‹ Memoires de Claude Haton (volume 4)Chapitre 43 sur 44 · OÏR · texte numérisé non relu

OÏR

l&AO, Um jour dr cairinv, lool dèuoDcj-* |iar li-iin vouuu miamc biuM rtlîr.

s a^i-iu ri fl<^ cbapot». Lf Ifailli vl )e proairrur du rcî w I

; retimil mds jvoîr îi

le aoapcr, i

porlDOl dttu- U aMikon , puis m

coDtra (entra I éet ulliuiiqtm.

Le pnncL- dv Cond4: . apr«* a^oir u*t»1^ au cotiknl du roi , i Moulitu, w rvwj &«a mutou dv Vairrv. (4 Je U , eu puuiil par Provii», dam Mm E:f)utM de PicardM*, p^ur faire comt lc**nlitioa* qui t'y éUiiMiI êlnTM oïlre If» c bqna et le» protnUut». g^

Au inoifr d'aprril , première scpmaine devonl roctaye de 1* f«Me <lr- PaaquH, le rvy arriva en la ville de Sen», où il Qe «'urcsU que wh nuict; de Sens, pour aller coucher en U ville de Bray-uir-Seîoe. îl pnnt KOD chemin par Sarginea, où i) diniia au ïop» du euro dudit

heu nommé luniitre Oeninal, chanoine du depuis de TégliM de

Sen», hfjuel préM^uta à m inajeslv du >io du as miiMO et rreu dudil Somaev. qui par ladillc majeslè fut Irouté fort bon, el n'eu fut poinct h«u d'aullre 1 »un disoer et celuj' de »on tntn que de celuj^ daitrt curé. I.e roy 9e cognoissoit fort bien un vin et Mvoit bien juger quaad d estoit boa, cl fti de soy en benvoil fort peu ou poincl. pour l'imperfeclioo qu'il cognoissnil on ta personne. D eAtoit fort colore v| cruel en icelle i frapper, battre ou tner k co>ur jeun, cl encore* d»vaolage iprè» son repa«. quand il avoil bcu du vio; pour de J»(pi«ll« cnunlté se ^rdcr, ne vuuluil user de vin pour son boîre. dna êe flitoil compoifer ung breuvage d'eaue Micrée au lieu de vin. Toale^ foîft gDUsla i M>n dîsocr du vin dudil curé de Sorgine^. qu'il et M» gem Irouvèreol fprt bon. ApWa son di»ner cl avant que niuatef * cheval, iv proumena es environ* le logi» dudil rur^. el. clieniiourf en Si court, ouyt crier de» p«lt« coudiuos en une ton é porcx . doal iu}' print vohinlé de les veoir, el poiu- ce faire feit ouvrir la *pn. rt en iceUe trouva le^dils couchons qui allaicloient la Iruye leur mère, oùaa niaji^té priol granl plaisir à les «voir, ct.coauiic toute jeiui«Mr. tant des personnes que des anjiiiaui, rsl dclectalilc k l'horotne plu que le» adulte*, aa majesté priot ung desdiu couriiuns eu ie» maiof pour le manier. Au cry duquel cuuchon, >r lova la Iruye qui. on M forcor. •ortii hors de m>d loict et scu qu'elle trouva ouvert», et M

âOl

jetta au roy qui nianioit son couchon, lequel se trouva si enipesché à 1566. se deEFendrc de ladiite truye qu'il n'eût aullre loysir que de jetier par terre le couchon et de tirer l'espée d'ung des pages qui le suyvoient pour en frapper au travers du corps d'icelle truye, qu'il tua estant en sa colère, ce qu'il n'eust faict sans estre blessé d'elle, s'il eust esté seul; mais, estant secouru, fut délivré de la fureui' d'icelle truye, sans avoir mal. Il commanda au partir qu'on la payast au curé avec toute la despence qu'il avoit faicte en sa maison ^ Dudit Sargiues, il print son chemin au village de Noyen-sur-Seine, pour aller visiter le chasteau dudit lieu, apartenant à mons. de Carnavalet, ung de ses escuyers de chevaux, et visiter l'escurie de ses chevaux qu'on nourrissoit audit lieu. 11 n'aresta poinct audit Noyen ; mais, ayant tout soudainement regardé le lieu et ses chevaux, alla descendre en la ville de Bray, où son repos s'apprestoit pour la nuict. Au lendemain, sur les neuf heiu^es , s'en partit après avoir ouy la messe , et , sans manger, monta en son coche et s'en alla disner au bourg de Mons en Montois, lez Donnemaric, où il séjourna jusqués au lendemain matin sur les dix heures. Il estoit accompagné de la royne sa mère, de mons. le duc d'Anjou son frère, de mons. le connestable, qui l'avoient suyvy continuellement en son voyage. Et n' estoit pour lors sa suitte guères plus grosse que celle de mons. le prince de Condé , qui avoit passé par ledit Bray pour aller en Piccardie , n'y avoit qu'environ six sepmaines. Les sieurs admirai et d'Andelot estoient avec S. M. audit Bray et Mons en Montois, comme aussi estoit le cardinal de Chastillon , leur frère.

' Ce combat de Cbarics IX contre une truie rappelle celui que son aïeul François I" livra au château d'Amboise contre un sanglier furieux. (Voy. le récit de cette aventure par Nicole Sala, que M. J. Quicherat a publié dans la Biblioth. de TÉcole des chartes , t. Il, p. a8a.) — Charles IX, à la chasse, éventrait de ses propres mains les animaux blessés; il coupait le cou aux ânes qui se

trouvaient sur son passage, tuait des pourceaux et faisait étrangler par ses lévriers les vaches et les mulets. On trouve dans ses comptes de dépenses (Archives curieuses de l'histoire de France, t. VIII, p. 355 et suiv.) diverses indemnités données à des propriétaires pour des faits de ce genre. Voy. aussi HisL de Charles IX» par Papire Masson. (Ihii. p. 34a.)

