PRÊCHE À PROVINS, HORS DES MURAILLES. INSTALLATION DU MINISTRE JEAN DE
SPINA. HISTOIRE DU PRECHE DE PROVINS. GRAND HIVER; FROIDS EXCESSIFS. LE
ROI ORDONNE QUE L'ANNÉE COMMENCE DESORMAIS AU l**^ JANVIER.
L'an mil cinq cens soixante et quatre, à la feste de Pasques, le roy estant en son voyage de Lyon^ passa en Daulphiné pour visiter le pays et les villes d'iceluy, plusieurs desquelles n'avoient encores mis les armes bas, pour la desfîance que les catholicques et huguenotz avoient les ungs des aultres; une paitie desquelles estoient occupées encores par lesditz huguenotz , (jui ne les avoient rendues au roy ni à ses gouvcraeurs, combien que par la paix d'Orléans ilz estoient tenus de ce faire. Esquelles toutesfois entra le roy, qui y fit séjour pour escouter les plainctes tant des ungs que des aultres, et y mintla paix, remcstant ung chascun en ses biens, maisons, honneurs, dignitez et offices, donnant les catholicques en garde aux huguenotz et les huguenotz aux catholicques, faisant jouir les ungs et les aultres du bénélice de la paix d'Orléans. Es villes que tenoient et occupoient les huguenotz audit pays, les catholicques estoient en fiiitte et absens de leurs maisons pour la pluspart; les aultres, qui n'avoient voulu fuir et absenter leurs biens, estoient en ime grande oppression desditz huguenotz, qui les contraignoient d'aller aux presches, estant entièrement privez de l'exercice de la religion catholicque, n'ayans aucun
' Recueil et discours du voyage du roy France , du marquis d*Aubais , 1. 1 , i'*part.
Charles IX, par Abel Jouan. Paris, i566, — Voy. aussi Addit, aux Mém. de Castel-
i^-8^ Ce discours a été reproduit dans les nau, t. Il, p. 333 et 368. Pièces fugitives pour servir à FHistoire de
I50A. pi-ebstre pour rhanler la mauc, administrer les urrcmerw et leur ildelleinenl presclier la saîncte parollc de Dieu. AiisqucU S. M. fit (tmict Neitltcmcnt dv les rvinctlru «ii libL-rte fl leur haillcr ruiercîce de leur religion citholirque. laisanl ronlrer l^s prebstres en lean c^wn, biens ot mnisons. pmir v demeurer en toute w'ireli; comme an»i il pcimiist nusdiu lingiionnl/ l'cserrice de leur prétendue religion estre publinjucment l'ail on toulc ituunince. ''I Unt travaîlU qu'il appuivi les un^ï et le<i aullrcs.
(.'■liée du roy osditx pays de Daiilphiné. de Languedoc, Pmvene« et aullrps payn Mrvit l>eaucnupaui ratholirques et iolimida nioull Ici faugiionoii. Iiéréticques; au« calholirques. jiour le» maintenir en la foy et religion Apostoliofur et romnîne, le voynni uitboliapK' aller par chasciin jourji la niesso, iMimnie nu^si mons. wn fr^re, la rttyne leur mère, mnns. le ronncMablc et aultrcs seigneurs de m mile, lesquelt ils pen«oient tous esirc hugttcnobi: aux bugurnotc. du rooings k plusictmi, leur servit l'allée de S. M. pour In rctirtr dr leur erreur, nu les liiire vivre on Ktinidalion do religion. Car l'ayant veu CDrores catholicquc et aller h In mesnu si dèvoMemonI ipi'il y alloil, ffuiltiTcnl l'bi'Tt^sie et Turenl «ratliolicquat, ou du moiiigs fimil semblant dn l'cslre. I^ rdigioa que Lient Ip prince, soit bonne nu maulvaUe. indinst les subjeclz A la prendre.
Le roi va ■ Aviron \ il y v-oît le pipe Cîe IV, et timt iU:iit cooï^nml t-nMtmlJf peodaDi pluut-un joun '.
ORlonnanr^ dr Cbarln IX. pont k rr|[lenienl de U jiulice et de b ptdicedv royannip . dnnn^ à Barîa aa mots de janvier i &<i3 [ i b6h |. Dédaniion amplia live d» cri rdil, datée do HotuBUIon, le 9 août 1&04'- Acte d'caregisUviautt da parlement de Parti, 19 dtonibrc i66i.
Edit do rot défendant de porter par I«s cbampt barquelMuei, pûlfilet» ri «uln» • bulODS il fea*. •
' lit fÊfe n'Mul pu * Avignon, t^e* uii>lèiwii.t> «urml Hen entre lé iwie tain •t HO ■fooi do Pie IV. 1« FloTMaUn Loo» Aniinoh . ( Darila . fÏM*f> rttth di f kmcm , Lin.]!. iii-ii5 I
' IumWri.ltM.<i«Mc.lMynuf.i XIV.
p. I G6 et 1 7.1. La %nim entier dr» m±m ib Janvier el (Taoot 1 <i el d* Ttnn^au^ iiwDl Ml nfiruilait parO. Ilalun.
' L'anlear M daaa«>(|u'aiwcaurtt«B>-
Depuis lors les gentilshommes allant à cheval se servirent de petites arba- 156^1, lètes d'acier, sauf quelques grands seigneurs «t leurs gens, par permission spéciale du roi.
Plus particulièrennent qu'aux aultres princes fut donnée à nions, le card. de Lorraine, tant à luy que aux gens de sa garde, permission de porter harquebuses, pour ce que luy seul avoit plus d'ennemys, qui le guettoient et espioient partout, que les aultres princes et seigneurs. Car tous les huguenotz de France luy en vouloient et le tenoient pour le plus grand ennemy qu'ilz eussent et qui fust le plus contraire à radvanceinent de leur prétendue religion. Par quoy luy fut contraincte, après son retour du grand concilie de Trente, duquel il estoit revenu n'y avoit guères, d'avoir, oultre son train ordinaire, des hommes pour la garde de son corps, lesquelz il payoit et entretenoit à ses despens; il obtint pour eux, comme pour les gens de son train, permission du roy de porter lesdittes harquebuses nuict et jour et en tout temps, après la promesse par luy faicte de n'assaillir ni faire assaillir personne que ce fust du royaume, ains seullement pour se deffendre, s'il, par cas fortuit, estoit assailly de quelques ungs ses ennemys.
