‹ Mémoires de Claude HatonChapitre 1 sur 77 · FOISST. EXÉCDTION DE D. CARLOS PAR L'ORDRE DE SON PERE PHILIPPE II · texte numérisé non relu

FOISST. EXÉCDTION DE D. CARLOS PAR L'ORDRE DE SON PERE PHILIPPE II

Charles IX, pour alTaiblir ses ennemis, réitère et fait publier de nouveau, en janvier ifi68, l'édit portant pardon aux huguenots rebelles qui quitteraient les armes et se retireraient dans leurs maisons pour y vivre en paix. Quelques personnes profitent du bénéCce de cette ordonnance, entre autres M. de Fatras, demeurant à Gymbrois, comme on le verra plus loiij^

Entrons maintenant à parler de la guerre, et reprenons les deux camps qui sont à N, D. de-l’Espine'. Le camp huguenot fut esbay oultre mesure quand il veit le camp cntliolicque sur scs talons, contre son espérance, s'estant lié aux intelligences qu’il avoit avec les premiers du conseil de M. le duc d’Anjou , qui avoient promis au prince de Condé de retenir ledit sieur duc, et de le faire séjourner plusieurs journées en divers logis, pour et à cette (in qu’ilz gangnassent tousjours chemin pour s’enfuir devant luy; ce qu’ilz de son conseil taschcrent , bien à faire, mais n'en voulut rien faire pour eux. Lesditz huguenotz furent contrainetz de se serrer tous en ung tas pour tenir camp, de

' Sur l'affaire de Notre-Dame-de-rÉpine . voyei AiUitioiu ans Uèmoira iê Castthutu ,

L n, 1. VI, p. 578.

5J.'i MÉMOIRES

1508. peur d'estre desfaietz aux escartz, chascun en leur logis. lU monstr<?rent semblant de vouloir tenir bon et de recevoir la bataille, et furent en cest estât quelques cinq ou six jourz, ce pendant qu’ilz advisoient le moyen de prendre la fuitte.

Cependant, M. le duc faisoitung peu reposer ses gens, qui estoient harassez et fort travaillez d’avoir poursuyvi lesditz huguenotz, pour la difficulté du temp d'hiver et du maulvais cheoiin. Durant lequel temps, envoya une poste au roy son frère qui estoit à Paris, pour l’advertir de la reprinse de l’ennemy et pour sçavoir si S. M. vouloit qu’on luy livrast la bataille, d’aultant que les députez de part et d’aultre estoient par champs, les aucuns et les aultres assemblez pooltraicter de la paix. Le roy, ayant receu telles nouvelles de son frère, en communicqua avec la royne sa mère et son conseil, lesquelz, c’est assavoir le roy et son conseil, furent d'avis que l'on donnast la bataille à l’cnnemy; à quoy ne voulut s’accorder la royne mère, laquelle, couvrant son empeschement sur la jeunesse de M. le duc son filz, et sur le hazard de la guerre, qui est doubteux, avec aultres assez petites raisons non apparentes, ne vouloit s’accorder à laditte bataille. Toutesfois, le roy et le conseil résolurent que ledit seigneur duc livreroit laditte bataille à l’ennemy et s’efforceroit de le deifaire en ceste campagne, veu la commodité du lieu tel que ledit seigneur duc l’escrivoit, ensemble le bon vouloir et courage généreux qu’avoient les capitaines, chevalliers et soldatz de son camp.

La royne, voyant la résolution du roy son iilz et du conseil, monstra semblant de s’accorder avec eux, et demanda licence au roy de faire ung voyage au camp vers son filz mondit seigneur duc, pour le conseiller de ne hasarder sa personne, et le recommander aux princes et seigneurs anciens, qui sçavoicnt mieux que luy les tours et ruses de • la guerre et des batailles. Ce que le roy luy accorda voluntiers. Et tout siu* l'heure, laditte dame monta en coche et courut la poste, depuis Paris jusques au camp, où elle arriva au lendemain, au proflit des huguenotz; car, sans son arrivée, IV^, le duc son filz s’estoit résolu, avec le conseil des princes et capitaines de la suitte de son camp, de

r>E CLAUDE HATON.

donner au lendemain la bataille à l’ennemy, lequel s’y attendoit aussi bien que de mourir, et à haidtc vois crioit à Dieu miséricorde.

Ledit ennemy fut aussi tost adverty de l’arrivée de la royne au camp que fut M. le duc son fils, pour estre si proches l’ung de l’aullre que les escoutes et sentinelles des deux camps cntendoient tout ce qui se faisoit et disoit en chascun d’eux. Icelle dame, pour empescher ladille bataille, voulut divertir son-lils de la donner, ce qu’elle ne pouvoit faire, tant il estoit courageux de ce faire, par l’exortation et conseil des princes et capitaines de sa suitte, lesquels eux-mesmes persuadoient à ladilte dame la prinse et delfaicte de l’ennemy de Dieu et du roy, chose qui toumeroit é louange immortelle de M. le duc son lilz. Ce qu’entendu par ladite dame, recommanda ausdils sieurs et capitaines la personne de son lilz, duquel elle s’assuroit qu’il n’en seroit en |ji peine, et, poiu* retarder l’alfaire, demanda à vcoir le camp du roy et se lit mener par tous les quai'tiers, faisant semblant de vouloir cncqtiragcr ung chascun de bien combattre contre fennemy, lequel cependant elle feit advertir de prendre la liiitte la nuict et de n’ateiidrc le choc de laditte bataille.

Il fut nouvelle que le sieur de Carnavalet, seigneur de Noyen-stir- Seine, dcspcscha le messager par le commandement de laditte dame, pour porter la nouvelle au prince de Condé qu’il eust et son camp à prendre la fuitte la nuict, comme ji de soy-mesme luy avoit mandé en telz termes, > Laschez vos lièvres et lapins, car nous ne sçaurons plus retenir nos chiens , » et adressoit ces nouvelles au sieur d’Esternay. son cousin, pour les faire entendre au prince de Condé.