'102 . Mh'MOIRKS

ÏU{}t}. Or advint-il (|u«' S. M. r{ son ïvrrr nums. li- duc d'Anjou lrou%'èriMi! nu lo^is di» [ruv ho.str, (|iii i-slnit If (\'iiioniiii'r th* Mons, ranonnîcr di' sadittc niiiji'slê. uni; laliM-liiMn»' iniii;ui*nn( iM dos psainn's dr Marfit r{ di' |{i'»/.i», lairt/. à la Ini^uciioli*. Pendant uni» partit» d»* rapn-s-disnêr. pa.ssrpMil Iriir ti'inps a proM'InM- i*l i-liantrr Icsditz psalmt*^, v{ presirlinii»ni i»i rliantoi<Mit Tinij; aj)n»s l'anllii», l«» rov r\ son fnTi». à ffiii inicnx d\Mi\ ((Hitndcroit h* h\\*^w*\u)\ r\ picMiicont, f*n faisant \o% niini^s t*\ {»rsti»s d'iriMix |iiv(li(-ans ri Inijjtn^not/, ^n la pn'Si'ure «le iiMir int-n* et di*sdit/ sirnrs admirai. dWndidot ft rardinal dt> (^ha.%tillon. Aprrs cpir Ir rov (*iit iai(*l du prôdirant , ninnsi«'nr Ii* dur hoii IVèn» lui ostadi's mains liMJiil catlifM'Iiisnx' ft livn» di»s psahnrs, i»t iuv flisl : " Mon irrrt', \ons \u* vous ro^noissi'/. a l'siii» prédirant, vf»u^ nr Jaiitos pas hicn la niin<* \\v Tiporritc: laiss<*z-mov iain* f*t lairli^s li* hngn(*niit voslri* lois, rt \c \ons irrai l>i«*n mi^ux l.i luinc (pic vous m* lairtfs. .If If i'ais luifnx (pn- \ons. » - l'.t mov rpif \ons, «disoitifrov Auipii'l rt*s|>iindit nionsitMo* li* ilm* : Nous ur Irviv. pas I)i(Mi vos vcmix .Ml rifl pmii \(»oir io (!lirisl. • lit \tMis. mon IVfrf . vons w* vous v

roj^noissf / . disnii |f r(»v; vons m* joij^nf/. |)as Itirn |f s auif illfs et n** tourn*'/ pas |iii*n vnstrf tf>lf . rar. pi>ur (*strf lion pn^liranl. il fault nnfux joindrf les ;inr<*illi*s (pu* Ifs mains, tout ainsi i|Uf faict un^astif «pi'«»n vfolf rjiarjji'r «If <pif|fpn' ^los fn/. . .. H.i! mon friMi*. c\*si vosiff honni in . Il nu* M-ndiif ([Uf jf m acpiitif di* fi»stf i liarp»* mifux ipn* vnus: «i pnnr ni»ns fn rfmlri* fi-rtains. à ipii vnns fn rappnrtezvons.' Alix pn^litMiis nn à li-nrs aiifliffiirs.' Ij. fii disant ff , jeltêrfiit l«'ni ri';^ard mii Ifnr nnTf ft ^nr li*s sii-ni^ admirai fl d'Andtdot, rpiî i-stnHMit Im^iifiiiit/. Iifiutiida. dist II' dm . pii(l''\.int monsi«'nr Tadmirai! il siail lûfii fpi«* r'f st , il nmis iii diia liim (pn'lipn* rhose. foiimii* aussi pliisii'ms ^inltrfs do s;i riimpa;;nii' .If xoii^fn laisrt^manda pardfN.mt iisanl df ri»s pr«»pif s ifiiiH's . . l|r ilfa ! mon trfrr . dist

I*' in\ .1 monsh'iii If dm , vmis l«s .»\f/ fii moidt !«•! tron\f/. ; n'fsies- \oiis pnnii t ili's li'nis.' . \iin. n-spunilil mniiMt'or If iluf, mais je ^lai liif n • r ipi d/ si .i\«'nt «'t l.i bonne imn'- ipi d/ Innf. Il \oiis lault \fuir .1 niun ••v«i»lli-. I'.i>nr lillisp;Mollfv. JDVfusfiiifnt et île i^rand cmiragf

deschirèrenl lesditz livres de cathéchisme et psalmes, et jeltèrenl les 1566. feuilletz au visage Tung de l'autre , en disant : « Vous ne vous cognoissez à faire du huguenot et prédicant, je les sçai mieux faire que vous. • — « Et moy que vous , » dist le roy ; et courant Tung après Taultre, jettant tousjours les feuilletz au dos Tung de l'aultre, le roy apperceut le sieur d'Andelot, frère de Tadmiral, qui estoit parmy les gentilzhommes qui les regardoient, et dist à mons. le duc : « Mon frère, demandez à mons. d'Andelot que voylà si je sçai pas mieux faire le prédicant et huguenot que vous? • Et furent ces faicts et dictz Tesbattement de ces deux princes, au lieu de Mons en Montois, une partie de la journée, au mal-contentement des sieurs admirai, d'Andelot et des aultres huguenotz qui estoient présens à les veir et escouter.

De Mons le roy s'en alla au giste à Nangis , où il passa une journée, et de Nangis, se retira à Fontenay et à Monceaux en Brie lez Meaux, et de là se retira à S-Maur lez Paris, avant qu'entrer en laditte ville de Paris, donnant ordre aux affaires de France, et faisant entretenir ses édictz, et principallement l'édict de pacification d'entre les catholicques et huguenotz héréticques. Et nonobstant que S. M. feust dévotte et catholicquc, si est-ce qu'il sembloit mieux favoriser les huguenotz que les catholicques; qui fut cause que le peuple catholicque détractoit de luy, ne sçachant son intention, ni à quelle fin il tendoit. Il se travailloit fort à réconcilier les princes de Bourbon avec ceux de Guise, comme aussi tous seigneurs qui estoient en discort pour avoir tenu divers partys.

Charles L\ renouvelle la publication de ses édits sur le port des annes à feu ^. Il rend une ordonnance pour défendre le port des dagues et poignards. — • Les gens des villages et du plat pays jouissent cette année d'un certain repos; cependant, dans les lieux où il y avait des protestants, ceux-ci, par leur arrogance, leurs injures et leurs blasphèmes, font naître des disputes et des séditions.

