‹ Memoires de Claude Haton (volume 3)Chapitre 39 sur 44 · AUX PAYS-BAS. VOTAGE DE CHARLES IX DANS SON BOTAUME. IL EST HARANGUE · texte numérisé non relu

AUX PAYS-BAS. VOTAGE DE CHARLES IX DANS SON BOTAUME. IL EST HARANGUE

k TROVF.S PAR J. ALLGAUMK, SAILLI DE PROVINS. M. DE UONTHORBNCr, (lOUVRIl-

KRUH »B PARIS. KOUVELLBS TENTATIVES DES REFOItllis POUR ÉRIGER UN PBÊCHB K

PflOVlNS.

L*att mil cinq cens soixante et trois, au jour de Pasques. le camp du roy estoit encores assemblé es environs de la ville d'Orléans, avec lequel s'estoient meslez les huguenolE qui «stoient dans Orléans, et n'estoît plus que ung des deux armées. M. le prince de Condé, l'admirai de France, d'Andelot, La Rochefoucault et tous les rebelles estoient avec M. le conncstable, les seigneurs d'Aumalle et marquis d'Elbœuf, les ungs parmy les aultres, realliez ensemble 50id>z le nom et service du roy. combien qu'il sembioit (ju'il y eust tousjoure quelque mesfiance entre Issditz admirai, d'Andelot et leurs favoris, el le^ sieurs d'Aumalle et marquis d'Elbœuf, k cause de la luurt du deffuncl M. de Guise.

Il ostoit dict par la paix faicte audit Orléans, que les cheiz des deux Minées donneroient congé et renvoyeroient leurs eslrangers avant que de se désarmer des gens de guerre ïrançoys. chascun de son parly; cl poui- ce faire, le roy commença le premier k renvoyer tous les estrangers qui cstoient venus en France k son secours et en son camp. 11 bailla congé ans Italiens et aux llispagnolz et Bourguignons que le

pape et !e roy d'Espagne liiy avoîent. envoyer, ei ne deineuni pliw que les Françoys en son camp; car il bailla quanl ettpiani congé atu Suisses, rnii passèrent par au-dessus de Siuis, pour allur gangncr in ville de Dijon et s'en retourner en leur pays.

Les reistres et AUemans de S. M. et ceux de.s bugucoolz et prince de Condé se mcslèrent ensemble les ungs avec les awUres, pour s'en retourner en leur pays, sans aulemu- mesfiance les ungs des aultrcs* J et ne lirenl plus que une trouppe et ung camp, qui se trouva mon^ter 1 au nombre de dix à douze milles ; lesqucle prindrcnt leur chemml d'Orléans à Pluviers et Estampes, pour aller passer la rivière do Seine! au pont de Samoys, qui est entre les vilUî.s de Monstereau cl Melun, et arrivèrent es environs dudit pont la grande semaine de Pasqucs, où ilz séjournèrent cinq joui-s pour le moings, en attendant que ledltl pont fust réparé pour le passer; et y passèrent, je croy, le jour dit J Pasques, premier jour de cesle présente aunée. Hz furent ung jourl entier à passer ledit pont, pour !e nombre des harnois qu 'Hz mcnoîent.| avec eux. Si leshabitans de Corbeil, Melun ou Monlereau leur eussent! voulu livrer le passage par leur ville , ilz eussent faict grand plaisir auJ pays de Gastinois. car ilz n'y eussent séjourné si longtemps; mais les 1 lial)itans d'icelles villes un leur voiJiu-ent livrer le passage, pour la>J crainte qu'îlz avoient d'estre pille» par iceux reistres, lesqnelz à lu vénlA ne laissoient, par les villages par où îlz passoieni, que ce qu'itl ne pouvnient emporter.

Les gens des villages lùyoient et vuydoient leurs maisons pour I frayeur qu'on avoit d'eux, partie pour le larcin qu'ilz faisoienl. Taulli partie pour ce qu'on ne les entendoit parler. Il fut novelle qu'îll reistres. après estre passez audit pont de Samoys, se vouioient divisa en deux bandes, pour mieux vivre, desquelles l'iuje costoyeroît 1 rivière de Seine du costé de la Bric, et l'aultre bande travcrseroil I Brie pour aller gangner la rivière de Marne, afiin de mieux trouvera rivres pour eux et leurs chevaux; ee qu'ilz ne firent, arns traversèn tous ledit pays de Bne par au-<lcssu5 de Nangis. et allèrent costoyerfl le pays de laditte rivière de Marne, jusques es environs de la ville <

Vertu, oii là traversèrent le pays de Champagoe, pour aller gangner | b rivière d'Aulbe, et s' allèrent camper à plusieurs journées de MoDtirande ou Montirandain', où ilz séjournèrenl l'espace de six sepniaiucs (eûtes cutières, sans bobef, siuou pour aller à la picorée aux villages de cinq et sijt lieues A l'entour et plus.

Qui lut cause qu'iU reisU'es en partie allèrent gangner la rivière de Marne par au-dessus deNangis, etqu'ilz ne s'approchèrent poinct plus près de Provins, furent les gentishommes de Beauvais, de Quiney et la Court-Rouge, qui avoicnl esté au camp duroy cts estoient trouvez à ta bataille de Dreux, et principallement ledit de Beauvais, qui y lui fort hlessé et non guary; avec lesquelz sollicitèrent les sîeiu-s du Plaissié au Chat . de Crenay, deCorcelles, de Vinipelles, deLours, de Savios, delà Barge et TEnfant deGoix, archer et garde de la porte du cbasteau et corps du roy, nommé le grand GoodForliu, de Flamboin, parûia»€ dudît Goix. lequel estuit en grand crédit avec toutes gens, k cause de son esLil. Tous lesquelz dessus nommez su travaillèrent si fort envers les commissaires commis à la conduitte desdiu reistres, que ce pays en fut exempt. Mons. de Beauvais. ce disoit-on, ne se tenoit fort assuré. ai lesditz icistrcs fussent logez à Naogis et les environs, à cau^e de sa rançon qu'il n'avoit payée à ceux qui l'avoient prios prisonnier, pour ce que, j)ar h: traîcté de paix faict en cesle guerre, il avoil esté dict que ceux qui estoient prisonniers de part et d'aultre. cl qui n'avoieut payé leur rançon, eu seroient quittes sans rien payer. Il estolt bruict que ceux qui l'avoient prins prisonnier estoient reistres, lesquels n'estoient contcns de tel article de paix, et avoienl mandé audit sieur de Beauvais que, s'il ne leur envoyoil argent pour sa rauçon, ilz, avec toute leur trouppc, troient loger en sa maison, audit Naagis. Si ce bruicl esloit véritable , je ne m'en infonuai auîcuDemcnt . mais bien ai sceu à la vérité que aulcuns des plus grands seigneurs d'iceui reistres, au passage du pont de Samois, allèrent veoir ledit seigneur de Beauvais en sa maison de Nangis, acconipagnei de vingt chevaux, qui furent les bien receiu paj' ledit seigneur, et mieux fe»- ' Monlûr-cn-Dcr (Huute-Manie]. u-rondiisemenl de Vuiv.

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1563. ioiez l'espace de deux jours, avant que de s'en retourner à la trouppe. Trois ou quatre desditz rcistres demeurèrent au cliasteau et village de Nangis pour les garder des aultres reislres, si d'avanture il s'en fust escarté jusque là, et pour les renvoyer sans y rien gaster.

L'auitre partie qui fit aller iceux reistres gangner la rivière de Marne estoit, comme l'on disoit, pour aller guerroier et ruyner mons. de Pavans, qui faisoit sa demeurance audit lieu de Pavans ou aultre, es environs de la Ferlé-soubz-Jouarre \ et pour se venger du passage qu'il avoit refusé à mons. le prince de Condé et son camp par la ville de Corbeil, ainsi que l'avons dict en l'an dernier passé. Lesquelz reistres ne faillirent à se présenter devant le cliasteau et maison dudit sieur de Pavans, lequel les attendoit de pied quoy et avoit faict bonne provision pour les y recevoir à coups de canon. Il avoit mis en son chasteau toutes gens de son village et de ceux d'alentour qui s'y voulurent retirer et leurs biens aussi , pour les mettre à sauveté contre lesditz reistres, qu'il ne craignoit nullement, pour estre ledit chasteau fort, et pour Tayde des jeunes liommes et compagnons soldatz qui s'estoient retirez dedans, qu'il encouragea de tenir bon avec luy, promettant honneur et prouflit leur en advenir au domage d'iceux reistres.

Les soldatz et jeunes païsans, encouragez par ledit seigneur, promirent d'obéir à luy et de s'employer à la deffense de sa maison, d'eux et de leurs biens qui cstoient dedans; auxquelz il deffendit de ne tirer nul coup de harquebuse ni aultre canon, qu'aultant qu'il leur en bailleroit le commandement, ordonnant, lorsqu'ilzde luy auroienl commandement de tirer, que chascun fist son debvoir, et qu'ilz ne tirassent à faulte ni à coups perdus, s'il estoit possible.

