledit sieur de Guise leur avoil baillé n'y avoit pas longtemps, avant que s'en retourner en Lorraine, se donnoient garde secrettement jour et nuict, de peur de laditte surprinse. Lesquelz, voyant le nombre desditz huguenotz croislre en leur ville et se loger es maisons des huguenotz d'icelle, après que le? tavernes et hostelleries furent pleines, envoyèrent en poste audit sieu de Guise pour l'advertir du tout, et pour se haster d'aller à leur se cours comme il leiu* avoit promis , et ainsi menoient leurs affaires V Parisiens envers ledit sieur de Guise, comme faisoient les huguenc les leurs avec ledit sieur prince de Condé, et taschoient les de partys à qui préviendroit son compaignon.
La royne, voyant les affaires s'empirer, ne se put garder d parler avec affection au roy de Navarre, moytié à jeu, moitié à cer avant que mons. de Guise fust arrivé à la court, et pria ledit ro'» Navarre de faire lever la court hors de Monceaux ou Fontenay Meaux, et de mener le roy et elle à Paris, lieu de plus grande reté. Lequel roy de Navarre rapaisa laditte dame de belles par sans en vouloir rien faire; ce que voyant icelle dame, quasi ce en plorant, dist audit roy de Navarre, comme elle avoit f
1562. le jour assigné que les huguenotz avoîent donné pour saisir la personne du roy et la ville de Paris estoit le premier jour du mois de may. Ledit sieur de Guise alla saluer le roy, le roy de Navarre et la royne mère, si tost quil eut mis le pied à terre; il fut mieux que le bienvenu et luy fut par les imgs et les aultres des dessus nommez dict qu'il estoit plus que le bienvenu. Sans tenir long propos, fallut adviser aux affaires du royaiune , qui de toutes partz bastoient au plus mal, mesmes pour le regard du roy, à la majesté duquel ledit sieur de Guise monstra lettres des entreprinses qu'on faisoit contre sa personne et auctorité; de quoy moult fut attonné le jeune roy, qui du tout se recommanda audit sieur de Guise, en luy disant jusques à telz motz : « Mons. de Guise, mon amy, saulvez-moy et me servez de père, comme vous avez faict au feu roy mon frère, et je serai moult tenu à vous et aux vostres. » Auquel fit response ledit sieur de Guise qu'il voluntiers exposeroit corps, vie et biens pour son service, et que dès à présent il avoit douze cens chevaux aux champs à ses despens pour luy faire service; desquelz, s'il plaisoit à S. M., il en feroit entrer pendant deux heures le nombre de cinq cens à sa court, prètz à luy faire service fidellement. De laquelle promesse et offre moult s'esjouit le jeune roy, qui commanda qu'on les fîst approcher et loger le plus près de soy qu'il seroit possible. Or à ceste venue Guisienne furent toutes traïsons et entreprinses descouvertes.
Ce pendant qu'il de Guise estoit avec le roy, ses gouverneurs et mons. le connestable en conseil, arriva une poste qui apportoit lettres audit seigneur, de la part de mons. le mareschal de S'-André et des Parisiens, pour les haster d'aller à Paris en diligence, ou aultrement la ville estoit perdue et sur le poinct d'estre saccagée, comme l'orgueil et le hault cacquet des huguenotz , tant de laditte ville que aultres qui estoient dedans en nombre infini, le démontroient; lesquelz cheminoient par les mes les armes au poin, en chantant diverses chansons, tant de psalmes que de lamentations de Hyérémie, qui démonstroit assez le proche mal de laditte ville, si promptement n'y estoit remédié. Lesquelles lettres furent monstrées au roy et conseil
1562. pas qu'il allast contre eux et pour le salut de iaditte ville. Les gouverneurs d'icelle ville, comrae le prévost des marcbans, les eschevins, les présidens et conseillers d'icelle, sans sonner mot, s'allèrent rendre au logis dudit sieur pour le saluer, et n'y allèrent tous ensemble, ains les ungs après les aultres. Mons. le mareschal de S'- André faisoit bonne mine par les rues de Paris et bien de l'empescbé, duquel se mocquoient lesdictz buguenotz, qui estoient en cette volunté de le bien chastier. Pendant trois jours après, il alla après les aultres Parisiens pour saluer ledit sieur de Guise, et pour prendre conseil sur une si difficile affaire. La résolution de ce conseil fut telle, que, veu le grand nombre d'estrangers qui estoient dans la ville et tous armez, l'on se garderoit de faire sédition, s'ilz huguenotz n'assailloient les premiers, et que, au cas qu'ilz assaillissent les premiers, on n'espargnast homme pour se deffendre, ni aultre moyen quelconque, mesmement que l'on sonnast le toxin avec la cloche du Palais. Pour mieux se donner garde de Iaditte sédition, fut résolu entre eux que dès le soir on advertiroit les capitaines , cinquanteniers et dizeniers de chascun quartier et rue de Iaditte ville, de se tenir prestz dans leurs maisons les armes au poin, pour se deffendre, si besoin en estoit; que, à l'ayde du chevalier du guet, accompaigné du plus grand nombre de gens que faire se pourroit, sur les dix heures du soir, seroient conduictz hommes sur les murailles de la ville et aux portes, pour s'en saisir et faire le guet toute la nuict; que, incontinent après minuict, seroient posez corps de garde en plusieurs endroitcz de Iaditte ville, les armes au poin, pour enapescher la sédition qu'ilz huguenotz et estrangers eussent peu faire , se voyans descouvers; que au lendemain, à l'heure de huict, neuf et dix heures du matin, le ban se feroit par tous les carrefours des rues dudit Paris, que tous estrangers, gens sans adveu et aultres qui n'estoient de la ville eussent promptement à partir de Iaditte ville, sous peine d'estre pendus et estranglez. Ce qui fut si heureusement faict et exécuté que rien plus. A ce lendemain, les portes de la ville ne furent ouvertes qu'il ne fust sept et huict heures du matin, et
1562. de S. M. et les gens de guerre qu'il de Guise avoit amenez à la court fussent armez et prestz à combattre poiu* la liberté du roy, et tant fît ledit sieur de Guise qu'il tira le roy bors de Meaux à main ar^ mée et le saulva dans le cbasteau du bois de Vincenne-lez-Paris » en despit des rebelles buguenotz, qui ne fut sans coups frapper. L'arvant-garde desditz rebelles attacqua assez rudement les Suisses de la garde de S. M., pensant que saditte Majesté fust avec eux; mais furent trompez; car saditte Majesté, encores quelle fust jeune de unze ans ou environ, couroit la poste avec ledit sieur de Guise devant lesditz Suisses, et fut faict ung escbec par lesditz Suisses sur iesditz buguenotz entre Lagni et le pont de Trillebardoa> où il en demeura en la place de part et d'aultre. Cependant que le roy se saulvoit depuis Meaux jusques au bois de Vincenne, le cbemin estoit tout couvert de gens de guerre armez et bien montez pour son secoiurs; au devant desquelz accourut mons. le mareschal de S*-André, que mons. de Guise avoit laissé à Paris, et qui avec soy menoit bien mille Parisiens, tant de pied que de cbeval, tous barquebusiers bien morionnez et équippez. Le roy de Navarre, la royne mère et mons. le connestable suyvoient le roy avec ledit sieur de Guise, qui se trouvoient fort empescbez de ce trouble, et n'avoit le roy fiance plus grande quauxdictz sieurs de Guise et connestable.
Le roy, ayant gangné le cbasteau de Vincenne , se trouva là en plu» grande sûreté qu'il n'avoit esté à Meaux et les environs , à cause de la ville de Paris, qui est tout auprès ^ Sans la prudence de mons. de Guise , qui avoit faict garnir et saisir les portz de dessus la rivière de Marne, avant que mons. le prince de Condé s'en advisast, sans difficullé le roy eust esté prins; car ledit sieur prince de Condé, envoyant ses gens auxditz portz , les trouva tous occupez et bien garnis de gens de guerre , qui empescba que son cntreprinse ne pût réussir ni venir à son efiFect.
Mons. le prince voyant avoir perdu les plus grands et meilleurs
* La cdur se transporta de Fontaine- à Vincennes, et le 6 avril Charles IX bleau à Mclun le 3i mars, le lendemain s'installa au Louvre.
156-2. ni aultre meuble, que le tout ne fust par les nouveaux religieux de la prétendue réformée religion ravy, destruict et emporté, comme aussi fut le bien des maisons des prcbstres, curez, chanoines et aultres, qui ne fut sans quelques meurtres commis es personnes des ecclésiasticques et aultres qui se trouvèrent à la fureur. Hz nouveaux réformez ayant saccagé le tout es églises et maisons des prebstres et de plusieurs catholicques et marguilliers des parroisses, se voyans estre trop près de la ville de Paris et de la court du roy, quittèrent la ville et s'en allèrent après mons. le prince à Orléans, bien sçachant qu'en peu de jours on les eust assiégé pour les prendre audit Meaux. Il fallut qu'ilz saccageurs huguenotz rendissent compte aux députez par ledit sieur prince du larcin et pillage des églises et ecclésiasticques dudit Meaux, sous peine d'estre déclarez larrons, voleurs et sacrilèges et quant et quant punis de mort; et après avoir rendu compte auxdictz commissaires du tout ou partie , furent tenus et réputez gens de bien et vertueux.
On receut incontinent nouvelles que les villes de Rouen \ de Gaen*, du Mans ', de Boisgency, de Vendosme, d'Angers, de Tours, de la Rochelle, de Chastelleraux , de Montauban, de Lyon*, de Chaslon sur la Saône ^, de Mascon et de Bourges en Ben^y®, estoient toutes rebellées contre le roy, pour tenir bon contre S. M. et ceux qu'il y envoieroit, pour ledit sieur prince de Condé et ses huguenotz réformez. Tous les habitans desdittes villes n'estoient d'accord de laditte
* La prise de Rouen par les prolestanls eut lieu dans la nuit du i5 au 16 avril. (Floquet, Ilist, du parlement de Normandie, t. II, p. 38o.)
* Les 8 et 9 mai , les [)rotestanls saccagèrent les églises de Gaen.
■ « Reinonstrance envoyée au roy par les habitans du Mans,» 29 avril i56a.
{Mcm. de Condé, t. III, p. 35o.) Le Mans fut pris le 3 avril.
^ a La prinse de Lyon par les fidèles le dernier d'avril i5ti2.> (Archives curieuses
de Vhist de France, 1" série, t. IV, p. 176.) — • Discours de ce qui a este fait es villes de Valence et Lyon. » (Ibid. p. i85.)
' « Abrégé des choses les plus mémorables arrivées pendant les guerres civiles soubs les règnes de François II , Charles IX, Henri III et Henri IV, et particulièrement celles qui regardent Qiâlon, etc.» (L'IU lustre Orbandale, de Léonard Bertaud . 1. 1.)
