‹ Memoires de Claude Haton (volume 4)Chapitre 9 sur 44 · SUFFRAGANT DE L'ARCHEVÊQUE DE SENS, DONNE LES ORDRES · texte numérisé non relu

SUFFRAGANT DE L'ARCHEVÊQUE DE SENS, DONNE LES ORDRES

En la ville de Provins y a deux couvens de mendians, ung de cordeliers et ung de jacobins, qui, & tour l'ung après Taultre, preschent les advens et karesme en ladite ville, les cordeliers une année et les jacobins Faultre.

* Cliaiiottc de Dinlcville, fille de Gau- femme de L. Raguier, seign' de la Motte de clier de Dinteville , seigneur de Polisi , etc. Tîlly el d'Estemay, naquit le a 8 févr. 1 5o i .

155^1. Or estoit le tour des jacobins de prescher audit Provins Tadvenl et karesme de ceste présente année 1554, et parce que communément en gens d'un estât y a quelque envie qui court les ungs sus les aultres, iesdits couvcns, pour avoir la bénévolence et faveur des habitans de la ville à l'envie Tung de l'aultre, pourvoyoient d'hommes sçavans incognusà ladite ville, pour prescher lesdlts advens et karesmes; car c'est une chose toute véritable que l'on estime et tient-on plus grand conte d'un homme qu'on ne cognoist et n'a-on point veu en telle matière qu'on ne faict de ceux qu'on cognoist et qu'on veoit tous les jours. Ce que toutesfois ne feirent Iesdits jacobins pour le karesme de ceste présente année , lesquelz n'allèrent cercher au loing img prédicateur, ains en choisirent ung d'entre eux, qui n'estoit toutesfois des plus profons de leur couvent, qu'on appelloit frère Jehan Nynost, natif de Meel sur Seine , qui n'estoit bachellier formé ni docteur en théologie, aagé d'environ trente ans; à quoy ne s'atendoient les habitans dudit Provins, lesquelz, le voyant en chaire le jour des Cendres, en l'église de Saint- Ay oui, où se commance le premier sermon, sur les huict heures du matin, et de là à Saint-Quiriace , à dix heures, regardoient tous les ungs les aultres, disans : N'est-ce que cela? Est-ce là le prédicateur que les jacobins nous veullent donner ? Hz n'i gangneront guères; il n'aura pas grand presse. Voilà les parolles que tenoit le peuple, avec aultres qui n'estoient de contentement, avant que de l'avoir ouy parler; car il n'avoit en sa vie faict trois sermons audit Provins depuis qu'il avoit commance à prescher. Mais, avant qu'il sortist de la chaire du premier sermon de Saint- Ayoul, ledit jour des Cendres, les auditeurs et mesme ceux qui, pour l'avoir veu sans l'ouyr, se malcontentoient, regardoient l'ung l'aultre et disoient : Ce n'est pas celuy que nous pensions. Les autres disoient : Si est, c'est luy. Les ungs , Il ne presche pas si bien que cestuy-cy ; les aultres : C'est luy-mesme. Puis à la fin tous s'accordèrent, disant : Il presche bien, il fauldra retourner demain et ces premiers jours icy, et on entendra bien s'il preschera bien. Et telles estoient de luy l'oppinion et les parolles du commung peuple et des grands, c'est-à-dire des sçavans.

D^aultant que le peuple désiroit de Fouyr pour veoir qu'il sçauroit Ibbk faire, d'aultant plus luy mesme s'efibrçoit d'esludier et de dire choses bonnes poxu- leur contentement, et feit ung tel debvoir que, après qu'on Feût entendu et ouy le premier dimanche de karesme, chascun dist et confessa : Voilà ung grand personnage ; c'est beaucoup mieux que nous ne pensions. Et du depuis, tout le reste du karesme et toutes fois depuis qu'il a presché audit Provins et qu'on sçavoit cpie c'estoitluy, le peuple s'efforçoit de l'aller ouyr, tant il avoit une langue bien pendue et estoit éloquent à parler bon françoys.

