‹ Memoires de Claude Haton (volume 3)Chapitre 40 sur 44 · PRÊCHE À PROVINS, HORS DES MURAILLES. INSTALLATION DU MINISTRE JEAN DE · texte numérisé non relu

PRÊCHE À PROVINS, HORS DES MURAILLES. INSTALLATION DU MINISTRE JEAN DE

SPINA. HISTOIRE DU PRECUE DE PROVINS. GRAND HIVER; FROIDS EXCESSIFS. LE

ROI ORDONNE QUE I/ANNEE COMMENCE DESORMAIS AU l" JANVIER.

L'an mil cinq cens soixante el quatre, à la Teste de Pasques, le roy estant en son voyage de Lyon^ passa en Daulphiné pour visiter le pays et les villes d'iceluy, plusieurs desquelles n avoient encores mis les armes bas, pour la desfiance que les catholicques et huguenotz avoient les ungs des aultres; une partie desquelles estoient occupées encores par lesditz huguenotz , qui ne les avoient rendues au roy ni à ses gouverneurs, combien que par la paix d'Orléans ilz estoient tenus de ce faire. Esquelles toutesfois entra le roy, qui y fit séjour pour escouter les plainctes tant des ungs que des aultres, et y mintla paix, remestant ung cbascun en ses biens, maisons, honneurs, dignitez et offices, donnant les catholicques en garde aux huguenotz et les huguenotz aux catholicques, faisant jouir les ungs et les aultres du bénéfice de la paix d'Orléans. Es villes que tenoient et occupoient les huguenotz audit pays, les catholicques estoient en fnitte et absens de leurs maisons pour la pluspart; les aultres, qui n'avoient voulu fuir et absenter leurs biens, estoient en une grande oppression desditz huguenotz, qui les contraignoient d'aller aux presches, estant entièrement privez de l'exercice de la religion catholicque, n'ayans aucun

^ Recueil et discours du voyage du roy France,dumar(iuisd'Âubais, 1. 1, i'*part.

Charles IX, par Abcl Jouan. Paris, i566, — Voy. aussi Addit. aux Mém. de Castel-

in-8*. Ce discours a été reproduit dans les naa, t. II « p. 333 cl 368. Pièces fugitives pour servir à l*Histoire de

1564. prebslre pour chanter la messe, administrer les sacremens et leur fidellement prescher la saincte paroHe de Dieu. Ausquelz S. M. fît droict seullement de les remettre en liberté et leur bailler l'exercice de leur religion catholicque, faisant rentrer les prebstres en leurs églises, biens et maisons, pour v demeurer en toute sûreté; comme aussi il permist ausditz hnguenotz Texercice de leur prétendue religion estre publicquement fait en toute assurance, et tant travailla qu'il appaisa les ungs et les aultres.

L'allée du roy esditz pays de Daulpliiné, de Languedoc, Provence et aullrcs pays servit beaucoup aux catliollcques et intimida moult les hnguenotz héréticqucs; aux catholicques, pour les maintenir en la foy et religion apostolicque et romaine, le voyant catholicque aller par chascun jour à la messe, comme aussi nions, son frère, la royne leur mère, mons. le connestable et aultres seigneurs de sa suite, lesquelz ils pensoient tous estre hnguenotz; aux hnguenotz, du moings à plusieurs, leur servit Tallce de S. M. pour les retirer de leur erreur, ou les faire vivre en simulation de religion. Car l'ayans veu encorcs catholicque et aller à la messe si dévostement qu'il y alloit, quittèrent l'hérésie et furent catholicques, ou du moings firent semblant de l'estre. La rehgion que tient le prince, soit bonne ou maulvaise, induist les sul>jectz à la prendre.

Le roi va à Avignon ; il y voit le pape Pie IV, et tous deux confèrent ensemble pendant plusieurs jours '.

Ordonnance de Charles IX, pour le règlement de la juslice et de la police du royaume, donnée à Paris au mois de Janvier i563 (i564). Déclaration amplialive de cet édit, datée de Roussillon , le y aoùl loC/i'-^. Acte d enregistrement du parlement de Paris, 19 décembre i564.

Edit du roi défendant de porter par les champs harquebuses , pistolets et autres ■ basions à feu ^. »

Le pape notait pas à Avignon. Les ^ IsamheTl, Rec. des anc. lois franc. i.Xl\\

conférences eurent lieu en Ire la reine mère p. 1G6 et 173. Le texte entier des actes de

et un agent de Pie IV, le Florentin Louis janvier et d'août 1 564 et de Fenregistre-

Antinori. (Davila , Guerre civili di Francia, ment est reproduit par Cl. Ilaton.

t. III, p. i/i4-i45.) ^ L'auteur ne donne qu'une courte ana-

Depuis lors les gentilshommes allant à cheval se scnirent de petites arba- 156^1. lèles d'acîer, sauf quelques grands seigneurs et leurs gens, par permission spéciale du roi.

