‹ Memoires de Claude Haton (volume 4)Chapitre 30 sur 44 · FILLE ET SOEUR DU ROI. MORT DE HENRI II · texte numérisé non relu

FILLE ET SOEUR DU ROI. MORT DE HENRI II

1559. L'an 1 669, le peuple de France, par toutes les villes et villages, se réjouissoit grandement pour la paix que le Dieu éternel leur avoit baillée, laquelle par tant d'années avoit été fort désirée. Les pauvres gens de Picardie commencèrent à s'en retourner en leur pays, pom' vcoir les ruynes que la guerre , mère de tous maux, y avoit laissées. On ne parloit plus par toute la France que d'iceUe paix et des triumphes qui se préparoient dans la ville de Paris, pour plus honorablement recepvoir les ambassadeurs du roy d'Espagne, de l'empereur, du duc de Savoye et prince de Piedmont, et des aultres pays estranges qu'on attendoit d'une sepmaine à l'aultre , pour célébrer les mariages du roy d'Espagne avec la fille du roy de France Henry, et de madame Margueritte de France, fille du feu roy Françoys premier, avec Philibert- Emmanuel, duc de Savoye.

Le roy, de sa part, estoit plus resjouy de laditte paix que nulle aultre personne de son royaume, non tant pour luy et les siens enfans, qu'il estoit pour l'amour et soulagement du pauvre peuple de Picardie, l'oppression duquel luy estoit si odieuse, qu'il ne se passoit ni jour ni nuict qu'il ne priast dévotement Dieu , les mains et yeux eslevez au ciel, de luy envoyer laditte paix, ainsi comme lavons veu par plu-

^ L'indication chapitre soixante- de u- mais le changement de chapitre résulte xiesme manque ici dans le manuscrit; des chiffres placés en haut des pages.

sieurs foys et sommes tesmoings. Nostreroy, dis-je, resjouy extrême- 1559, ment de laditte paix, souvent par ses chantres faisoit à Dieu chanter et luy-mesme chantoit, Te Deam laudamus, et en la fin d'iceluy faisoit chanter le verset, a Domino factam est istad, et luy-mesme respondoit le respons dudit verset : et est mirabile in ocalis nostris.

S. M. hailla charge à monsieur le connestahle, qui estoit de retour de sa prison, et à mons. de Guise, de tenir la main à mettre gens nobles et vertueux sur les passages de l'entrée des pays estranges en France, pour recepvoir là les ambassadeurs avec toute courtoisie et allégresse et les amener à Paris deffraiez à ses despens, aussi de pourveoir à toutes aultres choses nécessaires poiu- les pompes, bravades et gentillesses requises à la grandeur de S. M. et des roys et potentatz estrangers qui, par leurs ambassadeurs, deb voient comparoir au bancquet royal desditz mariages de sa fille et de sa sœur. Les bancs du palais de Paris furent transportez dedans le couvent des Augustins', et messiems de la court là translatez pom- plaider les causes jusques après ledicl bancquet royal. Dieuscait si ledit palais fut moins aorné de toutes choses d'honneur et de plaisance qu'il avoit esté au bancquet des nopces de mons. le daulphin et roy d'Escosse.

Tous les princes, grands seigneurs et capitaines de France se meirent en chemin et partirent de leurs maisons pour aller à Paris présenter leurs services à sa majesté et pour cstre présens auxditz mariages. Les ambassadeurs arrivèrent en grand train audit Paris, environ la fin du moys de may ou commencement de juin, et furent aussi honorablement reccuz que bragardcment estoient venus. Chascun, tant des estrangers que des Françoys, furent logez par fourrier et par quartiers, dans la ville de Paris, affin que tout allast en bon ordre. Iceux ambassadeurs furent receuz par trois roys et trois roynes, qui estoient le roy de France Henry et sa femme , le daulphin de France , filz du roy et roy d'Escosse, et sa femme, et mons. de Vendosme, roy de Navarre, et sa femme, tous accompagnez et assistez des princes

' Dans le registre du conseil (Ârchiv. imp. n* 18.9/ia) . à la date du mardi 1 1* jour de mav 1659, on Wi : Aux Augastins.

08 MflMOinES

<1« lettn ra^anmu, et priacipïllvnieiii dei princes do *ang royil d« Prince ol dus princesses en^uu du roy, de mon5. le duc de Lomuae, du coDncsuhlc. de in«ssietu-s de Guise, de Bourbon ol ■iillma. Mom. lo conncstabie extoit mieulx cognu des amlMSMdeurt que tooi IcA aultrcs, pour avoir esté pri&ODiUPr entre laun mûu quui Pcspace do ileui. atkf vl pour avoir moyenne cl négotié arec eoi its truduc de ptix et des uuriagut. Et pour ce furent par luy présenlci au roj . quant ilt feirent leur boriuigne cl réitèrent te pouvoir el cbâr;^ qa'ilr avoient de leurs princes tpii les «voient curaycx.

Quelques joura avsiil c[uc du célt^brcr Ivfdtti ninria^cs, au palw* de Pari», vn In pr^nco du roy, d'ireui amiMUsadcurs. de« priUMS el ih* meuieurii le« prèildeas et couMillers de la court de puiiv meni. feurem leUA lea articles de b pain tom i'im aprè» l'inltn*, enscndile loua les «ccortb fAÎcl? de pari cl d'aultre, el le^ mand»mens, pouvoirs, charges et pramraliona qu'treux ncnbassadeurft avoieol de leim princes. LeMpieU articles de poii, mandcnieos. pouvoir*, charges et procuration» furent oncores une Tots jurda et r^liQiibs par le roy, les princes du sang cl aultres de France, el par lesdiu am- Lissadeurs. et iceiii enregistrés au grelTe de ladiltc court de par)e> ment, pour foy de plu5 grande approbation. Kt le jour roeame, au soir, dedanit la court du logis du Loirvre, où csloit logé le my, dedans la court du palais, el par le» places et carrefours de Puis forent faîcli feux de joyo, lesdiu ambassadeurs et leurs gens pv<- MDs. pour moDstrer la grande joyc rpie le ruy et les Pruiçoy» avoieol de lailittc pait et de l'alliance qu'on avait faict avec le* roy» el princes estnuigers.