Advint en ceste année, quinze jours après Pasques, au jour du

* Déclaration pour la pacification du de corps et de biens , et de jurer le nom royaume, réitérant la défense du port de Dieu. Moulins, 1 3 février 1 566. (Fond armes à feu, sous peine de confiscation tanon, t. I, p. 654-)

1566. dimanche de Misericordia, auquel de toute ancienneté se faict en la ville de Provins procession généralle par les catholicques, en Téglise de N. D. du Chasteau, une petite sédition entre les huguonotz de la ville et les enfans des catholicques d'icelie ville allant à ladilte procession. Et advint ce par Taudace desditz huguenotz hérétîcques; lesquelz, pour dcspiter les catholicques et les attirer à sédition, partirent contre leur coustume dès huict heures du matin, pour aller tous ensemble à leur preschc à Morant, et avec leur audace, tous Tespée à la cincturc, passèrent orgueilleusement parmy les catholicques, en chantant leurs chansons maroticques qu'ilz appeloient leurs psalmcs, en se mocquant de rassemblée desditz catholicques et de leur procession ; chose qui moult despleut à tous lesditz catholicques, qui esloient bien en nombre de mil à quinze cens hommes, et lesditz huguenotz n'estoient pas plus de cinquante, en hommes et femmes. Les catholicques furent empeschez de se mer sur lesditz huguenolz les ungs par les aultres; car les plus paisibles empeschoient les plus fervens de se jcttcr sur lesditz huguenotz; et pour ce passèrent iceux huguenotz à travers de la tiirbe sans trouver empeschement, sinon au rang des enfans, qui cheminoient devant les prebstres à laditle procession. Lesquelz enfans, nestans sages comme les hommes, ne purent porter en patience Tarrogance et injures d'iceux huguenotz, contre lesquelz se bandèrent à leur rendre injure pour injure, criant les ungs après les aultres. Dont advint qiulz huguenotz insolens frappèrent aulcuns desditz enfans catholicques, qui fut la cause de la sédition. Car tous lesditz enfans, voyant ce, se ruèrent à coups de pierre et de boue après lesditz huguenotz, ausquclz donnèrent la chasse, et leur eussent faict beaucoup de mal, sans les hommes catholicques , qui les retirèrent. Iceux huguenotz , indignez d'avoir esté battus, mocquez et chassez par les enfans, ayans grand regret que ce n estoient les pères d'iceux, informèrent contre lesditz enfans qu ilz cognurent, et vouloient que les pères respondissent pour eux et qu ilz fussent condempnez à souffrir corporellement les peines portées par les édictz, et à ce tendoit de les

condempner le baiiiy de Provins, fauteur desditz huguenotz, avec le 1566. procureur du roy de laditte ville, en faulte de les représenter. De la sentence duquel se portèrent appelant lesditz pères ; lesquelz feirent destoumer leiu^s enfans, et les envoyèrent demeurer à Paris, où ilz furent jusques à la reprinse des troubles. De ceux qui s y trouvèrent empeschez fut Jehan Roy, marchant, boui^eois dudit Provins, bon catholicque,,pour ses trois enfans qui se trouvèrent à la meslée des plus avant; mais à la fin n'y eut que les huguenotz de mocquez, car ledit Jehan Roy appella du tout, tant pour luy que pour ses enfans et aultres, à la court de parlement de Paris, où demeura le tout pendu à la perche.

Au conseil du roy y avoil division, parce que ledit conseil cstoit composé d'hommes de diverses religions. Chascun prince et seigneur y deffendoit le party de la religion quiltenoit, en excusant la faulte qui estoit provenue par ceux de sa religion , en demandant l'absolution pour iceux et en taschant de faire condemner les aultres comme séditieux; et se Irouvoit le roy bien empesché pour veoir à qui des deux partis il feroit plaisir. Quand il favorisoit le parti des princes catholicques, de ce moult estoient indignez les princes héréticques contre les catholicques; et souvent lesditz princes et seigneurs de France, en desdignance les ungs des aultres, s'absentoient de la court du roy et de son conseil et se retiroient en leurs maisons pour ung temps, jusques à ce qu'ilz fussent sollicitez du roy ou aultres pour retourner à sa court et en son conseil. Et tout aussitost que les ungs estoient arrivez à laditte court, les aultres de party et religion contraire s'en alloient et se retiroient pour faire place aux noveaux arrivez ; et sembla quasi par toute cette année icy et partie de l'aultre que les princes de la court du roy jouassent au boutehors.

Les protestants étaient soutenus au conseil du roi , en Tabsence du prince de Condé et des Chàtillons, par la reine mère et le connétable, bien que celui-ci ne fût pas hérétique.

Ils se plaignent au conseil d'être tenus éloignés par les catholiques des assem-

Ii06 MÉMOIRES

15()6. hl<îes délibérantes et privés de toute espèce de charges municipales; ils demandent au roi de faire cesser cet état de choses. Charles IX rend un édit portant que les hérétiques ne pourront remplir les fonctions publiques des villes, mais qu^ils auront entrée aux assemblées électorales et droit d'y voter.

Mécontentement dos chefs protestants. Ils quittent la cour : le prince de Condé se retire à Valei^-lès-Sens, Coligny à Châtillon-sur-Loing, d'Àndelot à Tanlay, près Saint-Florentin, où il faisait bâtir en se sentant des matériaux du couvent de ce lieu, qu'il avait détruit.

L'amiral, h*, plus subtil et cauteleux de tous, reste en grande faveur auprès de Charles IX, qui, sachant que lui seul empêchait le prince de Condé de quitter le protestantisme, tâchait de le gagnera — Coligny se sert de son influence sur le roi pour lui persuader c[ue les levées extraordinaires faites par le roi d'Espagne, sous prétexte de soumettre les Flamands révoltés, avaient pour but final de porter la guerre en France par la Picardie, et qu'il fallait opérer des levées semblables et mettre de fortes garnisons sur les frontières de Picardie et de Bourgogne. Il voulait ainsi, ou amener une guerre entre les rois de France et d'Espagne, ou se faire nommer commandant des levées. Suivant son conseil, Charles IX lève des troupes et place des garnisons dans les villes frontières; mais il donne le commandement de l'armée au maréchal Strozzi, contrairement aux espérances de l'amiral, qui se retii-e à Chàtillon. — L'ambassadeur d'Espagne se plaint des levées du roi de France, qui en rejette la faute sur les rapports faits par Coligny.

Coligny et le prince de Condé sollicitent le secours des étrangers. Le comte palatin du Rhin s'engage à leur fournir tics troupes, moyennant argent.