Plus partîcurièremcnl qu^aux aiiltres princes fut donnée à mons. le card. de Lorraine, tant à luy que aux gens de sa garde, permission de porter harquebuses, pour ce que luy seul avoil plus d'ennemys, qui le guettoient et espioient par tout, que les aultres princes et seigneurs. Car tous les huguenotz de France luy en vouloicnt et le tenoienl pour le plus grand enncmy qu'ilz eussent et qui fust le plus contraire à Tadvancement de leur prétendue religion. Par quoy luy fut contraincte, après son retour du grand concilie de Trente, duquel il estoit revenu n'y avoit guères, d'avoir, oultre son train ordinaire, des hommes pour la garde de son corps, lesquelz il payoit et entretenoit à ses despens; il obtint pour eux, comme pour les gens de son train, permission du roy de porter lesdittes harquebuses nuict et jour et en tout temps, après la promesse par lîiy faicte de n'assaillir ni faire assaillir personne que ce fust du royaume, ains seullement pour se deffendre, s'il, par cas fortuit, estoit assailly de quelques ungs ses ennemys.

Advint en certain jour de ccste année que je ne puis précisément cotter, que ledit seigneur cardinal, accompagné de mons. de Guise, son nepveu, partit de la ville et abbaye S*-Denis en France, qui luy appartenoit, pour aller à Paris, avec tout leur train, qui pouvoit monter au nombre de deux à trois cens chevaux, tous enhai^quebusez et empistollez, suivant la permission du roy. De l'allée desquelz fut adverty mons. le mareschal de Monmorency, gouverneur de la ville de Paris et Isle de France ; lequel , pour donner embusche ausditz sieurs cardinal et de Guise, lit armer plus de cinq cens hommes, tant des siens que des huguenotz de Paris, les ungs à pied, les aultres à cheval, qu'il fit mettre en embuscade par les carrefours

lyse de celte pièce. Cest sans doute fédit portd*armes, qui fut rendu le 1 6 août 1 563. de confirmation de Tordonnance de paci- (Isamhcrt, Rec, des anc. lois franc, t. XIV. fication du 1 9 mars 1 56a , avec défense du p. 1 4 a.)

1564. des rues S*-Denis, Petit-Pont, Pont-au-Change, el porte de Paris, près le Chastelet, par où il savoit Icsdilz sieurs et leur train devoir passer, les ayans bien instruictz de ce qu il vouloit faire sur les personnes desdits sieurs.

Estans donc ces gens mis en armes au veu des Parisiens, qui ig^ioroient que vouloit signifier ceste entreprinse, furent posez en certain nombre par ckascun coing de rue, avec instruction de ce qirils avoient à faire au signal qui leur seroil donné, qui fut au premier coup de harqucbuze qu'ils entendroient deslascher et non devant.

L'entreprinse cstoit de se saisir mortz ou vifz des personnes desditz cardinal et de Guise; et pour ce faire plus aysément, fut dict qu'on laisseroit passer oultre tous les gens de leur train qui cbeminoient devant eux, auxquelz rien ne seroit faict ne dict que premièrement ne fussent arrestez lesditz sieurs leurs maîtres, poui* éviter au plus grand meurtre qui se fust peu commettre de part et d'aultrc. Et pour ce, passèrent la plus grand partie des gens des gardes et trains d'iceux seigneurs, sans qu'il leur fust dict ne faict, avec leurs liarquebuses et pistoUes; mais attendirent à se ruer sur lesditz sieurs cardinal et de Guise que la plus part de leiu- train fust passé, et ne s'y fussent si tost ruez, n'cust esté ung des hommes dudit train, qui, passant par la rue, ayant considéré l'embuscade (jui esloit à cbascun carrefour, jugea en soy que telle entreprinse estoit dressée contre ses seigneurs et leur suitte; pour lesquelz advertir reboursant chemin et courant à bride avalée au devant d'eux, leur donna advertissement de se saidver.

