PROVINS
L'an mil cinq cens soixante et trois, au jour de Pasques, le camp du roy estoit encores assemblé es environs de la ville d'Orléans, avec lequel s'estoient meslez les huguenotz qui estoient dans Orléans, et n estoit plus que ung des deux armées. M. le prince de Condé, l'admirai de France, d'Andelot, La Rochefoucault et tous les rebelles estoient avec M. le connestable, les seigneurs d'Aumalle et marquis d'Elbœuf, les ungs parmy les aultres, realliez ensemble soubz le nom et service du roy, combien qu'il sembloit qu'il y eust tousjours quelque mesfiance entre lesditz admirai, d'Andelot et leurs favoris, et les sieurs d'Aumalle et marquis d'Elbœuf, à cause de la mort de defTimct M. de Guise.
Il estoit dict par la paix faicte audit Orléans, que les chefz des deux armées donneroient congé et renvoyeroient leurs estrangers avant que de se désarmer des gens de guerre françoys, chascun de son party; et pour ce faire, le roy commença le premier à renvoyer tous les estrangers qui estoient venus en France à son secours et en son camp. 11 bailla congé aux Italiens et aux Hispagnolz et Bourguignons que le
pape et In roy d'Espagne luy avoicnt envoyait, et ne demeura plus t|uc les Françoys en son camp; car il hailla quant et quant congé aux Siii&SCS, qui passèrent par au-dessus de Scus, pour aller gaogocr la ville de Dijon et s'en relouroor en leur pays.
Les reistres et AUemans de S. M. et cp.ux des Iiuguenolz et princf; de Cood«^ se nicslèrent ensemble les ungs avec les aullres, pour $'en retourner en leur pays, sans aulcuno nicjtfiance les uugs des aullres. Cl ne firent plus que une trouppe et ung camp, qui se trouva monster ;iu nombre de dix à douze milles ; losqueU prindrenl leui' chemin d'Orléans à Pluviers et Estampes, pour aller passer la rivière de Seine au pont de Samoys, qui est entre les villes de Monstereau et Mekm, ni arrivèrent es environs dudît pout la grande semaine de Pasques, où Hz séjournèrent cin(] jours pour le moings. en attendant que ledit pont fusl réparé pour le passer; et y passèrent, je croy, le jour de Pasques. premier jour de cosle présente année. Hz furent ung jour entier à passer ledit pont, pour le nombre des liarnois fpi'ilz menoient avec eux. Si les liabitans de Corbeil , Melun ou Montereau leur eii»scDt voulu livrer te passage par leur ville . ilz eussent laict grand plaisir au pays de Gastinois, car iU n'y eussent séjourné si longtemps; mais les liabitans d'icelles villes ne lein- voulurent liner le passage, pour la crainte qu'ilz avoient d'cslrc pUlez par iceus reistres, Icsquelz à la vérité ne laissoienl. par les villages par oi\ il?, passoient, que ce qu'iU ne pouvaient emporter.
Les gens des villages fuyoient et vuydoiènt leurs maisons iwur la frayeur qu'on avoit d'eus, partie pour le larcin qu'il* faisoient. Taubre partie pour ce qu'on ne les cnlendoit parler. Il fut novelle qu'ilz relslrcs, après estre passez audit pont de Samoys , se vouloient diviser en deux bandes, pour mieux vivre, desquelles l'une costoyeroit la rivière de Seine du costé de la Brie, et l'aultre bande travcrseroit la Brie pour aller gangner la rivière de Marne, alïin de mieux trouver vivres pour eux et leurs chevaux; ce qu'ilz ue lirent, ains traversèrent tous ledit pays de Brie par au-dessus de Nangi.*i, et allèrent costoyer le pays de laditte rivière de Marne, jusques es onvii-ons de la ville de
Vertu, où là traversèrent le pays de Champagne, pour aller gangner 156.H la rivière d'Aulbe, et s'allèrent camper à plusieurs joiurnées de Montirande ou Montirandain\ où ilz séjoiu^nèrent l'espace de six sepmaines toutes entières, sans hober, sinon pour aller à la picorée aux villages de cinq et six lieues à Tentour et plus.
Qui fut cause qu ilz reistres en partie allèrent gangner la rivière de Marne par au-dessus deNangis, etquilz ne s'approchèrent poinct plus près de Provins, furent les gentishommes de Beauvais, de Quincy et la Court-Rouge, qui avoient esté au camp du roy et s'estoient trouvez à la bataille de Dreux, et principallement ledit de Beauvais, qui y fut fort blessé et non guary; avec lesquelz sollicitèrent les sieurs du Plaissié au Chat, de Crenay, de Corcelles, de Vimpelles, de Lours, de Savins, de la Barge et l'Enfant de Goix, archer et garde de la porte du chasteau et corps du roy, nommé le grand Gond Fortin, de Flamboin, paroisse dudit Goix, lequel estoit en grand crédit avec toutes gens, à cause de son estât. Tous lesquelz dessus nommez se travaillèrent si fort envers les commissaires commis à la conduitte desditz reistres, que ce pays en fut exempt. Mons. de Beauvais, ce disoit-on , ne se tenoit fort assuré , si lesditz reistres fussent logez à Nangis et les environs, à cause de sa rançon qu'il n'avoit payée à ceux qui l'avoient prins prisonnier, pour ce que , par le traicté de paix faict en ceste guerre , il avoit esté dict que ceux qui estoient prisonniers de part et d'aultre, et qui n'avoient payé leur raju^on, en seroient quittes sans rien payer. 11 estoit bruict que ceux qui l'avoient prins prisonnier estoient reistres, lesquelz n'estoient contens de tel article de paix, et avoient mandé audit sieur de Beauvais que, s'il ne leur envoyoit aident pour sa rançon, ilz, avec toute leur trouppe, iroient loger en sa maison, audit Nangis. Si ce bruict estoit véritable, je ne m'en informai aulcunement, mais bien ai sceu à la vérité que aulcuns des plus grands seigneiu^ d'iceux reistres, au passage du pont de Samois, allèrent veoir ledit seigneur de Beauvais en sa maison de Nangis, accompagnez de vingt chevaux, qui furent les bien receuz par ledit seigneur, et mieux fes-
^ Monlier-en-Der (Haute-Marne), arrondissement de Vassy.
nhn
ntÏRMOÏBlîS
ISfiJ, IOÎ0& l'espAoe de deux jours, avant fpie de s'en retourner è l« irouppe. Trois ou quatre dvsditz reistrt's deniffurùrcnl nu rha-ituau (-t viUaga de Naugii pour les gmrdrr des aultrvs rcistres, si d'avaiilure il x'enftut escarté jav]u<? U, et pour les renvoyer sans y rJcn gaster.
L'aidlro partie qui fil aller iceiix retstreu gangner U ririfrre de Marne estoit. comme Ton disoïl, pour aller gucrroîer et myncr moOA. de Pavans, (pii faisoit u demeuraoco audit lieu de Pavans on atdtre, éir environs de la FcrliV-soubc-Jouarre', et pour 5e venger du passage cju'il avoil refusi^ h luooâ. le piioce de Condé et son camp par la vîUe de Corbeil, aiiui que l'avons dïct en Pan dernier paaaè. LcM|ueU rcistrea ne railliretit h nn préMcntcr devant le cbasteau et n)aiM>n dudit sieur do PavaoA, lequel les allendoit de pied Quoy el avoit fairt bonae provision pour les y recevoir «k coups de canon. U avnil mis en stm clusteau toutes gens de son village cl du ccut d'alriilotir qui b'yvonlurent retirer et Irurs bienj aussi, pour les mettre à sauvelé coalre lendilx rcislres, qu'il ne craîgnoit nullement, pour eslre ledit cbasleail fort, et pour l'aydn dus jeunes hommes et compagnons soldai! qui a'esloient retirct dedans, qii'il encouragea de tenir bon avec Iny. prometlanl honneur et prouHît leur en advenir au domoge d'iceux reistntt.
Les sutdiiU et jeunes patsans. encouragez par ledit seigneur, promiroat d'obéir à luy et de «'employer à la dcOense de sa maison, d'eux et d(! leurs biens qui estoient dedans; «uiqueh il defTendit de ne tirer nul roiqi de harqiiebuse ni aultre cOMon, qu'aullant qu'il Irar en balUcn:iit le commandement, ordonnsnl,' lorsqu'il! de luy aoroienl commatulemeoi de (ircr. que ebascun Bst son debvoir, ol qu'îb ne tintMent k faulte ni -i coups perdus, s'il estoit possible.
Icciu reistres, eslans asiH*!; pr^s dudil chasteao qui leur avoil eat^ recommandé par le siour d'Andclot et donné à cognoûtrc par leur» Iruchemcns, environ ung cent d'entre eux cotuitrent devant pour
Ir
' il j • [iliuwnr* hM pÉtmD M) Pttaat dacM I lÛMw-vi-kLirftr . il Ml É craira ip'tl «'^l tn dt rdui <jiu «ti «laé duM la ccMMiwir
de Na>ittU<»ilfaeftk. wnmdÛMnMi ^ Cootonmen. canlan d« ntmatj. ifnum^ ee pmni mîI mmi «luîpat de U Fwilà- *ca$ Jwimc (V»;n plu IwM. f. 3oa )
tascher à le surprendre à rimproviste, mais ilz trouvèrent la porte fer- 1563. mée et le pont levé. Lesquelz, en leur jargon d'allemand, crièrent qu'on leur ouvrast la porte, et faisoient mines dy vouloir entrer de bon gré ou de force, auxquelz ne se hasta de respondre ledit seigneur qui estoit dedans. Après lesditz reistres, arrivèrent à l'instant quelques deux ou trois cens aultres de leurs compagnons, tous à cheval. A la venue desquelz s'espouventèrent les paysans du dedans, qui eussent bien volu estre hors de là, cuydans jà estreprins. En ung instant, fut ledit chasteau environné de plus de mille chevaux et hommes.
Ce pendant qu'ilz reistres arrivoient audit chasteau, ledit sieur de Pavans plaçoit ses soldatz au lieu où il les falloit pour deffendre. Lesquelz placez, alla luy-mesme bracquer quelques fauxconneaux et petite artillerie qu'il avoit; et, voyant iceux reistres en lieu estroict assez près de sa porte, minst le feu auxditz fauxconneaux, qui deslaschèrent au travers d'iceux reistres, à leur grand domage; car bien img cent d'entre eux furent tuez ou blessez en la place. Les fauxconneaux laschez, tous lesharquebusiers qui estoient sur les murailles et dedans les tours dudit chasteau tirèrent sur lesditz reistres, qui s'enfuirent arrière le plus viste qu'ilz purent, culbutant les ungs les aultres, à qui se saulveroit le plus tost dans leur camp, pour leur en dire des novelles.
