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tendre au gouvernement de saditte majesté el du royaume. Mais en vain Iravaî livrent, parce (jue leur nouveau desseiug i'ul descouvert, qui esloil de couroner roy de France ledit sieur prince de Condé, de chasser le roy el messieurs ses Itères de fhéritage de la couronue Iran^'oise, et de ies rendre à néant, fust par la mort, ou aullrement. Les grans seigneurs de la ligue condéienne et cause hugucnotictiue s'aten- (laienl d'esire haults eslevez, non es oflîces royaux, maïs au partage du royaume qu'iU espéroient faire entre eux on ie cantonnant par provinces, desquelles ilz prétendoient d'estre seigneurs souverains, sans rccognoistre roy ni aultre personne par dessus eux, en la manière des Suisses d'Allcmaigne, icsquclz sont roys chascun d'eux sur leurs subjcctz. Iceux huguenotz. voyans que leur desseiug fut descouvort, et que nul estât du royaume lit respoube à leurs tibeiles, uultre le Taîd de la religion par eux dès le commencement mis en avant, advancèrenl du-depuis ce poinci, pour excuse de leur port d'armes, qu'ilz combatoient pour la liberté du roy et de mons. le prince de Condé. son gouverneur et lieutenant général au Ueu du feu roy de Navarre son frère; et se voyans déboutez par tous estatz de telles couvertures, et la guerre lem' eslre faicte plus vivement que devant, commencèrent les premiers à regretter la mort dudit roy de Navan'e et À estre marris de ce qu'il avoit par eux esté tué.
La royne mère, comme en fut le bruîct connnung. n'eut aucun regret de sa mort; car par icelle, comme nous avons jà dict, demoura seuUe régente du roy son (ilz et du royaume, chose que de tout sou cœur elle désiroit, car elle avoit ledit roy de Navarre en desdaing, pour ce qu'il l'cmpescboit de moult d'angaritions et surcharges qu'elle tascboit dès son vivant ii mettre sur le royaume, à la l'uide du peuple.
La royne de Navan-e, sa i'ernme, n'en démena grand couroux. d*au]tant qu'il menoit la guerre aux huguenotz, desquels elle cstoit
' dos premières et plus opiniaslres, et pour ce aussi qu'il s'estoït réduîci à la religion catboHcque, dès le coUocque de Poissy laict entre
k les prélatz et les ministres prédicaus.
1562. L.e comniung peuple de France le plaignit aussi peu, à cause de son inconstance en matière de religion, et pour ce qu'à sa venue au gouvernement du roy et du royaimie il avoit donné toute liberté aux huguenotz et faict venir les prédicans en France, sans le mandement et auctorité diiqiiel ilz n'eussent eu telle liberté, et les catbolicqucs n'eussent esté ainsi oppressez. Et fault confesser qu'il est cause de la liberté buguenoticquc et de la ruine de Téglise catbolicque de France et de tous les maux qui s'en sont ensuivis et s'en ensuivront à jamais, i:ar, s'il eust gouverné le roy et le royaume en la religion catbolicque fît interdict la buguenoticquc, comme avoient fait les prédécesseurs roys, lesditz bugucnotz ne se fussent jamais eslevez par armes, et n'eussent faict la guerre qu'on en eust eu la raison en peu de temps, sans la ruyne du royaume.
Or est-il vray le commung proverbe vulgaire qui dict qu'on ne peut estre de tous aymé ni de tous bay. Lequel proverbe se trouva vray de la personne dudit roy de Navarre; lequel, combien qu'il ne fût plainct ni regretté des personnes que nous avons dict ci-dessus, si est-ce que de tous ne fut sans regret. Premièrement, par les princes de France fut moult regretté; et combien que en matière de religion il eust clocbé des deux costez, si est-ce qu'encores pencboit-il plus du costé de la catbolicque et romaine qu'il ne faisoit du costé de la buguenoticquc et béréticque; et n'eust esté sa femme, la royne de Navarre, jamais ne se fust incliné i\ la buguenoticquc. A laquelle (sa femme) il complaisoit, à cause que la majesté royalle du royaume de Navarre venoit d'elle, qui estoit yssue de la maison d'Albret, et non de luy, qui esloit yssu des Bourbons et maison de Vendosme. Laquelle royne sa femme, dès sa jeunesse, avoit este catécbisée et instruicte par sa mère, sœur du feu roy François premier du nom, en la rebgion lutbérienne et calvinienne, en laquelle elles ont continué toute leur vie.
Les soldatz et gens de guerre de France le plorèrent et moult regrettèrent sa mort, et dirent tous qu'ilz avoient perdu leur père et bienfaicteur; car sur toutes cboses il aymoit tous bons guerriers,
fussenl-iU de pied ou de flieval, el en toutes guerres nù il s'estoit jamais trouvé, avoit esté fort soigneux d'entretenir les soldatz qu'il veorl faire le dcbvoir au faict de la guerre, lesquelz il eticourai^coil de faire de bien en mieux pour le service du roy et de leur patrie, comme fort bien le monstra aux guerres dePJcardie. Quand îlz soldats n'avoienl plus d'argent, fust au camp ou pour s'en retourner en leurs mai&ons, sa bourse estoit tousjours ouverte pour eux, et ne les coutentoil d'un karolus ni d'un soulz, mais leur aulniosnoit lestons et cscuz. selon le mérite qu'il cognoissoit en eux. H estoil fort soigneux des blessez, Icscjuel/. il faisutl médicamenler à ses dcspens pai' scn cirurgiens et médecins, et les recommandoit comme sa personne, ne se rendant paresseux de les aller visiter et consoler en sa propre personne.
n estoit semblablement fort pitoiable des laboureurs et gens des villages où estoient les guerres; et par tout son pouvoir empeschoit qu'ilz ne fussent molestez oultre la nécessité. Il deffendoit tousjours qu'on endomageast les bleds, vignes et aullrcs biens de la terre qui estoient aux champs et ne vouloit permettre qu'on eu print, sinon en cas de grande nécessité. Il aymoit le peuple et empeschoit les levées de deniers, tailles, subsides et angarilions au plus qu'il pouvoit; et avoit ceste volonté, s'il eust vescu longtemps en son gouvernement du roy et du royaume, de diminuer les tailles et gabelles, si tosl que les guerres de présent eussent esté cessées; mais Dîeu, qui a voulu pugnir et chastier le peuple de France et luy faire sentir les verges de son couroux, ne l'a permis; lequel nous prierons luy faire mcrcy : il est mort pour son service et pour le service du roy et du royaume.
Durant le temps que le roy et son camp furent à Rouen el les environs, novelles leur furent portées que les rcistres que le sieur d'Andelot, frère de l'admirai, avoit mendié en Allemaigne, pai' la porniission du comte palatin du Rhin, estoient enrôliez jusqucs au nombre de six milles hommes, el prcstz à partir de leur pays pour venir en France au secours des huguenotz et du prince de Condé,