Lequel sieur prince de Condé , après ces nouvelles receues, ordonna tel ordre en tout son camp, que, sur les dix heures du soir, chascun d’iceluy fut prest pour s’enfuir, et partirent avec ung si grand silence, que les escoutes et sentinelles qu’ilz avoient posez principallement du costé du camp du roy n’en sceurent rien , et ne s’en apperceurent que les derniers ne fussent montez pour s’en aller. Lesquelz tous firent une si grande diligence de fuir par le pays des Ardennes, que, le lendemain au matin , se trouvèrent à dix grandes lieues loing du lieu d’où

5C8. iiï estoient partis et du camp royal. Hz s’enfuirent en si grande vitesse et désordre, qu’ilz perdirent par les chemins plus de la moytié de leur bagage, que trouvèrent les paysans. Les escoiites et sentinelles de l’avant-garde du camp du roy s’apperceurent aucunement de la fuitte desditz ennemys, et en donnèrent advertissement à leurs chefz et capitaines; ceux-cy, sur la diane, environ les quatre heures du matin, montèrent à cheval et y firent monter les mieux en armes de leurs compagnies descouvrir l’affaire, et bailler une allarme audit ennemy pour en estre mieux acertainez. Hz trouvèrent le nyd vuyde, et les poursuyvans à la course rencontrèrent quelques traînards et mal montez, les ungs de pied, les aultres de cheval, qui payèrent pour tous les aultres. Ceux qui furent à la poursuitte n’osèrent entrer trop avant dedans les boys après l'ennemy, de peur d’e.stre prins à l’embuscade, mais se retirèrent au camp si chargez du bplin qu'ilz avoient faict, qu'ilz ne pouvoient s’en retourner à leur ay.se, pour la dilhculté des chemins qu’avoient prins lesditz hugiicnotz .en s’enfuyant. Le camp du roy ne les peult poursuivre, joinct aussi que la pluspart dudit chemin estoient tous boys. Les huguenotz n’arestèrent longtemps ès pays des Ardennes, où ilz se saulvèrent et attendirent les ungs les aultres, auquel toutesfois ilz feirent grand domage par volz, saccagemens, brusiemeus et aultres bostilitez de guerre non chre.stiennes, mais barbares.

Les prolcstaiils de France joignent à Pont-à-Mousson (ii janvier |568) les l'cilres que l'électeur palatin leur envoyait. Mais ceux-ci, avant de prendre du service, exigent le payement de la somme qui leur avait été promise.

Hz huguenotz ne pouvoient trouver sur eux aultant d’argent qu’il en falloit; et pour ce foullièrcnt ès bourccs des gougeatz et portebesaces qui les suyvoient, pour y prendre ce qu’ilz trouvèrent'

Les deux armées, après leur jonction, rentrent en France et traversent la Lor-

‘ Sur la contribution que s'imposa l'ar- Lanouc, c. xv ; d'.^ubignè, llisl. anio. I. IV, mëc protestante |K>ur satisfaire aux exi- c. xiv, p. 2x7 ; et de Tliuu, I. XLII. genres des rcîtres , toycx les Mémoires de

raine, dont le duc n'oie les combalirr. Iæ duc d'Anjou s’irrite d'avoir laissé 1568. échapper le prince de Condé et l'occasion de le vaincre; l'armée royale murmure à ce sujet contre la reine mère, qu’elle accuse de la fuite des ennemis. Une partie des troupes catholiques se débande; quelques soldats et capitaines passent aux huguenots; d'autres rentrent dans leurs maisons.

Et'dès ior» fut le pillage mis sus par les gens de gueiTe des deux partis; et firent tous à qui mieux pilleroit et rançonneroit son hoste, jugeant bien en eux que qui plus en pilleroit plus en auroit. Les gens de guerre du camp catholicque, excepté le pillage des églises et saccagemens des prebstres, estoient au reste aussi incschans et quasi plus que les buguenotx, et furent ausdiU gens de guerre catholicques toutes bonnes mœurs corrompues, tant en religion qu’en conversa- ■ tion, et commencèrent à se dépraver quasi du tout, sans plus servir Dieu, tant ès dimanches que jours ouvrables, sans plus aller ouyr la messe ni le divin service, à manger chair en karesme, jours de jeusnc, vendredis et aultres jours inditz par l’église romaine catholicque.

Les protestants, rentrant en France par la Lorraine, passent, sans y toucher, prés de Joinville, appartenant à la duchesse douairière de Guise, qui y faisait sa demeure; de là ils gagnent Chàtillon-sur-heinc, pour traverser celte ville. Le prince d'Orange se joint à eux avec trois ou quatre mille soldats; de sorte que leur armée, au passage de la Seine, s’élève à vingt-cinq ou trente mille hommes.

Le dur. d’.Xumale, gouverneur de Bourgogne, avec quelques gens de guerre qui se trouvaient dans celte province, essaye d'empêcher les huguenots de passer la Seine; ne pouvant y parvenir, à cause du petit nombre de scs soldats, il se relire à Dijon.

Le camp huguenot, ayant passé la rivière de Seine audit Cliastil- Ion, tira à Tonnerre, de là à Saint-Florentin, et, passant par auprès ^ d’Auxerre, alla gangner par auprès de Sanxerre le passage de la rivière de Loyre, à la Charité, ville assize sur laditte rivière, qu’ilz liugue- ^otz tenoient, comme celles d’Auxerre, de Sanxerre et de Vczelay, en deçà de laditte rivière de Loyre. De la Charité, ilz gangnèrent le gouvernement d’Orléans, où ilz se refrcschircnt quelque peu de temps, et, en tirant au pays de Beausse, allèrent, à la fin du moys de febvrier.

15Ô8. assiéger la ville de Charlres, principalle et cathédrale du pays, où nous les laisserons faire leurs approches et assiégement, ce pendant que nous parlerons du camp royal et catholicque et des aultres cas advenus en ce pays.

Nous avons faict mention, au commencement de ceste année, de l'édicl du roy, qu’il fit réitérer au moys de janvier, portant grâce et pardon à tous ceux qui, en quittant le party huguenot et mettant les armes bas, se retireroient à S. M. ou à l’excellence de son frère M. le duc d’Anjou, et demanderoienl miséricorde. En vertu duquel édict, aucuns gentilshommes et aultres se retirèrent du camp et suitte huguenote; entre aultres, le seigneur de Fatras, sieur de fiymbroys-lez-Provins , se présenta à M. le duc et de luy obtint lettres de pardon, ayant quitté le party huguenot et promis de ne jamais porter les armes pour lesditi huguenots, ni leur ayder en quelque manière que ce feust.