Ledit sieur Monmorency et gens de sa faction, voyant courir cest homme droict à ses seigneurs, jugèrent bien que c'estoit pour les advertir de se donner de garde, et, alin de mettre leur entreprinse à exécution, coururent avec lui droict ausditz sieurs, où fut deslasché le coup de harqucbuse qui servoit de signal pour faire la cbarge de main en main; qui fut aussi tost faicte que laschée. L'esmeute fut grande par les rues; plusieurs y furent tuez et blessez de part et d'aultre. Ledit cardinal se saulva sans estre blessé; mais n'ai sçu

comment mons. de Guise son nepveu, âgé d'environ quinze ans, à 1504. Tayde d'ung de ses gentisliommes fut saulvé dans la maison d'ung . marchand, lequel, en y entrant, fut blessé d'ung coup d'espée dans la cuysse. Geste entreprise esmut les citoicns de Paris à sédition; mais soudain fut empeschée par ledit gouverneur et ses gens, qui estoient armez, joinct aussi que, pour empescher iceux Parisiens à esmouvoir davantage, fut faict le ban par les carrefours que nul ne liobast de sa maison, sous peine de la hart. Pour Icsquelz empescher de sortir, et pour saccager les premiers qui seroient trouvez par les rues les armes au poing, ledit gouverneur envoya ses gens tous armez par chascun quartier de ladittc ville; il commanda en même temps aux lieutenans civil et criminel et au chevalier du guet de monter à cheval avec leurs gens, et d'aller par la ville pour emprisonner ceux qu'ilz trouveroient en armes; au moyen de quoy fut incontinent cessée la sédition *. Ledit gouverneur, poiu* couvrir son entreprinse et la faire entendre à chascun, déclara qu'il n'avolt couru sur lesditz cardinal et de Guise à aultre intention que pour les désarmer de leiurs harquebuses et pistoUes qu'ilz portoient et leurs gens contre l'édict du roy, et non pour leur mal faire, et qu'en ce il n'avoit faict que le deub de sa charge, suyvant le mandement du roy à luy et aux anitres gouverneurs des provinces faict, ignorant que S. M. eust baillé ausditz sieurs permission d'en porter, de laquelle permission le debvoient advertir avant qu'entrer audit Paris,

' DeThou , Ilist. aniv. l. X XXV 11 ; Brantômc, Vies des hommes illastres, l. II , p. As 6 ; Le Laboureur, Additions aux Mém. de Castelnaa, t. I, 1. VI, p. 192; Papiers d'état du, cardinal de Granvelle, l. VIII, p. 600 : Lettre de M. le marcclial de Montmorency à M. le duc de Montpensicr, prince du sang, au sujet de sa querelle avec le cardinal de Lorraine. 1 564 (1 565), 1 5 janvier; Réponse du duc de Montpcnsier (Archives car. de Vhist. de France, t. VI,

p. 253 cl 259); D*Aubigné, Hist. univ.

t. I, 1. IV, c. IV, p. 2o5; Légende du cardinal de Lorraine {Mém. de Condé, t. VI, p. 92 et suiv.). L*auteur de celle pièce dit ; «( Le cardinal et son neveu le duc de Gui^e eurent plus de peur que de mal , et, mettant vislement pied à terre, se sauvèrent en une maison prochaine, où Ton dit ([ue le cardinal esloit si résolu , que ses chausses luy servirent de bassin et son pourpoint de selle percée. •

156^. Cesle algarade couva d'aultres maux secretz, qui sortirent leur

effect, mais assez lentement el longtemps depuis

// y a ici une lacune dans le manuscrit.

Assemblée synodale des protestants à la Ferté-sous-Jouarre ^

Estans à leur assemblée audit lieu de la Ferté, travaillèrent une sepmaine entière à disputer de leur religion, pour tascher à accorder leurs oppinions, et, a dire la vérité, advancèrent beaucoup leur prétendue religion par ceste conférence qu'ilz firent ensemble. Mais toulesfois ne la menèrent à fin résolue; car plusieurs d'iceux. demourèrent pertinaces en leur oppinion, qui les empeschea de conclure, et ne se voulurent plusieurs rapporter à la détermination dudit Calvin, se jugeans eux-mesmes aussi suffisans ([ue luy. Après long altercat et dispute les ungs contre les aultres, laissèrent Tentreprinse en suspens et la renvoyèrent à une aultre assemblée qu ilz prétendoient de faire en temps opportun, et ne résolurent aullrc chose, sinon que cbascun de eux, le plus doulcement quil seroit possible, entretiendroit ses disciples et auditeurs des fondemens de leur prétendue religion, en attendant que le Seigneuries eust tous inspiré de ce quilz debvoient croire, et que c'estoit assez que, tant les ungs que les aultres, pussent empescher ceux qui les suyvoient de retourner à la papauté et à Téglise des papaux, ainsi appeloient-ilz les catholicques et l'église romaine.

