CHAPITRE LVIII
l'Rl^K DK THION VILLE PAR LE DLC DE GLISE. TREVE ENTRE LA I RANCE El J/EMPIRK.
MARIAGES DU DAUPHIN ET DE CLAUDE DE FRANCE. TRAITE DU CATKAU-CAMnRÉSI.S.
L'an i558, après Pasques, le roy et son conseil délibérèrent des I55b. affaires de France, lesquelles avoient esté suspendues, principallement touchant le faict des guerres, depuis le mois de mars, après laprinse de
^ Charles-Quint mourut au monastère mains le 5 janvier 1 53 1 . Le jour de saint
de Yuste, dans TEstramadure* où il s'était Mathias (q4 février i558), les électeurs
retiré, le ai septembre 1 558, à Tâge de cin- assemblés à Francfort reçurent la démis-
quanto-huit ans sept mois moins trois jours. sion de Charles-Quint et élurent empereur
* Ferdinand , frère puîné de Charles- Ferdinand , auquel ils jurèrent fidélité Itf
Quint, né en ]5o3, fut élu roi des Ro- i/i mars suivant.
1558. Calaix, G^avelines^ et la conté d'Oye auprès de Boullongne, et par la mort de Tempereur, en attendant Télection d'ungaiiltre. Durant lequel temps, se rafresclilrent le camp et la gendarmerie Françoise dedans les villes des frontières de Piccardie, et principallement dedans celles qui estoient les plus proches de la ville de Saint-Quentin, pour coupper et empescher les vivres à la garnison de Tempercur et des Bourguignons qui estoient dedans. Le roy, pour lors, avoit ung conseil fort sage et de peu de gens, mais de bon esprit, lesquelz estoient fort bien affectez à la républicque française , gens fort sages et secretz, qui estoient messieurs les cardinaux de Bourbon, archevesque de Rouen, prince du sang royal; celuy de Lorraine, Charles, archevesque de Rheims en Champagne, frère du seigneur de Guise; le roy de Navarre, Anthoine de Boiu^bon, prince du sang royal et frère dudit cardinal de Bourbon; nions, de Guise, lieutenant général de S. M. es pays de France; mons. Bertrandi, garde des sceaux de France, et mons. le mareschal de Saint-André , tous gens de mises et de grandes entreprinses. Mons. le connestable Anne de Monmorancy estoit encores prisonnier, comme aussi esloit mons. le mareschal de la Marche, appelle mons. de Scodan et de Bouillon, entre les mains des ennemys bourguignons et gens du feu empereur.
Mons. de Guise déclara au conseil susdit une nouvelle entreprinsc quil brassoit et démenoit secrcttement pour le prouffit du royaume, comme luy sembloit, et pour le grand dommage de Tennemy empereur et ses Bourguignons, qui estoit de assiéger la ville de Thionville lez Mcz en Lorraine , pour la prendre d'assault ou aidtrement et la mettre en la main et obéissance du roy de France, comme il avoit faict celle de Calaix et aultres, au moys de janvier dernier. Et feit Teffect de prendre laditte ville de Thionville assez facille, poiu* les intelligences qu'il dist avoir à quelque capitaine des ennemys de France, qui estoit des gens de l'empereur, qui autresfois avoit esté en
' C'est Guincs et non pas Gravelines par les François, Rouen, FI. Valentin et qui fut prise alors par les Français. (Voy. R. Petit, i557;ctBresin, C/iit)/i.(/eF/flfirfrc la Prinse de la ville et da chasteaa do Gaines et d'Artois, fol. 784 r'.)
garnison en laditte ville de Tliionville, par le moyen duquel il sçau- 1558. roit tousjours quelque secret de laditte ville et des endroictz les plus foibles pour la battre et l'assaillir, avec plusieurs aultres raisons qu'il donna audit conseil. Sur lesquelles fut résolu d'entreprendre le voyage, et pour le conduire fut donnée toute charge et commission audit seigneur de Guise. Ce seigneur, dès le moys de may, commença à se préparer, en faisant faire montre aux gens de guerre, tant de pied que de cheval, auxquelz fut donné argent tout promptement, pour mieux les encourager au travail de la guerre ; joinct aussi que lesdits gens de guerre avoient encores le cœur et courage haulsé de la prinse de Calais et des aultres villes voisines et du butin et pillages qu'ils avoient faict en icelles.