Advint en certain jour de ceste année que je ne puis précisément cotter, que ledit seigneur cardinal, accompagné de mons. de Guise, son nepveu, partit de la ville et abbaye S*-Denis en France, qui luy appartenoit, pour aller à Paris, avec tout leur train, qui pouvoit monter au nombre de deux à trois cens chevaux, tous enharquebusez et cmpistollez, suivant la permission du roy. De l'allée des- ({uelz fut adverty mons. le mareschal de Monmorency, gouverneur de la ville de Paris et Isle de France ; lequel , pour donner embusche ausditz sieurs cardinal et de Guise, fit armer plus de cinq cens hommes, tant des siens que des huguenotz de Paris, les ungs à pied, les aultres à cheval , qu'il fit mettre en embuscade par les carrefours
lysc de celte pièce. Cest sans doute Tédit port d*armes, qui fut rendu le 1 6 août 1 563. de confirmation de Tordonnance de paci- (Isambert, Rec, dês anc. lois franc, t. XIV, ficalion du 1 9 mars 1 56a , avec défense du p. i4a-)
MEMOIRES des ntm S'-Dcnis, Petit-PonI, Pont-au-^Jiangc, |r> Chastelel. par où ïl Mvoil leMliU nieun et l< IcA aynu» bien iu.striiir.u de ce qu'il vouloil faire sur les personitas defediU ftieur».
£jllaii<t doue- CVS f^eas tni» va armvi au vcu de» Pahtiens, qui ignoroîent que vouloil Jiigiiiiter ceste eotrcpriose, l'urenl fioset va ceruia iwmbrc par rbauuii cuittg de rue, avec iiulructioa de c« «pi'Us avoleal à fairi; nu aif^l qui leur iieruil donné, qui fut au firenûer coup de liorqiicbuto qu'ils cntendroîcnt deida5cl)er et iion dnvaDt.
L'tiotropriiiA«-> estoil d« ho uiair morts ou vift dot> peraonocA de*diu cardinal etdcGuisc; ut pour c« fairu plusaysémciil. liitdictqa'oa UÎMcroit paMcr oultrc tous tes gen» de U-ur train qui cbeniiooiaut dcvaul eux, auiqueli rivn dc mtoîI l'aict ae dicl que prcDiiërement nt> futÊ-enl arruslet lesdili hiean Ivurs luaitrcs, pour éviter au pliu grand nx-urtre qui ite fusl peu coauneltru de part «t d'atdtrt!. Et pour oe, passèrent la pla&^rand partie de» gens des gardea et lraiu& d'ic«iu •eignears, mds qu'il luur fu^l dict ue f'aict, avec leur» barqiiulMiscs vt pisloUea; niai« atleudirent i se ruer sur le»diti sieurs cardinnl et d* Guise que U plus p^irt de leur train ftisl puisse, et no h y hiaseol ni (nftl niUK, u'euitt esté ung des bouiuies dudit train, qui, p85Mnl par la rU0. ayant considéré l'enibuBeadc qui tfsloit i cbaftoun curerour. jagOB CD «oy que telle eotreprinse cstoit dressée contre ses ftvignoun et loor suille; pour tesquelz advcrtir mboursanl cbemîn et counuil • bridv avalée au devant d'euK, leur donna advertiiaeineul dc se Mulvor.
Ledit Aieur Muunioreucy et gens de u faction, voyant courir CMC bonuiie droict k scu jM-igneiu^. jugèrent bien que c'esloit potu- 1m âdverlir de »e donner de garde, et. afin de mettre leur cntrcprioae 4 eiécution, coururent avec lui droiel aiudilx »ivuri. où fui dcalaaché le coup de barqueboie qui wrvoil de signal pour laire la cliarge de main en nioiu; qui lut nuMi toat faicle que bsrJiéc. I.'eMiivute fut grande par les rue»; pluAiviirs y fitreut tuez et bloiMt de prl et d'aultri'. I.4^dil cardinal se Mulva &.-in» entre bleaM; maia n'ai èfn
comment mons. de Guise son nepveu, âgé d'environ quin/.e ans, à 1564. Tayde d'ung de ses gentishommes fut saulvé dans la maison d'ung marchand, lequel, en y entrant, fut blessé d'ung coup d'espée dans la cuysse. Geste entreprise esmut les citoicns de Paris à sédition; mais soudain fut empeschée par ledit gouverneur et ses gens, qui estoient armez, joinct aussi que, pour empescher iceux Parisiens à esmouvoir davantage, fut faict le ban par les carrefours que nul ne hobast de sa maison , sous peine de la hart. Pour lesquelz empescher de sortir, et pour saccager les premiers qui seroient trouvez par les rues les armes au poing, ledit gouverneur envoya ses gens tous armez par chascun quartier de laditte ville; il commanda en même temps aux lieutenans civil et criminel et au chevalier du guet de monter à cheval avec leurs gens, et d'aller par la ville pour emprisonner ceux qu'ilz trouveroient en armes; au moyen dequoy fut incontinent cessée la sédition*. Ledit gouverneur, poiu* couvrir son entreprinse et la faire entendre à chascun, déclara qu'il n'avoit coiu^u sur lesditz cardinal et de Guise à aultre intention que poiu^ les désarmer de leiu's harquebuses et pistoUes qu'ilz portoient et leurs gens contre l'édict du roy, et non pour leur mal faire, et qu'en ce il n'avoit faict que le deub de sa charge, suyvant le mandement du roy à luy et aux aultres gouverneurs des provinces faict, ignorant que S. M. eust baillé ausditz sieurs permission d'en porter, de laquelle permission le debvoient advertir avant qu'entrer audit Paris.