Mari^ par proniralion d'kliubeili de ïnarm anc Philippe D, roi iTEapi^ag*. La oérénooie a tien daos l'ègltMr de NotnvOaou! de Pari».

* Cnnlral Ag managn du PiulipfM 11 , iluc iTAlbe rei-réacoUiil I* mi (TEip^im

ieifBtpa|Bg, a*cc Ëlîwbedi. Cllo oloM — MwpiwHg àe fnmt» K Phaibât tm

(W Umri IL t!i&9, 3ii juin. [iMmbert, manud fureiH tnané* Mot painf«(laa»b

^.iMumt.ktuJramf^im.t. XlU.p.à^fi.) ctupelle du pilait, k 9 jafllM, IwdiifH

1« BMriaf* par proennlMin fut cdtlirt le ilemii H «tait rntnt U lia d la bbI Itf

)6 Jub àtnat Ui ranlina) ik Bourbon . le omtrai avnt tt« ttgo* le «7 jain.

Après la messe et au sortir de laditte église Nostre-Dame, Tas- 1559. semblée fut conduitte dedans le palais pour disner, auquel le roy feit aullant de debvoir qu'il avoit faict à celuy de ses deux premiers enfans, le roy-daulphin et sa fiUe, la femme du duc de Lorraine. Cestoit une chose bragarde à veoir, dedans Paris, que la magnificence de quatre roynes toutes ensemble au jour des espousailles.

Tout ce jour-là, le lendemain et les deux aultres jours d'après se passèrent (comme m'ont dict ceux qui y estoient) au bal et danse des princes, roys et roynes, ambassadeurs et aultres, où cliascun prenoit du contentement assez. Les aultres jours se passèrent à jouer à la paulme, au palmail, à tirer de Tare, car à telz jeux se resjouissoit fort le roy. S. M. n alloit nulle part que les ambassadeurs d'Espagne et de Savoye ne cheminassent quant et luy, lung d'ung costé et Taultre de l'aultre , estans eux trois suy vis du roy-daulphin , qui accompagnoit l'ambassadeiu* du pape , une aultre fois l'ambassadeiu* de l'empereur, le roy de Navarre, rambassadem* d'Angleterre. Les aidtres princes de France cheminoient avec les seigneurs de la suitte desditz ambassadeurs; le roy se rendoit frère et compagnon de tous et nommément de ceux qui l'acostoient, auxquelz il monstroit une parfaictc amitié et bienveillance aussi grande qu'il eust sceu faire à leurs maistres, s'ilz y eussent esté présens.

Pour le festoyement desquelz et contentement des dames , saditte majesté commanda qu'on despavast partie de la rue de S*-Anthoine de Paris , lez la Bastille et du costé de sa maison des Tournelles , pour y faire les joustes et courir la lance. 11 feit dresser des lices et des eschaufaux pour mettre les seigneurs et dames qui n'estoient puissans poiu* jouster et courir en lice, alïin de regarder les chevalliers q[ui coiUToient esdittes lices la lance et la bague, avec aultres jeux d'armes, auxquelz il vouloit prendre et bailler plaisir aux spectateiu*s et dames du royaume de France. A ces jeux^ S. M. invita tous chevalliers

* Des «irmes furent apportées , pour le dans les portefeuilles de Fontanieu , a la tournoi, du château de Fontainebleau à Bibl. imp. vol. 297-398.) Paris. (Voy. un acte du 10 mars 1&60

100 MÉMOIBES

d'armes, vîeU et jeunes, afBn de faire paroîslre leurs vertu, force el i dextérité, pour l'honneiir des ambassadeurs et des dames. Les bontj cl vrays chevalliers, qui avoient es grierres passées éprouvé IciusJ forces contre les Bourguignons et enncrays du royaume, furent bienrl Tesjnuis du plaisir et commandement du roy. Les chevalliers couan'F et mai adroictz n'en estoîent trop joyeux, non tant pour la peine et 1 tiavail (ju'iU y poussent avoir, mais à cause des dames de France, et principallemcnt de celles avec lesquelles ilz faisoient ramom" cl '■ auxquelles ilz s'estoienl vantes d'avoir faict merveille contre les enne- J mys es gneiTCs, batailles et rencontres qu'on avoit eues contre lesdit»'! Bourguignons et ennemys. Il se trouve plusieurs de telz mignons qui, pour s'insinuer en l'ainour des dames, prétendent devant elles avoir i accompli de- grands exploiclz, et avoir mis par terre des enneraya . par centaines contre v(';rilc; car ils n'ont approché d'eux que d'une i demye journée le plus près, ou bien, s'ilz en ont approché davantage, quant ils ont veu reluyre les harnois et gromeler ung peu l'artillerie •! desditz ennemys, ilz leur ont tourné le dos et les talions, sans Icut i dire bonjour ni adieu, sinon tout bas et d'assez loing. Mais, poutJ monstrer qu'ilz ont faict ung grand debvoir, ilz rompent, en s'en- I fuyant, leurs lances conti-e une muraille ou uug arbre, et, se voyant J quelque peu loing, eux-mêmes avec leurs masses donnent de grands coups sur leurs corceletz et morions, qu'ilz taschent de forcer. Ils espèrent ainsi faire croire à leurs dames et à aultrcs gens aysez à tromper en telle marchandise, que cela leur a esté faict en la bataille par l'onnemy; leur plus grand regret est qu'ilz ne sauroient monstrer sur * leur corps la plus petite blessure que tant d'enneniys qu'ilz disent avoir tué et rué par terre leur ayent faicte; et, n'estoil la crainte qu'ilz ont de se blesser eux-mesmes, ilz se donneroient voluntiers quelques coups sur la teste ou aultre lieu de leurs corps, pom- persuader ausdittes dames qu'ilz ont receu cela de l'ennemy pour le salut d'elles. Aussi, telz gens fuyoient la Uce du tomoy que le roy avoit commandé et ftirenl quasi tous malades, affin d'avoir moyeu de n'y pas assister, et de se vanter en l'entretien de leurs dames

que, sans Tindisposition de leurs corps, ilz y eussent bravé et faict 1559. merveilles, ayans grand regret de n'avoir esté en santé pour s'y trouver.