Et pour à celle fin qu'il pleust à Dieu de les bien inspirer tous et de faire descendre son S*-Esprit sur cbascun de eux au joiu* de la Pentbecoste, auquel ilz firent leur cène, ordonnèrent qu'ilz jeusneroient toute la sepmaine entière et vacqueroient à prières et oraisons à ces fins. A laquelle ordonnance s'accordèrent tous, et à telle fin despescbèrent postes et messages par toutes les villes de France oii y avoit nombre de huguonotz en public ou secret, tant es villes où

■ Ces conférences eiirenl lieu du 27 d'élat du cardinul de Granvclle, publies avril au dernier niai i5C^. (Voy. Papiers par M. Weiss, t. VIL)

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y avoit presclies publics qu en celles où il n'y en avoit poincl, pour 1564. leur dénoncer ce statut et ordonnance, leur commandant estroictement de le garder, sous peine d'encourir la malédiction du Dieu vivant, et que tous à ce jour de Penthccostc eussent à se préparer pour faire la cène du Seigneur; ce qu ilz firent tous, tant d'ung costé que d'aultre. La Pentliecoste passée, rassemblée de la Ferté se sépara, et emportèrent le S -Esprit avant eux, tout ainsi qu'ilz Ta voient apporté quand ilz s'assemblèrent.

Discussion sur l'inconséquence de celte ordonnance du jeune avec les doctrines pix)testantes qui blâmaient les jeûnes établis par Téglise catholique.

Estans es propos des huguenotz, nous poursuivrons à en parler, et dirons comment ceux de Provins et du bailliage obtindrent lettres toutes nouvelles du roy et de mons. d'Aumallc, garde du gouvernement de Champaigne et Brie pour mons. de Guise, son nepveu, par lesquelles ledit sieur d'Aumalle manda au bailly de Provins d'instaler ung prédicant et ung presclie audit Provins, suyvant la volunté et mandement du roy, sans plus user d'excuses ni de renvoy envers lesditz huguenotz, puisque tel estoit le plaisir du roy, et qu'il, avec les gouverneurs de la ville, advisast à s'y comporter si modestement qu'en l'establissement d'iceluy n'y eust aulcune sédition. Ces lettres ftu'ent apportées par les seigneurs de S^-Symon, sieur de Chantaloue, et Besancourt, filz de la femme dudit S*-Synion; lesquelles ils firent enthériner par le bailly de Provins, qui ne denmndoit aultre chose que de leur complaire et aux aultres huguenotz de la ville et des environs.

Le bailly ayant receu lesdittes lettres, les communicqua à M^ Jehan de Ville, procureur du roy de Provins, pour les accorder ou empescher, lequel ne demandoit aultre chose que de veoir les huguenotz en toute liberté; ausquclles il s'accorda pour le roy et en requist l'enthérinemenl, qui fut faict sur la fin du moys de juillet ou commencement du moys d'aoust de ceste année. Hz huguenotz de Provins et du bailliage avoient obtenu par leurs lettres que ledit presche

156'i. seroit mis et érigé dans renclos des murailles de Provins, attendu fju'il nV avolt faiixhonrgs en la ville ; niais en furent empeschez par les gouverneurs et habilans, lesquelz s'y opposèrent formellement, disans (pie la paix (fOrléans ne le permeltoit. Et pour ce, tant les habitans que lesditz huguenolz, retournèrent audit sieur d'Aumalle, pour liiy faire entendre leurs raisons; lesquelles ouyes, ordonna que ledit presche seroil érigé et mis hors l'enclos des murailles de laditte \ille, au lieu de Montés, que luy nonnnèrent lesditz huguenotz, à la charge que les habitans, fermiers et propriétaires du lieu où ilz érigeroienl ledit presche audit lieu de Montés, en seroient d'accord et que ce seroit de leur plain gré et non aultrement.

Hz huguenotz avec le bailly de Provins, estans audit Montes à ung jour de dimanche, suyvis d'une infinité de peuple, tant des villages que de la ville, une partie d'iceux huguenotz, l'aullrc non, s'adressèrent en la maison et métairie dudit Montés, pour en icelle, fust en la grange ou maison, asseoir et planter ceste nouvelle église liuguenoticque. Mais le fenuier, qui se trouva là, s'opposa et empeschea cpi'ilz huguenotz et prédicans ne fussent érigez ni posez en l'enclos et pourpris de sa maison, et, à l'ayde des habitans, procureur et eschevins de Provins, il fut receu en son opposition, veu la teneur de leurs lettres qui disoient quilz ne prendroient aulcun lieu pour se mettre, que du gré et consentement des détenteurs et propriétaires. Quoy voyant, lesditz huguenotz ne sçavoient qu'ilz dcbvoient faire. Contre lesc[uelz fut informé par les gouverneurs de la ville du port des armes qu'ilz portoient, qui estoient defiendues, et des menaces qu ils faisoient à l'hoste qui les empeschoit par son opposition. Et à peu tint qu'il n'y eust des coups doimez en la place, des huguenotz et catholicques les ungs sur les aultres. Pour ausquelz enipescher se travailla fort ledit bailly, qui bailla les ungs aux aultres en garde et assurément. Les huguenotz, voyans qu'ilz n'eussent gangné leur cause à vouloir forcer le bonhomme ni les catholicques, se retirèrent hors de la maison et pourpris d'icelle, et s'allèrent camper en ung plain champ a])partenant à l'esleu Barengeon, principal hii-