L'attente des gens de guerre estoit, quand ils eurent nouvelles de faire montre et de se préparer à la guerre, que ce feust pour assiéger et reprendre la ville de Saint-Quentin, comme aussi s'y attendoient les habitans d'icelle et les Bourguignons, qui estoient en garnison dedans. Lesquelz, ayans entendu par leurs espions que la gendarmerie françoise se vouloit rager, en advertirent le nouvel empereur Ferdinand d'Autriche, qui estoit assez cmpesché à se faire couroner empereur et mettre ordre à ses aflfaires avec le pape. Semblablement par eux en fut adverty le roy d'Angleterre, Philippe d'Autriche, qui, parla mort de son père, l'empereur dernier décédé, estoit pareillement empesché à prendre possession des royaumes d'Espagne, de Naples, des comtcz de Flandre, d'Artois, de Hollande, de Frize, de Ilainault, de Bourgongne et aultres lieux à luy escheuz par le trespas de sondit père.
Combien que lesdits seigneurs, l'empereur nouveau et le roy d'Espagne et d'Angleterre, fussent empeschez à leurs plus particulières affaires à eux naguères advenues, si est-ce qu'ilz ne fcirent la sourde oreille et ne faillirent à respondre en diligence , toutes aultres affaires délaissées, aux postes ou courriers qui leur donnoient advertissement des armes françoises; et soudain les renvoyèrent aux capitaines et gouverneurs des places à eux appartenans, qui sont sur les frontières de Piccardie et de Flandres, pour avec grande vigilance les garder et
1558. einpescher les Françoys de ne les prendre; pour lesquelz Françoys amuser eurent charge les Bourguignons qui estoient sur lesditles frontières de dresser ung camp voilant, en attendant qu'ilz empereur et roy d'Espagne eussent faict une levée d'ung gros camp pour leur aller en secoiurs et faire teste aux Françoys.
Durant que les menées de guerre se préparoient de part et d'aultre, c'est-à-dire par les Françoys et Boui^uignons, mons. de Guise ordonna certaines compagnies de cheval pour courir le pays de Plccardie apartenant à Tcnnemy, et Famuser à la piafl'e, ce pendant qu'il de Guise faisoit cheminer les aultres compagnies françoyses, tant de pied que de cheval, droict à Chaslons en Champagne, sans leur dire le mot du guet. Et s'émeiTcilloit-on grandement de l'assemhlée du camp des Françoys, que ledit sieur de Guise faisoit audit Chaslons, chose de quoy les ennemys ne purent estre advertis, pour estre ledit Chaslons asfciez loing des frontières de Piccardie, et principallement de Sainct- ()uentin, où lesdis ennemys s'attendoient d'estrc assaillis, joinct aussy le camp voilant que ledit seignem' de Guise avoit là laissé pour amuser lesdis ennemis hourguignons. Après que le camp françoys fut dressé au delà de Chaslons , ledit seigneur de Guise le feit cheminer à grandes journées droict en Lorraine, aflin de surprendre à Fimproviste la cité (le Thionville, sans toutesfois déclarer à personne son entreprinse, qu'il vouloit faire contre laditte ville; mais trop hien, quand il approcha de la ville de Metz en Lorraine , pour contenter les capitaines et grands seigneurs qui le suyvoient et avoient commandement au camp par son authorité, leur distqu'ilz alloient pour ravitailler la ville de Metz et pour faire teste à l'empereur, qui avoit faict une grandissime levée d'Allemans cpi'il amenoit en France contre le roy et le royaume .
