DEFENSE. RAVAGES ET CRUAUTES COMMIS PAR LES PROTESTANTS. ARRIVEE DES
TROUPES ROYALES DANS LA BRIE. REACTION CATHOLIQUE. LES FEMMES DES PRO- TESTANTS DE PROVINS SONT INSULTEES PAR LA SOLDATESQUE. LE DUC D'ANJOU X
PROVINS. LUTTE ENTRE LES SIEURS DE FOISST ET D'ESTERNAY. EXTREME SECHE- RESSE. PROCESSIONS POUR OBTENIR DE LA PLUIE. NIC. DE PELLEVB , ARCHEVEQUE DE
SENS, X PROVINS. GUERRE ENTRE LES TURCS ET LES CHRETIENS. FAITS DIVERS.
LES ENFANTS DES PROTESTANTS SONT REBAPTISES SUIVANT LES RITES CATHOLIQUES.
L'an mil cinq cens soixanle et sept, à commencer au premier jour de janvier, suyvaut Tédicl du roy, sembloit que toutes affaires entre le roy et les princes de France allassent de bien en mieux, et que la paix faicte avec les rebelles huguenotz borbonistes et condéiens devant Orléans, en Tan 1 563, et depuis confirmée par le roy en sa majorité, fust affermie de telle sorte que jamais guerre ne troubles ne se pourroient eslever en France pour le faict de la religion; parce que le roy en tout et partout vouloit que son édict feust observé, et aussy souvent que de trois en trois moys le faisoit réitérer et publier par les villes de France, il faisoit plus grand acueil et caresse aux chefz rebelles qu'aux aultres princes et seigneurs catholicques qui estoient de son party.
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1507. Néanmoins, les chefs prolestants conspirent en secret contre le roi. Le cardinal de Lorraine, qui entretenait des espions dans leurs maisons, découvre leurs projets et en avertit Charles IX.
Environ la festc de Pasqiies de cesle présente année, S. M. manda aux seigneurs prince de Condé et ses suppostz, signamment à Tadmirai, qui s'estoient relirez en leurs maisons de Valéry^ et Chastillonsur-Loing, qu'iiz allassent à sa court; ce qu'ilz différèrent de faire pour la première fois, en s'excusans qu'iiz estoient empeschez à leurs particulières affaires. Sur le refus desquelz, entra S. M. en soubçon et creut plus fermement au card. de Lorraine qu'il n'avoit faict auparavant. Touteffois, par importunité feit tant qu'après deux ou trois aultres mandemens qu'il renvoya ausdilz sieurs les feit aller à sa court , où ilz furent par luy et la royne sa mère receuz si favorablement et courtoisement que rien plus; et après plusieurs paroUes tenues ensemble, S. M. s'advança de leur dire qu'il estoit en soubçon sur eux quilz ne voulussent faire quelque remuement de mesnages, par attentatz nouveaux contre le repos du royaume et la religion , à cause (lu refus qu'iiz a voient faict de aller à sa couil à son premier et second mandement; leur remonstrant que ce seroit mal faict à eux, veu qu'il ne leur en avoit donné aucune occasion. Auquel respon* dirent lesditz sieurs que S. M. jugeoit mal de eux, et que ie refus qu'iiz en avoient faict n'estoit cjue pour les empeschemens particuliers de leurs affaires qu'iiz avoient, et que de relever la guerre ny avoient oncques pensé et n'y vouloicnt, et qu'iiz ne désiroient aultre chose que le repos et vivre en paix en leurs maisons, soubz le bénéfice de ses édictz. Et tant sçurent bien dire lesditz sieurs devant luy, que S. M. osta tout soubçon de guerre et de mesfiance qu'il avoit peu avoir d'eux, et sur leurs excuses susdittes, délibéra de se mettre aux champs pour achever la visilation de son royaume et d'aller es pays de Bretaigne, Normandie, Piccardie et Lorraine, où il n*avoit encores esté. Et fut mis ce voyage en avant par toute sa court et ia
^ Sur les conférences de Valéry et de voy. les Mémoires de Lanoue, ch. xii, Chàtillon avant la prise d'armes de 1667, et d*Aubigné, t. 1, 1. IV, c. vii, p. $09.
ville de Paris, et en fut semé le bruict assez longtemps. Il fut mes- 1567. mement mis en délibération en son conseil, où il fut résolu de l'entreprendre. Les rebelles susdictz, qui s'estoient si bien excusez devant S. M., entendans qu'il vouloit entreprendre ce voyage, s'en resjouyrent et pensèrent qu'ilz facillement exécuteroient leur entreprinse sur luy, avant que ledit voyage feust par luy faict; et pour n'y faillir, donnèrent ordre à leur entreprinse, en advertissant les huguenotz du royaume de se tenir prestz d'armes et chevaux, pour se mettre aux champs, si tost qu'ilz en seroient requis et qu'on sçauroit le lieu avantageux pour eux où seroit S. M., et si bien faire que le tout se démenast avec grand secret.
Ores, ne sceurent-îlz si bien faire que le card. de Lorraine n'en fust adverty; lequel secrcttement empeschea le roy d'entreprendre ce voyage, s'il ne vouïoit estre prins par les rebelles huguenotz; et pour le desmouvoir, luy donna plusieurs raisons de vérisimilitude qu'il n'en eschapperoit jamais qu'il ne feust prins par ceulx mesmes qui luy avoient dict qu'ilz ne vouloient poinct de guerre. Ce voyage fut retardé et remis à une aultre fois, dont furent faschez lesditz rebelles, qui cognurent que Ton se doubtoit d'eulx et que leur entreprinse estoit descouverte. Et pour tascher que ce voyage feust remis en avant et entreprins, retournèrent à la court bien équippez, pouf accompagner S. M., comme ilz disoient, à laquelle firent bonne mine, comme aussi feit le roy à eux, lequel s'excusa de ce voyage sur l'indisposition de sa personne.
Le roy, après avoir faict, sur le rapport dudit cardinal, explorer de toutes partz de son royaume, tant près que loing, si on descouvriroit rien des entreprinses huguenoticques et condéiennes, à la fin luy fut rapporté que véritablement par plusieurs endroictz du royaume se lenoient certains propos qui sortoient de la bouche des huguenotz, qui déclaroient assez quelques entreprinses nouvelles se praticquer et estre faictes ; desquelles en estoit remise l'exécution en certain temps, comme d'un demy-an ou environ, d'aidtant que les plus avantageux huguenotz et qui estoient les moings secretz avoient descouvert à
1567. leurs ainys que, avant qu'il feust demy-an, on verroit en France ung terrible brouUis. Lesquelles parolles rapportées au roy furent mises en conseil secret par S. M. , pour adviser le moyen de prévaloir leur entreprinse ou bien de se garder d'icelle. 11 y fut résolu que S. M. temporiseroit et ne commenceroit le premier à lever les armes contre eux, ni à rompre la paix faicte avec eux; mais que, pour se garder de tomber en leurs mains , il estoit expédient de faire une levée de Suisses de renfort et de les faire venir à la court de S. M. pour la garde de son corps, et pour éviter aux entreprinses et factions huguenoticques. Et sur ceste résolution, furent levez en diligence quatre milles Suisses \ deux milles desquelz furent amenez parceluy qui les alla lever, et livrés au roy, qui estoit es environs de Meaux , au moys de may de ceste présente année. Les deux aultres milles furent tenus prestz en leur pays, pour s'en ayder à la première nécessité.
Les princes et seigneurs rebelles, sçachans les deux milles eslre arrive/ à la court du roy, furent passionez en leur esprit de leur enlreprinso qui estoit descouverte, comme ilz en eurent le jugement par l'arrivée desditz Suisses. Lesquelz toutesfois, dissimidans en leurs aiiaires, trouvèrent moyen de couvrir leiu* passion sous ung double et mestiance qu'ilz disoient avoir du roy, lequel, comme il leur apparoissoit, quelque bonne mine qu'il leur feist, avoit volunté de leur courre sus; et dès lors formèrent des plaintes à S. M., disans que, contre sa foy jurée, il faisoit levée d'hommes pour leur courre sus, comme en portoient tesmoignage l'arrivée des Suisses susdictz, la restriction qu'il avoit mise à plusieurs articles de l'édict de la pais faicte avec eux à Orléans, contrairement à la liberté de la religion, l'impugnité qui estoit faicte des papistes, qui en divers lieux et villes du royaume avoient couru sus et massacré plusieurs fidelles de leur religion réformée, la deflense du port des armes, que S. M. leur avoit interditte et deffendue , comme aussi le peu de conte que S. M.
' D'Aubigné dit six mille Suisses, qui s'avancèrent à grandes journées pour rejoiadre la cour.
faisoit de leurs personnes, les ayans postposez à personnes indignes 1567. et de inoindre qualité que eux.
Charles IX répond, en se défendant de toute intention hostile à 1 égard des protestants, et en proposant d'assembler son conseil pour décider sur leurs réclamations. Le prince de Condé, qui était à son château de Valéry, fait dire au roi qu'il s en rapporte à ses assurances, et que la rétinion du conseil pour juger les plaintes des protestants est inutile. Il est plusieurs fois sur le point de se convertir au catholicisme; lamiral Ten détourne et lui persuade que la couronne de France lui appartient de droit. Coligny * fait à Charles IX une réponse analogue à c^lle du prince de Condé, et dît qu'il veut être, comme par le passé, humble et fidèle serviteur de la couronne.
Le roy, après avoir ony la response des seif^neurs susditz, avec les raisons que luy donna de leurs personnes la royne sa mère, leva toute desfiance qu'il avoit eu contre eux et lut tout prest de commencer son voyage et de renvoyer les Suisses, comme à ce faire l'exortoit laditte dame sa mère, laquelle, comme il sembloit, tenoit le party d'iceux prince et admirai. Mais mons. le connestable, qui de sa part avoit descouvert l'intention dudit admirai son nepveu, avec le card. de Lorraine et le conseil, le retindrent et empeschèrent qu'il n'entreprint ledit voyage et qu'il ne renvoyast lesditz Suisses, ausquelz il obéit. Toutesfois, ainsi que jeunes gens de Tâge qu'il estoit ne peuvent voir les affaires de loing, ni en considérer l'yssue qui en pourra advenir, ne pensa plus à ses ennemys ; mais , adjoustant foy à leur dissimulation, s'arresta es environs de la ville de Meaux, une partie du temps à Fontenay, l'aultre partie à Monceaux, une aultre partie à S'-Maur-)ez-Paris, à se bailler du bon temps à son plaisir, croyant fermement, comme aussi sa mère iuy persuadoit, qu'il n avoit en son royaume nulz hommes serviteurs qui luy fussent plus loyaux ni mieux affectionnez que lesditz seigneurs prince et admirai et leurs confédérez ; desquelz, depuis leur response ci-dessus escripte, ne print aucim doubte ni sa mère aussi, et oncques n'en volurent ouyr mal parler.
* D'après d^Aubigné , Coligny « vouloit l'innocence. ■ Ce fut d*Andelot qui déterendurcr toutes extrémités et se confier en mina rassemblée au parti de la guerre.
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1567. Il feit réitérer les édlctz tant de la pacification faicte à Orléans au proufEt des huguenotz que ceux de ne porter harquebuses, pistoUes et dagues, voulant et commandant que, tant les ungs que les aultres, fussent observez sur les peines indittes en iceux , et que cbascun eust î\ y obéyr ; et furent assoupies toutes novelles factions et entreprinses de part et d'aultre jusques à ung aultre temps.
Les seigneurs rebelles, après avoir endormy le roy à leur pipée, et sçachant par la royne mère que S. M. n'avoit sur eux aulcun soupron de mesfiance, donnèrent advancement à leur entreprinse, pour à laquelle ne faillir amassèrent img conseil où furent appeliez tous les principaux chefz, seigneurs et capitaines de leur faction et prétendue religion, au chasteau dudit admirai à Chastillon-sur-Loing, soubz prétexte et couleur d'un banquet que leur faisoit ledit admirai, auquel se trouvèrent ledit sieur prince de Condé, La Rochefoucault, le card. de Chastillon, d'Andelot, Bricquemaux, Telligny, gendre dudit admirai, Mongomery, dict le capitaine Lorge, Mouy et aultres seigneurs de marque du royaume. Nombre de ministres et prédicans se trouvèrent audit conseil, qui fut assemblé au moys de juilliet, le 12^ jour, et dura toute la sepmaine entière, c'est-à-dire huit jours avant qu ilz en fissent la conclusion , qui fut telle : que toutz les huguenotz de France seroient appeliez, chascun d'eux en le ressort des bailliages et séncschaussées où ilz estoient, par les diacres et surveillans de leur prétendue religion, pour se trouver en certain jour de dimanche à leurs presches, y faire la cène et entendre la résolution du conseil; qu'ilz fourniroient argent, cbascun d'eux selon le moyen qu'il avoit et auquel il seroit taxé , pour fournir aux fraiz qu il convenoit faire pour le payement des reistres, estrangers et Âllemans que le comte palatin du Ubin avoit levé pour eux; qu'on feroit enrollemcns d'hommes françoys de laditte religion et aultres que ron pourroit pralicquer, lequel enrollement se feroit de tous jeunes hommes et compagnons de laditte religion qui pourroient porter armes; que les princes et seigneurs de la cause les prioient et requéroient de ce faire pour l'honneur de Dieu et l'advanccment de la cause.
et de les assister en personne ^ affin de mettre leurs religion et con- 1567. sciences en plène liberté contre la tirannie du roy et de ses papistes ; que ceux qui, ayant délaissé femme, enfans, père, mère, maisons, biens, pays et toutes commoditez corporelles, pour suyvre les princes et chefzde laditte cause, seroientles mieux récompensez et plus chers tenuz desditz princes et seigneurs; que leur récompense seroit en premier lieu le salut de leurs âmes et le bien et patrimoigne des papistes, et signamment celuy de la vermine de prebstres, chanoines, moynes, monastères et abbayes, qui leur seroit donné en propre pour eux et les leurs, à chascun d'eux selon son mérite; mais quà ce jour de cène ne falloit appeller ni admettre que ceux qu'on sçavoit estre vrayment affectionnez à laditte religion, et qui estoient capables de tenir ceste entreprinse secrette, pour ne la révéler aux papistes, affin de ne poinct fallir à fentreprinse , qui en brief temps, sitost que les biens de la terre seroient serrez , seroit mise en avant; et pour ce, que chascun presche, quilz appelloient église, se tinst prest pour fournir les hommes de leur enroUement bien armez au jour qu'on leur sauroit è dire, pour se rendre la part et soubz les capitaines qui leur seroient dictz.
Ces nouvelles receues de toutes partz du royaume de France par les prédicans de chascim presche , fut lé jour assigné aux frères buguenotz pour se disposer à faire laditte cène et ouyr les lettres de mandement à eux envoyées. Ceux du bailhage et ressort de Provins s'assemblèrent le premier dimanche d'aoust pour ouyr la lectiu*e du mandement rebelle , et ne furent appeliez à ceste assemblée que les plus capables pour ouyr la lecture des motz secretz; mais, quant aux clauses et mandement de lever argent pour fournir aux fraiz de la cause, furent publiez devant tous. Chascun fut exorté à contribuer pour ce à quoy il seroit taxé , et fut chascim requis de dire librement s'il entendoit pas que taille se feist sur eux, selon le moyen quilz avoient. Ceux qui ne volurent accorder furent chassez et excommimiez de leur assemblée, et ne fut le secret du mandement déclaré devant eux, et si fut deffendu aux aultres qui accordèrent de le leur révéler.
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1567. Pareillement firent, dès ce jour-là et depuis, le plus hastiveraent qu'ilz purent, enroUement d'hommes des plus expertz de leur assemblée, lesquelz firent le serment devant leur prédicant de se mettre aux champs au premier mandement qui leur en seroit faict. Ceux qui s'enrollèrent furent les seigneurs de Besancourt, de S*-Symon, de Patras, de Lansoue, de Prinsault, du Buat de Umbrée et encores aultres, tous gentilzhommes que je ne cognus; avec lesqueiz s'enrollèrent de Provins : Thibault Trumeau, dict le Sauvage, Nicolas de Ville, advocat et garde des sceaux audit Provins, Nicolas Doury, barbier, Léon Godard, procureur, N. Rayer, escarcelier, N. Gabo, paul-
mier, N. Royer, barbier, N sellier, demourant devant TEscu de
France, et quelque douzaine d'aidtres que je ne cogneus que de veue et qualité ; avec lesquelz s'enroUèrcnt un certain nombre de gens des villes de Monstereau et Bray-sur-Seine , lesquelz estoient du ressort du bailliage de Provins et qui alloient à la presche à Morant, lez la ville de Provins.
Fault notter que , durant la sepmaine que les rebelles susditz tindrent leur conseil iscarioticque et diabolicque, le vent fut sur la terre le plus impétueux que oncques fut veu ; et commença dès le lundy 1 3® jour dudit moys de juilliet, et dm*a jusques au samedy ensuivant sans s appaiser que la nuict. Dont advint ung grand dommage sur les grains qui estoient aux champs es pays de Brie, auquel pays on pensoit commencer à les moissonner ce propre jour que lesditz vens commencèrent; et oncques de la mémoire des plus vielz hommes n'avoient esté les bledz, fromens et aultres grains plus beaux, fortz et espès sans bruyne, qu'ilz estoient ceste année-là; et en fut la perte si grande que sans mentir il n'en demoura à proufit, où ilz estoient les plus fortz et espès, que la tierce partie ou la moytié pour le plus. Cestoit grande pitié de veoir le grain tant beau et jaulnc ainsi respandu sur la terre. Les pauvres gens, comme aussi plusieurs laboureurs, taschèrent à en recueillir le plus qu'ilz purent; mais n'en eussent sceu ramasser quantité qui valust la peine qu'ilz y prindrent; car les gluys estoient fortz et espès et n'en povoient recueillir qu'es royes
où iiz le faisoient tomber avec des paneaux ou petis balais. Il n'estoit 1567. possible de soyer ni faulcher, tant le vent estoit impétueux et la sécheresse grande. Les bledz que aucuns avoient soyé dès le vendredy et samedy de devant lesditz vens, et qui estoient encores en javelles le lundy et les aultres jours de la sepmaine, furent emportez des vens, et n'en saulva-on la moytié.
Le pays de Champaigne et vallée de Seine ne perdirent beaucoup 0
ausditz vens; car, lorsquilz commencèrent, leur moisson estoit quasi toute serrée. Les avènes de la Brie, qui estoient mûres, furent aussi bien esgrénées du vent que les bledz, mais non avec si grande perte. Oncques ne tomba goutte d'eau durant laditte sepmaine ni à plus de quinze jours après. Plusieurs laboureurs ne volurent souffrir que le bestial entrast en leurs champs après lesditz vens et qu'ilz eurent serré ce qui leur resta desditz vens, et relabourèrent leurs champs, dans lesquelz après la pluye levèrent les bledz si druz et espès que, au bout de six sepmaines, il sembloit des praries; aultres laissèrent aller le bestial en leurs champs une et deux sepmaines avant que les relabourer, et ce néantmoins y leva encores le bled fort dru et espès; aultres n'en volurent relabourer poinct ou bien peu, pour veoir seullement Texpérience qui en adviendroit. Mais, à la moisson de Tan d'après, on veit bien que ceux qui avoient relabouré leurs terres des bledz éventez n'avoient guères plus gangné que ceux qui ne les avoient relabourez et qui avoient faict des avènes en la saison de mars. Ce qui resta de grain dans les gerbes feit buict, neuf et dix boisseaux le cent pour le plus, qui sans la fortune, veu la grenaison qui y estoit, et comme l'expérimentèrent ceux qui en avoient serré le samedy de devant, eust faict vingt-deux, trois et quatre boisseaux le cent. Pour ceste fortune, le blé froment fut au pris qu'il estoit avant la moisson et ne rabaissa nullement; toutesfois, eut son cours à 8, 9 et 10 s. le boisseau par toute l'année, la mesure de Provins. Voilà le commancement du malheur qui advint à la France, pour la punition du peuple , durant le pernicieux conseil des malins rebelles et perturbateurs du repos public; et fut ledit vent si impé-
1567. tueux le présage des trahisons qu'ilz malins et meschans machinoient et complotoient au dommage de la France leur patrie, de la vraye religion, et contre leur roy, souverain seigneur du pays.
Les protestants font prier le comte palatin du Rhin de tenir prêts pour la Saint-Michel les secours qu^il leur avait promis Tannée précédente, afin de les aider à accomplir leur entreprise et à se saisir de la personne du roi. Le cardinal de Lorraine découvre ces menées et en instruit le roi, la reine mère et le connétable, qui refusent dy croire. Catherine reproche au cardinal de « n^eslre que ung coureur de meschantes nouvelles, soutenant qu'il n'estoit rien de ce qu'il disoit, et que nions, le prince n'estoit de si lascfae courage, comme aussi Tadmiral, de vouloir relever la guerre contre le roy, veu les responses qu*ili avoient faictes aux lettres de S. M. » Charles IX se montre plus défiant que sa mère, qui, du reste, ignorait, dit-on, la résolution prise dans le conseil des protestants.
Lcsquelz, ce pendant que le roy et' les gens de sa court, comme aussi tous les catholicques de France, se bailloicnt du plaisir, à cause du bon temps qui estoit revenu, ce sembloit, ne dormoient pas, ains soUicitoient à leur entreprinse et poursuitte de leur cause; pour de laquelle résouldre et prendre le mot du guet, se rassemblèrent au chasteau de Vallery-lez-Sens tous les chefz de la conjuration , avec certaines trouppes, jusques au nombre de quelque i,5oo chevaux bien armez et équipez de toutes armes, suyvis de quelque mille bommes de gens de pied. Lesquelz, avant que de se rager, envoyèrent advertir les huguenotz enroUés des presches de Troye en Champaigne, de Sézanne, de Provins, de Sens et de Montargis, poureslre prestz et se mettre aux champs au lendemain de la feste M. saint Michel, au dernier jour du moys de septembre.
L'assemblée qui fut faicte à Vallery commença à s'assembler dès le 10 et 12^ jour dudit moys de septembre, le roy estant auprès de Meaux. Après que audit Vallery furent arrivez quelque 3oo hommes de cheval, en attendant les aultres, firent certaines courses es environs de la ville de Sens, et après estre plus grand nombre, s'approchèrent par deux ou trois divers jours jusques auprès des portes de
la ville, en intention de se saisir de laditte ville. Mais, pour la craincte 1567. quiiz eurent d'estre rcpoulsez et de faillir à Fentreprinse, se retirèrent et n'entrèrent plus avant. Ce que bien apperceurent plusieurs citoyens de (a ville, qui en donnèrent advertissement aux gouverneurs d'icelle. A l'instant de la retraicte desditz huguenotz d'auprès des portes d'icelle ville , on apperceut les huguenotz habitans de laditte ville sortir et s'en aller après les aultres, aucuns à pied, aultres montez à cheval, tous bien armez de harquebuscs et pistolles et en bonne couche. Qui donna lieu aux habitans de doubler le soubçon qu'ilz avoient, jugeant en eux que telles menées tendoient à quelque maulvaise fin, et entrèrent en grande craincte plus que devant, parce qu'ilz estoient desditz huguenotz fort menacez, pour la sédition et massacre qui avoit esté faicte en leur ville des huguenotz d'icelle et aultres en l'an i562. Estans en telles crainctes, ordonnèrent à l'assemblée de ville qu'ilz firent à ces fins, que jour et nuict y auroit gens aux portes, sur les murailles de leur ville et parmy les champs aux escoutes et pour faire le guet, sans sonner mot, affin de se donner de garde d'estre surprins, et sans armes, d'aultant que le roy les avoit faict poser bas à toutes les villes de son royaume; et sur ceste délibération, envoyèrent hommes de jour se tenir soubz les portes et sur les pontz , pour prendre garde à toutes personnes qui entreroient et sortiroient de leur ditte ville, et pour fermer icelles portes, si davanture se présentoient nombre d'hommes pour y vouloir entrer. Hz envoyèrent pareillement aultres hommes sages et bien entendus par les chemins et jusqucs dedans le village de Vallery, poiu* dêscouvrir quel nombre d'hommes s'amassoient là et que pouvoit signifier tel amas. Dcsquelz ayans eu response, tindrent assemblée de ville, pour délibérer ce qu'ilz debvoient faire sur cette nouvelle occurence, et, après avoir entendu les oppinions de plusieurs des plus apparens, ne sçavoient qu'ilz debvoient faire : de prendre les armes en main pour la garde de leur ville, ou de la laisser au hazard qu'elle estoit, de peur d'encoiu'ir l'indignation du roy, qui avoit deflendu le port des armes. Toutesfois résolurent qu'ilz ne prendroient les armes avant
1567. que d'avoir donné advertissement au roy des menées qui se faisoient à Vallery et es environs de leur ville; et, pour ce faire, despeschèrent deux hommes d'authorilé de leur ville pour aller au roy, qui le furent trouver à Fontenay-lez-Meaux. A la umjesté duquel présentèrent leur harcngue et requcste de leur ville , lesquelles veues et ouyes par saditte majesté, renvoya lesditz messagers, ausquelz et aux habilans de laditte ville deffendit de prendre les armes, ne voulant croyre ce qui lui fut dict de l'assemblée dudit Vallery.
Les députés, ayans receu telles responses du roy, s'en retournèrent en leur ville porter les nouvelles de leur légation, qui estoient de ne prendre les armes aucunement, sous peine d'estre taxez du crime de Icze majesté royalle. Et fut assemblée toute la ville pour ouyr ceste response, qui moult troubla les habitans d'icelle, qui voyoient le hazard d'eslre surprins et saccagez d'une heure à Taultre, pour les courses si fréquentes que les rebelles faisoient aux portes de leur ville, lesquelles ilz n'ouvroient qu'à moytié, pour éviter la surprlnse diurnallc, lesquelles aussi ilz fermoicnt de grand jour et ne les ouvroient que longtemps après le soleil levé. A ouyr ceste response royalle se trouva uug advocat de laditte ville, fort fameux en son estât, mais huguenot, ou bien Pavoit esté dos premiers et au temps de*]a sédition susditte de Tan 1 562, nommé M® Jehan Haton. Lequel, après avoir ouy les oppinions de ceux qui parlèrent devant luy, dist que , au refus du roy, il leur estoit libre de prendre les armes pour se deffendre et garder d'estre surprins et saccagez, eux, leurs femmes, enfans ef biens , comme à la vérité ilz estoient au danger de i'estre avant quatre jours passez, et que véritablement le savoit comme celuy qui a voit esté requis d'y ayder; que c'estoit une chose toute certaine que l'assemblée qui se faisoit à Vallery estoit pour surprendre les villes, portz et passages, affin de faire la guerre au roy et aux catholicques ; et pour ces causes, qu ilz de la ville ne lissent difficulté de prendre les armes tout sur l'heure, et que nul mal leur en viendroit, ains, après la vérité cognue par le roy, leur en sauroit gré, comme aussi de Tadvertissement qu'ilz luy en avoient donné. Et d^aui-
tant qu il sçavoit bien que luy qui parloit estoit en soubçon à toute 1567. la ville de Sens, pour avoir esté taxé d'estre huguenot, que cela pourroit empescher foy estre adjoustée à son dire; toutesfois, pour monstrer qu'il ne vouloit estre proditeur de sa patrie , oflroit donner argent à hommes choisis par les habitans pour la garde de la ville, qui représenteroient sa personne, pour faire le debvoir d'empescher la surprinse d'icelle leur ville, desquelz il respondroit pour eux devant le roy, au cas que S. M. leur en demandast chose quelconque. Et pour tollir le maulvais soubçon qu on pouvoil avoir de luy, demandoit de ne se trouver au guet ni de nuict ni de jour, et qu'on le laissast paisible en sa maison, et que Ton se contentast du payement qu'il feroit aux hommes que les gouverneurs commettroient en sa place, protestant devant Dieu et l'assemblée qu'il voidoit vivre et mourir pour la garde et deflence de la. ville , comme aussi de la vraye religion catholicque et romaine, de laquelle quelques fois, par folle oppinion, s'estoit retiré à son grand regret.