Au contraire, les chevalliers preux et hardis, qui en leurs corps, testes et visages avoient les marques des ennemys receues es rencontres et batailles, lesquelles marques portoient seur et bon tesmoignage de leurs vertus, s'égayoient du tomoy et jeux commandez par le roy, et leur tardoit qu'ilz fussent en lice, affin de monstrer là à ung chascun qui les regarderoit, qu'ilz n'avoient receu telles marques en leurs coi'pz qu'ilz n'en eussent faict d'aidtres aux ennemys.

Environ le 8 ou i o*^ joiu* du moys de juillet^ de ceste présente année, le roy, les princes, les ambassadeurs et aultres chevalliers, qui avoient volunté de s'employer au contentement des dames et d'iceux ambassadeurs, se trouvèrent en la rue S*-Anthoine de Paris, où se feirent les jeux susdictz. Et quant tous furent assemblez et mis en ordre pour courir, chascun d'eux, selon leur degré et qualité, fut avisé de ceux qui ouvriroient la hce et le jeu. Il fut dict et arresté que les ambassadeurs ne courroient dedans la lice contre les Françoys, de peur quilz ne fussent blessez et que leurs princes ne tirassent cela à injure s'ilz y recepvoient aulcun mal; mais trop bien leur fut accordé que , s'ilz ambassadeurs vouloient prendre plaisir en laditte lice et jeux royaux et y courir, ce seroit les ungs contre les aultres et non contre les Françoys, ni les Françoys contre eux; car le roy et les princes de France eussent esté moult dolens s'il feust mal advenu auxditz ambassadeurs.

Les deux premiers qui feirent l'ouverture du jeu et qui entrèrent en lice, poiu* courir Tung contre l'aultre, furent le roy de France et mons. de Guise François de Lorraine^, lesquelz tinrent le ban de deux

* Il y a ici une confusion de date. C'csl ' D'après les mémoires de Vieilleville

le lo juillet que Henri II mourul; mais (1. VII, c. xxvii), la première jeu te eut lieu

la lice où il fut blessé par Montgommery entre Henri II et le duc de Savoye, et la

eut lieu le 2g juin. seconde entre le roi et le duc de Guise.

103 MEMOines

IMO. olievalliende marque et de mise '. Laur force faisoil voiler les e

d« lioccft en rdr. cha»ain dVui disarçonnanl «on botniiw de h mIIi! de* clK'vatit, saiik «avoir li- mer par Ivrre. I.e5 Unci'A n^mpiin. eiUiis comine A la d^e5|ïéradL< l'tnig da raullrv. Ht curent nv^otm à b nuMc d'antics, pu» à l'esp^c ri au coiiMrlas. se chartiaillaiit luir leurs haraoîn d'uuc manière furieuM?. coomic s'Ut «uuent F5lé gmtu enncmys l'uiig àv raiiltrc: el feirciit ces deui hommes debvoîr de preux et vaillanit clmvnlliers d'armes. Knfin. a^nm jouMe Pung conirp rniillrc au conleutt^ment d'eux et des regartlatu. ÎU st quittèrent pour rnprcndru leur ailaiiie et pour faire pUre ««a Aultrrs. Ll* roy, nyant rcprin» httn vent , voulut encore» joniKrr et mu»tooir le choc de pluiùeunt chcvatlierA, comme du roy de Nanrrv ut d'aullrfA pnocea *:t chevallient de ton ordre, où il o'«ul laol de pcÎDO que lay eu avoît dooné moois. da Guist.* , joinct qu'ilz m; povoîeol leiadrv. & cause de sa maji^slA; et apH.-» vn avoir mis par terre quelques unf;s, ae drportn pour l'heure uni et saulf. ptrmeliaiil aux aultros de tenir le nmg en laditlo lire, pour eux mon>trer et laîn- p»roiatre la force de leurs corp», ronimc il avoît faict dp la sienne. Mon» le connectable tint le rang â son tour, comme feireot après le rtiy de Navarre et mooa. do Guise, après avoir reprins leur allaine. Le oombre des chevallier» qui coururent fat grand, car tous chevaUier» y hmtot receuz oQssi biea que les princes, et y furent respectez fort ceux qni s'y raontfvront vertueux, et furent bien chéris du roy, eocorus «jur une partie d'icoux ne fussent que |>ctif gentilshommes à comparâtion de sa graudvur et df t-cUc des princes.

Les hi'réticques eussent bien voulu el dcsiroient advenir ce qui advint audit toumoy; car jà y avoît cnrtiiin temps qu'ils cerrhoîcnl le moyen de faire mourir S. M-, cl que, pour ce faire, avoteot marriuuidé 6 ptn&ieurs meurtriers et assassins, ainsi que nous avons dici en Tan dernier passé, en parlant de Caboche.