Les protestants, assurés de l'aide des Allemands, relèvent les cornes, provoquent les catholiques, les excitent aux séditions, s'emparent des biens des ecclésiastiques et chassent les curés de leurs bénéfices, en disant : « qu'avant qu'il fust un an passé on verroit bien aullre chose, et que heureux seroit celuy en France qui auroit esté huguenot des premiers. » — M. de Saint-Simon chasse M. de Maisoncelles, curé deBauchery, met à sa place, pour chanter la messe, un méchant prêtre huguenot, et prend les revenus de la cure; M. de I^rimsault usurpe les terres de l'église de Bauchery. — Le curé et les prêtres de Saiut-Fergel-lezNogent sont battus et mis hors de leurs maisons par M. de Besancourt, qui s'empare de leurs revenus et héritages. — M. de Mailleton saisit le revenu de la cure de Jouy-le-Chatel, et installe de force dans ce bourg un prêtre de son choix. — Le seigneur d'Esternaylès-Sezanne persécute les prêtres de ce village et de celui de la Motte, fait faire

' « Arrél d'innocence de M. Tadmiral de Chaslillon. i566, 29 janvier. » (Dubouchet, Preuves de lliistoirv de la maison de Coligny, p. 5i2.)

ie prêche dans les églises catholiques et tenir école de religion réformée dans 1566, les prcsbylères, en forçant les enfants à assister aux leçons. Le curé d'Eslemay se fait rendre les revenus de son église. — M*"* de la Motte, qui , à plus de soixante et dix ans, avait embrassé la réforme à la sollicitation de son fils, de sa belle-fille et des prédicants qui les entouraient, reste attachée de cœur au catholicisme. Elle fait relâcher un cordelier que les serviteurs de son fils avaient battu et enfermé. Sollicitée par M. de Bazerne, son gendre, de rentrer dans la foi catholique, elle en est détournée par M"** d'Esternay et les prédicants. Elle meurt à plus de quatre-vingts ans, sans qu*on ait voulu acœder à sa demande d'être assistée par un prêtre. Son fils la fait enterrer dans Téglise de la Motte, dans une chapelle que son mari Louis Raguier et elle avaient élevée.

Fault noter que, la portant audit tombeau, une difTiculté fut mise en avant par aulcuns des huguenotz qui raccompagnoient, sans en parler audit sieur d'Estemay, disant s'ilz debvoient entrer dans le temple des papistes , dans lequel ilz entendoient qu elle debvoit estre enterrée, veu quilz de leur religion réformée avoient en horreur les temples des papistes, quih appeloient la Bahillonne et ydoldtrie, et qu'ilz avoient faict le serment, en faisant profession de leur réformée religion, de n'y jamais entrer pour quelque occasion que ce fust, aultre que pour les ruyner et entièrement démolir; que, pour ces causes, s'ilz entroient audit temple sans le ruyner et démolir, ce seroit faire contre leur serment et conscience, et que de le démolir ou y gaster quelque chose pour lors, seroit faire contre les édictz du roy, et aussi fascher le sieur d'Estemay, qui ne les avoit mandez à ces fins. Durant ceste dispute familière les ungs aux aultres, arrivèrent à la porte de Féglise dudit lieu de la Motte, où tous s'arrestèrent pour mettre ce doubte en délibération. Ce que voyant, ledit sieur d'Esternay n'attendit que la question fust p^r nul d'eux mise en avant, ains, pour y mettre fin , luy-mesme dist à toute rassemblée ce qui s'ensuit :

• MM. je sçai qu'en nostre religion nous avons en hayne et horreur les temples des papistes, comme chose maulvaise et pernicieuse, et que , pour ces causes , vous faictes ou pourrez faire difficulté d'entrer en celuy-cy, chose de quoy ne vous requiers. Mais, d'aultant que ma mère en son vivant a tousjours eu ceste volunté d'y estre inhumée et

1566. enterrée, je ne la puis frustrer de son voloir. Dire que je n'entre pas pour le présent après elle, pour veoir où et comment on Fensépulturera, me semble cstre chose trop inhumaine, et ne me puis garder d'y entrer, pour n'en perdre la mémoire toute ma vie. Parlant, vous me pardonnerez et ne me tiendrez pour souUié et immonde si je y entre. » Et en disant ces paroUes, entra en Téglise, comme aussi fit le prédicant qui Tinhumoit; lequel, après que le corps fut posé près du tombeau, et avant que le descendre dedans la fosse, frappa par trois fois du pied contre le cercueil ou bière où il est oit, en disant telz motz : « Dors, Charlotte, dors, jusques h ce que le Seigneur te réveille! » Et dist telles parollcs par trois fois, puis le feit dévaller en la fosse. Ladilte dame s'appelloit Cliarlotte de Tinteville. Après qu'elle fut enterrée et son corps couvert, ilz prédicant et d'Esternay sortirent hors de Téglise, soubz le portail et dans le cymetière de laquelle cstoicnt attendans les huguenolz leur retoiu*. Le prédicant là feit le sermon ou presche funèbre à la louange de la deflFuncte, et tous chantèrent quelques chansons de Marot qu'ilz appellent leurs psalnies. Les plus sérieux huguenotz furent scandalisez de ce que leur prédicant et ministre, sans avoir conféré à la compagnie, avoit entré dans le temple des papistes, et festimèrent soullié et contaminé pour y avoir entré, et non ledit sieur d'Esternay, pour l'occasion qu'il en avoit et pour la permission qu'il en avoit demandée.

La dame de la Moite, avant sa convoi siou, était bienfaisante, charitable, sccourablc aux malades et aux pauvres; elle savait guérir de la morsure des chiens enragés. — L'année de sa mort, le (ils de M. d'Esternay étant tombé gravement malade, le père sollicite en sa faveur les prières des prêtres catholiques; cependant, Tenfant ayant guéri, il ne peut se décider à abandonner la religion réformée. — Une de ses iilles prend goût aux temples et aux cérémonies catholiques, et va à Téglise malgré sa mère. — M. d'Esternay, en vertu d'un arrêt du parlement, entre en jouissance des pâtures communes de la Motte. — Il s'était montré dur pour ses sujets depuis qu'il s'était fait hérétique; ses serviteurs, peu payés, deviennent , à son exemple et à la faveur des troubles, voleurs d'églises et de maisons privées. Inis à quelques jeunes gens de la Motte et à un prêtre, vicaire de Fontenay-lès-Nogent, ils commettent dans les villages environnants

nombre de larcins et de meurtres ; plusieurs d'entre eux , et notamment le prêtre , 1 560. sont arrêtés et roués ou pendus.

A cause du grand yver de Fan dernier passé, auquel au pays de Brie furent gelez les blez fromens, ainsi que l'avons dict en ladicte année , fut la charte de grain et vin fort grande , depuis le moys de janvier jusques au moys de juUiet, que Ton feit les moissons partout. Le boisseau de blé froment, mesiure de Provins, depuis ledit i^'jour de janvier jusques au moys d'apvril, se vendoit la somme de la à i5 s., et depuis ledit moys d'apvril monta par chacune sepmaine de plus en plus jusques à la moisson, à la somme de 2 5 s. t. d'argent comptant, et à créance ce que les créanciers usuriers vouloient, jusques à 3o s. t. et plus. Il fut fort cher à Paris et en toute la Brie, Ysle de France, pays de Vallois, Soissonnois et Picardie, où on recueille les fromens. Il ne fut si cher en Champaigne, Bourgongne et Lorraine, où on faict en habondance des seigles, mestaux et orges.