Les habitans et gouverneurs, après avoir ouy cest honune, qui les assura du trouble qui se commençoit, et qui disoit avoir refusé à estre proditeur de leur ville, moult l'estimèrent, et à sa parolle prindrent les armes au poing, pour se garder d'estre surprins de leurs ennemys et du royaume, et envoyèrent grand nombre d'hommes aux portes principalles , ayans faict fermer les aultres, dont bien • leur advint, car, deux jours avant la S*-Michel, s'approchèrent de laditte ville plus de mille chevaux bien armez, pour tascher à la surprendre; mais, estans près de laditte ville, et ayans entendu par leurs espion^ le debvoir et force qui estoit ausdittes portes, se reti- ^ rèrent avec grand regret d'avoir failly ceste belle commodité. Quelque cent chevaux, plus furieux et orgueilleux que les aidtres, entrèrent jusques sur les pons d'Yonne, poiu* veoir s'ilz sçauroient forcer les gardes de laditte porte, laquelle trouvans fermée, tournèrent bride, et avec grande collère se récompensèrent à injurier les gardes d'icelle, comme aussi les habitans de la ville. Lesquelz habitans , ayans veu ceste entrepi inse huguenoticque , fxurent assurez de la
43â MÉMOIRES
1567. prinse de leurs armes, et moiilt estimèrent celuy qui leur avoit donné le conseil de les prendre. Toute ceste menée se faisoit en attendant le jour et lendemain de la feste S*-Michel, et pour attendre que les gens de pied des plus assm^ez fussent approchez par petites bandes es environs des villes de Meaux, de la Ferté-soubz-Jouarre , de Hozay en Brie et des villages d'alentour de la court du roy, où on les avoit faict acheminer quatre à quatre, trois à trois et deux à deux, affîn qu'on ne s'apperceust de leur allée, que Tentreprinse ne feust descouverte , et que la trouppe , qui en une uuict avec armes se debvoit trouver là, pût se jetter sur le roy, poiu* le prendre prisonnier vif ou mort au lendemain de la S^-Michel, lorsqu'il ne se doubteroit de rien et qu'il s'amuseroit à faire la feste avec ses chevaliers de Tordre qu'il auroit faictz audit jour S -Michel.
Toutes afiaires huguenoticques estans en voye d'aller leur train, se partit la grosse trouppe du village de Vallery, pour entreprendre ce qui avoit esté par eux résolu ; ilz prindrent le chemin à Montereau- Fault-Yonne^ et, pour faciliter leur entrée en icelle sans que les habitans s'en doubtassent, envoyèrent devant eux plusieurs hommes à cheval, deux à deux, quatre à quatre, pour se loger es tavernes et hostellerics, sans dire aucun mot. Les huguenotz de la ville sçavoient la venue de tous, lesquelz, faisans bonne mine, se pourmenoient par la ville, non tous ensemble, mais en diverses bandes, pour adresser les logis à ceux qui entroient, et commencèrent à y entrer dès l'heure de vespres. Le chasteau dudit Monstereau , qui est une forte place, entre les deux rivières d'Yonne et de Seine, estoit à leur commandement, car il fut saisy des premiers. Dans lequel entrèrent quelque trente chevaux à trois ou quatre fois, sans que les habitans y pr insent garde. Environ les cinq heures du soir, cpii est l'heiu^e du soleil couché et quelque peu devant, les habitans de la ville s'apper* ceurent du grand nombre de gens qui estoient entrez dedans icelle
' Il y a ici une interversion dans l'ordre Charles IX ; la prise de Montereau n*eut des événements; de Valéry, les protestants lieu qu*aprés la tentative de surprise que marchèrent sur Meaux, pour surprendre G. Haton raconte plus loin.
et d'aultres qui y entroient à la file, lesquelz faisoientcarresse à ceux 1567. qui estoient jà entrez, et qui les annes au poing se pourmenoient par les rues; ilz commencèrent alors à prendre maulvais soubçon, et s'approchans les plus apparens les ungs des aultres, disputoient que pouvoit signifier Tentrée de tant de gens. Toutesfois n'en pouvoient deviser à leur ayse ni à leur secret , d'aultant que les séditieux rebelles qui estoient jà par les rues s'approchoient d'eux pour sçavoir et entendre ce quils disoient les ungs aux aultres. Ce néantmoings, ilz de Montereau s'approchèrent de la porte de leur ville par laquelle entroit ce train, pour la cuyder fermer, mais y fturent à tard, parce que les séditieux et rebelles la tenoient jà à leur commandement, et n'en purent estre les maistres lesditz de Montereau. Incontinent après le soleil couché, arrivèrent quatre ou cinq coches, dans Tung desquelz estoit mons. le prince de Condé, et dans les aultres les harquebuses et pistolles que l'on portoità couvert, pour armer ceux qu'on avoit envoyés devant es villes et villages des environs la court du roy.
Après l'arrivée de M. le prince , qui s'alla loger dedans le chasteau, ne fut plus dissimulé par lesditz séditieux, lesquelz se firent maistres de la ville et chascun de leur logis. Ils commencèrent à crier par les rues à haulte voix : « L'évangille, l'évangille! » Ilz commencèrent à faire le guet sur les murailles, à tenir les habitans en subjection, et à se loger par quartiers es maisons bourgoises et autres de la ville, chascun d'iceux prenant jà ce qu'il trouvoit à son plaisir. Les gens d'église, ainsi qu'ilz purent, par les poternes se jettèrent en la rivière et dans les fossez de la ville pour se saulver, conune aussi firent les plus riches marchands d'icelle ville. Entre lesquelz se saulva Nicolas Lebel, lequel, sans arrester toute la nuit, chemina jusques à Monceaux-lez- Meaux, advertir le roy de la surprinse dudit Montereau, et luy en porta ceste nouvelle à son lever le lendemain de la Saint-Michel au matin; ce que sa majesté et celle de sa mère et mons. le connestable ne voulurent croire, ains fort le menacèrent de luy faire baillor le fouet, comme porteur de faulce nouvelle, disans les ungs aux aultres que, veu la response naguères faicte au roy par les sieurs prince de
1667. Condé et admirai, qu'il nestolt vray ce que leur disoit ledit LebcA, et que lesditz sieurs n'estoient d'un si lasche courage quMlx voulussent rien attenter contre les édictz et le repos public. Et fut le pauvre citoyen fort mal receu, et auquel on avoit volunté de faire une meschante récompense, n'eust esté ung aultre messager de Rozay en Brie, qui sur Theure apporta pareille nouvelle de la prinse dudit Rozay par les séditieux huguenotz susditz, comme aussi d'ung aultre costé arriva messager qui certiffia lesditz séditieux estre en armes jusques au nombre de mille chevaux, pour aller assaillir leursdittes majestés. Alors fut ledit Le bel de Monstereau bien receu et mieux voulu par icelles majestez.
Ces nouvelles furent mises en conseil, pour sçavoîr si le roy debvoit tenir bon ou s'enfuir. T^-a mère royne, comme aussi le connestable, estoient d'avis que sa majesté ne hobast et qu'il les attendiat. Mais nions, de Nemours fut d'ung aultre advis et persuada au roy de se saulver à Paris et non à Meanx\ comme il pensoit, parce que, comme il avoit entendu, ilz séditieux se vouloient prévaloir de laditte ville de Meaux, la moytié des citoyens de laquelle estoient tous huguenotz, es maisons desquelz s'en pouvoit estre caché grande multitude, lesquelz tascheroient à le livrer aux séditieux ennemys, ce qui estoit et se trouva vray. Et sur ce conseil , monta le roy à cheval tout sur l'heure et se meint à la fuitte à l'escorte de ses Suisses, qui pouvoient estre de deux à trois milles pour le plus, soustenus de quelques gens de cheval du train du roy et du connestable, accompagnes du vicomte de Paumy et du capitaine La Rivière-Puistaillé, lesquelz ne furent pas loing qu ilz ne trouvassent les trouppes ennemyes sur leurs talons et aux ailes, qui commencèrent à frapper sus, dont furent contrainctz lesditz Suisses de tourner visage auxdits séditieux cnnemys et de se ranger contre eux en bataille pour les arrester, ce pendant que le roy se saulvoit. Lequel, avec ses petites trouppes, eust eu fort à faire davantage, si le pont de Trilbardon, qui est sur la rivière de
' Charles IX , au bruit du danger, s*é- savoir si la cour resterait daos cette ville tait retiré à Menux. La question était de ou se rendrait en toute hâte k Paris.
Marne, entre Meaux et Lagni, n çust esté rompu par lesditz vicomte 1567. de Paumj et capàaïne Là Rivière. Tant trarvàilta le roy qu il se rendit à Paris, bien lassé, sur les quntre heures après midi, n ayant pas encores desjusné, à l'ayde de mons. le duc d'Aïunalle, de mons. le mareschal de Vielleviile et de quelques aultres, qui de Paris luy furent au devant avec environ deux cens chevaux ^ Les séditieux, ayans fally à leur entreprinse de prendre le roy, allèrent cercher mons. le cardinal de Lorraine, qui estoit à Meâux, pour le massacrer { mais luy, sçachant toutes leurs entreprinses ^ print la ftiitte comme le roy, non droict à Paris, mais droict à son archovesché de Reims, et, estant poursuivy de fort près, à Taide et vitesse d'ung génet d'Espagne sur lequel estoit monté, se saulva dans la ville de Chasteau-Thierry, dont bien luy print. Ilz séditieux conjurez, ayans fally à sa personne, se récompensèrent sur son bagage, qui, avec sa vaisselle d'or et d'argent, fut par eux prins et emmené, qui liiy fut une perte grande.
Ce faict, les condéiens séditieux s'allèrent saisir de la ville de Lagny sur Marne, qu'ilz trouvèrent ouverte et à leur commandement par les gens qu'ilz avoient dès la nuict envoyé dedans pour s'en prévaloir, comme ilz avoient faict de cel^s de Montereau et Rozay, et par ce moyen furent maistres des trois rivières principalles nourrices de la ville de Paris, ayant les passages libres pour aller et venir devant Paris à leur commandement. Les habitans de la ville de Meaux se mirent en armes contre les Imguenotz séditieux du grand marché, qui faict moytié de leur ville, séparez Tung de l'auhre par la rivière de Martne, qui passe entre les deux, et firent si vaillamment qu'ilz ne furent siurp^rns ni saccagez.
Si tost qu ilz séditieux condéiens eurent fally à prendre le roy, et se voyans diffamez de ceste si audacieuse entreprinse, envoyèrent les chefz de leur conjuration en poste de toutes partz surprendre villes et chasteaux par la France, tant près que loing; Lanoë de Bretaîgne courut surprendre Orléans, le prince de Condé S^-Denis en France, l'admirai la ville de Poissi, et plusieurs aultres en Poitoo, Anjo» et
' Voy. Aâdk, tmx mém, de Coilelnaa, 1. 1^ p. a^, et t. 11; p. i^b.
1507. Daulphiné, Guyenne et Languedoc, comme aussi La Rochelle, La Charité-sur-Loyre , Sanxerre, Vézeiay et aullres. Dans laquelle ville de S^-Denis firent leur retraicte lesditz conjurez condéiens, et là assemblèrent leurs forces françoises, quils firent haster de toutes parts, pour assaillir la ville de Paris et le roy qui estoit dedans.
Hz rebelles, après avoir saisi la ville de Montereau, ainsi que dessus est dict, laissèrent garnison dedans pour la garder et piller, et fut capitaine commis à cefst effet Thibault Trumeau, surnommé le Sauvage, huguenot de la ville de Provins. Lequel, pour se bien acquitter de ceste charge, saccagea dès le lendenudn de leur arrivée les églises de ladittc ville et des fauxbourgs. Après les avoir pillées, les huguenotz ruynèrent tout ce qui estoit en icelles, tant ymages» autelz, chaises, menuyserie que les verrières, et en Téglise de la ville plantèrent leur presche et prédicant. Ce fait, saccagèrent et voilèrent les maisons des chanoines et aultres prebstres, et par après les ruy* nèrent et abattirent rez-pied rez-terre jusques aux fondemens. Les ecclésiasticques s'estoient saulvez à la fuitte la première nuict de Farrivée d'iceux huguenotz dans Montereau la part qu*ilz purent, pour cercher lieu de sûreté; mais uflg bon viellart prebstre, réputé homme de bien, ou qu il ne peust s'enfuir comme les aultres, ou qu^en fuyant il feust ratrappé par lesditz huguenotz, fut par eux cruellement mis à mort, sans avoir respect à son viel âge ni à sa bonne réputation, et n en eussent moins faict aux aultres s'ilz les eussent sceu prendre, les biens desquelz furent entièrement perdus.
A la surprinse et saisie dudit Montereau, le jour de S^-Michel au soir, n'y estoit pas le sieur d'Andelot, colonel de Tinfanterie firançoyse, frère de Tadmiral; car au lendemain, jour de samedy, il se présenta devant la porte de Bray pour entrer en la ville, accompagné pour tout d'environ trente chevaux. L'entrée de laquelle luy fut refusée par les gardes de laditte porte, qui avoient commencé le matin à faire guet, ayant dès la nuict de devant receu nouvelles de la surprinse dudit Montereau. Il d'Andelot, faisant bonne mine, disoit ignorer la prinse de Montereau ,. et ne demandoit que passage par laditte ville de
Bray, pour ceste fois. Aucuns pensèrent qu'il s'en fust saisy, à Tayde 1567. des huguenotz de la ville, qui n estoient encores partis pour s'en aller après les aultres. Se voyant refusé, passa à gué la rivière de Seine au village de Janine, lez ledit Bray, et passant en la Brie, print son chemin par les Ormes et de là à S'-Loup, pour aller à Rozay après les aultres, pensant trouver le roy prins prisonnier, vif ou mort. Il et ses gens biu*ent du vin au village des Ormes, sans descendre de dessus leurs chevaux, qu'ilz demandèrent à ung tavernier, et, après avoir beu, s'en allèrent sans le payer. L'auteur de ce livre passa par assez près d'eux avec sa longue robbe, auquel toutesfois ne firent ne dirent aucun excès en parolies ni aultrement. Il estoit Theure de vespres, sur les trois heures après midy. Il d'Andelot venoit de sa maison de Tanlay\ qui est es environs de S*-Florentin.
Ce fut chose merveilleuse qu'ilz huguenotz, après avoir saisy la ville de Montereau , n'envoyèrent partie de leurs gens pour se saisir de celle de Provins, qui en rien ne sçavoit et ne se doubtoit de leurs entreprinses, dans laquelle ilz eussent esté nuict et jour jusques au samedy lendemain trois heures après midy, aussi facillement qu'en leurs maisons, et dans laquelle aussi les attendoient les huguenotz de laditte ville, pour faciliter et ayder l'entreprinse, s'ilz y fussent allez. Lesquelz huguenotz , ayans ouy le bruict de la siurprinse dudit Montereau, et que les habitans dudit Provins estoient en conseil pour se saisir de leiu* ville, encores que le roy ne leur eust mandé de ce faire, partirent par diverses portes les ungs après les aultres sans sonner mot, ayant laissé leurs femmes et enfans pour aller au rendez-vous et à la meslée. Les noms de ceux qui partirent ce joiur-là furent : Nicolas et Claude Barengeon; Eustache d'Aulnay, conseiller
' M.ChaiUou des Barres a donné, dans au xvi* siècle. «On montre encore, dit-il,
TAnnuairc de T Yonne, i84ii 3* partie, sur les collines au N. E. en avant du châ-
p. 1 15, une notice étendue sur le château teau, la vigne où se cachèrent, la pioche
deTanlay, situé à deux lieues de Tonnerre. à la main , Tamiral et d*Andelot déguisés
Il le décrit tel qu*il fut arrangé par d* An- en paysans, lorsque, à la fin de i568,
delot et par le cardinal de Châtillon , et Tavannes fut chargé de s*emparer d'eux et
raconte les événements dont il fut le théâtre du prince de Condé.
/i38 MÉMOIRES
1567. au présîdial; Nie. de Ville; Richard Privé; Lcon Godard, M. Boyer, Gamon, procureurs; les deux Gangnotz, drapiers; Macé^ sergent;
Gabo, paulmier; sellier; Rayer, faiseur de gibbecières; Jehan
Leblanc et deux fils de P. Leblanc; Nie. Doury; Royer, barbier; Domanchin; Pèze; Cl. Gannay, menuysier; deux frères Saulsoy; Mais^ trat; Adenet et quelque douzaine d'aultres, lesquelz, excepté lesditz Barengeons et Saulsoy le médecin, allèrent à Rozay, où estoit le rendez-vous.
Le sieur d'Estemay, avec vingt chevaux bien enhamachez et armez, se pensoit aller mettre dans la ville de Provins le samedy au matin, sur les dix heures, estimant qu'elle fust saisie par les rebelles, et en telle espérance chemina depuis sa maison de la Motte jusques sur le pavé des Bordes et entrée des vignes, où, là, trouva gens tant de la ville que des villages, qui, à cause du marché, entroient et sortoicnt librement en icelle ; lesquels hiy dirent qu'il n'y avoit personne qui les cmpeschast, et qu'en icelle n'y avoit autre brukt, sinon qu^on commençoit h parler de quelque broullis faict en la ville de Montereau. Ce qu'il ne vouloit croire, et à tant descendit avec ses gens jusques auprès de la porte, qu'ilz virent libre sans aucun empeschemenl , et ayant derechef entendu par aultres personnes qu'il n'y avoit aucune nouvelle audit Provins, n'y voulut entrer, mais tourna bride avec furie, et de grand despit qu'il eut s'arrachea une pongnée de sa barbe en disant, « Nos gens ont icy laissé eschapper une belle occasion qu'ilz ne retrouveront pas à leur ayse; » et, en disant ce, tournèrent droiet à Chambenoist pour aller passer par le mouhn des Forges et prendre le chemin à Rozay après le» aultres. Véritablement, si lesdits rebelles eussent envoyé audit Provins pour s'en saisir, comme iiz en avoient le moyen au partir de Montereau, ils eussent fait un terrible butin des trésors des églises, tant des croix, cahces d'or et d'ai^ent ({ue des reliquaires et meubles, comme aussi des biens des prebstres, qui estoient en grand nombre.
Les sieurs de S-Symon, de Besancourt, seigneurs de Chantdoue et Bauchery, de Patras, s' de Gymbrois, de Primsaut, de Lans<Mie,
de Villiers S*-Georges, du Buat, paroisse de Bannost, de Sapincourt, 1567. parroiase de Boisdon , il faut entendre le père et les sieurs de Umbrée , ne demeurèrent en leurs maisons, ains en diligence et bon équipage allèrent à la meslée de leurs frères huguenotz et rebelles, telzqu'ilz estoient. Toutesfois ne fut nouvelle qu'ilz attentassent contre la ville de Provins, combien qu'ilz en fussent proches voisins, ni qu ilz désirassent aucim trouble y advenir, comme faisoit ledit -d'Esternay.
Les rebelles se fortifient à Saint- Denis; ils saccagent et pillent les églises de celte ville, et celles de Poissy, de Ponloise et des villages environnants. De tous les points de la France, les protestants capables de porter les armes, gentilshommes ou roturiers, arrivent à Saint-Denis, où se trouvent bientôt plus de douze mille hommes, tant de pied que de cheval.
Les huguenotz de Lorraine et de Champaigne descendirent en grande diligence de leiurs pays (j'appelle Champaigne les pays de •Barrois, de Partois et Chaslon, pourceque ces pays sont entre la Lorraine et la Champaigne), et passèrent, depuis qu'ils furent aux champs, à si grandes journées que oncques en ce pays ne fut nouvelle d'eux qu'ilz n'entrassent dedans le bourg de Chalaustre-la-Grande, qu iiz surprindrent sans que ceux de Chalaustre sceussent aucunement nouvelles de leur venue. Les premiers qui y entrèrent se saisirent des portes pour empescher lesditz de Chalaustre de s'en saisir, affîn que leurs gens y entrassent facilement et sans empeschement ; lesquelz furent aussi tost arrivez que l'on pourroit penser. Une partie des premiers qui y entrèrent coururent de vitesse dedans l'église et es maisons des prebstres pour les saccager et voler, et entièrement pillèrent tous les meubles de laditte église, tant bons que moindres. Hz rompirent toutes les ymages d'icelle, ensemble les fons à baptiser, comme aussy le S^ cyboire, et le S^ sacrement de l'autel qui estoit dedans fut par eux jette à terre et foullé de leurs piedz.
Hz prindrent prisonniers le curé, qui estoit ung moyne venu du pays de Locoys, et ung prebstre dudit lieu, nommé messire Nicole Houiier, natif du village de S^-Martin-de-Chasnetron, ausquelz ilz
1567. firent moult d'insolence, et signamment audit c\u*é. Les biens et meubles desquelz furent par lesditz huguenotz entièrement prins et ravis, et ne leur demeura que ce qu'ilz ne purent emporter, comme les cendres du feu. Ledit curé fut par eux lié par les mains et mené par les rues en sa pure chemise, sans aultres habillemens, comme on mène ung chien en laisse, et, pour le mieux déshonorer, ce leur scmbloit, luy troussèrent le devant de sa chemise avec une espingle, ayant du tout descouveit ses parties génitalles et honteuses, en le battant de souflletz et coups de poing à oultrance, quand il ne cheminoit pas assez ou (ju'il cheminoit trop fort à leur gré. Après Tavoir bien pourmené, battu et injurié par les rues dudit Chalaustre, le remenèrent en sa maison, et, sans le faire vestir d'autres habillemens, ' le lyèrent à son banc ou aultre lieu, où il fut jusques à partie de la nuict, qu ilz s'estant tous enyvrez et endormis comme pourceaux, par je ne sçai quel moyen se deslia, print la fuitte à Nogent-sur^Seine , où il se saulva en la maison de quelques amys, qui le rhabillèrent dé^ leurs habillemens.
Le prebstre HouUier ne fut si honteusement ne si rudement gouverné quant à son corps, mais perdit tous ses meubles; et, pour eschappcr de leurs mains, à la diligence de son père , demourant audit S*-Martin-de-Chasnelron, qui employa les seigneurs de S*-Symon et de Besancourt, huguenotz, paya dix escus de rançon. Audit Chalaustre, y avoit ung homme nommé M*^ Pierre qui estoit huguenot, lequel s'employa pour la délivrance dudit Hoidier, et pour faire tout dcsplaisir audit curé.
Ce curé estoit fort mal voulu qiiasi de tous ses parroissiens et de eux fort, peu plainct. 11 estoit plus expert à manier pistoUcs et harquebuses qu'il n'estoil à faire son estât de curé. Pour son insuffisance, luy fut donné pour coadjuteur et vicaire messire Nicole Cuyssot, prebstre natif de la parroisse dudit Chalaustre , homme expert et bien versé en son estât. Il fut tout son temps vicaire dudit Chalaustre. Il retira en sa maison ledit curé et le teinst quelque temps à pension» dont scandale en advint; car ledit curé ayant tout honneur et son
âme en mespris, engrossit une jeune fille ou femme, niepce dudit 1567 Cuyssot, qui le servoit. De quoy moult fut dolent ledit Cuyssot et tous ses amys, lesquelz appréhendèrent ledyt curé en justice, et luy firent sentir son enfant, et n'eust esté ledit Cuyssot, qui, en ce qu'il peut, empescha le miutre, ses aultres parens eussent tué ledit curé. H demeura encores quelques années audit Chalaustre; mais, n^y pouvant vivre en paix et seureté, se retira, et oncques depuis ny fut veu.
Les huguenotz susditz, ayant couché une nuict audit Chalaustre, en partirent sur les dix heures et entrèrent par les bois S -Martin dedans la grand' route de la forest de Sordun , et cheminant le long d'icelle, s'allèrent rendre au village de Goix^ environ ime heure après midy. Et furent les gens dudit village surprins, comme avoient esté ceux de Chalaustre , combien que N. Pille , prévost dudit Chalaustre , les eust faict advertir de l'allée desditz huguenotz en leiu* bourg, ce qu ilz ne voulurent croire, jusques ad ce qu'ilz veissent entrer les fourriers et avant-coureurs parmi les rues; lesquelzf à la façon de chiens enragez, couroient çà et là pour cercher les gens d'église, pour les sac* cager et leurs maisons et église et poiu* les ruyner. Les gens d'église , par le moyen de l'advertissement dudit Pille, prévost de Chalaustre, se donnèrent garde de tomber en leurs mains; mais ne purent saulver leurs biens, et qui plus avoit chez soy de meubles et provisions perdit le plus. Messire NicoUe Chancenetz, siunommé NîcoUe Robin, y perdit plus de i5o escus en meubles, conune linge, estain, bois, fagotz, blé, grain et vin, et ne demeura en son logis que les parois. L'église fut du tout saccagée, pillée et démolie par le dedans, les ornemens emportez , les livres déchirez , les ymages et verrières toutes rompues et brisées. Ung prebstre dudit village, nommé messire Jehan d'Argent, cuyda tomber en leurs mains, arrivans les avant-coureurs plus tost qu'il ne croyoit. Lequel, estant par les rues quand ils arrivèrent, n'ayant sa robbe avec soy, changea sa jacquette noire au saguereau, rochet ou borace de treslis du vacher, ses soulliers à ses
' Gouaix, Seine-el-Marne, arrondÎMemeni de Provins , canton de Bray-tur-Seine.
1567. sabotz, en prenant des mains dudit vacher son baston et coumet, et en cet estât contrefaisant le vacher, chassoit les vaches devant soy, faisant aussi bonne mine que ccstuy cpi\ ne cessa jamais de garder les vaches; et par ce moyen se saulva 6s usages et praries dudit Goix.
Hz huguenotz ne couchèrent pareillement que une miict audit Goix, et au desloger allèrent passer la rivière de Voulsie au pont Benoist, au-dessoubz du bas de Sepveille, et, en passant par S^-Loup, allèrent loger à la Croix-en-Brie. Ils pouvoient estre en nombre environ 1 5oo. Tous les huguenotz guerriers et enrôliez de Provins se trouvèrent lA avec eux audit Goix. Quelques avant-coureurs desditz huguenotz allèrent piller et saccager Féglise dudit S^-Loup\ mais peu y gangnèrent; car lesditz de S'-Loup, ayant esté advertis qu^ilz huguenotz estoîent audit Goix, cachèrent la châsse, ossemens, relicques et omemeos de M. saint Loup et de laditte église , et n y trouvèrent les barbares voleurs que les ymages, qu ilz rompirent en plusieurs pièces, excepté celle dudit saint Loup, à laquelîe ilz ne touchèrent, de craincte qu^ilz eurent que Dieu ne permist qu ilz fussent possédez visiblement du malin esprit et de tomber en mal caducque, en la sorte que sont ceux que le simple peuple dict estre malades de M. saint Loup. Et dist Tun d^iceux à son compagnon, parlant de Tymage dudit saint Loup : «Ne veux*tu pas rompre ce grand ydoUe.^ Le laisserons-nous derrière.»^ » Aquoy respondit l'autre : « Romps-le, si lu veux; quant à moy, je n'y veux toucher; car celuy qui est par luy représenté ne s'atache à la robbe ni au pourpoint, mais au corps. » Ces paroles dittes, n'y touchèrent, comme aussi ne firent niilz de la trouppe qui passa, encores que la pluspart entrassent dedans féglise, pour veoir s'il y avoit rien de quoy ilz pussent faire leur prouffit ou bailler contentement k la rage de leur meschant vouloir. Cest ymage dcmoura en son entier et en sa place jusques après la S*-Martin d'hiver et au retour de la grande trouppe desditz
' Malgré les incendies el les dévasta- et par son ancienneté, est encore un motions qu'elle a souffertes , Téglise de Saint- nument des plus précieux. (Voyez notre Loup-de-Naud , remarquable par son or- Notice, dans la Bibliothèque de TEcole donnance, par la beauté de ses sculptures des Charles . I. IT, p. a44.)
huguenots revenant de S^-Denys en ce pays icy, au retour desquels 1567, eut la teste rompue seuUement et avec grande difficulté.