Iceux rcistres, estans assez près dudit chasteau qui leur avoit esté recommandé par le sieur d'Andelot et donné à cognoistre par leurs trucliemens, environ ung cent d'entre eux coururent devant pour

' Il y a plusieurs hameaux du nom do de Ncsle-la-Gilberdc, arrondissement de

Pnvan ou Pavant dans le dc^partemcnt do Coulomniiers, canton de Rosoy, quoique

Seine-el-Marne; il est à croire qu'il s'agit ce point soit assez éloigné de la F'erté-

ici de celui qui est situé dans la commune sous-Jouarre. (Voyez plus haut, p. 3oa.)

faschcrà lo surprendre à l'improvisie, mais ilz tiouvèrcnl la porte fermée et leponllcvé. Lcsquelz, en leur jargon (l\illen)an(l, crièrent qu'on leur ouvrast la porte , et faisoienl mines d'y vouloir entrer de bon gré OH de force, auxquelz ne se hasta de respondre ledit seigneur qui

. estoit dedans. Après lesditz reistres, arrivèrent à l'instant quelques doux ou trois cens aiillres de leurs compagnons, tous à cheval. A la venue desquelz s'espouventèrenl les paysans du dedans, qui eussent bien volu estre hors de là, cuydans jà eslreprins. En ung instant, fut

' Ifîdit cbasteau environné de plus de mille chevaux et. hommes.

Ce pendant qu'ilz reistres arrivoient audit chasteau, ledit sieur de Pavans plaçolt ses soldat?, au lieu où il les falloit pour deffenih-e. Lesquels placez, alla luy-mesme bracquer quelques fauxconneaux et petite artillerie qu'il avoit; et, voyant iceux reistres en lieu estroict asseï près de sa porte, niinst le feu auxditz fauxconneaux, qui deslascbèrent au travers d'iceux reistres, à leiu- grand domage; car bien ung cent d'entre eux furent tuez ou blessez en la place. Les fauxcotmeaux laschez , tous les hai-quebusiers qui estoient sur les murailles et dedans les tours dudit chasteau tirèrent sxir lesditz reistres, qui s'enfuirent Wiière le plus viste qu'ilz purent, culbutant les ungs les aulties, k tpxi se saulveroit le plus tost dans leur camp, potu- leur en dire des novclles.

Les chefs desdilz reistres, ayant entendu ces premières novelles, ne crurent de léger, combien qu'ilz en vissent plusieui'S de bien blesse»; ains en renvoyèrent une grande trouppe, pour rccoguoislre la place, et veoir s'il y avoit manière de l'avoir. Ceux qui furent à cestc fois envoyez pour recognoistre laditte place ne furent si fol/, tpic les premiers; iiz ne s'approchèrent de la première porte de la basse court à parlementer aux gens dudit sieur de Pavans, comme avoïeut faict les premiers, ains rouroicnt la poste es environs des fossez dudït IJeu pour contempler la forteresse , auxquelz estoient laschez si dextrement coups de canons, barquebuscs à crocq et aultres que tousjours en la place demouroient hommes ou chevaux. Qui fut cause de haïUser le

- cœur el courage des paysans qui estoient enserrez dedans; lesquels

1 fïfio. furent si bien agiierls que rien plus. Ceux qui s'en retournèrent à la trouppe firent rapport que ce cliasteau et ceux qui estoient dedans esloient plus que sulfisans de lucr tous les Allemans des Allemagnes avant qu'on pût leur mal faire, sans assiéger et sans amener canon et artillerie pour les preiiflre. Ouoy ouy par leurs chefz, ordonnèrent de passer oultre, sans s'y plus arre.sler; ils se deslournèrent dudit cliasteau, poiu' passer leur clicanin plus loing que la portée d'une harquebuse à croc, de peur d'estre blessez.

Ledit sieur de Pavans, les voyant passer oultre, deflendit à ses gens de ne tirer ni crier après eux aulcunement que ce fust, ains qu^on les laissast passer, jusques à ce qu'il commandast de sortir après eux, disant que les ruses de guerre sont de faire quelquesfois mines et semblant de lever le pied pour passer oultre, mais que le plus souvent on est esbay qu'on retourne tout court sur son ennemy, qu'on trouve le plus souvent à dcspourveu. Ce néantmoings, ledit seigneur voyoit bien, à les veoir cbeminer et leur bagage, qifilz ne passoicnt oultre poiu' revenir. Toutellbis, pour en estre plus assuré, minst hors de son chasteau demye douzaine d'hommes pour les descouvrir et suy\re de loing, pour en savoir meilleures novelles. Lesquelz les poursuivirent plus d'ime lieue loing, et les voyant aller leur train au village où estoit marcquée leur estappe et gisle, retournèrent au chasteau à leur seigneur, luy dire ce qu'ilz avoîent veu. Or estoit leur giste et estappe, pour ce jour, à quasi trois lieues loing et au delà dudit Pavans; qui bailla argument au seigneur qu'ilz ne retourneroient le dos de si loing pour le plus assaillir. Toutesfois, se tint et ses gens tousjours couvers, jusques à ce qu'ilz ement cheminé encores deux jours, ayant tousjours des hommes de ses subjectz aux écoutes de loing en loing, pom* en rapporter des novelles.

Après que ledit sieur de Pavans sceut lesditz reistres aller leur chemin, se donna garde des coureurs, voleurs et larrons qui s'escartent des trouppes ou qui les suyvent, pour piller ce qu'ilz trouvent aux escars; et tant vueilla, qu'il en descouvril deux ou trois trouppes qui enmenoient les chevaux, harnois el biens des laboureurs par où iiz

-Svoient passé; sur lesquelz U se rua avec ses pa^isans d'un si hauli courage, fpic ceux qui pensèrent résister turent liiez en [a place et piins prisonniers avec leur butîn, qui furent nieiiuz audÎL cbasleau. Et lit! fnt le butin de moings que de cent à six vingts chevaux, la pluspart des laboureurs de la Brie, avec i'aultrc butin.

Ledit sienr de Pavans, sçachant iceus reistres estre jà passez el ealoignez de quatre journées loing du sa maison, bailla congé à ses aoUatz el paysans pour se retirer en leurs maisons, tous bien resjouis d'avoir sanlv*'; leur vie et biens. El si (il ledit seigneur assavoir, par billet! qui furent portez par tous les villages par lesquelz avoïent passé iceux reif-trcs, depuis le pont de Samoys jusques à son chasleau. Icscjuclz furent proclamez aux prosnes des parroisses, que tous qui avoient perdu chevaux, harnois, charrettes et biens à la passée d'iceux reistres, allassent avec loyauté et tesmuignage rccognoisire eu son chasteau ce qui seroil à eux, et qu'il leur en feroit la délivrance, ce qu'il (il. Quasi quatre-vingtz chevaux furent recognus par les maistres qui les avoient perdus, qut leur furent rendus, en payant la despenct; qu'il» avoient faict depuis la recousse. Le reste demoma audit seigncm-, comnte chose à liiy justement acquise de bonne guerre.

Ceux de Provins, estans advertis du passage d'iceux reistres au pont de Samoys, envoyèrent dès le jour du grand vendredy, gens â Héricy, village d'apparence et de renommée , qui est au bout du ponl. du coslé de la Brie, pour sçavoir quel joiu- ilz passeroient et quel c]ic»nin ilz prendroient au partir dudit Héricy; lesquelz firent rapport qu'îlz avoient entendu par le commung bruict que lus conimissaires teDoicut propos de les faire passer par la ville ou les environs de Provins, et qu'ilz ne passeroient avant le jour de Pasqucs, pour le plustûsf. Or, y a-il dislance de Provins audit pont de Samoys et Uéricy. de dix à douze lieues. Parquoy lesditz de Provins prindrenl courage pour se disposer pour la feste de Fasques à aller ii lu lahle Dieu et wienniser la feste avant la venue d'iceux reistres. liz avoient lonsjours gens aux champs, allaus et venan.s, pour leur porter uovelles. Ce pendant que leurs gens ailoient et vcnoieal, dès le samedy, vueillt:

1563. de Pasques, au soir, et dès le jour de Pasqucs, au matin, à Touverture des portes de la ville , arrivèrent gens des villages et parroisses de Nangis, de la Croix-en-Brie, de Chasteau-Bleaue , de Vanvillé, de Landoy, de la Chapelle, de Vielz-Clianipagne, de Coutevroux, de Jouy-le-Cliastel, de Bannost, de Basoches, de Boisdon, de Sainct- Yllier et aultres villages voisins, tous se serrer audit Provins, avec leurs chevaux, harnois, meubles et tout bestial. Et y arriva ledit jour de Pasques si grand nombre de gens et de bestes, qu'il ne fut possible de les loger à couvert tous, ains en demeura ung nombre incroiable parmi les rues, qui en estoient de toutes partz si pleines, quon ne pouvoit cheminer à son ayse par icelles.

Ce qui plus attonna les habitans dudit Provins fut les gens de Nangis et parroisses de Vielz-Champagne et S*-Yllier, lesquelz disoient estre envoyez de leurs seignems de Beauvais et de Quincy ^ , qui ne pouvoient trouver façon avec les commissaires d'empescher la brigade que le vulgaire appelle ï Avisée, de passer par Provins ou les environs; et poiu: ceste cause leur avoient baillé cest advis de vuyder leurs maisons et serrer leur bestial. Au jour de Pasques au soir, les messagers de Provins rapportèrent que pour certain iiz avoient veu distribuer les quartiers du passage desditz reistres, et que leur rendez-vous estoit à Provins pour le mardy ou mécredy des festes de Pasques pour le plus tard; toutesfois, cjue les gentishommes du balliage et aultres voysins poursuivoient encores poiur les renvoyer par ung aultre lieu ; mais que ce n estoit encore chose assurée. A ces nouvelles fut le guet des murailles de la ville renforcy, et quelques corps de garde posez par la ville parmy les gens et bestes des villages, qui se tenoient mieux assurez que ceux de la ville, et se pourta le tout bien.