Lesdittes lettres de pardon par luy obtenues, se retira à Provins pour les faire enthériner par les gens de justice, pour oster l’occasion de luy courre sus et empescher le saccagement de ses biens et de sa personne, et y entra sur la fin du moys de janvier, clandestinement, le visage bouché de son manteau, parmy le train de M. le prince daulphin, qui entroit ce jour- là en laditte ville; et fit ce de peur d’eslre recognu à l’entrée de la porte, où sans difficulté eust esté mas.sacré par les gardes de laditte porte, s’ils l’eussent veu; car, audit Provins, pour ce temps, hugyenotz n’y e.stoient les bienvenus. Estant ledit Fatras passé la porte et assez avant dedans les rues de la ville, se deshoucha le visage, qui fut cause de le faire recognoistre par les habi- ^ tans de laditte ville, qui commencèrent à crier le barau après luy, pour assembler le peuple pour le saccager ; et en ung moment fiment assemblez contre luy ung cent de personnes par les rues, et en peu d’heures plus de cinq cens, qui l’allèrent cerchcr jusques au logis de* M. de l.ours, naguères capitaine général de la ville, qui ne .s’estoit encores retiré d’icelle, où ledit Fatras s’alla saulver, et n’eust esté la prudence de M. le prince daulpbin, eust esté saccagé, nonobstant toutes

remonstrances que ledit sieur de Loiirs, et le bally de Provins, qui 1568. fut mandé au logis dudit sieur de Leurs pour veoir ses lettres de pardon, y pussent faire. Le peuple pruvinois entra en telle collère que, sans ledit sieur prince daulphin, le seigneur de Lours et le bally eussent esté eux-mesmes saccagex, s’ilz n’eussent livré entre les mains populaires ledit Patras, et jà commençoit-on de toutes partz à forcer la maison dudit sieur de Lours poiu* les avoir.

Pour appaiser la populace et éviter la sédition, lesditz sieiU'S de Lours et bally envoyèrent ung homme audit sieur prince daulphin, qui estoit à la disnée à l’Escu de France, pour le prier de se transporter au logis dudit de Lours, pour leur saulver la vie, et cmpescher la sédition populaire qui se faisoit. Ce que bien voulut faire ce bon jeune prince; lequel se transporta au logis dudit de Lours, devant lequel veit plus de cinq cens personnes de toutes qualités, sexes et âges, qui ne demandoient qu'à exterminer ledit Patras. Pour lequel peuple contenter, dist en entrant audit logis : • Messieurs, je vous sçai bon gré de ce que vous haïssez taut les huguenots, et que n’en voulez endurer en vostre ville ; j’en ferai récit au roy, sitost que je seray à sa court, où je vays, et crois qu’il vous en estimera davantage. Mais je vous prie de vous contenir ung peu, jusques à ce que j’aye parlé à messieurs de Lours et le bally de ceste ville, pour sçavoir de eux qu’ilz veuUent faire de ce paillard qui est entre leurs mains ; duquel, s’ilz n’en veident faire la justice, je vous assure que je la ferai moymesme. » Et après avoir dict ce, entra au logis dessus dict, et ayant prins advis avec les sieurs susdietz, fut arresté qu’il enméneroit avec soy ledit Patras, pour empeseber la sédition populaire, soubz le nom de le mener au roy, affin de le tirer hors de Provins sain et saulve , pour luy bailler congé quand il seroit hors de la ville. Ce sage prince, au sortir dudit logis, tenoit par*le poing ledit Patras, qui n’estoit trop assuré de sa vie, et pour lequel saulver, dist au peuple telz motz : • Hé dea , messieurs , est-ce pas là le paillard huguenot que vous demandez, qu’on appelle le seigneur Patras? N’ayez peur qu’il eschappe de mes mains. Il eust esté mieux pour luy de n’avoir

1508. oncques esté huguenot, et de n’estre revenu en vostre ville, Sacher. que je le mènerai au roy, qui ne le gardera longtemps sans le faire exécuter, ,1e vous conseille de le laisser entre mes mains, et de ne poinct commencer de sédition sur luy, veu que, comme j’ai entendu, n'en avez, encores faict sur personne, et vous en attendez à moy, que je vous en destrapperai à vostre proullit et honneur. ■ Ausquelles parolles fiirentsdesmuz les plus fervens et eschauffez à faire laditte sédition, et se tindronl conlens de ce sage discours. Le jeune prince sur fheure monta k cheval avec tout son train et ledit Fatras, et sortirent de Provins pour prendre le chemin de Paris; où estans hors' de la ville, k quelque demye lieue, bailla liberté audit Fatras, et ne luy conseilla de retourner de longtemps audit Provins. Et par ceste manière fut la ville de Provins exempte de sédition, qui depuis luy a tourné à proiilTit. Geste émeutte ne se passa sans dire injure au bally et l’appeller huguenot, qui, pour se saulver d'estre saccagé, fdla doux et monstra signe de ne tirer à soy le dire populaire, et de ne se courroucer de ce que la turbe mutinée disoit contre luy, et oncques n'osa sortir du logis dudit sieur de Lours que le peuple esmeu ne se feust retiré hors et retourné chascun en sa maison.

Au mois de janvier, la femme du prince de Condé et deux de ses enfants sont arrt'tés au cliâlcau de Blandy-lés-McIun par une compagnie de gens do guerre catholiques, et conduits à Paris. Le peuple, réjoui de cette arrestation, qui servit seulement à disposer à la paix le prince de Condé, pense qu'on doit faire exécution des prisonniers comme de criminels ayant olfensé la majesté royale.

la: duc d'Anjou, voyant que l'armce protestante, considérablement augmentée, avait effectué le pitssagc de la Seine et qu'elle gagnait les passages de l'Yonne et de la Loire, renvoie ses troupes à Paris. Une partie de l'armée royale cétoie la Champagne et suit les bords de la Seine; l'autre prend son chemin par Troyes', Nogent, Provins, N.ingis, Guignes et Brie-Comte-Robert.

• L’ailillerie^et l’infanterie de pied, avec une partie de la cavallerie, passèrent à Nogeut-sur-Seine et prindrent le chemin de la Brie; et fut campée rarlillerie au village de Sordun-lez-Provins, au partir dudit Nogent, où elle et le camp séjournèrent quelques trois ou

DE CLAUDE BATON

quatre jours. Toute la gendarmerie, qui avoil repassé l’eaue, logea ès 1568. villages de deux lieues à l’entour. Tous les Suisses furent logez audit » Sordun, où ilz firent monstre et receurent argent, mais en pauvre

santé de leurs corps pour la pluspart, à cause de la maladie qui les tourmentoit, de laquelle en mourut, tant audit Sordun et à Provins que à Paris, un grand nombre qui monta à plus de trois mille.