Depuis Goix jusques à Lagni, plusieurs prebstres tombèrent es mains sacrilèges de ces infidelles chrestiens renies et huguenots, qui furent d^iceux fort mal traites et tous rançonnes. Beux dudit bourg de la Croix-en-Brie furent surprins et enmenes, comme aussi fut maistre Jehan Morin, curé litigant de Amillis, où ils logèrent au partir dudit boui^ de la Croix; pour des mains desquels eschapper, après avoir esté par eux outrageusement fouetté de verges et estrivières , fut délivré à la prière et aux larmes de ses père et mère , qui tant de fois se jettèrent à genoux devant les bourreaux pour lui saulver la vie, moyennant quarante escus qu^iis donnèrent, et furent tous ses meubles perdus, qui montoient à la somme de plus de deux cens escus, ainsi que depuis le me confessa. Voilà la piété de Tégiise réformée, voilà la saincteté de vie des nouveaux réformes de Féglise et évangille de Calvin!
Ils huguenots, tant les ungs que les aultres, nen vouUoient seullement aux {urebstres, ains à toutes riches gens des villes et villages qu ils trouvoient par les champs et qui tomboient en leurs mains, comme en ont bien sceu porter tesmoinage deux riches marchans de Donnemarie en Montois, Tung appelle Bordon ou Bourdault, et Taultre Coulemier. Lesquels , en ung mesme temps et au mois d^octobre de ceste présente année, furent prins par les brigans huguenots de la garnison de Monstereau et y menés prisonniers, enfermes fort estroictement et encores plus barbarement, principallement ledit Bourdon ou Bourdault, lequel fut par eux mis en une fosse en laditte prison , dans laquelle y avoit de Teau jusques à my-jambes. Il demeura dans cette fosse Tespace de quatre jours, tout droict sur ses deux pieds, g n ayant aucun moyen de se coucher ni asseoir, à cause de laditte eaue, et n y avoit pour couvertiu^e au dessus de luy que img trélis de fer faict à claire voye. Pour duquel lieu le tirer et le mettre à pied sec et quelque peu au lai^e, cousta à sa femme vingt escus, et poiu* sa pleine délivrance de laditte prison et sortir hors des mains de ces
1567. nouveaux religieux réformez, paya cinq cens escuz, ainsi que Tay ouy révéler à laditte femme , laquelle ne pouvoit réciter la cruaulté tirannicque quilz avoient faict à son mary sans plourer fondement; de quoy elle estoit plus marie que des cinq cens vint escuz qu^il leur avoit cousté pouf le ravoir. Ledit Coulemier ne fut si barbarement et mahométicquement traité en son corps, mais en sa bourse paya pareille rançon que ledit Bourdault.
Les marchans de Montereau furent tous taxez à certaine somme d^argent, avant qu ilz eussent liberté de sortir de la ville pour aller à leurs affaires, et furent chascun d'iceux prisonniers en leurs maisons, jusques à ce qu'ilz eussent payez les taxes auxquelles ilz furent cottes, les ungs plus, les aultres moins. Et pour le regard de Nicolas Lebel, celuy qui alla advertir le roy, n'y eut aultre taxe sur luy que de perdre tous ses meubles, qui furent, par lesditz chrestiens reniez, pillez, vendus et mangez. Lequel eust esté par eux plus cruellement martirisé, s'il eust esté en leurs mains, que oncques fut sainct de paradis après Jésus-Christ.
Âultant en faisoient les frères réformez huguenotz des garnisons de Rosay en Brie, de Lagni sur Marne, de S*-Denys en France, de Pontoise, de Poissy et aultres lieux, aux riches marchans et laboureurs des villes et villages sur lesquclz ilz pouvoient mettre la main, et estoient lesditz riches gens en aussi grand hazard d'estre mal traictez par lesditz huguenotz qu estoient les prebstres.
Depuis la S^-Michel jusques après la my-décembre de ceste année, ne furent les prebstres ni les riches gens des villes et villages en sûreté de leur vie ni de leurs biens, et signamment les ecclésiasticques es environs de Montereau et aultres villes saisies des séditieux hu- •^ guenotz à plus de dix lieues loing, ni par les chemins non plus que dans leurs maisons; lesquelz, pour saulver leur vie , furent contrainctz de se habiller aultrement que leur estât ne debvoit, de peur d'estre cognus et prins prisonniers. Il n'y eut église de village, à cinq et six lieues de Montereau, où les nouveaux réformez ne jettassent leurs mains sacrilèges pour la saccager et voiler. Des chappes, chasubles.
tunicques et aultres omemems de valeur, qui estoient de velours, satin 1567. ou taffetas, les judas en faisoient faire des haults de chaulses, des pourpoinctz et des mandilles; des nappes et aultre linge, en faisoient des chemises et mouchoirs; les aultres omemens qui n^ estoient de valeur, les deschiroient, biiisloient et mettoient en plusieiu^s pièces; des croix et calices d^or et d'argent, falloit qu'ilz en tinssent compte aux commissaires, sous peine d'estre déclarez larrons au dommage de la cause. Mais toutesfois, les fins qui s'escartoient plus loing ne tinrent compte desdites croix et calices d'or et d'argent, mais par après les sceurent bien mettre en billon, pour les vendre au poids à Fonce et au marc. Qui eurent fort à souffrir durant ces troubles, après les prebstres, furent les marguilliers des paroisses, ausquelz s'adressoient les voleurs huguenotz pour se faire livrer lesditz calices, croix et meubles des élises; et à ce faire les contraignoient par tourmens et martire, et mesmement par les menaces de mettre le feu en leurs maisons, pour les brusler et leurs biens.
Quelques jours avant la feste de Toussainctz, partirent quelque huict huguenolz sacrilèges et meurtriers dudit Montereau , lesquelz , environ les dix à unze heures de nuict, se rendirent au village de Charlemaison , à deux lieues de Provins, et s'adressèrent au marguillier de l'église de ce lieu, auquel tant firent de mal et menaces, qu'il fut contrainct de leur enseigner les clefs de laditte église, et les calices, croix et couppes d'icelle, qu'ilz sacrilèges ravirent et emportèrent; et non contens de ce, ni de l'outrage qu'ilz firent audit mai^^uillier, chargèrent quant et quant un viel prebstre de la parroisse, qui servoit de prebstre soubz le curé-prieur, et Tenmenèrent jusques auprès du moulin de Chetinot, assez près du Moulin-d'Ocle , et l'interrogèrent si les cognoissoit poinct. Qui , pour tascher à eschapper de leurs mains, leur dist que ouy, et qu'ilz estoient telz et telz de Provins; lesquelz, indignez de cette response, frappèrent sur luy à grands coups, et le laissèrent comme mort en la place, il vescut depuis quelque quinze jours pour le plus , et mourut audit Provins en la maison d'ung barbier, qui le pansoit. H s'apelloit messire Jeban Peslos, Agé de
4/i6 MEMOIRES
1567. 70 ou 12 ans, homme foit secourabie à ung chascun de ce qu'il pouvoit faire, et bieu voulu des parroissiens. Ce pillage fut estimé plus de cent escuz. Garnon de Provins eut la renommée de Favoir tué, accompagné de Nicolas de Ville, Thibault Trumeau, Nicolas Doury, barbier, et quelques autres.
Les protestants assemblés à Saint-Denis font des courses jusqu'aux portes de Paris i empécLent les vivres d'entrer par terre et par eau dans cette ville, et brûlent plusieurs moulins à vent élevés aux environs des faubourgs Saint-Denis et Saint-Honoré et de la porte Saint-Martin.
Hz se pensèrent prévaloir et saisir du pont S^^Ciou, à deux lieues au-dessoubz de Paris, qui est sur la rivière de Seine, pour passer à Dreux et en la Normandie ; mais en furent empeschez par la garnison des gens de guerre et des habitans dudit S^-Clou. Duquel pont et passage estant frustrez , se saisirent d'ung chasteau ou forte maison qui est assez près, non par force, mais par violence de leur foy, ainsi quil s'ensuit. Le fermier qui se tenoit audit chasteau ou maison forte, craignant d'estre prins d'assault par lesditz huguenotz, et de perdre sa vie et son bien , se présenta à mons. le prince de Condé, qui luy donna une saulve-garde , avec une douzaine de soldatz de sa faction pour garder ledit chasteau , jurant audit bon homme qu'ils ne luy feroient nul fort, ains que c'estoit pour empescher que aultres n'y entrassent pour le piller. Ces soldatz, entrez avec la saulvegarde condeyenne audit chasteau , ostèrent les clefz audit fermier, le tindrent prisonnier et ses gens, donnant ouverture à tous huguenotz, qui léans se mirent en garnison , mangèrent et pillèrent tous les meubles et tindrent les chemins et rivière, depuis ledit S*-Glou jusques à Paris, en plus grande subjection que s'ilz eussent esté dedans ledit bourg et passage de S^-Clou. Hz huguenotz, ayans par les villes et passages de Poissi et S^-Germain-en-Laye passé la rivière de Seine , allèrent attenter de se saisir de plusieurs chasteaux et bourgades du costé de la Beauce, comme de Dourdan, d'Anet et aultres lieux; plusieurs desquels furent par eux occupez et garnisons mises dedans.
Ilz, contre la voiunté du roy et des Parisiens, se saisirent du pont 1567. de Charenton, qui est à deux lieues de Paris en tirant à Troye en Champagne, en chassèrent la garnison que le roy avoit mise dedans, et s'en firent maistres, pour empescher les vivres qui descendoient par les rivières d'Estampes et de la Ferté-Alex; «t ne fîit plus possible aux catholicques d'aller de Troyes et de Provins audit Paris à pied, cheval ni charroy par ledit pont de Charenton, qui est le passage commung et le plus droict, ains convint aller passer à Melun et Corbeil.
Pour lesquelz faire desplacer et quiter ledit pont de Charenton, fallut que le roy et les Parisiens dressassent ung petit camp avec grosse artillerie pour les aller battre; ce que bien sçachans lesditz huguenotz, n'atendirent qu'on les forçast de le quitter, ains d'eux-mesmes Ihabandonnèrent, après avoir rompu et démoly les grosses tours de pierre qui estoient sur les pontz de la rivière de Marne , bruslé les moulins et jette les pontz %i arches par terre en laditte rivière , qui fut ung dommage fort grand.
Charles IX s'efforce d'éviter la guerre. Des négociations sont entamées en son nom avec les chefs protestants. Le chancelier de l'Hôpital , avec MM. de Mor\'ilh'ers , de Vieilleville, etc. se rend deux fois, dans les premiers jours d'octobre, auprès du prince de Condé, pour arrêter les bases d'un accommodement. Les conditions des rebelles, qui demandaient la liberté de conscience, sans distinction de lieux ni de personnes; l'égale admission des réformés et des catholiques aux emplois; la réduction des impôts; la convocation des états-généraux , ayant paru exorbitantes, le roi fait sommer les chefs protestants de venir le trouver sans armes et lui rendre obéissance, ou de déclarer s'ils entendent approuver la rébellion. Les chefs mentionnés dans la sommation, en date du 7 octobre iSGy, sont : le prince de Condé, le cardinal de Chastillon, l'amiral de Coligny, d'Andelot, la Rochefoucault, Genlis, Clermontd'Amboise, de Saux, deBoucart, de Boucavanes, de Piquigny, de Lysi, de Mouy, de Saint-Phale, d'Ësteroay, comte de Mongomery et vidame de Chartres. Les protestants, alors, bornent leurs prétentions à ce qui concerne la religion et la sûreté des personnes; mais les négociations reprises avec le connétable de Montmorency restent sans résultat, et Charles IX se prépare à la guerre, en rassemblant des soldats et en ordonnant aux villes de son obéissance de s'armer pour leur défense
1567. Après que les villes d'obéyssance eurent prins les armes pour se garder de la surprinse des huguenotz , esleurent ou leur furent bailliez gentilshommes catholicques et fidelles au roy, pour estre capitaines et gouverneurs d^icelles pour S. M. Les habitans ne laissèrent d'eslirc hommes d'entre eux pour estre capitaines des quartiers et portes, qui avoient commandement pour les contraindre de bire le guet. Toutesfois, lesditz capitaines ne pouvoient rien entreprendre sans le sceu et volunté du capitaine général, lieutenant pour le roy, qui y avoit esté ordonné par S. M.
Les habitans de Provins esleurent M. de Lours, gentilhomme catholicque demourant à deux petites lieues, lequel accepta la charge et se transporta audit Provins poiu* y faire le service du roy et des habitans, ayant prins pour son lieutenant M. de la Barge, de Molin* d'Ocle, parroisse des Ormes, homme bien catholicque et religieux. 11 de Lours assembla ime compagnie de trois cens hommes, composée de chefz et de soldatz telz qu il les put trouver, partie de gens d'église , partie d'artisans de ville et de villages. Hz furent nourris et payez aux despens de la ville, et logez par bulletins es maisons des habitans. Il feit remparer les lieux les plus foibles qu'il luy sembloit estre sur les miu^ailles, et distribua sa compagnie pour faire le ser^ vice es quatre portes principalles , et aller avec les habitans au guet nuict et jour. Lesditz soldatz estoient si mal aguerris et équippez, que les habitans n'en faisoient conte.
Mons. de Barbesieux, lieutenant de mons. de Guise au gouvernement de Champagne et Brie, demoura à Troye pour la garde de la ville. — Mons. de Villegangnon , M® Nicole Durant, natif de Provins, chevalier de Malthe, fut gouverneur de la ville de Sens et capitaine pour le roy. — Mons. de Villers aux Corneilles fut gouverneur et capitaine de la ville de Sézanne, de laquelle il estoit bailly. — Mons. de Gombault fut capitaine et lieutenant pour le roy dans la ville de Bray sur Seine, où il fut taxé de s'estre porté mal à la nécessité. — -Hn^y eut dans la ville de Nogent capitaines aultres que ceux de la ville, et n'y eut personne qui y commandast pour le roy, dont mal leur advint.
DE CLAUDE HATON. ft&O
Nous avons dict que la compagnie de mons. de Lours estoit com- 1567. posée de prebstres, comme aussi de gens d^auitre estât. Ce advint pour le ban que le roy feit faire en ce pays icy et par son royaume, que tous gens d^église , de quelque religion et monastère qu^ilz fussent, qui vouldroient aller à la guerre et porter les armes contre les huguenotz pour la deffense de la religion catholicque romaine, pour son service et du royaume, quilz y fussent admis, ne voulant poiu* cela qvL ih encourussent le viceM^irrégularité, ne que rien leur en fust reproché, et que de ce faire en avoit obtenu la licence du S^ Père le pape de Rome. Qui fut la cause que plusieurs prebstres, moynes et religieux de différens monastères, tant rentez que mendians, quittèrent le brevière et Thabit, s'enroUèrent soubz des capi* taines, et s'en allèrent à la guerre. Il n y alla que les plus jeunes et les plus éventez , moins dévostz et aymans leur religion , comme aussi des prebstres séculiers.
Avec M. de Lours, capitaine et lieutenant général pour le roy à Provins, estoient encore quatre capitaines, citoyens dudit Provins, esleuz et choisis par les habitans : Nicolas Thomassin, marchant, pour la porte et quartier de S -Jehan; Nie. de Villers, aussi marchant, pour la porte et quartier de Jouy; M® Jehan Retel, advocat, pour la porte et quartier de Changy; et M® Claude Thibault, conseiller du roy au siège présidial, pour la porte et quartier de Culoyson, hommes bien estimez pour vraiz citoyens loyaux et fidelles, comme aussi catholicques et bien affectionnez au roy et à leiu* ville et patrie, combien toutesfois que plusieurs eussent doubte et oppinion contraire dudit Retel. Pour duquel entretenir le mauvais soubçon, advint ung scanddle tel qu'il s'ensuit. Ung jour que les nouvelles de l'augmentation des troubles s'avançoient en ce pays de Brie, et que les infidelles huguenotz levoient le siège de devant S^-Denis, les citoyens de Provins et leur capitaine général se donnèrent garde de leurs affaires , et par plusieurs heures de la nuict firent ronde sur les murailles, pour veoir quel debvoir faisoient les sentinelles et corps de garde des portes et murailles, et signamment ceux du quartier dudit capitaine Retel , d'aultant qu'es
1567. années passées, comme aussi en ceste présente, il avoit esté veu plus fiuguenot que catholicque. Estans ceux qui faisoient la ronde audessoubz de la porte de Changy,- s'avisèrent de toucher à la serrure , pour sçavoir si elle estoit fermée à clef; lesquels trouvèrent que non. Laditte porte ouverte, passèrent au pont-levis, que pareillement trou* vèrent n'estre fermé à la clef, dont advint grand miutnure. Le guet fut renforcé soubz laditte porte, pour la garde d'icelle, conune aussi du pont-levis, avec commandeiftent aux sentinelles posées sur les murailles de faire bon guet, affin de descouvrir ce qui pouvoit advenir de maulvais. Toutesfois cette nuict n'advint aucune embusche. Au lendemain matin, reproches furent faictz audit capitaine de ceste faulte, lequel, superbe qu'il estoit, voulut maintenir les avoir hiymesme fermez à clefz, et ne voulut croire qu'ilz fussent ouverts, jusques à ce qu'il veit de quoy. Qui, pour la deffense de son honneur, en soustenant les avoir fermez , accusa le corps de garde quMl avoit posé sur laditte porte de les avoir ouverts, ou bien de n'avoir £dct bon guet pour descouvrir ceux de la ville qui les avoient ouverts. Toutesfois, cela se passa, d'aultant que, tant de par luy que de par sa femme , il estoit des plus apparens de la ville. U fut tenu propos de le déposer de sa charge sur l'heure; mais fîit résolu qu'il continucroit, de peur qu'estant déposé, plus facillement, en vengence du déshonneur qu'il en eust receu, il n'eust praticqué avec les ennemys pour les mettre dedans la ville.
Qui causa l'entretien de la maulvaise oppinion conceue dudit Retel fut la prinse de trois jeunes garçons du village de la Motte de Tilly, lez Nogent- sur- Seine, qui, retournans en leurs maisons du camp huguenot de S^-Denis, où les avoit mené le sieur d'Estemay, furent arrestez et prins prisonniers par les gardes de la porte de SMehan, Tuiig desquelz estoit filz à un honeste homme dudit village de la Motte, nommé Quinet Grand-Pierre, non huguenot, et estoit appelle en commung vulgaire Mion. Lesquelz, estant trouves surprins en leur langage, et saisis de quelque petit meuble de gens de village, furent conduictz es prisons du roy, comme espions et explorateurs
de trahison, pour faire tort à ia ville de Provins. Cela advint le jour 1567. ou lendemain que laditte porte fut trouvée ouverte ou non fermée à clef, et toutesfois, selon ce que je cognus du faict, ledit Retel ne sçavoit rien de Tarrivée desditE garçons, ni eux de luy. En les arrestant prisonniers , fut enquis s'ilz cognoissoient personne en la ville de Provins; respondirent que non, excepté ledit Mion, qui dist seullement y cognoistre ung prebstre nommé M^ Claude Haton , duquel il estoit parent. Ores, n estoit ledit Haton audit Provins, qui occasiona de les mettre en prison bien estroictement et séparément Tung d'avec Taultre. Contre lesquelz le seigneur de Lours, capitaine général, commença à procéder criminellement, et après les avoir interrogez et trouvez fermes en leurs paroUes, se résolut de leur bailler la gehanne , pour leur faire recognoistre Testât des huguenotz , de leur camp et de leurs desseings. Le jour qu'on les vouloit gehanner, arriva audit Provins ledit Haton, duquel ilz s'estoient réclamé, et qui, après en avoir entendu nouvelles , se transporta en la prison pour les veoir et parler à eux. Auquel ilz discoururent entièrement la vérité de leur faict et la cause de leur retour du camp huguenot, et après avoir le tout entendu, le déféra audit sieur de Lours et au sieur de la Barge, son lieutenant, desquelz il estoit bien cognu et familier serviteur. Ceuxci, ayant ouy le tout et faict foy au rapport dudit Haton, qui se porta fort pour eux, ne les firent gehanner ni davantage détenir, ains les renvoyèrent la part que bon leur sembla. Ledit Haton estoit natif du village de Meel sur Seine , à deux lieues dëqpbvins, conune aussi estoit la mère dudit Myon, sa cousinne germaine.
Sur les menées et entremises ci-dessus dittes , les gouverneurs de la ville de Provins, qui estoient les procureur, eschevins et capitaines des quartiers susditz, s'assemblèrent au logis dudit sieur de Lours, qui estoit logé en la rue aux Aulx, es maisons qui furent à feu NicoUe Janvier, advocat du roy à Provins, pour ad viser à tout ce qui estoit utille et nécessaire pour la garde de4a ville. Et en ceste assemblée fut proposé comment Ton se devoit comporter envers aucuns citoyens que Ton sa voit estre huguenotz secretz et qui estoient lors en laditte ville.
1 567. Tels estoient : M^ Jehan Alleaume , bally ; M^ Jehan de Ville , procureur du roy,'les deux principaux pilliers de la ville, et encores quelques aultres qui calloient la voiUe, en attendant lyssue de ceste guerre, pour se déclarer d'ung party ou de Taultre. Girard Janvier, le plus riche bourgeois de laditte ville, nestoit en moindre suspicion que lesditz bally et procureur du roy, lequel, si tost qu^il sceust la surprinse de la ville de Montereau et le renouvellement des troubles, alla chascun jour à la messe en sa parroisse de S -Pierre ou aux Jaco^ bins, à laquelle il n a voit esté, pour bon jour qu'il feust, il y avoit plus de quatre ans. Contre lesquelz la ville avoit doubte de mesfiance , et quilz ne s'entendissent avec Fennemy, pour, avec trahison, par surprinse le mettre dedans la ville. Ce doubte mis en conseil, fut à la fin résolu que lesditz capitaines iroient visiter les maisons des suspectz , pour veoir les armes qui estoient dedans et combien de famille il y avoit en chascune ; le tout mettre par roUe et inventaire , et les désarmer, en emportant icelles armes hors de leurs maisons, ai&n qu ilz n'en pussent ayder à personne. Et pour prendre meilleure occasion de ce faire , fut conclud que Ton visiteroit toutes les maisons de la ville, tant catholicques que huguenottes.
Cette résolution prinse , fut appelle à ceste assemblée le^it bally de Provins, pour Touyr parler et avoir sur ce son advis. Auquel ledit sieur de Loiu*s fort dextrement feit entendre le soubçon et la maulvaise oppinion que le vulge comroung de Provins avoit de luy et de quelques aultres to^M^ant le faict de la religion, et que pour ce la ville de Provins n'estoit exempte de suspicion de quelques intelligences de eux avec les enncmys; pour à quoy obvier estoit faicte ceste assemblée, à laquelle on Tavoit voulu appeller, pour le prier d'estre fidelle au roy, à sa ville et à la patrie, ce qu'on croioit bien qu'il estoit et vouloit estre , et quant et quant d'assister aux affaires publicques de laditte ville, comme le principal chef d'icelle, en luy promettant que de lors en avant nulle assemblée«ie se feroit qu'il n'y fust le premier appelle pour en donner son advis. Il bally, après avoir pademment escouté ledit capitaine général, respondit que véritablement il savoit
bien quil estoit suspect à toute la ville de Provins touchant le faict 1567. de la religion catholicque , à cause que , en veitu des mandemens du roy à luy adressez , il avoit installé les prédicans es villes de Sézanne et de Provins et érigé leurs presches es lieux où ils estoient exercez , et que aussi il avoit fréquenté et faict faveur aux gentilshommes et aultres huguenotz de Provins et des environs; mais que toutes* fois, malgré cela et Tintermise qu^il avoit faict de ne fréquenter fort souvent les cathoUcques es églises pour ouyr le service divin , il n estoit aultre que catholicque et n^avoit esté ; que avec les ennemys n avoit aucune convenance et ne vouloit avoir au domage de sa ville , pour la deffense de laquelle contre Tennemy huguenot vouloit exposer corps, vie et biens, comme Texpérience en feroit preuve, s'il advenoit quilz fussent par luy assaillis; déclarant le nombre des armes qui estoient en sa maison, lesquelles il abandonna pour le service de la ville, permettant aux capitaines, procureur et esche vins de se transporter en sa maison pour la visiter, et mesme de les transporter hors d'icelle , en cas qu'ilz ne levassent la mesfiance qu ilz pouvoient prendre de luy. Toutes ces raisons dictes , fut ledit bally tenu pour fidelle serviteur du roy et bon citoyen, admis à toutes affaires publicques et le premier avec ledit seigneur ^e Lours au gouvernement de la républicque de la ville.
Le procureur du roy de Ville ne fut appelle à ceste assemblée, pour ce qu il estoit en plus maulvaise réputation que ledit bally, à cause de son déportement de la religion catholicque, et de Tabsence de son filz, qui estoit avec les huguenotz assemblez à S -Denis. Les capitaines entrèrent en sa maison, qu'ilz visitèrent avec ses armes, et les mirent par inventaire. De quoy se trouva fort scandahsé, usant de menaces assez sufiBsantes pour le massacrer s'il eust eu à faire à gens mutins. Pour passer sa colère, sortit ce mesme jour hors de Provins de sa bonne volunté, sans aucun commandement; mais ne luy fut permis d'y rentrer à son retour quand il se présenta à la porte , Feutrée de laquelle luy fut refusée par les gardes, selon le commandement qui leur en estoit faict, et fallut qu'il s'en retoiumast la part
1567. qu'il voulut. II. ne fut faict aucun tort aux biens de sa maison de Provins, pour rhonneur que chascun portoit à sa femme , qui estoit des plus catholicques et fidelles qui fussent dans la ville. Ung certain jour après, sçackant que ses parens et meilleurs amys estoient de garde à la porte S^-Jehan , se présenta pour entrer en la ville et en sa maison , ce quilz luy permirent, contre la volunté du capitaine. Il n^eut si tost gangné sa maison , que la turbe pruvinoise commençoit à se mutiner pour son retour; ce qui fut déféré au capitaine Thomassin, lequel, pour obvier à sédition, luy alla faire commandement de sortir hors de la ville, s'il naymoit mieux estre saccagé et sa maison pillée et entièrement ruynée , ce qu'il refusoit de faire , s'il n'eust veu jà le peuple s'assembler devant sa maison. Il s'en retourna à grand regret et avec grandes menaces, qui pensèrent engendrer une sédition, si la prudence dudit capitaine Thomassin n'y eust empesché. Du depuis, il n'atenta de rentrer jusques après les camps passez par ce pays, et fut suspens de son office de procureur du roy, suyvant Tédict de S. M. Pour y rentrer, devant les troubles passez, obtint lettres de saditte majesté, sur une je ne sçai quelle attestation qu'il feit par tesmoings apostez, gens de toutes qualitez, pardevant deux notaires, aussi atiltrez à sa dévotion, lesquelz attestèrent ne l'avoir jamais cognu aultre que catholicque, l'ayant veu avec les catholicques es églises tant de Provins que Paris et aultres lieux, durant la messe et le divin service; et tel en déposa qui ne l'avoit veu à la messe ni en église quelconque il y avoit plus de dix ans. Et, par ce moyen, rentra en son estât de procureur du roy, avec lettres qu'il feit enthériner à ung jour de plaictz du bally et siège présidial.