Au lend(»main matin, qui estoit le limdy de Pascjues, les portes de la ville ne furent ouvertes qu'il ne fust huict heures du matin, à l'entrée desquelles par dehors y avoit ung nombre infini de haniois.

Sur les s<'igiieurs de Quincy, voyez à Nobiliaire du bailliage de Provins, [jar Iri bibliolhèr|ue de la ville de Provins le M. Ylbier, p. 1C9.

charrettes, biens et bestial des villages devers Rozay et Amillis, qui 1563. estoient arrivez toute la nuict pour se saidver. Le ban fut faict par les carrefours dudit Provins que nul habitant de la ville, sous peine de 1 oo liv. t. d'amende et de prison, n'eust à sortir hors d'icelle pour ce jour, ains que chacun d'iceux, à l'heure de dix heures du matin, eust à se trouver avec ses armes devant Thuys de son dizainier, pour estre conduit sur les murailles de la ville, chascun en son quartier. Et oultre ce , fut signifié aux gardes des portes de n'en laisser sortir ung seul habitant hors la ville, sous peine de pareille amende. On ne laissoit pour cela de mettre en ladite ville les gens et bestes des villages qui venoient pour se saulver.

Le service divin fut fait es parroisses et églises tout d'ung suivant sans intermission; auquel assistèrent tous les habitans, chascun en son éghse, et s'atendoit-on que lesditz reistres prendroient leur chemin en laditte ville et vouldroient loger dedans, en hayne de feu mons. de Guyse, auquel elle appartenoit, et pour ce s'estoient les habitans délibérez et résoluz de ne les laisser entrer, quelque mandement qu'ils eussent d'y entrer, ainz de tenir bon contre eux jusques à la dernière goutte de leur sang.

Et poiur sçavoir de l'équipage et des ai^mes de chascun habitant de laditte ville, la monstre généralle fut publiée à ce jour à l'heure de mydi, pour veoir quel moyen on avoit de tenir bon, si d'avanture on estoit assailly par lesditz reistres; mais ne fut possible de faire laditte monstre généralle, toute la ville assemblée ensemble, pour i'empeschement des gens et bestes des villages, qui empeschoient toutes les rues. Et pour ce , fut advisé que laditte monstre se feroit à quatre fois, chascun quartier et capitaine de ses gens à part, et pour éviter que les gens d'ung quartier ne pussent prester leurs armes et équipage à ceux d'ung aultre quartier, furent tous habitans conduictz sur les murailles, chascim par son disenier avec ses armes, où demeiu'èrent jusques à ce que leurs capitaines les allassent lever au son du tabourin et l'enseigne desployée. Laditte monstre fut commencée au quartier et porte de S*-Jehan , et servoit de capitaine général

1563. pour toute la ville M* Philippe Durant, président du siège présidial, homme sage et de helle apparence, et qui, par le conseil des gouverneurs, avoit seul commandement sur les aultres capitaines des quatre quartiers et portes de laditte ville. Les hahitans dudit quartier de S*- Jehan furent levez au son du tabourin sur les murailles, avec l'enseigne desployée, et mis aux champs hors la porte en ceste grande place qui est près de la chapelle de S*-Jehan , et mis en ran pour estre veuz, considérez, nombrez et quant et quant encouragez pour tenir bon contre les reistres , s'ilz se présentoient pour assaillir. Ce que chascun promist faire, et obéir à son capitaine, cinquantenier et dizenier, pour le service de la ville, et ce faict, leur fut commandé de retourner chascune dizaine et dizainier sur les murailles en leur quartier et y demeurer jusques à ce que le capitaine leur eust baillé congé de s'en aller et non devant, sous peine d'amende. De là en fut faict aultant aux trois aultres portes et quartiers, et ne furent icelles monstres faictes qu'il ne fust quasi trois heures après midy; à laquelle heure fut baillé congé à chascun pour s'en retourner en sa maison , excepté aux gardes des portes qui estoient de gardé ce jour^là, lesquelz demeurèrent ausdittes portes jusques au soir, qu'on receut nouvelles certaines qu'ilz reistres estoient en chemin pour s'en aller par au dessus de Coulumiers gangner la rivière de Marne , et que leurs estappes y estoient dressées. Toutesfois, on ne laissa de renforcer le guet sur les miu^ailles et par les rues. Au lendemain , qui fut le mardy de Pasques, ne furent les hahitans ni gens d'église en procession à Voulton, comme est la coustume , de peur d' estre surprins , tant par les champs que la ville. Et dès ce jour, sur le vespre, commencèrent les gens de Nangis, de Rampillon, de Vanvillé et de ces quartiers-là à s'en retourner tout bellement gens et bestes. Ceux des quartiers de Rozay et de Coulumiers attendirent jusques au mécredy à partir.

La crainte inspirée par les reîtres cause la mort de M'Eméric, cordelier du couvent de Provins, et de frère Gilles Cuyssot, trésorier de Voulton.

Les reistres estans passez et hors du pays de Brie , allèrent se loger

par le travers de la Champaigne, dans la ville et bourg de Monti- 1563. rande, où ils séjournèrent six sepmaines et plus; de quoy chascun de ce pays s'émerveilloit grandement. Le bruit estoit qu'ilz ne voulurent passer oultre , sans recepvoir l'argent qui leur estoit deub et promis, et que le roy n'en avoit pour les payer. D'aultre part, on disoit que Sa Majesté les arrestoit là, pour s'ep servir s'il en avoit à faire, et les envoyer au Havre de Grâce contre les Anglois, qui ne s'en vouloient départir. Finablement, argent leur fut porté pour les renvoyer en leur pays. Jamais en France nation n'avoit esté plus craincte ni redoubtée que furent lesditz reistres; lesquelz toutesfois ne faisoient aucun mal aux simples gens des villages où ils logeoient, mais prenoient et ravissoient tous leurs biens qu'ilz trouvoient et les chargeoient en leurs hamois et les enmenoient avec eux. Ils portôient en iceux leurs hamois vans à vaner grain, fléaux à batre es granges, seaux ou seilles à porter et puiser eau, cordes et chaînes pour en puiser; ils avoient sur aulcuns hamois de petis fours à cuyre le pain, pour s'en servir en nécessité, et mohns artificiellement faictz pour moudre du grain. Us estoient fort songneux de charger du bled et de l'avëne en leurs ditz harnois et d'enmener le bestial gros et menu devant eux. Où ilz se logoient, ne faisoient que cercher et fouUier en terre es logis, jardins, courts, fumiers, pour trouver butin, et tout ce qu'ils trouvoient de caché et non caché estoit à eux, et n'y avoit personne qui y pust donner ordre ou qui voulust. Ils assailloient aussitost les logis, maisons et chasteauxdes gentishommes par où ilz passoient, qu'ilz voyoient n'estre fortz et de deffences, et si tuoient ou prenoient prisonniers les gentishommes d'iceux qui tomboient en leurs mains, qui estoit la cause que les gentishommes mal fermez vuydoient leurs maisons et se saulvoient es villes. Les aultres qui estoient fortz et bien fermez faisoient levée de soldatz pour mettre en leurs maisons et chasteaux, pour se deflendre d'eux s'ilz en estoient assaillis. Les pays des environs dudit Montirande , à dix lieues à la ronde, eurent fort à souffrir durant le séjoumement desditz reistres audit lieu; car ils s'escartoient pour aller voler et picorer tout ce

1563. qu'ils trouvoient. Toutesfois, après que les paysans en eurent beaucoup enduré , se bandèrent et se ruèrent sur iesditz picoreurs , quand ils alloient à petites trouppes, et leur couppoient la gorge, et à ce faire aydoientles gentishommes aux paysans et les paysans aux gentishommes. Qui fut occasion de faire reserrer et tenir quoy iceux reistres, lesquelz, après avoir receu leur argent, s'en allèrent en leurs pays.

A l'occasion du passage des reîtres, et sous le couvert de ces étrangers, certains gentilshommes huguenots des environs de Provins recommencent leurs pillages. Les gens du seigneur d'Esteniay dévalisent, pendant la nuit de Pâques, la maison d'un laboureur, nommé Jehan Rousselot, à Villecendrier. — Les Anglais refusent de rendre au roi le Havre-de-Grâce , que les protestants leur avaient livré. Les armées protestante et catholique s'unissent, sous la conduite du connétable, pour reprendre cette place, et cette union contribue à grossir le nombre des hérétiques Les Anglais capitulent le 28 juillet i563^.