' DeThou,//«<.umv.l.XXXVIl;Bran.
tome , Vies des hommes illustres ^ i. II , p. 4t2 6 ; Le Laboureur, Additions aax Mém. de Castelnau, t. I, 1. VI, p. 19a; Papiers d'état du cardinal de Granvelle, l. VIII, p. 600 ; Lettre de M. le maréchal de Montmorency à M. le duc de Montpcnsier, prince du sang, au sujet de sa querelle avec le cardinal de Lorraine. 1 564 (1 565), 1 5 janvier; Réponse du duc de Montpensier (Archives car. de l'hist. de France, t. VI,
p. a 53 et aog); D'Aubigné, Hist. aniv. t. I, L IV, c. IV, p. ao5; Légende du cardinal de Lorraine {Mém, de Condé, t. VI, p. 92 et suiv.). L* auteur de c€tte pièce dit ; « Le cardinal et son neveu le duc de Guise eurent plus de peur que de mal , et , mettant vistement pied à terre, se sauvèrent en une maison prochaine , où Ton dit que le cardinal estoit si résolu , que ses chausses luy servirent de bassin et son pourpoint de selle percée. »
ISÔft. Cexlfl nlgiirailo couva d'aullres niRUs frccreU, qui Mjrtircal lf*uc tffiecl. mais tMer. Untcmi'iU et lungtcnips drptuft. , // ^ a ICI une lacuM dans le autnmcrit.
KtumùAép aynoilalo du prolaUnU a la Frrlè»ou!i-JnuiuT<^'
ËftUna h leur Aiutembléc aiitUt lieu de la Ferté. iravaillèrent une nepiuoine entière jifti&puler de leur religion, pour tasriierâ acconler leurs oppinion». et, à dire la vcrilc, advaocèreot beaucoup Ivur pritenduv rclΣ;iou par ceste caafcrancc (|u'iU Hrcut ensemble. \1ai« touteafaift ue ta iiieui-reiil & lin résolue; car pliuicursU'iccui deinourércitl iiertiuaccs eu leur oppiuioa, qui tes enipe&cliea de voocliire. ctoe ftc voulurent pliuieun rapporter i la détvraiïnatiou dudit Câlvio, »c jufjeaDft eux-mesaica auui sullUatu t{uu luy. Après long allercal et dispute Ii-A uugs coatro le« aultres, laiss^nint l'entreprioAc eu uupeiu cl ta renvo) l'-rent k uae aullrc assemblée qu'iU prélcodùicnl tls faire en luuqi» opportun, et ne rt'*6olurùol aullre chose, siooo que chaïKim de eux, le plus duulccnient qu'il teroîl pouilile, entretîeuflroit $ea diKÎplcs et auditeurs des rundeinea* de leur prétendue rrtigiou. eu attcndani que le Seigneur les cust tous in!»piré lU: ce qu'îb debvoieut croire, et que c'cstoit Basea que. tant le» uogs que Ica aullre», pussent cmpcKhcr ceux qui lea suy>oieot de retourner à la papauté el k l'église des papaus. ainsi appeluieal-iU lei calholioqaei et IV'f^IiAc roiuatac.
Et pour k celle fin qu'il ptcust i Dieu de les bien inspirer ton* «t de faire deKCudre son K'-Esprit xur chascun de eux au jour de la Pcotliccosle, auquel iU lirent leur cèoe. ordonnéreut qu'iU juuaieruioDt toute la »epniaiiie i-nlitTU ul Tiicquuroienl i prières et onii«na A ces fiu5. A laquelle ordonnance s'accordèrent luu». et â telle Gb deajieicbvreiit postes et nw&Mgos par toutes loa villes de France où y avnii Donibre de bu^icuots en public ou secret, tant es villes où
' O» cunfi^ïTiMw» *iir«Bl tira du 17
p«U. Wmm.lVU.)
y avoit presches publics qu en celles où il n'y en avoit poinct, pour 1564 leur dénoncer ce statut et ordonnance, leur commandant estroictement de le garder, sous peine d'encourir la malédiction du Dieu vivant, et que tous à ce jour de Penthecoste eussent à se préparer pour faire la cène du Seigneur; ce qu ilz firent tous, tant d'ung costé que d'aultre. La Penthecoste passée, l'assemblée de la Ferté se sépara , et emportèrent le S -Esprit avant eux , tout ainsi qu ilz l'avoient apporté quand ilz s'assemblèrent.
Discussion sur rinconséquence de cette ordonnance du jeûne avec les doctrines prolestantes qui blâmaient les jeûnes établis par l'église catholique.
Estans es propos des huguenotz, nous poursuivrons à en parler, et dirons comment ceux de Provins et du bailliage obtindrent lettres toutes nouvelles du roy et de mons. d'Aumalle, garde du gouvernement de Champaigne et Brie pour mons. de Guise, son nepveu, par lesquelles ledit sieiu^ d'Aumalle manda au bailly de Provins d'instaler ung prédicant et ung presche audit Provins, suyvant la volunté et mandement du roy, sans plus user d'excuses ni de renvoy envers lesditz huguenotz, puisque tel estoit le plaisir du roy, et qu'il, avec les gouverneurs de la ville, advisast à s'y comporter si modestement qu'en l'establissement d'iceluy n'y eust aulcune sédition. Ces lettres furent apportées par les seigneurs de S*-Symon, sieur de Chantaloue, et Besancourt, filz de la femme dudit S*-Symon; lesquelles ih firent enthériner par le bailly de Provins, qui ne demandoit aultre chose que de leur complaire et aux aultres huguenotz de la ville et des environs.
Le bailly ayant receu lesdittes lettres, les communicqua à M* Jehan de Ville, prociu-eiu* du roy de Provins, poiu* les accorder ou empescher, lequel ne demandoit aultre chose que de veoir les huguenotz en toute liberté; ausquelles il s'accorda pour le roy et en requist Tenthérinement, qui fut faict sur la fin du moys de juillet ou commencement du moys d'aoust de ceste année. Hz huguenotz de Provins et du bailhage avoient obtenu par leurs lettres que ledit presche
I56'i. seroit mis et érigé dans Tenclos des murailles de Provins, attendu qu'il n'y avoii fauxbourgs en la ville; mais en furent empeschez par les gouverneurs et liabilans, lesquelz s'y opposèrent formellement, (iisans que la paix d'Orléans ne le permeitoit. Et pour ce, tant les lial)ilans qTU> Icsditz huguenotz, retournèrent audit sieur d'Aumalle, pour luy faire entendre leurs raisons; lesquelles ouyes, ordonna que ledit presche scroil érigé et mis hors l'enclos des murailles de laditte >iilc, au lieu d(î Montés, que luy nommèrent lesdilz huguenotz, à la rliargc que les liabitans, fermiers et propriétaires du lieu où ilz érij^eroient ledit presche audit lieu de Montes, en seroient d'accord et fjuo ce seroit de leiu' plain gré et non aultrement.