^ Bourges tomba le 27 mai au pouvoir des protestants. (Raynal, HisL du Beny, t. IV. p. 35.)
250 iMÉMOIRES
1562. Depuis qu ilz huguenotz se furent faictz maistres des villes dessusdictes, n'y fut plus chanté ni messes, ni matines, ny eut plus confession, ni baptcsme, excepté le baptesme duquel ilz usoient à la nouvelle façon de Genefve, ni aultre sacrement de l'église de Jésus-Christ; ilz contraignoient les habitans d'aller escouter leurs prédicans, et les empeschoient de faire ni dire aultre senice à Dieu que celuy qu'ilz huguenotz faisoient et chantoient avec leurs prédicans à leiu*s presches, qui estoient des psalmes de David traduictz en rime françoise par Clément Marot et Théodore de Bèze. Hz ne soufiroient aulcunement que nul eust dict son Pater noster, son Ave Maria, ni aultre oraison en latin. Les catholicques , hommes ni femmes, n'eussent osé porter patenostres de quelque valeur que ce fust, eussent-elles esté de bois, ni heures en latin, sous peine d'estre battus par eux, et leurs patenostres et heures ostées, rompues et bruslées. Brief, nul ne croyroit la misère qu'ilz huguenotz faisoient aux catholicques des villes et aultres lieux où Hz avoient maistrise sur eux.
Et pour monstrer amplement la barbarie et tyrannie qui estoit esditz huguenolz, nous réciterons icy ce que véritablement avons sceu des faictz de leur vertu et piété. Et premièrement commencerons à la ville d'Orléans, dans laquelle fut commencée la tragédie huguenoticque pour ceste année K Fault entendre que plusieurs gens d'église trouvèrent moyen de se saulver dans les maisons de leurs amys, à la première fureur des jours que les églises et leurs maisons furent saccagées. Entre Icsquelz fut ung vénérable et scientifique personnage prcbstre, docteur en théologie, curé de la parroisse de nions. S'- Paterne, ûgé d'environ soixante ans, nommé
nostre maistre ^ lequel se saulva en la maison d'ung de ses
parroissiens, fort homme de bien, où il fut quelque mois à tous les
' Sur les violences et profanations com- dun, 1062, fol. 58). dit que le curé de
mises à Orléans par les protestants, voyez Saint-Paterne se nommait Guéset, et ra-
Loitln, Recherches historiques sur la ville conte la triste fin de cet ecclésiastique avec
iVOrlJans, t. ï, p. 432 et suiv. moins de détails que Cl. Ilaton. Voy. aussi
* Cl. de Saincles, dans son discours du AdiUlions aux mémoires de Casielnau, t. II.
^nccagenienl dos églises catholiques (Ver- 1. IV. p. 2 5.
jours chanter la messe en quelque Heu secret de laditte maison, sans 1562. estre descouvert ni apperceu des huguenotz qui y estoient logez. Quand il sembla audit curé que la fureur et rage huguenoticque fust passée audit Orléans, donna charge à son hoste de secrcUement semondre les plus catholicques de ses parroissicns et les introduire en sa maison aux jours des dimanches et festcs, à Thcure que les huguenotz seroient à leurs presches, pour venir à la messe et au sermon qu'il leur feroit, affin que le divin service qui leur estoit interdit en puhlic fust par eux faict en secret. Auquel obéit ledit hoste, qui en invita ce qu'il put et des mieux affectionez à la religion catholicque, lesquelz, à Fheiu'e assignée, se trouvoient audit logis, où estoit chantée la messe bas , et les prières faictes , comme aussi le sermon du sainct Evangile, dont ilz estoient fort joyeux, et continuèrent environ ung mois à ce faire avant qu'estre descouvers par les huguenotz. Ce que finablement descouvrirent aulcuns huguenotz de laditte ville, voisins dudit hoste du curé, qui les accusèrent au bailly du lieu, et aux aultres huguenotz.
Ceux-ci se donnèrent garde du jour et de l'heure qu'ilz verroient entrer les parroissicns dudit curé en laditte maison, et ung jour, entre les aultres, ayant apperceu plusieurs estre entrez en icelle, jugèrent que c'estoit pour y ouyr la messe ; et pour ce forcèrent le logis pour y entrer, et entrez qu'ilz y furent tant cerchèrent qu'ilz trouvèrent le bon curé, revestu des ornemens, qui chantoit la messe. Lequel fut par eux prins, lié et tiré hors de laditte maison, revestu des ornemens de l'église à chanter la messe , et ilz le menèrent par toutes les mes en cest estât, en se mocquant de luy et de la messe. Les paroissiens qui furent prins avec luy furent par ces pieux réformez huguenotz liez deux à deux par les bras et conduictz après ledit curé par les rues, avec toute mocquerie et ignominie et avec coups etbuffes merveilleux. Hz trainoient ledit curé en laisse, avec une corde qu'ilz luy avoient mis au col et aux mains; puis, après l'avoir traîné par toutes les rues de la ville en cest estât, le menèrent à ime des portes de la ville, où le tindrent toute la journée, et luy ayant mis ung morion
1562. sur la teste, le repurent d'injures et de coups de baston, l'abreuvèrent de leurs villains crachatz au visage, et se jouoient de luy, tout ainsi que firent les Juifs de Nostre Seigneur Jésus-Christ. Et après l'avoir bien battu, craché et injurié, la journée estant passée, le livrèrent audit bailly, qui commanda qu'on le minst en prison ; lequel , quelques jours après , fit son procès et le condempna à estre pendu et estranglé dans laditte ville à une potence. Messieurs le prince de Condé , l'admirai et d' Andelot estoient dans Orléans à veoir ce spectacle, qui n'en firent que rire en se mocqviant dudit ciu'é et de la messe; lesquelz approuvèrent la sentence de mort dudit curé, qui pour tout crime fut exécuté comme séditieux. Les tirans huguenotz ne luy voulurent jamais permettre d'oster et dévestir les omemens de l'église, desquelz il cstoit revestu quand 11 fut prins en chantant la messe, et le pendirent et estranglèrent avec iceux. A le veoir exécuter y avoit plus de deux mille personnes, tant catholicques que huguenotz, desquelz, comme l'ai entendu par ceux qui y estoient, lesditz sieurs prince de Condé et aultres estoient présens aux fenestres d'une maison.
Le bon curé , estant monté sur l'échelle au plus hault , regarda de toutes partz à l'enlour de soy la belle compaignie qui estoit là présente, tant des huguenotz que des catholicques, et après les avoir regardé, pria le bourreau et le seigneur admirai de France, qui estoit là, qu'on ne le hastast poinct de mourir, et qu'on luy baillast temps de parler et de faire ses prières, ce qui luy fut accordé. Il fut requis sur l'échelle par ledit sieur admirai, comme plusieurs fois avoit esté en prison , de se desdire de ce qu'il avoit presché selon la religion catholicquc et romaine, et de déclarer à l'assistance qui estoit là présente que la nouvelle prétendue religion réformée que tenoient lesdiclz huguenotz estoit la meilleure et vraye religion de Jésus-Christ et de sésapostrcs, et que luy et les aultres docteurs et prebstres estoient des séducteurs de peuple et des abuseurs de simples gens par leurs messes, matines et aultres cérémonies, et qu'en ce faisant luy seroit donnée grâce par mons. le prince de Condé, qui moult l'aymeroit,
1562. choit la vérité de l'Evangile, comme on a dict que je suis. Les benoitz aposlres ont esté par les Juifz, gentilz et payens, condemnez à la mort, soubz le terme de séditieux, en plantant l'église catholicque, apostolicque et romaine que nous tenons en France et qui y a esté tenue depuis mil cinq cens ans et sera jusques à la fin du monde, quoy que ne veuillent les héréticques et ceux qui par armes les deffendent. Ce me seroit une honte et ung plus grand péché devant Dieu si, en telle nécessité que je suis, je renonçois à Jésus-Christ et à son espouse la saincle église militante, pour les beaux offres et dons que Ton me présente, qui est de me donner la vie corporelle, laquelle, si j'acceplois en la manière qu'on me requiert, me feroit perdre la vie éternelle que j'atens par la mort à laquelle je suis condempné; pour laquelle vie éternelle avoir, je vous exorle tous, mes paroissiens et catholicques de ccste ville d'Orléans, qu'en la captivité et oppression où vous estes maintenant, que vous ai presché devoir advenir sur vous et sur cette ville il y a plus de dix ans, ne défailliez en la foy de Jésus-Christ et de sa vraye église apostolicque, en laquelle vous avez esté nez, baptisez et catéchisez, vous assurant qu'en peu de temps vous serez délivi'ez des tourmens où vous estes, et encores en toute liberté servirez au Dieu vivant. A vous aultres, messieurs qui estes icy présens, et aultres qui sont par le royaume dcsbauchez de la vraye religion de Jésus-Christ et qui avez délaissé la vraye église d'iceluy pour suyvre la faulse église des héréticques, je vous donne le conseil que mons. S' Pierre Tapostre donnoit aux Juifz auxquels il preschoit, en leur disant ainsi : A vous aultres, qui avez crucifié Jésus- Christ et persécuté son église, je vous admoneste de vous repentir et faire pénitence, et que ung chascun de vous se fasse baptiser, et Dieu vous pardonnera. Vous, messieurs, vous estes tous baptisez, il n'est plus nécessaire que vous le soyez ; mais il vous est nécessaire de vous retirer de vostre hérésie et de rentrer en l'église de Jésus-Christ par pénitence, et, se ainsi le faictes, vous serez saulvez. Les princes et seigneurs que vous suivez et pour lesquelz vous combattez n'ont poinct de paradis pour vous saulver, ils s'y trouveront assez empeschez eux-
1562. Les huguenolz obstinez et qui suyvoient pour le pillage se jetterent aux champs par les villages des environs dudit Orléans et aultres villes qu'ilz tenoient, pour aller saccager les églises et prebstres d'iceux; lesquelz prebstres, quand ilz tomboient en leurs mains, estoient plus pircment qu'entre les mains du grand Soldan de Babilone. Car, oultre la perte de leurs biens, estoient martirisez par cruelz tourmens jusques à la mort. Aux ungs couppoient les oreilles tout entièrement, puis les tuoient et enfiUoicnt lesdites oreilles, dont ilz faisoient des escharpes; aux aultres leur couppoient les génitoires et les leur faisoient manger, et mille aultres cniaultez que nosti'e maistre Claude de Sainctes, docteur en théologie et chanoine régulier, celui que nous avons dict estre ung des docteurs qui furent par le roy envoyez au concilie, a mis par escript, avec les noms des prebstres martyrisez et ceux des villages où ilz demevuoient, en son livre intitulé : Le saccagement des églises et prebstres par les héréticques huguenotz de noslre temps y en France ^ Fault entendre qu'en ceste persécution
l\iccuse d'avoir amassé grand argent et fait massacrer beaucoup de monde. Dans une lettre à la reine de Navarre, du i3 mai 1 56i, Bèzê désapprouve, au point de vue matériel , les brisements d*images , quoique de soi ce fait soit suivant la volonté de Dieu, et déclare entièrement inexcusables les violations de sépulture, en ajoutant que lo prince de Condé est décidé à en faire justice. (Mt'm. de Conilc, t. Il, p. SSg.) Voy. « Hemunstrance au roy sur les idoles abattues et rojoltées hors des temples en quelques villes du royaume. i56j.i (Id.
t. III, p. 35;).)