Incontinent après que les estrangers, tant reistres que aultres, se furent éloignez , et que le camp fut party au Havre de Grâce , i'édict de paix fut envoyé par toutes les villes des bailliages de France, pour le publier, afHn de faire poser les armes bas à toutes villes, cbasteaux, forteresses et compagnies tenans les chanips, lever toutes desfiances que les Françoys avoient les ungs sur les aultres, et les faire rentrer chascun en leurs maisons avec toute sûreté. Cestuy édict de paix fut fort fasclieux à entendre publier et à praticquer aux catbolicques des villes et villages paisibles où il y avoit bien peu de huguenotz. Mais il fut fort consolatif aux catbolicques des villes qui estoient oppressez des huguenotz, comme aussi des villages des environs où la religion catbolicque estoit intermise , la messe et divin office non célébrés, les sainctz sacremens non administrez, comme es villes de Lyon et Orléans et les environs, et en plusieurs aultres villes du

^ « Discours au vray de la réduction du chives curieuses de Vhist. de France» t. V,

Havre de Grâce en Tobéissance du roy, p, 22c).) \oy, SiUssiAddit, aux Mémoires de

auquel sont contenus les articles accordez Castelnau, t. II, p. 391. entre ledit seigneur et les Anglois. » [Ar-

1563. si orgueilleuse, par lesditz sieurs luy fut ordonné de metti*e au greffe et sa commission et Fédit de paix quant et quant, affm d'estre par eux veu pour en délibérer entre eux, pour lui en respondre au lendemain. Ce qu'il refusa à faire, disant qu'il n'en estoit besoing, et qu'il leur debvoit suffire d'en ouyr la lecture pour faire laditte publication; auquel fust respondu qu'il estoit besoing qu'il minst ses besongnes au greffe , et principallement ladite paix, pour l'enregistrer, avant qu'en faire la publication audit parlement ni par la ville. Ce que finablement il fit, puis se retira en son logis. MM. dudit parlement, après avoir veu l'audace de ce commissaire, sa commission et l'édict de ceste paix, considérant les menaces de cest audatieux commissaire , je ne sçai pas pour quelles causes , procédèrent contre luy par procès criminel, et fut par eux condempné à estre décapité, et eut la teste couppée par le bourreau audit lieu de Thoulouse. Hz sieiu's dudit parlement firent une homologation et modification sur l'édit de liberté huguenoticque que ledit Rapin leur avoit porté, qu'ils firent publier devant luy par les carrefours de la ville , avant que de le faire exécuter. Desquelles homologation et modification s'ensuit la teneur :

« Charles, par la grâce de Dieu , etc. Veu par la court de parlement de Thoulouse l'édit de paix faict à Orléans sur les troubles qui sont au royaume de France mis sus par aulcuns séditieux de ce royaume, lesquelz , au désavantage du roy et de la couronne, ont troublé TEstat soubz la minorité du roy jeune enfant, estant le royaume soubz gouverneurs, comme aussi Sa Majesté, et pour prendre occasion de ce faire, ont mis en avant et ont pris pour couverture le manteau de religion; ce que estant veu par nous, avons ordonné et ordonnons que, en la ville de Thoulouse ni aultres du ressort du parlement d'icelle, ne se fera publicquement ni secrettement aulcun exercice de la nouvelle prétendue rehgion, en quelque sorte que ce soit, sous peine de la hart. — Item , que tous ceux qui vouldront faire profession de laditte prétendue religion réformée ayent à se retirer hors de laditte ville et ressort dudit parlement. Commandement à tous manans et habi-

1563. repalrier et reconfirmer en leur prétendue religion, firent leur cène qu ilz appellent sacrement, non dans la ville ni fauxbourgs de Provins, mais en la maison seignorialle de Chantalous, parroisse de Bauchery, en laquelle demouroit mons. de S*-Symon, seigneur dudit lieu à cause de sa femme, gentilhomme huguenot et de ceux qui avoient porté les armes.

Il y a ici une lacune dans le manuscrit.

Un ministre proleslanl est assassiné entre Nogent et le château du sieur d'Esternay. Celui-ci le fait enterrer et fait annoncer à son de trompe, aux environs, (ju'il donnera cent écus à la personne qui dénoncera le meurtrier. Un jeune homme de Nogent, dans Tespérance d'obtenir les cent écus, déclare qu'il connaît l'assassin, mais refuse de le nommer; on le retient alors lui-même en prison, comme étant l'auteur du crime; on lui fait son procès et on le condanme à mort. Il est pendu à La Motte, avec deux autres individus qui avaient tué le barbier du sieur d'Eslernay.

Les huguenotz de Provins, après avoir levé argent sur eux, firent dresser une requeste pour présenter au roy, aflîn d'obtenir lettres de S. M. pour ériger ung presche audit Provins, suyvant Tédict de la paix d'Orléans ; par laquelle requeste ilz exposèrent qu'en icelle ville il y avoit ung grand nombre de fidelles, tous faisans profession de la novelle religion, lesquelz requéroient S. M. de leur permettre ériger ung presche audit lieu, pour faire l'exercice de leur religion, et de leur en bailler lettres, avec commission adressante à M^ Philippe Durand, président au siège présidial dudit lieu, pour les installer et leur donner place où seurement et commodément ilz peussent faire ledit exercice. Laquelle requeste fut plus que facillement enthérinée par la mère-royne et le prince de Condé, qui n'entendoient à aultres affaires qu'à planter par le royaume en toutes villes laditte prétendue religion, sans faire longtemps séjourner à leur faire la court ceux qui sollicitoient telles affaires, car les chefz principaux qui debvoient ce empeschcr estoient les premiers à en expédier lettres et en telle forme qu on les demandoit, comme tel estoit le chancelier de THos-

pilai, qui esloit Funt; des plus ^r^ands hupienoli et heretictjues Je iî*5 Fiance, comine aussi estoient quelques secrétaires du row coiuhien qu^ilz chancelier et secrétaires ne se fussent declarei relvlles eonirt* le roy. Lesditles lettres obtenues, les présentèrent à n)i>ns, le président de Provins, M' Ph. Durant, par je ne sçai quelle nianièn^, comme en le despitant, pour ce qu'il avoit on havne et hoiTtnir les huguenolz et leur prétendue relipon, ainsi que eu\-mesnies bien on sçavoient: et pour ce, de propos délibéré requirent lesdittos lottn^s luv estre adressées, comme s'ilz eussent voulu dire : « En despit qu il en ave, si fauldra-il quil nous installe en nostre prescbe, quelque ha\"ne qu'il nous porte et à noslre religion. »

Ledit président, après avoir en son partii idier veu et leu leurs dittes lettres, en les leur rendant, les remist au premier jour plaidoiable d'après, pour en plain jugement adviser au moyen de les enthérinor ou débouter, sans leur en rien dire aultre chose. — Au lundv ensu\^\ant, premier jour de plaictz, se présentèrent le prédicant et partie de ses noveaux paroissiens, lesquels, par Marc Boyer, procureur au siège présidial, et M^ Richard Privé, advocat, présentèrent leur requeste tendant aux fins d'estre receuz et installez, suyvant le mandement du roy, duquel ilz demandèrent renthérinenient; cela ne lut sans grand tumulte du peuple de Provins, qui s'estoient en grand nombre trouvés là pour ouyr la lecture desdittes lettres, sans y estre mandez, mais d'eux-mesmes s'y estoient présentez; d'aultant qu'ils buguenotz sVstoient vantez de Tenthérinement d'icelles, voulussent ou non ledit président et tout le reste des habitans de laditte ville. — U président , après avoir ouy ceste requeste , ordonna audit Boyer de faire lecture de leurs lettres et de parler hault, aflin quelles fussent de tous entendues. Durant laquelle lecture fut faict bon silence, qui ne dura qu'aultant que laditte lecture, et à peu tint que grosse sédition ne s'eslevast là contre ledit prédicant et ses noveaux réformez; ce qui fust advenu, n eust esté ledit président, qui imposa silence à chascun, et qui empeschea laditte sédition; lequel à l'instant, en respondant à leur requeste, à pur et à plain les débouta desdittes lettres, comme

362 MÉiMOIRES

1563. obtenues sur ung faux donné à entendre au roy ou à ses gouverneurs, ainsi que la teneur d'icelles en faisoit foy, laquelle portoit que audit Provins y avoit plus de la moitié des habitans faisans profession d'icelle prétendue religion , Icsquelz demandoient l'exercice d^icelle leur estre octroyé dans laditte ville, suyvant Tédit de la paix d'Orléans ; et, pour monstrer que icelles lettres estoient données sur ung faux entendu, ordonna qu'ilz huguenots de laditte ville comparoîtroîent à une heure après midi audit lieu de l'auditoire, qui se tenoit encores es logis de la salle du Roy, attenant à la chapelle de M. S*-Blaise, et qu'ilz donneroient leurs noms et surnoms, ensemble la signature de leurs mains, pour veoir combien ilz estoient qui demandoient ce presclie. Et pour mieux faire apparoir au roy du faux donné à entendi'e qu ilz avoient faict à S. M. par leur requeste, ordonna que les quatre capitaines de la ville assembleroient leurs dizainiers et les dizainiers les gens de leur dizaine, pour comparoir audit lieu de l'auditoire avec le greffier, et déclarer s'ilz entendoient avoir ledit presche ou non. A laquelle assignation comparut tout le peuple de laditte ville, qui déclarèrent quilz n'avoient entendu, comme ilz n'entendoient, avoir présenté requeste au roy poui' avoir ledit presche, et que, tant s'en falloit qu ilz en demandassent ung, ilz supplioient humblement S. M. de ne leur en poinct donner ni envoyer. Lesditz huguenotz estoient en si petit nombre qu'ilz n'osèrent oncques comparoir pour donner la signature de leurs mains pour avoir ledit presche, et de tout ce fut faict ung procès-verbal que ledit président envoya au roy et à la royne sa mère, et furent lesditz huguenots pour ceste année déboutez de leurs lettres et presche public; parquoy fallut qu'ilz retournassent i l'exercice de leur prétendue religion où ils avoient accoustumé d'aller, qui ne fut sans grande mocquerie d'eux et grand honneur dudit président. Il se trouva en Provins plus de quatre mille personnes qui empeschèrent que lesditz huguenotz n'eussent presche en la ville et fauxbourgs; les huguenotz n'estoient en tout que quarante personnes.