Les gens de justice et gouverneurs de Provins font le recensement des grains possédés par les particuliers, et établissent pour chacun des possesseurs une réserve qui, jusqu'à la moisson, devra être vendue aux habitants de la ville au maximum de 20 s. le boisseau; aux étrangers, on vend le blé ce qu*on peut. Quelques personnes, s'étant défait de tout ou partie de leur réserve, sont condamnées par justice à racheter Téquivalent de ce qui manquait.

U est ordonné à Tabbé de Saint-Jacques et au prieur de Saint-Ayoul de faire cuire une certaine quantité de pain pour être distribuée aux indigents. M. de Nasellc, abbé de Saint-Jacques par permutation avec Guillaume de la Chcsnais, n^avait point attendu cet ordre pour faire des distributions de ce genre; de Pâques à la moisson, il donne chaque jour du pain à plus de trois cents pauvres, leur fournit de Touvrage et mérite le respect et raflection des gens du pays. Au contraire, M. de la Ghesnais, qui était abbé d'Hermièrcs, près Paris, et conseiller au parlement, et qui fut pendant vingt ans abbé de Saint- Jacques, n*avait fait aucun bien. Il répandit dans Tabbaye d'flermières les doctrines de la réforme, et chercha, mais vainement, à les faire adopter à Saint-Jacques. — M. André de Gramont, chanoine de Sens et prieur de Saint-Ayoul, se soustrait, autant qu'il peut, à Tobligation de laumône. — M. Jacques de la Noue, gentilhomme, prieur de Saint-Sauveur-lès-Bray, fait, pendant la disette, d'importantes distributions

AIÂ MEMOIRES

()« pain. — I.M remtien d«s iblMy'M ilr Preuilly H île Jaoy. U pnMi>é ti« !■ FnnUine^ux Bou c« U cure dtf .McclMir-.Viin- «ml oblifcé», pu- juttcr. a caiw rn pain rartaiac (|uaDlitc de gnin pour donupr aui pautnii.

LeA nliM licIiH gctu di's pays de Brie, Picardie cl auhitM n? tnaiigèrent Aiiltre puîn ijiie d'avène, (uni ciui' le» Ictini darèrriit. ei fr»patenèrunl fort h lenra rhcvaiix pour la manger eux-iiiesin»; mais, ■près qu'elles furoat s«ili<^es en ceste année, ne leur en dumrun unèref , pai-qiioy fallut i]u'iU »ù pourvoumcnt. Ili pautTent en Chjiinpatgne pour aciiepter des seigles, orges et ivèaes pour faire du pain, en aitcudant leur moisson.

Laquelle tnoinmn venue, partout revint le f;rain de loole» espèces ft bon manrlié et prix I)f]ne5te. I.e froment rermt i 7 », et (i don. le boiweau, meturc' de Provins . et les aultres menus grains au prii le prix. Il ca^l valu moings de 18 dcu. sur boisseau qu'il ne foil. si le* martha»!! des villes n'msscnl boulé la cbarlé après laditle moiuoo; nuis, h cause du grand bâtard qu'ilt avoient vcu duraiil laditle rbarfé sur le grain .^racbeploienl i l'envie les unga des aultres pour remplir leurs greniers , cslimans qu'en peu de temps aprî>s re^iendroîl une aufksi grand» cbartê ou plus, ce que Dieu oe permist pas.

Toute celle année, jusque* aux vendanges, le vin lui fort cber. k cause de U gelée dudit grand yver, qui avoit gelé les vignes, et fut vendue la queue de vin du creu, no cbailoit d'où, ta villes de Provins et NogenI, au mois d'nousl et de septembre, avant In vendange tic cesie année, la somme de Bo liv. I., 0I fui tel jour qu'esdilles villes nul DU pouvoit trouver vin k aclieptcr 1 la pinte es tavernes pour Targeat, et avec toute dilliculté en potivoit-on trouvera tel jour oadille» villes et en plusieurs villages pour dire les messes es é^5es. Lequel vin, après les vendanges, revint k ^ liv, t. la queue du creii d<» «ovirofM et à deux lieues dudit Provins et Nogent, cestuy de Villcnsuxe à 6 et 7 bv. I. la queue. Les vins de ccstc année ne furcnl si bons m ai bmeux qu'on estimoil qu'ils seroicnt après U vendange, veu que les r«isins eurent bon temps A meurir el furent bien nuin aux vignes, el si advint U vendange en Iwnne saison et rliaulde, qui fut partout

commancée à la my septembre et devant. Toutesfois se trouva que 1566. les vins, après quilz furent entonnez es vaisseaux, furent mortifiez et platz, comme s'ilz eussent esté demy d'eaue. Et estima-on que cela provenoit de deux causes : la première du boys que les vignes avoient jette après la gelée par entre deux terres, qui n'estoit encores enchauché, et estoit gros et creux, plain de mousse et non ferme, comme il estoit avant ledit grand y ver. L'aultre cause fut, conune plusieurs estimoient, ung gros et impétueux vent, qui se leva sur la terre la vueille et jour de la feste N. D. de septembre, si gros et impétueux qu on n eu avoit poinct veu jamais, qui moult endomagea les raisins des vignes, et les esgréna à plus de la moytié sur la terre , où tous les meilleurs grains et les plus majeurs tombèrent, où ilz demeurèrent trois jours avant qu^on les peust aller recueillir, à cause de la feste N. D. et le dimanche qui estoit au lendemain, et ne les peut-on recueillir si habillement qu il n y en eust beaucoup de crevez et gastez.

Les firuictz, pommes et poires, qui estoient encores sur les arbres furent abbatus par terre dudit vent et plusieurs arbres arrachez, dont advint ung grand domage, car les fruictz en tombant s'offensèrent, et ne furent de durée ni de garde, ains se pourrirent incontinent, et en furent mieux nourris lesporceaux que les chrestiens.

Plusieurs commissaires sont chargés par le roi de faire dans les provinces la recherche des usuriers ^ Michel Alexandre, de Villenauxe-la-Grandc, reçoit une mission de ce genre pour la Champagne. Il fait emprisonner et condamner divers usuriers à Provins, Villenauxe, Meaux, Château -Thierry, Épernay, Chàlons, Reims, Troyes, Pont, Nogent, Bray, Montereau, Melun; il s'enrichit en rançonnant les personnes contre lesquelles des plaintes étaient portées. En définitive, on ne rend point aux victimes Targent saisi; il est absorbé par les frais de justice.