* Voici le litre du livre de Cl. de Sainctes que Cl. Ilaton ne parait pas avoir eu sous les yeux au niouient où il écrivait son récit : Discours sur le smctujement des éqlises catholicq lies par les hén'tùjnes uneiens et non* veaux advinistcs, en l'an t5(i"J. \ nu>iisoi- ^icur rilluslrissime card. do Lorraine, par
F.-Cl. de Sainctes, théologien à Paris. A ^'erdun, pour N. Bacquenois, imprimeur de monseigneur Tévesque et comte dudit Verdun. 1 562, avec permission dudit seigneur (in-S** de xx et 86 p.). — Il y a une autre édition : Discours sur le saccagement des i^gliscs, etc. Paris, Fremy, i563, in-8". — MM. Cimber et Danjou, dans leurs Archives curieuses de l'histoire de France, t. IV, i" série, p. SDg, ont réimprimé le chapitre xiv de cet ouvrage. — On trouve dans le même recueil (t. VI , p. 299 ), la reproduction du récit contenu dans le Théâtre des cruuuUe: des hén'ticqnes de nostre temps. (Anvers. Adr. Hubert, i588, in-4*.) L'auteur cite un grand nombre de faits : • Michel Grellet. de l'ordre de saint François, pendu à un arbre, en présence de Coligny ; frère Viroleau , lecteur dudit couvent, occis cruellement, luy ayant premièrement couppé les pa rties honteuses ; d'autres
de Fég^ise , les prebstres les mieux vivans et moings vicieux qui tombèrent es mains desditz tigres huguenotz furent les plus cruellement traictez et martirisez; car tous les prebstres vicieux qui se voulurent rendre avec eux n'eurent aulcun mal et y furent les bienvenus, moyennant qu'ilz reniassent leur prebstrise, la religion catholicque et quilz la persécutassent.
Il de Saincte récite qu'en ung village, entre Nostre-Dame de Cléry et Orléans, ilz barbares liuguenotz prindrent ung prebstre, auquel ilz coupèrent les parties honteuses et génitales, et luy les firent manger; et, incontinent après, le fendirent depuis la gorge soubs le menton jusques au pefit ventre, et tout vif luy descouvrirent les boyaux pour veoir qu'cstoit devenue ceste viande.
A ung aultre luy cernèrent la couronne de dessus sa teste et luy couppèrent les quatre doigtz sacrez des deux mains, puis le despouillèrent tout nud , sans luy laisser aulcun linge devant ses parties honteuses, et le lièrent à ung arbre pour le faire manger aux mousches, et après l'avoir longtemps laissé en cet estât, qui estoit en plain esté, le tirèrent à la harquebuse.
En ung aultre village près ledit Cléry, les dragons roux de hugue-
prebstres» ou gens catholiques, lues par pendaison, coups de liallcbardcs , laissés mourir de faim , sciés et fendus avec des cordes, bruslés à petit feu (le tout à Angoulesme); une femme bruslée aux pieds et aux jambes avec des pelles de fer (à Montbrun); le lieutenant général d'Angoulesme et la femme du lieutenant criminel de cette ville, mutilés, estranglés, traisnés par les rues; un prebstre, Loys Fayard , harquebuse , après qu'on luy eust bruslé les mains dans Thuile bouillante et qu on luy eust versé celte huile dans la bouche (àChasseneuil , près Angoulesme) ; le vicaire de S'-Auzanni , mutilé, enfermé dans un coffre percé et bruslé dlmile bouillante; d'autres, auxquels on arracha
la langue et on brusla les pieds (en la paroisse de Rivières) , auxquels on creva les yeux , qu'on pendit par les pieds, qu'on précipita du haut des murailles; un prebstre qu'on martyrisa de mille manières , en luy faisant sacrifier la messe (à Iloudan, près Chartres) ; le tombeau de Louis XI rompu , et ceux des ancestres du roy de Navarre et du comte Jean d'Angoulcsme violés; de»
prebstres dont on ouvroit le ventre et enrouloit les boyaux autour de basions et qu'on enterroit vifs (en Gascogne); une femme dont on remplit la partie honteuse de poudre à canon qu'on fit sauter (à Bazas) ; un huguenot portant une chaîne d'oreilles de prebstres, etc. etc. »
1562. notz entrèrent en la maison d'un dévost et honneste homme d'église, prebstre, jà viel, malade de fascherie du trouble advenu en Téglise, auquel ce jour- là on ^voit donné le sacrement de Fonction, parce qu'il estoit sur le poinct de la mort. Lesquelz, entrez en laditte maison, n'eurent patience que le sainct homme fust mort; mais, au lieu de luy crier Jésus Maria, avec blasphesmes exécrables luy mirent une corde aux deux piedz et le traînèrent par les rues, battant à grands coups sur son corps, où luy firent finer ses jours par tel martire, et après l'avoir laissé mort par les rues, allèrent ravir et emporter tous ses biens, disans qu'ilz estoient ses héritiers, puisqu'ilz s'estoient trouvez à l'heure de son trespas, et ne laissèrent aulcun meuble en sa maison.
Ung aultre qu'ilz trouvèrent qui fuyoit devant eux poiu* éviter la fureur de leur rage fut par eux attainct et, attrappé et, après plusieurs injures, battures et opprobres, luy fendirent le ventre par le nombril qu'on appelle le bouteril, et par là tirèrent environ demy aulne et plus de ses boyaux, qu'ilz lièrent et attachèrent à ung petit arbre, et l'ayant mis tout nud, en le foytant avec des verges, le contraignirent de tourner à l'entour dudit arbre , jusques à ce que tous ses boyaux furent desniellez et enveloppez à l'entour dudit arbre, puis le laissèrent là mourir, et au lieu de luy crier Jésus Maria à son trespassement, avec injures atroces luy persuadoient de renoncer la foy catliolicque.
A ung aultre prebstre luy fendirent la gorge par dessoubz le menton, et par là luy arrachèrent la langue hors de la bouche et la luy laissèrent pendre devant soy sur son estomac, et l'ayant mis en tel estât, avec grands coups sur son corps, luy disoient, « Curé, chante la messe, chante per omnia , » et en ce tourment luy firent finer ses jours.
Ung aultre curé et prebstre fut par eux prins, inocqué, battu et lié à leur dévotion; puis, après toutes sortes de mocqueries et injures, fut par eux soufflé et enflé comme ung mouton, puis escorché tout vif, et, n'estant mort entièrement, l'invitèrent à chanter la messe, qu'ilz disoient avoir escourchée à l'envers.
1562. espées, sans respecter le lieu, les personnes, les qualitez, sexes et âges. Ce premier coup de furie par eux faict, fermèrent les portes desdittes églises et s'enserrèrent dedans avec lesditz catholicques, pour premièrement prendre et lier les prebstres qui ne furent tuez à leur arrivée, comme aussi les plus riches et notables parroissiens et parroissiennes de laditte ville qu'ilz trouvèrent dedans , et comme chiens les couplèrent deux à deux pour les mener es prisons de la ville, pour avoir meilleur moyen de piller leurs maisons et par après les prendre à rançon.
Ceux desditz huguenotz qui furent dans la grande église épiscopale firent rage sur les prebstres, car en icelle y avoit peu d'aullres gens pour lors, et de fureur ung d'entre eux courut au grand autel pour tuer le prebstre qui chantoit la messe; mais fut arresté par ung de ses compaignons , qui luy dist telles paroUes : « Hé I compaignon , laisse achever la messe à ce diable de prebstre ; car aussi bien est-ce la dernière qu'il chantera jamais. » Laquelle messe fut plus grande que le pauvre prebstre peust, qui, sortant de l'autel, fut par les tirans cruellement martirisé. Il y eut ung grand désastre en laditte ville ce jour-là.
Voilà ce que nous avons sceu à la vérité de la cruelle persécution première de nostre temps en France par les huguenotz et prince de Condé leur chef. De laquelle maistre Claude de Sainc£es avoit faict ung petit livret, lequel, estant mis en lumière et bien imprimé, fut tout incontinent interdict par la royne mère et le roy de Navarre, à la supplication du prince de Condé, pour le deshoneur qu'il en recepvoit d'estre chef et capitaine de telz tirans qui estoient à sa suitte et qui avoient commis telles cruautez soubz le nom de son service. Et fut deffendu à tous imprimeurs de n'en plus imprimer, sous peine de la vie; et fut ledit maistre Claude de Sainctes en fuitte pour l'avoir composé et faict imprimer. Mais sa paix fut tost faicte, après qu'il fut de retour du concile. La royne fut blasmée d'avoir accordé l'interdict dudit livre, vcu qu'il ne contenolt que toute vérité et que ledit sieur prince estoit aucteur, par souffrance, de telz crimes. Mais laditte
1562. lieu d'aller es villes à eux désignées pour le service du roy, s'en allèrent à Orléans, pour le service du prince de Condé et des huguenotz contre le roy. Des aultres compagnies qui obéirent et demeurèrent au service du roy, plusieurs particuliers se cassèrent et quittèrent le roy pour aller au service du prince et de la cause ; aultres furent cassez par les chefz desditles compagnies, pour ce qu'on sçavoit quilz faisoient profession de laditte prétendue religion et refusoienl de faire le serment de conibatre contre ceux d'icelle prétendue religion. Il se trouva des personnes de toutes qualilez, de tous âges et de tous sexes, qui se trouvèrent du party de ceste faulse prétendue religion, tant de la maison du roy, des princes que du royaume. Plusieurs chevaliers de l'ordre du roy, plusieurs chevaliers de Tordre de mons. S'-Jehan de Jérusalem, templiers, commandeurs et chevaliers de Mallhe, plusieurs prebstres, aulcuns évesques, cardinaux, abbez, prieurs, moynes, gentilshommes, bourgois de ville, marchans, damoiselles et artisans se trouvèrent de la prétendue religion, contre l'église catholicque et contre le roy, les ungs avec port d'armes, les aultres par contribution de deniers, qui rendit leur cause merveilleusement forte. Tous qui estoient dextres à porter les armes et qui avoient moyen de s'ecquipper de pied ou de cheval allèrent au service dudit prince et de laditte cause. Ceux qui nepouvoient aller à laditte guerre fournissoient argent et contribuoient pour l'cntreténement d'icelle contre le roy et la religion catholicque; comme faisoient en ce pays de Provins frère Pierre Pisseret, moyne, prieur
de la Fontaine aux Bois; maistre Deninat, trésorier de l'église
de Bray, prebstre et chanoine; M*^ André de Gramont, prieur de S*-Ayoul de Provins, demourant audit lieu, lequel de Grandmont enroUa au nom d'ung sien parent, nommé mons. de Basordan ou Basjourdain, le plus de soldatz de ce pays qu'il put, et, leur ayant baillé argent, les envoyoit à Orléans les ungs après les aultres, trois à trois, quatre à quatre, cinq à cinq, et non en plus grande trouppe, de peur d'estre descouvers et manifestez. Et le lieu où il chargea le plus desdictz soldatz fut es environs de la forest du Gault, comme à
1562. et fort experts en faict de guerre; lesquelz tindrcnt conseil du moyen qu ilz avoient de faire la guerre au roy et à la religion catholicque et romaine. Laditte religion servit de couverture audit sieur prince de Condé et aux siens pour faire la guerre au roy et au royaume, et leur eust encores servy pour s'emparer de la couronne, s'ilz fussent venus à chef de leur entreprinsc. La résolution desditz sieurs fut telle, qu'il falloit que chascun d'eux emploiast les moyens qu'il avoit pour attirer gens de toutes qualitez à leur party, tousjours souhz le nom de la liberté que la prétendue religion apporteroit , et de la récompense que chascun en auroit. Aux grands seigneurs estoient promis les premiers lieux et cstatz du royaume; aux gentilshommes, les faveurs et hicnfaictz, estant récompensez par le bien des églises, qui leur seroit distribué chascun en son lieu, pour le posséder en vray héritage; aux ecclésiastiques, la libellé de la chair, par le mariage qui leur seroit permis, avec la charge du gouvernement de l'église réformée, pour en estre ministres, diacres et surveillans; au tiers-état, gens des villes et des villages, la liberté de franchises en toute paix, sans plus payer tailles, emprunctz, gabelles, ni auhrcs impositions quelconques, et sans jamais avoir guerre, après que celle-ci seroit finie, qui debvoit estre en peu de temps.