Hz huguenotz avec le hailly de Provins, estan s audit Montés à ung jour de dimanche, suy\is d'une infmité de peuple, tant des villages que (le la ville, une partie d'iceux huguenotz, l'aultre non, s'adressèrent en la maison et métairie dudit Montés, pour en icelle, fust Ml la grange ou maison, asseoir et planter ceste nouvelle église huj^ucnoticque. Mais le fermier, qui se trouva là, s'opposa et empesrhea ([u'ilz huguenotz et prédicans ne fussent érigez ni posez en rondos et poiupris de sa maison, et, à l'ayde des liabitans, procureuî- et eschevins de Provins, il fut receu en son opposition, veu la icneuj' de leurs lettres qui disoient qu'ilz ne prendroient aulcun lieu pour se mettre, que du gré et consentement des détenteurs et propriétaires. Quoy voyant, lesditz huguenotz ne sçavoient qu'ilz debvoi(îut faire, (.outre lesquelz fut informé par les gouverneurs de la ville du port des armes qu'ilz portoient, qui estoient deifendues, et d(îs menaces qu'ils faisoient à l'hoste cpii les empeschoit par son opposition. Et à peu tint qu'il n'y eust des coups donnez en la place, des huguenotz et catholicques les ungs sur les aultres. Pour ausquelz ninj)escher se travailla fort ledit bailly, qui bailla les ungs aux aultres •Ml garde et assurément. Les huguenotz, voyans qu'ilz n'eussent g;mgné leur cause à vouloir forcer le bonhomme ni les catholicques, .s<« ! étirèrent hors de la maison et pourpris d'icelle, et s'allèrent camper ou ung plain champ appartenant à Tesleu Barengeon, principal hu-
guenot de Provins, qui cstoit là présent; dans lequel champ, de son ir,G'r consentement, fut planté le presche et instalé le prédicant desdîLz huguenotz. Les huguenotz de Provins estoient souslenus et assistez des gentishommes d'Esternay, de Saint-Symon, de Besancourt, de Umbrée, du Buat, de la Gravelle, de la damoiselle d'Yverny, de leurs serviteurs et suitte, avec les huguenotz des villes de Bray-sur- Seine et de Montereau-faidt-Yonne ; car pour tout le bailliage et ressourt de Provins n*y debvoit avoir et n'y avoit que ce presche public pour tous. Et se trouvèrent le nombre de plus de deux cens huguenotz pour ceste première fois dans la ville de Provins, pour la condultte dudit bailly et prédicant, qu'ilz allèrent avec un orgueil incroiable prendre en leurs logis, pour les mener audit lieu de Montés.
Les ecclésiasticques de la ville de Provins s'estoient portez pour opposans à Tenthérinement desdittes lettres du roy et à Tcrection ou establissement dudit presche et prédicant, et requirent coppie d'icelles lettres leur estre donnée pour se pourvoir. Ce qui leur fut octroyé, quant à la coppie des lettres, mais furent déboulez de leur opposition et n'y furent oncques receuz.
Ores estoit-il dict par icelles lettres qu'ilz prédicantz et de la prétendue religion n'eussent à innover ni attenter aulcune chose contre l'église catholicque, ni en rien détracter à leurs presches des sept sacremens d'icelle, ains seuUement de prescher leur évangille, chanter leurs chansons et administrer entre eux ce qu ilz disoient estre sacrement, sans aidtre chose faire ni innover qui fust au préjudice de laditte religion catholicque. Mais de tout cela n'en fist rien le prédicant nommé de Spina\ qui fit le presche soubz ung noyer, assis dans une chaise, ayant devant soy une petite table couverte d'ung tappy qu'ilz huguenotz avoient portez avec eux et une bible ouverte sur laditte table. Qui, au lieu de prescher son évangille, s'arresta à
* Jean de Spina ou de TÉpine, né à rence de i566, et fut longtemps ministre
Daon , en Anjou , d'abord moine augus- à Angers. U a laissé plusieurs ouvrages de
tin, devenu protestant en 1 555, assista au morale et de controverse. (Voy. son article
colloque de Poissy, prit part à la confé- dans Bayle.)
i.sS MKMOiniS
li»*(juf rdin.-iiiic rt l«*N s.HTi'iiii'iiN «I n«*ll»' . ft |H iiiri|);i||riiii*iit ftiritrr le SK iiMiMMit cl«' l\iut«l, f|iii I ■^l |i' f.*nr/*//v DoNiini, «'! à l'ii «lilf thriHCs <|iii III' •-nnl lioni'sh's i|i' rt'iit«'i. «If j)fiir irnllniMM' Ifs consi'it-Mirt.»*» «h'> simples Lî»'!)** <]ni poinrniit lii«' ri- nn'^nii |i\rr. \ii\ injinfs ilii- «|iif*l se ilfpai lir<ni |,i inovtif iIivn r.'itli(*li(-(|iit's (|iii l'stini'iit ;illf*£ là [i.ir (iirHisitr iMMir vi'«mi !«• hiul rt rscoufi'i U* |»ri*^(lH', i-t .s'iMi rftoiiriHTi'iil Inil initiv «Taxiiir nuv tant clr lilaNpIiniH's idTîln* riioiiiU'ur «II* Dii'ii, MHi r^lisr l't sfs sai ri'ini'iiN. l/aiiltic partii* <l<*.s ratlidlircfiii/s «•ut patii'iH I" iltsmiili'i rt v«'fiii 11' l«Hit jii^f|ncs à la lin. Aiixqu»»!/. le.s Inj^iiiMidt/ fli'inandi'i iiit tpn hnr l'ii Minhlnil, r\ sï cfntciit pas hii'ii iIpM rt r.iKt II* ipùl/ a\oi<'nt lait t ri iliil; il Inn lut ir^ponflu f|uf* liiMi, r! ipii', s'il/ iraxuhiit aiilfii* i linsr a lain' rt iliic* à Ifiir prorllC ipir rr (|iii* Ji'Mi |)ri'(li(*aiit avoit laict it flirt, Inii nnnihre n'a^t^it ;;ai<li' ili* s'art mitri* a PinMiiM il jiur .jn.hi»» initi* ri (lii l piiiMCurs |)(iiiu't/ ipTaMiit «Inlnil Iriir pinlnaiit, |iii;ri«-nt nix-nirsinrs \rs lui- •;iirnnt/ ipir li'ui pn'ilnaiit a\ciil mal l,iiit ilr riunniriirrr par iiivoi*tiM'i a Irl jour rt t«llr a^srniltli'r , il \\i\ rn liimt ri'|)rni lir hion <;raii(l
• Irvant pln^irni's t-atlit»li('inii*s.