Il en mourut plus d’un cent à Prouvins, qui y furent menez en charrettes dudit Sordun. Lesditz Suisses, tant malades que sains, passèrent par Provins et furent logez par toute la ville une nuict seulement, excepté les malades, qui furent logez en la rue de Troyes, en toutes les maisons d’icelle selon la commodité, où ilz demeurèrent jusques à ce qu’ilz fussent mortz ou guaris. Les Suisses qui gangnèrent la ville de Paris, tant sains que malades, furent avec l’artillerie logez ès fauxbourgs S'-Marceau, où ilz demeurèrent plus de six sepmaines et jusques après la paix faicte.

Au partir do Sordun, l’artillerie né passa par Provins, ains alla pa.sser par les moulins des Forges et de Hésonart, où les chartiers et castadours curent do la peine assez. On fit difficulté de la passer par dedans Provins, partie de peur que les pontz des portes de Changi et S'-Jehan ne fussent suffisans pour la soustenir, l’aultre partie pour la difficulté des montagnes qui sont à monter au chasteau dudit Provins.

I.es habitants de Provins, croyant que la maladie des Suisses était contagieuse , cessent de fréquenter les gens de la rue de Troyes, qui étaient, pour la plupart, des vignerons, manouvriers et pauvres gens, et les traiteut comme des pestiférés.

Ores, en peu de temps advint-il , et en moings de i5 jours après,

• que Dieu pemiist que la maladie des Suisses print coitrs par le reste

de la ville, excepté toutesfois en laditte rue de Troyes, dans laquelle n’y en eut aucun mort ni malade aultre que lesditz Suisses qui y estoient. De laquelle maladie moururent par le reste de laditte ville de Provins et des plus riches le nombre de 3oo et plus, et si n'estoit

1568. la maladie contagieuse, car il n’en mouroit que un en une maison, et en bien peu deux. Peu reschappèrent de ceux qui furent attainetz de ceste maladie; de douze, n’en reschappoit que quatre pour le plus. Ladite maladie commença à avoir cours sur les habitans dudit Provins dès le commencement du moys de mars, et y dura jusques vers la Toussainclz avant que de cesser; et durant ce temps en mourut le nombre de 3 à 4oo , tant petis que grands, la pluspart des plus riches de la ville.

M* Jehan Saulsoy, médecin de Provins fort estimé, qui était protestant et avait quitté sa femme et la ville le jour de la Saint-Michel de l'année précédente, est mandé dans la maison de M. de Saint-Symon, chez lequel il s'était retiré, par Guill. Lecourt , capitaine de la porte de Culoison , pour soigner sa femme atteinte de la maladie. Celle-ci meurt; cependant J. Saulsoy reste dans la ville. On l'allait chercher et on le ramenait en bonne compagnie, de crainte qu'il ne fût maltraité par la populace.

Pour contenter ung cbascim de la ville, il fit si bon marché de sa peine, qu’il ne demanda oneques à personne que ce que voluntairement on lui ofiVoit, soignant les pauvres pour néant, et les riclics pour ce qu’ilz voulurent; et par ce moyeu regangna l’amitié des habitans de la ville, et y vescut en sûreté, demourant tousjours huguenot, jusques au temps que nous dirons ci-après en son lieu.

Un peu auparavant le retour du camp catholicque eu ce pays de Brie , le roy, qui se doubtoit bien que l’ennemi huguenot le reviendroit assaillir, après avoir joinct ses forces, voulut pourvoir de vivres en suIGsance cl évitailler la ville de Paris el aultres proches d’icelle, et, pour y parvenir, fit ung magasin de vivres el munitions de grains dedans la ville de Montereau. Il commanda par commission estre levez en la ville de Provins cent muyds de blé froment, qui furent prins ès greniers des habitans, surfung plus, surfaultre moins, chascun selon le crédit et faveur qu’il avoit avec les procureur et es^ chevins qui avoient charge de les lever. Et falloit que ceux qui fournissoient le grain fournissent quant et quant argent pour le faire

mener audit Montereau, car ledit blé ne fut payé conptanl, ni à plus 1588. de trois ans après; et n’a-on sceu que ledit blé est devenu depuis qu’il fut audit Montereau, et fallut depuis faire taille sur l’élection pour le payer à ceux qui l’avoient foumy, et, pour ce faire, bailla le roy une commission pour en retirer les deniers. Pour lors que ledit blé fut levé audit Provins, il se vendoit 5o liv. le muyd, qui cstoit lo s. et 5 den. le bichet, mesure du lieu, et pensoit-on qu’il seroit beaucoup plus cher au moys de mai et de juin , ce qu’il fut jusques audit moys de may. Car par tous les moys de mars et d'apvpl, il valut 6o et 70 liv. le muyd, qui estoit la et i5 s. le bichet. Mais, depuis le commencement du moys de may jusques en la moisson de ceste présente année, le froment ramenda -de i5 s. t. le biebet à 7 s. et 6 den. t., au grand regret des meschans usuriers qui n’avoient voulu vendre le leur à bault prix, estimans qu'il seroit encores plus cher de la moytié.

L’avëne ne revint à meilleur marché, ains enchérit de plus en plus, et fust ceste année vendue 1 o et 1 a s. le bichet ou boisseau, mesure dudit Provins, car il en resta si peu partout, après la passée des camps, que l'on n'en put trouver assez pour rensemencer toutes les terres, et en demeura quasi la moitié sans rensemencer, et fut l'avène entièrement fallie en ce pays avant que les moissons fussent venues.