Le roy, par im édict faict depuis la reprinse des armes de ces présens troubles, avoit suspendus tous officiers huguenotz de son royaume, et déclaré tous actes par eux faictz de nulle valeur, depuis laditte reprinse des armes, et leurs offices et estatz donnez en garde à aultres catholicques. L'estat de garde des sceaux que tenoit Nicolas, de Ville, filz du procureiu* du roy, fut donné en garde à M^ Noël Branchu , advocat audit Provins.
Il fault icy réciter une alarme que les gens du guet de Provins 1567. donnèrent une nuict aux citadins de leur ville, pour n^avoir bien remerqué et recognu toutes choses qui estoient aux environs. Or fut-il que une dizaine d'hommes , estans posez sur fa toiumelle de TArche Fendue , qui est la fin du quartier de la porte de Changy, le dixenier, qui estoit Estienne Barrier, gendre de Adrian Leblanc, voulant faire debvoir de bon soldat, posa sentinelles sur les murailles, lesquelles souvent il visitoit et les rafreschissoit pour les empescher de dormir. A certaine heure de la nuict , faisant cest office , jetta son regard droict au prieuré de Chambenoist, qui est au dessoubs le village de S'-Michel de Pongnis; il apperceut une lanterne ou fallot allumé es environs dudit Chambenoist, ou bien une lumière allumée dedans . le moulin à tan ou à fouUon , la lueur de laquelle luy fait représenter à ses yeulx tous les arbres de saux ou aultres qui estoient depuis les murailles dudit Provins jusques ausditz moidins et quasi aultant par delà; lesquels arbres et saux il jugea estre des hommes, et de frayeur qu'il eut, sans avoir bien remercqué, commença à crier : A Tarme! à Tarme! et quant envoya dans la ville (sans prendre advis de ses soldatz) aux capitaines, pour faire sonner Talarme au son du tamboiu*. Le capitaine Retel, ayant receu ceste nouvelle de la part dudit Barrier, estimant qu^il Barrier feust plus expert et mieux asseuré en tel cas qu'il n'estoit, alla au tambour et feit sonner Talarme par les rues, au son duquel furent incontinent sur pied les habitans. Le seigneur de Lours, capitaine général, ne fut plus tost adverty de ce faictquMl ouyt l'alarme sonner par les rues , et se trouva aussi estonné que les habitans, pensant jà estre prins. Cependant, la lanterne ou lumière que Ton avoit apperceu, ainsi que dessus est dict, s'estoit absconcée , et n'en voyoit-on plus la clarté; parmy les ténèbres de la nuict, estoient apperceuz les saux et arbres que Ton avoit jugé estre des hommes. Les premiers qui abordèrent à l'Arche-Fendue reconnurent les saux de la prairie là où le dixenier Barrier disoit estre les ennemys, et fut donné congé à chascun de s'en retourner en sa maison.
Plaisanteries des dames de Provins à 'propos de cette aifaire.
1567. U nous fault retourner à Paris et à S^-Denis en France, où s^anuuisoient les deux armées, lesquelles furent quasi aussi tost aprestées Tune que Taultre , combien qail fault confesser toutesfois que les rebelles huguenotz concféyens furent plus tost en armes pour ravager le pays parisien que le roy n'eust amassé des forces pour leur résister, lesquelles entrèrent avec toute difficulté dedans la ville de Paris, pour le passage des chemins qui leur estoient empeschei. Lesditz rebelles eurent le loysir de cinq à six sepmaines de tout ravager, piller, ravir et voUer es environs de Paris et de tenir la ville en subjection telle qu'ilz cuydèrent Taffamer avant qu'on osast entreprendre de les combattre. Hz estoient si audacieux, que les gens et bestial . qu'ilz ravissoient es environs dudit Paris, pour les mener en leur camp, ilz les passoient pardevant les portes et murailles dudit Paris à la portée d'une harquebuse à crocq, pour despiter les gardes parisiennes.
Le roy, après s'estre submis à tous debvoirs plus que à un roy n appartient envers son vassal, pour pacifier ce tumulte et rebelle entreprinse huguenoticque , volut adviser à faire par armes ce qu*ii n'avoit sceu faire par amytié. Lequel, pour se délivrer et le monde parisien de ceste vermine et Locuste plus que saulvage, après avoir amassé le nombre de dix-huict mille hommes, tant de pied que de cheval , composez tant de ses gens d'ordonnance que de peuple parisien, volut donner le combat et ordonna M. le connestable Anne de Montmorency son lieutenant général, pour conduire son armée catholicque, qui estoit campée es fauxbourgs S^-Denis et quelque peu avant , au lieu dit la Chapelle , qui est une petite église sur le chemin , distante dudit fauxbourg ung quart de lieue. Elle avoit en teste et à sa veue Tarmée huguenoticque , qui estoit campée hors de la ville S^-Denis, au lieu où maintenant on tient la foyre du Lendit, qui povoit estre de douze mille hommes et plus.
De descrire icy les escarmouches qui se donnoient par chascun jour les ungs sur les aultres, comme aussi celles qui attacquoieiit la bataille, je ne puis, pour ce que je n'y estois pas; mais bien ai sceu
que Farmée huguenotte estoit campée à Tadrantage, ayant la rivière 1567. de Seine à dos, la ville de S^-Denis à costé, et le village de Aubervilliers en teste. Toutesfois, navoient intention de combattre pour ce jour-là ( lo novembre), si la honte ne les y eust converty, car estoient desmembrez les ungs d'avec les aultres; le sieur d'Andelot estoit allé à Poissi, pour composer avec les babitans, qui avec luy avoît mené grand nombre de gens de pied et de cheval, qui estoient quasi toute la fleur de leur camp, pour faciliter ie passage aux troupes huguenottes de Languedoc, de Provence et de Poitou, qui leur venoient en secours. Ce que bien sceut M. le connestable, qui ne voulut laisser perdre ceste occasion^; lequel toutesfois fut quelquement blasmé, de ceux possible qui ne cognoissent rien en faict de guerre, d'avoir combatu ce jour-là, sans avoir eu la patience d'attendre les forces du roy entières, qui luy estoient proches de toutes partz et prestes d'arriver au camp catholicque, et entre aultres 1,200 chevaliers bien armez et montez et 2,000 hommes de pied, tous Flamens, Boui^uignons et Espagnolz, que le duc d'Albe, lieutenant pour le roy d'Espaigne es pays de Flandre, envoyoit à nostre roy, par le commandement du sien, soubz la conduitte du comte d'Arenberg, lesquelz n'estoient qu'à une journée loing du camp catholicque de France.
Ceste bataille de S*-Denis fut assez rudement attacquée de part et d'aultre , qui fut cause de donner ime trop grande craincte à plusieurs fuyartz catholicques , lesquelz, ayant tout honneiu* en mespris, quittèrent leur lieutenant général et les princes pour rebourser chemin droict à Paris, à l'espreuve de leurs chevaux. En ceste bataille finist ses jours M. le connestable de France Anne de Mommorency, ayant receu ung coup de coutelas au visage et une pistolade dedans les reins, que luy donna ung huguenot escossois, nommé Stuart, qui
' Sur la bataille de Saint-Denis, voyez Addit aux Mémoires, t. II, 1. VI, p. A98;
d*Aubigné, Histoire urdverselle, 1. IV, t. I, — Journal de Brulart, p. 170-184; —
p. ai4; — de Thou, Hist. aniv. 1. XLII; Mém. de Lanoue (coUecl. Michaud, t. IX,
— Castelnau, Mémoires, 1. FV, c. v-vii, et i" série, p. 6)4)i etc.
1567. autresfois avoit esté archer de la garde du feu roy Henry II"". 11 ne mourut pas en la place, mais fut remporté dans la ville de Paris, où il moiurut en moings de deux jours après ^
La mort dudit connestable fut plaincte de peu de gens du parly des catholicques, à cause de la huguenotterie de Tadmiral, du card. de Chastillon et d'Ândelot, ses nepveux, qui estoient, après le prince de Condé, chefz des rebelles huguenotz françoys et des plus me&chans; et avoient plusieurs personnes ceste oppinion dudit connectable qu'il les eust bien retirez de ceste rébellion s'il eust vovda, attendu que tous avoient esté avancez en leurs estatz par le feu roy Henry, par son moyen. U fut plainct aucunement par quelques gens de guerre et aucuns gentilshommes, pour le crédit quMlz perdoient par sa mort.
Plusieurs personnes aveu^ez et non cler-voyans en toutes affaires parlèrent de sa mort à son déshonneur, disans qu'il ne fut tué à laditte bataille par ledit Stuart, ains par ung guerrier de la part du roy et des catholicques que Ton ne voulut nommer, et luy fut donné ie coup d'aultant qu'on le veit qu'il s'enfermoit dedans le bataillon du prince de Condé et de l'admirai son nepveu, pour se rendre prisonnier entre leurs mains, comme telle avoit jà esté sa coustume en deux batailles, à la bataille de S^-Laurent contre l'empereur Charles le Quint, en l'an lÔôy, et à la bataille de Dreux contre les mesmes rebelles huguenotz, en l'an 1662. Aultres l'ont voulu excuser et dire qu'il fut véritablement tué par ledit Stuard^, faulte de se faire à cog-
^ Le connétable Anne de Montmorency mourut deux jours après la bataille de Saint-Denis, le la novembre 1667. Il était âgé de près de soixante et quinze ans. ( Voy. sa vie dans Brantôme.)
' Voici ce que j*ai pu recueillir sur ce personnage. Parmi les historiens qui Tont mentionné , les uns rappellent Jacques , les autres Robert; ce dernier nom parait le véritable, c*est celui qu'attribuent à Stuart
François II , dans une lettre au connétable de Montmorency du a 5 février iSSg (1 56o) , etdcThou , dans son Histoire universelle. Vicillevillc et d*Aubigné ne lai donnent pas de prénom; mais d'Aobigné !e dit parent de la royne d'Escosse. Robert Stuart, selon plusieurs récita, fit partie de la garde des archers écossais sous Henri D et ses successeurs. Il avait embrassé le protestantisme, et Minard, président aa par-
uoisire et de parler, ce qui ne luy fut possible de faire, pour la grande 1567. coUère où il estoit , et de despit qu^il avoit de se veoir ainsi abandonné et le camp du roy par les fuyartz, mesmement par ceux de sa compa* gnie, et que luy, combattant à main de son espée, donna deux ou trois coups du pommeau d^celle sur la bouche dudit Stuard, dont luy rompit quatre dens en la bouche, de quoy colière, ledit Stuard ' luy desbanda sa pistolle au travers des reins, dont il mourut.
Geste bataille fut en tel bransle que longtemps on estlmoit les catholicques Favoir perdue , et de faict les huguenotz se sont tousjours vantez de Favoir gangnée, à cause de la mort dudit connestable, qui y fut tué. Toutesfois, furent à la fin contrainctz de quitter le champ et de se retirer à la vitesse pour se saulver, et si demeura en laditte bataille beaucoup plus des leurs mortz et prisonniers que des catholicques du party du roy, mais non gens de marque et de renom, comme furent ceux desditz catholicques. Le nombre des mortz, tant d'une part que d'aultre, fut estimé à deux mille personnes pour
lement de Paris, ayant été assassiné pendant le procès d* Anne du Bourg, on Taccusa de ce meurtre. Il passait pour se servir de balles empoisonnées qu*on appelait de son nom Stuardes, témoin ce quatrain adressé au cardinal de Lorraine :
Garde-toi, cardinal, Qae ta ne «oit traité A U Minarde , D*aiie Stuarde.
Impliqué dans la conspiration d* Amboise , il parvint à s*échapper, combattit dans les armées protestantes et fut blessé au siège de Corbeil, en 1 562. A la bataille de Saint- Denis , où il commandait un corps d*Écossais, il prit le connétable, qui, en cherchant à s*échapper, lui cassa trois dents avec son épée. Suivant les uns, ce fut Stuart qui donna le coup de la mort à Anne de Montmorency; d'Aubigné dit que ce fut un autre Ecossais. Le nitme écrivain
fait mourir Stuart à la bataille de Jamac, de la main d*un capitaine du connétable. Brantôme demie des détails circonstanciés sur la mort de Stuart à la suite de la ba* taille de Jamac. Claude Haton le présente conmie ayant été pendu en 1 569. Robert Stuart paraît avoir fait partie d*une branche de la maison royale d*Écosse, dont les membres, descendants dé Jacques U, furent, au xvi* siècle, seigneurs de Lisines, de Savins et de Jutigny, en Brie. (Ythier, Nobiliaire da bailliage de Provins, p. 94*) Voyez d*Aubigné, Hist univ. 1. 1, p. 90,9a, 96, ai5, ai6, a8o; — Mém.de Condé et Archivei curieuses de l'histoire de France, t. IV, p. 3a ; — de Thou, Histoire universelle, liv. XXXIII et liv. XLII; — La Popdinière, fol. làà v*; — VieiUeviile, Mém, 1. IX , c. 36 et 37 ; — Addit, aux Mém. de Casielnau, t I, L I, p. 363, et t. II, p. 683 ; — Piguerrc , Hist, deFr. p. 55o, etc.
1567. le plus. De la part des catholicques , furent tuez, pour les gens de renom : M. le connestable Anne de Mommorancy; Claude de Batarnay, sieur d'Anton, guidon de la compagnie dudit connestable^; ie comte de Chaune, Hyéronyme de Turin; le capitaine Loup, seigneur. • de. . . en Beauce, gendre de feu M. de Tachy^ et bien 4o aultres, que capitaines que chefz de compagnies « avec plus de Soobommes signalez, tant de pied que de cheval, sans ceux qui n'eurent poinct de nom. Du costé des rebelles, furent tuez et blessez : le vidasme d^Amiens, le sieur de Picquigny', les sieurs de SauxS de la Suse^ de S^- André, de Garennes, et plus de 5o aultres qui n'eurent nom, tous gens à cheval, et plus de 1 5oo de leurs gens de pied. Le prince de Condé y cuyda demeurer; toutesfois se saidva à la vitesse de son cheval, qui tomba mort dessoubz luy, estant destoumé de Tescadron en faisant sa retraicte.
Les catholicques demeurèrent victorieux sur le champ de la bataille jusques à minuict, cerchans les ennemys aux escartz, faisans enmener les blessez à Paris et fouillier les mortz, pour en emporter avec eux les despouilles.
En ceste nui et arriva, avec ses trouppes, d'Andelot, qui avoit esté mandé de Poissy, où il estoit allé pour se trouver à ceste journée; n'estant venu à temps, au lendemain il courut avec le reste de leur camp la campagne depuis S*-Denis jusques aux portes de Paris, pour penser attirer le camp catholicque au combat, lequel n'en voulut manger, pour deux raisons : la première , faulte de gouverneur et lieutenant général pour le roy en la place du connestable; Taultre, de peur que , estans retournés au combat , les huguenotz secrets de la
^ Claude de Baslarnay , seigneur d*An- ^ Charles d*Ailly de Picquigay, vidame
ton, comle du Bouchage, fils de François d^Âmiens.
de Bastarnay et d*Isabelle de Savoie, ne- * François d'Agoult, de MonUabanet
veu du connétable. de Monllaur, comte de Sault; Saint-André
' Loup du Trichct, chevalier, seigneur était son frère, de Vimetz, marié à Jacqueline du Roux, ' Nicolas de Champagne, comte de la
fille d*Odart du Roux , seigneur de Tachy, Suze. mort vers 1 566, ctde Jeanne de Languedoc.
ville de Paris et une milliace de meschans gamemens qui sont en la- 1567. ditte ville ordinairement ne feissent quelque remeuement de mesnagc par pillerie ou aultrement, pour favoriser Taudace desditz rebelles.
Un capitaine catholique, nommé Guerry, se met avec une vingtaine d'arquebusiers en embuscade dans un moulin à vent qui n'avait pas été brûlé, et de là tue plus de cinquante hommes de la troupe de d'Andelot^
Au lendemain de la S'-Martin..d'hyver (12 novembre), descampèrent de S^-Denis le prince de Condé et sa quirielle de huguenotz; ayant ramassé tout le reste de son camp qui luy estoit resté de la bataille susditte, tout à loysir se retira par la ville et passage de Lagni siu- Marne, poiu* retourner en la Brie, ce qui luy estoit facile à son souhait, car personne n^estoit en armes en ces quartiers pour Tempescher, le camp du roy s'estant relire dedans Paris et es fauxboiu*gs. Les Parisiens, comme aussi le roy et les villes et villages des environs dudit Paris, fiurent bien ayses de se veoir descharger de ceste armée condéienne, et pour le parlement d'icelle feirent les Parisiens alégresse. Lesquelz, estans de ce délivrez, receurent vivres de tous costez, excepté des rivières de Seine et d'Yonne, qui demeurèrent encores empeschées depuis Montereau en amont. On estima une faulte au roy et aux princes et seigneurs de son camp de n'avoir poiu*suyvi les rebelles au passage de Lagni, et de ne leur avoir couppé chemin par Charenton ou par Corbeil, pour les attacquer entre ledit Lagni et Rosay en Brie, où là sans difficulté eussent esté rompus; car ilz estoient en grand désordre et bien refroidis pour la perte qu'ilz avoient receue en la bataille susditte ; plusieurs quittèrent l'armée , et se retirèrent en leurs maisons à la couverte, sans plus dire qu'ilz y eussent esté ni eussent volonté d'y retourner.
La mort du connétable de Montmorency fut la principale cause pour laquelle les protestants ne furent point poursuivis. Les chefs firent, entre Lagny et Rosay, la revue de leurs forces, et, se trouvant très-aiTaiblis, tant par la perte des gens
* De Thou a raconté ce fait d^armes, Histoire wiivenelle, 1. XLII.
1567. morts en la bataille que par les désertions ^ ils tinrent conseil pour aviser au parti qu'il convenait de prendre. Les uns étaient d'avis qu'on se soumit aux conditions de la cour; d'autres pensaient qu'il fallait attendre les secours qui arrivaient de la France et de l'étranger, et continuer la guerre jusqu'à ce qu'on eût obtenu une paix avantageuse. Ce dernier parti fut adopté, et l'on décida qu'on se mettrait immédiatement en route pour aller au-devant des reître» promis par le comte palatin du Rhin, et qu'on retournerait à Montereau pour s'unir avant tout aux renforts de Guienne et de Poitou.
Et de ce pas prindi*ent la route de Montereau , en passant par Nan-* gis, où se logea M. le prince de Condé dans le chasteau de madame de Beauvais^, dame d'honneur et fort catholicque, ie mary de laquelle avoit esté mort pour les coups par luy receuz en la bataille de Dreux, aux premiers troubles de Tan i562. Geste dame, sçachant le camp du prince rebelle s'acheminer par Nangis, luy offrit libérallement sa maison pour son logis, en le priant qu il luy pleust de ne faire aucun domage, ni souffrir estre faict au temple et église, ni aussi aux prebstres dudit Nangîs, ses subjectz, ce que ledit sieur prince luy accorda. Les gen§ d'église dudit Nangis et de plusieurs villages d^alentour estoient enfermez dedans le chasteau, tous en habit dissimulé, auxquelz elle donna une chambre, de laquelle ilz ne sortirent jusques après le deslogement dudit prince et de son camp dudit Nangis, et dans laquelle elle les feit nourrir le plus secrettement qu^elle put.
Audit Nangis ou auprès, attenant de la Belle-Hostellerie , y a ung aultre chasteau appartenant à ung aultre seigneur que laditte dame, qm vidgairement on appelle le chasteau d'En Bas, lequel fut ferme et osa
* Voy. sur Télal des armées royale et protestante après la bataille do Saint-Denis : a Procès-verbal fait suivant les ordres du roy par ie lieut. du Pont-de-rArcbe des gentilsbommes du ressort qui ont quitté Tarmée du roi après la bataille de S**Deni8 , et de ceux qui ont suivi le prince de Condé. i568, 5 janvier. > (Bibl. imp. collect. Harlay, n* 3ao, fol. 24 r*.) — «Procès-verbal
du bailli de Rouen au Ponteaudemer, oontenant les noms des gentilshommes qui se sont retirés en leurs maisons da camp du roy après la bataille de S'-Denis. 1 568 « 9 janvier. • (Id. ibid. fol. 87 r*.)
' Jeanne d^Âguerre, femme de Nicolas de Brichanteau, seigneur de Nangis, fiUe de Jean , baron de Vienne , et de Jacqueline de Lenoncourt.
tenir bon contre le camp du prince de Condé. Devant lequel fut brac- 1 567. quée et tirée Tartillerie que menoit ledit prince, et soustinrent plusieurs coups ledit chasteau et ceux qui estoient dedans par Tespace de deux jours, au bout desquels receut nouvelles ledit prince du seigneur à qui il appartenoit, mais ne sçai quelles; qui fut cause de le faire quitter à son artillerie et de lever le siège de devant , auquel toutesfois laditte artillerie ni le camp susdit n eussent sceu faire mal pour lors.
A Tinstant que les infidelles huguenotz furent arrivez dedans le bourg de Nangis, les plus esvantez, contre lesdeffenses du prince, qui avoit faict faire le ban qu^on ne gastast rien à Féglise , coururent en icelle pour la saccager, à la façon des aultres par où ilz avoient passé , et pour laisser les marcques de leur enragée conscience; et entrez qu'ilz y furent, après avoir brisé les serrures des portes, commencèrent à tout rompre et démolir. De quoy fut advertie laditte dame de Beauvais, laquelle se représenta audit prince, poiu* luy en former plainte, le priant de luy tenir promesse, touchant la conservation de son temple et ég^se dudit Nangis, luy remonstrant que, contre les deffenses et le ban faict par luy, les gens de sa suitte estoient dedans pour le démolir, et le priant de rechef que ledit temple ou église luy feust saulvé. A la requeste de laquelle, envoya ledit prince son maistre d'hostel pour les faire cesser, et fut le ban réitéré par tout le camp, que nul, sous peine d'estre pendu ou estranglé, eust à se transporter audit temple ou église , pour y faire aucun domage , et oncques depuis nul attenta d'y rien gaster.
Audit Nangis, la ville de Provins fut mise en délibération au conseil du prince, pour veoir si son camp se debvoit acheminer devant icelle pour la prendre, ou si on envoyeroit quelques messagers pour induire les habitans à composition pour en tirer argent, affin de subvenir aux fraiz de leur guerre, et si on passeroit oultre sans leur faire aultre mal. Geste cause débatue, fut advisé que, si laditte ville tenoit bon contre eux et qu'elle ne se voulust promptement rendre, cela leur poiUToit porter domage et empescher le secours qui leur venoit de Guienne et de Poitou; pour lequel joindre et le mettre en sâreté.
1567. estoit le meilleur de passer au delà de Montereau en Gastinois, pour luv faire escorte et cmpescher les gens du roy de ne se jetter sur lui. Car pour le regard de la ville de Provins, respondit le prince: «r Je sçai bien comment ilz en doibvent passer. » Il fut depuis nouvelle que le seigneur de S^-Symon, seigneur de Chantalos et Bauchery, pria le prince pour le salut de la ville de Provins, sans qu'il eust charge de ce faire par les habitans d'icelle, en luy faisant remons^' trance que , si le camp s'acheminoit devant leur ville pour la prendre en quelque sorte que ce feust, que à jamais lesditz de Provins le hayroient, estimans qu'il en auroit esté cause, d'aultant qu'il estait leur voysin; remonstra audit prince que les habitans de laditte ville s'estoient modestement comportez envers eux et aultres de la nouvelle religion , sans leur avoir jamais couru sus ni faict aucune sédition contre eux, et que pour ces raisons il luy pleust les laisser là et passer oultre. S'il fut vray ou non que ledit de S^ymon feist là quelque faveur à la ville de Provins, je n'en ai sceu que par le commung ouy-dire ; et au cas qu'il feust vray qu'il eust prié pour eux en la forme que dessus, n'estoit, comme je croys, que pour tascher. à avoir commission dudit prince pour y faire un rançonnement de deniers, de laquelle commission il eust eu charge pour se faire mieux vouloir desditz de Provins, et pour se vanter de les avoir exempté du siège huguenot, affin d'obliger à luy lesdits de Provins à jamais. Hz de Provins estoient en esmoy, sçachans les nouvelles de la revenue du camp huguenot si près de leur ville, dedans laquelle n'y avoit aultres pour la deflendre que les citadins et la compagnie de leur capitaine général, le sieur de Lours, qui estoit en assez meschant équipage, gens non aguerris ni dextres aux armes. Ce néantmoings, tenoient lesditz citadins contenance de gens assurez, et d'hommes qui n'avoient volunté d'ouvrir leurs portes ausditz hiiguenotz, mais au contraire de tenir bon contre eux. Ce que je pense qu'ilz eussent faict pour lors, n'estant encores attonez de craincte, comme ilz furent depuis. Hz travaillèrent fort à la réparation des lieux plus foibles.de leur ville; ilz dressèrent ung boulevert de terre, attenant du.cyme-
tière de S'-Nicolas, à Tendroict de la butte des barquebusiers, sou»- 1567 tenu de bois et fascines qu'ik élevèrent plus hault que la muraille, qui cousta asse», et si n'eust de rien.servy que de donner signal aux ennemis' d'entrer par là, comme ^ant le lieu le plus foible de la ville; sm- lequel nul, tant hardy ou fol eust-il esté, ne se feust osé tenir droict ni assis, qu'il n'eust esté à la miséricorde des harquebusiers ennemys. Le bally de Prouvins, qui feit faire cet ouvrage, se ventoit de s'y tenir et de le deffendre contre tout le camp huguenot, et ne faisoit cas ledit bally que dudit boulleverd, combien que plusieurs simples personnes le jugeassent estre plus pernicieux qu'avantageux à laditte ville. Ce boulleverd, tant recommandé par ledit bally, feit croistre à plusieurs habitans le doubte qu'ilz avoient sur luy d'estre traître à la ville et d'avoir intelligence avec les ennemys, pour les mettre en icelle par cet endroict, duquel seul vouloit entreprendre la deffense. Le seigneur de Loiurs estoit si bien d'accord avec luy, que luy-mesme soUicitoit l'achèvement dudit boulleverd, combien que son lieutenant, le sieur de la Barge, feust avec plusieurs habitans d'oppinion contraire.
Lesditz de Provins emplirent leurs fossez plains d'eau^e, comme aussi la prarie depuis la porte des Bordes jusques à la tour Fanelon, qui est oultre l'Arche Dortain; pour laquelle retenir en grandem* et hauteur suffisante, firent en quelques endroictz des basiardeaux pour Parrester, desquels le plus large et éminent estoit tout joignant le pont de la porte de Culoyson, par dessus lequel uijg homme povoit cheminer à son ayse jusques à la muraille de la ville, poiu* le coupper et baisser l'eaue, ou dresser eschelle contre la miu^aille pour y monter. El cousta plus ce bastardeau à faire que n'eust cousté ung vanage et glacys sous le pont et les arches, tel qu'il y a à la porte de Changy, et qui eust esté plus seur et de meilleiure deffense.
M. le prince, après avoir résolu de son voyage, sans s'arrester ni envoyer sommer Prouvins, passa avec son camp la rivière de Seine à Montereau, et de là la rivière d'Yonne à Pont-Renard et aultres endroictz du costé de Bray-sur-Seine , Courions et Seqs, et le logea en
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1567. tous les villages qui sont en ceste campagne-là, depuis laditie rivière, en tirant droict à Trainel. Une partie •dudit camp demeura oultre laditte rivière du costé de Gastinois , pour faire escorte aux secours qui leur venoient du Poitou, qui cst<nent prestz à se joindre, et qui prindrent leur passage à Pons-sur-Yonne, comme nous dirons tantost.