L amiral Colîgny, accusé d'être Tauteur du meurtre du duc François de Guise,

se purge devanl le roi de cette accusation ^ Henri de Guise, fils de François, 1563. quitte la cour et se retire à Joinville.

Il fut permis audit sieur admirai de faire imprimer sa justification et de la faire exposer en vente par la ville de Paris et le royaume de France, ce qu'il fit, mais à son déshonneur; car toutes personnes qui virent et lurent laditte justification jugèrent ledit sieur estre coulpable de laditte mort, parceque les responses qu'il faisoit aux accusations et déposition dudit Poltrot n'estoient si pertinentes qu'estoient icelles accusations, et plusieurs poinctz rapportez les ungs aux aultres de laditte justification rendoient coulpable ledit admirai plus que suffisamment pour estre géhenne et mis à la torture.

Charles IX, étant entré dans sa quatorzième année, se déclare majeur dans un lit de justice tenu au parlement de Rouen (17 août i563) ^. — Les protestants sont en faveur à la cour, où leurs chefs dominent. — On craint que le roi ne devienne hérétique, bien qu'il continue à fréquenter l'église catholique et à remplir ses devoirs religieux. — La veuve du maréchal de Saint-André fait don au prince de Condé de son château de Valéry -lès -Sens. Le prince de Condé, qui avait promis à cette dame de l'épouser, prend pour femme la marquise de Roytelin, dame de Blandy-lès-Melun. — Le roi se décide à visiter son royaume, pour voir ses sujets et se faire connaître d'eux.

Durant le parlement de ce voyage, fallut adviser en quelle sorte et avec quelles compagnies on le feroit, savoir si le roy l'entreprendroit avec son train ordinaire, tant des officiers de sa maison que des archers de sa garde, ou bien si on lèveroit aultres compagnies de pied et de cheval pour l'accompagner et lui faire escorte par les

' « Arrêt du conseil du roy, par lequel il évoque à sa personne le procès meu entre les maisons de Guise et de Chastilion, à Toccasion du meurtre du duc de Guise, et en suspend le jugement pendant trois ans. i563, juin 5. » (Mém. de Condé, t. IV, p. 495.) Voy. des pièces relatives a cette affaire dans les Mémoires de Condé ,

t. IV, p. 339 et 65i; et t. V, p. 17. — Voy. aussi Preuves de la maison de Coligny, par du Bouchet, p. 535.

' Lit de justice tenu au parlement de Rouen. (Isambert, Rec. des anc, lois franc. t. XIV, p. 147.) — Voy. aussi Floquet, Histoire du, parlement de Normandie, t. II, p. 55o et suiv.

1563. champs, de peur que mal ne luy fust faict, fust pour le prendre prisonnier ou aullrement, attendu les difflcultez qui avoient esté en France en Fan dernier passé , par les guerres civilles faictes soubz le nom de la religion; à cause desquelles guerres avoit convenu aux gouverneurs de sa personne et du royaume de renforcer ses gardes extraordinairement. 11 fut résolu que S. M. entreprendroit son voyage avec son train ordinaire, celuy de sa mère, de mons. le duc d'Anjou son frère, de mons. le connestable et les archers de leur garde, pour éviter à l'oppression et fouUe du pauvre peuple, et que les aultres princes et seigneurs qui le vouldroient suyvre ne méneroient de train avec eux que Tordinaire de leur maison et leurs officiers servans.

Avant que ceste résolution fut faicte, on faisoit tenir les champs à certaines compagnies de gens de pied, montant au nombre de quinze enseignes réduittes en ung régiment, qui estoit conduict et gouverné par un capitaine nommé le seigneur de Charry\ homme honorable, bon catlîolicque et loyal serviteur du roy, qu'il avoit servy es guerres de l'an passé et en celle de l'an présent contre les Anglois à la reprinse du Havre de Grâce, duquel seigneur et régiment le roy se pensoit accompagner à faire et entreprendre ce voyage. Et d'aultant que ledit voyage se retardoit pour les affaires qui survenoient d'un jour à l'aultre à la court, et aussi pour la difficulté de l'hyver qui commençoit, fut baillé commission audit sieur de Charry de mettre son régiment en garnison dans les villes, poiu: soulager les villages et affin qu'ilz ne fussent ruynez par iceux gens de guerre, qui les oppressoient plus qu'ilz n'eussent osé faire les villes, et luy fut commandé de ne les mettre à plus de vingt lieues loing de S. M. Durant le temps que saditte majesté fut à Paris, ledit régiment, après avoir tenu les villages des environs dudit Paris et avant la commission délivrée de loger aux villes, entrèrent en garnison es villes de Corbeil et Melun, où ilz furent jusques à la my-octobre; et de là allèrent en garnison à Mon-

' Laurent de Charry, né au cliâtcau de sénéchal d'Armagnac et premier meslre Charry, près Montcuq en Quercy, genlil- de camp des gardes françaises. De Thou homme ordinaire de la cliamhre du roy, l'appelle à tort Jacques Prévost de Charry.

tereau, Bray et Nogent sur Seine, où ilz furent huit ou dix joiu's. 1563. Desdittes villes de Bray et Nogent, en attendant qu ilz eussent commission d'entrer à Provins, allèrent loger à Chalaustre-la-Grand et Villenauxe-la-Grand; auquel Villenauxe n'entrèrent du premier coup, parquoy tindrent les villages depuis ledit Bray, jusqucs audit Villenauxe, trois ou quatre jours à vivre à discrétion et à se faire traiter en la manière des friquerelles tout et plus que le saoul. Ledit sieur de ChaiTy, sçacliant que leskabitans dudit Villenauxe ne vouloient faire ouverture de leur ville et y recevoir ses gens, alla luy-mesme en personne parler à eux et leur commanda de faire ouverture de leurs portes et d'y laisser entrer son régiment, ou, en faidtc de ce faire, les assiégeroit, dont mal leur prendroit. Ils de Villenauxe luy firent response qu'ils n'estoient délibérez de luy ouvrir ni à ses gens, et encores moings de les y laisser loger, et ilz commencèrent à se mutiner, comme aussi fit ledit sieur de Cbarry, auquel et à ses gens fut tiré ung coup de harquebuse qui n'offensa personne. Qui fut cause de faire retirer ledit de CliaiTy fort courroucé; lequel envoya au roy pour avoir commission spécialle de se loger et ses gens audit Villenauxe. En laquelle attendant, dès au lendemain fit approcher tous ses gens d'armes à l'entour des fossez dudit Villenauxe, pour tascher à le siu^prendre. Dont furent quelquement esmuz lesditz de Villenauxe, lesquelz avoient peur que pis ne leur advînt (jue de les laisser entrer, veu que les villes de Bray et Nogent leurs voisins les avoient receuz en leur ville, desquelles ilz deslogèrent; et après avoir tenu conseil ensemble , résolurent qu'il estoit plus expédient pour eux de leur ouvrir les portes que de se laisser assaillir. Hz ne craignoient aulcunement ledit régiment et n'avoient peur qu'il y entrast par force, mais craignoient d'estre rebelles au roy, comme les en menaçoit ledit de Charry, qui , avec serment faict devant eux, leur promettoit d'y loger et ses gens, fust de bon gré ou de force, ce qu'il fit. Je ne sçai si ce fut par assault ou de bon gré, mais bien sçai que les hommes d'aparence et de biens dudit Villenauxe absentèrent leurs maisons et la ville, et n'y retournèrent qu'ilz ne fussent deslogez.

1563. Aulcuns hommes d'entre eux qui ne partirent à heure pour s'enfîiir furent par ledit de Charry et ses gens prins prisonniers et traictez assez rudement, et disoit ledit seigneur qu il les méneroit au roy pour en faire la justice , comme de gens rebelles à S. M. Hz de Villenauxe avoient envoyé gens d'entre eux au roy, qui estoit à Fontaine-Bleaue , pour prier S. M. de les exempter dudit régiment et qu'il ne logeast dans leiu* ville; mais n'eurent si tost leiu^ expédition, parquoy logèrent ledit régiment depuis le jour ou vueille de la Toussainctz jusques au jour de ]a S'-Martin d'hiver, à luy faire grosse chère et oultrageuse despense, pour lequel faire desloger, comme l'ouys dire auxditz de Villenauxe, payèrent audit Charry la somme de 5oo escuz d'or au soleil.

De Villenauxe, alla loger ledit régiment en la ville de Provins, où arrivèrent les soldatz et capitaines le jour de la feste de mons. saint Martin, qui est au mois de novembre, jour de foire en ladite ville, et s'y logèrent tous par bulletins et quartiers, qui leur furent délivrez par leurs fouriers; et y furent tous depuis ledit jour de S*-Martin jusques au jour de S -André, auquel jour en deslogea la moytié, qui fut renvoyée es villes de Bray et Nogent, où ilz logèrent comme devant; l'aultre moitié demeura audit Provins, jusques après la Conception N.-Dm qu'on leur fit faire monsire et revue enmi les champs hors la porte de S^Jehan, à laquelle monstre furent cassées les compagnies dudit régiment, excepté soixante hommes de chascune, qui furent retenus comme les capitaines, lieutenans, enseignes, caporaux, entepsales [anspessades], sergens de bandes et les principaux soldats les mieux aguerris. Tout le reste fut cassé et renvoyé chascun en leur maison. Aultant en fut-il faict audict Bray et Nogent. Ceux qui furent retenus dudit régiment deslogèrent desdittes villes le joiur mesme de leur monstre , et s'allèrent loger par les villages en montant à Pons et Méry sur Seine, où ilz allèrent en garnison, en attendant le partement du roy pour entreprendre son voyage.