Le roy en ceste année ne se contenta de faire recercher et punir

' « Mandement pour la recherche et poursuite des usuriers. Paris, ao janvier 1&67. » (Fontanon, t. I, p. 677.)

les usuriers, maïs aussi feit punir et recerclier les trésoriers de ses finances, auscjuelz it feît rendre conli; à la rigueur de l'adminislralion de ses deniers, où îlz trésoriers se trouvèrent bien enipcschez, cl principallement ceux de l'aris, contre IcscjneU fut informé et procédé à remprisonneinem de leurs personnes bien cslroictenient. Aucuns desquels furent pendus oL estranglee comme larrons des deniers du roy, qu'ils avoicnt appliqués k eux, pour leur proudît. en acheptant scignories, renies et aultres biens, et ayans bast)' dti beaus chaslcaus et maisons aussi puissantes que celles des roys et des princes. Qui fut en partie cause de ce regallcment furent les plainctea portées au roy qu'ilz trésoriers luy avoienl faict conte d'avoir payé plusieurs compagnies de gens de guerre, tant de pied que de clicvai, qui monloil à grands deniers, ce qu'iiz n'avoicnt faict, ains avoient applicqué lesdiltes payes à leur prouflit. Une auttrc cause fui le rapport qu'on feit à la royue mère de la tnagniGcence de la maison d'ung dudit Paris, filz d'un cordonnier dudit lieu, et luy mesme cordonnier de son premier estai, qui avoil acbepté Testât de tjésoner n'y avoit pas diit ans, et loutesfoïs se trouvoil si riche en meubles de toutes sortes, fcust d'orfèvrerie d'or et d'argent que aultres, qu'ils furent estimez aultant que ceux du laditle dame roync. Laquelle, pour en sçavoir la vérité, alla visiter la maison d'iceluy, soubz l'excuse d'aller veoir sa femme en sa gésinne qui estoit acouchée, de qiioy le pauvre fol s'eslimoit estre moult heureux. La royoe trouva la couche, le lict, le cîci, les custodes, les couvertures, habiilemens de la gisante et aultres choses que les grandes dames ont pour parement en le! estai, aussi riches et sumptucuses que laditle roync en avoit ouc([ues eues. La chose qui plus fut remarquée en ladiltc maison fut la chaise percée qui servoil à la gisante pour faire les nécessitez et offices de nature, laquelle estoil couverte d'img fin velom-s carmoisy, attaché fort richement à cloux d'ai^ent, la plus grande partie desquels serorez de fin or, ce que jamais n'avoit eu laditte dame royne. Cestuy trésorier et trois aultjes pour le moings furent pendus et esLranglez pur leur col dans la ville de Paris an gibet de

Monsfaucon dudit lieu; et ne fut le bien dudit cordonnier suffisant 1566. poiu* payer le roy des deniers desquelz se trouva redevable, encores que son bien feust trouvé en tout monter à plus de trois millions de livres. Les aultres trésoriers, qui ne furent emprisonnez comme ceux ci-dessus dictz, s'absentèrent de peur d'estre mis en prison et se saulvèrent la part qu'ilz purent pour éviter la fureur du roy et de son conseil; comme feit ung appelle M. de Mauclerc ou Beauclerc, seigneur de Flomigny, parroisse de Bouray, lez la Ferté-Alex et S*-Crepais, lequel cependant recercha ses acquitz et le moyen de les avoir, pour mieux dresser son compte à loysir. Y ayant faict au mieux qu'il put, il se représenta à Paris, où fut mis prisonnier dans la Conciergerie par l'espace de plus de deux ans; de quoy pour ung temps il estimoit avoir faict grande foUie, d'aultant qu'il ne povoit trouver le moyen de rendre son compte. Pour des prisons eschaper, son honneur et vie saulfz, fallut qu'il baillast en pur don à mons. le mareschal de Cossé une maison qu'il avoit dans Paris, estimée de la valeur de plus de 3o mil. liv. t., pour tirer de luy quittances des deniers qu'il avoit mis en ses mains pour payer sa gendarmerie par l'ordonnance et mandat du roy. Et tant feit par ses debvoirs avec son bien, qu'il eschappa desdittes prisons , sa vie et honneur saulfz. Et luy ai ouy dire que, si la royne mère luy eust volu donner acquit des deniers qu'elle avoit levé et faict lever en sa recepte, le roy luy eust deub plus de 3 mil. liv. de bons deniers. Estant hors et absoubz des prisons et son compte rendu, vendit son estât de trésorier et plus ne le volut exercer, parce que, comme il disoit, estoit ung estât trop hasardeux et dangereux, à cause des envies et maulvaise foy des princes. Ce trésorier fut fort plainct de toutes personnes qui le cognoissoient, tant il estoit estimé homme de bien et d'honneur.

Jacques Spifamc est pendu à Genève, comme ayant voulu livrer la ville au duc de Savoie '.

' n cul la tôtc tranchée le 33 mars i566. (Voy. plus haut, p. 84.)

La Grne de Villenauxe. condamné à mort pnur mcurlre, obtient an adooi ment Je peiac par l'intercesaiDD du prince l'orcîen , dont il s'était fait scrvtle — Mnrldu prince Pomeii', au grand regret dos protestants. • car c'estoit des plus opiniaslres et pbrtinax hi^ri^liqueo qui feust en la France el dex plua liarbaies contre l'église calUolicque, el des plus séditieux. > Son beau-pére, le comte de Ncvers, lion catholique, s'efl'orce de le convertir et organise dans ce btit use conférence entre les deux docteurs catholiques VigOr et Benedicti, et deux ministres protestants, Tb. de Bèieet deSpina, en présence de notaires'''. Le prince est retenu dans la religion réfunuév par Tamiral el d'AudeJot. âa fciitiiie se couverlit.