guenot de Provins, qui cstoil là présent: dans lequel champ, de son I56'i consentement, fut planté le pi esche et instalé le prédicant deschtz hugucnotz. Les huguenotz de Provins estoient souslenus et assistez des gentishommes d'Esternav, de Saint-Symon, de Hesancoiul, de Umbrée, du Ihial, de la (jravelle, de la damoiselle dTvernv, de leurs serviteurs et suitte, avec les hu'nienotz des villes de IJra y-sur- Seine et de Montereau-fault-^onne; car pour tout le bailliage et ressourt de Provhis n'y debvoit avoir et n'y avoil que ce presche public pour tous. Et se trouvèrent le nombre de plus de deux cens huguenolz pour ceste première fols dans la ville de Provins, pour la conduitte dudit bailly el prédicanl, (jiTilz allèrent avec un orgueil incroiable prendre en leurs logis, pour les mener audit lieu de Montés.

Les ecclésiasticques de la ville de Provins s'esloienl portez pour opposans à renlhérinenuml desdittes lettres du roy et à Férection ou establisseujent dudit presche et prédicant, et requirent coppie d'icelles lettres leur estre donnée pour se pourvoir. Ce qui leur fut octroyé, quant à la coppie des lettres, mais furent déboutez de leur opposition et n'y furent oncques receuz.

Ores estoit-il dict par icelles lellres qu'ilz prédicantz et de la prétendue religion n'eussent à innover ni attenter aulcune chose contre Téglise catholicque, ni en rien détracter à leius presches des sept sacremens d'icelle, ains seuUement de prescher leur évangille, chanter leurs chansons et administrer entre eux ce qu ilz disoient estre sacrement, sans aultre chose faire ni innover qui fust au préjudice de laditte religion catholicque. Mais de tout cela n'en lîst rien le prédicant nonuné de Spinal qui fit le presche soid)z ung noyer, assis dans une chaise, ayant devant soy une petite table couverte d'ung lappy qu'ilz huguenolz avoient portez avec eux et une bible ouverte sur laditte table. Qui, au lieu de prescher son évangille, s'arresta à

* Jean de Sj)ina ou de l'Epine, né à renée de i5G(), el fut longtemps ministre

Daon, eu Anjou, d'abord moine augus- à Ani^ers. H a laissé plusieurs ouvrages de

tin, devenu protestant en i bbb, assista au morale et de controverse. ( Voy. son article

colloque de Poissy, prit pari à la confé- dans Bayle.)

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156^1. invectiver par injures contre les catholicques et contre Tcglise calholicque romaine et les sacremens cricelle, et princîpaliement contre le sacrement de Taulel, qui est le Corpus Domini, et à en dire choses qui ne sont honesles de réciter, de peur d'olFenser les consciences des simples gens qui pourront lire ce présent livre. Aux injures duquel se départirent la moylié des catholicques qui estoient allez là par curiosité poiu' veoir le tout et escouter le presche, et s'en retournèrent fort irritez d'avoh' ouy tant de blasphèmes contre l'honneur de Dieu, son église et ses sacremens. L'aultre partie des catholicques eut patience d'escouter et veoir le tout jusques à la Gn. Auxquelz les huguenotz deniandèrent qui leur en semliloit, et si c'estoit pas bien dict et faict ce qu ilz avoient faict et dict; il leur fut respondu que non, el que, s'ilz n'avoient aidtre chose à faiie et dire à leur presche que ce que leur prédicant avoit faict et dict, leur nombre n'avoil garde de s'accroître à Provins; et leur ayans récité et dict plusieurs poinctz qu avoit déduit leur prédicant, jugèrent cux-mesmes les huguenotz que leur prédicant avoil mal faict de commencer par invectiver à tel jour et telle assemblée, et luy en firent reproche bien grand devant plusieurs catholicques.