Il avoit presché deux ou trois karesmes et advens à Moret et à Herissy lez Fontaine-bleau au temps que le roy y estoit, auxquelz iieux y avoit tousjours gens de court logez qui alloient à ses sermons, la plus part desquelz estoient imbus et cathéchisez en hérésie de Luther et Calvin. Lesquelz, pour ce qu'ilz n'estoient encores héréticques parfaictz ou qu'ilz ne sceussent s'oser telz déclarer, l'appelloient à boire et manger avec eux bien souvent, car il estoit bel homme, grand et adroict, et lay proposoient les argumens desdits héréticques; et si luy monstrèrent certains livres d'iceuxqui estoient composez d'un nouveau stille, tant latins que françoys, desquelz il prescheur tira beaucoup de sentences et subtillitez, desquelles il faisoit son proufBt et principallemcnt touchant les abbus qui estoient pour lors en l'église et es ecclésiasticques, qu'il déclara plus hardiment que nid aullre prescheur qui eust esté audit Provins de longtemps. Il n'espargna les abbus qui estoient es aullres estatz, non plus que ceux de l'église, et principallemcnt Testât de justice; de sorte qu'il feit tel debvoir audit karesme, que le reste de sa vie a esté honoré, respecté du peuple et dict homme digne de son estât.

Or ne se trouve-il homme tant sage et savant en tous estatz ne si parfaict auquel on ne trouve quelque chose à redire; ou aultrement, il n'y a homme tant parfaict au monde qui, faulte d'humilité, ne se trompe en l'oppinion qu'il prend de soy-mesme, et qui, par trop présumer de soy, ne tombe en inconvénient et imperfection. Ce qui advint audit Nynost avant que le karesme fust fini, et nommém'^nt

lli MEMOIRES

155^. le vendredy d'après la my-karesme, auquel jour est l'évangille de la résurrection de Lazare, en l'interprétation duquel, en l'église de S^- Croix, au premier sermon qui ce jour-là se faict en ladite église, sur les neuf heures, tint une proposition et solution desdits héréticques, touchant la prière des sainctz (quelles elles estoient, je n'en scai rien, parce que je n'y estois pas), qui beaucoup le scandaliza envers les gens lettrez, qui gromelèrent contre lesdites proposition et solution. Dont en fut informé contre luy par M® Pierre Cobus, doyen de la chrestienté dudit Provins, à la sollicitation d'un jacobin dudit couvent, qui portoit envie à cestuy-cy, pour ce qu'on l'avoit préféré à luy pour prescher ledit karesme. Il-Nynost s'apperceut bien de sa faultc incontinant au tumulte ou murmure qu'il entendit en ladite église de S**^-Croix, et la cuyda radober à l'instant en l'église S'-Ayoul, en laquelle se faict ung aultre sermon entre les dix et unze heures, parce que ce jour, audit Provins, on célèbre la feste des cinq playes de N. S.; mais n'osant apertement déclarer ladite faulte, pour monstrer qu'il ne se vouloit desdire ni rétracter, de peur de diminuer le bniict qu'il avoit, meist les auditeurs en suspens, de telle sorte qu'on ne pouvoit plus juger s'il avoit bien ou mal dit, tant il sceut bien contourner et palier son dire , et acheva ledit karesme au contentement de tous.

Après la feste de Pasques , l'information fut portée à mons. l'official de Sens, qui décréta une cittation personnelle pour le citter, et le prieur du couvent, à comparoir à Sens devant luy, où ilz comparurent .

Après avoir esté interrogé, fut comdempné à tenir prison dans le couvent quelques jours, à jeusner au pain et à l'eau et à ne prescher en quelque église ni aultre lieu que ce feust de six moys', et en la ville de Provins d'img an; à laquelle sentence il acquiesça, ayant faict protestation voluntaire de sa foy et croyance, qui fut fort louée et bien faicte devant messieurs l'official et gens doctes de l'église dudit Sens.

Philippe Musnier, évéque de Philadelphie , suffragant de rarchevêque de Sens , 1 554 donne les ordres à Provins ^

Pour ce temps, y avoit par la France assez grand nonibre de prebs- 1res, et si Faccroissoit- on tous les ans; car le temps estant comme en paix, les laboureurs des villages qui avoient trois ou quatre garçons se réjouissoient d'en envoyer l'ung aux escolles pour le faire prebstre, nonobstant que la plus grande part fussent vitieux et mal vivans ....

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