Si tost que les camps huguenot et catholicque furent passez au moys de décembre de l'an dernier, dedans et hors de ce pays, les gens des parroisses de Goix, Ermès, Meel-siu-Seine , Mériot, Sordun et l’Eschelles, chascunc en particulier, dressèrent requestes qu’ilz présentèrent au roy, qui estoit à Paris, par hommes par eux envoyez à cest efiPect, affin qu’il plust à S. M., en considération de la passée des deux camps qui avoient logé en leurs maisons, leur osier ou bien diminuer les tailles qu'ilz avoient en ceste présente année et qu’il falloit imposer sur eux, suyvant les commissions des départemens que leur en avoient faict les esleuz dudit Provins. Le roy escouta et respondit lesdittes requestes, et les diminua de quelque tiers ou quart de ce que pour-

1568. toient lesdittes commissions, où iU ne gangnèrent guères, car les hommes qu'ilz envoyèrent et employèrent pour ce faire- despendirent aultant que la diminution de leur taille que leur bailla le roy. Hz allèrent au roy trop tost, et se plaignirent avant qu'il fii.st temps; car laditte diminution ne fut plus tost accordée et leurs gens revenus, que le camp royal et catholicque rapassa par leurs maisons, qui acheva de manger ce qui leur esloit resté, tant en meubles qu’en menu bestial, qui leur bit plus grand dommage que toutes les premières pertes; car ilz pensoient se remettre sur ce qui leur restoit, qui fut entièrement perdu par le retour dudit camp. Il demeura bien peu de bestial blanc en tout ce pays, qui fut cause d'enebérir la chair et la laine de plus de la moytié, voire des trois parts, et dès lors commença le pays pruvinois et circonvoisin à apauvrir de plus en plus, qui auparavant estoit si riche et opulent que rien plus.

Le camp royal et catholicque s’alla rendre, après son retour de Lorraine, dedans la ville de Paris, où il fut posé pour se rafreschir et mis aux fauxboui^ S‘-Marceau et tirant au Bourg-la-Royne , et fut là logée toute la gendarmerie de pied et de cheval, ensemble l’artillerie et les Suisses, qui estoient le tout bien mal en ordre, pour le grand travail qu’ilz avoient eu par tout l’hiver à pourchasser le huguenot, sans luy rien faire depuis la journée de S'-Denis, et estoit le camp royal en meschant ordre, bien petit, et sans aucun ou peu de courage. Les compaignies de cheval furent envoyées se rafreschir par les villages, pour se refaire et leurs chevaux; les compagnies de pied ne vouloient marcher, d’aultant, comme ils disoient, qu’on ne leur donnoit argent de leurs gages; ils s’amusoient à piller et à rançonner le pays , pour se remonter d’armes et habitz , et ce pendant l’ennemy forçoit le jpays et assiégeoit les meilleures villes, places et cbasteaux qui fussent en France, et se portoient les affaires du roy et des catbolicques aultant mal qu’elles s’estoient bien portées depuis le commencement de cesle guerre jusques au campement de N. D. de-l’E.spine, où ilz laissèrent eschapper leur ennemy, qui ne leur demandoit que miséricorde.

L'armée protestante assiège la ville de Chartres'. M. de Lignères est envoyé 1508. avec quelques troupes pour défendre cette place, qui résiste vigoureusement, malgré plusieurs brèches faites par le canon. M. de la lUvière-Puistaillé était parvenu à faire entrer sa compagnie dans Chartres et avait ainsi renforcé utilement la garnison. Le roi réorganise son aimée; trois cents pionniers et castadours sont levés dans l'élection de Provins, et envoyés à Paris pour marcher contre les protestants. — Ceos-ci se rendent maîtres d’un grand nombre de villes dans les diverses provinces de la France, profitant de leurs intelligences avec les chefs et gouverneurs, saisissant les recettes du domaine et les revenus des tailles. Le roi se trouve dans un grand embarras; il s’occupe de remplacer le duc d'Anjou, incapable de soutenir le poids de la guerre.

Le roy, à l’occasion desdittes guerres, foulla fort le peuple qui luy obéissoit, par tailles, gabelles, nouveaux impostz et subsides, comme aussi les ecclésiasticqucs bénériciers, sur lesquels il leva de grands deniers, oultre les/lécimes ordinaires; et leva S. M. ou aultrespoiir luy par ses commissions une somme inCnie de deniers, qu'il disoit estre pour faire la guerre ausditz hugticnots. Lesquels deniers ne furent plus tosl leves, que l'on proposa articles pour faire la paix.

Qui, du roy ou des huguenots demanda le premier laditte paix, je n'en sçus rien, et croy que l'ung ni l'aultre ne la demandèrent; ains seullement les temporiseurs et entremetteurs, qui estoient avec S. M. et qui avoient intelligence avec le huguenot tnons. le prince de Condé, en firent tout ainsi qu’ils voulurent. Et est chose certaine qu'en France, pour ce temps, ^ avoit des personnes qui nourrissoient et gardoient la guerre et la paix en leurs voluntes, pour les faire quand bon leur sembloit, et disoit-on tels estre la royne mère du roy, MM. le chancelier de France et le marescbal de Monmorcncy, qui seuls gouvemoient le royaume A leur volunté, comme aussi la personne de M. le prince de Condé, qui obéissoit à partie de ce qu'ils vouloient. Pour le regard du chancelier, qui esloit l'IIospitail, il estoit héréticque calvinien et huguenot, combien qu'il demeurast avec le

' Sur te »iéce de Chartres, voyei d' Aubiimé , Uùloirt anivmelle, 1. fV, c. xvi, p. aag; etdeThou, I. XLII.

1568. roy'; pour le regard de la royne et du mareschal de Monmorency, combien qu’ilz allassent à la messe et qn’ilz montrassent d’estre catholicques, si est-ce que le peuple de France les avoit en réputation d'estre huguenotz liéréticqucs; pour le moins, est chose certaine qu’ilz estoient le soubstien et appuy des rebelles huguenotz, et que leur simulation a porté moult de dommage à la France et républicque d'icelle, partout et en tous heux. Les huguenotz rebelles avoient pralicques, ligues et intelligences dans le royaume, jusques dedans la maison du roy. Après que les temporiseurs et nourriciers des guerres civiles eurent faict ouverture de faire, la paix, à l’instant furent députez des hommes de part et d’aultrc pour traicter d’icelle. Les huguenotz envoyèrent les leurs avec ceux du roy au lieu désigné, avec leurs articles que jè par tant de fois avoient présentés, remplis d’aditions avantageuses pour leur party et religion, lesquejz furent ouys et à la lin accordés.