Le camp dudit sieur prince estant passé laditte rivière dTonne , une partie d'iceluy s'alla loger dedans le bourg de Courions \ qui n estoit fermé que de fossez, estant ledit Courions tout joygnant laditte rivière de Yonne. Dans lequel n'entrèrent lesditz huguenotz du premier coup, d'aultant que lesditz de Courions leur avoient fermé leurs portes et levé les pontz, qui fut grande follie à eux. Ce que voyans lesditz huguenotz , sommèrent les habitans dudit bourg d^ouvrir leurs portes et d'avaler leurs pontz et de se rendre audit seigneur prince de Condé, ce qu'iiz habitans refusèrent faire. Lesquelz en armes se laissèrent assiéger et battre quelque peu de temps, aymant mieux se laisser prendre par force et assauit que de se rendre; ilz se mirent en deffense, tirèrent sur le camp huguenot, tuèrent quelque capitaine ou enseigne, avec quelque quatre ou cinq soldatz avant questre prinz, et tinrent bon environ ung jour entier; qui fut cause que ceux qui les avoient assiégez envoyèrent appeler du secoiursen leur camp, pour prendre ce pauvre bourg. Pour lequel avoir, se présentèrent devant plus de 2,000 huguenotz des gens de pied, et quasi 1,000 de cheval, équippez et arrangez comme s'ilz eussent eu volunté de combatre une forte ville de frontière. Les assiégez, se voyans assaillir si furieusement par les assiégeans, pensèrent parlementer pour se rendre à composition honeste; mais ny furent receuz, ains y volurent entrer lesdis assiégeans huguenotz par force et assauit. Quoy voyans les habitans assiégez, qui n avoient secours de personne, advisèrent à se saulver au mieux quilz purent, mais sur le tard, au prouffit de plusieurs, joinct aussi qu'il leur estoit impossible d'eschapper tous la rage huguenoticque, pour estre par lesditz huguenotz enfermez et
Déparlemenl de l'Yonne, arrondissement de Sens, canton de Sergines.
entourez de toutes partz. Quand ilz commencèrent à prendre la fuitte 1507. pour se penser saulver, les assaiUans huguenotz avoient jà gangné le hault de leurs fossez; lesquelz, entrans à la fille, tuèreht et massacrèrent tout ce qui se trouva en leur voye, fussent gens ou bestes de tous sexes et âges, et commirent lesditz huguenotz toute espèce et genre de meschanceté audit bourg, après qu'ilz y furent efitrez, comme s'ilz eussent esté Scythes et barbares, excepté le feu, qui ne fut par eux mis que dans Féglise. Uz massacrèrent hommes, femmes et enfans à leur entrée , ilz vioUèrent filles et femmes , ilz ravirent et pillèrent tous les meubles des maisons, ils prindrent à rançon les plus riches, qn'ilz lyèrent estroictement, et les gouvernèrent misérablement. Et fault croyre qu'il n'est possible de faire plus de mal à personne que ces nouveaux chrestiens réformez en firent audit Courions ; de la prinse duquel firent aultant de cas et de bruict que s'ilz eussent prins la plus forte ville de France.
Les gens d'église dudit Courions se saulvèrent en la tour de leur église , pour éviter la rage et cruaulté de ces barbares qui se disoient enfans de l'Evangille de J.-C. et de son égUse réformée , pensans par cela avoir meilleur marché de leur vie, après que la fureur d'iceux réformez seroit passée. Les huguenotz assiégèrent lesditz ecclésiasticques dans laditte tour à force canonades de leurs harquebuses; mais en rien n'offensèrent lesditz ecclésiasticques» lesquelz demeurèrent en iMitte tour deux jours avant que de se rendre à la misérieorde de leiu^s ennemys, et encores ne s'y fussent rendus, si lesditz infidelles ne les eussent receuz à composition, qui estoit d'avoir la vie saulve , ce qu'ilz avoient juré de faire. Mais perjures et desloyaux qu'ilz sont, estans poubez d'impatience ou cruaulté, massacrèrent au pied de la tour lesditz ecclésiasticques, si tost qu'ilz furent descenduz. Quoy voyant, Tung d'iceulx ecclésiasticques, qui estoit le dernier à dévaller de laditte tour, remonsta vistement au sommet d'icelle pour regangner son fort, aymant mieux mourir là de faim ou aultrement que de se rendre à ces infidelles parjures. Toutefois, à la fin , misérablement se rendit à eux, se fians aux promesses qu'ilz luy faisoient de luy
ir)()7. pardonner sa vie , si , en se précipitant du haull de laditte tour en bas, il povoit eschapper sans se tuer luy-mesme; ce qu'il feit, selon le rapport commung du vulgaire, qui fut ung grand mal faict à luy, s'il est vray; car il dcbvoit mieux eslire de se mettre à leur miséricorde, comme avoicnt faict ses compagnons, en finissant ses joiu^s par le martire qu ilz luy eussent peu donner, que de s'estre soy-mesme précipité d'ung lieu si hault qu'est laditte tour. Âulcuns ont dict mieux de luy, rappoilans qu il fut forcé par les tirans de se jetter du hault de laditte tour en bas, pour tasclier à se saulvcr de leurs mains qu'ils estoient preslz de mettre sur luy, ou bien pour éviter la mort du feu dans lequel luy eust fallu finir ses jours, que les poursuivans avoient allumé dedans laditte tour pour le brusler. Il ne se tua tout mort en se précipitant, mais se desmolut tous les os des membres et du corps, etn'eust esté possible qu'il eust peu reschapper de ceste cheutte. Ce néantmoins, messieurs les conjurez de huguenotz, contre leur foy jurée et pron)€sse à luy faicte de ne luy faire aucun mal s'il en povoit eschapper, le massacrèrent en la place, et là fina ses jours. Ce prebstre avoit nom messire Jehan Egreville, homme fort alëgre et dispos de son corps; il estoit estimé ung des meilleurs joueurs de paulme qui fu^t en Champagne et Bric. Il avoit esté mandé, n'y avoit pas i8 mois, à Valéry, lez ledit Courions, pour jouer à la paulme avec ou contre le prince de Coudé et aultres grands seigneurs, où il fut l'espace de quatre jours à jouer avec la compagnie , et fust en cesfart ou jeu assez esliuié dudit prince, et renvoyé sain et saulve, pour ce que c'e»^ toit au temps de paix. Je ne sçai s'il oublia en sa dernière nécessité à se réclamer dudit sieur prince, ou si en s'en réclamant il ne fut escoulé par les murtriers qui le tuèrent estant sous la conduitte d'icelluy prince, lequel n estoit présent audit Courions, et estoit demeuré dedans Montereau pour donner ordre aux affaires de .son camp.
Cependant que les huguenotz susditz à la barbare traictoient les habitans et prebstres de Courions, Genlis, gentilhomme françoys, (•t le régiment de Courboson, allèrent, avec l'arri ère-garde du camp.
sommer la ville de Bray-sur-Seine * de se rendre au prince de Condé ; 1567. ce que refusèrent faire les habitans et le capitaine Combault, qui estoit dedans laditte ville capitaine et lieutenant pour le roy, avec sa compagnie de gens ramassez telz quelz , qui ne pouvoient estre en bons soldafz ung cent, tout le reste bisongnes et gens non expertz aux armes. Au refus desquelz, fut mené le canon devant la ville, qui fut assiégée auprès de la porte de Jaidne, du costé devers Sens, la main di€icte en sortant de la ville par ladite porte; et tirèrent iceux luiguenotz dudit canon contre les muraille de laditte ville au lieu le plus fort qui y fust. Qui fut cause de leur faire remuer ledit canon, pour le planter d'aultrc costé de laditte porte de Jaulne, auprès de la rivière, lieu le plus foible qui feust audit Bray, que leur enseignèrent quelques huguenotz de ladite ville, qui estoient en leur camp avec eux; et là tant tirèrent de laditte artillerie, qu'à la fin firent bresche aux murailles suffisante pour donner Tassault. Quasi tout le camp huguenot se présenta devant Bray, au refus de se rendre sans endurer le canon. Le canonier qui bracquoit et tiroit de laditte artillerie estoit un moyne du prieuré de Saint- Ayoul de Provins, nommé frère Guillaume Maret, duquel tant de. fois avons parlé es années précédentes de nostre premier livre et de ce présent, habillé d'une mandille de drap verd. Mandille est un habillement faict en manière d'une tunicquc d'église, qui a les manches non cousues, mais vagues sur les bras, pour lesquelles reserrer sur le poing se ferme avec boutons ou esgueillettes, laquelle, ceincte au corps, se met en manière d'une Juppé.
Au jour mesme de l'assiégement de la ville de Bray, entra dedans icelle le capitaine Valentin Poulet, natif de Sézane et marié en la ville de Provins, avec sa compagnie de 3oo soldatz par luy ramassez à la haste, une bonne partie composée de vaillans hommes entendus au faict de la guerre, l'aultre partie de novices et apprentis. Lesquelz toutesfois, à la conduitte dudit capitaine, s'emploièrent assez vaillamment pour la defiense de la ville, et ne l'eussent les huguenotz
* Voyez d*Aubigné, Histoire universelle, t. I, 1. IV, p. a 19, cl de Thou, 1. XLII.
1567. emportée si hastivemenl qu'ilz firent, si le capitaine Combost et ses soldatz eussent eu aussi bon cœur que ledit capitaine Valentin et sa compagnie. Entre les soldatz qui estoient soubz ledit Valentin , deux furent singulièrement remerqués pour vaillans bommes : Tung estoit ung jeune cordelier du couvent de Provins, que je ne nommerai et pour cause, lequel, es deux assaulx que donnèrent les huguenots à la brescbe des murailles de la ville qu^avoit faict leur canon, se porta si vaillamment que rien plus; et pour montrer sa dextérité, de^s que lesditz huguenotz s% furent retirez de laditte brescbe, à la vue d*iceux descendit par laditte brescbe au fons des fossez désarmer ung porte-enseigne buguenot qui avoit esté terrassé par terre fort blessé, pour fachever de tuer et luy oster sa bource bien serrée, son corcelet et morion, sans que nul des ennemys fen peust empescher; et avec lesdittes bource et armes remonsta à laditte brescbe dedans la ville, sans que lesditz ennemis le pussent aucunement offenser. L'autre bien remerqué fut ung soldat, nommé Caillât, natif d^Esternay ou des environs, qui peu auparavant avoit esté serviteur du seigneur dudit lieu, lequel, par sa dextérité de bien tirer de la harquebuse, terrassa plus de 60 buguenotz, que mortz que blessez, des coups de barquebuse qu il tira au travers d'eux par le clocher de Féglise dudit Bray, durant le siège et les approches d'iceluy.
Après que la bresche fut faicte es murailles assez ample pour aller à Tassault, se présentèrent les buguenotz fort furieusement, lesquels par deux fois en furent repoulsez fort bragardement par ledit capitaine Valentin et ses soldatz , qui s'y montrèrent vaillans , au grand domage desditz buguenotz et peu de perte des soldatz de dedans. Ce que voyans ledit Genlis et ses rebelles assaillans, crièrent à haulte voix après le capitaine Combost, en luy disant telz motz : • Combost, Combost I ce n'est pas ce que tu nous as promis et à M. le prince; tu t'en repentiras , si tu ne livres la ville comme tu eu as faict la promesse. On te retrouvera bien. » Ceste clameur huguenotte espouventa aucunement les habitans dudit Bray, lesquels, adjoustant foy à laditte clameur, creurent pour certain , comme aussi firent lesditz capitaine
Valentin et ses soldatz, que ledit Combost, lieutenant général pour 1567. le roy en laditte ville, avoit intelligence avec le prince de Condé et sa cohorte Imguenoticque , leur ayant promis l'entrée en laditte ville , et ont tousjours eu ceste oppinion lesditz habitans^
Durant ce siège et que on battoit la ville, qui fut quelque peu de jours avant la feste mons. S^ André, ledit capitaine Combost et les habitans de la ville envoyèrent hommes au roy, qui estoit à Paris, pour advertir S. M. de Fassiégement de leur ville, et luy demander secours. Le roy tout incontinent despescha quelques compagnies pour y envoyer, lesquelles, ne s'estans diligentées, n'entrèrent audit Bray. Par mesme requeste, envoyèrent lesditz habitans et capitaine prier \f. de Lours, lieutenant pour le roy à Provins, et les habitans davoir pitié d'eux et de leur envoyer secours d'hommes et de pouldres à canon pour la deffense de leur ville. Ceux de Provins délibérèrent en conseil sur ceste requeste; aucuns furent d'advis de ne leur envoyer secouilflbi de pouldres ni d'hommes, disans pour leurs raisons qu'il n'estoit besoin de se desfoumir pour leur ayder, veu le danger si émlnent qui les menaçoit. Aultres furent d'avis de les secourir d'hommes et de pouldres, veu qu'ilz estoient leurs voysins, et davantage pour empescher la prinse de laditte ville , qui servoit audit Provins d'une clef pour retenir les ennemys en bride de ne passer en la Brie, et que, estans empescbez à ce passage, la ville de Provins demeureroit en plus grande sûreté qu'elle ne feroit si laditte de Bray estoit prinse. Et à la fin fut résolu qu'on leur donneroit secours d'hommes et de pouldres, et sur le champ furent délivrez aux messagers i 2 livres de pouldre à canon , qu'ilz emportèrent avec eux jusques auprès dudit Bray, où elle leur fut enlevée par les huguenotz, qui avoient passé la rivière de Seine à gué pour garder et empqf-^ cher le secours de n'entrer audit Bray qui leur feust allé de ce costé. Cent harquebusiers de la compagnie de M. de Lours furent despeschez soubz la conduitte de M. de la Bai^e, son lieutenant, pour mener
* D*après d*Aubigné et de Thou, le (rès-honorable défense, qui lai gagna la capitaine Combault fit au contraire une faveur royale et des emplois importants.
1567. la nuict audit Bray; mais n y entrèrent, parce que, estans aux Ormes, eurent nouvelles que la ville estoit rendue aux ennemys.
Elle fut rendue à composition, qui fut telle : que les capitaines et soldatz auroient la vie saulve seuUement, et feroient serment de ne jamais porter les armes contre M. le prince de Condé ni la religion réformée; que la ville ne seroit pillée, ni les habitans d'icelle en leurs corps maltraictés; que les prebstres et ecclésiasticques estans en i celle ne seroicnt massacrez, mis à mort, ni en leurs corps et biens aidcunement molestez, à la charge toutesfois qu'ilz payeroient la somme de 2,000 livres tournois de rançon, de laquelle respondroient les marchans de laditte ville, et Tadvanceroient au cas que lesditz ecclésiasticques ne la pussent payer conptant; que la ville recevroît garnison de gens de laditte religion, quilz nourriroient à leurs despens. Lesquelz articles furent en tout exécutés et plus.
La porte ouverte aux ennemys, entrèrent en si grande foulle que les maisons ne les eussent sceu tenir; chascun pilla 4M|||u'il trouva de mal serré. Chascun habitant fut par ces soldatz rançonné, pour n'estre rudement traicté ni entièrement pillé. Les prebstres furent tous emprisonnez et assez maltraictez. Les capitaines, signanment le capitaine Poullet, furent, contre la promesse huguenoticque, dévalisés; les soldatz mis hors de la. ville, sans armes, avec lesquelz se saulva ung seul prebstre, doyen rural de Trainel, habillé en soldat, lequel s'enroUa du depuis soubz la charge dudit capitaine Valentin, qui redressa une compagnie de 3oo hommes pour le service du roy, encores que le huguenot Teust fait jurer comme par force de ne jamais aller à la guerre contre luy ni sa prétendue religion.
Il capitaine Poullet acquist ung grand los à la delfense dudit Bray, et»fut par les habitans tenu et réputé homme vaillant et digne de la charge de capitaine, et eurent grand regret lesditz habitans que ledit Poullet n'a voit la garde de leur ville comme avoit le capitaine Combost , estans bien assiurez que les huguenotz ne Teussent eue par assault ni par composition, comme ilz eurent par la trayson, ce disoient-ilz , que leur fist ledit Combost. C'est une chose toute assurée que, si ledit
Combost eust tenu bon encores vingt-quatre heures, les huguenotz 1567. n eussent poinct entré audit Bray; car le secoiu*8 estoit aiu champs de toutes partz pour les secourir et à six lieues près, sans le secours de Provins, qui s' estoit acheminé pour y entrer la nuit du jour que les huguenotz y entrèrent. Lesditz de Bray eurent ceste oppinion et crurent fermemept que ledit Combost leur fut traître et qu'il avoit livré leur ville à Tennemy; car luy ni ses soldatz ne vouliu:ent oncques deffendre la bresche, ni ayder à la réparer, et si empeschoit lesditz habitans et le capitaine Valentin Poullet et ses soldatz de la réparer; ce qu elle fut toutesfois, mais en vain, car, quand il veit quelle estoit de deffense et plus forte que devant, composa avec Tennemy.
Les gens d'égUse emprisonnez furent contrainctz de fournir la rançon promise ausditz huguenotz, et, parce quilz nWoient argent comptant, s'obligèrent à Jehan de Bureau, à N. Bugnon et encores à quelques aultres, qui fournirent iaditte rançon , pour leur rendre après qu'ilz seroient mis en liberté et que les troubles eussent esté cessez ; ce que toutesfois refusèrent de faire pour le tout, après que les huguenotz se furent retirez, et n'en voulurent payer que leur cotte part. Pour estre relevez de l'obligation qu'ilz avoient passée estans prisonniers, s'adressèrent au roy, qui les en releva et donna commission d'imposer sur eux et les habitans une taille montant à Iaditte somme , pour rembourser lesditz marchans qui avoient avancé Iaditte rançon, dans laquelle furent compris les gens d'égUse des villages qui s estoient retirez audit Bray avant le siège, et qui furent mis prisonniers avec les aultres. Le thésaurier de l'église dudit Bray, qui estoit chanoine et prebstre, nommé Deninat, ne fut emprisonné avec les aultres, parce qu'il estoit huguenot.
Les huguenotz blessez et malades du camp condéyen furent mis en Iaditte ville de Bray et en fust l'Hostel-Dieu tout remply; iiz estoient en nombre de plus de 60 à 80, qui y furent jusques au descampement de Iaditte ville et pays d'alentour. Plusieurs d'iceux y demeurèrent mortz des coups qu'ilz avoient receu au siège et assaux, et plus d'un cent avoient esté tuez à la bresche. Si les tenans eussent
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1567. tenu bon et soustenu encores ung assault, comme ilz avoient ie moyen de faire, le camp huguenot se feust levé de luy-mesme, parce qu'ils n avoient plus de pouidre ni bouletz pour les endomager davantage. Laditte ville de Bray fut rendue au huguenot le 2 8^ jour du moys de novembre de ceste présente année.
Il ne fault laisser en oubly la mort du procureur d'Âvjerly, parroiflee de Challemaison , pour le seigneur d'Âcco , seigneur en partie dudit lieu, lequel estoit diacre de Téglise huguenotte de Provins; qui, voyant le camp huguenot devant la ville de Bray, monta sur sa jument et se transporta sur le bord de la rivière de Seine, vis-à-vis dudit camp, la rivière entre deux, poiu* veoir Texploict d'iceiuy sur laditte ville. Il ne fut plus tost arrivé, que incontinent quelques harquebusi ers huguenotz le saluèrent à beaux coups de harquebuses, pensans que ce fust quelque catholicque qui se fust là présenté pour les explorer et recognoistre ; et, ne leur povant faire entendre qu'il estoit de leurs frères, se retira ung peu arrière pour se saulver des coups. Incontinent qu'il se fut refermé et tenu coy, coururent à luy quatre chevaux huguenotz pour le faire desplacer, ayans passé la rivière à gué, qui lors estoit guéable en moult d'endroictz, et aussi basse qae Ton pourroit dire pour la saison, qui porta ung grand domage au pays de Brie et villes et villages qui sont situez sur laditte rivière. Ce que bien appercevant, ledit diacre huguenot print la fuitte au trot de saditte jument, jugeant en soy que les hommes et chevaux qui le poursui voient fussent catholicques , pour luy coupper lagoi^, et ne voulant tourner visage vers eux pour se faire cognoistre ; ceux-ci pensèf ent qu'il fust catholicque , et en s'aprochant de luy, luy laschèrent de leurs pistoUes au travers du corps et de sa jument pour Tarrester. Il tomba par terre, où ilz s*entrecognurent estre frères huguenotz, compères et amys, et estoient ses poursuivans qui le tuèrent huguenots « habitans de la ville de Bray, Tung desquelz estoit hostellier de Thostelleric de TEscu de France, compère dudit diacre et son grand amy. Dieu sçait les regretz que firent ces frères réformez d'avoir tué le diacre de leur église satanicque, lesquelz, descendus de dessus leurs
chevaux, le montèrent sur ung, sa jument derooiu*ant en la place , et 1567. le menèrent en son logis , audit Averly, où il mourut au lendemain , et fut, contre son intention, enterré par les susditz murtriers dedans la chapelle dudit Averly. Cest homme avoit estudié honestement aux lettres latines et théologales, et estoit cordelier renié et apostat venu du pays de Poitou; lequel toutesfois ne se maria, comme feirent plusieurs aultres prebstres et moynes.
Le jour mesme que la viUe de Bray fut rendue au ligueur de Genlis et qu'il s^acomodoit en icelle , le sieur de d'Andelot alla sommer la ville de Nogent-sur-Seine , avec son avant->garde , afin de facihter aux troupes huguenotes le chemin pour repasser laditte rivière à leur ayse et à leur besoin. Il n'y avoit audit Nogent aultres que les habitans et une compagnie de gens de cheval italiens qui y avoient entré le jour mesme qu'elle fut sommée, gens assez mal en poinct. Le capitaine ou guidon desditz gens de cheval, du consentement des habitans, print le gouvernement de la ville, avec les capitaines, procureur et eschevins d'icelle, lesquelz refusèrent de se rendre audit d'Andelot. Lequel, à leur refus, fit arriver partie du camp huguenot devant laditte ville, avec Tartillerie qui avoit battu la ville de Bray, et se logea es fauxbourgs de la Chapelle de la Trinité et de Beschereau, vers le petit S^-Laurent, qui sont deux grans fauxbourgs oultre la rivière , du costé de la Champagne. Les habitans de Nogent monstroient semblant de vouloir tenir bon contre ledit d'Andelot et le camp huguenot, et ne s'atendoit d'Andelot de la prendre si à son ayse qu'il Genlis avoit prins Bray, si ce n'estoit par la traîson qu'il espéroit que feroit le bailly Angenost et quelques aultres huguenotz de laditte ville qui estoient encores en* icelle; mais bientost le cœur leur failht, sans se expérimenter ni attendre le salut d'ung seul coup de canon devant leurs murailles. Car, dès le jour de la feste S^-André ou le dimanche ensuyvant, qui estoit le premier ou second jour du moys de décembre , escampèrent le soir de leur ville par la porte du fauxboui^de la Belle-Dame , qui est du costé de la Brie, et s'enfuirent pour la pkispart dans la ville de Provins, où ilz arrivèrent à l'ouver-
1567. ture des portes, ayant cheminé toute la nuict. Les gens de cheval qui estoient audit Nogent, et leur capitaine ou guydon, qui avcnt prins la ville en charge, deslogèrent les premiers, qui fut cause de faire desloger quant et quant les habitans, lesquelz prindrent ung ai grand effroy en eux qu^ilz pensoient ne se pouvoir saulver à heure , et se trouvèrent à la porte à si grande foulle que les plus fortz cul* butoient cul sur teste les plus foibles, poiu* passer les premiers et aa moins de bruict qu ilz pouvoient, et y fut le désordre si grand que plusieurs furent renversez et culbutez en la rivière dessoubz le pont, qui furent nayez; et si n^emportoient les fuyards nogentins rien que leurs corps pour se saulver plus habilement.
Les sentinelles et corps de garde qui estoient depuis la poterne des bateaux à sel jusques au chasteau de la ville, en prenant le tour de la ville depuis laditte poterne, en allant par la porte de Bes^ chereau et en gangnant la porte de Troye et delà la rivière an droict dudit chasteau , ne seurent aucunement nouvelle de la (uitte de leurs gens qu'il ne feust neuf heures du matin, le lundy 3* on 3^ jour de décembre, comme aussi ne s'en aperceurent ceux qui estoient au guet dedans la tour de leur église, lesquelz s'esmerveiL* loient beaucoup de ce qu'on ne les alloit lever et rafraischir d'aultrea en leur place, veu le hault jour qui esclarissoit. Quoy voyant, lesditi guet et sentinelles habandonnèrent les murailles pour aller en leurs maisons à sçavoir les nouvelles de la ville, quilz trouvèrent vuyde d'hommes et de plusieurs femmes, et, après en avoir entendu la fuitte, ilz quittèrent la ville pour s'en aller après les aultres. Cest une chose toute véritable qu'il ne demoura audit Nogent ce jour-là qu'environ vingt hommes pour le plus , et quelque peu davantage de femmes. Les serviteurs et servantes de plusieurs maisons, comme aussi les enfans, demeurèrent en icelles et attendirent l'arrivée des huguenotz, qui y entrèrent après dix heures du matin, que la porte leur fut ouverte , sans demander, par le bally, et le peu d'hommes qui estoient restez avec luy, ce que n'espéroient lesditz huguenots, lesquelz estoient aux escoutes une partie et l'aultre au conseil. Qui,
noyant aulcun bruict par la ville, pensoient que les habitans entre- 1567. prinssent sur eux quelque grand cas, et pour ce se donnoient de garde au possible, de peur tfêtre surprins de quelque escarmouche. Les maisons de la ville furent pillées, les églises saccagées et bruslées, et Dieu sçait la chère que firent ces loyaux subjectz réformez du roy, qui, avant leur prinse des armes, s'estoient vantez par leurs requestes présentées à S. M. qu'ilz ne demandoient que le bien public et le soulagement du peuple.
Les hommes de Nogent qui ne s^en estoient fuys eurent quelque peu meilleur marché que ceux qui s^en estoient partis, mais non de guères, et fut telle heure qu^ilz eussent bien voulu estre hors de leurs maisons et de la ville, pour la i^udesse que leur firent lesditz huguenotz qui se nommoient loyaux subjectz du roy.
Geste fuitte nogentinne desprisa fort les habitans de laditte ville , lesquelz, avant qu^estre sommez et assiégez, se disoient plus fortz de cœur, courage et murailles que toutes aultres villes du pays, et sembloit, à les ouyr blasphémer Dieu de toutes partz, qu'ilz désirassent lesditz huguenotz devant leur ville, pour là les exterminer et leur faire perdre leurs vies et entreprinses , tant ilz de Nogent estoient arrogans et se faisoient maulvais. Mais^fut sur eux expérimenté le proverbe commung, qui dict que la guerre est doulce à ceux qui ne sont expertz en icelle, parce que, sans coups donner ne recevoir, tournèrent le dos et se saulvèrent à la vitesse de leurs piedz. Je croys que Dieu permistcela advenir en ceste manière, pour abaisser quelque peu leur audace, et en pugnition de leurs blasphèmes du nom de Dieu , péché criminel et détestable duquel estoient plus usitez les hommes dudit Nogent que nulz des aultres pays, et sembloit qu'ils fissent verUi en parlant et devisant aux personnes de proférer la mort, la chair, le sang, le ventre et la teste de Nostre-Seigneiu*, sans laisser en arrière sa vertu , et à tous propos avoient telz blasphèmes à la bouche. La ville pillée et les églises saccagées et bruslées, se retira d'Andelot avec son avantgarde devant la ville de SeAs, où estoient le prince de Condé et Tadmirai, qui entreprenoient sur la ville, pour la forcer et la prendre à
1567. leur dévotion, et laissa une compagnie on deux audit Nogent pour garder ce passage. Il d'Andelot envoya une aultre compagnie en la ville de Pons-sur-Seine en garnison , qui furent receuz par les habitans sans aucune difficulté. Laditte ville de Pons ne fut pillée comme oelie de Nogent , mais payèrent rançon au prince de Condé , pour fournir aux fraiz de son armée. On ne sçauroit remettre pour vingt mille livres tournois les églises de Nogent en Testât qu^eUes estoient eu jour que ces nouveaux réformez y mirent le feu, en bastiment^ meubles, ymages, pinctures et omemens, en ce comprins les verrières. Cestoient les plus belles églises, principallement celle de M. S^-Laurent, qui est la parochialle, et celle de la Trinité, qui fussent en France.