Outre ce, arrestèrent qu'ilz de laditte religion n estoient encores assez forlz en France pour tenir bon, fust à assaillir ou à se deffendre contre le roy et les catholicques, et que pour ce leur estoit besoin de se retirer aux nations étrangères d'Angleterre et d'Allemagne, qui faisoicnt profession de laditte prétendue religion, affin d'estre par eux socouruz et aydez; mais demeurèrent longtemps en leur délibération à reganler le moyen comment ilz pourroient avoir la faveur desdlttes nations estrangères et soubz quel prétexte ilz oseroient les requérir de leur ayder. Touteffois, à la fin conclurent qu ilz les requerroient au nom et faveur du roy, lequel ilz diroient estre prisonnier et sa mère aussi es mains du roy de Navarre et de mons. de Guise, qui se vouloient emparer du royaume de France et les tenoient prisonniers à ceste fin.
1562. guenotz de France de toutes qualitez, tant des villes que villages, nobles, prebstres, marchans, bourgeois et artisans qui faisoient profession de laditte prétendue religion. Mais ce moyen fut fort long, par quoy le conseil de la cause fut d'avis que le prince de Gondé fist forger de l'or et de l'argent des calices et croix des églises quilz a voient pillées et saccagées. Ce qu'il fit, et, pour ne poinct desgouster les nations estrangèrcs du bon vouloir qu'elles avoient de le secourir au nom du roy, lit forger et marquer les espèces d'or et d'argent qu'il lit faire au coing et nom du roy de France, et les espèces qu'il fist le plus forger furent escuz et testons. Ce pendant qu'on forgeoit lesditz or et argent, il prince de Condé se saisit et se fit saisir des receptes des tailles, gabelles et impositions du roy en toutes les villes et élections quilz tenoient, ensemble des deniers du domaine du roy, avec lesquelz appliqua le revenu des églises pour le payement et entreténement de la guerre contre le roy.
En attendant que le secours fust venu des estrangers eti France pour les huguenotz, mons. le prince de Condé fit une protestation et déclaration sur la prinse des armes par luy et les gens de la cause.
Dans cette pièce, il cherche à justifier sa conduite; il expose que lui et ses adhérents ont entrepris la guerre pour la défense du roi et de sa mère, pour le rétablissement de fautoritè royale et du repos public, et qu'ils ont été sollicités à agir ainsi par des lettres de Catherine de Médicis.
Laquelle déclaration et protestation il fit imprimer, comme aussi les lettres de laditte dame royne, pour monstrer à un chascun sa cause estre juste et équitable ^ Toutesfois, nid homme du royaiune, tant ceux de son party que des catholicques, n'a creu à laditte déclara-
* Au sujcl de ces pièces, voyez plus mai. {Id, ibid. p. 364.) — Dans les com-
haut, p. 289, note 2, et 2^7, note 1. Voy. missions données en i562 au nom du
aussi : Discours sur la captivité du roy. prince de Condé, ce seigneur est désigné
1 562, mai. » (Mém. de Condé, t. III , p. Sy^.) sous le tilre de protecteur et défenseur de la
— Advertissement à la royne mère du roy, maison et courorme de France, touchant les misères du royaume. i562,
1562. Champaigne et Brie avec de quatre à cinq cens chevaux, pour tascher par surprinses et intelligences à entrer dans les villes desditz pays.
Il perdit une belle occasion de la ville de Troyes, que ses gens avoient surprinse à Timproviste; ils se firent maistres de quelques portes, par Tintelligence qu'ilz avoient eue avec des huguenotz de la ville qui leur aydoient; mais ne se purent faire maistres de toute la ville, par la vaillance de mons. de Sainct-Falle\ bally dudit lieu, qui y estoit ce jour -là; qui, au premier bruict, s'arma et fît armer les habitans, lesquelz se ruèrent sur les huguenotz, tant assaillans que ceux de la ville, à grand oultrance, et tant firent, il de Sainct-Falle et les habitans, qu'ilz regangnèrent leurs portes vertueusement, ayant taillé en pièces tout ce qui se rencontra en leur voye des huguenotz. L'évesque, qui se faisoit nommer le prince de Melphe, gangna sa rançon poiur n'avoir esté trouvé en laditte ville par les cathohcques, qui firent debvoir de le bien cerclier en son évesché et par la ville pour le massacrer, d'aultant qu'il estoit huguenot et aydant à trahir icelle ville. Il fut tué environ 200 personnes huguenotz à laditte émeute.
Il prince Portien, estant audit pays de Champaigne et Brie au mois d'apvril de ceste présente année, sur les jours que les villes d'Orléans et aultres furent siurprinses desdictz huguenotz, praticqua avec maistre Jehan AUeaiune, bally de Provins, et Jehan de Ville, procureur du roy, de luy livrer laditte ville de Provins et de le mettre dedans au nom et faveur de mons. le prince de Condé et de la cause, ou du moings de luy dire le moyen d'y entrer de nuict ou de jour au desçu des habitans catholicques d'icelle, pour s'en faire maistre. Le jour, le moyen et l'heure donnés audit seigneur, ordonna ses gens pour venir à chef de l'entreprinse, qui, par le vouloir de Dieu, fut assez mal conduitte de leur part, dont bien en advint à laditte ville. Au jour assigné, dont la nuict ensuivant debvoit laditte ville estre surprinse, dès les quatre heures du soir et plus tost, arrivèrent
* Anne de Vaudrcy, s' de S'-Plial. — Sur la famaie de S'-Phal, voy. Ytbier. Nobiliaire de Provins, p. 174.
audit Provins, les ungs après les aultres, par petites trouppes, bien le 1562. nombre de cinquante hommes à cheval, assez bien enharnachez et armez, qui se logèrent es hostelleries de TEscu de France, du Gras- Mouton et aultres, et qui, faisant bonne mine, visitèrent lesdittes hostelleries et logis pour de cinq à six cens chevaux qu'ilz disoient debvoir arriver audit Provins, cedit jour, assez tard; et dirent estre le train d'ung prince qu'ilz ne nommèrent poinct. Incontinent que les huguenotz de la ville dudit Provins veirent arriver lesditz cinquante hommes dessus dictz, s'aprochèrent des principaux quilz cognoissoient, pour les carresser, et apperceut-on quilz faisoient bonne mine les ungs aux aultres. Les principaux de laditte entreprinse se firent conduire par quelques ungs desdictz huguenotz de Provins au logis du bally, où ilz entrèrent pour se mieux recorder sur l'exécution de Fcntreprinse ; laquelle résolue entre eux, se retirèrent en leurs hostelleries. Or n'y eut-il huguenot de Provins qui ne allast faire la caresse auxditz arrivez et d'une gayeté de cœiur.
De quoy premier s'apperceut Jehan le Dain, hostelier du Gras-Mouton, homme de bon esprit et bon citoicn, lequel, avant ([u'en parler à personne, ayant bien remarqué la manière de faire et contenance de ceux qui estoient logez en sa maison, s'en alla visiter l'Escu de France jusques es estables, pour sçavoir combien de chevaux estoient logez là dedans , pour considérer les gestes et manière de faire des hommes qui là estoient logez et pour voir s'ilz respondoient à ceux qui estoient logez chez luy; lequel les trouva d'une mesme façon. Il appella l'hoste du logis, qui s'appelloit Jehan Naudier, homme certes de bonne mise, pour conférer ensemble sur la manière de faire et de dire de ses hommes, et après avoir bonnement remarcqué leurs faictz, dictz, allées, venues, gestes et parlemens, résolurent que c'estoit quelque menée secrette qu'on voidoit faire et entreprendre en domage de la ville, et sur flieure allèrent cercher les procureui' et eschevins de la ville, pour leur donner advertlssemcnt du tout, aflîn de se donner garde d'estre surprins. Lesquelz tous ensemble s'allèrent conseiller et demander l'advis de M^ Philippe Durant, président
1562. du siège présidial dudlt Provins, homme entier pour la républicque de laditte ville et bien expérimenté en toutes choses; lequel leur bailla conseil que, entre les sept et huict heures du soir, ilz allassent fermer toutes les portes et lever tous les pontz de laditte ville, et qu ilz emportassent les clefz en leurs maisons, affin de remédier à la surprinse qu'on doubtoit, et quant et quant de faire armer quelques cent liommes pour faire le guet de nuict par les rues et principallement devant les hostelleries où cstoient logez les gens doubteux. Ce qui fut faict fort sccrettemcnt. Après que les portes furent fermées, ilz procureurs et eschevins ordonnèrent cinquante hommes sur les murailles des portes do Jouy et de S*- Jehan, par où on espéroit que debvoit arriver le train, auxquclz fut ordonné de ne sonner mot, ains de faire guet continuellement pour descouvrir ce quilz verroient et ouroient.