11/ I itl.nlh rpirs. rstaiis i|i' iifiini ihnlll pir^'ilir. rrcitrl'i^nt !»» SlM*ini'fl (lu j>l rilh'.iiil r\ lis iM|||iis (pi'il a\«i.l i||i l»*s i|r |)i''ll, i|r rr}»lisf
rallicilnini»- rt i|»'s ^-arifinm"* i| irrlli-. \n n-iit ilrsipirl/ lut lairt«^ ini'iiiiiatiitii a la ililij,'rin i- <|is ni |i's|.is||Mni,'> iilutif |r priMiirant
(jr Spnia. l|U avilit ailirlir la fl.UlKHsi-lJi* iM\i|||\. ll.lllir iT \tilllOV «Ml lîlir, Ir/ |. s Marrst/. r| i|r (.i»s|u|i'. j).Mii|ss«' i|i's ( )| mo*' . |r/ |iia\- *»Uf Srilir. ( ,!• ijU" hirii s» ni l«' !it pl'-'lhanf. imii mirMUi-s (irpui^ lif
• i>l1l|)aMlt pilMh tph'liirfit ailillt Pl'iiMfi^, rt lir Irtiuillli plu^ lairi^ le |»I rsi ||«' .iiiiliî MMiifis. tiiinlihii (i>iltrs|i>i'« iiiir lnlittr lulni matinn ÎU*
•ut .Mil' tni rllrif. pdil! ii' (Mh* j» s l;»'|i^ j|«* |i|Nf|.i' cstoirnt t||| t«lUf |»I»U1" liriix |m;^urll«»t/ r| i mh| l .u | is aU \ i M I 1 1' •! h f p l'"^.
11/ il'* jU^lh»- i|i' l'inMiis fpii alhiiiil iiivt lilrî l-'^ilit/ pi*M|iraiit ri
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estoient, ains se retirèrent après avoir faict leur procès-verbal, duquel 1564. ilz huguenotz demandèrent lettres » et s'excusèrent sur la maulvaise oppinion que les catholicques de Provins auroient de eulx s'ilz y demeuroient, et sur la malveillance que jà leur portoient pour les estre allé installer.
Au dimanche ensuyvant, quelque peu de catholicques dudit Provins retournèrent audit presche, pour veoir si ledit de Spina, prédicant, le feroit. Mais en trouvèrent ung aultre en sa place qui fut plus modeste que luy. Toutesfois, ne prindrent plus de goust à l'escouter qu'ilz avoient faict ledit de Spina, et oncques depuis ny allèrent les catholicques dudit Provins ou bien peu ; car oncques ne s'accrut le nombre desditz huguenotz audit Provins » partie pour les bons prédicateurs qui les preschoient et les empeschoient d'y aller, partie aussi pour le désordre que lesditz huguenotz tenoient à aller audit presche, qui estoit tousjours entre unze heures et midy, estans tousjours saoulz et guédez au possible, chargez de bouteilles et flascons pour eux boire, et de viande pour eux manger. De dire de quel orgueil et arrogance ilz cheminoient par les rues, quand ilz alloient audit presche, n'est possible, et de quelle audace ilz injurioient les catholicques qu'ilz trouvoient à la rencontre venans de la messe ou allans au sermon, pour les provocquer à leur dire quelque chose de mal à leur gré , et poiur avoir occasion de les battre ou pour faire sédition dans la ville; ce que lesdictz catholicques enduroient assez impaciemment, sans leur mal faire toutesfois, de peur de tomber es mains de justice, qui du tout leur estoit contraire et à eux favorable. Hz huguenotz n'estoient aulcunement pugnis des tortz et injures qu'ilz faisoient aux catholicques, feust en leur corps, bien ou honneur; mais au contraire lesditz catholicques estoient par les juges rigoureusement chastiez et pugnis « quand ilz avoient faict la moindre chose auxditz huguenotz, fust seullement de les appeler héréticques ou huguenotz.
Incontinent après que ledit presche fut installé audit Montés, je ne sçai pour quelles raisons, le roy fit ung édict, qui fut publié par
156&. la France, par lequel S. M. vouloit el eolendoit que les hugucDOlz qui vouldroienl <le Ih en avant faire profession de leur prètenilue religion su irausportassunl, tant ceux des villages que ceux des villes. gentishommes on roturiers, nu greffe du bailliage chaimun de sou destroict, et illec donnassent au grefQer leurs non) cl surnom, avec la protestation qu'ibc faisoient de ladittc prétendue religion, ensemble ceux qui sçavoîent signer, le seing manuel de leurs mains, poiu* efttre le tout inscript en un registre fnict par les grefliers. Cet édîct intimida beaucoup de hiiguenotz, Icaquclz, igaoraus k quelle tin il esloit lîuct, se retirèrent des presches piUjlics et plus n'y voulnrenl aller, el en- , core moings au grelfe bailUer leur nom, surnom et seing manuel par ' escript; mais depuis demeurèrent un lems maisons, vivans en liberté I de conscience, san» plus aller h messe el à prcscbe, el de ceste manière vescurent À Provins M*= Jehan de Ville, procureur du roy, el Girard Janvier, bourgeois.