Les chefs desditz reistres, ayant entendu ces premières novelles, ne crurent de léger, combien qu'ilz en vissent plusieurs de bien blessez; ains en renvoyèrent une grande trouppe, pour recognoistre la place, et veoir s'il y avoit manière de l'avoir. Ceux qui furent à ceste fois envoyez pour recognoistre laditte place ne furent si folz que les premiers; ilz ne s'approchèrent de la première porte de la basse court à parlementer aux gens dudit sieur de Pavans, comme avoient faict les premiers , ains couroient la poste es environs des fossez dudit lieu pour contempler la forteresse , auxquelz estoient laschez si dextrement coups de canons, harquebuses à crocq et aultres que tousjours en la place demouroient hommes ou chevaux. Qui fut cause de haulser le cœur et coiu^age des paysans qui estoient enserrez dedans ; lesquelz
furent si bien agueris (pic rien plus. Ceux qui s'en rctoumèreot Jl^ trouppe firent rapport que ce chnsteau et ceux qui cstoienl de( estoieni plu.s cpic suflisans do tuer Ions les AUcmaua des Alicinaj avant, qu'on pût leur mal faire, sans assiéger et sans amener canon t artillerie pour les prendre. Quoy ouy par leurs chefx, ordonnèrent de passer oultre, sans s'y plus arrester; ils se dcslotirnfTenl dudït cha»leau. pour passer leur eliemin plus loing que la portée d'une barquebuse à croc, de peur d'estrc blessez.
Ledit sieur de Pavans , les voyant passer oulU'e , dcflendil à .ses gens de ne tirer ni crier après eux aulcunement que ce fust, nins qu'on les laissasl passer, jusques à ce qu'il commandasr de sortir après eux. disant que les ruses de guerre sont do faire quelrpiesfois mines et semblant de lever le pied pour passer oullre, mais que le plus souvent on est esbay qu'on retourne tout court sur son ennemy, qu'on trouve le plus souvent ii despourveu. Ce néantjuoings, ledit. i>eigneur voyoÏL bien, k les vcoir chemiuer et leur bagage, qu'ils ne passoicnt oullre pour revenir. Touteffoîs, pour en estre plus assuré, minst hors de son chasteau demye douzaine d'Iionimes pour le» descouvrir el suyvre de loing, pour en savoir meilleures novelles, LcsqucU le» poursuivirent plus d'une lieue loing. et les voyaul aller leur train an village où tistoit niarctpiée letu' eslappe et gisle, retournèrent au chasteau à leur .seigneur, luy dire ce qu'ilz avoient veu. Or catoîi leur giste et estappe. pour ce jour, à quasi trois lieues loing cl an delà dudit Pavans î qui bailla argument au seigneur qu'ils ne retoui^ neroient le dos de si loing pour le plus assaillir. Toulcsfoia, M tint et SCS gens tousjours couvcrs, jusques à ce qu'îb eurent cbentîné enrores deux jours, ayant tousjours des bommes de ses subjecu aux écoutes de loing en loing, pour en rapporter des novcUcs.
Après que ledit siour de Pavans sceut lesdïtJ! reistres aller leur eliemin, se donna garde des coureurs, voleurs et larrons qui s'escarlenl des trouppes ou qui les suyvcnl, pour piller ce quilz trouvent aux escars; et tant vueilla, qu'il en descouvritdeux ou trois trouppes qui ennicnoienl les chevaux, harnoîs et biens des laboureurs par où ilz
avoient passé; sur lesquelz il se rua avec ses paysans d'un si hault cou- 1563. rage , que ceux qui pensèrent résister furent tuez en la place et prins prisonniers avec leur butin, qui furent menez audit chasteau. Et ne fut le butin de moings que de cent à six vingtz chevaux, la pluspart des laboureurs de la Brie, avec Taultre butin.
Ledit sieur de Pavans, sçachant iceux reistres estre jà passez et esloignez de quatre journées loing de sa maison, bailla congé à ses soldatz et paysans pour se retirer en leurs maisons, tous bien resjouis d'avoir saulvé leur vie et biens. Et si fit ledit seigneur assavoir, par billetz qui furent portez par tous les villages par lesquelz avoient passé iceux reistres, depuis le pont de Samoys jusques à son chasteau, lesquelz furent proclamez aux prosnes des parroisscs, que tous qui avoient perdu chevaux, hamois, charrettes et biens à la passée d'iceux reistres, allassent avec loyauté et tesmoignage recognoistre en son chasteau ce qui seroit à eux, et qu'il leur en feroit la délivrance, ce qu'il fit. Quasi quatre-vingtz chevaux furent recognus par les maistres qui les avoient perdus, qui leur furent rendus, en payant la despence qu'ilz avoient faict depuis la recousse. Le reste demeura audit seigneui\ comme chose à luy justement acquise de bonne guerre.
Ceux de Provins, estans advertis du passage d'iceux reistres au pont de Samoys, envoyèrent dès le jour du grand vendredy, gens à Héricy, village d'apparence et de renommée, qui est au bout du pont, du costé de la Brie, pour sçavoir quel jour ilz passeroient et quel chemin ilz prendroient au partir dudit Héricy ; lesquelz firent rapport (ju'ilz avoient entendu par le commimg bruict que les commissaires tenoient propos de les faire passer par la ville ou les environs de Provins, et qu'ilz ne passeroient avant le jour de Pasques, pour le plus tost. Or, y a-il distance de Provins audit pont de Samoys et Héricy, de dix à douze lieues. Parquoy lesditz de Provins prindrent courage pour se disposer pour la feste de Pasques à aUer à la table Dieu et solenniser la feste avant la venue d'iceux reistres. Ilz avoient tousjours gens aux champs, allans et venans, pour leur porter novelles. Ce pendant que leurs gen^ alloient et venoient, dès le samedy, vueille
1563. de Pasques, au soir, et dès le jour de Pasques, au matin , à Touverture des portes de la ville , arrivèrent gens des villages et parroisses de Nangis, de la Croix- en-Brie, de Chasteau-Bleaue , de Vanvillé, de Landoy, de la Chapelle, de Vielz-Champagne, de Coutevroux, de Jouy-le-Chastel, de Bannost, de Basoches, de Boisdon, de Sainct- YUier et aultres villages voisins, tous se serrer audit Provins, avec leurs chevaux, harnois, meubles et tout bestial. Et y arriva ledit jour de Pasques si grand nombre de gens et de bestes , qu il ne fut possible de les loger à couvert tous , ains en dcmeiu^a ung nombre incroiable parmi les rues, qui en estoient de toutes partz si pleines, qu^on ne pouvoit cheminer à son ayse par icelles.
Ce qui plus attonna les habitans dudit Provins fut les gens de Nangis et parroisses de Vielz-Champagne et S*-Yllier, lesquelz disoient estre envoyez de leurs seigneurs de Bcauvais et de Quincy * , qui ne pouvoient trouver façon avec les conmiissaires d'empescher la brigade que le vulgaire appelle ï Avisée, de passer par Provins ou les environs; et pour ceste cause leur avoient baillé cest advis de vuyder leurs maisons et serrer leur bestial. Au jom^ de Pasques au soir, les messagers de Provins rapportèrent que pour certain ilz avoient veu distribuer les quartiers du passage desdltz reistres, et que leur rendez-vous estolt à Provins pour le mardy ou mccredy des festes de Pasques pour le plus tard; toutesfois, que les gentishommes du balliage et aultres voysins poursuivoient encores pour les renvoyer par ung aidtre lieu ; mais que ce n'estoit encore chose assurée. A ces nouvelles fut le guet des murailles de la ville renforcy, et quelques corps de garde posez par la ville parmy les gens et bestes des villages, qui se tenoient mieux assurez que ceux de la ville, et se pourta le tout bien.
Au lendemain matin, qui estoitle limdy de Pasques, les portes de la ville ne furent ouvertes qu il ne fust huict heures du matin, à Tentrée desquelles par dehors v avoit ung nombre infmi de harnois,
' Sur les seigneurs de Quinc) , vovc/. à Nobiliaire du bailliage de Provins, par la bibliulheque de la ville de Provins le M. Ythier, p. 169.
charrettes, biens et bestial des villages devers Rozay et Amillis, qui 1563. estoient arrivez toute la nuict pour se saulver. Le ban fut faict par les carrefours dudit Provins que nul habitant de la ville, sous peine de 1 00 hv. t. d'amende et de prison , n eust à sortir hors d'icelle pour ce jour, ains que chacun d'iceux, à Theure de dix heures du matin , eust à se trouver avec ses armes devant Thuys de son dizainier, pour estre conduit sur les murailles de la ville, chascun en son quartier. Et oultre ce , fut signifié aux gardes des portes de n'en laisser sortir ung seul habitant hors la ville, sous peine de pareille amende. On ne laissoil pour cela de mettre en ladite ville les gens et bestes des villages qui venoient pour se saulver.
Le service divin fut fait es parroisses et églises tout d'ung suivant sans inter mission; auquel assistèrent tous les habitans, chascun en son église, et s'atendoil-on que lesditz reistres prendroient leur chemin en laditte ville et vouldroient loger dedans, enhayne de feu mons. de Guyse, auquel elle appartenoit, et pour ce s'estoient les habitans délibérez et résoluz de ne les laisser entrer, quelcjue mandement qu'ils eussent d'y entrer, ainz de tenir bon contre eux jusques à la dernière goutte de leur sang.
Et pour sçavoir de l'équipage et des armes de chascun habitant de laditte ville, la monstre généralle fut pubUée à ce jour à l'heure de mydi, pour veoir quel moyen on avoit de tenir bon, si d'avanture on estoit assailly par lesditz reistres; mais ne fut possible de faire laditte monstre généralle, toute la ville assemblée ensemble, pour l'empeschement des gens et bestes des villages, qui empeschoient toutes les rues. Et pour ce, fut advisé que laditte monstre se feroit à quatre fois, chascun quartier et capitaine de ses gens à part, et pour éviter que les gens d'ung quartier ne pussent prester leurs armes et équipage à ceux d'ung aultre quartier, lurent tous habitans conduictz sur les murailles, chascun par son disenier avec ses armes, où demeurèrent jusques à ce que leurs capitaines les allassent lever au' son du tabourin et l'enseigne desployée. Laditte monstre lut commencée au quartier et porte de S -Jehan, et servoit de capitaine général
1563, pour toute la ville M*^ Philippe Durant, président du siège présidial, homme sage et de belle apparence, et qui, par le conseil des gouverneurs, avoit seul commandement sur les aultres capitaines des quatre quartiers et portes de laditte ville. Les habitans dudit quartier de S^-Jehan furent levez au son du taboiurin sur les murailles, avec l'enseigne desployée, et mis aux champs hors la porte en ceste grande place qui est près de la chapelle de S*-Jehan , et mis en ran pour estre veuz , considérez , nombrez et quant et quant encouragez pour tenir bon contre les reistres, s'ilz se présentoient pour assaillir. Ce que chascun promist faire, et obéir à son capitaine, cinquantenicr et dizenier, pour le service de la ville , et ce faict, leur fut commandé de retourner chascune dizaine et dizainier sur les murailles en leur quartier et y demeurer jusqucs à ce que le capitaine leur eust baillé congé de s'en aller et non devant, sous peine d'amende. De là en fut faict aultant aux trois aultres portes et quartiers, et ne furent icelles monstres faictes qu'il ne fust quasi trois heures après midy; à laquelle heure fut baillé congé à chascun pour s'en retourner en sa maison, excepté aux gardes des portes qui estoient de garde ce jour-là, lesquels demeurèrent ausdittes portes jusques au soir, qu'on receut nouvelles certaines qu'ilz reistres estoient en chemin pour s'en aller par au dessus de Coulumiers gangner la rivière de Marne, et que leurs estappes y estoient dressées. Toutesfois, on ne laissa de renforcer le guet sur les murailles et par les rues. Au lendemain, qui fut le mardy de Pasques, ne furent les habitans ni gens d'église en procession à Voulton, comme est la coustume, de peur d'estre surprins, tant par les champs que la ville. Et dès ce jour, sur le vespre, commencèrent les gens de Nangis, de Rampillon, de Vanvillé et de ces quartiers-là à s'en retourner tout bellement gens et bestes. Ceux des quartiers de Rozay et de Coulumiers attendirent jusqucs au mécredy à partir.