Après que les dix heures du soir furent passées, arrivèrent à la porte de Jouy les espies dudit prince Portien, qui allèrent descouvrir en quel estât estoicnt toutes choses; lesquelz, quelquement espouvantez , quand ilz virent les pontz levez , les portes fermées, et le silence si gi'and dans la ville, counirent à leur prince, qui est oit à Mortery, luy dire ce qu ilz avoient veu ; mais il pensa le tout bien aller et que la closture desdittes portes et pontz-levis pouvoit estre occupée par leurs gens et huguenotz de la ville, veu que le silence y estoit si grand quilz disoicnl. Et, sur ce rapport, fit cheminer ses gens et luy avec audit Provins, lesquelz, quand ilz furent à la barrière, dirent les motz du guet par trois fois assez foiblement, que noz gens de la ville ne purent entendre; et, voyans que nul leur respondoit, crièrent haultement et heurtèrent à la barrière à grands coups pour avoir nouvelle de quelqu'un de dedans. Auxquclz fut respondu par ung homme dudit Provins commis des aullres pour porter la paroUe, qui en respondant demanda : « Qui va là? » Auquel fut dit par ung des gens dudit prince que c'cstoit nions, le prince de Portien qui demandoit passage par la ville de Provins pour s'en aller en Bourgongne aux affaires du roy, et que pour ce on leur ouvrast la porte tout à l'instant. —
1562. à ce jour les portes de la ville ne fermèrent de nuict. Ledit bally fut fort blasmé des ungs et des aultres; il fut blasmé des huguenotz de ce qu'il n'avoit mis à bonne fin son entreprinse et trahison; et des babitans de la ville de leur avoir esté traître, et oncques depuis, durant le cours de ceste guerre, n'eut gouvernement des affaires de leur ville et fut d'eux réputé traître et proditcur de sa patrie, lequel, en ce qu'il put, s'en excusa envers les ungs et les aultres.
Durant le temps que le roy et les buguenotz faisoient chascun de lem^ costé leurs appareilz de guerre pour courre l'ung sur l'auitre, advint que le feu fut mis dans Tarsenac de la ville de Paris, sans qu'on sceust aulcunement qui l'avoit mis, sinon qu'on estima et crut-on que ç'avoient esté les buguenotz, pour brusler les pouldres à canon et sallepestres qui esloient dedans, et pour tascber par ce moyen à brusler la ville de Paris, en vengeance de ce qu'elle n'avoit esté saccagée ni prinse par lesditz huguenotz et gens du prince de Condé, par la diligence de mons. de Guise et des Parisiens, et aussi pour afToiblir le roy et le royaume d'aultant. Ce feu allumé aux pouldres dudit arsenac, qui estoient en grande quantité, mena ung bruict moult eff'roiable dans laditte ville et pourta ung grand domage. Plusieurs personnes furent meurtries et tuées des pierres et pièces de bois que la fureur du feu et desdittes pouldres cbassa au loing, plusieurs maisons d'alentour dudit arsenac furent rompues et bruslées, comme aussi aulcunes qui en estoient assez loing.
Ce faict cousta la vie et les biens à de buict à neuf cens personnes buguenotz de laditte ville de Paris , qui s'y trouvèrent quand la sédition commença. Car les Parisiens, se voyant assaillis par le feu mis audit arcenac, s'eslevèrent contre les buguenotz de leur ville si furieusement qu'ilz ne pouvoient trouver lieu de seureté pour se saulver d'estre tuez, murtris et saccagez. Plusieurs huguenotz se réfugièrent dedans les églises, pour contrefaire les catholicques, mais en fui-ent bien tirés bors par les crocbeteurs et gens incognus qui les massacroient^ Heureux estoit le huguenot qui avoit
* Sur les cruautés commises par les catholiques envers les protestants , voy. de Thou ,
ung amy prebstre ou moyne pour se saulver en sa maison ou pour emprunter sa robbe et son froc. Les petits enfans seulz furent réservez , moyennant qu ilz n eussent discrétion de sçavoir discerner du bien au mal. La sédition dura huict jours entiers à tousjours cercher huguenotz en laditte ville, où furent commis plusieurs abus; car, soubz le nom de huguenotz, plusieurs catholicques furent tuez, massacrez et jettez en la rivière par leurs ennemys et ceux à qui ilz les accusoient. Ce mot de huguenot estoit pour lors audit Paris en si grande haine que, pour faire tuer ung homme par les rues et le massacrer, il ne falloit que dire aux massacreurs , « Voilà ung huguenot ! » tout à l'instant, sans en enquérir davantage, le pauvre homme estoit mort; et se trouva cinq ou six bons catholicques avoir esté tuez en ceste façon ^ Duquel abus furent advertis messieurs de la court de parlement, lesquelz firent deffenses au palais et par les carrefours de la ville qu'on ne tuast ni qu'on ne massacrast plus personne desditz huguenotz, mais, là où on en trouveroit, qu'on les appréhendast au corps et qu'on les menast prisonniers pour faire leur procès et procéder contre eux par voye de justice, et qu'on n'y espargnast personne, de quelque qualité ou condition qu'ilz fussent; ce qui fut faict, de sorte que plusieurs desditz huguenotz qui avoient eschappé la sédition ne purent eschapper la prison^. Lesquelz, par sentence de justice,
1. XXX, et le Bulletin de la Société de ment deParis, qui ordonne que le lieutenant rhistoire du protestantisme français.
* « Règlement pour la garde et seurelé de Paris, par mons. de Brissac, gouverneur. 9 jmn i5G2.» (Bibl. imp. Fonlanieu, vol. 3oi-3oa.)
* cÂrresidelacour,du6*juini56a, qui ordonne la profession de foy de laditte cour et de tous les olFiciers d'icclle, et qu'il seroit fait procession , à laquelle laditte cour assisteroiten robbes rouges, pour Texpialion des blasphèmes, exceds et cas exécrables commis en Téglise de S'-Médart , par les malsentant de nostre s** foy catholique. » (Imprimé; vol. 3oi-3oa de Fonlanieu.) — Arrêt du parlc-
civil et quelques officiers du Châlelct marcheront par les rues de cette ville , pour y faire arrêter les séditieux, 4 juillet 1662. (Mém. de Condé, t. III , p. 523.) — « Arrestet ordonnance de la court de Parlement sur rinjonclion à tous ofTiciers royaux et autres de faire profession de leur foy et religion catholicquc, 12 juillet i562.» Paris, sans date, 8 p. in-8°. — « Acte de profession publique de foi, signé des prévost des marchands , échevinsde Paris, conseillers de ville, procureur, receveur, quarteniers , sergens de la ville, etc. 24 et 27 juillet 1 562. » (Bibl. imp. ms. de G)ll>ert, vol. 262 , p. 207.}
1562. furent exécutez, les ungs pendus et estranglez, les aultres rompus et mis sur des roues, estans, avec le crime d'hérésie, convaincus de murtres, volleries et saccagemens des églises et ecclésiasticques ; entre lesquelz furent exécutez Gabaston, chevalier du guet de Paris, pour le saccagement de l'église de S-Médart^ et quasi une douzaine de prédicans. Le pillage fut deffendu, quant et quant la sédition durant laquelle avoit esté permis ou toUéré, et Dieu sçait que plusieurs pauvres crocheteurs et poilefals furent faictz riches et plusieurs huguenotz pauvres. Les maisons des hugucnotz, tant de ceux qui avoient esté saccagez, pillez, que aultres absens, furent toutes marquées et scellées des armes ou armoiries du roy, et les biens mis en inventaires et soubz la charge de commissaires ordonnez de par le roy, jusques à ce que S. M. et la court de parlement en eussent ordonné. Et fut par ce moyen laditte viUe de Paris si bien nettoiée de huguenotz que les plus hardis n'eussent osé dire quilz en eussent esté. Et tous ceux qui avoient esté soubçonnez de l'estre et qui avoient pour quelque temps délaissé et intermis le service divin des églises catholicques, n'en rhoboient quasi plus jour ni nuict, pour saulver leurs vies et leurs biens; et oultre ce, pour estre veus catholicques, pendirent des croix et des ymages des sainctz à leurs chappeaux, et les dames des patenostres à leurs cinctures.
Sitost que les huguenotz sçurent la sédition faicte à Paris sur leurs
* Voici ce qu'on lil dans le Journal des événements de i562 indiqué plus liaul : «Le XXI* d'aoust, Gabaston, capitaine du get , fut descapilé et puys bruslé à S*-Jehan en Grewe, pour avoir esté au pillaige de S*-Médard et avoir favory aux huguenotz et aultres mal fectz. Le R. et A. et W. le vouloil fort sauver; mais ne fut jamais possible, car le peuple estoit tant animé contre luy que, si l'on Teût eslargy, Ton creignoit que le peuple ne fit violance à la court de parlement mesmes. Il morut catholicque , tenant tousjours la croys en
sa main et la baisant , se confessa et vouleut avoir absolution de la main du prebslre; avant qu'il fut dcscapité, demanda un salve regina, de sorte que le peuple, qui lui vouloit si grand mal, fut soubdain réconcilie, voyant sa fin. Toutesfoys, il y eut un crocheleur, accompaigné de quelques cnfans mal nourris , lesquelz , quant la justice fut partie du lieu du supplice, prindrent le corps qui estoit presque tout bruslé , et le traînèrent par la ville et puis le pourtèrent à une voucrie achever de le brusler. (Revue rétrospective, t. V.)
frères de la prétendue religion, redoublèrent leur rage sur les catho- 1562. licques et principallement sur les prebstres et sur les églises, lesquelz prebstres et églises ils saccagèrent comme devant. Hz abatirent la grande église de S^®-Croix d'Orléans, rez pied rez terre, et plusieurs aultres en plusieurs aultres lieux. Et non contens de saccager lesdittes églises et prebstres, ilz quant et quant exercèrent leur rage et cruauté sur les entrailles et ossemens des roys et princes trespassez. Premièrement, ilz huguenotz qui estoient dans Orléans, tant ceux de la garnison que ceux de la ville, avant que d'abatre l'église S**^-Croix, desterrèrent le cœur, frescheure et entrailles du feu petit roy Françoys second, qui estoient enterrez en laditte église, dans ung petit coflret de plomb, et les jettèrent aux chiens, ayant premièrement fricassé son cœur en une pesle sur le feu avec gresse. Et fut dict pour tout vray qu'il se trouva desditz huguenotz qui se monstrèrent si cruelz qu ilz en mangèrent, combien qu'il y eust jà près de deux ans entiers qu'il estoit mort.