Estans les gens de guerre dudit régiment logez es villes de Bray, Nogent , Villenauxe et Provins , vescurent aux despens des hostes où

1563. ^^^ soldais rencontrés dans la campagne avec des femmes de mauvaise vie et des objets volés sont pendus par la sentence de M. de Charry. Cette exécution intimide et maintient le reste du régiment.

Il nous fauil icy faire ung discours d'un habitant de Provins et des soidatz qui furent logez en sa maison, qui fut tel qu'il s'ensuit. Audit Provins, rue de Culoison, y avoit ung homme nommé Pierre Pillette, n'y avoit longtemps demourant audit Heu, venu du pays du Maine par le moyen d'ung prebstre, chanoine de l'église N. D. du Val, frère de la femme dudit Pillette, vulgairement appelle le Dragon. En la maison duquel furent logez par buletin deux soidatz non bien aguerris, et qui n'y avoit guères qu'ilz praticquoient les armes, et à les ouyr parler n'avoient oncques esté à la guerre que au siège du Havre de Grâce, d'où ilz venoient. Ledit Pillette-Dragon, se voyant avoir affaire à ces novices, s'arraisonna avec eux et leur fit entendre que tout son temps il avoit praticqué les armes et faict bon service au roy, tant dans le royaume que dehors, non seullement parterre, mais aussi par mer; et pour mieux persuader à ses noveaux soidatz quMl avoit bien veu du pays, leur demanda où estoit le dernier buisson de là le Havre de Grâce, d'où ilz venoient. Lesquels luy firent response qu'ilz n'en sça voient rien, ce que luy-mesme ne faisoit, car oncques n'avoit passé les mers qui joignent les murailles dudit Havre de Grâce. Voyant qu'ilz soidatz ne luy pouvoient faire response, leur dist telles parolles : « Ha! mes amys, vous n'avez encores veu beaucoup de pays et n'avez tant praticqué les armes que moy. C'est une chose mal séante que gens d'un estât mangent Tung l'aultre; je vouldrois bien vous prier en faveur des armes et amytié de soidatz que vous prinsiez ung aultre logis que le mien, et à la pareille; car j'ai volunté encore de faire service au roy à la première occasion qui se présentera, où à vous et aux vostres pourrai vous faire plaisir. » Ce que firent iceux soidatz , qui allèrent chercher aultre logis.

Attenant de la maison dudit Pillette y avoit ung pauvre homme , nommé Estienne Gasteblé , fossoieur et sonneur de l'église de S*-Ayoul, qui n'avoit aucun moyen de vivre que de ce qu'il gangnoit au jour le

jour; toutesfois grand yvrongne qui"n'avolt soucy du lendemain, dans 1563. la maison duquel estoienl logez deux maislres soldatz et ime garce putain qui les suyvoit; lesquelz, voyans ledit Fillette n'avoir plus de soldatz en son logis, s'y allèrent mettre sans bulletin, partie pour estre mieux traitez , partie pour estre hors de la fumée que leur faisoit la femme dudit Gasteblé des planches qu'ilz retiroient de terre quand ilz faisoient les fosses des trespassez, qui estoient toutes moytes et qui sentoient les corps mortz, ayant assez maulvaisc odeur, car il n'y avoit aultre bois pour leur faire feu en la maison. Il Fillette, voyant que les soldatz de son voisin s'estoient mis en sa maison, taschea à les endormir comme il avoit faict les premiers; mais les trouva maistres de leur mestier. \'oyant que pour amytié ne vouloient quitter sondit logis, se courrouça à eux et les fit sortir par menaces, disant qu'il ne les rccevroit, puisqu'ilz n'estoient logez en sa maison par étiquet ou bulletin, et en leur présence partit de son logis pour s'en aller plaindre audit sieur de Charry. Quoy voyant, lesditz soldatz se retirèrent chez laur hoste Gasteblé, jusques à ce qu'ils eurent trouvé leur fourrier, auquel formèrent leur plainte, disant qu'ilz estoient logez en la maison du plus pauvre homme de la ville, où il n'y avoit pain, vin, boys, ni aultres victuailles, et que, attenant dudit logis, y avoit ung riche paillard, qui naguères avoit esté héritier d'un chanoine le plus riche de la ville, et n'avoit personne de logé en sa maison, et pour ces causes le prièrent qu'il leur baillast bulletin pour s'y loger: ce que leur accorda ledit fourrier. Hz, ayant bulletin, retournèrent veoir leur dragon de Fillette, et luy donnèrent ledit bulletin, et quant et quant le chassèrent aux vivres ; lequel ne s'en hasta guères fort, et, ne se pouvant exempter qu'ilz ne demourassent en sa maison, les traita non si opulantement qu'ilz vouloient.

Advint ung jour, entre aultres, qu'ilz soldatz baillèrent charge audit dragon d'achepter quelques chapons et une douzaine d'ailouettes pour leur soupper, à peine d'estre battu et de tout rompre en sa maison. Ce qu'il leur promist faire , s'il en voyoit et cju'on luy en voulust donner pour son argent. Où il savoit qu'il y en avoit à vendre , n'y alloit , affin

1563. ^^'^^ ^^^^ excuse de dire qu'il n'en avoil veu, et par ce moyen poulser la journée à l'espauUe, comme on disl, pour les en faire passer, ce que lesditz soldatz ne vouloient faire. Lesquelz quasi à coups de baston le renvoyèrent et luy enseignèrent où il en trouveroit, et qu'on en vendoit , encores qu'il le sceust aussi bien que eux. Estant contrainct de retourner, s'advisa d'ime ruse assez gaillarde et fort gentille pour un lordault. Au lieu d'aller où on vendoit lesdits chappons et allouettes, alla trouver le procureur et l'échevin de la paroisse de S^-Ayoul , qui estoient assemblez par la rue Tung avec l'aultre , qui estoient Nicolas Robinot du Moustier et Nicolas Philippe, auxquels il fit une grande révérence à la manière des Manceaux, et leur demanda s'ilz sçavoicnt où estoit la munition des chappons et allouettes et celuy ou ceux qui avoient la charge de les distribuer, affin d'en aller querre pour ses gens d'armes, qui le contraignoient d'en trouver, à peine d'estre bien battu. Ces deux hommes, qui pensoient qu'il se mocquast d'eux , luy respondirent que mons. de Charry estoit le distributeiu* de telles munitions, et qu'il se retirast à luy pour en avoir et habillement, car, comme ilz avoient entendu, n'y en avoit plus guères à distribuer. Geste response ouye, les remercia honestement , et au partir d'eux s'en alla au logis dudit sieur de Charry, qu'il trouva en son chemin au sortir de la rue aux Aulx. Auquel fit la révérence, et, après Tavoir salué, luy fit sa harangue en telle sorte : « Monseigneur, en ma maison sont logez deux de vos soldatz, auxquelz je fais bonne chère de mes biens, selon le petit moyen que Dieu m'a donné, qui n'est grand, parce que je suis ung pauvre homme. Jusques à cy je leur ay donné chair de bœuf, de mouton et de veau, avec de bon vin à leiu:s repas, et de ce ne se trouvent contens. Hz m'ont chassé de ma maison et m'ont commandé de n'y retourner, si je ne leur porte ung chappon et une douzaine d'allouettes , quoy que ce couste, ou aidtrement me battront à leur plaisir. Monseigneur, j'ai regardé en plusieurs lieux par la ville si j'en trouverois, ce que je nai faict. Partant je suis contrainct de me retirer vers vous, pour vous supplier de m'en ayder pour l'argent, afifm que je ne sois battu, et ce qui

est chez moy rompu; et pour ce , monseigneur, je vous prie pour Thon- 1563. neur de Dieu de m'en départir, si vous en avez; voylà l'argent pour les payer. ■ Ledit sieur de Charry, en escoutant fort patiemment le bon homme, et le considérant assez mal habillé avec ses sabotz chaussez, luy demanda qui estoient ces soldatz et soubs quel capitaine ilz estoient. Qui luy Ht response que , ainsi qu'il avoit entendu, estoient de la compagnie de nions, de Strocy. Ce dict, ledit sieur de Charry appella ung de ses hommes et luy commanda d'aller avec le bonhomme en son logis dire à ses soldatz qu'il alloit à la chasse pour leur aller querre des allouettes, et qu'il leur dist qu'ilz se gouvernassent avec leur hoste en telle sorte qu'il n'en ouyst plus de plaincte , à peine d'estre accommodez comme leurs compagnons qui avoicnt esté pendus. Ledit Fillette, ouyant ce commandement, dist audit seigneur qu'il nestoit besoin de travailler son homme pour cela, mais que, s'il luy plaisoit de faire escrire ung petit mot auxditz soldatz, ce seroit assez. A laquelle requeste obéit ledit seigneur; lequel fit escrire à son secrétaire telz motz qui s'ensuivent, c'est assavoir, «Soldatz, j'ai ouy la plainte de vostre hoste; je vais à la chasse pour vous prendre des allouettes, » et au dessoubz signé Charry. Le bonhomme, fort importun envers tel seigneur, commença à frimper les espaules quand il tint ce mandement, et dist à haulte voix : « Je suis en grand soulcy que je ferai; car, puisque je n'emporte poinct d'allouettes, je serai battu, si je porte ce papier icy. » A la plaincte duquel fut esmeu ledit seigneur, qui fut en oppinion d'envoyer prendre prisonniers lesditz soldatz pour les faire pendre. Ce que voyant ledit Fillette^ luy dist : « Monseigneur, pardonnez-lexu* et à moy aussi ; il suffiroit que envoyassiez avec moy vostre lacquetz, si c'estoit vostre plaisir, pour leur porter ceste vostre bulette. » Ce que luy accorda ledit seigneur, lequel y envoya img de ses hommes pour le deffendre et menacer lesditz soldatz.