Entre les chevalliers de petit heu. qui furent fort recommanda M

' P«M|WCT bUaat Niwnw peu mnvmhk 4 u di^M U part active priM pu

llntri II dam ce loomoi [Z^irvt, 1 If* t l.p. 17s. t^^.)

qui feirent merveilles auxditz tournoy et jeux royaux, fut le seigneur de Mongomery, aultrement appelle le capitaine Lorge, lequel par sa force et dextérité jetla par terre plusieurs aultres chevalliers tenant le rang dedans la lice, aussi courageusement que personne qui y fust; et y estoit moult voluntiers veu du roy, de aulcuns princes et seigneurs et de toutes les dames, luy seul emportant Fhonneur dudit combat, après le roy et mons. de Guise.

Le roy le voyant si preux et courageux et seul en la lice, se présenta devant luy pour courir la lance contre luy, ce qu'il refusa de l'aire par plusieurs fois, s'excusant sur Taltesse de S. M., se réputant indigne de tel honneur, disant qu'il n'appartenoit à ung si petit gentilhomme tel qu'il estoit de recepvoir telle faveur d'ung si grand roy, et par tous moyens honestcs s'excusoit de ne courir contre laditte majesté; mais d'aultant plus qu'il s'excusoit, laditte majesté le pressoit et importunoit de ce faire, luy disant qu'il ne craignist et ne refusast poinct contre luy non plus ([ue contre ung aidtre, et tant feit laditte majesté qu'il convertit ledit capitaine au combat ^ et feirent quelque course f img contre l'aultre moult dextrement dedans laditte lice, où prenoit le roy grand plaisir, comme aussi faisoit toute l'assistance des seigneurs et dames. Et estant si resjoijy le roy de la vertu

^ L*Estoillo (lit que le capitaine Lorges fut comme forcé de courir et tirer contre le roy, [Mcmoircs, 1. 1 , p. 53 , éilit. de Pelilol.) — On lit dans Jes mémoires de Saulx-Tavannes (CoUcct. Micliaud, i" série, l. VIII, p. uaT)) : ■ Monlgomery, Escossois, après quelque refus de courre contre Je roy, brise sa lance en la cuirasse. ■ — M. de Vîeillevilic, dans ses mémoires (Collect. Michaud, i" série, t. IX, p. 283), affirme que Lorges voulut s'excuser de faire une seconde course contre le rov. — Brantôme est encore plus explicite : « La malle forlune, dit-il, fut que sur le soir, le tounioy quasi fini, il voulut enror ronqire une

lance, et pour ce manda au comte de Montgomery qu'il comparût et se mît en lice. Il refusa tout à plat et y trouva toutes les excuses qu'il y peut; mais le roy, fasché de ses responsc^, luy manda résolument qu'il le vouloit » ( Vies des hommes illustres, Henry II.) — Piguerre, en son Hist, de France t p. 337 , dit que Montgommer)' fut forcé de jouter contre Henri II. Ces divers témoignages et l'assertion de Cl. Ilaton lui-même sulFisent pour démentir l'accusation que cet auteur porte plus loin contre Montgommcry d'avoir avec intention donné un coup mortel au roi Henri II.

lOà

de ce chwaliier, corame aussi il cstoît de loiu 1» «iillres qui jâ «voient inontK* leur force et dextérité audit loniov, pour l'Iioiioctif i dus ambasudcut-x el dos danies di< Fronce , se délibéra de cuairo encore une counc 011 deux cunlrc ledit Loi-ge.cif qu'il feiK boniualbmtr i ri 4 U niyne de toute b Fram.-!.-.

Cnr Forluiie. ennemye de la réjoui5saiKe de ce prince riirMtieo et Hector gauloift, envieuse do m* vcrtiu el généroailei héroîcqucs. Dieu le pi-nuotlaDl. l'ucnibU au monirot où il avoît altftÎDt le l*al de M» plus grands d^AÎrfc, qui cftloit de la paix n'couvrve «ter. les IHiDce.1 estranf^tT» pour le proullît des ^ubjeclz de son royaume, pour laijuelb- pttii le» mariages «i&diti avolent erié faicU et l'asoMnbtéeoinauée. Leroy, courant eu Is lin- aveclerhevalliïTwisdil nonimé I^rge, le eliot- d'eux deux fut si rudu. i|uVslan» auMt forts, adtoirlt. et verluctu Tuiig tpic Taultj-e, l'ung ne pouvant reuverser l'Aultre. rompirent leurïi lance.s en pluAieur» pièrcs cl ew^la^. Dont advint que i t'eitclat Al' celle dudil Lorge cuira dedan.f In Ic&le du rov par de*- ' M>uliï la visii^re de m>u nriuel uu morion qn'd avuit abaisAf-f el de»loumée de devant svi yeux pour vcoir plu» clairement et h son lyae; lequel eaclalluydrmuura en la te»tc lardA de part en part, qui fulcauMt 1 ■le louroer t« Joye »upreunc de ce prince el de luulc fauembl^ en J grande irisleAM et douleur. Le malbcuix-us coup donné, furrnl l«s ] deux chevulliers ausnitoiit olutlUB i terre l'ung que l'aultre , l'ung pcHtr j lo nul qu'il «voit receu du coup, l'aullre pour se ntettrf à gnMux ] devant S. M., pour luv demander pardon. lequel luy fut 'tonné Mirle-cbamp. sans nulcune di&îcultô, par latbltc majesté, qui delleDdit 1 de luy rien faire, dire, nï reprocher présvnlemeni ni i^ railwnîr. Ir J deoclurgeonl du tout du coup qu'il luv avoit donné, nteauieiucnl d* I M mort. S) ello adveuoit dudîl coup, le déclarnul innocent da i mol. parce qu'il avott par sadilte niajujtté cslc inipnrtuntï de * contre luy'.