Pareillement, les huguenotz de la garnison de la ville de Vendosme
' rompirent les monumens et sépulchres des ayeulx et père de leur
chef le prince de Condé et du roy de Navarre; les ossemens et pouldre
desquelz ilz jettèrent au vent et par les champs, pour avoir le plomb
de leurs bières et cerceuils^
Ceux de la ville de Bourges en Berry^ en firent aultant au monument d'une dame et contesse dudit lieu, qui estoit là enterrée il y avoit de cent à six vingtz ans, ainsi qu'il apparoissoit en escript sur le tombeau d'icelle. Laquelle dame, après ledit tombeau ouvert, fut trouvée aussi belle, vermeille, saine et entière en son corps comme le jour qu'elle mourut, sans que ung seul de ses cheveux fust tombé ni hors de sa teste. Ce nonobstant, lesditz enragez ne furent pour ce esmeuz à miséricorde envers le corps de laditte dame, lequel ilz dépiécèrent par pièces et morceaux, et les jettèrent par les rues dudit Bourges; qui fut ung faict, avec la fricassée du cœur du roy, fort barbare et tirannicque.
' Voy. de Tliou, I. XXX. — ' Voy. THistoire du Berry, par M. Raynal, t. IV.
1562. De laquelle tirannie forent faschez tous chrestiens catholiccpies , comme aussi furent aulcuns huguenotz qui estoient audit Bombes; lesquelz eux-mesmes jugèrent, après avoir veu le corps de laditte dame si entier en son tombeau, sans estre aulcunement terni ni consummé des vers ni de vieillesse , qu'il y avoit en ce quelque chose de divinne volunté. Et en ai cognu ungqui se retira de la huguenotterie et hérésie pour l'avoir veu, qui estoit ung maistre soldat; lequel, au partir dudit Bourges le jour mesme, pour se retirer en sa maison, emporta avec soy une grande pongnée des cheveux d'icelle dame, qu'il monstra à toutes personnes qui les volurent veoir, tenir et manier, et fus ung de ceux qui les mania et visita, si tost qu'il fut de retour en sa maison. Lequel oncques depuis ne voulut estre et ne fut huguenot , pour avoir veu ce faict si barbare, commis par ses frères et compai* gnons réformez.
Les huguenotz, estans entrez à Vendosmes, allèrent visiter toutes les églises à leur mode et diabolicque dévotion, qui estoit pour tout piller, voiler, desrober et saccager, fussent croix, calices, orphévreries d'or et d'argent qui estoient à l'entour des relicques des sainctz ; qui toutes furent, par la permission de Dieu, pillées et voilées, excepté la saincte larme de Nostre Seigneur, qui est la principalle relicque qui fust dans laditte ville de Vendosme. Et est ceste une des larmes qui tomba des yeux de nostre Seigneur Jésus-Christ, quand il résuscita le Lazare, frère des mères Marthe et Magdelène de Bétanie lez Jérusalem; laquelle saincte larme les pères et ayeulx du prince de Condé, nommez messieurs de Bourbon, avoient en grande révérence et honneur, et l'avoient jadis raportée de Jérusalem par grande dévotion, pour en décorer leur ville de Vendosme , ville principalle de leur patrimoyne. Laquelle saincte larme fut saulvée par ung prebstre séculier natif de Vendosme, qui l'apporta en habit dissimulé dans la ville de Paris à saulveté; où estant, ayant entendu que madame l'abbesse du monastère des religieuses deChelles, à quatre lieues de Paris, estoit ime saincte et catholicque princesse , sœur du roy de Navarre et dudit prince de Condé, luy porta ledit joyau et saincte relicque en garde.
comme digne de ce, à l'exemple de son père etayeuk, qui toute leur 1562. vie s'estoient portez protecteurs et gardiens d'icelle. Je ne sçai si j'équîvocque poinct en disant que ledit prebstre eust porté laditte saincte larme à Chelles à laditte dame, et croy que ouy, et me semble que laditte dame, ayant entendu laditte saincte larme estre à Paris, au monastère des dames cordelières de Longcbamp, comme princesse du sang royal et fille de la maison de Vendosme et de Bourbon, sollicita par force de justice d'avoir la garde de ccste saincte relicque, qui luy fut adjugée par messieurs de la court de parlement ; laquelle la fit porter dans son abbaye et monastère de Chelles, où sont grand nombre de nobles dames religieuses princesses des maisons de France, où fut laditte saincte larme depuis ceste année jusques à Tan 107 5 ou 1 6 qu elle fut reportée audit lieu de Vendosme.
Le roy ayant, par le roy de Navarre et mons. de Guise, délivré les commissions aux capitaines pour lever et mettre gens aux champs pour son service, le tabourin commença à sonner de toutes partz pour lever soldatz et les enroller. Lesquelz furent levez assez légèrement et hastivement, mais fort lentement conduictz et menez au camp et service du roy. Ils furent quasi par tout Testé de ceste présente année à tenir les villages les ungs après les aultros (où il nV avoit gentishommes et seigneurs de crédit pour les saulver), pour y manger de toutes leurs dens, et pour les rançonner, tant en général quen particulier; en général, c'est-à-dire tirer rançon d'ung village pour n'y loger, puis rançonner en particulier chascun son hoste du village où ils logeoient. Fault notter que les gens des villages furent plus cause que les gens d'armes les rançonnèrent que ne furent lesditz gens d'amies de les rançonner; car, pour le commencement de ceste guerre, les gens des villages estoicnt si riches et plains de tous biens, si bien meublez en leurs maisons de tous meubles, si plains de vollailles et bestial, que c'estoit une noblesse; et pensoicnt les moings clair-voyans en affaires que ceste guerre ne seroit rien ou bien peu, ne sçachant de quelle importance estoicnt et sont les guerres civilles. Et pour ce, voyans les gens de guerre rompre leurs belles tables.
1562. coffres bien forbis et relulsans, tuer grande quantité de voUailies, sans estre requis desditz gens de guerre de leur bailler argent, leur en offroient voluntiers affin qu'ilz se passassent à moings de despence, (3t, pour estre plus paisibles avec eux et pour les appaiser, leur donnoient demy-teston, aultres dix soulz et les plus haultz ung teston, selon le nombre de soldatz qui estoient logez en la maison; et où ilz se trouvoienl plusieurs logez en une mesme maison et chez un mesme hoste, si est-ce que pour tous nestoit la rançon que d'un teston. Le soldat qui pouvoit estre logé seul en ung logis avoit plus de prouffit seul à demy-teston ou cinq soulz que luy donnoit son hoste que n avoient plusieurs en ung logis. Les gens des villages exhortèrent si bien lesdltz gens de guerre à leur bailler rançon par le moyen susdict, qu'en peu de temps après lesditz de guerre volurent chascun leur teston, et d'un vindrent à deux, de deux à trois et de trois à escu pour homme, avant que les troubles cessassent, et si rompirent tables, bancs et tortcaux , couches , coffres et escabeaux. {Il y a ici une lacune dans le manuscrit. ]
Coutures-iez-Bray ^ qui avait refusé de recevoir les compagnies royales, fut fort maltraite.
Les filles et jeunes femmes eurent fort à faire à deffendre leur pudicité. Les hommes en fuitte, le bien fut mis au pillage et tout autre acte de villenie fut par iceux soldatz exercé, l'espace de trois ou quatre jours qu'ilz demeurèrent audit lieu. S'il y eust eu bonne justice en France, l'insolence faicte audit lieu estoit plus que suffisante pour faire mettre à bon droit ledit Risocourt sur la roue et ses soldatz au gibet. Mons. de la Barge, gentilhomme demourant à Molind'Ocle, parroisse des Ormes, ayant compassion de l'affliction des habitans dudit Costure, ses voysins, pria ledit Risocourt de desloger, comme aussi fit Gond Fortin, archer et garde de la porte du roy, appelle V Enfant de Goix, demourant à Flamboin, pour Thonneur
' Commune des Onnes, département de Seine-et-Mame.
DE CLAUDE IIATON. 281
desquelz il deslogea, et n'eut honte de dire que, sans eux, il n'en eust 1562. party de hulct jours. Voilà comment il Risocourt et les aultres capitaines de sa faction se travailloient et diligenloient d'aller au camp pour le service du roy. Les rebelles huguenotz pilloient et ravageoicnt le royaume d\m costé et eux de l'aultrc. Ceux dudit Costure furent si bien estrillcz à ceste fois qu'ilz n'eiu^ent plus volunlé de tenir bon contre aultres trouppcs de gens de pied , ains les laissèrent entrer pour y vivre à discrétion, comme es aultres lieux.
Les liabitans du bourg de Tlicnisi^ n'eurent pas meilleur marché d'une aultre compagnie de gens de pied qui les assaillit; je n'ai retenu le nom de leur chef. Hz entrèrent dedans Thénisi non si facilement que Risocourt à Cousture , car les habitans se deffendirent longtemps contre eux avant que de se rendre , jusqucs à en tuer six ou sept et à en blesser plus d'une vintaine. Qui pareillement leur fut cher vendu; car ilz gens de guerre, estans entrez audit Thénisi , tuèrent plus de douze personnes des habitans qui tombèrent en leurs mains, et si pillèrent tout ce qu'ilz trouvèrent de quoy ilz purent faire leur proufTit. Par ainsi ces trois bourgs fermez voisins à une lieue fung de l'aultre, c'est assavoir ledit Thénisi , Costures et Vimpelles, n'eurent occasion de se mocquer long temps l'ung de l'aultre; car en moings de vingt joiu's ilz furent chastiez et battus de mesmes verges, qui moult les apauvrirent en faict de meubles ; car à tous ne leur denjoura que ce qu'ilz avoient vestu au jour de leur fuitte et surprise.
Les liabitans de Aleel-sur-Seine, qui, dès l'an mil cinq cens quarantehuict et neuf, avoient obtenu lettres du roy pour se fermer de fossez qu'ilz firent faire dès lors, eurent quelque oppinion en eux de se fortifier en ceste présente année; et pour ce faire, firent curer leurs fossez et les remparer, en espérance de tenir bon contre les gens d'armes qui journellement logeoient en leurs maisons. Et pour se rendre plus forlz contre iceux gens d'armes , acheptèrent des grais et des pierres pour faire la maçonnerie de leurs portes, et de faict en
' Déparlcnicnt de Seine-el-Mariic, arrondisscmcnl de Provins, canton de Donnemarie.
ifiO-J. lircnt une du costé et au bout devers Ermés et Goix, qui est assez petitement faictc, avec assez de coustance. Lesquelz , ayans entendu le niaulvals traictement que les gens de guerre avoient faict aux bourgs snsdilz, qui cstoient plus fortz de gens et de closture que eux, perdirent courage et n'en firent davantage.