La crainte inspirée par les rciires cause la mort de M'Emérir, cordelier du couvent de Provins, et de frère Gilles Cuyssol, trésorier de Voulton.
liCs reistres estans passez et hors du pays de Brie, allèrent se loger
par le travers de la Champaigne , dans la ville et bourç de Monti- 1563 rande, où ils séjournèrent six sepmaines et plus; de quoy chascim de ce pays s'émerveilloit grandement. Le bruit estoit qu'ilz ne voulurent passer oultre, sans recepvoir l'argent qui leur estoit deub et promis, et que le roy nen avoit pour les payer. D'aultre part, on disoit que Sa Majesté les arrestoit là, pour s'en servir s'il en avoit à faire, et les envoyer au Havre de Grâce contre les Anglols, qui ne s'en vouloient départir. Finablement, argent leur fut porté pour les renvoyer en leur pays. Jamais en France nation n'avoit esté plus craincte ni redoubtée que furent lesditz reistres; lesquelz toutesfois ne faisoient aucun mal aux simples gens des villages où ils logeoient, mais prenoient et ravissoient tous leurs biens qu'ilz trouvoient et les chargeoient en leurs hamois et les enmenoient avec eux. Ils portoient en iceux leurs hamois vans à vaner grain, fléaux à batre es granges, seaux ou seilles à porter et puiser eau, cordes et chaînes pour en puiser; ils avoient sur aulcuns hamois de petis fours à cuyre le pain, pour s'en servir en nécessité, et molins artificiellement faictz pour moudre du grain. Ils estoient fort songneux de charger du bled et de l'avène en leurs ditz hamois et d'enmener le bestial gros et menu devant eux. Où ilz se logoient, ne faisoient que cercher et fouUier en terre es logis, jardins, courts, fumiers, poiu* trouver butin, et tout ce qu'ils trouvoient de caché et non caché estoit à eux, et ny avoit personne qui y pust donner ordre ou qui voulust. Ils assaiUoient aussitost les logis, maisons et chasteaux des gentishommes par où ilz passoient, qu'ilz voyoient n'estre fortz et de deflences, et si tuoient ou prenoient prisonniers les gentishommes d'iceux qiii tomboient en leurs mains, qui estoit la cause que les gentishommes mal fermez vuydoient leurs maisons et se saulvoient es villes. Les aultres qui estoient fortz et bien fermez faisoient levée de soldatz pour mettre en leurs maisons et chasteaux, pour se defiendre d'eux s'ilz en estoient assaillis. Les pays des environs dudit Montirande, à dix lieues à la ronde, eurent fort à soufirir diu'ant le séjoumement desditz reistres audit lieu; car ils s'escartoient pour aller voler et picorer tout ce
1563. qu'ils trouvoient. Toutesfois, après que les paysans en eurent beaucoup enduré, se bandèrent et se ruèrent sur lesditz picoreurs, quand ils alloienl à petites trouppes, et leur couppoient la goi^e, et à ce faire aydoient les gentishommes aux paysans et les paysans aux gentishommes. Qui fut occasion de faire reserrer et tenir quoy iceux reîstres, Icsquelz, après avoir receu leur argent, s'en allèrent en leurs pays.
A loccasion du passage des reîtros, et sous le couvert de ces étrangers, certains gentilshommes huguenots des environs de Provins recommencent leurs pillages. Les gens du seigneur d'Esteniay dévalisent, pendant la nuit de Pâques, la maison d'un laboureur, nommé Jehan Rousselot, à Villecendrier. — Les Anglais refusent de rendre au roi le Havre-de-Gràce, que les protestants leur avaient livré. Les armées protestante et catholique s'unissent, sous la conduite du connétable, pour reprendre cette place, et cette union contribue à grossir le nombre des hérétiques Les Anglais capitulent le 28 juillet i563^
Incontinent après que les estrangers, tant reistres que aultres, se furent éloignez, et que le camp fut party au Havre de Grâce , Tédict de paix fut envoyé par toutes les villes des bailliages de France, pour le publier, afiin de faire poser les armes bas à toutes villes, chasteaux, forteresses et compagnies tenans les champs, lever toutes desBances que les Françoys avoient les ungs sur les aultres, et les faire rentrer chascun en leurs maisons avec toute sûreté. Cestuy édict de paix fut fort fasclieux à entendre publier et à praticquer aux catholicques des villes et villages paisibles où il y avoit bien peu de huguenotz. Mais il fut fort consolatif aux catholicques des villes qui estoient oppressez des huguenotz, comme aussi des villages des environs où la religion catholicque estoit intermise, la messe et divin office non célébrés, les sainctz sacremens non administrez, comme es villes de Lyon et Orléans et les environs, et en plusieurs aultres villes du
' « Discours au vray de Ja réduction du chives curieuses de Vhist. de France, t. V.
Havre de Grûcc en robcissance du roy, p, 22 c^.)\oy, aussi Addit, aux Mémoires de
auquel sont contenus les articles accordez Castelnau, t. II, p. 391. entre ledit sfignour cU les Anglois. » [Ar-
Poitou et Languedoc où les huguenotz estoient maistres et en plus 1563 grand nombre. D'aultant que laditte paix estoit du tout à Tadvantage desditz huguenotz, ils travailloient fort à la faire garder et publier. Geste paix advantageuse les fit entrer en ung si grand orgueil qu'on ne sauroit dire plus, et quant et quant en une audace incroiable. Combien qu'il fust dictpar icelle que chascun du royaume, tant de Tune que de l'autre religion, eussent à vivre en paix les ungs avec les aultres, sans se provocquer ni injurier, ne fut possible; car ilz huguenotz, en tous lieux, en toutes compagnies et assemblées, provocquoient les catholicques à faire sédition, en détractant d'eux, de la religion catholicque et des cérémonies de l'église romaine.
Si les catholiques leur répondaient un peu trop rudement et les appelaient hérétiques, huguenots, ils les battaient ou les accusaient devant les juges qui, dans presque toutes les villes, et sauf les parlements de Paris, Rouen, Toulouse, Dijon, Bretagne, appartenaient à la religion réformée et se montraient d*une extrême partialité. — Les protestants font nommer des commissaires pour mander aux parlements autres que celui de Paris de faire enregistrer l'édit de paix et de le publier.
Pour porter la ditte paix à MM. les présidens et conseillers du parlement de Thoulouse et pour la faire pubher en icelle ville, le sieur Rapin, maistre d'hostel du prince de Condé, avec commission du roy bien ample , fut par iceluy prince envoyé audit Thoulouse. Lequel , estant arrivé en la ville , à peine print-il le loisir de se déboter pour aller audit parlement pour présenter sa commission, ensemble l'édict d'icelle paix; et pour ce qu'il estoit maistre d'hostel dudit sieur prince, avec grand orgueil et audace présenta saditte commission et édict, duquel sur le champ demandoit l'enthérinement et publication quant et quant, sous peine de faire déclarer lesditz sieurs dudit parlement séditieux et rebelles au roy, et comme telz les pimir par sentence de mort, suyvant qu'il disoit en avoir le pouvoir et mandement ^ Lequel, après avoir esté patiemment ouy en sa harangue
^ C'est en 1 568 , à roccasion de la paix lieu Taffaire de Rapin. ( Voy. d*Aldeguier, de Lon^umeaii , et non en 1 5fi3 , qu'eut Hist. de la ville de Touloase, t. III, p. A^g.)
1563. si orgueilleuse, par iesditz sieurs luy fut ordonné de mettre au greffe et sa commission et Fédit de paix quant et quant, affm d^estre par eux veu pour en délibérer entre eux, pour lui en respondre au lendemain. Ce qu'il refusa à faire, disant qu'il n'en estoit besoing, et qu'il leur debvoit suffire d'en ouyr la lecture pour faire laditte publication; auquel fust respondu qu'il estoit besoing qu'il minst ses besongnes au greffe, et principallcment ladite paix, pour l'enregistrer, avant qu'en faire la publication audit parlement ni par la ville. Ce que fmablement il fit, puis se retira en son logis. MM. dudit parlement, après avoir veu l'audace de ce commissaire, sa commission et l'édict de ceste paix, considérant les menaces de ccst audatieux commissaire, je ne sçai pas pour quelles causes, procédèrent contre luy par procès criminel, et fut par eux condempné à estre décapité, et eut la teste couppée par le bourreau audit lieu de Thoulouse. Hz sieurs dudit parlement firent une homologation et modification sur l'édit de liberté huguenoticque que ledit Rapin leur avoit porté, qu'ils firent publier devant luy par les carrefours de la ville, avant que de le faire exécuter. Desquelles homologation et modification s'ensuit la teneur :
« Charles, par la grâce de Dieu, etc. Veu par la court de parlement de Thoulouse l'édit de paix faict à Orléans sur les troubles qui sont au royaume de France mis sus par aulcuns séditieux de ce royaume, lesquelz , au désavantage du roy et de la couronne, ont troublé l'Estat soubz la minorité du roy jeune enfant, estant le royaume soubz gouverneurs, comme aussi Sa Majesté , et pour prendre occasion de ce faire, ont mis en avant et ont pris pour couverture le manteau de religion; ce que estant veu par nous, avons ordonné et ordonnons que, en la ville de Thoulouse ni aultres du ressort du parlement d'icelle, ne se fera publicquement ni secrettement aulcun exercice de la nouvelle prétendue religion , en quelque sorte que ce soit , sous peine de la hart. — Item , que tous ceux qui vouldront faire profession de laditte prétendue religion réformée ayent à se retirer hors de laditte ville et ressort dudit parlement. Commandement à tous manans et habi-
DE CLAUDE HATON. 3d9
tans dudit parlement et ressort de vivre catholicquement, suyvant 1563. l'ancienne religion catholicque et romaine, sous peine d'estre pugnis de mort, et ce par provision, en attendant la majorité du roy, pour en ordonner selon qu'il trouvera à faire par son conseil. »
Et après ceste publication faicte au lieu où on vouloit exécuter ledit sieur Rappin, on leut son dicton, contenant les causes de l'exécution de sa personne.