' BraiilAiiMitttauMli|ti«HvtiriU,4TMi lenuunr.iMrdnaïuiMonlffoauawj (Tin b* hoMMci itlMttnt . ficnrj II] CcpcadMl

■]tiWquo hbtnni Mblei*urtr.l*rw

Or fut la feste moult troublée, qui jusques là, depuis son com- 1559. mencement, s'estoit démenée si joyeusement et magnificquement que rien plus; furent les jeux et les danses bien rués jus; la lice où le coup avoit esté donné, le joiu et l'heure du combat furent maulditz, non de tous les assistans, ni des héréticques luthériens du royaume, ains seiûlement des roynes de France et d'Espagne, femme et fille du roy blessé , et de tous les bons princes et seigneurs catholicques qui estoient là présens.

Le coup et pardon donné, fut S. M. portée et conduitte dedans son hostel et maison des Tom^nelles, qui estoit toute joignante de la place où il fut frappé, et là fut pansé jusques à sa mort, qui fut environ de quatre ou cinq jours après, et mourut environ le 1 5* jour du moys de juillet de ceste présente année ^; par la mort duquel furent les cartes bien meslées en France, ainsi qu'il sera veu au second livre que nous avons espérance de faire. Dieu aydant.

Sitost que la mort dudit seigneur roy fut sceue, les douleurs et tristesses des deux roynes susdittes furent bien augmentées; combien qu'on a tout incontinant apperceu que la vefve de France n'en a faict dueil en son cœur fort longtemps; mais la royne d'Espagne et ses deux sœurs, la duchesse de Lorraine et madame Margueritte, filles du deffunct, en portèrent grand dueil en leur cœur et longtemps. Madame Margueritte de France, sœur unicque du roy, en mena ung grand courroux, car ilz s'aymoient fort l'ung l'aultre. Les petis enfans de France, messieurs d'Orléans, d'Anjou et d'Alançon avoient

* Henri II mourut le lo juillet. Voy. Paris, imp. de Rob. Estienne, i55g. (Ar-

Discours de la mort du roi Henri II (écrit chives curieuses de Vliist.de France, i" série.

par un huguenot) (Mém, de Condé, 17^3, t. IFÏ, p. Soy.) — Voy. aussi des lettres de

t. I, p. ai 3): — «Le trespas et ordre des Tévêque de Limoges et de Philippe II,

obsèques, funérailles et enterrement de dans les Négociations, lettres et pièces di-

feu de 1res heureuse mémoire le roy verses relatives au règne de François II , pu

Henry, II' de ce nom , très chrestien , prince bliées par M. Louis Paris , dans la Collect.

belliqueux, accompli de bonté, Tamour des Docum. inédits sur Thist. de France,

de tous estatz, prompt et libéral, secours i84i, in-il**; — Brantôme, Henry II; —

des affligez, » par le s' de la Borde, Fran- Pasquier, Lettres; — de Tliou, La Place

çois de Signac, roy d*armes de Dauphiné. et les autres historiens contemporains.

1559. cause d'estre maryz de la mort de leur père. Le roy-daulphin , son filz aisné, ne se resjouit en sa mort, combien que la couronne et royaume de France kiy escheussent et apartinssent , car ilz ne luy pouvoient fuir. Mons. de Guise, combien que la mort dudit sieur roy Teust advancé en plus grand crédit qu'il n'es toit, en fut plus mary que nu! aultre de la France, tant ilz aymoicnt pcrfectement Tung i'aultre. Mons. le connestable avoit occasion d'estre fort dolent de laditte mort, ce que véritablement il fut, parce que son crédit se diminua de la moytié. Madame la duchesse de Valentinois avoit argument de se contrister de cesle mort plus que personne du royaume, car elle usloit mieux aymée en fol et villain amour dudit roy que toutes les dames de France. Non seuUemcnt les vefve, orphelins, princes, seigneurs et dames de France furent maryz et troublez de la mort de ce roy, mais aussi tous les catholicques des villes et villages de son royaume, et principalement les laboureurs des champs en feirent dueil, pour le gi'and repos qu'ilz avoient eu soubz son règne, excepté le pays de Picardie, cpii avoit soustenu le fléau de la guerre par Tespacc de six années entières et plus. Et combien que les habitans des villages et de plusieurs villes eussent perdu leurs biens par lesdittes guerres, si est-ce que grandement ilz ont pleuré la mort dudit roy, bien entendu par eux les courtoisies desquelles il avoit usé avec eux^ Les princes de Bourbon, c'est assavoir le roy de Navarre et mons. le prince de Condé, ne feurent fort dolens de la mort susditte, comme aussi ne furent les dames roync de Navarre et de Montpencier. Les seigneurs de CoUigny, qui sont MM. le cardinal de Chastillon , l'admirai de France et le seigneur d'Andelot, fiu^ent bien ayses du coup mortel, et plus ayses de la mort intervenue dudit seigneur, comme aussi furent tous leurs adhérons héréticques, desquelz ilz s'estoieni tous tacitement rendus protecteurs contre le feu roy'^, et ont eu plu-

' On Irouvo dans h Bibl. historique de " On a accusé les prnlcslanls d'avoir

Lelong cl Fonletlc (l. Il, p. 232) une liste lénioigné ouvertement leur joie de la mort

des ornisons funcbres , éloges J amen ta lion s de Henri II , par des paroles, des chansons

qui se rapportent à la mort de Henri II. et des actions de grâces à Dieu : il faut

sieurs personnes ceste oppinion que le coup fut préoiédité et déli- 1559. bérément pensé avant qu'estre donné par le capitaine Lorge, quelque bonne mine de refus qu'il eust faict de jouster contre laditte majesté. Car, comme il fut cognu tout à Tinstant et depuis bien expérimenté, les dessus nommez Bourbons et aidtres ont esté les vrais protecteurs d'iceluy Lorge, et par sa confession mesme, comme depuis s'en est vanté, advisa de ne laisser perdre ceste bonne occasion qui se présenta de faire le coup , pour le soulagement de tant de gens de bien qui estoient en peine, les ungs es prisons, les aultres en bannissement de leurs biens et pays, pour le faict de la religion, entendant parier desditz héréticques luthériens, quil appelloit les gens de bien; et ne put trouver meilleure occasion de faire son coup que lorsqu'il veit ledit feu roy abaisser la visière de son armet ou morion, qui luy descouvroit partie du visage et principallement à l'endroict des yeux et de la veue. Lequel , si tost qu'il eut obtenu pardon dudit deffuncl roy, s'absenta de la court et se retira en sa maison, non pour faire pénitence de son mefifaict, mais en demeura plus orgueilleux, se resjouissant d'avoir esté la cause et le moyen d'oster de la terre de France le prince duquel il et son père avoient receus grands honneur et biens.