On eut oppinion que, û ledit prince Portien ne leusl mort incoolineiit après icelle dispute, & la fin il se feust rédulct comme ss lètniiie; car il estima beaucoup lus docteurs qui disputèrent en sa prûscucc t.'onlrc les prcdicaos Kusdtlz. Estant au Uct de la niorl, ses médecins le pansèrent au mieux qui leur estoit poiuible, Rt donnoient bonne espérance à sa femme de sa maladie, lui disant qu'il nVn auroit que In mal. Ce néantmoings^ ladille dame sa feiiimL<, lo voyant empirer en sa maladie, appella aultres mcdccius de la ville de Paris, des plus fameux <|ui y feussent, pour le visiter, tous buguv* notz, car peu se boieiit es catbolicqucs. Tous lesquels disoient à laditte dame que la maladie de sondit mary n' estoit à la mort, et de ce l'en assuroient. Finablemenl, le voyant à l'extrémité, ce lu^ sembloit, appella ung médecin catholicque poiu* le visiter, le jour musme

' Le 5 niui 1567. U étiùt nlora SgÉ de vingt-Mx aiis. O'Aubigné {Hht. aniv. t. 1, 1. IV. c. VI. p. ao8) dit qu'il mourut eiluu^if lU poâon. 11 ue lai»»u poîiil île poitèrité do » femme Caliiertne de Ctâves, tiumlesie d'En.

' BBjrlc, à l'article Hosiea (Hugues- Sureau du], a donné de grand» détails sur U cuiifârenct: qui eut lieu au moin de juillet i5G6, d'alrard ctici le duc de Miintpcnsier, puis cberlntturde Nt-vers; le duc de Monipcnsîcr avait espéré que celle dispute nunéncrajt sa fille, la duclie»*e de

Bouillon, à lu conmiumon mdtoliijtie, Après une pruuiiére rcnr.oulrt^ entre Vi^r et Ituxé. docteum cnllialique» . Barbnsld ut de Spina . minblrea proteslanU . la 000féreuce fut reprise entre Vîgor el d»

Sainctes d'une part, de Spina cl Biuicrdc l'autre. (Voy. Actet de lu conjérenre tsmu à Parti èi mou dejuilUl el aoail i566 tntn deux docltwi d» Sorbonixe et deax minûtrti. Anvers. i566,in-â'.— CIsude deSaindo»

a aussi donné une reUtiaii de ia conférence du 1 506.

que aultres huguenotz Tavoient visité et pansé; auquel demanda, 1566. comme elle avoit fait aux aultres, qu'il luy sembloit de son mary et de sa maladie. Lequel luy fit response quil estoit fort malade, sans luy en dire davantage. Auquel laditte dame réplicqua et dist : « Hé déa, monsieur, je vous prie , ne me celez poinct ce qu'il vous en semble, et vous me ferez grand plaisir. » A laquelle respondit : « Madame, mons. le prince vostre mary se meurt, et vous en faictes donner garde, car il ne vivra pas mais longtemps. » Et ce dict, s'en alla d'avec elle. De laquelle response fut moult indignée laditte dame contre ledit médecin, et fut d'elle moult scandalisé devant ses gens, disant qu'il n estoit que une beste en son art, vcu que tous les aultres luy avoicnt dict du contraire, et qu'il luy disoit cela pour ce qu'il n'estoit de leiu* religion réfonnée, et se repentoit de l'avoir appelle, pour ce qu'il estoit papaut; et en disant ces choses, sondit mary entra es angoisses de la mort, qui luy firent fort trouble, et telles qu'il le fallut lier pour le tenir. Il juroit, blasphémoit et renioit Dieu fort désespérément, vouloit qu'on l'armast de toutes pièces pour aller faire la guerre et tuer les papaux, qui estoient les catholicques, et tuer leur Jehan le Blanc, qui estoit le corps de Jésus-Christ au sacrement de l'autel, et en tel estât finit ses jours. Laditte dame, le voyant mort, eut grand regret de ce qu'elle avoit détracté et mal dict du médecin catholicque, lequel moult depuis elle estima, le jugeant plus sçavant et expert que tous les aultres médecins huguenotz qui avoient veu et pansé son mary.

La femme de Lombart, maître des eaux el forêts du bailliage de Bray-sur- Seine, tue son mari et est pendue à Vimpelles, par arrêt du parlement. — Fratricide commis à Provins; le meurtrier est renvoyé absous. — Messire Alexis Boulogne, vicaire du village de la Motte, est assassiné à Soucy-Iès-Scns ; deux hommes et deux femmes, coupables de ce meurtre, sont pendus. — Meurtre d*un jeune meunier, commis aux Ormes; le prévôt de Coutures, sollicité par des gentilshommes et gagné par les présents de lassassin, le fait absoudre. — Jean de Vauhardy, grénetier du sel à Provins, fait rapt d*une jeune couturière de cette ville; condamné et pendu en effigie, ainsi que ses deux complices, il s'ac-

corde par aident avec h victime. Pois, (Corrigé de ses niauvaÎM.'s passions , il se marie ûI reolrc dans une voie honE/^)«.

Nicolas d(! Pellcvé, archevêque de Sens, s'tPforrc, de contraindre IfS eccIÉsiastiqucs À résider dans leurs bi^ndftces ; il fait recbercbcr et citer devant l'nllinal les prêtres soupçonoés d'Iiéréstc, qui, pour la plupart, ^'abslioiinenl de ixiinfui* raitre. Nie, L'Oignon, soi-disant curé de Ilauchery, commis par lesicurdn 8ainl- Siiuuu, se prtl'seute et est renvoyé absous. Nie. Guyol, soi-disant curé de Saucy, fail défaut aux citalîon.s de l'ollinal.

Entre autres l'ut prins cl arreslé prisomiicr ung prcbslre. soy disant curé do Corleiiay, commis et Installé en iccllc cui'c par lu baron diiUit lieu, huguenot et voleur insigne des plus meschans qui fussent en France' ; et fut mis es prisons dudit arcbevcsque, oti il fil( resté lûngtunips a».stiz mal Iraicté , n'eussent cslù les bugucnotz du Sens qui l'entretinrent de vivres et sollicitèrent pour le saulver et faire sortir. De reo)pri80nnement duquel l'ut advcriy ledit baron de Cortcnoy, qui ne digna uscrlrc ue prier ledit arcbevcsque pour luy. aîtis seuUcment manda à roliiclal asser, vigoureusenicnl qu'il en diligence iuy renvoyas! son prebstre, s'il et aullres ne s'en vouloient ma! trouver. Ce prcbstre, veu et Interrogé, avec la preuve qui estoil contre Iuy, fut par l'arcJievesque jugé huguenot héréticque, administrant toutesfuis les sacremcns aux catbolicques, et pour ccslc cause volut qu'il feust procédé contie Iuy jusques à sentence, suyvant les Mincie canons. L'olTicial déclara audit sieur arcbevesque ce que Iuy avoît mandé le baron de Coilenay, proteclem- dudil prebslrc; pareillement les buguenolz de la ville de Sens, voyans l'alTection dudit arcbcve.'ique, le prièrent de le délivrer, lui remonslrant l'édit de pacification et de liberté de conscience faict par le roy et les princes. Auquel ue voulut obéyr ledit arcbevesque. Quoy voyant, iesditz buguenolz advisèrent une ruse assez gentille, de laquelle ilz usèrent pour ravoir ledit prel>$tre des mains et prisons dudit archevesqtie, qui Ait telle qu'il