Ce peu de huguenotz qui estoit audit Thoulouse, voyant exécuter et mettre à mort ledit Rappin, et publier Tédit de paix en aultres termes qu'il ne pourtoit, furent fort esbays et commencèrent à trembler, parce que laditte court de parlement avoit tousjours résisté à laditte prétendue religion et faict exécuter ceux qui en faisoient profession , nonobstant édict à ce contraire faict en faveur d'iceux huguenotz; lesquelz envoyèrent nouvelles au prince de Condé de son maistre d'hostel Rappin, comment par sentence du parlement il avoit esté exécuté par mort, et le refus que ledit parlement avoit faict de publier et faire publier la paix d'Orléans, et que au contraire en avoit faict un aultre du tout au désavantage de leurditte- prétendue religion réformée. Desquelles nouvelles furent moult irritez ledit sieur prince de Condé , l'admirai et tous les huguenotz , qui n'en eurent aultre chose. Si tous les parlemens de France eussent faict ainsi que celuy dç Thoulouse, lesditz huguenotz n eussent pas esté si orgueilleux qu'ilz furent.
L'édict de paix publié partout, incontinent après la feste de Pasques, les huguenotz qui avoient absenté les villes et leurs maisons retournèrent en icelles, comme aussi firent les gentishommes et aultres de laditte prétendue religion qui avoient suyvi les armes et la guerre , excepté ceux qui allèrent à la guerre du Havre de Grâce contre les Anglois. Les huguenotz de Provins qui s'estoient absentez retournèrent en leurs maisons, telz qu'estoient les deux Barengeons, l'esleu et l'enquesteur, Jehan Saulsoy, médecin, Jehan Couvant, apoticaire, et encore quelques aultres qui s'estoient absentez poiur saulver leur vie, lesquelz, le mardy de Pasques, pour se
360 AlEiMOIRES
1563. repatrier et reconfirmer en leur prétendue religion, firent leur cène qu ilz appellent sacrement, non dans la ville ni fauxbourgs de Provins, mais en la maison scignorialle de Chantalous, parroisse de Bauchery, en laquelle demouroit mons. de S*-Symon, seigneur dudit lieu à cause de sa femme, gentilhomme huguenot et de ceux qui avoient porté les armes.
II y a ici une lacune dans le manuscrit.
(.'n ministre prolcslanl est assassiné entre Nogenl et le château du sieur d'Estornay. Celui-ci le fait enterrer et fait annoncer à son de trompe, aux environs, qu'il donnera cent écus à la personne qui dénoncera le meurtrier. Un jeune homme de Nogenl, dans fespérance d obtenir les cent écus, déclare qu'il connaît Tassassin, mais refuse de le nommer; on le retient alors lui-même en prison, comme étant fauteur du crime; on lui fait son procès et on le condamne à mort. Il est pendu à La Motte, avec deux autres individus (jui avaient tué le barbier du sieur d'Esternay.
Les huguenotz de Provins, après avoir levé argent sur eux, firent dresser une requcstc pour présenter au roy, affin (fobtenir lettres de S. M. pour ériger ung presche auilit Provins, suyvant fédict de la paix d'Orléans; par laquelle requeste ilz exposèrent qu'en icelle ville il y avoit ung grand nombre de fidelles, tous faisans profession de la novelle religion, lesquelz recjuéroient S. M. de leur permettre ériger ung presche audit lieu, pour faire fexercice de leur religion , et de leur en bailler lettres, avec commission adressante à M*^ Philippe Durand, président au siège présidial dudit lieu, pour les installer et leur donner place oii seurement et commodément ilz peussent faire ledit exercice. Laquelle requeste fut plus que facillement enthérinée par la mère-royne et le prince de Condé, qui n entendolent à aultres affaires qu'à planter par le royaume en toutes villes ladîtte prétendue religion, sans faire longtemps séjourner à leur faire la court ceux qui soUicitoient telles affaires, car les chefz principaux qui debvoient ce ompescher estoient les premiers à en expédier lettres et en telle forme qu'on les demandoit, comme tel estoit le chancelier de l'Hos-
pital, qui estoit Tung des plus grands huguenotz et héréticques de 1563 France, comme aussi estoient quelques secrétaires du roy, combien qu'ilz chancelier et secrétaires ne se fussent déclarez rebelles contre le roy. Lesdlttes lettres obtenues, les présentèrent à mons. le président de Provins, M*" Ph. Durant, par je ne sçai quelle manière, comme en le despitant, pour ce qu'il avoit en hayne et horreur les huguenotz et leur prétendue religion, ainsi que eux-mesmes bien en sçavoient; et pour ce, de propos délibéré requirent lesdittes lettres luy estre adressées, comme s'ilz eussent voulu dire : « En despit qu'il en aye, si lauldra-il qu'il nous installe en nostre presche, quelque haync qu'il nous porte et à nostre religion. »
Ledit président, après avoir en son particulier veu et leu leurs dittes lettres, en les leur rendant, les remist au premier jour plaidoiable d'après, pour en plain jugement adviser au moyen de les enthériner ou débouter, sans leiu^ en rien dire aullre chose. — Au lundy ensuyvant, premier jour de plaictz, se présentèrent le prédicant et partie de ses noveaux paroissiens, lesquels, par Marc Boyer, procureur au siège présidial, et M® Richard Privé, advocat, présentèrent leur requeste tendant aux fins d'estre receuz et installez , suyvant le mandement du roy, duquel ilz demandèrent l'enthérinement; cela ne fut sans grand tumulte du peuple de Provins, qui s'estoient en grand nombre trouvés là pour ouyr la lecture desdittes lettres, sans y estre mandez, mais d'eux-mesmes s'y estoient présentez; d'aultant qu'ils huguenotz s'estoient vantez de l'enthérinement d'icelles, voulussent ou non ledit président et tout le reste des habitans de laditte ville. — Il président, après avoir ouy ceste requeste, ordonna audit Boyer de faire lecture de leurs lettres et de parler hault, affin qu'elles fussent de tous entendues. Durant laquelle lecture fut faict bon silence, qui ne dura qu'aultant que laditte lecture, et à peu tint que grosse sédition ne s'eslevast là contre ledit prédicant et ses noveaux réformez; ce qui fust advenu, n'eust esté ledit président, qui imposa silence à chascun, et qui empeschea laditte sédition; lequel à l'instant, en respondant à leur requeste, à pur et à plain les débouta desdittes lettres, comme
>'iL> MKMOIUKS
l.'in.î nhlfinii'^ Mil tiii^ liiiix ïloiinr :i fiiti'iidri' .111 ion cm ii m*s jj(iii\f»riit'iii's. .liiisi f|i|f 1,1 ti'titiir il 11 l'Ili'v cil niisiiit l()\. I;u|iit*llt' purtoit cfii«* aiiilil IMn\iii.s V .i\tiit |iliiH ili* Li iiiiHlii' (les li.ihilaiis l.'ii.s.iiis proifs.sidu irirt»||f niiti'iiiliii! rfli^Hni, lrst|iii*|/ (ii*]naiii|i)iiMit l'i'xcn'Uf iTu'i'llf* li'iir fsfii* (M'lrn\(' ilaiiN l.ulittc ville, stiwant r«Mlil de ta paix (rC)r|t*aii.s: l'I , |>«Mir iMiin.sti iT t|iit' irf'lji's If'llri's l'shiH'iii doiuiêes sur iiii<{ (aux t.'iili'iidii. iinlonna qiiil/ liii^iitMinis de laditle \illf* 1 (Miip.iroitroifnt a mit' liciiii' a|)r<-s nndi audit Immi de raiiditdirt*. qui m* ti'iuiit iMicfjre.s «fs |ii;^is de la v.ill»' du TniN. .illiMiaiil a la elia|Mllt* ili* M. V-liiaise, f*tf|iril£ tlniiiKTiiH-iit It'in'v imiiis i-t Miiiioins, eiisi'iiilili' la M^iiatiire d** ItMir^ in.iiii'». |Mim \('<iii niinliM'ii d/ rstninit i|iii dcinaiidnifiit ce |ire.sclie. I t ntiii! iiiMiix l.iiK' app.iiiiM an ms du Jaiix diiiiiic .1 eitti'iidl't* (pi'il/ a\oieii( l.ih ( a S. M. pal Ifiii i't'(|ues|i* . niiluniia ijiie It'.s cpiatn* tapil.iiiies «le la xill»* aNsrinli|ei()i»'nl l«-iirs di/aiiiicrs i*l l''s ili/.aiiiii*i> le> ^en> de leiii- di/aini'. |)(iiii ciimpainir amlit lieu de Pauditoire axei II* ^^irlliei. l'I d«*i'|aiN'r sM/. i'iit«*nd'iiriil a\«Hi l«'flit jireselie «»u non. \ laipiidli' assi^ii.ihnii (diiip.uut (mit h* peti|i|i' d*' i.idittc* \illt*. qui ileelai èii-iit qnil/ Il a\iiiciil «'iitcfidu . < (nnini* il/ irriiteiidrut'nt , avoir pifsriilf reipii'sii- au in\ pnni a\nii li'ijit pr»'>t lii'. i-t que. tant s'en faillit qn d/ fil ih'UMiid.i^^t'iit uni;, d/. '•upplioii'iit liuiidili*iiit*iit S. M. il«* le* ifiir «'Il ptiiiii t doiiin'i III <ii\(>\i*i. I.i'vdit/ liU^Ufiint/ i^stnieiit en
v| pi'tlt IKMIiImi- qu d/ linv»l<>lit Mlif'(pir'« I iilllparuli pniii doUIlt*!' L'I slj^liatUie de Iclll'* IM.IIIIN nitill a\n|| li'dit p|i"*r|li>. ft de filUl Ce luI
lai<*( 1111^ |>iiM rs \fil>.il iph' leilit piishii-iit t*ii\n\ 1 au in\ l't a la r^XIlf sa TinTi', •'! hii'iil lisdil/ IiU|^uiim'Is p<Hii 1 i>|.' aiiiH-e i^dniiitt*/ d^* |fiiis li'ttii'^ «t pn'sclir piililn : p.iiqui>\ l.illut iiu il/ r*'hturii.issfiit a I «xt'H h i' i|i> leui pi tti-iidui' M-lij^iiiii Mil ils ,i\ii|i'iil «lit niis|iiiiii' d aller. • pu iH' lut N.iiis ^'1 .uidt' uiiii'i|Uf I !•• d l'iix • t !'i.iii(| liniiiii'iir dudit pie< sid' lit II <^i' li(>u\.i t'ii iNiiMiiN p|i|s lie qii.iiii- iiidli' p«-iN(»iini'N rnn ••iup»"»< lp I «'lit qii'- It'sdil/. lm^Mi»fiii|/ iri-iisNiiii pii'st|ii> fil l.i mIIi' i*I
l.llixliiilll ;^'v ; lis ||ll;;Ur|i(i|/ |ii stnli'Ht • Il t<illt ipif qil.ll.Ultf pf 1 MHIIies
i..!i ' I . ':jiiN «• > ii«« il • 'le ( .iiit* ur .li: Mil iiftn «lu liti. I i.iii' "iv di* (hiim'.
se purge devant le roi de cette accusation '. Henri de Guise, fils de François, 1563. quitte la cour et se retire à Joinviile.