Les ambassadeurs d'Espagne, d'Italie, d'Allemagne, de Savoye, d'Angleterre et aidtres heux furent grandement troublez de ceste mort, venue en leurs présences aux jeux et esbatemens qui avoient esté dressez et semons pour l'honneur d'eux et leur festoyement; et purent dire que le feu roy devolt estre comparé au pelhcan, le quel, estant en sa vieillesse, se tue pour bailler la vie à ses petis, ce qui estoit advenu de la personne du roy, lequel s'estoit ou avoit esté tué pour leur bailler la vie, à eux qui par si longtemps luy avoient esté estrangers et ennemys. Sa mort fut pour eux une vie et paix perpétuelle, et pour les siens ime mort et ruyne cruelle. Iceux ambassadeurs se trouvèrent assez empeschez et ne sçavoient

cependant convenir que le passage où mort est écrit avec une remarquable mo- 'ITiéodore de Bèze (liv. II) raconte cette dération.

1559. ce quilz dcbvoient faire pour se retirer de France; ilz envoyèrent en poste advcrlir Icm^s princes et seigneurs, afïin d'avoir d'eux mandement poiu- gouverner les aflaires selon leiu* volunté, estans toutesfois bien dolens en leur codiu*, courage et contenance , de la mort de ce prince qui les avoit si royallement festoyez, et par le moyen duquel ilz espéroient, avec le temps, accroistre leur crédit envers leurs niaistres.

Plusieurs personnes de France doutèrent que la paix naguères faicte avec l'empereur, le roy d'Espagne et aultres ne dureroit guères à cause de la mort du roy; mais en ce furent trompez. Car le roydaulpliin son filz, par le conseil de messieiu-s les cardinaux et princes de Guise et de Lorraine , satisfeit à tout ce dont estoient tenus le feu roy et le royaume envers les princes estrangers, et par ainsi icelle paix fut entre eux continuée , et fut au royaume de France une nouvelle guerre allumée.

0 heureuse paix aux Anglois, aux Flamans, Allemans, Italiens, Piémontois, Millannois et Espagnolz, qui vous a mis en repos etfaict dormir les huys ouvers, en rien ne redoutant plus les Françoys, qui tant de fois depuis trente ans vous avoient faict abandonner voz biens et voz maisons, pour s'y rafraiscliir à leur plaisir, et maintenant à eux malheureuse, estant par icelle paix en une plus grande guerre que jamais! Et à bon droict peuvent bien dire iceux Françoys que les guerres qu'ilz ont faictes et menées contre vous leur esloient une paix du vivant de leur roy, et que maintenant, après sa mort, laditte paix leur est et sera une cruelle guerre.

0 heureuses nopces pour TEspagne, pour la Savoye, la Bourgogne et aultres pays estranges dessus nommez, et malheureuses à la France, que pleust-il à Dieu que jamais vous n'eussiez pensé aux filles de Franco poiu les demander en mariage à son roy!

0 heureuse assemblée de Paris, pour lesditz Espagnolz et aultres estrangers, en laquelle la paix a esté pour eux confirmée et par icelle la France troublée!

O nations estrangèrcs, tant chrestiennes que barbares, qui occupez

partie de la terre et des mers, combien estes-vous' resjouies d'avoir retrouvé liberté et assurance en vos pays, par eau et par terre, contre l'impétuosité et la hardiesse des Françoys, qui, par laditte paix et la mort de leur roy, sont comme captifz et reserrez chez eux par le fléau de la guerre 1 Chantez Te Deum laadamas en voz temples et par les rues de voz pays; c'est à vous à faire et non à la France, laquelle, au lieu de chanter avec vous les chansons et cantiques de joye, fault qu'elle chante les vigilles des trespassez et qu'elle larmoyé par chants lugubres.

Plemrez donc, France la désolée, plem-ezM

Pour parler à la vérité , il n'y a eu estât en France qui n'aye eu grande occasion de pleurer la mort de ce roy, tant en général qu'en particulier, tant il s'est en sa vie montré débonnaire à tous et à ses ennemis mesme, voire quand il les a tenu en sa puissance, usant avec eux de miséricorde, haïssant iniquité et aymant la vertu^. Il a

' D y a ici dans le manuscrit cinquantedeux vers de lamentations qu*il m'a paru inutile de reproduire. — Le recueil manuscrit de chansons conservé à la Bibliothèque impériale, sous le titre de Recueil de Maurepas, contient une chanson italienne SUT la mort de Henri II. — M. Leroux de Lincy, dans son Recueil de citants historiques (t. II , p. a 1 4) , donne une chanson dans laquelle le comte de Montgommery est censé raconter les aventures de sa vie, et entre autres le coup mortel qu'il porta à Henri II.