Au commencement de l'eslablissemenl dudit presrbc audit Montez, tes gentishommes susdits, avec les buguenolz des villes de Bray et Montercau. parclisscun diuianche assistoientaadil lieu pour ouyr lemprédieant, comme aussi faisoient les buguenotz des villages: lesquelz di la lin se lassèrent d'aller si loing , et pour ce discontinuèrent d'y aller par chascun dimanche, ains n'y assisteront plus que une fois ou deux pour le plus parchasctm moys, lorsqu'ils faisoient quelque baptcsme, mariage ou la cène, et peu i peu se desgoùtèrent tous, sans plus faire grand conte d'y aller. Je ne s^-ai si l'incommodité du lieu les lafisa point; car. par tout le reste de ceste année n' eurent aultre lieu à se mettre que le champ susdit vuydc et vague, le<|ucl ilz Irouvoient par chascun dimanche tout foidié el plaïn de fiente des pourceaiii du cbasteau de Provins, que le porcher y menoit mérienner et dormir de midy par chascun jour, en dcFision el mocquerie de eux et de leur , prélcndue religion.
Ceste présente année . touchant les biens de la terre , fut assez fertile de grains, foins, poix, fchves et vins, combien que l'esté, comme aussi avoit esté le printemps, fust assez pluvieux et trop plus qu'il
u'estoit nécessaire pour faire la moisson ; laquelle fut fort malaisée , pour les pluyes trop fréquentes qu^il faisoit par chascun jour. Et ne put-on faire si bonne diligence en Brie n en Champagne qu'il n y eust beaucoup de grains germez aux champs, qui fut cause que plusieurs personnes mangèrent de pauvre pain toute Tannée. L'automne fut quelque peu plus commode que les deux aultres saisons devant dittes, qui donna meilleur accroissement aux vins et vendanges , qui furent assez copieux pour Tannée, mais non si bons que Tannée de devant; toutesfois se trouvèrent meilleurs beaucoup qu on ne pensoit.
Un prêtre de Grisy ou de Villcnauxe- la -Petite est assassiné la nuit dans sa maison, ainsi que sa chambrière.
L'hiver, en son commencement, à le conunencer sur la fin de Tautonne et moys de novembre, fut fort doux et gracieux, jusques au vingtiesme jour du moys de décembre, vigille de M. saint Thomas Tapostre, sans faire froict ni aultre que aulcunes gelées blanches aulcuns matins ; mais se passa la plus part en pluyes non trop froides pour la saison, et estimoit-on que Thiver se passeroit en ceste sorte sans grosses gelées. De laquelle estime furent trompez les hommes qui avoient eu ce jugement, car la vigille de la feste dudit saint Thomas conunença une froydure assez grande, accompagnée dès le matin d'une pJuye froide, qui sur le mydi se convertit en neige, qui tomba d*en hault le reste de la journée en une si grande habondancc que la terre, qui estoit fort mouiliiée, s'en trouva couverte au lendemain matin, jour dudit S^-Thomas, la haulteur d'img pied de roy et plus ^ Avec laquelle neige survint ung vent de bise ou hault galerne, qui desseicha la terre si soudain que rien plus, par une forte gelée, qui conmiença dès la nuict d'entre la vigille et jour S'-Thomas,
* LliiYcr de 1 564 est resté célèbre. On lit dans les Mémoires de Pierre de l*Ëstoille (coUecl. Micliaud, a* série, l. I, p. 17) :
l/an mil cinq cens soixante-quatre, La veille de ia Sainct-Tbomas ,
Le grand hy ver nocu vint oombaltre .
Tnant les vieux noicrs à tas ; Cent ans qu'on ne veid td cas.
Il dura trois otois sans lascker.
Un mois outre Sainct-Mathias , Qui fit beaucoup de gens fascber.
15^4. et continua sans cessur jusquus au dernier jour de décembru îdcIoîsîvemcul. Cesle gelt-e fut si forte que, dès le jour S'-Tbomas au soir, la glace estoïl si cspesse Sis rivlùrcs quelle soustcDoîl ung Iiomiiic sans rompre ni se casser sonbz luy, combien que ce dit jour S'-Thomas, comme aussi le lendemain, il ne cessa de neiger nuict et jour, sans que ladilte neige corrom|)iRt la gelée. La neige pai' après fut si espesse par les champs, qu'es lieux les plus planeux y en avoil jusque» au tien deschaulses au-dessoubz du genoil d'ung homme de moyenne grandeur. Depuis ccslc neige tombée que le temps s'esclaircist, la gelée redoubla avec ung vent d'amont froid au possible, et si rude que les mieux vesLus avoient moult à souffrir, quand iU estoîent hors des maisons. Il n'y avoît maison en ville ne village où l'eau ne gclast à glace, en tous lieux qu'on la pust mettre hors le feu cl les charbons eutllambeit; et dirai jusque-tA sans mentir qu'en plusieurs maisons bonnes et bien closes l'eaue et lu vin gelotent (lovant le feu gros et bien moyenuemeal entretenu de bois, et vJs en plusieurs maisons et eu la mienne mesme une fois le pot de fer au feu bouillir devanl et la glace à la queue du couvcscle ou couverceau qui le couvroit, qui s'estoit prinse de l'eaue qu'engendre la fumée d'ung pot qui bous! devant le feu. Toutes les nuictz et malins, quand toutes personnes se levoleut de leur lict , la glace esloil prince sui- le drap de dessus, de l'eau qii'engcndroit !e vent et alaine des personnes qui estoîent couchez dans le bel. 11 n'y avoît cave, tant feust-ellc bien estoupée , si elle n'estoil voultée el creuse de dix el dûuie marches en bas, où le vin ne gelasl dans les tonneaux, si l'on ne faisoit du feu de charbon ou aiillre matière pom' l'empescher. Desquelles caves, tant voultées et creuses fussent-elles, falloit bouschcr les fenestres, bées, lucarnes et aullres ouvertures par où elles pn>nnen1 jour, pour empescher le vin de geler. Le vin gela si fort en plnsiours ccliers bons et bien estouppez , que , pour en tirer des tonneaux , faiut percer avec une broche de fer tout rouge. Ceux qui enlrepnn(b"cnt de cherier du vîn en hamols par les champs durant lesdlttes gelées ne perdirent leur vin, combien que les tonneaux se rompissent; car
le vin n eust sceu couler à cause de la gelée. Il advint que ung laver- 1564 nier de Provins, durant icelle gelée, alla chercher du vin à Chalaustrela-Grand, pour mener en sa maison; lequel estant auprès du Meez de Sordun, apperceut lelonneau qui estoit dans la charrette entièrement rompu de cercles et par les fons, au danger, ce luy sembloit, de perdre tout le vin d'iceluy ; n y pouvant mieux faire , trouva moyen de mettre ledit tonneau tout rompu qu'il estoit et le vin tout glacé qui estoit dedans en img grand sac qu'il ou son charretier avoient porté pour eux affubler, et le lièrent en laditte charrette pour le saulver, et sans en perdre une goutte, gangnèrent la ville et sa maison. A la descharge duquel se trouva plus de cent personnes à le
veoir et admirer telle chose. Les nuictz des vingt-trois et vingt-
quatriesme jours de décembre, comme aussi la nuict de Noël, la gelée fut si forte et le geuvre si grand sur les bois de la terre , le soleil fut si cler de jour pour la fondre, qui retendrissoit le bois, que les noyers et les bois des vignes furent entièrement gelés et gastés; ce qui n'avoit esté veu en France depuis Tan i48o, en laquelle année avoient esté gelez vignes et vins, comme Tai ouy dire à quelques anciens, qui disoient estre nez de cest an-là.