Il fut permis audit sieiu* admirai de faire imprimer sa justification et de la faire exposer en vente par la ville de Paris et le royaume de
France, ce qu'il fit, mais à son déshonneur; car toutes personnes qui virent et lurent laditte justification jugèrent ledit sieur estre coulpable de laditte mort, parceque les responses qu'il faisoit aux accusations et déposition dudit Poltrot n'estoient si pertinentes qu'estoient icelles accusations, et plusieurs poinctz rapportez les ungs aux aullres de laditte justification rendoient coulpable ledit admirai plus que suffisamment pour estre géhenne et mis à la tortiu'e.
Charles IX, étant entré dans sa quatorzième année, se déclare majeur dans un lit de justice tenu au parlement de Rouen (17 août i563) '-*. — Les protestants sont en faveur à la cour, où leurs chefs dominent. — On craint que le roi ne devienne hérétique, bien qu'il continue à fréquenter Téglise catholique et à remplir ses devoirs religieux. — La veuve du maréchal de Saint-André fait don au prince de Coudé de son château de Valéry -lès -Sens. Le prince de Condé, qui avait promis à cette dame de Tépouser, prend pour femme la marquise de Roytelin , dame de Blandy-lès-Melun. — Le roi se décide à visiter son royaume, pour voir ses sujets et se faire connaître d'eux.
Durant le parlement de ce voyage, fallut adviser en quelle sorte et avec quelles compagnies on le feroit, savoir si le roy Tentreprendroit avec son train ordinaire, tant des officiers de sa maison que des archers de sa garde, ou bien si on lèveroit aultres compagnies de pied et de cheval pour l'accompagner et lui faire escorte par les
^ « Arrêt du conseil du roy, par lequel t. IV, p. SSg et 65i; et t. V, p. 17. — Voy.
il évoque à sa personne le procès meu Aussi Preuves de la maison de Coligny, par
entre les maisons de Guise et de Chastil- du Bouchet, p. 535. Ion , à l'occasion du meurtre du duc de * Lit de justice tenu au parlement de
Guise, et en suspend le jugement pendant Rouen. (Isamhert, Rec. des anc. lois franc.
trois ans. 1 563, juin h. it (Mém. de Condé , t. XIV, p. 147.) — Voy. aussi Floquet,
l. IV, p. Â95.] Voy. des pièces relatives à Histoire du pariement de Normandie, I. 11,
cette affaire dans les Mémoires de Condé, p. 55o et suiv.
MKMniP.KS
IMi.; ill.llll|)H. ll«* |H1M l|lli' llKll llf llIN !ll*.| \A\r\ , lll^l p'Hir II- [iUMulr.» j>I I-
Miniiici' (iii .iiihn'iiiiiii . .ithiidii \t'^ ilillii iiltiv tpn .i\Mi*Mit l'sf»* fii rV-iiMi* fil r.iii «l«*i iiii r |).is**t', 1)11 l»"^ ;^ii'iH'N ii\ill»s |;ii«!fN soiihz !•* imiii i|i' l.i I l'Ii-.'inii ; a iwiiini' tlisi|i|i>||,s ^'iiciirs a\<Mt r(>ii\i>iiii aii\ ^ini\«'i iM'iii *» «l«' ^1 |»«*i*»oimf' il ilii ri»\:iiinn' ih* H'IiImui'i si's *r,ir(|«»^
i'\ll :in| rlniill iIlMlll . I! lut irsniii ^U[r .S. \I, l'Illl <'|)l f '11(1 mit ^nll \ti\.iir,. .'l\iT snli tl.lili nnliililll I-. r.ilU i\r s.i lili'K' . t|i' IIHillv. |t* illlf (1 Vll- |()|| snli lr»|r t\r MMill-. |r ri ih Mf-I.l l 'h' l'I lis ;ilt|n"|s Ml* li'lll LTUil»*. pniii t'\ !(('i ;i I (•n|>l • ^"^mii i t l< •iilli' ilti |».iii\ 1 1* |>i'll|iii'. «'I i|ih' !••> «iiiltl •*«>
lininrs il srp^lr \\\ > MIM !•• MHiIiIi n|r||( Niiwii- III- liirlH KH'^Ilt l|i* ll'.i:!! ,i\«i ill\ (lll"' I <»mI IM.I' .!•• 1» m III slsufi l'I li'lil^ Mllinris sri\,i||s.
\\,iiil «iii« • • sif I l'K'Int mil liil 1 iirfr. iiii |.iiN..!i fi'iiir !••*» t'Ii.imps .i « l'I t;iiin*^ I • inj'.ii^m's 'l*' j^» li»* «Il ph»! . nu iit.int .ni iininlii •' «I* ipiiiiz»*
f Ilsi'iMli. s I l'.linnrv l'Il MliL[ I •■L:ill.«'llf . 'MM •'•^1 • »| | i « milu ni #f :J> ill\ f'I II*'
p.tr 1111 I .iptt.iiip* MiiiMfih' !•' ^'..iiiiit A'' ( li.ir'i\ , li'iMiMi*' li'iiini .fiilf .
Imiii (Mtl|ii||i Mil»' «i l«»\.il ^«1 \||. lll f lll 1 1 1\ . iiii il ;i\' »il ^'1 \ * »s «^^'il' Il l'H i\*' I .111 p;i^Ni' il I M I t II* i|i I ;i|| |)i«'%i lll > iifidi- lis \i;^|ii|N .1 II ii'p: iiis«*
• lu ILi\i»' 'h- (fi\H«". tl'upnl N«i'jii!M I it^iiii»-nt h- u»\ sf iiiii«»<i|t
M « ««1 ip.i^lH 1 .1 I.MI •' rf ■ ni» • j'I «'ll'h »• t « v«»\.i^«*. I .1 i| .Mlll.lll* «pi»' liillf
\i.\ 1^1- s.- |it.ni| 'M p"Ui !•■»• .illiM's (Mil ^111 \ 'iiiiifiii «I lin |«»M .1 I imIii <- .1 I I • • iiii t . «1 .Mi«<^i |i« lin l.i <ii!lp nlh- i|>- I Ii\ « i i iini < •>iiMi>'i.'' mM . i:it li.iillf r« imim-^^i' «n iihlit s|. m ijr ( ||iiî\ ili* :i»ili»' si m i«'^iin**nt «•n i^Mlll^•'ll il.iiis ii'N \i|L"». p'iMi ••■ni I. 1 !••*. \ ll.i^ -N . t .illtn «r: :l/ m lii^^i-iil iii\n»/ p.n i»»n\ '^' n^ '!•• ;n«i:' . jm' I'"- • ppM'^si.u'iit p|»!v pi îl/ n ••n*»^'iil •»^»* î.i'i- !■ .ili ■' |.i^ Int « «mm'I! ni«l«" il»- ii»- 1»'^
mmIIi •• .1 pins i|. \ lu. î ■!• n« - !«in •!• > M ' ) • nt Ii- ;■ uij ^ mii. s.nlift»ni'i'-^h ln*i r.n'*». l-ill i-jinni-'. pi-- . .,i l'ini l«s \t||.i;^»'s(|i's
• n V n • Ml*» nn' Im l*.n i^ • t i\ n. ! • • • iininis-i. isi . |i| i\ 1 1 . i].- |n'jt»i .iii\ '. •Il'-- • I ♦. • ' ' ni ri. ^' ..• in-"i- • \ il! ^ l- ' • ' I" il .» M» liMi . «in i|/ ' -ï î.î piH. ' i|. V , I I III \ . |. .|ii I : I I .|. I i il!- I ••'lî » Il '^'.M iM^< >n '1 Mi»ll-
î^ lli. i •• ( Il II» '.
tcrcau,Bray et Nogent sur Seine, où ilz furent huit ou dix jours. 1503 Desdittes villes de Bray et Nogent, en attendant qu ilz eussent commission d'entrer à Provins, allèrent loger à Chalaustre-la-Grand et Villenauxe-la-Grand; auquel Villenauxc n'entrèrent du premier coup, parquoy tindrent les villages depuis ledit Bray, jusques audit Villenauxe, trois ou quatre jours à vivre à discrétion et à se faire traiter en la manière des friquerelles tout et plus que le saoul. Ledit sieur de Cliarry, scachant que les kabitans dudit Villenauxe ne vouloient faire ouverture de leur ville et y recevoir ses gens, alla luy-mesme en personne parler à eux et leur commanda de faire ouverture de leurs portes et d'y laisser entrer son régiment, ou, en faulte de ce faire, les assiégeroit, dont mal lem- prendroit. Ils de Villenauxe luy firent response qu'ils n'estoient délibérez de luy ouvrir ni à ses gens, et encores moings de les y laisser loger, et ilz commencèrent à se mutiner, comme aussi fit ledit sieur de Charry, auquel et à ses gens fut tiré ung coup de harquebuse qui n'offensa personne. Qui fut cause de faire retirer ledit de Cbarry fort courroucé ; lequel envoya au roy pour avoir commission spécialle de se loger et ses gens audit Villenauxe. En laquelle attendant, dès au lendemain fit approcher tous ses gens d'armes à l'entour des fossez dudit Villenauxe, pour tasclier à le siu'prendre. Dont furent quelquement esmuz lesditz de Villenauxe, lesquelz avoient peur que pis ne leur advînt que de les laisser entrer, veu que les villes de Bray et Nogent leurs voisins les avoient receuz en leur ville, desquelles ilz deslogèrent; et après avoir tenu conseil ensemble , résolurent qu'il estoit plus expédient pour eux de leur ouvrir les portes que de se laisser assaillir. Hz ne crai- .gnoient aulcunement ledit régiment et n'avoient peur qu'il y entrast par force, mais craignoient d'estre rebelles au roy, comme les en mcnaçoit ledit de Charry, qui , avec serment faict devant eux, leur promettoit d'y loger et ses gens, fust de bon gré ou de force, ce qu'il fit. Je ne sçai si ce fut par assauit ou de bon gré, mais bien sçai que les hommes d'aparence et de biens dudit Villenauxe absentèrent leurs maisons et la ville, et n'y retournèrent quilz ne fussent deslogez.