Fault noter que ledit seigneur faisoit faire à son camp six lieues par chascun jour, sans arrester dans un logis plus d'une nuict; pour lequel camp nourrir de toutes nécessitez , faisoit faire estappes de munitions, de pain, de vin, de chairs, de foing et d'aveine largement, de trois lieues en trois lieues, alBn que nul n'eust disette par les che-
mins. Auxquelles munitions fut par luy mis taxe, affin qu'on ne les 1558. vendist à plus hault prix que laditte taxe, sous peine d'estre pendu et estranglé , avec commandement auxditz gens de guerre de payer tout ce qu'ilz prendroient desdittes munitions au prix de laditte taxe, sous mesmes peines, estant fort estroittement deffendu auxditz gens de guerre de ne prendre aux maisons où ilz logeoicnt aulcun bien sans le payer aux hostes et laboureiu*s desdittes maisons de gré à gré, et poiu* ce ne greva aulcunement ledit camp le pays par où il passa.
Estant le camp arrivé à Tentour de Metz en Lorraine au commencement du moys de juing de ceste présente année , incontinent ledit seigneur le feit cheminer devant laditte ville de Thionville, déclarant à tout le camp que c'estoit là où il prétendoit de les emploier pour le service du roy et Tutillité de la France, priant ung chascun de s y emploier aussi vertueusement qu'ils avoient faict à la prinse de Calais, leiu* promettant pareille récompense qu'ilz avoient eu audit Calais, qui seroit le pillage de la ville.
Or estoit la saison fort propre et le temps bien opportun pour Tassiégement de laditte ville de Thionville \ pour la seicheresse qu'il faisoit, sans laquelle on eust eu plus de peine ou aultant que devant Calais, parce que laditte ville de Thionville est assise en img pays marécageux, scituée sur la rivière de Moselle, qui passe à Metz. Qui fut cause que le roy ne la peut avoir quand il print la ville de Metz , pour ce que lors la seicheresse et la saison n'estoient si commodes
* « Siège el prinse de Tliionville , mise en Tobébsance du roy par M' le duc de Guise, contenant au long le discours de batteries, trencliécs , saillies, escarmouches et assaultz faitz par chacun jour, tant d*une
part que d'aultre, durant ledit siège
ensemble les capitulations faictes par ledit seigneur à cculx de la ville. » ( Paris , R. Ballard, i558, Archiv. curieuses de Vhist. de France, i" série , t. III , p. 26 1 . ) — « Bref discours de la prinse de la ville de Tliionville, mise en Tobèissance du roy par le
s' de Guise. » (Paris, Rob. Estiennc , 1 558.) — «Articles de la capitulation convenue entre M. le duc de Guise et le sieur de Cadercbc, gouverneur de Thionville, et les capitaines prèsens d'autre part, pour la reddition de cette ville.» i558, juin 2a. [Mém.joum. du duc de Guise, i558, coll. Michaud, 1" série, t. VI, p. ^26.) — Voy. aussi , dans la même collection , le récit du siège de Thionville par le maréchal de Vieilleville (t. IX, 1" série, p. 257), el parMontluc (t. VII, 1" série, p. 188 à 198),
1558. que maintenant. Tout à Tinstant furent faictes les approches par les castadours et pionniers qu'on avoit levé es élections de Sens, d'Auxerre, de Nemours, d'Orléans, de Troye et Chaslons en Champagne, assez loing des frontières, affin que l'ennemy n'en fust adverty. Les approches faictes, le camp se planta devant laditte ville, et n'eurent ceux de dedans plus grand loisir que de fermer leurs portes, lesquelz se trouvèrent bien estonnez d'une venue si soudaine, sans en avoir esté advertis. Quand ils eurent fermé leursdittes portes, leur sembloit qu'ilz estoient à saulveté et que le camp seroit contraînct de dcsloger de devant, disans leur ville estre imprenable, se confortans sur ce que le roy les avoit jà assiégez une fois sans les avoir sceu prendre, estimans qu'ainsi adviendroit-il à ceste fois. Mais, quand ils veirent l'artillerie placée et donner contre les murailles de laditte ville aux lieux les plus foibles d'icellc, commencèrent à s'espouvanter; toutesfois, en montrant la meilleure contenance qu'il leiu: estoit possible, faisoient mines de ne rien craindre et de n'avoir peur de l'assiégement d'icelle, ni des Françoys qui estoient devant, lesquelz à haulte voix ilz injurioient et le seigneur de Guise mcsme qui les avoit faict sommer de rendre laditte ville au roy, ainsi comme font gens de guerre qui sont de party contraire.