La plus grande froidure qui feust en ceste gelée-là fut le jour de la feste des Innocens, auquel jour les mainz, les piedz, les aureilles et le membre viril de plusieurs hommes gelèrent, qui cheminoient par les champs, et fut celuy heureux qui n'eut que faire daller par les champs ce jour-là. Ceux qui eurent les membres susditz gelez endurèrent une grande douleur avant qu'estre guaris. Les aureilles leur enflèrent, les mains et piedz leur crevèrent, puis pelèrent, et leur fut le mal si grand qu'ilz furent plus de six sepniaines ou deux moys sans guarir. Chose difficile à croire, qui toutesfois est véritable, qui est que, en divers endroicts par les champs, on trouva durant ces gelées plusieurs hommes mortz , qui n'estoient mortz d'aultre mal que de froict, et en fut trouvé ung entre Donnemaric et Thénisy en Montois. Les crestes des cocqs et poulies furent gelez et tombèrent de dessus leurs testes, quelques jours après, plu-
1&64. sieurs desquels furent trouvez morts dessoubx leur juc. Les agnaux se mouroieat en naissant, et peu en ruscliappa cestu amit-e pour la durée dudict yver, ainsi qu'il sera dict cy^après, comme aussy les cou~ choas destruyes qui coucbonn oient. Et, pour le faire court, il fit sî tiroict sur la fm du mois de décembre, unze jours durant, que l'air du temps retinsseioil de froict sur la neige , tout ainsi qu'il faîct stir la terre en esté, durant les plus grandes chaleurs qu'on vit jamais Taire.
Le roi ordonne que désormaiii l'année commencera non à Pâques, comme auparavant, mais au premier jour de janvier'. L'édit de Rousstllon est daté 9elon cette méthode.
' C'est l'objet de l'article 3^ d<! l'or- du mois de janvier iâ6î (i&Gà)- jbanadoniianc« additionnelle k celle d'OrltÏHiin berl, I. XIV. p. 1^9.)
ALTERNATIVES DE FROID ET DE DEGEL. •— INONDATIONS. LES EAUX ENTRENT DANS
PROVINS. ECROULEMENT DU PONT AU CHANGE , k PARIS. EFFETS DE LA TEMPERA- TURE SUR LES BL^S ET LES FRUITS.
L'an mil cinq cens soixante et cinq, à commencer Tannée au premier jom* de janvier, suyvant Tédict du roy, les gelées, desquelles nous venons de parler en la fin de l'an dernier, commencèrent à cedit premier jour de janvier k se destandre et les neiges à fondre sans pluye pour le commencement de la journée , qui estoit commodément chaulde pour la saison , et senibloit le bois ni le feu n'estre plus nécessaire pour se chaulfer. Environ l'heure de midi commença ung peu à pleuvoir une pluye doulce, médiocrement chaulde, qui ne fut point violente, qui fut caiise d'accélérer la neige de fondre, qui estoit si habondante et espesse siu: la terre que avec difficulté le vouldroiton croire. Et dura le temps ainsi doulx et au dégel jusques au cinquième jour duditmoys de janvier; auquel jour il commença à regeler aussi fort que devant, estant la terre toute couverte d'eaue qui n'avoit sceu entrer en terre, d'autant qu'elle n'estoit desgelée entièrement. Et dura ceste seconde gelée trois semaines toutes entières, qui fut jusques au vingt-huitiesme jour dudit moys. Durant lesquelles trois sepmaines, fiu:ent les gelées et le froict aussi fortz que les premiers dont nous avons parlé au moys de décembre dernier. Et survint aultant de neige ou plus que devant, avec ung froict vent d'amont fort aspre et cuysant, qui chassoit la neige es fossez et valées des montagnes, en si grande habondance qu'en certains lieux en avoit plus de six pieds de hault. Les bledz furent gelez en la Brie de ceste seconde gelée tout entièrement sur les sillons, à cause que le vent ayant chassé la neige de dessus , fut la racine d'iceux recuitte en telle sorte que peu en reschappa. Audit vingt-huitiesme jour de janvier,
IMS. rccomtnençii à dcsgcicr potir ta seconilc Tois jusqu» à la inoilï^ <
tieigct foniiueii cl terre desgeléc, qui dura jusque) au dernier jonr dudît mois. aiti|url jour roconuiii--uv2 la gcUo et k nvigcr tout en la «orlo riu'cfi deux fois précédente»; l(!.«]iicllefl gelcfl el neigat durîiirenl ju«qiiCA iiu vingt-cinquictinio jour du movs de rcbvrîcr unsuivanl. disant paruiUi3 rroîdures cl vent d'amoal froirt, tout aiasi que d«voD(. cxcvpli^ la froidure du jour des Innoccns seullefntml. Et Dieu •çait vouibivti les pauvres gens dva villes et villages qui n'avoimi poiocl de Iwts endurèrent do U uiurfonlure ; la pluspart deroouriiT.nl dcdan» lett liu. sans se lever que poiu niitnger une foU cfl vingt-qufllre hf?ure». L(M pnuxTe» gens de la vïUe du Parî» cl«ultra» qui avoienl meilleur moyen furent conlnînU de brusler leur menuiserie de laquL'llo ïlz avoîcal lu moings & faire, comme tonneaux, vieilles rouelle», mescbanta roCTre» cl aultrc hardage. Ceux qui n**voieiil laid provision de (ouïes rho»es devant l'Iiiver, et prinripailement de bois, l'acbeptèrent dci rej^raltiers A grande rherlè; car il œ fut possible de charicr par eaiic diinmt icelles geU-cs, à cause qae par chasciin jour les rivières se gla^oinot et hutinoïeut d'une cruelle foçon, qui porU grand dommage aux ponli cl arcbci qui sont »nr Irsdilte» rivière.».