30n MKMOII'.KS
ir>(i.l. Aiilciiiis liDiiiincN ilfntn* vu\ (|iii iio p.'U'tiront a Ihiik' pour s'<Miriiir luri'iil |)ai l«'(lil «II* riiartv r\ ses };rns piins |>risoi)ii]fTs i*l trnict«*z avsfz rinIfiiK'iit . ri cIimuI ledit M-ij^iM'iir (pi'il li'S tiit'iirioit au rnv pour r\\ lairi' la juvtiii». cniniup de j;riiN irlicHrN ;i S. M. Il/, de \ iilcnau&P a\iiirul i'U\<»vi' i^fUN flrnlii' v\\\ au riïv, rnii e.sloil a I oiilanic-hlpaiic-, |MHu prii'i S. M. dr les i*\i*m|)ft'r <ludit n't^iint'Ul ri cpi'il iw loj;east dauH ItMU'xilIc; niai^ u^Miimt >i tosi Irur (*\prdilifiu. |)anpio\ lii^frrnt li'dil ri'j^iini'iil di-pui*» If jnur nti \nrillr <l«' la Toussainrt/ jus(pit*s an jnin di" la S'-Matlni d Iiimt. a liiv laiir j;i«»vs«' tlicri' r\ finl(r.i(^«*usc di'S|iriis(*. pinir liM|Ut| i.iin' d<*Ni(i^i'i\ i oinnic Ttiuvs duc* auxdit/ do \illt'nau\f. |)a\i'r<'iit audit (.liaiiv l.i soinnir di* .')0(> (*smi/ dur au Nïdi'il.
|)f* \ dl('uau\r, alla Inj'tr ledit n lmiik'IiI ru la \dle de TroMn*». imi arTi\('n-nt l<*s sold.it/. •*! (apitain<'> \r joni de la ïr^lf <lr iiimi.s. .saint Martiu. tpii **\\ ;iii mois di* iir)\«-inl)ir. jmiii dt* ftiin* eu iaditi* \il|f, i>| s V Itiircifiit Idii.s p.ii liidlctiii.s r[ f|iiattH'iH. (|iii Imi' lurent dtdivrez pai li'UiN louneis; v\ \ lui «'Ut tiiiis dr|>ms li'dit jour lif* S*-Martin juMpitf> au jour t|«« S'-Vudri', atKpu'l jour tii disln^ia la uinvtié, cpii lut rt'ii- \(»Vfi* l's mIIi's df lli.iv »'t \i>i:ftit, fui il/ loî'rïiMit connue ilr^aiit: laultrt* iiioilii* dt'iih'Mr.i audit PrciMus. piMnics .iiiri's |;i (loiirrptifin N.-D., cpion h'iif lit laiif UHiuslri* i-i ie\uf cuiui les rliainps lior*» la poiir lit' S'-J»'liaii, à larpiflli' luoustfi' rurt»nl «.issim'.s les roinpa«;nies tludit if'^iiin'iit. f\( «'ptc vii\;iiili* liiiuiuit'N di' iliasnuu*, «pii iuM'iit rt'l«*fiu> rninuH' \r\ r.ipil:uiii's. Iii'uti'iiaiis, l'u^^fi^'urs, ( a|Hirau\, i-nlep- Half'»» ans|M'sv.id«*» . ^«•rj^cns dr liainli'> i*t 1rs piiiu ipauv soldais !»•*» iiiii'iix a;:ii»'iiis. Tiiut II* ri'sir lut < assr i-i ifii\o\r chasf un ru {«'in luaiNiiri. Aultaiit ru tut il l.m t audn I lîia\ i-t No^mt. ( .t'U\ «pii Inienl i»'trrniN dudil fi-^iiui'ril d»'v|oi;«ii'iït destlitti-s \ill»'s If jour uifMnf tlf li*in iinnist!*'. r\ s'.dlnfut Io^t? p.if \rs \dla^»'s fii montant a Fon*» •'I M»'î"\ Mil .St'iiif, ou il/ allrr»-iit fil :,MiiiiMiii. ru attendant le p;irte-
Uiflit du in\ |)oui fllln-pli'lhlli' NMii \«»\.im».
I.stui^ I» H i^eiiN d«- i^iiff! f iliidit H'i^irneiit lo^'f? »•*» ville*» cli» Brav. \»»^'Mit. \ dl«'iiau\i- «t PioMiis. xencuit-nt »ui\ despi'ns dos Inistes on
ils estoient logez, et y firent grosse despense. Ceux où il n'y en avoit 1563. poinct de logez aydoient à les nourrir aux aultres où ils estoient logez, et y faisoient aultant de despense et oultrage quilz eussent faict aux villages, excepté qu ilz n osoient rançonner leurs hostes ni les battre si légèrement qu ilz faisoient ausditz villages. Les gouverneurs de Provins, comme les procureur et échevins, obtindrent commission dudit de Charry, pour contraindre les villages de Télection de Provins à fournir munitions de pain , vin et chairs pour la nourriture des soldatz, et se distribuoit laditte munition auxditz soldatz par les capitaines de cbascime compagnie ou leurs commis, et donnoit-on à chascun soldat ime quarte de vin , ung pain de seize onzes et une pièce de chair de vache ou quelques fois de breby qui ne suffisoit pour la nourriture de leurs gougeatz. Il falloit que l'hoste fournist le membre de mouton ou de veau, le chappon ou voulaille, les allouettes et les saulcisses, avec le feu, la chandelle, le vinaigre, verjus et toutes aultres nécessitez, les vendredy et samedy, le poisson, haren, morue, œufz, formages, beurre et aultres vituailles. Les capitaines, chefz et officiers desdittes compagnies prenoient de laditte munition par où ilz en vouloient, et ne coustoient tant à leurs hostes où ilz estoient logez que faisoient les soldatz.
Es premiers jours que ledit régiment lut logé audit Provins, les soldatz sortoient dudit Provins deux à deux , quatre à quatre , six à six et alloient fourrager les maisons des villages d'une lieue à l'entour et plus, tuoient voUailles, comme poulies, chappons, oyes et canes, prenoient brebis et moutons par les champs et les portoient à la ville vendre pour avoir aident, fust de leur hoste ou aultres. De quoy furent faictes plainctes à leur gouverneur ledit sieur de Charry, lequel fit faire le ban par la ville que nul soldat d'entre eulx n'eust, sous peine d'estre pendu et estranglé, à sortir de la ville sans le congé chascun de son capitaine, et à aller fourager les villages et maisons qui estoient hors la ville. Ce ban ainsi faict, se tindrent à la ville lesditz soldatz et n'osèrent plus aller à la picorée , dont bien advint aux habitans desditz villages.
1563. ^^^ soldais renconirés dans la campagne avec des femmes de mauvaise vie et des objets volés sont pendus par la scnlence de M. de Charry. Cette exécution intimide* et maintient le reste du régiment.
Il nous failli icy faire ung discours d'un ha])itant de Provins et des soldai/ qui furent lof^jez eu sa maison, qui fut tel qu'il s'ensuit. Audit Provins, rue de Cuioison, y avoit ung homme nommé Pierre Pillette, ny avoit longtemps demourant audit Heu, venu du pays du Maine par le moyen d'ung prebstre, chanoine de Téghsc N. D. du Val, frère de la fenmic (hidit Pillette, vulgairement appcUo le Dragon. En la maison duquel fin-ent logez par buletln deux soldatz non bien aguenls, cl qui n'y avoit guères qu'ilz pratic({uoient les armes, et à les ouyr parler n'a voient oncques esté à la guerre que au siège du Havre do Grâce, d'où Hz venoicnl. Ledit Pillettc-Dragon, se voyant avoir allain» à ces novices, s'arraisonna avec eux et leur Ht entendre que tout son temps il avoit pratlcqué les armes et faict bon service au roy, tant dans le royaume que dehors, non scullcment par ten*e, mais aussi par nïer; et pour mieux persuader à ses noveaux soldatz qu'il avoit ])len veu du pays, leur demanda où estolt le dernier buisson de là le Havre de Grâce, d'où Hz venolent. Lesquels luy firent responsc c|u'ilz n'en sçavolent rien, ce que luy-mesme ne faisoit, car oncques n'avolt passé les mers qui joignent les murailles diidlt Havre de Grâce. Voyant qu'ilz soldatz ne luy pouvoi(înt faire response, leur dist telles parolles : « Ha! mes amys, vous n'avez encores veu beaucoup de pays et n'avez tant pratlcqué les armes cjue njoy. C'est une chose mal séante que gens d'un estât mangent l'ung l'aultre; je vouldrois bien vous prier en faveur des armes et amytié de soldatz que vous prinsiez ung aullre logis que le mien, et à la pareille; car j'ai volunté encore de faire service au roy à la première occasion qui se présentera, où à vous ei aux vostres pourrai vous faire plaisir. » Ce que firent iceux soldatz, ([ui allèrent chercher aultre logis.
\ttenant de la maison dudit Pillette y avoit ung pauvre homme, nommé Estienne Gasteblé , fossoieur et sonneur de l'église de S*-Ayoul, qui n'avolt aucun moyen de vivre que de ce qu'il gangnoit au jour le
jour; toutcsfois grand yvrongne qui n'avoit soucy du lendemain, dans 1563. la maison duquel estoient logez deux maistres soldatz et une garce putain qui les suyvoit; lesquelz, voyans ledit Fillette n'avoir plus de soldatz en son logis, s y allèrent mettre sans bulletin, partie pour estre mieux traitez , partie pour estre hors de la fumée que leur faisoit la femme dudit Gasteblé des planches qu'ilz retiroient de terre quand ilz faisoient les fosses des trespassez , qui estoient toutes moytes et qui sentoient les corps mortz, ayant assez maulvaise odeur, car il ny avoit aultre bois pour leur faire feu en la maison. 11 Fillette, voyant que 'les soldatz de son voisin s'estoient mis en sa maison, taschea à les endormir comme il avoit faict les premiers; mais les trouva maistres de leur mestier. Voyant que pour amytié ne vouloient quitter sondit logis, se courrouça à eux et les fit sortir par menaces, disant qu'il ne les recevroit, puisqu ilz n'estoient logez en sa maison par étiquet ou bulletin , et en leur présence partit de son logis pour s'en aller plaindre audit sieur de Charry. Quoy voyant, lesditz soldatz se retirèrent chez leur hoste Gasteblé, jusques à ce qu'ils eurent trouvé leur fourrier, auquel formèrent leur plainte, disant qu'ilz estoient logez en la maison du plus pauvre homme de la ville , où il n'y avoit pain, vin, boys, ni aultres victuailles, et que, attenant dudit logis, y avoit ung riche paillard, qui naguères avoit esté héritier d'un chanoine le plus riche de la ville, et n'avoit personne de logé en sa maison, et pour ces causes le prièrent qu'il leur baillast bulletin pour s'y loger : ce que leur accorda ledit fourrier. Ilz , ayant bulletin , retoiuTièrent veoir leur dragon de Fillette, et luy donnèrent ledit bulletin, et quant et quant le chassèrent aux vivres; lequel ne s'en hasta guères fort, et, ne se pouvant exempter qu'ilz ne demom^assent en sa maison, les traita non si opulantement qu'ilz vouloient.