Hz catholicques, estans de retour dudil presche, récitèrent le sermon du prédicant et les injures qu'il avoit dictes de Dieu, de l'église catholicque et des sacremens d'icoUe. Au récit desquelz fut faicte information à la diligence des ecclésiasticques contre le prédicant de Spina, qu avoit amené la damoiselle d'Yverny, dame d'Aulnoy en Brie, lez les Marestz, et de Costure, paroisse des Ormes, lez Bravsur-Seine. Ce que bien scut ledit prédicant, qui oncques depuis ne comparut publicquement audit Provins, et ne retourna plus faire le presche audit Montés, condjien toutesfois que laditte information ne eut aulcun ellbct, pour ce que les gens de justice estoient du tout pour iceux huguenotz et contraires aux catholicques.

Hz de justice de Provins qui allèrent instaHer lesditz prédicant et huguenotz n'osèrent s'arresler audit presche, combien qu'ilz en furent instamment requis par les gentishommes huguenotz qui y

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esloient, ains se retirèrent après avoir faict leur procès-verbal, duquel 156'i. îlz hugucnolz deniandèrenl lettres, et s'excusèrent sur la niaidvaise oppinion que les catholicques de Provins auroient de eulx s'ilz y demeuroicnt, et sur la malveillance que jà leur portoient pour les estre allé installer.

Au dimanche ensuyvant, quelque peu de catholicques dudit Provins retournèrent audit presche, pour veoir si ledit de Spina, prédicant, le feroit. Mais en trouvèrent ung aultre en sa place (jui lut plus modeste que luy. Toutesfois, ne prindrenl plus de goust à Fescouter qu'ilz avoient faict ledit de Spina, et oncques dej)uls n'y allèrent les cathohcques dudit Provins ou bien peu; car oncques ne s'accrut le nonibre dcsditz huguenotz audit Provins, partie pour les bons prédicateurs qui les preschoient et les empeschoienl d'y aller, partie aussi pour le désordre que lesditz luiguenotz tenoient à aller audit presche, qui estoit tousjours entre unze heures et midy, eslans tousjours saoulz et giu^dez au possible, chargez de bouteilles el (lascons pour eux boire, et de viande pour eux manger. De dire de quel orgueil (it arrogance ilz cheminoient par les rues, quand ilz alloient audit presche, n'est possible, et de quelle audace ilz injurioient les catholicques qu'ilz trouvoient à la rencontre venans de? la messe ou allans au sermon, pour les jnovocquer à leur dire quelque chose de mal à leur gré, et pour avoir occasion de les batlre ou pour faire sédition dans la ville; ce que Icîsdictz catholicques enduroient assez impaciemment, sans leur niai faire toutesfois, de peur de tomber es mains de justice, qui du tout leur estoit contraire et à eux favorable. Hz huguenotz n'estoient aulcunement pugnis des tortz et injures qu'ilz faisoient aux catholicques, feust en leur corps, bien ou honneur; mais au contraire lesditz catholiccpies estoient par les juges rigoureusement chasliez et pugnis, quand ilz axoient laictla moindre chose auxditz huguenotz, fust seuUement de les appeler héréticques ou huguenotz.

Incontinent après que ledit presche fut installé audit Montés, je ne sçai pour quelles raisons, le roy lit ung édict, qui fut publié par

lètH. la Fiauce, pr lequel 5. M. voaloit et eDiendoit que les hnguenoU qui voiildroicnl de là en avant faire profession de leur prétendue relîgtou se iran&poiiasseDl, tant ceux des villages que ceux des villes, gentiNbuninie» ou roturiers, au greiTe du bailliage chascun de soa dcslroicl, et illec donnassent au greffier leurs nom et suinom, avcel la pnileslation qu'ilz faisoient de ladilte prtïtcnduc religion, ensemble] ceux qui sçavoient signer, te seing manuel de leurs mains, pour eslré:! le tout inscripl en un registre faict par les greflicrA. Cet édicl iatimidftj beaucoup de huguenot?., lesquels, ignorans à quelle (in il esloil faicL^ 8C rclirtTcnt des priîsclies publics et plus n'y voulurent aller, et en-i core moîngs au grefle hallliur l^ur nom, surnom et seing manuel par 1 cscriplj mais depuis demeurèrent en Icius maisons, vivans en liberté | de const^icnce, sans plus aller <i messe et k prcsche, 01 de cc^le ma- i niére vescureni à Provins M* Jehan de Ville, procureur du roy, et] Girard Janvier, bourgeois.

