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CHAPITRE XLIV

ÉTAT DE LA FRANCE. DÉRÉGLKMKNT DES MŒURS. MEURTRE COMMIS PAR UN CHANOINE.

L'an i55ô, la France avoit prins ung peu d'assoupissement par le 1555. bénéfice de la trêve faicte l'an passé entre l'empereur et le roy, qui fut imgpeu de repos aux pauvres gens de Piccardie, la plus grande partie desquelz ne volurent s'en retourner en leur pays, ayans en eux ceste oppinion qu'elle ne dureroil pas le terme entier prins entre les princes.

Pour le regard de ce pays de Champagne et Brie et aultres de la France , estoit au plus grand ayse qu'on sçauroit penser par les villes et villages, à cause de l'opulance des biens qui cstoient sur la terre, pour le grand recueil qu on avoit faict en l'an précédent de grains et de vins; et estoit le pays si reniply de tous biens et bestial qu'on ne pourroit croyre, et estoient toutes denrées au meilleur marché.

Le bichet de froment, mesure de Provins, ne valloit, le iiv.t. ». den

plus beau , que 5

Le méteil 3

Le seigle 2

L'orge 20

* Je n ai trouvé la mention de Philippe tianas. Il fit, en i556, la visite du diocèse

Musnier ni dans le Gallia christiana, ni d*Auxerre, au dire de Tabbé Lebeuf.

dans la liste des archevêques de Sens, de (Hùt. de la prise d'Auxerre par ht Hugae-

Hugues Mathoud, ni dans YOriens chris- noU,ip, 86.)

iiv. t. s. den .

1 555. L'avène 1 5 et 1 8

La botte de foing 4

La botte de paille ou feurre aultant.

La queue de vin 4o

Le bon mouton, sur le pied aô

Le veau le meilleur 20

Le bœuf cru du pays, aagé de 3 et 4 ans. . 10

La poulie 2 et 6

Le cappon 3 et 4

Sept et huict œufz 5

L'aulne de drap noir du meilleur 60

Le commung 35 et ijo

Le blanchet meilleur 26

Le commung 20

Le gris le meilleur 20

Le commung 1 6 et 1 8

L'aulne de toille de deux chanvres femelles . 6

La commime 4

La grosse de chanvre et estouppes 2 et 6

La paire de souUiers de vache sans semelle,

les meilleurs 6

Avec la semelle, au plus grand poinct qu'ilz

eussent sceu estre 10

Le cent des meilleurs fagotz rendu es villes

de Provins et Nogent 26 et3o

Les moyens 1 8 et 20

Pour ceste présente année, et les deux précédentes, les boys et fagotz n estoient si chers audit Nogent, parce que esdites années l'on couppa les chesnes du parc dudit Nogent, qui estoit tout en haulte futaye ; auquel lieu a esté prins le boys et partie des pierres du chasteau de Noyen sur Seine \ qu'on commença à bastir esdites années

' Département de Seine-et-Marne, arrond. de Provins, canton de Bray-sur-Seine.

DE CLAUDE IIATON. 17

1 553, 1 554 et ceste présente; lequel lieu de Noyen fui faict par ung 1555. gentilhomme, seigneur dudit lieu, nommé mons. de Carnavalet, escuier du roy Hanry\ qui accommoda ledit chasteau, pour faire une escurie des chevaux du roy, pour les picquer et dresser avec les pages de S. M., qui , toute la vie dudit Carnavalet, ont esté entretenuz audit lieu pour cest efiect aux despcns du roy.

Pom* l'opulance des biens et la paix qui estoit es pays de France susdits, l'orgueil en tous estatz croissoit de plus en plus, avec le desreiglement des habitz d'hommes et femmes par nouvelles façons, chose qui moût despiaisoit à aulcuns des vielles gens, tant des villes que des villages; lesquelz prédisoient ung futur malheur à la France, proche à advenir, et en brief temps qu ilz ne povoient aultrement exprimer ne dire , sinon qu'il adviendroit par la guerre. Et qui le plus ferme estoit en ceste oppinion esloit ung viel homme aagé d'environ 65 ou 6 ans, du village de Meel sur Seine, nommé Pierre Haton, laboureur audit lieu, qui, voyant ce si soudain changement et continuer le desréglement de plus en plus, eu toutes compagnies où il advenoit d'en parler, disoit et tenoit pour certain qu'en brief temps (qu'il ne povoit aultrement cotter) , la France el mesme le pays d'icelle le plus paisible seroit en grande affliction par guerres , mesmement que la ville de Paris seroit assiégée par quelqu'un que ce fust , en chastiment du desréglement des hommes de ladite France , parceque la foy commansoit fort à deffaillir en eux

Et parceque la guerre des princes tardoit trop à se mettre sus en ce pays, les hommes la faisoient les ungs aux aultres, c est-à-dire que souvent es assemblées publicques, conmic aux festes de villes et villages et festes de nopces, les plus orguilleux s'entrebatoient les

* François do Kacrnevenoy ou de Car- mourut en 1 67 1 , et fut enterré à Saint-

navalet, écu)-erdcHenri II, conseiller en Gcrniain-l'Auxerrois. Brantôme parle de

SCS conseils, gouverneur du duc d'An- lui comme ayant, avec M. de Cypierre,

jou (Henri III), lieutenant en sa compa- la principale charge de la grande écurie

gnic de cent hommes d'armes, chevalier sous Henri H. {Vies des hommes illustres,

de l'ordre du roi en i56o, gouverneur Henri 11.) — \oy. aussi Addit. aax mém.

d'Anjou, de Bourbonnais et de Forez, de Castelnau, t. il, 1. VII, p. 817.

1555. ungs aux aultres, et s'entretuoient, parcequ'il n'estoit filz de bonne mère pour ce temps celuy qui ne pourtoit point de espée et dague, et ne se passoit feste que quelqu^un nç fust tué ou bien battu. Et si le plus souvent à telles noyses y estoient des premiers les prebstres, l'espée au poing, car ilz estoient des premiers aux danses, jeux de quilles, d'escrime, et es tavernes où ilz ribloient et par les rues toute nuict aultant que les plus meschans du pays.

N. Delaistre, chanoine de Notre-Dame-du-Val et de Saint-Nicolas de Provins, commet un meurtre au village de Bannost, le jour de la Saint- Jean-Baptiste. — Il est arrêté, enfermé à Provins, puis à Sens et condamné; cependant il sort de prison au bout de quelques années. — Odin Delaistre, de Jouy-le-Châtel, père du chanoine, homme avare et usurier, le plUs riche de la Brie, est accusé par le bruit populaire d'avoir des rapports avec le diable. — Il meurt, laissant quatre fils et une fille.

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