Les Parisiens, après avoir sceu que le roy s’inclinoit à conclure ladilte paix, se retirèrent à S. M., pour luy faire remonstranccs qu’il ne debvoit accorder laditle paix ès termes portés par les articles huguenotz. Lequel, en s’excusant, dist qu’il ne povoit faire aultrement, ou du moings que son royaiune s’en alloit perdre faulte d’argent pour entretenir la guerre, à laquelle quasi personne ne vouloit plus s’em-

' Vo^oz des vers contre le clianoelicr de niospital, dans la collection Béthune (Bibl. iinp. 8785 » anc. fonds fr. fol. ii8v*]. et dans les manuscrits Saint-Victor (n*359. fol. a4 r‘). En voici quelquea-ona :

Il vit encore* ce vidUitl ,

Ce cncscbaiü a*ae ooala^Dard ;

Et Tcrnl arec impuoilé De son peu reabreecmeol ,

Dont mdlieurcu* U a Lâ caïuc et te commerKTiDmt.

. SoD édit dea deiu églUe*.

Le* dacet , poU le* paillardise* Des liens , da Kan les pillcric*

Scs biciu , ses rade* |Mnies * TcuBoîo|pieDt qu'onct|ue» il n'a en De Dieu , de savoir, de vertu.

Sa rerlB c'est d'estre uo Profilée.

Sa neutralité d'c«tre albéc ,

Sa pats dena ligfocs maiatrair ; Changer le* loù cot sa prsticipie , Sa cour, le* fiédant» louilenir,

Et ton fçavoir, d’estre bérébqac.

Qu'il meure où d pourra ,

Tousjours son nom l'on dannera ; El ton umlne à jamais aéra Le phnatoane et respouvcntal Du ebrestien qui ae croisera Touajour* a ce mot dHoapitaJ .

ployer pour son service. Pour laquelle excuse rembarrer, lesditz Pari- 1568. siens, par leur prévost des marcbans qui portoit la parolle, offrirent d’aydcr à S. M. de grande souune de deniers, pour payer les gens de guerre, pourveu qu'ilz Parisiens en fissent eux-mesmes le payement ausditz gens de guerre. Ce que ne voulut accorder saditte majesté, ou du moings ses gouverneurs qui estoient les dessus nommez, et leur fut par iceux respoudu qu’ilz Parisiens n’estoient que des séditieux, et que laditte paix scroit conclue, vueuillissent ne dignassent.

La cour de parlement et TUniversité envoient de leur côté faire des remontrances au roi contre la condusion de la paix, sans rien obtenir

Les prédicateurs et docteurs qui preseboient le karesme dedans la ville de Paris s’escrièrent en leurs sermons contre le roy et son conseiP, et disoient à haulte voix que Dieu feroit vengeance de S. M. et dudit conseil, et que saditte miqesté dès ce monde endureroit punition et adversité en son esprit et en sa vie, qui ne seroit longue, et que sa mort seroit accélérée et hastéc devant son temps par lesditz huguenotz, lesquelz ne cesseroient jamais qu'ilz ne l’eussent exterminé, quelque paix qu'il fist avec eux, et taxèrent le roy, sa mère et son conseil estre cause par laditte paix de l’entière ruyne du royaume et de la vraye rebgion catholicque. De quoy furent advertiz leurs majestez, qui furent fort indignez contre lesditz docteurs et prédicateurs, contre lesquelz usèrent de grandes menaces et leur firent dire qu'ilz presebassent fEvangillc, sans détracter de leurs majestez et induire le peuple à sédition contre eux, sous peine d’eslre punis corporellement et encourir leur indignation.

Desquelles menaces ne se espouventèrent lesditz prédicateurs et docteurs catbolicques , lesqueb de plus en plus continuèrent parle discours d’escriptures, tant sainctes que propbancs, du Viel et du Nouveau Testament, [à blasmer] le mal que faisoient le roy et son conseil d'accorder, contre tout droict divin et humain, canonic et civil, laditte

' Sur le» violences des prédicateurs ca- De Démocratie chez le* prédicateun de tholiques dans leurs sonnons . voj. LAbilte , la Ltÿoe. ( Paris , Joubert , 1 84 1 , in'8*.)

15()8. paix si pernicieuse à l’iionneiu- de Dieu, de son église, de sa majesté, cl contre le repos public de la France; faisant comparaison des majestez de luy et de la royne sa mère au roy Âchab et à la roync Hyésabel de l'Ancien Testament, lesquels avoient de leurs temps baillé libertés aux faulx prophètes de Baal, qu'ilz avoient mis en toute sûreté, honneur et crédit, avec leur fauise et dampnablc religion, et deschassé, bany et persécuté jusques à la mort les vrayz prophètes et prédicateurs de la vérité et parolle de Dieu et de sa vraye religion; dont à la fin grand mal leur en advint; concluant qu'ainsi en adviendroil au royaume de France et à leurs majestez, par la conclusion de laditte paix, qui seroit imc guerre à saditte majesté, qui se* relèveroit en peu de temps par lesditz huguenotz , qui ne cesseroient jamais qu'ilz n'eussent désolé la France, si on ne les exlerminoit à force d'armes. Les docteurs qui preschoient audit Paris en ce temps, et qui-estoient de la plus grande renommée et les plus zélateurs de l'honneur de Dieu, estoientnos maislres Vigor, lienedicti, de Sainctes, Hiigonis', d'Ivollé et aultant d'aultres , desquelz je n’ai sceu les noms. Ces docteurs deifendoient tousjours au peuple qu'il feist sédition aucune contre l'estât du roy et le repos public de la patrie; ains les exortoient à toute patience, et à se prosterner devant Dieu en toutes prières et oraisons, pour avoir sa grâce et appaiser son courroux qu’il avoit contre le royaume de France, poiu* le péché des habitans d'iceluy, qu’ilz priassent pour le roy, ad ce que par sa bonté infinie il gardast S. M. d’estre maculée de la fauise prétendue religion desditz huguenotz, quelque permission qu’il leur donnast par sa paix^ de • laquelle, ès termes qu’il la vouloit accorder ausditz huguenotz, s'en trouveroit le premier trompé.