Durant le temps que Genlis et d^Audelot entreprenoient sur les villes de Bray et Nogent-sur-Seine , le prince de Condé et Tadmiral entreprenoient sur la ville de Sens et Tassiégèrent; mais, avant que de Tassiéger, pour se faciliter tous les chemins et passages, prindrent par assault la ville de Pons-sur-Yonne, après avoir fait bresche aux murailles d'icelle avec deux canons que les huguenotz de Guienne, de Poitou, Lymosin, Xaintonge et Pays-Bas avoient prins dedans Orléans, estans conduictz par les chefz qui (es avoient levez, qui estoimt Sainct-Cyre, escuier, de Puigreffier en Poictou, Soubize, Languillier, Landereau, Puviault, S'-Martin, La Couldi'e, Pardillan, Pilles, et Compegnac, moyne reniée Tous ces capitaines huguenotz et rebelles s'allèrent joindre au4it prince de Condé devant la ville de Sens, après avoir saccagé et tué quasi tous les soldatz de trois compagnies catholicques que M. de Guise avoit là envoyé en garnison pour garder le passage soubz la conduitte des capitaines S^-Martin et S^Loop, avec aussi plusieurs habitans de laditte ville. Plusieurs soldatz et habi* tans s'estoient retirez dedans Téglise dudit lieu , pour éviter la fureur de ces barbares chresliens; mais Compegnac ne leur voulut pardonner, non plus qu à ceux qui furent attainctz sur les pontz de la rivière
* D'après d'Aubigné, de Tliou, etc. la elle fut forcée, et toutcequ*oii trouva fut ville de Pont résista (usez opiniaitrement; passé au fil de Tépée.
et dans les basteaux> lesquelz tous furent harquebusez; aultres se reti-* 1507. rèrent dedans le chasteau, lesquelz, après la rage passée , furent receuz à composition et eurent la vie saulve , en payant rançon. Les capitaines S^Martin et S^Loup furent penduz par le commandement de Tadmiral, et ne les voulurent les buguenotz prendre à rançon, d'aultant qu'ilz avoient tenu bon contre eux. Hz furent estimez braves capitaines et qui avoient faict le debvoir à soustenir les assaultz que les capitaines buguenotz Compegnac et Pilles leur avoient livrez. Les soldatz qui partirent à bonne heure dudit Pons s'allèrent saulver en la ville de Sens, dedans laquelle estoit M. de Guise.
M. de Guise « qui , avec compagnies de gens de cbeval et de pied , s'estoit mis dedans la ville de Sens, n ayant le moyen de passer ouitre pour joindre le camp du roy qui s'amassoit à S-Maturin-de-rArchant, ayant entendu la prinse de Pon»-sur- Yonne , avec cent chevaux se retira dedans la ville de Troye, je ne sçai si c estoit de craincte ou par aultre occasion, laissant le gouvernement de la ville de Sens à M. de VillegangiTûn, chevaher de Malthe, nommé M^ Nicollas Du* rant, natif de Provins, homme sage et fort expérimenté au fisiict de la 'guerre. Les habitans de la ville de Sens commencèrent à s'attonner, quand ilz virent la retraicte dudit sieur de Guise et de tant d'hommes avec luy, bien sçachans que le huguenot s'efforceroit de les prendre, en vengeance du saccagement qu'iiz avoient faict aux prédicant et buguenotz de leur ville et aultres aux premiers troubles de Tan i56i et i562; toutesfois, se résolurent à l'assurance dudit sieur de Villegangnon, auquel ilz promirent tous d'obéir ^
Ledit sieur de Villegangnon , après avoir ouy le trompette du camp huguenot, qui le somma de rendre la ville à M. le prince de Condé, mint ordre à toutes choses nécessaires qui estoient pour le salut de la ville ; il feit mettre le feu es maisons et églises des fauxbourgs S^-Didier, S^-Anthoine et de N.^D., qui estoient les plus proches des portes et murailles de la ville, a(fin que l'ennemy ne. s'en aydast, ensemble
' Sur Tétat de la ville de Sens et des localités environnantes en ce moBient, voyez à l'Appendice des lettres de Villegagnon.
1567. fit tomber les murailles desdittes maisons qui estoient joygnant les Fossez , pour ne servir d^escoute à Tennemy. Les églises de S^Didier, de N.-D., de l'abbaye de SMehan et du prieuré de S*^aulveuf (ureot bruslées , d'auitant qu elles estoient trop près des fossez de la ville. Le feu n'estoit estinct desdittes maisons et églises, que le camp des ennemys huguenotz arriva devant la ville ; pour lesquelz bienvigner et festoyer, leur feit faire la feste ledit sieur de Villegangnon à son d^instrumens de haultz boys, par une bonne bande de ménestrez qu'il avoit faict monter au sommet des tours de féglise de M. S*-Estienne. Lesquelz haultz boys et ménestrez , après avoir joué de leurs instrumens et faict la feste au camp huguenot, leur fit sonner ung aultre son par rinstrument de Tartillerie qui avoit esté apposée sur lesdittes tours, qui sonnoit une basse-contre toute différente à celle des haultz boys, au son de laquelle faisoit tousjours le petit ou le canart quelque huguenot dudit camp. Toutes les forces huguenottes furent mises devant la ville pour Tassaillir, mais en vain ; ilz n'avoient artillerie ni munitions en suffisance pour la battre , et pour ce taschèrent à miner la muraille entre la porte S^-Ânthoine et celle d'Yonne. De quoy s'apperceut à rinstant ledit sieur de Villegangnon, qui soudain feit esvanter leur ditte mine et la feit tomber sur ceux qui la faisoient, où 60 d'entre eux demeurèrent mortz et estropiatz, sans que nulle pierre de la muraille tombast.
Ledit sieur de Villegangnon , voyant les huguenotz campez es faux* bourgs susdictz, laissa la porte N.-D. ouverte, qui est ducosté deTroye en Champagne, et le pont-levis abaissé, pour donner entrée ausdîtz huguenotz dedans la ville, sans que aulcune personne des habitans ni soldat de la garnison se présentast à laditte porte pour les empescher. Quoy voyant, lesditz huguenotz firent entrer de vitesse quelque centaine de leurs gens dedans laditte porte et pont levis, pour s'en penser saisir et prévaloir; ilz pcnsoient passer plus oultte dedans la ville, ne se doubtant de l'appareil que leur avoit appresté le sieur de Villegangnon, qui estoit de sept ou huict pièces de canon posées aumillieu de la rue non loing de laditte porte, toutes chargées à plomb, dans
lesquelles luy-roesme mist le feu , sans que le huguenot s'en apperceust 1 567. que n'ouist le son de laditte artillerie. Elle desbanda le long et au travers d'eux , de plusieurs desquels volèrent les testes et membres au loing, sans se sçavoir jamais rassembler en ce monde; aultres demeurèrent en la place , les ungs mortz et aultres demy-mortz. Après le son de laquelle artillerie, sortirent sur le reste des buguenotz qui estoient à laditte porte près de cinq cens soldatz , tant des babitans que de la garnison, qui estoient en embuscade dans les maisons, rues et ruelles joygnans laditte porte; lesquelz de fureur se ruèrent sur lesditz buguenotz jà fort espouventez de laditte artillerie, et les recbassèrent jusques à leur camp, où attacquèrent une alarme assez brusquement au domage des buguenotz conjurez, lesquelz ne se bastèrent de retourner à laditte porte. Ledit de Villegangnon feit plusieurs sorties en armes dessus lesditz conjurez, et leur bailla de rudes charges, sans perte de beaucoup de ses gens et comme poinct, qui donnèrent tant de perte à Fennemy huguenot, qu'il fut contrainct de lever le siège avec-sa honte et de quitter laditte ville en son repos; il se retira es villages qui sont entre ledit Sens et les villes de Bray et Nogent, où il séjourna jusques au 1 3 , 1 4 ou 1 5^ jour du moys de décembre, en attendant la résolution du conseil .du roy et des députez de leur cause, qui estoient assemblez à Fontainebleau, pour veoir s'ilz s'accord croient de la paix que Ton poursuivoit de faire, où nous les laisserons là, ce pendant que nous retournerons à Provins.
Les habitans de Provins, sçachans que les villes de Bray et Nogentsur-Seine estoient huguenottes, commencèrent à trembler, estimans qu'en peu de jours ilz tomberoient au mesme danger qu'estoient lesdittes villes, ce qu'ilz eussent faict, si le huguenot se feust acheminé devant leur ville, après la prinse desdittes de Bray et Nogent; car ilz de Provins avoient perdu plus de la moytié de leur courage , quelque bonne mine qu'ilz fissent, après avoir sceu les maulvais traitemens que ledit huguenot avoit faict es villes de Pons-sur-Yonne et les dessusdittes.
Les gens d'éghse dudit Provins pensèrent s'enfuir hors de la ville ,
1567. pour éviter la rage et cruaulté buguenoticque que le huguenot leur eust faict s'il eust esté en laditte ville. Mais les habitans ne voulurent permettre qu'ilz sortissent et les contraignirent de demeurer en leun maisons, chose mal faicte auxditz hahitans; car ils sçavoient bien que la vie d'iceux prebstres n'estoit qu à la miséricorde des huguenots et que de leurs mains peu en eschappoient. Ilz de Provins s'excusoient sur le grand nombre desditz prebstres qui estoit en leur ville, qui montoit bien au nombre de 200, tant en séculiers que réguliers des religions Y chanoinies et parroisses. Plusieurs toutesfois évadèrent clandestinement, se saulvèrent comme à la desrobée et s'absentèrent» iaiftsans leur bien et maisons à la miséricorde des habitans et des gens de guerre qui survindrent peu après en la ville. Ceux qui s'enfiiirent hors de la ville furent M^ Nicole Rayer, doyen de S*-Quiriace, François de Biencourt, thésaurier de laditte église; Michel Mavereau^ prévost d'icelle; Ànthoine Nannot et Jehan Chappot, chanoines de laditte église; NicoUe Froment, doyen derégliseN.-D.-du-Val;Nic. deChsnteraine, chantre d'icelle église: Ayout Du Pas et P. Saderon, chanoiMs d'icelle; Cl. Prévost, oncle dudit Saderon; frère Jehan Barrier, cordélier, docteur en théologie, curé de S*^-Croix; Cl. Haton, chapelain à N.-D.-du-Val, et encores quelque douzaine d'aultres pour le plus, lesquelz se retirèrent, les ungs à Troye, aultres à Paris, aullres à Rozay et les aultres la part qu ilz purent pour se saulver.
Ce qui empeschoit les habitans de Provins de laisser sortir les prebstres de leur ville estoit le proufEt qu'ilz en espéroient avoir en les livrant au huguenot à rançon qu'ilz eussent payée pour toute la ville, ainsi qu a voient faict ceux de Bray; et fut le hruict oommung que le rolle desditz prebstres de Provins fut faict par noms et surnoms pour le donner au prince de Condé, ensemble les qualités d*iceuz, avec cottes pour voir à combien eussent monté les rançons qu'on eust peu prendre sur eux. Et furent taxez le bally Alleaume, Tadvccal du roy Legrand et les procureur et esche vins de laditte ville» avec quelques habitans du conseil, d'avoir faict ce rolle et les cottes sur les prebstres et dei les avoir empeschez de sortir.
Lesdits habitans, ne se fians à larrançon que le huguenot euat peu 1567. prendre sur les ecclésiasticques de leur ville, et sçachant qu'ilz n'eussent esté quittes pour cela« sollicitèrent par tous moyens à eux possibles de recouvrer gens de guerre pour mettre en garnison en leur ville, pour la deffense d'icelle; et dès la S^-André receurent une compagnie de gens de pied montant à 3oo hommes, du régiment du seigneur de Foissy, qui estoient assez bien en armes , laquelle pensoit entrer dedans Nogent, pour la garde de leur ville, quand les habitans la quittèrent au huguenot. Cette compagnie entrée audit Provins, haulsa ung peu le courage aux habitans, qui furent bien ayses de les recevoir pour leur secours, en attendant mieux. Car ilz habitans, comme aussi le seigneur de Lours, leur capitaine et gouverneur pour le roy, avoient envoyé hommes au roy, pour Tadvertir de Testât de la ville et de Tenneray qui les vouloit assiéger, et prier S. M. dy envoyer secours en suffisance pour la luy garder et de£Pendre, ou, en faulte de ce faire, que les habitans n'estans Suffisans de la deffendre, seroient contraints de la rendre au huguenot.
Le messager premier qui fut au roy ne fut si tost expédié, par quoy y furent renvoyez deux et trois aultres messagers, qui luy portoient pareilles nouvelles que le premier. Toutesfois le troisième, nommé M^ Anthoine Yver, greffier de l'élection dudit Provins, pour diligenter S. M. qui estoit à Paris, de le despescber de secours « luy feit entendre que le huguenot avoit sommé la ville et que jà son camp commençoit à s'en approcher. Quoy entendant saditte majesté , l'envoya en son camp, qui s'assembloit es environs de S^-Mathurin de l'Archant, avec lettres adressantes à M. le duc d'Anjou , son lieutenant général et firère, pour envoyer promptement secours audit Provins, pour empescher le huguenot de s*en saisir.
Mondit seigneur duc, oultre le mandement du roy son frère, voulut ouyr parler ledit Yver, messager de Provins, et par luy entendre Testât de la ville de Provins; ce qu'ayant entendu, promptement despeschea M. de la Rivière Puistaillé' avec son régiment de six
* M. de k Rivière fat tué en 1570. (Voj. de Thon, HiH, unfr. Iît. XLVII.)
1567. compagnies complettes, et sur Theure le fit partir de Graiz en Gafttinois lez S^-Mathurin et Fontainebleau, où il estoit, pour se jetter par tous moyens à luy possibles enladitte ville de Provins, et la garder au roy, de laquelle fut faict gouverneur et lieutenant de S. M. pour y commander à cbascun et ordonner de toutes choses qui serviroient à la de£Pense d'icelle. Ce mandement receu par ledit sieur de la Rivière, et après avoir ouy paiier ledit messager de Provins, Yver, tout sur rbeure despeschea deux compagnies de son régiment, qu'il donna audit Yver à guyder, pour les faire rendre audit Provins, avec promesse de partir au lendemain avec le reste de son régiment pour y aller. Ledit Yver sollicita si bien les deux capitaines et leurs compagnies qui luy furent délivrez, que jour et nuict les fit marcher avec diligence, et en vingt-quatre heures leur fit faire 1 3 ou i4 lieues, et, pour les destourner de tout danger, les conduisit par au dessus de Nangis , et les tourna par Cucharmoy et Mortery , pour les rendre à la porte de Culoyson, lieu* éloigné de Tennemy huguenot, qui estoit à Bray, Nogent, Sens et les environs. Le k^ jour de décembre au matin, à Touverturc de la porte, entrèrent lesdittes deux compagnies, avec leurs capitaines, qui estoient les sieurs de la Chambre et Goars, accompagnez dudit Yver; lesquelz avec grande alégresse et réjouis^ sance furent receuz et bien logez, tous barquebusiers aguerris et bien en ordre.
Au lendemain, Séjour dudit moys, entre une heure et deux heures après midy, arriva audit Provins, par la porte S^-Jehan, ledit seigneur de la Rivière, avec encores six enseignes de gens de pied, sous la pharge des capitaines La Parière et aultres desquels ai oublié les noms , tous barquebusiers , la plupart encorcelez et morionnet & plaisir, lesquelz furent receuz et carressez de mesme façon que les premiers.
Dieu sçait comment le courage haulsa aux habitans de Provins & larrivée de ce secours, lequel toutesfois fut nourri et entretenu aux despens des habitans, estans tous logez par bulletin es maisons desditx habitans; lesquelz les traitèrent chascun selon le moyen qu'il avoit;
et n*y avoit si pauvre en laditte ville qui ne s'efForsast de leur faire 1567. bon traictement, aymant mieux perdre son bien avec eux en paix, que de le veoir ravir au traître huguenot barbare. Lors audit Provins se trouvèrent en garnison dix compagnies de gens de pied, en icelles comprins celle du seignem* de Lours et celle du régiment du seigneur de Foissy, qui jà y estoient, lesquelles de Lours et de Foissy ne sembloient que gougeatz parmy ceux dudit sieur de la Rivière.
A l'arrivée dudit sieur de la Rivière, fut deschai^é le seigneur de Lours, qui, avant sa venue, avoit la ville en garde de par le roy; duquel toutesfois s'accompagna ledit de la Rivière et luy porta honneur en toutes choses comme à ung serviteur du roy.
Il de la Rivière , dès au lendemain de son arrivée , visita la ville de Provins de toutes partz et considéra les lieux les plus foibles, qu'il feit réparer à son possible. Il feit mettre par terre le boullevert que le bally avoit faict dresser, attenant du cymeuère de S*-Nicolas , comme chose inutile à la ville et de conduitte aux ennemys; au lieu dudit boullevert, depuis la maison des malades de peste jusque à la porte du Buat , il feit par dedans la ville faire des fossez et rempartz pom* couvrir des harquebusiers en grand nombre, j>om* empescher Tennemy, s'il eust attenté de forcer la ville par cest endroict. Il ordonna les quartiers aux capitaines et à leurs compagnies par la ville et dessus les murailles, pour la nécessité de la garde. Les habitans ne cessèrent de jour et de nuict d'aller au guet et aux portés par dizaines, soubz la charge des capitaines de la ville , avec les soldatz de la garnison , pour se donner garde des ungs et des aultres. Il feit ruyner et abatre les maisons et chapelle de S^-Syloê , qui estoient au fauxbourg de la porte de Culoison, et commanda aux soldatz et habitans du quartier de laditte porte de travailler à la ruyne d'icelle tous ensemble , et les mettre rez pied rez terre. Il feit travailler les habitans du quartier de Changy au curement des fossez de leur ville qui sont entre les portes de Changy et des Bordes. Il receut le capitaine Valentin Pbulet, qui avoit esté dévalisé à Bray par le huguenot, comme nous
1567. avons dict , et luy permist de redresser une compagnie de Soohommet, tant des soidatz qui Tavoient acompagné audit Bray que aultres, et l'estima beaucoup , pour le rapport qui luy fut faict du debvoir qii*fl avoit faict sur le huguenot, à la deflPense de la brèche de la ville de Bray.
Les maisons et biens meubles des huguenotz de Provins furent par ledit de la Rivière habandonnez aux soidatz qui estoient audit Provînii au pillage. Lesquelles, malgré le bally dudit Provins, furent environ^ nées et saccagées par lesditz soidatz , qui firent leur prouffit de ce qu ilz trouvèrent en icelles. Les maisons qui estoient en propre héritage auxditz huguenotz furent quasi toutes mises par terre et le bois bruslé à faire la garde de nuict. Celles qu'ilz tenoient à louage fiirent saulvées par les propriétaires à qui elles appartenoient , non du tout sans domage. Les gens de la compagnie de Foissy, qui estoit entrée à Provins quelque six jours avant la venue des compagnies dudit sieur de la Rivière, s'estoient mis en debvoir de pilla et ruyner lesdittes maisons, et s'estoient adressez à celle de Léon Godait, procureur en balliage et prévosté de Provins, lequel estoit au camp rebelle et huguenot; mais injurieusement en furent empeschei par le bally dudit Provins, assisté du seigneur de la Barge, lieutenant du seigneur de Lours et de quelques soidatz de sa compagnie , où y pensa advenir sédition. Les soidatz dudit Foissy se mutinèrent contre ledit bally, qui , Tespée au poin , en ayant empongné ung par le c<dlet pour luy faire trembler le menton , fut aussitost enfoncé d^ung coup d'estoc par ung aultre soldat , et n'eust esté le corcelet qui estoit sur son dos, couvert de ses habitz, neust jamais faict trembler soldat. Geste sédition fut appaisée par ledit de la Barge, qui partie soustenoH lesditz soidatz, partie ledit bally. Lequel bally fut fort desprisé d*ftVoir faict cest acte, et luy fut reproché par ledit de la Rivière, qui en fut adverty depuis qu il fut logé en laditte ville. La menuiserie désdits huguenotz fut vendue au pilory par les commis des capitaines de la garnison, et l'argent de la vente applicqué à leur prouffit. M. de la Rîvière , après avoir tansé le bally, luy dist que , s'il appercevoit tant feult
peu de faolseté en luy contre le service du roy et de la ville, sans 1567. doubter il le feroit pendre et estrangler, afi&n qu'il se donnast bien garde de malverser, s'il vouloit, quelque bally qu'il feust et huguenot quant et quant. Ledit baliy, en s'excusant , dist qu'il n'estoit huguenot et qu'il vouloit vivre et mourir pour le service du roy et de la ville. Auquel réplicqua ledit de la Rivière que le roy et luy sçavoient bien quel il estoit, l'advertissant bien de n'empescher ses soldats sur les entreprinses qu ilz feroient sur les huguenotz, c^mme il avoit faictsur ceux de Foissy, s'il ne vouloit par eux estre taillé en pièces, et que ce seroit beaucoup à luy de se saulver et sa maison sans estre saccagé par lesditz soldatz; ce qu'il luy promist n'estre faict, moyennant qu'il se portast bon serviteur du roy et protecteur de sa ville. Ce que jura faire ledit bally , sur le péril de sa vie , comme il en vouloit faire bonne preuve par expérience, si l'ennemy se présentoit , promettant de vivre et mourir au pied dudit sieur de la Rivière , pom* le service du roy et de la ville. De laquelle promesse se contenta ledit de la Rivi^e, qui depuis luy monstra tout visage d'amitié et de bonne comloisie.
Le capitaine Valentin PouUet, ayant refaict sa compagnie par le commandement dudit s*^ de la Rivière , luy fut donné logis dedans le cloistre de N.-D.-durVal, en la maison d'ung chanoine dudit lieu, nommé M^ Jehan Gervais, homme riche et avare, ce que bien sçavoit ledit capitaine; lequel, partie par maulvais vouloir qu'il luy portoit, partie pour luy estre recommandé par quelques gens de Provins qui nel'aymoient, luy feit de grandes rudesses et de^nse telle que ledit Gervais, n'en pouvant plus souffrir, se retira porter ses plainctes au seigneur de Lours, en le priant d'y donner ordre, ce qu'il feit, et fut ledit capitaine fort blasmé de l'avoir traicté si rudement , veu qu'il estoit de cognoissance. Il Valentin commist audit cloistre , en la maison d'ung chanoine nommé M^ Jehan Chappot, une grande cruaulté sur deux soldatz de sa compagnie , qui estoient logez en la maison d'une femme vefve , boulangère , demeurant en la rue du Minage, parente de la femme dudit capitaine Poullet, qui estoit des Guérins; laquelle ne voyoit manger son pain ausditz soldatz de bon courage, comme aussi
1567. ne faisoit à toute auitre personne, et, pour se destrapper desditz soir datz, elle les accusa de Tavoir voulu prendre à force, et de ce forma plaincte audit PouUet. Qu'il feust vray ou non , ne s'en voulut informer davantage ; mais , ayant attendu son opportunité , les manda au logis dudit Chappot, et, sans les vouloir escouter en leurs exciises, les fist lier à img pillier qui servoit de potence dessoubz la poultre de la maison, et de sa propre main les tua d'une dague qui les perça au travers de l'estomac, et les-feist enterrer derrier l'église N.-D.-du-*Vai, où ilz furent trouvez après le partement du camp.
Cependant que le camp huguenot séjoumoit entre les villes de Sens, Nogent et Bray, qui fut l'espace de 1 8 et 20 jours, les députez de leur part pour traicter de la paix avec le roy estoient à Fontaine* bleau avec la royne mère et aultres seignem*s catholic^es ; lesquels ne se pouvans accorder, et s'estans départys les ungs des aultres avec grand mescontentement, les conjurez huguenotz, estans comme au désespoir, redoublèrent lem* rage et cruaulté barbaresque sur les catholicques, principallement les ecclésiastiques et les églises, esquelies églises commencèrent à mettre le feu pour les brusler, ce que encores n'avoient faict en ce pays ni par la France. Hz mesdirent fort oultrageusement de la royne mère et contre l'honneur de sa chasteté , l'appellant putain et rîbaude et telle la maintenant en tontes corn'pagnies et assemblées. Ilz mettoient en avant que les annes qu^iis portoient et qu'ilz avoient prinses pour la guerre qu'ils démenoient estoit par son commandement ou permission secrette, disans que à ce faire les avoit incitez, affin de troubler Testât des princes et du royaume et pour que , par le divorce de ces princes , elle pust maintenir sa grandeuc et demeurer au gouvernement de toutes affiures par la France; et fut laditte dame taxée par les plus clervoyans en affaires, tant d'un party que de l'aultre, d'estre véritablement la. paix et la guerre des troubles présens et passez de la France.
Au partir de Sens, ilz bruslèrent l'église de madame S^-Columbelez-Sens, l'église et chasteau de Nolon, lieu très-fort appartenant k l'archevesque de Sens; lequel de leur puissance ilz n'eussent sceu
cendre, si le capitaine qui estoit dedans ne Teust habandonné à 1567. leur arrivée. Les églises des villages de Gourion, de Montigny-Ie- Guesdier, de Villenauxevla-Peiite , de Parcy, de Noyen, de Pally, de S^-Martin , lez le chasteau de TAulnoy, de Vertiiy et de plusieurs aultres villages des environs furent bruslées du feu qu'ilz y mirent. Les églises de Villers-sur-Seine, de Gorcer^y, de la Motte et celles de Nogentsur-Seine furent mises en cendré|^comme aussi furent celles de Luytaine, de Paroy, de Ghaiiemaison , des Ormes, de Sordun, de TEschelle, de Villegruys, de Louen et de Voulton. Les aultres églises des villages de Goix, d'Ermez, de Meel, de Mériot, de Ghalaustre-la- Grand, de Ghalaustre-la-Petite , de S*-Michel de Pongnis, de S**-Columbe et au)||||es des environs de Provins ne furent bruslées , mais toutes saccagées, comme furent celles de Bray, de Mouy et de S*-Saulveur, lez ledit Bray, ausquelles fut le bruslement pardonné. IFz ne pardonnèrent à nulle maison presbitéralle , tant publicque que particulière par les villages, moyennant qu'ilz sceussent icelles maisons appartenir aux prebstres, si ce n^estoit pour quelque faveur, rançon ou grande prière de gens qui fussent huguenotz ou de leurs amys.