Av(jc les grès et piorros restés sans emploi, M. de la Vallée ^ seigneur deMelz à cause d<î sa femme Anne de Brinon, veuve de M. de Luze, se; fait construire un cliàleau. L'ancien château avait été ruiné au temps des guerres contre les Anglais.
Il nous faidt retourner à parlei* des affaires du roy et de la guerre [u'il luy convint faire contre les liuguenotz condéiens. Faidt noter (ue le roy et ses gouverneurs furent contrainctz de dresser trois camps dans le royaume, pour résistei* à la rage cruelle desditz hiiguenotz condéiens, tout en ung mesme moys. Le premier fut à Estampes, qui lut environ de trente mille iiommes de faict, pour le mener de la partie d'Orléans; duquel fut gouverneur le roy de Navarre, encores qu'il (Mist son frère, mons. de Condé, chef et protecteur desditz huguenotz. Ledit sieur roy de Navarre mena avec soy mons. de Guise, qu'il ordonna son lieutenant à la conduitte dudit camp. Messieurs le counestable de France et le marescbal de S'-Andrc furent audit camp, avec lesditz sieurs roy de Navarre et de (luise , pour conseillers, comme gens foil expérimentez en faict de guerre.
Le deuxiesme camp fut assemblé es environs de Pontoise, qu'on nn*na devant Rouen, duquel fut gouverneur et lieutenant pour le roy mons. d'AumalIe, frère dudit sieur de Guise, qui tint laditte ville assiégée depuis le moys de juUiet jusques au mois de décembre, ayanl avec soy de dix à douze mille hommes.
Le troisiesme et dernier camp fut assemblé es environs de Lyon, duquel mons. de Nemours fut gouverneur et lieutenant pour le roy. Lequel assiégea et reprint les villes de Chaslons et Mascon-sur-la-
' Sur Gabriel de la Vallée, voy. h la bibliothèque de Provins le Nobiliaire de M. Vthier, p. 63.
i)E CLAUDE HATON. 2S:\
Saône, mais ne put que faire à celle de Lyon, faulte de secours, 1562. combien que son camp fust, ainsi que l'on disoit, de quinze à dixhuict mille hommes. Ledit sieur de Nemours, avec mons. de Maugeron, son lieutenant, gouverneur de Daulphiné, firent assez d'exploict sur les huguenolz condéiens de ce pays-là, et les contraignirenl de quitter plusieurs places, villes et chasleaux, et les alfoiLlirent fort par rencontres et escarmouches rudes et cruelles , où plusieurs desdilz huguenotz furent luez.llz de Nemours et Maugeron auroient rcgangné la ville de Lyon, sans ung traître de la ville qui les empeschea. 11 y eut ung grand eschec donné en laditte ville ; toutesfois, lesditz sieurs furent conlrainctz de se retirer, ayant perdu heaucoup de leurs gens. Ledit sieiu^ de Nemours Irouva moyen de regangner le baron des Adroictz, grand seigneur huguenot, qui pour les huguenotz lenoit les champs et le pays en sid^jection contre le roy et son auctorité, et le réduisit au service du roy avec plusieurs seigneurs et solda Iz de .ses trouppes : dont le prince de (^ondé et ses huguenotz furent moult dolens, car c'estoit ung des plus vaillans guerriers de leurs trouppes, Fung des plus meschans contre l'église catholique, et qui ht moult de mal au pays de Daulphiné.
Le roy de Navarre, avec les seigneurs de sa suitte, ayant assemblé son camp à Estampes, le ht cheminer vers Orléans, et pensoit-on qu'il alloit mettre le siège devant la ville pour la reprendre, dans laquelle estoient mons. le prince de Condé son frère, l'admirai de France et auitres grans seigneurs de leur cause; mais passa oultre, et alla à Boisgency, à Cléry, de là à Tours etàVendosme; desquelles villes il chassa les huguenotz qui les tenoicnt, et les reminst en l'obéissance du roy sans grande difficulté. Et croy que nulle desdittes villes ne tint bon et n'endura le canon contre ledit seigneur et son camp, ains les abandonnèrent et s'allèrent rendre, les aulcuns à Orléans, les auitres à Bourges en Bcrry, aidtres à Potiers, les auitres à la Charité , Sancerre , Vézelay et Auxerre, que lesditz huguenotz tenoient. Dans lesquelles villes de Tours, Vendosme et auitres réduittes au roy furent mises grosses garnisons et capitaines pour le roy.
ac.
156i. De Tours et Vcndosmc, ledit sieur roy de Navarre envoya somni<»r la ville de Bourges en Berry de se remettre en Tobéissance du roy, ce qu'elle refusa faire; par quoy y fit mener rartillerie et conduire le can)|) au moys de septembre, et la fit assiéger, battre et ranoner avec toute hostilité de guerre. Laquelle ville ne se voulut rendre du premier coup; ains tint bon et endura le canon et plusieurs assaulx bien l'espace d'ung moys et plus avant que de se rendre. Et fut nouvelle qu'ilz ne se voulurent rendre qu'à la royne mère du roy, laquelle les print à mercy, contre la volunté du roy de Navarre et aullres seigneurs du camp, leurs bagues saulves^
On connnença fort à nmrmurer par toute la France de laditte dame, et jugea-on qu'elle s'enlendoit avec nions, le prince de Condé, (»t disoit-on qu'elle faisoit le faict et le deffaicl. Et est une chose toute certaine, comme il a depuis esté avéré, qu'elle s'entendoit avec ledit sieur prince de Condé, auquel elle escrivoit souvent les desseings (hi conseil du roy son filz el de la guerre qu'il faisoit contre luy, et ne se contentoit laditte dame de luy escrire, mais souvent el à la desrobée se traiisporloit dans Orléans et aultres lieux entre eux assignez, pour parler ensemble; dont plusieurs personnes du royaume jugèrent mal au déshoneur de sa pudicilé, tant d'ung party que de l'aultre.
La reprinse de la ville de Bouiges eslonna fort les huguenotz qui tenoient les villes de Potiers et de la Charité sur Loyre. Car, sçachans qu'on vouloit les assiéger, quittèrent icelles villes et se retirèrent, les ungs à Orléans, les aultres es villes de SanceiTe, Auxerre et Vézelay, ayans pillé et ravy tout ce qu'ils purent avant que d'en partir. Il fut bruict par le pays qu'ilz huguenotz avoient mis le feu dans la Charité; mais ne fut vray.
Le roy de Navarre tint conseil, après la reprinse de Bourges, pour
' V. l'acte de la capitulation de Bourges la reprise de Bourges par les catlioliques.
(3i août 1D62), dans les Mémoires de (Voyez mon analyse de ce Journal, dans
Condé, t. III, p. 634. — On trouve dans les Mémoires de la Société des Antiquaires
le Journal de Jean Glaunieau le récit de de Franco, l. XXII.)
DE CLAUDE IIATON. 285
délibérer devant quelle ville on mèncroll le camp du loy. Car pour lors 156*2. nesçavoit-on où prendre les luigueuotz, siion dans les villes, parce (ju'ilz ne tenoient encores les champs en trouppes ni forme do camp. Ledit sieur roy de Navarre estoit d'avis d'aller assiéger la ville d'Orléans; mais le conseil ne s'y put accorder pour deux raisons : la première, à cause de la pestilence qui estoit dans icelle, de laquelle mourut la femnje dudit sieur prince de Condé, de la maison de Pioye, qui s'esloit relirée léans. L'aultre raison estoit à cause du prince de (]ondé, lequel on eiist esté content de retirer au parti du roy, à cause dudil roy de Navarre son frère, sans coups frapper; ce qu'on espéroit ([ui fust advenu après qu'on eiist eu réduict et reprins les aultres villes du royaume. Et pour ce Tut résolu audit conseil qu'on laisseroit laditte ville d'Orléans; mais que, passant par auprès, on iroit assiéger et mettre le camp devant la ville de Rouen en Normandie \ aflln de secourir mons. d'Aumalle, qui la lenoit assiégée il y avoit plus de quatre moys, sans y avoir faict aultre chose que d'avoir piins le mont S^® Katerine, qui est une assez forte place sur une haulte montaigne, à ung quart de lieue dudit Rouen, de laquelle il contraignit les huguenotz de desplacer tost après qu'il fut arrivé-. Mais du depuis ne sceiit aultre mal faire auxdilz huguenotz de Rouen que de les tenir en sulDJection ou à l'abboy, en attendant que le camp du roy de Navarre l'iroit secourir. Depuis que ledit sieur d'Aumalle lut campé audit mont de S*°-Raterine, ne l'osa abandonner, de peur de le perdre, car ce eust esté ung grand désavantage poiu- le roy, et qui eust beaucoup cousté à reprendre; parquoy, ceux qui sc^avoient de quelle importance estoit ce mont louèrent assez ledit sieur
^ Les prolcsianis commirent à Rouen biens y eslans. loGa, aoul 'î(). >» [Mém.de de grandes dévaslalions. \'<)y. » Arrcsl du Condé, L Ilf, p. Gi.l.) parlenicnl de Rouen séanl à Louviers * Arrêt du parlement dcî Pariî», qui orconlre les rebelles séditieux qui ont pris donne (|u'il sera lait des prières publiques et porté les armes contre le roy, violé les pour rendre grâce à Dieu de la prise du temples, saccagé et bruslé les monastères, i'ort S"-Callierine, à Rouen. 1362,7 ocreligions, lieux de dévotion, maisons des lobre. [Mcni. de Condd, t. IV. p. /ii.: catholiques, pillé, robbé et emporté les
1562. d'Aumalle de l'avoir prins el gardé jusqiies à la venue du camp du roy.
Diidit mont S**-Katherine on descouvre et veoit-on par toutes les rues dudit Rouen. Les huguenotz irritèrent moult de fois ledit sieur d'Aumalle pour le faire partir dudit mont, fust pour les aller assaillir dans la ville ou pour les tirer au combat hors d'icelle; et poiu' mieux et injurieusement le provocquer, ilz huguenotz de la ville vestoient sur leurs corps les chappes des églises qui servoient aux services des trespasscz, et en se pounnenanl par les rues,. au veu des gens du camp dudit sieur d'Aumalle, chantoient Requiem œternam et disoient que c'cstoit le service dudit sieur qu'ilz faisoient. Et firent ce par deux jours; mais au troisiesme fallut faire le leur. Car le canonier du camp dudit sieur, après avoir veu telles mocqueries, bracqua quel([ues pièces de faulconneaux si dexlrement, au lieu où ilz avoient coustume d'aller faire le service, qu'estans revenus au troisiesme jour, tira au milieu d'eux et les minst en pièces, et oncques depuis en cest endroicl n'allèrent chanter Requiem poiu* ledit sieur d'Aumalle.