* Voyez une appréciation étendue du caractère de Henri II dans Brantôme. ( Vies des hommes illustres, Henry II. ) — Voici ce qu'on lit dans V Histoire particulière de la court de Henry II ( Arch. curieuses de l'histoire de France, i" série, t. III, p. 279) : «Ce prince (Henri II) estoit à la vérité très bien nay, tant du corps que de l'esprit; sa taille et proportion des mieux ac-

complies, robuste, forte et gaillarde pour le travail , à quoy il s'adonnoil beaucoup , et de disposition ce qui se pouvoit désirer. » — a II avoit un air si afTable et humain que , dès le premier aspect , il emportoit le cœur et la dévotion d'ung chascun ; aussy a-t-il esté constamment chéry et aymé de tous ses subjetz durant sa vie , désiré et regretté après sa mort. Le distique latin qui fut faict après ceste malheureuse bataille de S*-Laurent en faict foy, qui dict :

«Hcnrico pareil popolus, maiedicit et Auns , Dianam odit , sed mage Guisiadas.

« Qui se rapporte à nostre langue :

«Le peuple excuse Henry, maudit Montmorency, Hait Diane surtout ceux de Guise aussi. ■•

— Citons encore les passages suivants de la légende du cardinal de Guise ( Mémoires de Condé, t. VI, p. 19 et 89) : «Le roy

1559. esté amateur de paix et à icelle s'est voluntiers incliné, encores qu'il cust du meilleur sur Fcnncmy du royaume et grand avantage sur luy; il a esté plus heureux en guerre que prince qui aye esté roy de Franco, depuis Charlemagne; il estoit fort sage en conseil et avoit ung bon jugement naturel de toutes choses. Il a esté grand protecteur et dcffenseur de l'église cathohcque et romaine apostolicque , grand hayneur de l'hérésie et des héréticqucs tout son temps. II a esté vray pillier et appuy de justice, commandant aux justiciers de juger écpiitablement, et leur reconunandant les causes des vefves, orphelins et pauvres gens. Il a prins grande peine de réformer les abus qui estoient en l'église et en la justice, pour lesquelz faire cesser il a faict plusieurs ordonnances sur l'abrévialion des procès, voulant ostér toute chicanerie que favarice des praticiens el justiciers ont

(Ilcnri II) estoil de doux esprit, mais de peu de jugemcnl, et du (oui propre à se

laisser mener par le nez Il esloil d'un

naturel paisible et bénin, comme chascun sait, mais en peu, ils (les Guises) clian-

i»crenl merveilleusement son naturel

Avant qu'il fusl roy, le cardinal (de Lorraine) luy avoit esté donné pour gouvern«!ur, mais il ne servi! qu'à le corrompre

e( gaster, luy servant de et serviteur

d'amour. Les pierres, cabinets et tapisseries de rhostci de Keims (où infmies paillardise*^ se sont commises) en parlent encor... Les Guises, aj)rès avoir mis en main leur sénescliale, taschoienl à faire ([ue Henry r*envoyasl sa femmi.' en Italie. VA imo fois à Hossillon .sur le Rosne, ilz en iindrent un grand parlement, délibérez de faire renvoyer ceste royne, qui fut bien aydée par le cardinal de Cliaslillon dc- |)uis en ce mesme faict. Alors faisoil-elle la rbrcstienne, ayant la Bible souventes fois sur sa table, y lisant el faisant lire. D'autre part esloil avenu que, par le

commandement du grand roy François, 3o pseaumes de David furent traduits par Marol et mis en musique par divers musiciens; car le roy et l'empereur Charles le Quint prisèrent cette translation par paroles et présens. Mais si personne les aima et embrassa estroitementet ordinairement pour les chanter et faire chanter, c'estoil ce jeune prince Henry, lors dauphin, de manière que les bons en bénissoycnt Dieu , et ses mignons et la scneschale mesme faignoyenl et lui disoient : Monsieur, cestuycy ne sera-il mien? Vous me donnerez cestuy-là, s'il vous plaist. Lors il estoil bien empesché à leur en donner à sa fantaisie et à la leur. Toulosfois il relinl pour luN le iq8*. Bienheureux est quiconqiies serf à Dieu colontien, lequel chant estoil fort bon et plaisant et bien propre aux paroles. Le chantoit el faisoit chanter si souvent, qu'il monstroît avoir un grand désir d'estre béni en lignée, ainsi que la description est faicle en ce pscaumc. ■

mis sus. Il avoit bien pollicé la gendarmerie, et en telle façon y avoit 1559. mis ordre que les gens de guerre n'eussent osé rien prendre des biens du labouretu*, sans le payer de gré à gré; et a cesle ordonnance esté observée toute sa vie, c est-à-dire le temps de son règne, qui a esté de treize ans non entiers, car il est mort sur le commancement du treiziesme an de son gouvernement. Non seuUement lesditz gens de guerre n'eussent osé prendre aulcune chose sur les laboureurs sans payer, mais aussi ne les eussent osé desteler de leur hamois et charrue, ni les destourber de leur labourage pour se faire guider, eux ni leur bagage, sous peine de la hart, ni prendre leurs chevaux, harnois ni charrettes, sinon en cas de nécessité et en payant. Cest ordre fut tout son règne si bien observé que les laboureurs n'eussent daigné fermer les huis de leurs caves, celiers, gamiers, coffres et aultres serrures de leurs maisons pour les gens de guerre , tant ilz se gouvemoient honestement, selon laditte ordonnance. Les poulies, pouUetz, chapons et aultres volailles estoient parmi les jambes desditz gens de guerre es maisons des laboureurs quand ilz y estoient logez, et si n'en eussent pas tué une seuUe sans demander congé à rhoste et pour l'argent. Ilz ne faisoient bruicl ni insolence es maisons desditz laboureurs, non plus qu'en leurs maisons propres; et pour ces causes, les laboureurs et gens des villages ont bien occasion de pleurer et regretter sa mort, car avec grande difficulté y aiu^a-il roy au royaume de France de longtemps qui les gouverne si doulcement et en telle façon, et pour ce a-il esté appelle le père des laboureurs.