L'artillerie donna fort vivement contre les murailles de laditte ville, et en telle façon qu'elle, au bout de trois joiu's, abattit grande longueur et largeur des murailles d'icelle , sans le dommage qu'elle faisoit aux haultes maisons et édifices de dedans. La grande batterie de laditte artillerie fut les 22, 2 3 et 2 4^ jours du moys de juing, surveille, veille et jour de mons. S^ Jehan-Baptiste; le son et bruict de laquelle artillerie estoit ouy de la ville de Provins et des environs comme le bruict d'un tonerre par lesditz trois jours et principallement sur le soir et le matin, mieux que de plain jour. Et estoit le peuple de ce pays esbay d'ouyr ce bruit si continuel. La bresche faicte en suffisance, fut donné l'assault par plusieurs fois et par divers endroictz de laditte ville, qui tailla beaucoup de besongne à ceux de dedans, lesquelz soustindrent lesditz assaulz et se deffendirent fort vertueuse-
ment, avec grande perte d'hommes de part et d'aultre. Toutesfois, 155s. à la fin lesditz de dedans furent contraincz de quitter la place audit seigneur de Guise et de se rendre à sa miséricorde , sans aultre capitulation ni conditions; lequel seigneur les gouverna fort humainement quant à leurs personnes, veu les injures atroces qu'ilz avoient dict à son excellence. La plus grande injiu'e qu ilz pensoient faire et dire audit seigneur estoit de l'appeler le grand boucher de France. Or luy avoit esté donné ce nom par les Bourguignons, et principallement par Fempereur dernier décédé, depuis les guerres de la prinse de Metz en Lorraine, qui fut en l'an i557, auxquelles guerres commença à entrer en renommée d'ung grand guerrier ledit seigneur de Guise. Lequel, en icelles guerres fut si heureux que jamais ne put estre arresté en bataille ni rencontre quelle qu elle fust, encores que les ennemys taschassent à luy faire plus de desplaisir qu'à tous les axdtres guerriers qui fussent au camp du roy, depuis qu'on eut veu les premiers exploictz de guerre dudit seigneur, et ne se trouvoit jamais si grand carnage d'ennemys aux batailles et rencontres que les Françoys et Bourguignons faisoient les ungs contre les aullres que es quartiers et escadrons dudit seigneur de Guise ; et combien que quelques fois luy-mesme feust si bien frotté en sa personne, comme il fut à la journée de Renty, si est-ce que tousjours demeuroit le vainquemsur le champ, perdant peu de ses gens et beaucoup abattant d'ennemys mors en la place ; et pour ceste raison fut nommé en mocquerie . de l'empereur et ses Bourguignons, le grand boucher de France.
Combien que les gens de guerre et habitans de laditte ville se fussent par force et malgré eux rendus à la miséricorde dudit seigneur, si est-ce que ledit seigneur voulut tenir promesse aux gens de guerre françoys de son camp, pour tousjours les mieux encourager à faire service au roy ; il leur abandonna le pillage de la ville pour vingt-quatre heures seuUement, pour les réquipper de toutes leurs nécessitez. La viollence des filles et femmes leur fut par luy estroictement deffendue sous peine de la vie; de quoy fut grandement loué ledit seigneur et beaucoup aymé des habitans de laditte ville, lesquelz
1558. plus voluntiers bailloient aux gens d'armes françoys or et argent en suffisance, qu'ilz n'eussent faictsi le vioUement eust esté permis.