Advint ung jour, entre aultres, qu'ilz soldatz baillèrent charge audit dragon d'achepter quelques chapons et une douzaine d'allouettes pour leur soupper, à peine d'estre battu et de tout rompre en sa maison. Ce qu'il leur promist faire , s'il en voyoit et qu'on luy en voulust donner pour son argent. Où il savoit qu'il y en avoit à vendre, n'y alloit, aflBn
1563. ^^'^' ®^^^ exciise de dire qu'il neii avoit veu> et par ce moyen pouLser la journée à Tespauile, comme on dist, pour les en faire passer, ce que lesditz soldatz ne vouloient faire. Lesquels quasi à coups de baston le renvoyèrent et luy enseignèrent où il en trouveroit, et qu on en vendoit , encores qu'il le sceust aussi bien que eux. Estamt contrainct de retourner, s'advisa d'une ruse assez gaillarde et fort gentille pour un lordault. Au lieu d'aller où on vendoit lesdits chappons et allouettes, alla trouver le procureur et l'échevin de la paroisse de S'-Ayoul, qui estoient assemblez par la rue Tung avec l'aultre, qui estoient Nicolas Robinot du Moustier et Nicolas Philippe, auxquels il fit une grande révérence à la manière des Manceaux, et leur demanda s'ilz sçavoient où estoit la munition des chappons et allouettes et celuy ou ceux qui avoient la charge de les distribuer, alFm d'en aller querre pour ses gens d'armes, qui le contraignoient d'en trouver, à peine d'estre bien battu. Ces deux hommes, qui peusoient qu'il se mocquast d'eux , luy respondirent que mons. de Charry estoit le distributeur de telles munitions , et qu'il se retirast à luy pour en avoir et habillement, car, comme ilz avoient entendu, ny en avoit plus guères à distribuer. Geste response ouye, les remercia honestement , et au partir d'eux s'en alla au logis duditsieiu* de Charry, qu'il trouva en son chemin au sortir de la rue aux Aulx. Auquel fit la révérence, et, après l'avoir salué, luy fit sa harangue en telle sorte : N Monseigneur, en ma maison sont logez deux de vos soldatz, auxquels je fais bonne chère de mes biens, selon le petit moyen que Dieu m'a donné, qui n'est grand, parce que je suis ung pauvre homme. Jusques à cy je leur ay donné chair de bœuf, de mouton et de veau, avec de bon vin à leurs repas, et de ce ne se trouvent contens. Hz m'ont chassé de ma maison et m'ont commandé de n'y retourner, si je ne leur porte ung chappon et une douzaine d'allouettes, quoy que ce couste, ou aidtrement me battront à leur plaisir. Monseigneur, j'ai regardé en plusieurs lieux par la ville si j'en trouverois, ce que je n'ai faict. Partant je suis contrainct de me retirer vers vous, pour vous supplier de m'en ayder pour l'argent, alfin que je ne sois battu, et ce qui
DE CLAUDE HfATON. 371
est chez moy rompu; et pour ce, monseigneur, je vous prie pour Fhon- 1563. neur de Dieu de m'en départir, si vous en avez; voyià l'argent pour les payer. » Ledit sieur de Charry, eu escoutant fort patiemment le bon homme, et le considérant assez mal habillé avec ses sabotz chaussez, luy demanda qui estoient ces soldatz et soubs quel capitaine ilz estoient. Qui hiy fit response que , ainsi qu'il avoit entendu, estoient de la compagnie de mons. de Strocy. Ce dict, ledit sieur de Charry appella ung de ses homrmes et luy commanda d'aller avec le bonhomme en son logis dire à ses soldatz qu'il alloit à la chasse pour leur aller querre des alloueltes, et qu'il leur dist qu'ilz se gouvernassent avec leur hoste en telle sorte qu'il n'en ouyst plus de plaincte, à peine d'estre accommodez comme leurs compagnons qui avoientesté pendus. Ledit Fillette, ouyant ce commandement, dist audit seigneur qu'il n'estoit besoin de travailler son homme pour cela, mais que, s'il luy plaisoit de faire escrire ung petit mot auxditz soldatz, ce seroit assez. A laquelle requeste obéit ledit seigneur; lequel fit escrire à son secrétaire telz motz qui s'ensuivent, c'est assavoir, « Soldatz, j'ai ouy la plainte de vostre hoste; je vais à la chasse pour vous prendre des allouettes, » et au dessoubz signé Charry. Le bonhomme, fort importun envers tel seigneur, commença à frimper les espaules quand il tint ce mandement, et dist à haulte voix : « Je suis en grand soulcy que je ferai; car, puisque je n'emporte poiuct d'allouettes, je serai battu, si je porte ce papier icy. » A la plaincte duquel fut esmeu ledit seigneur, qui fut en oppinion d'envoyer prendre prisonniers lesditz soldatz pour les faire pendre. Ce que voyant ledit Fillette, luy dist : « Monseigneur, pardonnez-leur et à moy aussi ; il suffiroit que envoyassiez avec moy vostre lacquetz, si c'estoit vostre plaisir, pour leur porter ceste vostre bulette. » Ce que luy accorda ledit seigneur, lequel y envoya img de ses hommes pour le deffendre et menacer lesditz soldatz.
Quand le bonhomme fut près de son logis, il pria le soldat que ledit sieur de Charry luy avoit donné de n'entrer audit logis que premièrement il ne sceut si ses soldatz y estoient, affin qu'il veist et ouyst ce qu'ilz luy diroient, et à ces fins entra dedans, et le ^Idat
1563. demoura en la rue. A Tarrivée duquel hoste, iesditz soldatz luy demandèrent : « As-tu trouvé des alloue ttes? dis, bogre. » Lequel leur fit response en son vulgaire de Manceau : < En bonne fay, non; et si ai esté au logis de mons. de Charry, pour sçavoir où on en bailloit de munition. M — « Tu y as esté , bogre? » respondirent-ilz. — « En bonne fay, se mon , dist le bonhomme ; et parce qu^il n en avoit plus à donner, il m'a baillé ceste petite bulette pour vous donner, qui est le fil pour les prendre. » 11 appelloit le mandement par escript quil apportoit dudit sieiu* de Charry, la bulette et le fil pour prendre les allouettes. Ils soldatz, voyant le mandement et signature dudit sieur de Charry, furent fort faschez, et de despit Tung d'eux l'empongna au collet, faisant mine de le vouloir battre. Qui fut cause que le bonhomme s'approchea près de son huys et cria le murtre, appellant à son ayde le soldat qui estoit venu avec luy pour le saulver; et à haulte voix crioit après luy, en luy disant: « Hé! mon compagnon, entrez, je vous prie; ces cocquins me battront. » Au cry duquel entra ledit soldat, qui moult les tança et leur dist le mandement de son seigneur, et le danger où ilz se mettoient de se faire pendre et estrangler, et leur commanda de ne molester aulcunement leur hoste, ains qu'ilz eussent à vivre de la vie de luy et de sa femme, à peine de s'en trouver mal, Lesditz soldatz, en s'excusant, accusèrent ledit Fillette, leur hoste, d'estre ung villain, qui ne leur donnoit rien que boire ni que manger qui vallust rien, et que de luy ne sçavoient avoir aulcune raison. A la plaincte desquelz, soustint ledit hoste que, soubz correction du soldat, il n'esloit vray ce quilz disoient; qui, pour vérifier du contraire , envoya querre par sa femme une pinte du meilleur vin qui fust en une taverne de ses voisins, nommé Pierre l'Ogre, pour luy en faire taster. Qui fut par ledit soldat trouvé fort bon; lequel dist ausditz soldatz qu'ilz avoient tort de se plaindre de leur hoste touchant le vin , et que M. de Charry son maistre n'en beuvoit pas de meilleur ; et sur ce , print congé d'eux. Or estoit-il vray que ledit Fillette ne leur bailloit à boire de ce vin ni de pareil, ains de bien moindre, combien qu'il soustint devant ledit soldat et eux qu'il ne leur en avoit point
baillé de inoindre..Lesquelz se voyant ainsi vaincus par le commande- 1563. ment dudit sieur de Charry, luy dirent qu'il les traitast ainsi qu'il vouldroit, et qu'il estolt ung meschant poltron ; jugèrent toutesfois en eux-mesmes que le lordault avoit plus d'esprit qu'ilz ne pensoient.
Depuis ce commandement à eux faict, le bonhomme les traita ainsi qu'il voulut, et pour avoir sa vengeance et se mocquer d'eux , alloit à achepter à la boucherie des morailles et morceaux de chair de teste de vaches, qu'il appelloit des alloyaux de bœuf d'auprès des cornes, pour leur faire manger cuitz avec des choux qu'il envoyoit desrober es jardins par leurs gougeatz, et de telles viandes traita sesditz soldatz le reste du temps qu'ilz furent en sa maison. Et pour se mieux gaudir d'eux, quand il les oyoit parler de chappons et allouettes, leur disoit qu'il n'en pouvoit trouver, combien qu'il eust le fil à les prendre. 11 appcUoit le fil à prendre les allouettes, le billet que luy avoit donné mons. de Charry.
Et pour combler la risée, ne voulut permettre que la putain de femme qui estoit auxditz soldatz beust du vin le reste du temps qu'ilz furent en son logis, et la voulut faire vivre de la vie de sa fenune, qui n'en beuvoit poinct. 11 y avoit audit Provins maints mesnagers * de toutes qualitez, qui s'estimoîent aussi sages que ledit Fillette, lesquelz touteffois n'eurent la hardiesse de faire une telle bravade à leurs soldatz ; et si n'avoient meilleur moyen de les traiter que luy. Cest homme estoit, à le veoir, comme imbécille, mais fin et cault plus que Normant, car il estoit Manceau de nation, qui vault aultant que Normant et demy; et avec son imbécilité cauteleuse, avoit les mines, gestes et paroUes de mesme, suyvant le jargon et vulgaire de son pays; et le tout assemblé ensemble provocquoit les personnes à rire et à tenir conte de luy.
Pour faire desloger hors de Provins ledit Charri et ses compagnies, les gouverneurs de la ville s'allèrent plaindre à la dame dudit lieu, qui estoit la femme de feu mons. de Guise, pour prier le roy d'envoyer mandement audit sieur de Charri pour les faire desloger; ce qu'elle fit, après les avoir bien tancez et leur avoir demandé de quoy leur
374 MÉxMOIRES
1563. servoîent leurs murailles et pourquoy ilz les avoienl laissé entrer, et très-bien se mocqua d'eux. Ilz de Provins se pensèrent excuser devant elle sur la commission qu ilz gens de guerre avoient d'entrer es villes et d'y loger ; mais laditte dame leur fit response qu'il estoit bien [dus facile de leur refuser l'entrée que de les desloger quand ilz estoiententrez. Icelle dame tant se travailla , qu'elle obtint du roy mandement de les faire desloger au temps que nous avons dit qu'ilz deslogèrent, après avoir faict monstre. Et oncques depuis ne furent si hastifz lesditz de Provins de mettre en leur ville gens de guerre.
Meurtre d*uû chanoine de Notre-Dame-du-Val de Provins par un autre chanoine. — M. de Charry est assassiné à Paris le 3i décembre i563, au moment où il passait sur le pont Saint-Michel. Les meurtriers prennent la fuite et sont exécutés en efligie. Le crime est attribué, soit au frère d*un des soldats que Charry avait fait pendre à Provins, soit aux protestants ^ — M. de Strozzi, parent de la reine mère, obtient le régiment de Charry^. Les ambassadeurs du sultan reviennent à la cour de France par le même chemin qu^ils avaient suivi Taumée précédente. Ils étaient envoyés pour faire confirmer les traités d^alliance existants entre la France et la Turquie. Ils venaient aussi, disait-on, conférer sur le mariage de Charles IX avec la lille du Grand Seigneur, dont ils apportaient le portrait. Le roi refuse cette union, malgré ToDre qu*on faisait du baptême préalable de la fiancée , sous prétexte que ce baptême ne serait pas reço par dévotion à la religion chrétienne, mais en vue seulement du mariage. II renvoie e&âuite les ambassadeurs, comblés de présents. **• Le capitaine La Grue, de ViUenanxe, et son fils sont poursuivis en justice par un gentilhomme dont ils avaient, pendant la guerre civile, pillé et dévalisé le château, entre Melun et Corbeil. Le fils est pendu ; le père se cache , est exécuté en effigie et fait accord avec sa partie adverse, par l'intermédiaire du prince Portien. — Mort, au mois de janvier,* de frère Lambert Girard, moine du Mou tîer-la- Celle, curé et trésorier de Samt- Ayoul de Provins. Il a pour successeurs Guill. Maret, Gilles More, puis Denis
* Montiuc, dans ses Commentaires t. I, 1. IV, p. aoa.) On trouve diverses
(coUect. Michaud, i'' série, t. Vil, p. 96 lettres de Charry écrites au duc de Guise,
et suiv.) , fait un grand éloge du capitaine dans la collection Béthune, vol. 287, a88 ,
Charry. (Voy. sur sa mort Brantôme , Des 8660.