Au commencement de l'establissement dudît prcsche audit Montez, les gcotishommes susdits, avec les buguenotz des ville.$ de Bray et à Montcreau , par chascun dimanche assistoîcol audit lieu pour ouyr leu prédicant, comme aussi faisoient les huguenotz des villages; Icsqucli  la fin se lassèrent d'aller si ioing, et pour ce discontinuèrent dy allei par cbascim dimanche, ains n'y assistèrent plus que une Ibis ou deux pour le plus par chascun moys, lorsqu'ils faisoicnt quelque baptesme, mariage ou la cène, et peu à peu se desgoiUùreut tous, sans plus faire 1 gi'aud conte d'y aller. Je ne sçai si l'incommodité du lieu les lasMj point; car. par tout le reste de ceste année n'eurent aullre lieu à se melU-e que le champ susdit vnyde et vague, lequel itz trouvoiont par chascun dimanche tout foullé et plain de (ïeule des pourceaux dua chaslcau de Frovios, que le purchery menoit niérienner et dormir déj midy par chascun jour, en dérision et uiocquerie de eiu et de leun prétendue religion.

Ceste présente année, touchaal les biens de la terre , fîit asseï forti!» de grains, foins, poix, febvcs et vins, combien que l'esté, commaj aussi avoit esté le printemps, fusl assez pluvieux et trop plus qu'ill

DE CLAUDE IIATON.

ii'cstoit nécessaire pour faire la moissoD; Ia(|uotlc fui fort malaisév, pour les piuyes trop fré(]ueDles qu'il faisoit par cliascun jour. El ne put-OD faire si bonne diligence on Brie u'kii Champagne qu'il n'y ciut beaucoup de grains germez aux champs, qui fut cause que plusieurs personnes mangùrcnl de pauvre paJn loula l'aoni^e. L'aulonmc fut quelque peu plus commode que les deux auld-es saisons devant dittes, qui donna meilleur accroissement aux vins cl vcndan^-cs, qui furent asses copieux pour l'année, mais non si bons ([ue l'année de devant; loulcsfois se trouvcVrent mcllleura beaucoup qu'on ne pensoit.

Un pr<^tro de Grisy ou de Vlllenauxela-Polito i;si ansassim^ la nuit dans sa maison, ainsi que sa chambrière.

L'hiver, en son commencement, à le commencer sur la fin de l'autooDC et moys de novembre, fut Ibi-t doux et gi-acieus, jusques au vingtiesme jour du moys de décembre, vigille de M. saint Thomas fapostrc, sans faire froid ni aultre que aulcunes gelées blanches aulcuns matin»; mais se passa la plus part en pinyes non trop iroides pour ta saison, et estimoit-on que l'hiver se passeroil en ceste sorte sans grosses gcléus. De laquelle estime huent trompez le» hommes qui avoient eu ce jugement, car la vigille de la fesle dudil saint Thomas commença ime froydurc asse^ï grande, accompagnée dès lo matiu d'une phiye froide, qui sur le my<U se convertit en Qcige. qui tomba d'en hault le reste de la journée en une si grande lial)ondanccque la terre, qui eatoit fort nioudliûc, s'en trouva couverte an leodemain matin, jour dudit S'-Thomas, la haultcur d'ung pied de roy et plu*'. Avec laquelle neige sui'viut uug vent de bise ou hanU galemc, qui desseichu la terre si soudain que rien plus, pat- nue forte gelée, qui commença dès la uuict d'entre la vigille et jour S'-Tliomu,

' L'hiver >1p 1 564 e»t rcslé c6td)rc. On lildanulRii Mrnioireii de Pierre derEstoille icolIetLMicliaiid, a' siiric. t. l.p, 17) :

I/an mil ctûij ctint ioLuiito-duAtn,

Lu tqUt lie U Sainct-llioinu .

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CtDt un qu'on uv idil tr^ Ua- II Jura triu* in»!* <iui> lnH'Knr.

{in mail oMm Suiirt-Milluai , IJui fil bvauHiup d<T gvna liniJinr.