Quand le bonhomme fut près de son logis, il pria le soldat que ledit sieur de Charry luy avoit donné de n'entrer audit logis que premièrement il ne sceut si ses soldatz y estoient, a (lin qu'il veist et ouyst ce qu'ilz luy diroient, et à ces fins entra dedans, et le soldat

1563. demoura en la rue. A Tarrivée duquel hoste, lesditz soldatz luy demandèrent : « As-tu trouvé des allouettes? dis, bogre. » Lequel leur fit response en son vulgaire de Manceau : » En bonne fay, non; et si ai esté au logis de mons. de Charry, pour sçavoir où on en bailloit de munition. » — « Tu y as esté , bogre? » respondirent-ilz. — « En bonne fay, se mon, dist le bonhomme; et parce qu'il n'en avoit plus à donner, • il m'a baillé ceste petite bulette pour vous donner, qui est le fil pour les prendre. » 11 appelloit le mandement par escript qu'il apportoit dudit sieur de Charry, la bulette et le fil pour prendre les allouettes. Ils soldatz, voyant le mandement et signature dudit siexu* de Charry, furent fort faschez, et de despit l'ung d'eux l'empongna au collet, faisant mine de le vouloir battre. Qui fut cause que le bonhomme s'approchea près de son huys et cria le murtre, appellant à son ayde le soldat qui estoit venu avec luy pour le saulver; et à haulte voixcrioit après luy, en luy disant: « Hc! mon compagnon, entrez, je vous prie; ces cocquins me battront. » Au cry duquel entra ledit soldat, qui moult les tança et leur dist le mandement de son seigneur, et le danger où ilz se mettaient de se faire pendre et estrangler, et leur commanda de ne molester aulcunement leur hoste, ains quMlz eussent à vivre de la vie de luy et de sa femme, à peine de s'en trouver mal. Lesditz soldatz, en s'excusant, accusèrent ledit Fillette, leur hoste, d'estre ung villain, qui ne leur donnoit rien que boire ni que manger qui vallust rien, et que de luy ne sçavoient avoir aulcune raison. A la plaincte desquelz, soustint ledit hoste que, soubz correction du soldat, il n estoit vray ce qu'ilz disoient; qui, pour vérifier du contraire , envoya querre par sa femme une pinte du meilleur vin qui fust en une taverne de ses voisins, nommé Pierre l'Ogre, pour luy en faire taster. Qui fut par ledit soldat trouvé fort bon; lequel dist ausditz soldatz qu'ilz avoient tort de se plaindre de leur hoste touchant le vin, et que M. de Charry son maistre n'en beuvoitpas de meilleur; et sur ce, print congé d'eux. Or estoit-il vray que ledit Fillette ne leur bailloit à boire de ce vin ni de pareil, ains de bien moindre, combien qu'il soustint devant ledit soldat et eux qu'il ne leiu* en avoit point

baillé de moindre. Lesquelz se voyant ainsi vaincus par le commande- 1503. ment dudit sieur de Charry, luy dirent qu'il les traitast ainsi qu'il vouldroit, et qui! estoit ung meschant poltron; jugèrent toutesfois en eux-mesmes que le lordault avoit plus d'esprit qu'ilz ne pensoient.

Depuis ce commandement à eux faict, le bonhomme les tr aita ainsi qu'il voulut, et pour avoir sa vengeance et se mocquer d'eux, alloità achepter à la boucherie des moraiiles et morceaux de chair de teste de vaches, qu'il appelloit des alloyaux de bœuf d'auprès des cornes, pour leur faire manger cuitz avec des choux qu'il envoyoit desrober es jardins par leurs gougeatz, et de telles viandes traita sesditz soldatz le reste du temps qu'ilz furent en sa maison. Et pour se mieux gaudir d'eux, quand il les oyoit parler de chappons et alloueltes, leur disoit qu'il n'en pouvoit trouver, combien qu'il eust le fil à les prendre. Il appelloit le fil à prendre les allouettes, le billet que luy avoit donné mons. de Charry.

Et pour combler la risée, ne voulut permettre que la putain de femme qui estoit auxditz soldatz beust du vin le reste du temps qu'ilz lurent en son logis, et la voulut faire vivre de la vie de sa femme, qui n'en beuvoit poinct. Il y avoit audit Provins maints mesnagers de toutes qualitez, qui s'estimoient aussi sages que ledit Fillette, lesquelz touteffois n'eurent la hardiesse de faire une telle bravade à leurs soldatz ; et si n'avoient meilleur moyen de les traiter que luy. Cest homme estoit, à le veoir, comme imbécille, mais fin et cault plus que Normant, car il estoit Manceau de nation, qui vault aultant que Normant et demy; et avec son imbécilité cauteleuse, avoit les mines, gestes et paroUes de mesme, suyvant le jargon et vulgaire de son pays; et le tout assemblé ensemble provocquoit les personnes à rire et à tenir conte de luy.

Pour faire desloger hors de Provins ledit Charri et ses compagnies, les gouverneurs de la ville s'allèrent plaindre à la dame dudit lieu, qui estoit la femme de feu mons. de Guise, pour prier le roy d'envoyer mandement audit sieur de Charri pour les faire desloger; ce qu'elle fit, après les avoir bien tancez et leur avoir demandé de quoy leur

1563. servoîent leurs murailles cl pourquoy ilz les avoienl laissé entrer, et très-bien se mocqua d'eux. Hz de Provins se pensèrent excuser devant elle sur la commission qu'ilz gens de guerre avoient d'entrer es villes et dy loger; mais laditte dame leur fit response qu'il estoit bien plus facile de leur refuser l'entrée que de les desloger quand ilz estoient entrez. Icelle dame tant se travailla, qu'elle obtint du roy mandement de les faire desloger au temps que nous avons dit qu'ilz deslogèrent, après avoir faict monstre. Et oncques depuis ne furent si bastifz lesditz de Provins de mettre en leur ville gens de guerre.

Meurtre d'un chanoine de Notre-Dame-du-Val de Provins par un autre chanoine. — M. de Charry est assassiné à Paris le 3i décembre i563, au moment où il passait sur le pont Saint-Michel. Les meurtriers prennent la fuite et sont exécutés en efligie. Le crime est attribué, soit au frère d'un des soldats que Charry avait fait pendre à Provins , soit aux protestants ^ — M. de Strozzi , parent de la reine mère, obtient le régiment de Charry 2. Les ambassadeurs du sultan reviennent à la cour de France par le même chemin qu'ils avaient suivi Tannée précédente. Ils étaient envoyés pour faire confirmer les traités d'alliance existants entre la France et la Turquie. Ils venaient aussi, disait-on, conférer sur le mariage de Charles IX avec la Qlle du Grand Seigneur, dont ils apportaient le portrait. Le roi refuse cette union , malgré roffre qu'on faisait du baptême préalable de la fiancée , sous prétexte que ce baptême ne serait pas reçu par dévotion à la religion chrétienne, mais en vue seulement du mariage. Il renvoie ensuite les ambassadeurs, comblés de présents. — Le capitaine La Grue, de Villenauxe, et sou fils sont poursuivis en justice par un gentilhomme dont ils avaient, pendant la guerre civile, pillé et dévalisé le château, entre Melun et Corbeil. Le fils est pendu; le père se cache, est exécuté en effigie et fait accord avec sa partie adverse, par rintennédiaire du prince Portien. — Mort, au mois de janvier, de frère Lambert Girard, moine du Moutier-la-Celle, curé et trésorier de Saint- Ayoul de Provins. Il a pour successeurs Guill. Maret, Gilles More, puis Denis

' Montluc, dans ses Coiiimentaires t. I, 1. IV, p. 202.) On trouve diverses

(collect. Michaud, 1" série, t. VII, p. 96 lettres de Charry écrites au duc de Guise,

et suiv.) , fait un grand éloge du capitaine dans la collection Béthune, vol. 287, a88 ,

Charry. (Voy. sur sa mort Brantôme, Des 8660.

Colonels de Vinfanterie françoise, t. IV, * Philippe Strozzi, colonel des gardes

p. 279; le Journal de Bruslart [Mém. de françaises, naquit à Venise en i52i, et

Condé, 1. 1 , p. 1 [\o) ; d*Aubigné , Uisl. univ. mourut en 1 682.

DE CLAUDE IIATON. 375

Camus. — Frère Jean Barrier, cordelier, obtient la prébende vacante par la mort 1563. de Denis Froment , chanoine de Notre-Dame-du-Val , et est le premier chanoine théologal de Provins.