A cause de la pollice qu'il avoit mise sur la gendarmerie en la forme que dessus, il doubla les tailles, affin d'avoir argent pour payer les gens de guerre et de leur faire observer son édict de pollice, et estoient lesditz gens de guerre bien payez. Mais une chose est à craindre et qui n'a guères mis à advenir après sa mort. Les tailles sont demeurées sur le pauvre peuple, et si la gendarmerie a mangé et ruyné les villageois; toutesfois, si la mort ne leust prévenu, il avoit ceste volunté de descharger entièrement ses subjectz

1559. desdillcs tailles, gabelles el impositions, enseinl)le de casser tous nouveaux olliccs à gages qu'il avoit mis sus par les villes du royaume, et qui estoieut à la foulle du peuple, aflin de luy faire resentir de mieux en mieux le bénéfice de la paix que Dieu luy avoit donnée, espérant de faire florir son royaume , et de le rendre le plus riche de toute la terre. Mais Dieu ne luy en a pas faict la grâce, car Thommc propose et Dieu dispose.

Le peuple de France s'est trouvé indigne de ce bien, à cause de ses péchez et de son orgueil; la corruption des bonnes mœurs a continué en tous estatz, tant ecclésiastique que aidtres, depuis les cardinaux jusques aux simples prcbstres, et depuis le roy jusques aux simples villageois. Cliascun a voulu suyvre son plaisir; on a délaissé mesme l'ancienne coustume de s'habiller. De temps immémorial , nui homme de France n'avoit esté tondu ni porté longue barbe avant le règne dudit feu roy; ains tous les hommes, garçons et compagnons, portoient longs cheveux et la barbe rasée au menton; Le feu roy a esté le premier roy tondu qui aye jamais esté en France et qui ait porté longue barbe. Les prebstrcs et évcsques se sont faict tondre des derniers, et ont porté longue barbe, ce qui a esté trouvé fort estrange. Depuis le commencement du rogne dudit feu roy, ont commencé les nouvelles façons aux habillemcns toutes contraires à l'antiquité, et a semblé la France estre img nouveau peuple ou ung monde

renouvelé

En ce temps et par tout le règne dudit feu roy, faisoit bon vivre en France, et estoient toutes denrées et marchandises à bon marché, excepté le grain et le vin, qui enchérissoient certaines années plus que d'aultres, selon la stérilité, et toutesfois, esdittes treize années de son règne n'ont esté que trois ans de cherté de grain et de vin, et n'a valu le blé froment, en la plus chère desdittes trois années, que 1 /i et 1 5 s. t. le bichet, à la mesure de Provins, et les aultres grains au prix le prix, et ne duroit telle cherté que trois moys pour le plus; — la queue de vin, 2 4 et 20 I. t. pour la plus chère desdittes années;» — les années communes, le blé froment ne valloit cjue 5 s. t.

le bichet, mesure dudit Provins, et les aiiltres grains au dessoubz; 1559.

— la queue de vin, 4o, ôo, 60 s. t. ou 4, 5, G, 7, 8 1. t. le vin, crû de Provins et d'alentour, et l'estimoit-on estre cher quant il passoit la somme de 8 liv. t. es années médiocres; — le tcileron de bois de charme rendu à Provins, au trespas dudit feu roy, ne valloi t que 4 i. t. pour le meilleur; — le cent des meilleurs fagotz de houppier, de trois piedz et demy de long et aultant de grosseur, 3o et 35 s. et les moindres au dessoid)z; — la pièce de laine de la meilleure estoit à 100 s. t. et Taultre au dessoubz; — Taulne de drap blanchet du meilleur, la somme de 20 et 22 s. et 6 d.

— Faulne de drap gris 1 2 s. et 6 d. et 1 5 s. — Taulne du meilleur drap noir 45 s. tainturc de Paris; de la tainture de Provins 3o et 35 s. t. -^— l'aulne de tiretaine, 3 s. et 4 la meilleure; — Taulne de grosse toille de chanvre, couverte d'estouppes, 3 s. la meilleure; celle de deux chanvres, 4 et 5 s. t. la mesure de Provins; — la paire de souUiers de vache, à simple semelle, de dix, unze et douze poinctz, 6 s. t. et à double semelle 10 et 11 s. — la vieille vache sur le pied rengressée valloit 100 s. et au dessoubz; — le bœuf du creu de ce pays, 8 et 10 1. t. — le veau gras, 20 et 2 5 s. t. — le mouton gras, 2 5 et 3o s. t. et les moindres au dessoubz du prix; — le chappon 4 et 5 s. les meilleurs ; — la poulie 2 s. et 6 d. — 6 et 7 œufz, pour ung blanc ; — le millier d'eschallatz de chesne et de quartier à fuscher les vignes, 5o s. t. — la planche de chesne d'une toise de long et ung pied de large, 5 s. t. — le boisseau de noys, 20 d. et 2 s. t. — la paire de roues d'onne, 2 5 s. t. et de faytre, 20 s. — la toiu'neure de roue en bandes de fer, 5o et 60 s. — la forgure de fers à charrue, 8 s. et depuis à 1 o et 1 2 s. t. — l'arpent de terre à lal^ourer, aultant que la forgure de fers; — l'arpent de terre d'achapt à tousjours, sans aultre charge que le cens, de 16 à 20 1. 1. et l'arpent de pré aultant; — l'arpent de bonne vigne à tousjours et bien planté, i 00 1. t. — les maisons faictes ou à faire n estoient chères. — La journée d'ung manouvrier, fiist à besongner aux champs ou aux vignes, estoit au temps d'esté de 2 s. et 6 d. le jour.

Mi^.HOIRES DE ClJ 1550. avec seit dcspena, et aultant iiog maçon, ung tJiarpetiUer p.t iing couvreur à la journée.

(La lin du cbapiire LXU et tout le récit du règne de François II iuanc(u«ni tUns 11* niaauscril.l

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