Colonels de V infanterie françoise, l. IV, ' Philippe Strozzi, colonel des gardes
p. 1179; le Journal de Bruslart (Mém. de françaises, naquit à Venise en i5ai, et
Condé, 1. 1 , p. 1 ùo) ; d^Aubigné , Hist. univ. mourut en 1 582.
Camus. — Frère Jean Banrier, cordelier, obtient la prébende vacante par la mort 1563 de Denis Froment , chanoine de Notre-Dame-du-Val , et est le premier chanoine théologal de Provins.
Estans venu à propos de parler dudit Barrier« nous fault icy réciter ung sacrilège horrible, commis dans la ville de Paris par ung huguenot, qui fut tel : — Un prebstre , chantant ia messe dans la S*® Chapelle du palais de Paris ^ dans laquelle y avoit nombre de gens en suffisance pour ouyr laditte messe, s'y trouva ung homme, entre les aultres, qui estoit huguenot; lequel toutesfois, en contrefaisant le bon cathollcque, se minst à genoux durant icelle, et tenoit mesmes cérémonies que les aultres catholicques. Il s'estoit approché de Tautel où ledit prebstre célébroit, et il y demeura constant, depuis le commencement de laditte messe jusques à l'élévation de la saincte hostie; laquelle estant eslevée par le prebstre pour la monstrer au peuple pour Tadorer, se leva le misérable huguenot sur ses deux pieds, et, au lieu de l'adorer comme les aultres catholicques, de ses mains polluées l'arrachea des mains du prebstre par derrière, la jetta à terre, et monta du pied dessus, en détestation de la religion catholicque et du sacrifice mémorial de la passion de J. C. qui est faict en la messe. Duquel faict si barbare furent moult estonnez et le prebstre et le peuple. Le peuple se rua d'un franc courage sur ce sacrilège huguenot, et, après luy avoir baillé plusieurs coups de poing, le livra à messieurs de la justice du parlement de Paris, lesquelz firent son procès, et le condempnèrent à avoir la main couppée, de laquelle il avoit faict ce sacrilège, bruslée avec son corps tout vif; ce qui fut faict au karesme de ceste présente année. Pour lequel prescher et retirer de son erreur, fut appelle ledit nostre maistre F. Jehan Barrier, qui preschoit le karesme en l'église de M. S*-Bartholomy, auprès dudit Palais. Lequel trouva le pauvre misérable estre athée ou athéiste, c'est-à-dire sans nulle croyance d'un Dieu, qui est une erreur la plus pernicieuse qui fut oncques et qui sçauroit estre à jamais. 11 Barrier, par son
* D*Auhigné (Hist, aniv. t. I, I. FV, c. m , p. aca) pari« de ce fail comme étant arrivé dans Téglise de Sainte-Geneviève.
1563. éloquence et saincte doctrine, le réduisit aidcunemcnt à la cognoissance d'ung seul Dieu en trois personnes, et luy enseigna Tespérance du salut de son âme par J. C. , filz de Dieu. Ce que bien ayant entendu ce pauvre misérable, crut k la saincte paroUe de Dieu, et cria pardon à Dieu de ce forfaict et aultres péchez par luy commis, en sorte que ledit Barrier récita et dict qu'il falloit avoir quelque espérance du salut du pauvre desvoyé, exortant ung chascun de prier Dieu pour luy, ce que Ton lit.
Le protestantisme pénètre dans les Pays-Bas. Troubles religieux. Soulèvement des gueux. Le duc d'Âlbe, envoyé par Philippe II, combat énergiquement la rébellion. — Cn jeune prêtre de Chalautre-la-Grande, surpris avec la femme d'an vigneron qu'il fréquentait, est fouetté de verges par le mari et ses parents, qu'il traduit en justice et fait condamner.
Au moys de febvrier de ceste année, après la Chandeleur, le roy partit de Paris pour entrejprendre le voyage de la visitation de son royaume, et passa par Fontaine-Bleaue , et de là, par auprès de Sens. Il s'alla arrester dans la ville de Troyes en Champaigne, où il séjourna quelque huict jours et plus, et estoit le commencement du moys de mars quand il partit. Il avoit envoyé ung mandement par les villes où y a bailliage, que les baillifz, procureurs et avocatz de S. M., qu'on appelle procm^eurs et advocatz du roy, ensemble les nobles gentishommes desditz bailliages de Champaigne et Brie, eussent à se trouver, à certain jour nommé, dans laditte ville de Troyes, pour entendre sa volunté, et ce que par luy leur seroit déclaré touchant le reiglement de la justice, et pour faire observer les édictz de pacification, selon la paix d'Orléans, et suyvant iceux faire vivre tout chascun en paix, en attendant son retour. Aux nobles ordonna de garder la foy et loyauté qu Hz luy debvoient et luy appartenoit selon le tiltre de leur noblesse et privilège d'icelle ; ordonnant auxditz de la justice et nobles que si , durant le temps de son absence et voyage, survenoit quelque question, différend ou affaire, ilz se retirassent à mons. d'Aumalle, garde du gouvernement de la province de Champaigne et Brie pour mons. de Guise, son nepveu, qui estoit encores jeune, ou au seigneur de
Barbesieux , son lieutenant audit gouvernement , ausquelz il commanda 1563. d'obéir comme à S. M.
A ceste assemblée royalle , harangua et pourta la parolle pour la justice du bailliage de Provins, devant saditte majesté et son conseil, revestu de sa longue robbe, M* Jehan Alleaume, bailly de Provins, qui fut bien escouté en ce qu'il dist. Lequel ayant dict, se retira de rassemblée pour changer d'habit; et, ayant mis bas la longue robbe et le bonnet carré, print la cappe à l'espagnolle sur ses espaules £i l'cspée à la cincture, avec le bonnet de velours sur la teste, et en tel habit se représenta devant l'assemblée, pour pourter la parolle et haranguer pour les nobles de sondit bailliage. 11 fut aussi bien ouy que devant, et eut la grâce de si bien dire, qu'il contenta le roy, les princes et toute l'assemblée, et fut fort remarqué du roy et tenu pour homme pertinent et de bon esprit. 11 seul emporta l'honneur de tous ceux des bailliages qui haranguèrent pour leurs provinces devant S. M., et fut dict, en la louange d'iceluy bailly, que fort dextrement il avoit joué deux personnages en ung mesme jour et ung mesme jeu, et fort honorablement s'en estoit acquitté.
Le roy, ayant tenu cest estât audit Troyes, en alla faire aultant à Langres; de Langres se retira par Dijon pour s'en aller à Lyon, costoyant le plus qu'il pouvoit les frontières de sou royaume par où il passoit, et en chascune ville principalle de chascim gouvernement laisoit pareille convocation des estatz de justice et de noblesse , comme il avoit faict audit Troyes, se faisant veoir à tous, et se rendant favorable poiu: faire vivre les habitans des provinces de son royaume, suyvant les édictz de la paix d'Orléans, où il en estoit besoing, ainsi que nous le dirons es prochaines années qui viennent. Messieurs les princes de Condé , de M ontpensier, d'Aumalle , de Guise et aultres de France, avec la royne mère, le connestable, mons. d'Anjou, frère du roy, les sieiu:s admirai, d'Andelot et aultres, tant catholicques que liuguenotz, l'accompagnèrent jusques à Lyon, où il se rendit environ la feste dePasques, et où plusieurs le laissèrent pour s'en retourner en leurs gouvememens, provinces et maisons. La royne mère, mons. le
duc d'Anjou et moD8. le cotiuesta))le suivirent toujours S. M. en s voyage et ne l'ahandonuèrent aulcanemcnt.
S. M., avaul que partir de Paris, ordonna gouverneur de UditM ville, prévosté et vicoDti^ d'icelle, comme ati.ssi do l'Islv du* Francfig mous, le maresclial de Monmorancy, lilz aisné de ntOQs. le conoi table, hoinine assez laschcux ul mal au gousl des liabilaits dudiB Paris, les(juelz ne iiiy voidurcnt ohéir qu'à regret, à cause de son (ii^ueil et arrogance, de qiioy il estoit plain. et encores pour re f|u'il sembloit plus pencher d» parly des liugut^nolz quR des catbolicques. Lesquels calholicques tenoit en telle suhjection qu'ilz n'eussent osé dire ne faire chose qui eusl desplu au moindre huguenot crochctei qui eust esté dans icL-lle villu ni dans lu royaume. Il faisoit toiU faveur auxditx huguenotz, et leur piirmettoil toute liberté, sans aul cune pugnition ni rcpréhcntion quelconque, Il pernietloit, contre l'édict de la paix d'Orl<^ans et contre le gré de MM. de la court dû parlement et les Parisiens, qut; les huguenotz s'assemblassent avec leurs prt^dicans dans ladilte ville, pour y taire prcscbcs et exercice public de leur religion prùtondue, les faisant garder par ses gens, de peur qu'on ne se ruast sur eux.
Les huguenotz de Provins et du bailliage , tant nobles que arlisAna , avoient par le bailty de ladittc ville faict demander au roy cstanl audil Troyes l'establissement d'ung presche , pour faire Texercice public de leur prétendue religion dans ladille ville de Provins, suyvaol faeeord de la paix d'Orléatus. Qui leur fut encores une fois accordé par S. M., et mandé au président d'icelle ville de leur donner lieu commode et de les installer audit preachc, ensemble di* les gardL'r et faire garder durant le temps qu'ilz y seroient, de peur cpie les catlioliajucs ne lus at lassent saccager. Desquelles lettres et mandement les débotita encQiy une fois ledit président, et les renvoya, cl parce moyeu se passa c année sans y avoir presche audit Provins. Kt fanlt croiM que si ledit bailly eusl esté aussi bien all'eclionné ^ féghse cathoUcque que ledit président, oncques presche ni huguenot n'euslesté audit Pi-ovins h sdrelé; mais, comme il appert par ce discours, chascun se ploie à ce qu'il ayrac.
DE CLAUDE HAÏON. 379
CHARLES IX EN DAUPHINS. EDIT DE ROISSILLON ET AUTRES ORDONNANCES. LUTTE
ENTRE LES GENS DU CARDINAL DE LORRAINE ET LES SOLDATS DU MARECHAL DE MONT- MORENCY. CONFÉRENCE DES PROTESTANTS À LA FERTE. ÉTABLISSEMENT D'UN