Estans venu à propos de parler dudit Barrier, nous fault icy réciter ung sacrilège horrible, commis dans la ville de Paris par ung huguenot, qui fut tel : — Un prebstre , chantant la messe dans la S^° Chapelle du palais de Paris \ dans laquelle y avoit nombre de gens en suffisance pour ouyr laditte messe, s'y trouva ung homme, entre les aultres, qui estoit huguenot; lequel toutesfois, en contrefaisant le bon catliolicque, se minst à genoux durant icelle, et tenoit mesmes cérémonies que les aultres catholicques. Il s'estoit approché de Fautel où ledit prebstre célébroit , et il y demeura constant, depuis le commencement de laditte messe jusques à l'élévation de la saincte hostie; laquelle estant eslevée par le prebstre pour la monstrer au peuple pour l'adorer, se leva le misérable huguenot sur ses deux pieds, et, au lieu de Tadorer comme les aultres cathohcques, de ses mains polluées l'arrachca des mains du prebstre par derrière», la,jetta à terre, et monta du pied dessus, en détestation de la religion catholicque et du sacrifice mémorial de la passion de J. C. qui est faict en la messe. Duquel faict si barbare furent moult estonnez et le prebstre et le peuple. Le peuple se rua d'un franc courage sur ce sacrilège huguenot, et, après luy avoir baillé plusieurs coups de poing, le livra à messieiu*s de la justice du parlement de Paris, lesquelz firent son procès, et le condempnèrent à avoir la main couppée, de laquelle il avoit faict ce sacrilège, bruslée avec son corps tout vif; ce qui fut faict au karesme de ceste présente année. Pour lequel prescher et retirer de son erreur, fut appelle ledit nostre maistre F. Jehan Barrier, qui preschoit le karesme en l'église de M. S*-Bartholomy, auprès dudit Palais. Lequel trouva le pauvre misérable estre athée ou athéiste, c'est-à-dire sans mille croyance d'un Dieu, qui est une erreur la plus pernicieuse qui fiit oncques et qui sçauroit estre à jamais. 11 Barrier, par son

' D*Aubigné (Hist. univ. t. I, 1. IV, c. m, p. aoa) parie de ce fait comme étant arrivé dans Téglise de Sainte-Geneviève.

1563. éloquence et saincte doctrine, le réduisit aulcunement à la cognoissance d'ung seul Dieu en trois personnes, et luy enseigna Tespérance du salut de son âme par J. C. , filz de Dieu. Ce que bien ayant entendu ce pauvre misérable, crut à la saincte paroUe de Dieu, et cria pardon à Dieu de ce forfaict et aultres péchez par luy commis, en sorte que ledit Barrier récita et dict qu'il falloit avoir quelque espérance du salut du pauvre desvoyé, exortant ung chascun de prier Dieu pour luy, ce que Ton lit.

Le prolestanlisnie pénètre dans les Pays-Bas. Troubles religieux. Soulèvement des gueux. Le duc d'Albe, envoyé par Philippe II, combat énergiquement la rébellion. — Un jeune prêtre de Chalautre-la-Grande, surpris avec la femme d'un vigneron qu'il fréquentait, est fouetté de verges par le mari et ses parents, qu'il traduit eu justice et fait condamner.

Au moys de febvrier de ceste année, après la Chandeleur, le roy partit de Paris pour entreprendre le voyage de la visitation de son royaume, et passa par Fontaine-Bleaue, et de là, par auprès de Sens. Il s'alla arrester dans la ville de Troyes en Champaigne, où il séjourna quelque huict jours et plus, et estoit le commencement du moys de mars quand il partit. Il avoit envoyé ung mandement par les villes où y a bailliage, que les baillifz, procureurs et avocatz de S. M., qu'on appelle procureurs et advocatz du roy, ensemble les nobles gentishommcs desditz bailliages de Champaigne et Brie, eussent à se trouver, à certain jour nommé, dans laditte ville de Troyes, pour entendre sa volunté , et ce que par luy leur scroit déclaré touchant le reiglement de la justice, et pour faire observer les édictz de pacification, selon la paix d'Orléans, et suyvant iceux faire vivre tout chascun en paix, en attendant son retour. Aux nobles ordonna de garder la foy et loyauté qu'ilz luy dcbvoient et luy appartenoit selon le tiltre de leur noblesse et privilège d'icelle ; ordonnant auxditz de la justice et nobles que si , durant le temps de son absence et voyage, survenoit quelque question, différend ou affaire, ilz se retirassent à mons. d'Aumalle, garde du gouvernement de la province de Champaigne et Brie poiu* mons. de Guise, son nepveu, qui estoit encores jeune , ou au seigneur de

DE CLAUDE HAÏON. 377

Barbesieux, son lieutenant audit gouvernement , aus(|uelz il commanda 1563, d'obéir comme à S. M.

A ceste assemblée royalle, harangua et pourla la parolle pour la justice du bailliage de Provins, devant saditle majesté et son conseil, revestu de sa longue robbe, M^ Jehan AUeaume, bailly do Provins, qui fut bien escouté en ce qu'il dist. Lequel ayant dict, se retira de rassemblée pour changer d'habit; et, ayant mis bas la longue robbe et le bonnet carré, print la cappe à Fespagnollc sur ses espaules et Tespée à la cincture, avec le bonnet de velours sur la teste, et en tel habit se représenta devant l'assemblée, pour pourter la parolle et haranguer pour les nobles de sondit bailliage. Il fut aussi bien ouy que devant, et eut la grâce de si bien dire, qu'il contenta le roy, les princes et toute l'assemblée, et fut foil remarqué du roy et tenu pour homme pertinent et de bon esprit. Il seul emporta l'honneur de tous ceux des bailliages qui haranguèrent pour leurs provinces devant S. M., et fut dict, en la louange d'iceluy bailly, que fort dextrement il avoit joué deux personnages en ungmesmejour et ung mesme jeu, et fort honorablement s'en estoit acquitté.

Le roy, ayant tenu cest estât audit Troyes, en alla faire aultant à Langres; de Langres se retira par Dijon pour s'en aller à Lyon, costoyant le plus qu'il pouvoit les frontières de son royaume par où il passoit, et en chascune ville principalle de chascun gouvernement faisoit pareille convocation des estatz de justice et de noblesse, comme il avoit faict audit Troyes, se faisant veoir à tous, et se rendant favorable pour faire vivre les habitans des provinces de son royaume, suyvant les édictz de la paix d'Orléans, où il en estoil besoing, ainsi que nous le dirons es prochaines années qui viennent. Messieurs les princes de Condé, de Montpensier, d'Aumalle, de Guise et aultres de France, avec la royne mère, le connestable, nions. d'Anjou, frère du roy, les sieurs admirai, d'Andelot et aultres, tant catholicques que huguenotz, l'accompagnèrent jusques A Lyon, où il se rendit environ la feste dePasques, et où plusieurs le laissèrent pour s'en retourner en leurs gouvernemens, provinces et maisons. La royne mère, nions, le

1563. duc d'Anjou et mons. ie connestable suyvirent toujours S. M. en son voyage et ne Fahandonnèrent aulcunement.

S. M., avant que partir de Paris, ordonna gouverneur de laditte ville, prévosté et viconté d'icelle, comme aussi de l'Isle de France, mons. le mareschal de Monmorancy, (îlz aisné de mons. le connestable, homme assez fascheux et mal au goust des habitans dudit Paris, lesquelz ne luy voulurent obéir qu'à regret, à cause de son orgueil et arrogance, de quoy il estoit plain, et encores pour ce qu'il sembloit plus pencher du party des huguenotz que des catholicques. Lesquelz calholicques tenoit en telle subjection qu ilz n'eussent osé dire ne fair(3 chose qui eust desplu au moindre huguenot crocheteur qui eust esté dans icclle ville ni dans le royaume. Il faisoit toute faveur auxditz huguenotz, et leur permettoit toute liberté, sans aidcune pugnilion ni rcpréhention quelconque. Il permettoit, contre l'édict de la paix d'Orléans et contre le gré de MM. de la court de parlement et les Parisiens, que les huguenotz s'assemblassent avec leurs prédicans dans laditte ville, pour y faire presches et exercice public de leur religion prétendue, les faisant garder par ses gens, de peur qu'on ne se ruast sur eux .

Les huguenotz de Provins et du bailliage, tant nobles que artisans, avoient par le bailly de laditte ville faict demander au roy estant audit Troyes l'establissement d'ung presche, pour faire l'exercice public de leur prétendue religion dans laditte ville de Provins, suy vaut l'accord de la paix d'Orléans. Qui leur fut encores une fois accorde par S. M., et mandé au président d'icelle ville de leur donner lieu commode et de les installer audit presche, ensemble de les garder et faire garder durant le temps qu'ilz y seroient, de peur cjue les catholicques ne les allassent saccager. Desquelles lettres et mandement les débouta encores une fois ledit président, et les renvoya, et par ce moyen se passa ceste année sans y avoir presche audit Provins. Et fault croire que si ledit bailly enst esté aussi bien affectionné à l'éghse catholicque que ledit président, oncques presche ni huguenot n'eustesté audit Provins à siireté; mais, comme il appert par ce discours, chascun se ploie à ce qu'il ayme.

CH\HLES IX EN DAUPHINB. EDIT DE BOUSSILLON ET ALTP.Eii ORDONNANCES. LUTTE

ENTIŒ LES GENS DU CARDINAL DE LORRAINE ET LES SOLDATS DU MARECHAL DK MONT- MORENCY. CONFÉRENCE DES PROTESTANTS À LA FERTE. ETABLISSEMENT D'UN

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