Qui sollicita pareillement que le camp du roy soubz la conduitte du roy de Navarre fust mené à Rouen , fut mons. le card. de Bourbon, archevesque dudit lieu; duquel assez rudement avoit par les huguenotz de laditle ville el gens de leur garnison esté chassé, encores qu'il fust prince du sang royal de France et frère de leur chef le prince de Condé. Lequel, pour rentrer en sa maison et ville archiépiscopalle, fut, avec le conseil de messieurs de Guise, le conneslable et marcschal de S*-André, d'avis d'aller audit Rouen mener le camp, premier que d'aller à Orléans, et de ce faire en sollicita le roy de Navarre son frère, qui, comme au conseil, luy voulut bien obéir. Pourquoy fut le camp mis aux champs de Bourges pour aller à petites journées audit Rouen, où il arriva quelques peu de jou^^ auparavant la festc de Toussa inctz.
Lne aultre raison avoient messieurs du conseil pour persuader au roy de Navarre d'aller audit Rouen pour réduire la ville et le pays en l'obéissance du roy, qui estoit telle : qu'il falloit par nécessité y
aller, aflin de joindre les forces du roy, qui cstoient séparées, toutes 1562. en ung, et ainsi se rendre plus forlz contxe Tennemy, qui attendoit des forces d'Allemaigne, pour se joindre avec eux et se mettre aux champs, en forme de camp, joinct aussi que le camp du roy de Bourges s'affoiblissoit fort à cause des garnisons (ju'il avoit convenu laisser et mettre es villes qu'on avoit reprinses et réduittes.
A rinstant que le roy de Navarre et son camp furent anivez à Rouen, il fit sommer la ville de par le roy de se rendre à luy, pour veoir s'ilz lui porteroient quelque respect plus qu'à mons. d'Aumalle. Auquel firent response qu'ilz ne se rendroient non plus à luy qu'à aullres, ains qu'ilz tenoient la ville pour le roy, en attendant sa majorité et sa liberté. Laquelle response print ledit seigneur pour refus, et pour ce la ville fut pai* luy assiégée, batue et canonnée par toute fureur de guerre, sans y rien espargner. Si laditte ville fut vertueusement assaillie, aussi fut-elle opiniâtrement deifendue par les huguenot/ de dedans, sans y espargner ni respecter aulcune personne ([U(* ce fust. Car ilz n'y espargnèrent ledit roy de Navan'e, non plus (jue ung simple soldat, lequel roy de Navarre fut par fung d'entre eux tué d'ung coiq) de fauconneau en visitant les tranchées, en la présence démons, de Villegangnon , natif de Provins, chevalier de Mallhe, <{ui fut blessé dudit coup en une jambe qu'il eut rompue, de laquelle il demoura boiteux le reste de sa vie. Hz huguenotz, sçachans avoir tué le roy de NavaiTe, entrèrent en une liesse et joye indicible; car par sa mort ilz pensoient avoir tout gangné, et à haulte voix crioient victoire de l'Evangille sur la messe, et quasi firent feu de joye dans leur ville de ce coup; mais ne leur en fut donné le loisir. Car les seigneurs connestable, de Guise, dWumalle et mareschal de S -André poursuivirent faflaire si vivement, contre l'espérance desditz huguenotz, qu'ilz furent contrainctz de laisser toute joye pour entendre aux affaires que leur donnoient lesditz sieurs. Lesquelz si furieusement firent battre laditte ville, que les murailles d'icelle furent par grandes bresches jettéespar ten*e, et incontinent tout chauldement les assaux donnez si gaillardement que les pauvres huguenotz ne scavoient où
1562. Hz en est oient. Lesquelz, avec grande perle de leurs gens, furent malgré eux prlns d'assault, tuez, meurtris et passez la plupart au tranchant de i'espée K Et fut par les gens du roy renversée la chanson des huguenotz, el chanté victoire de la messe sur FEvangile huguenot. Le capitaine Lorge, appelle le seigneur de Mongomery, qui estoil coluy qui avoit tué le feu roy FIcnry, estoit gouverneur dans laditte ville pour les huguenotz et le prince de Condé. Lequel, voyant la ville perdue, se saiilva sur la mer en une har([ue qu'il avoit faict appareiller pour luy et pour les |)rincipaux chefz de la réheUion Tout ce qui fut trouvé en armes par les rues et sur les murailles fut passé par le fd de Fespée. La ville fut mise au pillage par les soldalz du camp, qui se hrent gentis compaignons. Dieu sçait que ceux qui estoicnt mal hahillez pour leur yver ne s'en allèrent sans rohhe neufvc. Les huguenotz de la ville furent en tout maltraictez et les catholicqucs supportez; car ilz avoient heaucoup souffert les premiers, depuis le moys dernier que les huguenotz les avoient surprins, jusques à ce jour. Les principaux huguenotz gouverneurs de laditte ville, tant justiciers que aultres, qui furent trouvez en icelle, comme aussi les prédicans, furent emprisonnez et par sentence de justice condempnez, pendus et estranglez, et les prédicans hruslez et leurs hiens conlisquez au roy. Les églises des catholicques furent ouvertes, le service divin, la sainctc messe et les sacremens remis en usage, qui avoient esté fermez et intermis en laditte ville plus de six moys y avoit, les ecclésiaslicques rentrèrent en leurs hiens, églises et maisons, pour y vivre en sûreté, à la garde desquelz et de la ville fut laissée grosse garnison de par le roy avec capitaines loyaux et de fidélité. Apiès que le camp du roy fut entré dedans Rouen et que la fureur fut appaisée, fut tenu conseil par les princes et officiers de la couronne qui là esloient avec le roy et la royne sa mère, ensemble
* La ville de r»oiienful prise le 26octo- i5C)2 , 27 oclobrc. (Mcm. <le Condé, t. IV,
hie. (V\o(\uQl, IJîstoirc du parlement ilc!\'or- p. bo,) Voyez sur le siège de Rouen les
mandic, l. \l , p. /loT)/ — Hécil l'ail dans le Mémoires de Vieilleville (collecl. Michaud.
parlement de Paris de la prise de Rouen. 1" série, t. IX, p. 33a i.
plusieurs prélatz (le France qui n'estoient au concilie, tie ce qui estoil à faire pour le plus expédient des affaires du roy ctdu royaume, Umt pour le gouvcmemenl de sa personne et du royaume que pour la conduitte des guerres, au lieu du feu roy de Navarre, Autpicl conseil fut résolu que le gouvernement de la personne (\i\ roy e* du royaiime tlemeureroit seul k la royne ni^re, laquelle prciidnjil pour coadjuleurs et conseilleurs messieurs le connestahic et de Guise, sans le conseil desquelz elle ne feroit aulcune cliose d'importance qui pusl domager l'auctorlté du roy et porter doniage au royaume. Laquelle charge elle accepta plus que volunliers, et y avoït plus d'un an qu'elle aspiroit à ce but, estant, comme plusieurs ont dict, bien ayse de la mort dudit roy de Navarre. Pour le regard de la conduicte des guerres, nions, de Giiise, ronlre sa volunté, fut fajct lieutenant général du roy par tout le royaume; ce que ledit seigneur ne put refuser, pour le Iroidile qui estoit et pour l'assemlilée de la gendarmerie , qui estoit là réunie et preste à se départir faulte de chef.
Ces deux poinctz arreslez, en ploratU le roy de Navarre, nions, de Guise donna ordre à la gendarmerie du camp et envoya ung hérault sommer la vilie de Dieppe, qui est sur la mer à liix lieues de Rouen, de se rendre au roy. Les chefz Grent rcsponse que non, ne croyant que la ville de Rouen fust rcprlnse et rendue au roy, combliïn quu auicuns huguenotE dudit Rouen se fussent saulvez audit Dieppe, qui lesassuroient que si estoil. Parquoy ledit sieur de Guîse fit cheraiuer le camp droict audit Dieppe; mais ne cbemina jusqnes lù, car les cbcfz bugiienolz qui tenoient laditte ville poiu- le prince de Condé et la cause, sans dire mol aux babitans, quillêrcot la place et se saulvèreol par la mer au Havre de Grâce ou aultre Heu. Ce que voyant, les babitans délibérèrent en eux de se rendre, avant qu'estre assii^ez, & la miséricorde dudit sieur de Guise, auquel iU envoyèrent les clefz de leur ville, encorcs qu'il et le camp fussent à six lieues loing d'eux. Lequel seigneur, ayant entendu par Iciu^s députez leurs excuses, les prliil à mcrcy, moyennant certaine coniposiliou (|uc je
150*2. ii'ai pas sceii à la vérité. Ledit seigneur envoya des capitaines et des conipaignies en garnison dans laditto ville, qui y furent receus des liahitans el euroni le gouvernement et niaistrise en icelle pour le rov.
Il fut mis (Ml délibération d'allei' assiéger le Havre de Grâce, qui ï'sl !mg porl de mer on les navires d(î France et aultres lieux s'abordenf ])our prcîndre lerre ou pour voguer en mer, quand les marcbans veuleni voyager sur la marine, l.ecjuel lieu (hi Havre de Grâce estoit (létenn (»t occupé par les Anglois que la royne d'Angleterre avoit envové au secours des buguenolz de F'cance et à leur requeste. Et sur ceste délibération furent portées nouvelles au roy et audit sieur de Guise (jue mons. le prince de Condé dressoit son camp et avoit receu le secours des Allemans reistres que le comte Palatin du Rhin luy avoit envové à finstance et poursuilte du sieur d'Andelot, qui les estoit allé mendier. Parquoy fut fentreprinse du Havre de Grâce délaissée à une aullre fois, et fit-on tourner visage au camp du roy pour tirer à Paris, et s'opposer audit prince de Condé, qui l'alloit
assiejrer.
Avant que passer oultre, fault dire img petit mot du roy de Navarre tué devant Rouent Preniièreraent , nous avons dict ci-dessus que les Iniguenotz pensoient avoir tout gangné, pour l'avoir tué, pour ce qu'il estoit lieutenant et gouverneur général du roy et du royaimie; et avoient ceste oppinion que la guerre cesseroit par sa mort, comme estant le roy et le royaume sans gouverneur. Au gouvernemenl desquels ilz tendoient de sid)stituer le chef de leur cause et rébellion, le prince de Condé, connue estant le plus proche et habille prince du sang à ceste charge et non aultre. Aussi, ilz semèrent libelles et remonstrances à tous les estatz de France, tendans à ces fms de poser bas les armes de part et d'aultre pour en-
' Kclalion de la niorl du roi de Na- aussi, dans les Mémoires de Condc. des
varre. 1 562 , i y octobre. (Archii). curieivfcs lellres adressées à la reine de Navarre sur
de l'hist. de France, t. IV, i" série, p. 67, la niorl de son mari, el les Additions aux
el V/em. de Condé, (. IV. p. 116.) Voyez Mémoires de Caslelnau, t. î, 1. III, p. 887.