Les gens de guerre et habitans de laditte ville qui ne voulurent jurer la foy au roy furent mis hors d'icelle, ung baston blanc en la main, sans leur faire aultre mal, et les feit ledit seigneur conduire la part qu'ils voulurent aller pour se mettre en saulveté de leur vie et hors du danger des gens d'armes françoys.
Après que laditte ville fut prinse , incontinent en fut adverty le roy, qui estoit à Paris, lequel en fut bien aultant rcsjouy que l'empereur et le roy d'Angleterre et d'Espagne en furent marris. Lesquelz en receurent aussi tost les nouvelles que le roy de France, et si n'avoient pour lors aulcun moyen de l'aller reprendre, ni d'cndomager le roy ni le royaume en aultre part, pour estre leurs forces disjoinctes par la mort du feu empereur et pour les nouvelles affaires qui leur estoient survenues. Parquoy tout incontinent envoyèrent ung ambassadeur au roy pour le prier d'accorder trêves pour quelque temps, pour veoir s'il y auroit poinct de moyen de trouver et faire une bonne paix les imgs avec les aultres. Mons. le connestable , qui estoit encores prisonnier entre les mains des ennemys, se tiavailloit à son pouvoir de les induire par lettres à demander laditte trêve, et pareillement le roy de la donner ^ et avoit jà faict une ouverture de paix de part et d'aultre; mais les affaires pour lors estoient si mal disposées, qu'on n'y povoit encores advenir, et les articles qu'il envoya au roy, pour sçavoir de S. M. s'il les présenteroit aux ennemys, sembloient estre au désavantage du royaiune , et n'en feit-on pas grand compte , veu le grand avantage que le roy et le royaume avoicnt sur lesdis ennemys. Et estoit ledit seigneur connestable en fort maulvaise réputation par la France à cause de sa prinse, et l'estiraoit-on avoir esté et encores estre traître au roy et au royaunie. Toutesfois, on n'en
' Voy. sur les cfforls du connétable cl du camp d'Amiens, i" septembre i558.
du maréchal de Saint-André en faveur de (Bibl. imp. coUccl. Fonlette, carton xxiii.
la paix, uncleUrc de M. de TAubcspine à n* i4i-) Madame , sœur du roi , duchesse de Berry,
pouvoil mal dire au roy, pour ce qu'il Taymoit grandement. La trefve 1558. fut par le roy accordée pour ung temps ^ , durant lequel fut baillé congé à partie de son camp, et l'aultre mise es garnisons sur les frontières de toutes pars. Mons. de Guise se retira à la court , après qu'il eust mis bon ordre aux villes de Lorraine , où il fut receu à grand honneur.
Durant la trefve et par tout le reste de Testé , à la court du roy et par la France, ne se parloit que de festes, jeux et mariages, estant les vivres à vil pris, qui estoit cause de faire continuer le peuple de France de tous estatz dans son desreiglement et d'augmenter la corruption des bonnes mœurs, dominant l'orgueil aux plus humbles plus que de raison. La majesté royalle de France célébra les nopces de sa fiUe aisnée, dame Claude de Valoys, avec mons. le duc de Lorraine'^, comme aussi les nopces de mons. le daulphin de France avec madame Marie, royne d'Escosse^. Le bancquet nuptial fut faict à Paris*, dedans la grande salle du Palais, les bancs de laquelle furent ostez et portez aux Augustins de Paris, et les gens de justice là envoyez pour plaider, en attendant que ledit bancquet feust faict; et estois pour lors à la court du roy à les veoir porter. Eschaufaux furent moût
* Voy. sur celle Irêve, qui fui signée le 17 ocl., deThou, Hist. universelle ,ïi\ . XX,
* Claude de France, septième fille de Henri II , née à Fonlainebleau au mois de novembre ibij^ épousa, le 5 février i558, Charles II, duc de Lorraine; elle mourut le 20 février 1575.