Advint que lesditz prédicateurs comparurent devant le roy en son hostel du Louvre audit Paris. S'ilz y furent par S. M. mandez, ous’ilz Y allèrent sans mander, je ne m’en suis fort enquis; et, estant là arrivez, curent audience de parler à S. M.; à laquelle porta la parolle

* Hugonift (Jacques), cordelior, prédi* né en i5o9. mourut le 19 novembre culcur, sgent secret de U cour de Home»

noslre maistre d’ivollé, qiii preschoit le karesme en l’église de M. S'- Estienne-du-Mont , comme le plus ancien de la compagnie. Que S. M. et lesditz docteurs (ffrent les ungs aux aultrcs, n’en ai sceu que par ouyr dire. S. M. les écouta, mais impaciemuicnt , estant confie eux marri de ce qu’ilz l’avoient taxé d’hérésie couvertement en leurs sermons , à cause de l’accord faict avec les huguenots par la paix qu’il avoit faite ou vouloit conclure. Auquel fit rcsponse ledit d’ivollé qu’ilz n’avoient laxésaditte majesté ouvertement ni couvertement que d'aultant qu’il en bailloit l’occasion par la paix si peinicieusc qu’il accordoit aux ennemis de Dieu, de la vraye religion et de S. M. mesme, et que pour certain mal luy en adviendroit, tout ainsi qu’il cstoit advenu aux roys Baltazar, Manassès, Achah et aultrcs de l’ancien Testament; d’aultant que Dieu, qui est juste, ne laisse sans punition tout homme, quelque puissant qu’il soit, qui confond sa religion, et qui exalte ceux qui hlasphesment son sainct nom, et que ce seroit toute adventure si S. M. voyoit et parvenoit à la moytié de ses ans; que ung roy chrestien ne doict jamais fermer la houche aux vrays prophètes et prédicateurs de Dieu et de son sainct évangille, pour la faire ouvrir en toute sûreté et liberté aux faulx prophètes et prédicateurs de l’antéchrist, s’il ne veult donner occasion qu’on doubte de sa foy, de sa piété et religion. Poui* lesquelles causes, ilz serviteurs de J. C. et prédicateurs de son sainct évangille prient S. M. de n’accorder la paix aux huguenotz en la forme qu’ilz la demandent par leurs articles, qui sont du tout directement contre l’honneur de Dieu, le salut de son éghse, les bonnes mceurs et le repos public du royaume; et au cas qu’elle fust jà accordée, de la rompre, et les contraindre, comme il en avoit le moyen, à se désarmer et quitter leur faulse religion de bon gré ou de force, ou bien, en les laissant en la liberté de leurs consciences, de leur oster tout exercice public de leur religion, tant pour l’administration de la parolle que des sacremens qu’ilz font à leurs prcsches, ausquelz ilz n’enseignent à leurs auditeurs que les massacres, les sacrilèges, assassins, meurtres, rébellions et séditions contre S. M. et le peuple catholicque, comme la

1 569. preuve en estoit plus que occulairo à toutes personnes inesnie les plus ignares de la France.

Toutes ces remonstrances docturalles ne prouRtèrent , non plus que les parisiennes, judicialles, présidialles et rectorallcs ci-devant faictes à saditte majesté; laquelle, en paroUe résolue, dist ausditz docteurs que laditte paix estoit conclue, et qu’elle ne seroit rompue, affin que personne ne liiy en parlast plus s’il ne s’en vouloit mal trouver. Ores estoit le roy accompagné de plusieurs huguenolz moyenncurs d'icelle paix, l'ung desquelz, prenant la parolle après S. M., dist : • Sire, c’est trop disputer avec ces caflars; il les fault lier en la cuysinne et leur faire bailler les estiivières par les toume-broches d’icelle. » A ce fol dire ne respondit le roy, ains leur bailla congé pour s’eu retourner. Et au partir de sa présence, ledit d’ivollé réplicqua tout hault que, quand on auroit tue ou faict mourir sept ou huict pauvres moynes et prebsti'es par le fouet ou aultrement, que la vraye religion ne seroit pour cela ruynée , et qu'il y en avoit d'aultres qui avoierit la parolle en bouche pour la deffendre avec le Sainct -Esprit; et avec tristesse s’en retournèrent en leurs maisons et égbses. Ledit d’ivollé eut si grande tristesse au cœur d’avoir veu le roy obstiné et accompagné de liiiguenotz, qu’il, estant en sa chambre, après avoir prié Dieu qu’il cust pitié de son église et de sa religion catliolicque et romaine, comme aussi du royaume de France, se jetta sur son ht et mourut avant qu’il fust vingt-<{uatre heures après, au grand regret du roy, quand il le sceut, et de toute la ville de Paris'. Le roy eut grand dueil de la response qu'il avoit faict ausditz docteurs, quand il sceut la mort dudit d’ivollé, et prenant garde aux remonstrances qu’ilz luy avoient faict, comme aussi les aultres estatz de Paris, en la conclusion de laditte paix, bi-ida les buguenotz, comme il sera veu par les articles d’icelle; et ne tendoit S. M. qu’à les faire désarmer et se retirer en leurs maisons, comme aussi de renvoyer leurs forces estrangères hors du royaume , pour par après se prévaloir contre eux et les tenir en subjection, gardant son secret en soy sans le vouloir déclarer à personne jusques au temps

' Voy. plushnut, p. i36, noie.

de l'exécution; et quoy qu’on aye pensé de sa personne, il estoit fort 1568. catholicque et n’avoit chose en plus grande aliomination que hérésie et faulse religion; mais, pour la jeunesse où il estoit, et pour les traysoDS qu'il voioit estre ès plus grands et apparens de sa court, mous, le duc d’Anjou excepté, falloit qu’il dissimulas! jusques au temps opportun , pour en avoir sa raison.

Non seuUement les prédicateurs qui preschoienl à Pari.s crioyent contre le roy et ses tcmporiseurs, comme aussi contre son maulvais conseil , ains tous aultres catbolicqucs qui cstoient espais par toutes les villes de son royaume où la liberté catholicque avoit cours. Frère Jehan Barrier, cordelier de Provins, docteur en théologie et curé de SMiroix, grand prédicateur, n’eut la bouche fermée, quelque menaces que luy fisseut les bailly et procureur du roy, stimulez par les huguenots dudit Provins.

Articles de la paix conclue avec les huguenots, le a3 mars i568 *. — Mort de M. de Liuières, gouverneur de Chartres’.

Les soldats catholicques le regrettèrent fort, et en son honneur tirent une chanson fort bien faicte et dictée, en laquelle louanges immortelles extolloient son nom , pour le rendre mémorable à jamais.