Environ le i o* ou i a* jour du moys de décembre, le camp huguenot passa la rivière de Seine pour se retirer en la Brie, combien que dès le 8^ jour du dit moys les parroisses de S^-Saulveur, de Mouy, des Ormes, d^Aveiiy et de Goix furent remplies«de ceste vermine buguenoticque , pour garder le passage de Bray, servant de avant-garde au prince de G^ndé , qui estoit logé en laditte ville à son retour de Sens. Les huguenotz qui se logèrent à Goix surprinrent tmg prebstre nommé messire Jehan d^ Argent, âgé de soixante et dix ans, en la maison d^ung mareschal nommé d'Alicart, dans laquelle s*estoit retiré ledit prebstre , habillé de gris en bon homme de village , et n*eust esté cognu desditz huguenotz, si ung petit enfant âgé de six ans ne Teust accusé; lequel enfant, sans sçavoir mal faire, en la présence d'iceux huguenotz , dist audit prebstre : < Messire Jehan , serrez- vous, que je me chauffe. • Ausquelles parolles changea de couleur le bonhomme , qui fut par les huguenotz empongné , lié et conduict par
1567. les rues dudit Goix, pour estre opprobre et mocquerie à toute k^ trouppe, et, après Tavoir honteusement pourniené , mocqué, battu et injurie, le remenèrent au logis dudit maroschal et le pendirent et estranglèrent aux barreaux des fenesti*es de la maison , sans permettra que personne aucune le rachetast, ni qu'on se mist en peine de le saulver. Ce pauvre homme avoit jà Jfdly une fois, au moys d'octobre de devant, d'estre prins des aultres Mlguenotz qui logèrent audit Gôix, s'estant saulvé de leurs mains en habit et contenance du vacher de la ville et à mener les vaches aux champs, ainsi que Tavons dict en son lieu.
M. le prince de Condé, qui conduisoit la bataille ^e son camp, au desloger de Bray s'alla loger en la paroisse de Sord||^, ayant laissé une compagnie de ses gens audit Bray pour garder le passage , comme aussi dedans Monstereau, où il avoit laissé le capitaine et sieur de Renty, pour empescher le passage des catholicques, qui s'appreatoient pour les suyvre. En attendant qu'il prince et son camp attenteroi ent sur la ville de Provins, sa personne se logea au chasteau du sieur de Monberon, ledit Monberon absent d'iceluy, de peur d'estre prins à rançon. Son artillerie et infenterie de gens de pied se campèrent au petit hameau de Villecendrier, tant dedans les maisons que dehors, où firent ung grand domage à Jehan Rousselot, fermier du Petit-Chastel près la Chapelle- S*-Eloy, fort riche laboureur, la grange duquel fut vuydée , tant potu* la nourriture des chevaux que pour faire des logis aux soldatz qui estoient campez à la baye et contre les arbres. Jehan Saillvageon n'en eut meilleur marché , comme aussi les aultres habitans dudit hameau, et qui plus avoit de bien, plus en perdit. L'arrière-garde, conduitte par d'Andelot, passa par Npgentsur-Seine, et se logea es parroisses de S*-Fregel, la Chapelle, S'-Nicolas, Chalaustre-la-Grand , Mériot et Meel; les églises desquelles ne furent entièrement bruslées, mais furent les croix, callices dW et d'argent, ensemble les chappes et aultres meubles du tout pilles, non par les huguenotz de ladiite arrière-garde, mais par les voleurs huguenotz de leur suitte, qui, comme avantrcoureurs , les premiers
jours du moys de décembre, ravirent avec violence les biens meubles 1567. de ces églises; et n^en eschàppa en tout ce pays pruvinois que celles de S^-Columbe, S^-Michel de Pongnis, S^-Bris et BouUy, d'aultant qu^elles estoient trop près dudit Provins. Lesditz voleurs huguenotz avant-coureurs furent es unes et aultres églises et parroisses susdites; mais n'y trouvèrent que desrobber, parce que les habitans avoient caché les ymages et meubles d'icelles, partie à Provins, partie en aultre lieu. Les mai^iUiers de S^-Columbe demourans à Sepveilles furent fort tourmentez par lesditz voleurs, pour leur livrer les croix et callices d'or et d'argent de leur église, et, pour mieux les contraindre à ce faire, allumèrent le feu en leurs maisons pour les brus- 1er et leurs meubles, s'ilz ne leur livroicnt lesditz calices; pour duquel feu se saulver, fallut qu'ilz leur baillassent argent de leur boiu^e et qu'ilz promissent de les aller demander à Provins, où ilz les avoient mis en garde. M. de la Rivière, estant de ce adver^, envoya une compagnie de barquebusiers audit village, pour recognoistre ces sacrilèges de cbrestiens noveaux réformez, mais ne les trouvèrent plus, d'aultant qu'ilz furent advertiz de l'allée de ces barquebusiers, et par ce moyen furent lesditz croix et calices de S'^-Columbe saulvez.
Le feu fut mis en la grange de la ferme et mestairie des Granges N.-D.-du-Val en allant à Gymbrois, par aulcuns buguenotz, pour se venger en partie du fermier dudit lieu, nommé Nicolas Gannay, boucher, demourant à Provins en la Vieil-Rue, et l'aultre partie en hayne des prebstres et chanoines de N.-D., ausquelz elle appartenoit. Et furent les huguenotz de la maison et suitte de S^-Symon de Chantaloue suspectz d'y avoir mis le feu , comme ilz firent dedans l'église et prieuré de Voulton, les clocher et cloches de laquelle église furent bruslés et fondus. U y avoit de fort beaux logis au priem*é, qui furent par le feu consumez.
Le prieuré de la Fontaine-aux-Bois, en la paroisse de Meel-sur- Seine, fut saulvé du feu et des ruynes huguenoticques, moyennant cent escuz que paya Nicolas Lenoble , bourgeois marchant de Chas- ^ teau-Thierry, qui le tenoit à ferme du prieur, frère Pierre Pisseret,
1567. frère de sa femme, à mig capitaine huguenot de leur pays, nonamé le capitaine Fleury, qui , pour garder ledit prieuré d'estre brualé et pillé, s'alla loger dedans avec deux des frères dudit Pisseret, prieur, Tung nommé Ysaî Pisseret, bally de la Ferté-soubz-Jouarre , et Taultre Nicolas Pisseret, marchant, demourant audit lieu, huguenots des plus fermes, mais non voleurs, pour le regard dudit bally, lequel estoit beaucoup plus scrupuleux que ledit Nicolas, son frère. Le prieur dudit priem*é, Pierre Pisseret, leur frère, estoit de religion contraire à Calvin et Luther, mais avec une oppinion et manière de vivre en matière de la rehgion aultre que celles des catholicques , honune fort sçavant, et qui avoit bien estudié en toutes lettres hébraîcquea, caldéennes, grecques et latines, mais pour tout cela n*en faisoit m valloit mieux. En Téglise de Mériot, n'y eut de bruslé que le clocher et les cloches gastées, ensemble la maison presbitéralle , qui fut entière^ ment bruslée. L^église de Meel ni le presbitaire n'endurèrent le feu, à la prière des voysins habitans d'icoUe, qui, de peur de veoir le feu s'allumer en leurs maisons qui en sont proches , prièrent tant les boutePeux d'églises qu'ilz se desportèrent. Les parroissiens d'Ermez, qudques peu de jours avant l'arrivée desditz boutefeux, abbatirent eux<mesmes leurs cloches et clocher, et par ce moyen ne fut leur église bruslée.
Le camp huguenot, estant campé à Villecendrier et villages des environs dudit Provins pour y attenter quelque chose, fustpour f assiéger, battre ou rançonner, ledit sieur de la Rivière ne se tenoit à repos, tant pour la garde de la ville que pom* faire courses 'et entreprinses sur l'ennemy, auquel il bailla plusieurs allarmes, jusques dedans leiu*s sentinelles, aucunes desquelles eurent la gorge couppée de nuict. Mais, voulant passer oultre jusques à leurs corps de garde, fut incontinent le camp huguenot en armes, qui frit cause de donner la retraicte audit de la Rivière, lequel, avec deux cens harquebusiers à pied et cent chevaux, passa jusques à la Fontaine-aux- Bois, estant guidé par gens de Provins qui sçavoient les passages, pour faire entreprinse sur les huguenotz qui y estoient. Ne pouvant
achever son entreprinse , il se retira à Provins malgré Tennemy, 1567. sans perdre aucun de ses gens, et ramena avec soy six huguenots prisonniers, desqueli il tira, moytié par force moitié par amytié, ce qu^ilz sçavoient de Fentreprinse que le prince de Condé vouloit faire sur la ville de Provins, qu^il prétendoit d'assiéger et battre à 24 h. de là, et, pour mieux faciliter son assiégement, avoit résolu de passer la rivière de Voulsie , au Grand Estan lez ledit Provins , et de s'aller emparer du monastère des dames cordelières qui sont oultre la porte de Culoyson, lez les murailles de la ville.
Pour lequel empescher, ledit sieur de la Rivière envoya nombre de harquebusiers, tant de la garnison que des habitans, chargés de deffendrc le lieu; puis, après avoir meurement pensé à son affaire, pour saulver lesditz soldatz et habitans, leur commanda dy mettre le feu, la nuict que ledit prince y debvoit aller pour se camper, ce qu'ilz firent, comme aussi es maisons et chapelle de rHos)>itail, et la Folie tout joygnant le petit hameau de Fontaine-Riant ^ Il feit pareillement mettre le feu au moulin de S^-Ayoul, tout joygnant les mm*ailles du Pont*qui-Pleut, dedans lequel il avoit ordonné une conipagnie de harquebusiers. Le feu fut pareillement mis es maisons qui estoient auprès et tout joygnant la chapelle de N.-D.-des-Champs, laditte chapelle réservée, et fict faire tout ce désastre pour incom^ moder Tennemy huguenot qui vouloit envahir la ville.
Le prince de Condé, voyant le feu esdictz lieux, demeura à Villecendrier et n'attenta davantage sur Provins, pour les nouvelles qu'il reçut que le camp cathohcque se mettoit à chemin pour le combattre audit Provins, s'il se feust arresté davantage. Mais au lieu d'attenter audit Provins davantage, à cause des nouvelles que dessus, descampa de Villecendrier et des environs de Provins, pom* s'en aller à Villenauxe-la-Grand, où il logea, ayant trouvé les portes ouvertes
^ Sur la destruction de Tabbaye des d*Allonville (fol. ag), et le Journal de
Cordelières, par Tordre de la Rivière, voy. Cl. Joubert, dans le recueil manuscrit de
à la bibliothèque de Provins, THistoire M. hiyoi {Histoire civile de Provins, i.\l,
manuscrite de ce monastère, par Jeanne p. 3i6-3i7). .
1567. sans aucune résistance. Les habitans duquel Villenauxe furent par luy et ses commis rançonnez d'une notable somme de deniers, ieiuns églises saccagées et bruslées, et les habitans pillez, oultre ia promesse que leur en avoient faict les sieurs de Mongenost et de PatraSt commis par ledit prince pour composer de la rançon. U ne séjourna audit Villenauxe que- une ou deux nuictz pour le plus, et au partir ledit prince s'alla loger à Sézanne, où ne trouva résistance, non plus quil avoit fait à Villenauxe, d'aultant que les commissaires par lui envoyez devant avoient composé de la rançon, qu'ilz de Sézanne payèrent de somme fort notable, à la charge que nul dudit camp logeroit en leur ville aultre que ledit seigneur prince et les officiers de sa maison, ce que avoient juré estre faict lesditz commissaires huguenotz; lesquelz ne tinrent leurs promesses, ni le prince aussi, ains y logea quasi tout son camp, qui y Et assez grand dégast par le feu que les soldatz mirent es églises, les rançons particulières qu ilz firent chascun sur leurs hostes et autres grandes insolences telles que pire n en eussent faict s'ilz y eussent entré par assauit, excepté le feu, qui ne fut mis en la ville. Desquelles insolences et inhumanitez fut fort courroucé M. le baron de Plancy, voisin desdîti de Sézanne, gentilhomme huguenot, qui avoit aydé aux habitans à faire la composition de leur rançon avec les commissaires condeyens; lequel s'en alla plaindre audit prince pour lesditz habitans, et n'ayant eu response de luy au proffit desditz habitans, quitta le prince et sa cohorte huguenoticque avec letu* party, et s'alla rassoûr en sa maison audit Plancy, et oncques. depuis ne voulut suivre le camp huguenot, vu les desloyautez, cruaultez et inhumanitez qui s*y commettoient par ces nouveaux chrestiens réformez de l'évangile de Calvin.
De Sézane, le camp huguenot tira à Espamay pour passer la rivière de Marne, où ils séjournèrent trois jours avant qu'estre tous passez et leur artillerie , parce qu'il fallut refaire les pontz de dessus la rivière pour les passer. Ilz pillèrent et rançonnèrent ladite ville d'Espamay, comme ilz avoient faict celles de Villenauxe et de Sézane.
Qui estoit la cause de les faire fîiyr par ce chemin-là estoit la réso- 1567. lution qu'ils avoient prinse dès Nangis d^aller en armes jusques sur les frontières d*Allemagne, pour avoir nouvelles des reystres Allemens qu^ilz attendoient à leur secours, que leur avoit promis donner le comte palatin du Rhin, Tung des électeurs de l'empire des Romains, où nous les laisserons aller, et reprendrons plusieurs cas par eux commis en ce pays qu'avons laissé à dire, en attendant les nouvelles du roy et de son camp catholicque.
A la suite desdits huguenotz y avoit moult de Vaudois et sorciers , ou bien grande partie d'entre eux estoient de ce mestier, comme Texpérience le démonstra eux estant en ces pays pruvinois, parce quen plusieurs maisons, avec leur sort et magie, trouvèrent les biens qu'on avoit caché et serré en divers endroictz , tant dedans terre esdittes maisons, estables, jardins, caves, qu'es fumiers de la court d'icelles maisons, chose incroiable à ceux qui n'en ont rien veu^ Il estoit advenu à plusieiu^s personnes de cacher leur or et leur argent es murailles, en terre et jusques dessoubz les carreaux du foyer, fttre du feu et contrecœur de la cheminée, qui furent par lesditz Vaudois huguenotz trouvez, prins et emportés. Aultres avoient cousu leur or entre les deux semelles de leurs souUiers, qu'ilz avoient chaussez et marcheoient dessus, ce que bien sceurent iceux Vaudois, qui contraignirent les personnes de deschausser lesditz soulliers, et, en leur présence, les ayant descousus, prirent l'or qui y estoit caché, et rendirent les souliers au bonhomme. Aultres avoient caché leur finance es liens et drapeaux de petits enfans de la mamelle; on vît lesditz Vau«> dois eux-mesmes desvelopper lesditz enfans, prendre laditte finance où elle estoit et rendre les petis eofans à leurs mères, et ainsi en tous lieux où lesditz Vaudois estoient logez. Es maisons où n'y avoit que les meubles cachez et poinct d'ai^ent, prenoient leurs hostes et hostesses par la main et les menoient sur le lieu de la cachette et leur demandoient rançon d'argent , a (fin de ne rien prendre desditz meubles
* Sur le sens damot Vaudois au moyen des chartes, t. Vm, p. 81 • mon Mémoire âge, voyez dans la Bibliothèque de TÉcoIe intitulé : leg Vamdois aa XV^ sièeh.
1567. qu'ils disoient pour certain y estre cachez, et falloit composer à eux» ou en , faulte de ce faire , retiroient de la cachette ce qui y estoit serré et le desrobhoient; et par telz moyens ruynèrent plusieurs maiBOns des villages et des villes où ilz logèrent , et faisoient grand vertu ûe cela pour en authoriser leur prétendue religion, n^ayans honte de fouiller les filles et femmes en leurs parties les plus secrettes et honteuses qu elles eussent et en quelque estât qu^elles fussent, pour y prendre Fargent qu elles y pensoient saulver.
Hz enmenèrent prisonniers avec eux plusieurs prebstres de ce pays sénonois et pruvinois , quand ilz partirent de ce pays pour s'en aller au-devant de leiu*s reistres, comme aussi pliisiem*s riches marchans et labour eiurs des villages et gentilshommes qui tombèrent en leurs mains, et n'estoit sagesse à homme riche, de quelque qualité qu'il feust, de les attendre, ni de se trouver avec eux. Entre les prebstres qui furent prins prisonniers par lesditz huguenotz , fut Tauteur de ce livre, qui fut prins dans la forest de Sordun et mené prisonnier à la Fontaine-au-Bois par le -capitaine Flexuy, que nous avons dict naguères y avoir esté mis pour la garde dudit prieuré; des mains duquel fut délivré sain et saulve, sans payer rançon, à la faveur du prieur dudit prieuré et de ses frères, le bally de la Ferté-sôubs- Jouarre et Nicolas Pisseret, gendre du feu conseiller Truffé, présidiai de Provins, à telle condition que ledit auteur leur prisonnier ne ren» treroit audit Provins, ni ne donneroit advertissement à aucun catholicque par paroUe ni escript de Testât desditz huguenotz qui estoient audit lieu de la Fontaine ; mais que , estant toujours leur prisonnier, seroit délivré sur sa foy, pour aller en toute liberté et seureté se rendre à Nesle , lez Chasteau-Thiery, y pourter nouvelles de eux et de leur camp, et y demeurer jusques après leur partement dudit Provins et les environs, duquel partement luy fut faict assavoir, pour se retirer, en liberté et sans rien payer, la part que bon luy sembla.
Le curé de Saisine fut par eux enmené jusques à N.-D. de llSspine» pour desquelz eschapper paya cent escuz de rançon que ses parens portèrent après luy; c'est le curé en la maison duquel avoit logé le
DE CLADDE HATON. 497
roy audit Sargine, revenant de son voyage de visiter son royaume. 1507.
— Ung aultre viel prebstre du boui^ de Montigny-Lencourt , lez Tabbaye de Prusly, fut par lesditz huguenotz enmené jusques vers Chasions, où là luy fut donné liberté, et s'en retourna en sa maison.
— Ung aultre prebstre de la paroisse de TEschelle-lez-Provins , duquel n'ai mémoire de son nom, fut par eux enmené jusques à Villenauxe, lyé à la queue d'ung cheval; lequel n'ayant moyen de payer rançon ou faulte d'estre sollicité, fut par les tirans huguenotz mis en ung four chault, où mourut à grand martire, bien constamment, sans vouloir renoncer à la vraye religion. — Messire George Besançon, de la paroisse de Villiers-S^-George, balliage de Provins, fut prins et par eux mené prisonnier jusques au passage d'Espamay sur la rivière de Marne, et, après avoir payé sa rançon, fut par eux mis en liberté, ayant avec eux mangé chair les vendredis et samedis, et faict le serment que de sa vie ne chanteroit et n'assisteroit à messe aucune, ains vivroit héréticquement toute sa vie, comme il avoit faict avec eux; ce que toutesfois ne feit, quant il fut de retour en sa maison dudit Villiers. Il me semble que ledit prebstre Besançon ne feit bien de vivre comme eux en mangeant chair au temps indict, et feit encore pis quand il renonça sa foy et religion catholicque ; mais au contraire, à l'exemple des saints apostres et martirs de J.-C., devoit constamment devant telz infidelles et tirans confesser sa foy, sa religion, et protester d'y vivre et mourir, ainsi que firent plusieurs ' vénérables prebstres, lesquelz aymèrent mieux endurer martire que d'eschapper par de coupables sermens. — En la paroisse de Beau-
chery y avoit ung aultre prebstre, nommé messire Loignon,
meschant à faict en matière de la religion, qui s'estoit retiré & Bray et y estoit quand les huguenotz y entrèrent; il fiit pareillement enmené par eux, et, après l'avoir cogneu plus meschant que eux-mesmes, sans rien payer le délivrèrent, et fut quitte pour servir de ^de au prince de Condé, et lui monstrer les passages de la rivière de Marne pour se passer et son camp, joinct aussi que le seigneur de S^-Symon pria pour sa délivrance. — Avec le camp des huguenotz ,
1567. au partir de Bray, s'en alla de sa pleine volimté M^ Deninat,
prebstre, chanoine et trésoriw de Téglise de Bray, huguenot il y avoit plus de six ans ; mais n'alla loing sans estre payé du salaire qu^il méritoit; car il fut tué au passage de la rivière de Marne par nng aultre huguenot de la ville de Bray, nommé La Noê, lequel, Payant veu mort, envoya ung messager à M^ Claude Lefebvre, prévost de Bray, pour obtenir au nom de ses enfans les bénéfices dudit trésorier, ce qu'il feit.
Les huguenotz ne furent plus tost descampez de Villecendricr et les environs de Provins, que M. le mareschal de Brissac^, gouverneur de Tavant-garde du camp du roy, soubs la conduitte de M. le duc d*Ânjou , frère du roy, reprint la ville de Montereau-fault-Yoane , et contraignit de s'en partir et de la quitter au roy M. de Ranty cm aultre, qui y avoit esté laissé par le prince de Condé pour la tenir, affin d'amuser le camp du roy, ce pendant qu'ilz huguenots passeroient la rivière de Marne et gangnerment pays pour courir au devant de leurs reistres.
Deux opinions divisent le conseil royal. Plusieurs membres sont envoyés à Fontainebleau avec la reine mère pour traiter de la paix; les autres, restés à Paris, veulent qu*on poursuive par les armes la réduction des rebelles. — Après de grandes difficultés pour donner un chef à Tarmée, le duc d* Anjou, frère du roi, âgé de quinze ans, est nommé lieutenant général pour tout le royaume ^.- — L'armée royale, assemblée entre Etampes et Saint-Mathurin-de-rArchant, part le i3 ou le i4 à la poursuite de Tennemi. M. de Brissac entre sans coup férir à Montereau , que les huguenots avaient abandonné.
Hz huguenots, au partir dudit Montereau, pour arrester le camp du roy et bailler de l'affaire à M. le duc, rompirent les archea et ponts de dessus les rivières d'Yonne et Seine, et pour ce (îit conn traincte audit sieur duc de séjourner en Gastinois deux ou trois jours
' Artus de Cessé , fait maréchal de France Charles IX institue son frère , le duc d* An-
en 1667; ^^ ^^" neveu, Timoléon de jeu, son lieutenant général, représentant sa
Cessé , comte de Brissac. personne pour tout son royaume! 1 567, 1 a
' Lettres patentes par lesquelles le roi nov. (BibLimp.coU.Dupuy.v. 86,p. 178.)
davantage, en iMendant que Ton eust faict des pontz de boys rar les 1567. arches rompues pour passer sofi artillerie et gens de guerre. La chevalerie passa partie à Pons-sur-Yonne, les aultres à Melun, pour se jetter en la Brie et s^accommoder entre Monstereau et Provins.
Ce pendant que les ponts de Monstereau se réparoient et que les gens du camp du roy passotent en la Brie, les huguenot! desoampoient des environs de Provins ; sur la queue desquelz se jetteront les gens d'armes de M. de la Rivière, qui estoient en garnison à Provins, mais ne firent aucun échec, d'aultant que Tennemy huguenot ne voulut faire teste, ains ne taschoit qu'à gangner pays. On feit butin sur leur bagage, mais non grand; quelques trainars furent tuez sur les chemins, mais n estoient gens de marque. Environ le 16 ou 17 de décembre, qui estoit ung dimanche, arriva dedans Provins, environ les 8 à 9 heures du soir, M. le maréchal de Brissac, avec les gens de cheval de son avant-garde , qui se logèrent sans bulletin es maisons des habitans, chascun d'eux comme il peuit; il y séjourna en attendant la venue du camp qui pAsoit audit Monstereau , et partit le lundy à midy, pour aller à la potll^uitte de lennemy, qui arrivoit à Espamay sus la rivière de Marne , distant dudit Provins de 1 5 ou 16 lieues. 11 mareschal, avec son avant-^arde, ordonna le rendezvous au village de Villers-S*-George, où ils arrivèrent tout au soir, pour avoir les cartiers de leurs logis. Les maisons et chasteaux des huguenotz ne furent à repos; car chascun homme de gueire du camp royal demandoit à s'y loger plus tost qu'es maisons des labour reurs. Les maisons seignorialles de Houssoy, de Daoust, de Chantaloue , d'Aulnoy, de Gymbrois et aultres huguenottes des environs de Provins , noturirent la plus grande partie du camp royal ; les meubles desquelles furent pillez, tant par les gens du camp que par ceux de la garnison de Provins, et ne trouvèrent & ces jours les huguenotz pruvinois que bien peu de cousins au camp royal qui pussent sauiver leurs maisons d'estre pillées et mangées. La maison de Chantaioue, appartenant au sieur de S^-Symon, huguenot, fut saulvée, mais assez tard, par ung gentilhomme nommé M. de Cossé ou Gauséi bonmie
1567. fort cathoiicque, gendre de laditte maison, lequel toutesfois, estant contrainct de marcher avec Tavant-garde catholicque, quitta laditte maison à la miséricorde du reste des gens de guerre du camp royal.
Les soldatz de la garnison de Provins furent réservez pour Tarrière-garde du camp catholicque ; lesquelz firent ung grand butin sur les meubles et biens des huguenotz , tant dans la ville que dans les villages, quelques gentilshommes qu'ilz fussent, et amenèrent les meubles dedans Provins, qu'ilz vendirent à bon marché en criée, parmy les rues et carrefours. Tous les hommes qu ilz trouvèrent dedans lesditz chasteaux, qui leur faisoient résistance et qui estoient huguenotz, passèrent par le fil de Tespée, et entre aultres ung, qui se faisoit nommer le seigneur de Pains, et ung auttre nommé Adenet, natif de Provins, qui s'estoient enfermez dedans le chasteau d'Aulnoy, appartenant à la damoiselle dTvemi , dame dudit Aulnoy. L'aureiUe de Tung d'eux (ut couppée après sa mort par ung prebstre, soldat de la compagnie du seigneur de Lours , nommé M^ Léon CouUiard , chapelain de la chapelle Sainct-Loy^ fondée en Téglise Nostre-Dame-du- Val, homme aussi couard que ital adroict aux armes, pour la pendre à son chappeau, et en faire la monstrance à ses amis prebslres de Provins, et nommément à M^ Jehan Houilier, chanoine de laditte église, qui se gaudissoit tousjours de luy, en luy reprochant qu'il estoit quelque chault gendarme, et qu'il neust osé assaillir une mouche de panier ou une guépière de mouches qu on appelle des guespes ; ce prebstre soldat, qui estoit aussi bon enfant qu'il s'en pou*» voit trouver, ayant présenté audit Houilier ceste aureille huguenotte, fut mocqué plus que devant, et tant fut faict et dict avec luy, qu'à la fin confessa qu'il n'avoit touché audit huguenot, mais que, pour faire du vaillant, avoit achepté laditte aureille des aullres soldatz ses com* paignons qui l'avoient tué.
Lesditz soldatz ravagèrent la maison de Houssoy-lez-Provins, apartenant à la damoiselle de la Gravelle, fille ou femme de M^ Loys Le Roy, en son vivant procureur du roy à Provins, que tenoientà ferme deux huguenots de Provins, nommez Thibault Trumeau et Estienne
Maistrat, apoticaire, tous deux à la suitte du camp condéyen et 1567. huguenot ; dans laquelle maison de Houssoy furent trouvées la femme dudit Maistrat, belle et jeime, la femme de Nicolas de Ville, filz du prociureur du roy Jehan de Ville, laquelle portoit Testât de damoi*
selle, la vefvre M* Jehan Saulsoy l'aisné, jà vieille , la femme de M*
Royer, barbier, demourant sur le Pont-au-Poisson, la femme de Léon Goddart, aussi jeune femme, la Chardinette , baille des femmes
huguenottes du presche de Provins, la femme de Le Blanc,
surnommé la Teste de Veau , celle de son frère , ensemble quelques aultres desquelles je n*ai sceu les noms, toutes lesdittes huguenottes habillées en pauvres femmes de village, pour tascher à saulver leurs vie et honneur. Nulle ne fut tuée , mais toutes gangnèrent leur vie et rançon à la peine et ouvrage de leurs corps, et Dieu sçait comment les charitables huguenotz furent faictz coupaux sçachans pour une partie d'entre eux, et entre aultres Nie. de Ville et Le Blanc, surnommé la Teste de Veau, lequel, avec sa femme, fîUe de feu Bénard Baulier, dict Grasset, furent amenez par lesditz soldatz dedans Provins, et mis k rançon à quelque somme de deniers, qu'ilz payèrent ou leurs amys pour eux, pour estre délivrez et avoir la vie saulve.