Ia tnatr àrs npjgi's Mute une inonilation dan» la vallfw dcIVï^ini L'oAli, entr^ par le* uuout rt |iar )«• agneaux dv* murailki, rovatiil la ville. pènMv» daiu I» niaiwtu» ei U^ t^î»n jusqu'à 3. 1 on & picdi de baub-ur. reoWnc pluûeon tMliiUUniu. enït^v le> inruMn , J^avc In ni», dêlerreln aittrla.elc. — K l'uii , in glaçoi» el In ^tidcs caui t^ndonunagcnt te pont an CKangr c< font écrouler pluitrur» ntaitom'.
Incontiauat après le dcsgel, qui fat au commcaeement du nxiy» de mars, les bboureors s'npperceuronf bien que leurs blcdz estnient gelei. el si nVn pouvoieiit rien rétsouidre à ta vi'hl^, muoq les plus erperlK. leiqucli furent en cestc oppinion dtt les rclaliuurvr ponr y
* L'aulntr dnane id, «or Ica froidi d» Ki^ti. ijui minl |Ht (uni di«;nn iTlb* aoBtaa iJS4-iMi&. qualon* nn de m rapralnil».
semer des orges. Mais n'osèrent, à cause du murmure du simple 1565. peuple; joinct aussi qu'il sembloit que çà et là ung brin de bled qui estoit reschappé tasseroit et multiplieroit, qui pourroit bien valoir aultant que meschante orge, parce que toutes les terres de la Brie ne sont propres à en porter. La vallée de Seine, depuis Paris jusques à Troie en Champaigne, tant d'ung costé que d'autre de la rivière, à plus de une lieue, se porta bien et ne furent les grains guères endommagez dcsdittes gelées, et n'y eut que la Brie qui en portast le plus de domage.
Les vignerons se trouvèrent en grande difficulté de quelle manière ilz tailleroient leurs vignes, et s'araisonnans les ungs aux aultres en la saison d'y besongner, demandoient que chascun d'eux en dist son advis. Aulcuns expérimentez furent d'advis qu'on les couppast par le pied contre terre à la renverse, pour mieux les faire jetter; les aultres ne furent de cest advis, mais disoient qu'on les taillast à la manière acoustumée, de peur d'oEFenser Dieu; car, les taillant aultrement, eust semblé se mesfier de la providence de Dieu; et sur ces difficultez d'oppinions, chascun vigneron tailla ses vignes à sa fantasie. Plusieurs les couppèrent à renvers par le pied; les aultres les taillèrent à la manière accoustumée, espérant qu'elles jetteroient par le contre -bourgeon, qui poiu^roit jetter des raisins et du vin. Mais furent trompez, car elles ne jettèrent que parles coUetz , et apperceuton que ceux qui avoient couppé leurs vignes par le pied n'avoient du tout maulvaise cause, et jettèrent leurs dittes vignes mieux et de plus beau bois que celles qui ne le furent, mais portèrent moings de raisins pour ceste année, combien que les ungs ni les aultres n'en jettèrent guère.
La saison du printemps fut assez belle et commode pour faire le labourage et besongne des champs, et fut des mars, orges et avènes à planté , et firent faulte les laboureurs de la Brie qu'ilz ne relabourèrent partie de leurs bledz les plus gelez, car ilz y eussent eu plus de prouffît qu'ilz ne eurent. Les terres se trouvèrent en meschant garet toute l'année, et principallement celles qui estoient en pente,
MIS M K MOI ni: S
irifif). car, par Itn trois ilcs^i'lxjiril lit m riiivcr. ainsi que Tavon!» dfdtiîct, TraiH' <|iii n'ciilia ilan^ la It-rrc, pfiiir ce f|iù*lle ncstoit ile«*j;clêe, ciniKMia loiitr rhiiinrur cl la iiuMllcMire Iimmï de drsMis dan.s lob t^aiies ri vallé«*s, ol n'v cK-iiuMira cpiasi (juc la inoschaiite Wrro blanche ou luHliT. Va ^1 fureiil. par le.silitti^N neige, «^elt-e v\ long wer, les terres si niorloncliies el i'sfiir«'i\s, cpie les lahouieurs ne lf»s poiixoient remettre (Ml garet. Les novers M'inhinient estn* innit/. par tout le ini)\s ci'apvril el la inovtié du inoys di* inav, car il/, ne jettoient poinel par leurs boinjjeuns natun*!/. : ains ri la lin i en\ tpii rescliapprrent jettereiit noiivf-aux lïDurgivins j)ar le vieil l)(»i> «•! ncm par iiduv île rann»*e clerniéri»; el ur r«MUi*illil-<Mr puiiil di* no\> en irslr pri*sente année. I*e> poiriers et ponnnnr.s «pii irt'sloifnt di*s pins liastil/ portèrent ijiielinn* pini d(* llenrs r.{ de innct/.. mais non «{Uitin; les tenilres el hastils InrenI j;elt»z c«»nniH» les no\«Ts 11 lui i-n jilnsienrs lieux des pruuc*^ et des eerises passahlouMMil , inai"» non partout. l/hi\er ne fut si iuipétiHMix de Iroidrs ^l'ii'fs m nei^^rs m (iasc (uij;ni», PioNente et I^ii- ^uimIoi (pi'il lut en le pays; Imis ;^Mains, vi^^nes ni aibres ne lurent «^asli*/. connut' «-n re pavs.. . .
OBDONNANCES ROYALES. SURVEILLANCE EXERCEE PAR LES CATHOLIQUES ENVERS LES