' Le mariage du dauphin François avec Marie Sluarl eul lieu le a4 avril i558. Voyez : Discours du grand et magnifique Iriumphe faict au mariage de très noble el magnifique prince FVançois de Vallois, roy dauphin, filz aisné du très clu'cslien roy de France Henry IV du nom, el de 1res haulle el vertueuse princesse madame Marie d'Eslreuarl, roinc d'Ecosse. » (Paris, Annet-Brière , i558. Archives curieuses de
Vhist. de France, 1" série, t. III, p. 2^9; Félibien, Hist. de Paris, t. II, p. io63, et preuv. part. II, p. 783; les registres du parlement de Paris, dans le mémoire de M. Taillandier cité plus haut, p. 45a; et une lettre de Henri II aux gens des trois étals du royaume d'Ecosse, du 3o octobre 1557 Bibliolh. imp. 298, missions étrangères, 173.)
* L'auteur avoue ici que ses souvenirs sont fort confus ; il ne sait si le mariage du duc de Lorraine fut célébré avant ou après celui du dauphin, ou si tous deux eurenl lieu à la même époque. Cependant les détails qu'il donne se rapportent , à n'en point douter, au mariage de Claude de France el de Charles de Lorraine.
155H. sumplueusement et richement dressez dedans laditte grande salle du Palais, peinclz et diapprez au possible de diverses coullcurs, avec plusieurs statues et médalles de toutes sortes et de tout sexe, tant des corps célestes que terrestres. Entre lesquelz estoit faict fort richement ung soleil fiché dedans ung firmament représentant le ciel composé d'cscarboucles , émerauldes, saphirs, rubis et aultres pierres précieuses, rendant clarté par toute la salle, cjui estoit une chose magnificque à veoir et de grande admiration, et y fut par toute la journée dudit bancquet veu à descouvert.
Le mariage susdit fut célébré dedans l'église de N.-D. de Paris par nions, le cardinal de Trivoulce, légat en France. Les rues, depuis l'église N.-D. jusques au Palais, estoient toutes pavées de drap, c'est-à-dire celles par où il falloit que le roy, les princes, roynes et princesses passassent avec leur suitte, ensemble les ambassadeurs de tous pays estrangers, comme de l'Empire, d'Espagne, de Rome, d'Escosse, d'Angleterre, de Savoye, d'Allemagne, de Suisse, de Dannemarc et de Portugal. Tous lesquelz ambassadeurs estoient venuz de la part des maj estez et excellences des princes, roys et potentatz des pays susditz, pour cercher le moyen de faire une paix enlre eux et le roy de France. Le roy de France estoit pour lors plus rcdoubté et craint que nul aultre prince des chrestiens, mesmes du Grand Turc, ennemy d'iceux chrestiens, car pour lors il estoit tenu invulnérable.
Je ne pourrois pas bien dire toutes les magnificences et pompes mondaines qui furent faictes auxdittes nopces et triomphante assemblée, tant en la diversité des habillemens, ordre de cheminer, que aultres cérémonies qui y furent faictes; mais bien dirai une chose digne d'estre louée, qui fut faicte par le roy, veu sa grandeur et dignité , qui fut telle que luy-mesme en sa personne , pour l'honneur des aml^assadeurs , princes, roys et potentatz qui les avoient envoyez vers S. M., au disner voulut servir de maistre d'hostel qu'on appelle grand-maistre , et de ses propres mains asseoir les platz et viandes sur les tal)les, et luy-mesmc fcit l'essay des viandes qu'il apposa de-
vani li»diu anibaiisaclcitrs, (jui e-itoienl toasà une table aultant riche* I5SX. ment apprestée qne faire se peut. Duquel service et humilîlé royalle k'sdiu aaibassadcurs s'esbaîi-cnl lellcmeut qu'ili jii<i;èrcnt qu'au reate du inonde n'y avoît uug prince chr<?slien plus doiilx, gracieux el amiable que ccstuy roy de Franco; et leur cœur fut tellement joinrt avec coiuy du roy, qu'îli résolurent tous après le disué, estant assemble* ensemble, de ne jamais cesser chascun (Feux envers leurs seigneurs et maistres, qu'ilz ne les eussent inclinez à faire Ln paix arec luy. Mous, de Guiiw scrvoit d'cschanson, le roy de Navarre d'escuyer tranchant, et plusieurs aullres princes de France esloient emploie» au Hcrvice du bancqnet.