Or advint-il que ledit Le Blanc et sa femme tombèrent en diverses mains soldades ; les soldatz qui tenoient la femme ne tenoient son mary ledit Le Blanc, ains d'aultres, et pour ce temps ne leur fut permis de se veoir ni parler ensemble. La femme , avant qu*estre délivrée des mains desditz soldatz et mise en liberté , après en avoir usé et jouy à leur plaisir, la menèrent pieds, jambes et teste nues par les rues, n'ayant pour tous habitz vestu que sa chemise et ung gippon qu'on appelle une camisoUe de drap rouge tout sanglé, et estoit le i Séjour du moys de décembre, et passant par devant l'église de M. S-Ayoul de Provins , fut la charitable huguenotte conduitte par eux en lacAte église, qui estoit entre les 8 à 9 heures du matin. A l'entrée de l'église, la contraignirent de prendre de l'eau béniste, pour s'en asperger le visage , et ce faict , la conduisirent devant le grand autel d'icelle é^ise, sur lequel ung prebstre chantoit la messe et estoit
1567. près de rélévalion du corps de N. -Seigneur au S'-Sacrement, et là, layant faict mettre à deux genoux, luy baillèrent à tenir entre set mains la torche ardente qui estoit allumée pour servir à Télévatioii, et tous à genoux à Tentour d'elle luy firent dire Toraison £ûot6 en rhonneur de Dieu et dudit sacrement, qui se commence, Ave, mAu mandi, Verbum Patris, etc. ensemble Toraison qui se commence, Im manus taas, Domine, commendo spiriiwn meum, et tout au long, et ce dict, luy firent dire à haulte et intelligible voix, après la messe lime, la tablette, cest assavoir le Pater noster, Ave Maria, sancta Mana, Credo in Deum, Benedicite, Agimas tibi gratias, etc. et, à la fin de ce, crier mercy à Dieu, à la Vierge et à tous les saincts du Paradis, de la grande offense qu elle avoit faict à sa majesté d'avoir délaissé la vraye religion catholicque pour adhérer à la faulse huguenotioque , et ce faict et dict, luy ostèrent la torche ardente des mains, qu^ilx laissèrent à Téglise, et la ramenèrent en leur logis ou aultre lieu.. Au partir de .devant Tautel de laditte église, la honteuse huguenotte, en soupirant, haultement dict : « Hé Dieu, le meschant mary que j*ail • voulant par ce donner à entendre que son mary Tavoit séduitte et convertie à prendre la faulse religion huguenoticque. Tout sur Theure passa son mary, conduict par aultres soldatz , qui le tenoient prisonnier, img morion sur sa teste, sans aucunes armes, affin que mieux feusi cognu. Lesquelz le conduisoient hors la ville pour le délivrer suyvant leurs promesses, et, pour bailler contentement au peuple de la ville, disoient qu ilz Talloient faire pendre à ung arbre hors la ville , ce qu'ilz ne firent; mais, Tayant mis assez loing à son contentement, luy baillèrent liberté pour se retirer la part que bon luy sembla. Sa femme demeura à la ville es maisons de ses parens, après que lesditi soldatz en eurent faict le service et les monstres selon leur volunté.-
^es aultres huguenottes ci -dessus dittes ne rentrèrent à Provins que jusques après la passée du camp, et que ceux qui les avoient prinscs prisonnières eussent esté satisfaictz de leurs plaisirs et rançons, et ne furent honteuses non plus que putains et ribaudes qui reviennent de la suitte d'ung camp et des trouppes. Celuy des bogue-
notz coupaux qui (îit le plus Hiocqué fut Estienne Maistrat, d'aultaot 1567 qu*il, avant ceste guerre, avait conceu une jalousie sur sa femme et ie prédicant dodit Provins, pour les avoir surprins ensemble s'entretenans embrassez et faisans Tamour Tung à Taultre par cbarité en lieu secret et suspect, dont il portoit hayne audit prédicant; et luy demandoit-on desquelz il se teaoit le plus injurié, d'avoir esté coupaudé par les gens de guerre catholicques ou par son père spirituel le prédicant héréticque. Toutes ces choses furent faictes en trois jours que le camp du roy se reposa à Provins et les environs, ce pendant que Tennemy huguenot passoit la rivière de Marne tout à son loysir. Et est une chose toute certaine, que, si ledit camp du roy eust voulu cheminer, il eust prins lesdilz huguenotz au passage de laditte rivière; mais les gouverneurs que la royne mère avoit donné à M. le duc son (ik, Tun desquelz estoit des principaux M. de Camavidet, seigneur de Noyen-sur-Seine , avoient grande intelligence avec ledit sieur prince de Condé et les chefz de sa cohorte, et ne se passoit jour ne nuict qu'ilz eussent nouvelles les ungs des aultres, et estoient les intelligences si grandes et bien dressées, que les jours que lesditz huguenotz- cheminoient pour gangner pays, le can^ du roy se reposoit, et les jours quil cheminoit, le camp huguenot se rafraichissoit et se reposoit.
Retournons maintenant au camp du roy. M. le maréchal de &*issBc, après estre party de Provins, au lendemain y arriva M. le duc d'Anjou, accompagné de cent gentilshommes de la maison du roy et de plus de quatre aultres mille hommes de cheval des ordonnances de S. M. , ensemble du nombre de deux mille aultres hommes de cheval, partie Espagnols, Boui^ignons, FlamansetHanoycrs que le roy d'Espagne avoit envoyé au roy; lesquelz tous logèrent dedans la ville de Provins par cartiers et foun*iers. L'excellence de M. le duc fut logée dans l'abbaye de S^- Jacques du cbasteau de Provins, où il séjoiuna deux jours pour fafîre rafraischir son camp , suyvant le conseil que venons de dire. Quelques compagnies de la garnison de Pl*ovin6 qui estoient du régiment de M. de la RiTière deslogèrent à l'arrivée dudit seigneur.
1567. et allèrent joindre Tavant-garde de M. de Brissac, pour faire place aux gens de guerre susditz, qui estoient de la suitte dudit seigneur duc.
Le camp de Tartillerie , gens de pied et Suisses passèrent entre Mortery et St-YUier, et s'allèrent camper à Voulton, S^-Martin-des- Champs, Gymbrois, Bouart, Boolot et Rupéreux. Les compagnies de cheval des ordonnances du roy passèrent pour la pluspart par Bray, et s'allèrent loger es parroisses de Goix, Ermés, SepveiUes, Ghalaustre-la-Petite , Sordun, Méel, Mériot, FEschelle et S*-Martin-de- Ghasnetron; et contenoit ledit camp en la bataille et arrière-garde, sans y comprendre Tavant-garde , quatre lieues de large et six de long, et, à le comprendre pour le tout, il contenoit bien dix lieues de long et six de large , chascun estant logé par les villages. Ledit camp royal estoit de plus de cinquante mil personnes combatans bien en ordre.
Poiu* nourrir ce camp , fut cuyt du pain à Provins par les boulangers par ordonnance du maistre du camp , et fut le blé prins es greniers des marchans et habitans de Provins, aultant qu'il en fut nécessité , et ne fornit-on aultres munitions , parce que les gens de guerre vivoient chascun des biens de leur hoste qu'ilz trouvoient es maisons, tant en chair, pain que vin, et de peu servit aux gens des villages le pain de la munition susditte ; car, où les gens de guerre trouvèrent pain et farine es maisons de leurs hostes, n'acheptèrent aucunement du pain de laditte munition, et où plus il servit, fut au camp des Suisses, qui estoient campez à Voulton avec l'artillerie, tant es maisons et jardins que dans les champs.
Les boulangers de Provins réclament contre la gabelle d*ane maille qu*ib payaient sur le pain vendu en détail dans leurs ouvroirs; le duc d'Anjou abolit cet impôt.
Au camp de l'artillerie , où estoient les Suisses et infanterie françoise , y eut peu de révérence portée aux églises et lieux sainctz par les gens de guerre qui y estoient, parce que aulcuns logèrent leurs chevaux dedans lés églises et en firent des estables, sans y respecter
le lieu ni les sacremens, et signamment le précieux corps de J.-C. qui 1567. y éstoit gisant au sacrement de Tautel. Es églises où les huguenotz n*avoient esté ravager et mis le feu , n y firent aultre mal les gens du camp royal que d'y loger leurs chevaux et eux aussi, et de porter litière de foin et de feurre pour eux y accommoder. Duquel contemnement prindrent argument maintes gens de bien que Tyssue de ceste guerre ne prendroit guères bon succès au prouffit de la religion catholicque.
Le pays des environs de Provins et du bailliage qui porta le plus de domage et de perte à la passée des deux camps, tant du camp huguenot que du catholicque royal, fut le bas pays de la vallée de Seine , depuis M ontereau jusques à Méry, par lequel pays bas passèrent la fouUe desditz deux camps , sans que , pour ce , on y menast aucune munition que assez peu de pain. Ce néantmoings, y demeura quasi tout le gros bestial à corne, mais poinct ou peu de brebis, et fut ledit pays ung moys entier à nourrir Tes gens de guerre , tant de Tung que de Taidtre camp, et moings y arresta le camp catholicque que n'avoit faict celuy du huguenot. Le camp catholicque print tout le chemin de celuy du huguenot, affin de le talonner de près, qui fut l'occasion d'apauvrir les villages par où ilz passèrent. Lesditz deux camps ne montèrent poinct plus hault en la Brie que S^-Yllier, Cortacon, Augerre, Sancy et Monceaux, encores n'y eut que le camp royal qui logeast ausditz villages, carie huguenot ne monta si hault, d'aultant qu'il n'estoit si gros que celuy du roy.
M. le duc d'Anjou , après s'estre reposé deux jours entiers et trois nuictz audit Provins et tout son camp aultant, chascun en son logis, partit pour faire la poursuitte des ennemys de Dieu et du roy, et ne demeura plus audit Provins que les compagnies des sieurs de Lours ,
Valentin Poullet, et N ^'^^S ^^^ capitaines du régiment du
sieur de Foissy. Deux de ces compagnies, ^'est assavoir celles de Valentin et du régiment de Foissy, furent, par Tordonnance dudit sieur duc, envoyées es villes de Bray, Nogent et Pons- sur-Seine, pour y tenir garnison , et partirent pour y aller environ la feste de
1567. M. S^-Thomas Tapostre, qui est au moys de décembre « trois jours avant la Teste de Noël^ Ce fut grande resjouissance ausdittes villes de Bray, Nogent et Pons, dedans lesquelles demeiurèrent icelles compagnies Tespace de deux moys ou environ en garnison aux despens des habitans , qui furent assez mal traictez par iceux capitaines et gens de guerre et principallement ceux dudit Nogent.
M. de Lours rompit sa compagnie, et bailla congé k ses soldats pour se retirer la part que bon leur sembleroit, et print congé de la ville de Provins, estans deschargé du gouvernement d'icelle, et se retira en sa maison de Lours. Qui fut le tout ung grand soulagement aux habitans dudit Provins, lesquels par trois moys entiers et oontinuelz avoient entretenu à leurs gages et despens ledit sieur de Lours et sa compagnie de trois cens hommes, sans les garnisons qu'ilz demandèrent au roy de renfort, qui y furent Tespace d*ung moys.
Par Fordonnance de M. le duc d'Anjou, garnisons furent posées et mises es chasteaux des huguenotz et maisons fortes d'iceux qui estoient par tout le pays de Champaigne et Brie, pour les garder, empescher que les huguenotz à qui ilz appartenoient ni aultres ne s'y allassent loger, et prendre les biens d'iceux pour s'en ayder. £t furent les capitaines et soldatz qui y tindrent garnison nourris aux deqpens du revenu desditz chasteaux et maisons huguenottes, le revenu des» quelz fîit saisy de par le roy et mis soubz commissaires. Les chasteaux et maisons de ce pays pruvinois et des environs où y eut garnison d« par le roy, furent Gimbroys, appartenant au s' de Patras; Aulnoy, à la damoiselle d'Yvemy; Courbetain, à l'esleu Barengeon de Provins; Houssoy, à la damoiselle de la Gravelle; Chantaloé, au sieur de S*-Symon; la Fontaine-au-Bois , à frère Pierre Pisseret; la Motte-de- Tilly-lez-Nogent, au sieur d'Estemày; la Villeneufve-aux*RidliBS*
^ On possède des lettres du roi et du qu il mettra dans les villes. i568« 20 juin.
duc d*Ânjou, par lesquelles ils mandent (Bibl. imp. collect. Saint-Gennain-Harlaj.
auK habitants de Méry qu*ils obéissent au n* 3ao, fol. a 60 r*.) sieur de Foissy, et nourrissent la garnison
Hommes, Bouy-aux*Poreaux, et Crancost, audit d'Esternay, sans 1567. laisser arrière le chasteau d*Estemay; les nueubles desquelz, avant qu'estre inventoriez et mis soubz commissaires, suivant Tédit du roy sur ce faict à Paris, à la fin de ce présent moys de décembre, furent à la miséricorde desditz capitaines et soldatz qui y furent mis en garnison.
Un soi-disant gentilhomme, nommé le siem* de Foissy, avait, à roccasioo de la guerre civile, obtenu commission de lever on régiment de dix ou douze compagnies de gens de pied pour le service du roi. H ne parvint pas à former un régiment entier avant que les protestants quittassent la Brie, et la seule de ses compagnies qui pût servir fut celle qui entra en garnison à Provins. Chargé plus tard de la garde des villes de Bray, Nogent, Pont et Méry et des châteaux environnants, M. de Foissy se hâta de mettre garnison dans les châteaux de M. d'Estemay, et de les faire dévaliser. M. d'Estemay et lui nourrissaient Tun contre Tautre depuis plusieurs années une haine violente, à raison d'un lièvre poursuivi et pris par le premier sur les terres du second. Au parlement, où le procès fut porté, M. de Foissy fit voir que son adversaire était petit-fils d'un cuisinier enrichi du roi Louis XII, qui avait marié son fils à une fille de la noble maison d'Estouteville; M. d'Estemay prouva que M. de Foissy était issu d*un pauvre clerc au pariement devenu procureur. En 1667, les protestants campés à Nogent ayant mis le feu au château de Bemière, maison de M. de Foissy, celui-ci attribua le fait aux instigations de M. d'Estemay et n'en fut que plus animé contre lui.
M. de Foissy mit aussi des gamisaires au prieuré de la Fontaine -aux -Bois, appartenant à Pierre Pisseret. Par son ordre , les meubles de cette maison , les grains, vins, cuves, lits, tables, couches, portes, fenêtres, serrures, furent pillés et emportés à Nogent Les livres, images et ornements d'église furent donnés à l'église de Nogent, que les protestants avaient dépouillée.
Le duc d'Anjou joint au delà de Châlons-sur-Marne, au lieu de N.-D.-de-l'Epine, l'armée protestante, qui s'échappe pendant la nuit, pour aller au-devant des reitres envoyés par le comte palatin du Rhin.
Le roi, averti de la levée des reitres, envoie M. deLansac^ au comte palatin
* Louis de Saint-Gdais, seigneur de la collection SainirGermain-Haiiay et dans
Lansac. (Voyez, sur son arrestation, de la collection des Lettres originales (Suppl.
Tbou, Histoire univenelle, 1. XLll.) On franc. 2733 et ayaa), de nombreuses
trouve à la Bibliothèque impériale, dans lettres de Lansac.
1567. du Rhin, pour le détourner de secourir les protestants de France, en rassurant que la guerre qui se fait n*a pas pour cause la religion , mais la rébellion des réformés contre Tautorité royale. Néanmoins le comte » d'après les informafioDS qu'il prend , se décide à accorder au prince de Condé le secours de ses retires. Les protestants font prisonnier M. de Lansac, à son retour en France.
Mort, au mois de mars, de M* Nicole Macé, doyen de la chrétienté de Provins, chanoine de N.-D.-du-Val et curé de Landoy. — M* Jehan Leclerc, maiire des enfants de chœur de Téglise de Sens, lui succède dans sa prébende de N.-D.-du- Val et dans le doyenné. — Mort, au mois de mars, de M* Jérôme Possot^, prieur des jacobins de Provins et provincial de Tordre, natif de Provins, homme savant, prédicateur habile et ennemi déclaré des hérétiques.
Le printemps de ceste année fut fort sec et hadeur, avec ung vent de bize qui desséchea la terre, en telle sorte que les mars, chamvres et aultres biens de la terre demeuroient, faulte de pluye. Aussi, toutes les églises et parroisses de la France faisoient processions et prières publiques, afin d'avoir la grâce de Dieu et de la pluye pour arroser les biens de la terre.
Pour lesquelles avoir, les églises de S*-Ayoul, de S**-Croix, les cordeiiers et jacobins de Provins tous ensemble furent en procession en la ville de Nogent, en Thonneur de Dieu, de la vierge Marie et de M. S* Laurent, le 2 8* jour d'apvril, en laquelle fut porté le chef de M. S* Ayoul et plusieurs sainctz reliquaires. Dieu exhausa les prières du peuple et eut regard à leur dévotion, envoyant de la pluye sur la terre incontinent après, qui moult augmenta les biens de la terre, tant les grains que les vignes, dont s'en ensuivit une grande mons* trance, si sa majesté eust permis que les habitans de la terre en eussent eu tout le proufiit. Les grains, après ceste pluye, s'augmentèrent de telle sorte que de la mémoire des hommes n'avoient esté
* V^oici l*épitaphe consacrée à Jérôme gouvernement de son ordre , qui décéda le k' omw
Possot, dans le sanctuaire des Jacobins 1667. Prie* Dieu pour «on âme..
(Rivot, Hisl. ecclésiastique, t. IV\ p. 800, Huncmadidistumulum.lector, Tisaraiocdlit,
à la bibliothèque de Provins) : Siste, rogo, ac bominum faUcadnct genae.
Qui, veluti flores, sole exoriente, Tneacant,
« Cy gist scientifique personne frère Hiérosmc Mox flaccscentcs , morte flaente , nmnt.
Possol , théologien de l'Université de Paris , religieux Sic immatura Possolns morte peremptns
prof^s et prieur de c^ans, provincial do France au Nunc jacet, exoellens qui roaa flomertt.
plus fortz, espais ni mieux grenez. Mais, parce que les habitans de la 1567. terre de France, pour leurs péchez, se rendirent ingratz de ses biens, la majesté divine permist que Fhomme n'en eût que la veue et non rentière jouissance, ainsi que nous dirons en son lieu.
Audit moys d'apvril, fut éclipse de soleil, environ le 1 8 ou 20* jour en plain midi, qui dura près de deux heures, le temps fort beau et serein. Le soleil donna sa clarté si palle que rien plus, et sembloit laditte clarté passer par Tombre des ténèbres, qui fut ung présage du malheur proche qui advint à la France par les troubles des guen^es civilles qui advindrent telles que les avons récitées ci-dessus en ceste présente année.
Assassinat, le jour de la Pentecôte, à Provins, d^un nommé Bondis, potier d'étain, par son gendre. — Un foulon est tué dans une rixe par Nicolas Privé, chirurgien, qui se tire d^affaire en satisfaisant la femme du défunt. — Un gentilhomme et ses alliés tuent, près de Melun, messire Guyol, curé de Sancy par usurpation; habile à contrefaire les bulles pontificales, ce qui lui avait valu le titre de pape de Brie, soutenu par plusieurs seigneurs dont il s'était fait le spadassin, toujours armé, même en disant la messe, il était la terreur du pays, et les gens de justice n'avaient pu s'en rendre maîtres. — Au mois de juin, Nicolas de Pellevé, archevêque de Sens, faisant la visite de son diocèse, se rend à Bray et y séjourne deux jours; ses oiBciers sont accusés de vendre les sacrements. Il va ensuite à Provins (Tavant-veille de la Fête-Dieu), et loge au cloître Notre-Dame dans la maison de M* Léon Garnier. Il confirme mille à douze cents personnes; M"* dlvollé , jacobin d'Auxerse, qu'il avait amené avec lui, prêche pendant huit jours sur la confirmation. Le jour de la Fête-Dieu, on fait à Provins une seule procession générale, à laquelle officie l'archevêque. — M. de Pellevé bénit le lendemain deux chapelles de Saint- Ayoul , nouvellement faites. — Le prieur de la Fôntaine-au-Bois, frère Pierre Pisseret, se rend auprès de l'archevêque, qui l'avait mandé, et qui le fait emprisonner comme hérétique. Après plusieurs jours de détention, il parvient à sortir par le crédit de ses frères, et à se faire recevoir en procès ordinaire à la cour de parlement, où il obtient, conformément aux derniers édits du roi, un arrêt favorable. Le frère Pisseret avait éloigné de son prieuré les moines envoyés d'Essone; il professait une hérésie particulière « qui n'était absolument ni la calviniste, ni la luthérienne, et à laquelle il gagna ses frères et plusieurs moines d'Essone; étant malade, il refusa d'entendre les prêtres catholiques et les prédicanls protestants.
1567. L'esté de ceste présente année fut fort beau et sec, mais accompagné de grans et impétueux vens, qui portèrent un grand domage aux biens de la terre par tout le moys de julliet, et signamment au commencement de la moisson du pays de Brie; qui furent cause de perdre les biedz et aultres grains qui estoient sur la terre, ensemble les fruictz qui estoient siu* les arbres.
Les raisins des vignes n'eurent aucun mal desditz vens, à cause qu ilz n'estoient qu'en petit verjus, et y en avoit fort habondanmient qui allèrent à bonne maturité , en augmentant de bien en mieux, dont advint une grande habondance de vin en la vendange et de bons vins meilleurs que ceux de l'an précédent; et fault croyre que, si les blcdz et aulti^es grains n'eussent esté perdus des vens, l'on eust aultant recueilly de tous biens en ceste ditte présente année que oncques on avoit faict il y avoit plus de vingt ans.
Oultre le présage du malheur de la France présagé par l'édipse du soleil au moys d'apvril dernier et les grans et incroiables vens du moys de juUiet, Dieu démonstra encores img aultre signe en la créature du soleil, en ce mesme moys de julliet, en la manière qui s'ensuit. Fault noter que, la veille de la Magdelène, dès le matin, ie soleil se leva bel et cler, et démonstra sa clarté sur la terre selon sa coustume en temps serein, jusques à l'heure de midy; à laquelle heure devint palle et blanc à merveilles, et se démonstra aysé à con^ templer des yeulx, qui est contre sa natiu^e; et le pouvoit-on bien regarder les yeulx ouvers sans s'offenser la veue , et apparoissoit plus large la moytié que de coustume, le temps toutesfois bien serein et peu umbrageux; et de tant plus qu'il approchoit de son coucher, d'aultant plus il se démonstroit large et de palle coulleur. Il demoura en telle sorte jusques au lendemain l'heure de midy, à laquelle il retourna à sa clarté ordinaire, et ne pouvoient les humains dire aultre chose de ce signe, sinon que c'estoit un présage de quelque grand futur malheur qui debvoit advenir sur la terre en brief temps, et sembloit à veoir que ce grand corps céleste feust malade en soy et de soy mal sain.
Le sultan des Turcs, Soliman, fait la guerre aux chrétiens en Hongrie; il 1567. assise sans succès la ville de Vienne, devant laquelle il meurt. Son armée
s'empare de plusieurs places chrétiennes. — Au mois d'octobre Pinot,
grand maire deDonnemarie, gendre du procureur du roi Jehan de Ville, s*étant arrêté au village de Vineuf-lez-Courions, avec les soldats de la compagnie qu'il levait par commission du roi , est assailli pendant la nuit par une troupe de la garnison protestante deMontereau; les assaillants, commandés par un guidon de Donnemarie, nommé Neveu, dont il avait tué le père, le massacrent, ainsi que
plusieurs de ses gens. Le grand-père de Pinot, tanneur, avait pris à ferme
la seigneurie de Donnemarie, appartenant aux chanoines de Tours, et avait amassé de grands biens; son père, puissant par ses richesses^ se qualifiait de roi de la Brie; lui-même tranchait du gentilhomme; mais le meurtre de Nicolas Neveu , son cousin , qui lui avait enlevé la ferme des revenus du chapitre de Tours, le plongea dans de grands embarras. — Après sa mort, sa fenmie se livre à son frère et a de lui un enfant.
Les deux paillards incestueux confessèrent avoir esté incitez à commettre ceste paillardise par la lecture des livres de la Bible traduitte en françoys par les huguenotz , et par la liberté de la prétendue religion huguenoticque, de laquelle tous deux faisoient profession.
Le feu ayant été mis au monastère des cordelières de Provins par Tordre de M. de la Rivière, les religieuses se retirent dans les maisons de leurs parents, à Provins ou ailleurs.
Aucunes d'elles ne retournèrent oncques audit monastère, ains se déclarèrent huguenottes, pour avoir excuse de ny retourner et pour avoir occasion de se marier et de paillarder à leur ayse. Celles qui ne se desbauchërent de la religion catholicque et qui ne pouvoient où se retirer demeurèrent audit Provins, et, après avoir vagué parles maisons de leurs amys, tant bourgeois que chanoines, moynes, cordeliers et jacobins, l'espace de quinze jours et plus, furent accommodées es logis de la Salle du roy, et leur fut donnée la«chapelle de M. S^ Biaise, pour y faire leur service, où elles dOTfêurèrent l'espace de trois moys ou environ, avant que de retourner en leur monastère.
1567. Quatre chanoines de Saint-Quiriace meurent en l'espace de douze jours, soit par peur des protestants, soit par suite de coups reçus des soldats de Tannée catholique.
Depuis l'arrivée et après le départ de Tarmée royale, les parents et amis catholiques des huguenots de Provins portèrent dans les églises les enfants qui avaient été baptisés par les prédicants hérétiques, et les firent rebaptiser suivant les rites de la religion romaine. Dans ces actes, les cérémonies ordinaires furent accomplies avec soin , sauf qu'on ajouta des formules restrictives pour le cas où un baptême valable aurait eu déjà lieu. 11 y eut des parrains et des marraines, et de nouveaux noms furent donnés aux enfants, quand ceux qu*ils avaient reçus étaient des noms de païens, de musulmans, de chiens, etc. ^
^ Un sonnet, dont on trouve la copie dans le volume 8io de la collection Dupuy, à la bibliothèque impériale , contient une peinture assez énergique de Tétat de là France à ces malheureuses époques :
Veux-tu savoir qnd est Tétat de notre France P Un jeune roi mené par un peuple mal duit, Mené d'un Espagnol, d'un moine, d'un iaus bruict, Mené par une femme extraite de Florence; Un conseil bigarré , qui cache ce qu'il pense ; L'artisan capitaine; un camp sans chef conduit; Un païs du papiste et huguenot détruit ;
L'estranger, qui pour nous à nostre mort s'avance ; L'ennemi, qui fuiant se va moquant d« nous; Le grand en notre camp contre le gnud jakws; Mille nouveaux estas; miU* empmiis sans trafiq; La justice sous pies ; le marchant fiât les lois ; Paris, vifle frontière. O malheur Umtefbîs, Qui demande la paix est ennemi pobtiql
La traduction de cette pièce, en trente vers latins, qui figure à la suite, est indiquée comme un ouvrage de Denis Lambin.