* SurlcsCourtenay.scigneursdeBronlin (Yimne) nu xvi* siècli!, cl dur le cnlvioisie Fran^oi» de Courtuna;, voyct un

article do M. Lecl^ don* l'Annuaire de l'Yonne, i8A3> 3' partio. p- laa.

s'ensuit : Advint que, durant Temprisonnemenl dudit prebstre et le 1566. refus de Tarchevesque de le rendre, le lieutenant de son officiai, nommé M* Estienne Flaton, licencié es loix et advocat au siège présidial dudit Sens, avec quelques promoteurs et procureurs de Tofficialité, allèrent en commission à Montargis, distant dudit Sens de dix lieues ou environ; ce que bien surent les huguenotz dudit Sens , lesquelz en donnèrent advertissement au baron de Cortenay. Celuici les espia à leur retour, se saisit de leurs personnes sur les chemins, et les mena prisonniers en son chasteau de Cortenay; duquel ilz ne sortirent que Tarchevesque n'eust rendu et délivré le prebstre huguenot qui estoit en ses prisons, contre sa volonté; et n'eusl esté les humbles et importunes prières que les parcns et amys dêsditz prisonniers feirent audit archevesque, n'eussent esté si tost délivrez. Car il vouloit envoyer au roy pour avoir mandement adiessant audit Cortenay de les rendre ; mais luy fut faict entendre que ledit Cortenay n'y obéiroit, parce que c'estoit ung capitaine de voleurs, qui en avoit bien trois cens à son commandement, qui luy faisoient tribut par chascun moys des voleries quilz faisoient sur toutes personnes, et signamment sur ceux de la ville de Sens.

Synode tenu à Sens par rarchevêque, le mardi avant la Pentecôte. M. de Pellevé recommande aux curés du diocèse assemblés dans son palais le payement du setier annuel de blé et de l'argent qu'ils lui doivent, et leur fait acheter une sauv^arde imprimée, donnée en faveur des prêtres contre les gens de guern» par M. de Cîpierre, gouverneur d'Orléans, et par M. d'Aumale, gouverneur d«» Champagne pour le duc de Guise. — Le prieur de Saint-Ayoul, André de Gramont, accuse d'hérésie Guill. Maret, chantre de son prieuré, devant l'oflicial dr Sens; Maret, mis en prison, avoue les fails qu'on lui reproche, en invoquant le bénéfice des édits de pacification et de liberté de conscience : il est renvoyé absous et le prieur est condamné aux dépens, dommages et intérêts. Gramont, irrité de cette sentence, donne, au sortir de la messe, un soufllet à M' Etienne Haton , lieutenant de l'oflicial , qui le fait condamner à Sens et en appel.

Maximilien d'Autriche est élu empereur à la place de son père Ferdinand I" *.

' Maximilien II, fils de Ferdinand I*', élu roi des Romains le 34 novembre i56a , succéda coimnc empereur à son père, qui mourut le a5 juillet i564-

1 566. I^^ sultan Soliman 11 lui déclare la guerre. Le pape Pie V célèbre un grand jubilé pour demander à Dieu la victoire des chrétiens; le roi d'Espagne prend part à la guerre contre Soliman; Charles IX refuse de se déclarer ouvertement. Le jeune duc de Guise se joint, avec des troupes, à farmée de l'empereur. Siège de Malte. In fils de mons. de Quincy, seigneur de Saînt-Ylier et la Court-Rouge, chevalier de Malte, est pris et tué par les Turcs.

Dans les villages de Champagne et de Brie, et notamment des I)ailliages de Sens, Melun, Montereau, Bray, Nogent, Pont, Trdyes, Sezanne, Chàlons, Reims, Épernay, Chàteau-TBTerry, Meaiix et Provins, la croyance se répand parmi les paysans que, pour honorer la Viei'gc?, ils doivent s'abstenir de travailler aux champs le samedi depuis l'heure de midi, et que ce rt^pos du samedi a été formellement ordonné par la Vierge dans divcîrses nWélations et apparitions. Une jeune fille de Charly-sur-Marne, près d'Epcrnay, se vante d'avoir, reçu ces confidences, et donne des signes miraculeux de sa mission. Le cardinal de Lorraine la fait arrêter et interroger; elle est brûlée vive comme vaudoise et sorcière. Claude Haton s'informe des gens àfçés s'il est vrai que le repos du samedi ait été anciennement observé. Les prêtres et curés de la Brie tombent dans celte impiété ou la laissent propager. Cl. Haton, alors vicaire des Ormes, et le vicaire de Donnemarie soni les seuls qui s'efforcent d'en détourner le peuple par leurs exhortations.

Incendie de plusieurs maisons au village de Meel- sur- Seine. — A l'époque de la Saint-Martin d'hiver, le feu consume à Provins, près de Notre-Damenlu-Châ* teau, le four banal, une grange et des maisons. Le bailli de la ville, Jean Alleaume, « se travailla fort à mettre tes gens par ordre en besougne, pour saulver que le feu n'en gastast davantage. »• — Mort (dans l'hiver) de la femme de M. de Montberon, demeurant à Tourvoye, paroisse de Sourdun; de sa sœur, cordelière à Provins, et de M™* de Tachy^ leur l>elle-sœur. Les dames de Montberon et de Tachy donnaient aux malades des remèdes et des soins.

FAVEUB MARQLEË DU ROI POliR LES CHEFS DES PROTESTANTS. COLIGNY ET CONDE

VIENNENT À LA COUR. DEFIANCES RECIPROQUES ENTRE LES PARTIS. LES PROTES- TANTS ASSEMBLÉS À CHAtILLON ET X VALERY SE DISPOSENT À LA GUERRE. ILS TENTENT

DE SURPRENDRE SENS ET S'EMPARENT DE MONTEREAU.. CHARLES IX S'ENFUIT À PARIS.

PILLAGE Dt BAGAGE DU CARDINAL DE LORRAINE. EXCES DES PROTESTANTS X MON- TEREAU, CHALAUTRE- LA -GRANDE, ETC. NEGOCIATIONS POUR LA PAIX. M. DE

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