1564. et continua sans cesser jusqucs au dernier jour de décembre inclusivenienl. Geste gelée fut si forte que, dès le jour S*-Tlionias au soir, la glace esloit si espesse es rivières qu'elle soustenoit ung homme sans rompre ni se casser soubz luy, combien que ce dit jour S*-Thomas, comme aussi le lendemain, il ne cessa de neiger nuict et jour, sans que laditle neige corronq)ist la gelée. La neige par après fut si espesse par les champs, quès lieux les plus planeux y en avoit jusques au lien deschaulses au-chîssoubz du genoil crunghonmic de moyenne grandeur. D(îpuis ceslo neige tombée que le temps s'esclaircist, la gelée redoubhi avec ung vent d'amont froict au possible, et si rude que les mieux vestus avoientmoiJt à souffrir, quand ilz cstoient hors des maisons. 11 n\ avoit maison en ville ne village où Feau ne gelast à glace, en tous lieux qu'on la pust mettre hors le feu el les charbons enlllambez; et diiai jusque-là sans mentir qu'en plusieurs maisons bonnes et bien closes l'eaue et le vin geloient devant le feu gros et bien moyennement entretenu de bois, et vis en plusieurs maisons el en la mienne m(»sme une fois le pot de fer au feu bouillir devant el la glace à la queue du couvescle ou couverceau qui le couvroit, qui s'estoil prinse de l'eaue qu'engendre la fumée d'ung pot qui boust devant le feu. Toutes les nuictz et matins, quand toutes personnes se levoient de leur lict, la glace estoit prinse sur le drap de dessus, de l'eau (pi'engendroit le vent et alaine des personnes qui estoieut couchez dans le lict. 11 n'y avoit cave, tant feust-elle bien estoupée , si elle n'estoit voultée et creuse de dix et douze marches en bas, où le vin ne gelast dans les tonneaux, si Ton ne faisoit du feu de charbon ou aultre matière pour l'empescher. Desquelles caves, tant voultées et creuses fussent-elles, falloit bouscher les feneslres, bées, lucarnes et aultres ouvertures par où elles prennent jour, pour empesclier le vin de geler. Le vin gela si fort en plusieurs céliers bons et bien eslouppez, que , pour en tirer des tonneaux, falut percer avec una broche de fer tout rouge. Ceux qui entreprindreni de cherier du vin en harnois par les champs durant lesdittes gelées ne perdirent leur vin, combien que les tonneaux se rompissent; car

le vin n eusl sceu couler à cause de la gelée. Il advint que ung tavcîr- J56V nier de Provins, durant icelle gelée, alla chercher du vin à Chalaustrela-Grand, pour mener en sa maison; lequel estant auprès du Meez de Sordun, apperceut le tonneau qui estoit dans la charrcUe entièrement rompu de cercles et par les fons, au danger, ce luy semhloit , de perdre tout le vin d'iceluy ; n'y pouvant mieux faire, trouva moyen de mettre ledit tonneau tout rompu cpi'il estoit et le vin tout glacé qui estoit dedans en ung grand sac qu'il ou son charretier avoient porté pour eux affubler, et le lièrent en laditte charrette pour le saulver, et sans en perdre une goutte, gangnèrent la ville et sa maison. A la deschai'ge duquel se trouva plus de cent personnes à le

veoir et admirer telle chose. Les nuictz des vingt-trois et vingt-

quatriesme jours de décembre, comme aussi la nuict de Noël, la gelée fut si forte et le geuvre si grand sur les bois de la terre , le soleil fut si cler de jour pour la fondre, qui retendrissoit le bois, que les noyers et les bois des vignes furent entièrement gelés et gastés; ce qui navoit esté veu en France depuis Fan i48o, en laquelle année avoient esté gelez vignes et vins, comme l'ai ouy dire à quelques anciens, qui disoient estre nez de cest an-là.

La plus grande froidure qui feust en ceste gelée-là fut le jour de la feste des Innocens, auquel jour les mainz, les piedz, les aureilles et le membre viril de plusieurs hommes gelèrent, qui cheminoient par les champs, et fut celuy heureux qui n'eut que faire d'aller par les champs ce jour-là. Ceux qui eurent les membres susditz gelez endurèrent une grande douleur avant qu'estre guaris. Les aureilles leur enflèrent, les mains et piedz leur crevèrent, puis pelèrent , et leur fut le mal si grand qu ilz furent plus de six sepmaines ou deux moys sans guarir. Chose difficile à croire, qui toutesfois est véritable, qui est que, en divers endroicts par les champs, on trouva durant ces gelées plusieurs hommes mortz, qui n'estoient morlz d'aultre mal que de froict, et en fut trouvé ung entre Donnemarie et Thénisy en Montois. Les crestes des cocqs et poulies furent gelez et tombèrent de dessus leurs testes, quelques jours après, plu-

156&. sieurs desquelz furent trouvez mortz dessoubz leur juc. Les agnaux se mouroient en naissant, et peu en reschappa ceste année pour la durée dudict yver, ainsi qu il sera dict cy-après, comme aussy les couchons des truyes qui couchonnoient. Et, pour le faire court, il fit si froict sur la fin du mois de décembre, unze jours durant, que Tair du temps retinsseloit de froict sur la neige , tout ainsi qu il faict sur la terre en esté, durant les plus grandes chaleurs qu'on vit jamais faire.

Le roi ordonne que désormais Tannée commencera non à Pâques, comme auparavant, mais au premier jour de janvier ^ L'édit de Roussillon est daté selon cette méthode.

' C'est l'objet de Tarlicle Sg de Tor- du mois de janvier i563 (i56ii). (Isaindonnance additionnelle à celle d'Orléans bert, t. XIV, p. 169.)

ALTERNATIVES DE FROID ET DE DEGEL. INONDATIONS. LES EAUX ENTRENT DAlfc

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