Madame do Lorraine', mère de mons. le duc de lorraine, n'estoit présente au bancquet des nopces de son dh; mais y estoienl $es ambassadeiu?. qui furent traitiez royallemeol ol à leur conlentcinenl . de quoy. après leur rapport, se contenta plus que si elle y cust esté. Pour remercier le roy de ce traitement et de rhonneui- que Sa Majesté leur Bvoit faict en donnant sa fdle en mariage audit duc son au, ensemble de luy avoir rendu toute liberté el la jouissance de son paya de Lorraine, elle, en propre personne, alla en France trouver le roy; et pour le recompenser, tant de la nourriture de sondit fdz que de la despense que ses oITiciers avoicnt faict depuis qu'U e$(oit entre les mains de laditte majcsti^ el en France . jusqucs à présent, qui estoient six ans cl plus, laditte dame luy présenta toutes ses fmances, lesquelles elle déclara n'estre suffisantes pour le payement de la moytié de son cntrctainement. Ladite dame fut bien re^-uc et royallement festoyéc |>arS. M., au conlenlement d'elle et de sondit filz mOQS. le duc. Elle cognut bien que le roy ne s'estoit sai^ de la personne de sondit filic pour luy faire domsge, ni k elle aussy, comme avoienl dicl le feu empereur et aullres princes cstrangcrs; mais que ç'avoit esté pour les honorer et conserver leurs personnes, biens et pays. Dès
' Clirétionne du noaciwircik , rcmii de I'nu>fotti, duc de Lo mine el de Bur, >eu>e m prniijri-ei noco» du Fianfoù Sforce.
duc i)« MiUo, liDe de ChmtioD II, ni i OknetnartL . «I d'Élùabclh irAutricl»^,
74 MÉMOIHES
longtmiipa ul auparavant l(;dit amriage, sa ninjestê avuîl duniii^ audit duc une compagnie (k* citxquaute laucos ciitreleuues aux dtispcu» du royaume, portans la livrée de Fronce et de Lorraine; davantage, ladittc majcsti luy avojl doonc des archers pour la garde de son corps, portant pareille livrée, avec les hocquctons argentt^s.
Les princes estrangers furent bien trompez en leur jugeraenl t>i oppinion louchant ledit duc et le roy de France; car ilz avoienl tous ceste oppinion (]ii<> lu roy feroit ung inaulvuîs tour audit duc. t|ui seroil de le tenir prisonnier toute sa vie . el après sa niorl de s'emparer du duché (le Lorraine pour Tannexcr k la couronne de France, roninie jadis on a anoexé )e duché de Bourgongne; chose k quov jamais ne pen&a le roy, mais l'a librcraunt rendu entre les mains de sa mère. avec une belle et hooeste dame princesse pour sa lemme, et une grande finance do deniers pour entretenir sa grandeur el faire lai-ge!»e aux princes et seigneurs de son juiys de Lorraine k son heureux i-elour, qui fut avec sa mère, quant elle eut demeuré en France el â la court du roy aultant qu'il luy pleut d'y séjourner.
Diverats diffîciiltés relardent ta ciincltision ilv la paix. — PrékrDtioDs HAaf>éréci
it» princes élraogerï; ellts soiil n- poussa par tleiirt D- — Murt de la reine d'An
. pierre puD (la ni les négodalions', — Unlroilé esl signtï au Calpau-Cainlirés»v