Geste paix estant publiée au camp biiguenot devant laditte ville de Chartres, mons. le prince de Condé renvoya ses reistres en leur pays, après les avoir payez de l'argent que le roy mesmes leur envoya. Lesquelz reprindrent leur chemin entre Orléans et Estampes, pour gangner S‘-Mathurin-de-l’Archant, et de là, en tirant par Auxerre , retpriu^ent le chemin qu’ilz avoient tenu par la Bourgongne, en piTlant tout*ce qu’ilz tronvoien^de bon ès maisons des villages et bourgs où ilz logeoient; et renmen^rent tant de butin de la France, que leurs chevaux et harnois ne purent enmener le tout en leur pays.

Les huguenots irançoys, après avoir ouy publier laditte paix, forent les aucuns bien ayses, afin qu’ilz retournassent en lei^ maisons, des-

* [kclaralion pour la pacijication des ’ Il fut tué k U bataille de Jamac. ^De frpoélei da royaame. (PonUnon, IV, 389.) Tbou, Hist. univ. 1. XLV.)

15C8. quelles ils estoient absens il y avoit six moys. Les aultres, qui n’avoient où se retirer, et qui estoient cornme vacabons, n’estoient bien ayses, et aymoient mieux la guerre que la paix, pour le pillage qui leur estoit permis et de quoy ilz s’entretenoient fort bravement, ce qu’ilz n’eussent sceu faire si laditte paix eust tenu longtemps.

Les villes prises par les huguenots sont rendues au roi , qui y place des garnisons. — L’armée protestante met bas les armes et est licenciée. — Charles IX fait garder les passages de la Marne, de la Seine, de TYonne, de la Loire et des autres rivières.

Le huguenot vouloit et entendoit que le roy fist poser les armes bas par toutes les villes de France, et que l’entrée et sortie de cbascuiie fust libre à ung chascun, tant huguenot que catholicque, sans que les gardes desdittes villes s'informassent du faict de personne, et présenta requeste à S. M. à ces fins, qui ne fut enthérinée pour le regard de la garde des villes; mais bien accorda S. M. que l'entrée et sortie d’icelles fussent libres à tous passans, de quelque religion qu’ilz fussent, sans qu'il leur feust mal faict ne dict, moyennant qu’ilz se comportassent modestement, sans irriter personne ni rien attenter contre l’estât de saditte majesté ni le repos public.

La garde qu’on faisoit nuict et jour ès villes, signaniment ès catholicques qui n'avoient esté rebelles ni huguenottes, faschoit plus les huguenots d’icelles, qui, estans absens, n'osoient y retourner si privéinent qu'ilz eussent faict si l’entrée leur eust été libre et sans garde; car ilz craignoient d’estre saccagez aux portes, ce qu’ilz furent en aucunes villes. Et pour ce, ceux de Provins, Nogent et Bray ne furent * des premiers qui retournèrent en leurs uiais^s, ains furent vacabons depuis la publication de laditte paix plus de (Fois moys par les champs avant que de se présenter pour rentrer en icelles, et encores chascun d’eux attendoil qu’il y eust de leurs amys catholicques à la garde les jours qu’ilz se ^résentoient , pour empescher les aultres gardes de leur faire mal.

' ’Qui donnoit craincte aux huguenotz des villes de ne rentrer libre-

DE CLAUDE UATON.

ment en icelles fut la mort d'un capitaine parisien huguenot, qui avoit servy le prince et la cause, qui fut tué en ung coche des filles de chambre de la royne mère d'ung coup de harquebuse , en passant par la porte S-Anthoine de Paris pour s'cn aller au boys de Vincenne, et si n’en fut aultre chose.

l.es protestants de Provins, qui étaient en tout de vingt-cinq à quarante, rentrent furtivement les uns après les autres par dilfèrenlcs portes dans la ville, sans recevoir autre mal que quelques injures.

Les quatre capitaines de la ville, voyans le.sditz hugitenoU rentrcï en leurs maisons, allèrent au bailly, qui avec eux avoit prins par commandement du roy la ville en garde pour S. M., jKiur éviter une garnison de gens de guerre que saditte majesté y vouloit mettre pour la garde, et veoir cnsemblemcnt quelle pollice ils mettroient ausditx huguenots, pour les tenir en craincte et à l'estroict, et éviter à une surprinsc et trayson qu’ils huguenots eussent peu faire à laditte ville , en introduisant de leurs frères huguenots en icelle, pour la tiahir, la piller, la saccager,>.et la tenir par force. Et après qu’il bailly, qui luy-mesme estoit tenu suspect, et lesditz capitaines eurent devisé ensemblement, furent d'avis de faire assembler le corps de la ville à l'hostcl d’icelle, pour y prendre l’oppinion de chascun, du moins des plus sages et apparens;-ce qui fut faict, et cestc cause mise en conseil, fut par commun advis résolu que lesditz capitaines, chascun en son quartier, se transporteroient ès maisons d’iceux huguenotz, pour les visiter, veoir quelles gens ilz retiroient en leursdittes maisons, quelles armes il y avoit en icelles, les mettre par inventaire, les transporter hors desdittes maisons, et éviter ainsi à l'inconvénient que l'on doubtoil qui eust peu advenir par eux. Lesditz capitaines, faisans taditte visitation, transportèrent hors des maisons les armes et basions qu'ilz y trouvèrent, et en baillèrent récépissé ausditz huguenotz, pour leur rendre en temps et beu. Et quant et quant leur firent deflense qu'ilz ne retira.ssent en leursdittes maisons aucunes personnes quelles quelles fussent, et qu’ilz ne s’assemblassent les ungs avec les aultres

53'i MÉMOIRES

ir>(VH. en quelque manière que ce fust, et encores qu'ilz ne euasent à sortir hors leursditles maisons depuis les sept heures du soir en esté et cinq heures en yver, ensemble qu’ilz n'allassent se pourmener nuict ne jour sur les murailles de la ville et tournelles d'icelle, et qu'ilz ne les approchassent de plus près que de la portée de deux coups de har(|ucbiise^ le tout sous peine de leur vie. Leur fut pareillement deiïendu, sous peine d’estre expulsez et bannis de la ville, de n’en sortir jour ne nuict pour aller aux champs, s’ilz n’avoient passeport du hailly et capitaine de la porte par laquelle ilz vouldroient sortir, afin que l’on sceust où ilz alloient et pour quelles affaires. Deffenses furent faicles à tous les habitans de ladilte ville, quand ilz seraient à la garde d'icelle, de ne laisser sortir personne hors d’icelle sans ledit passeport, sous peine de payer l'amende d’un escu. Desquelles deffenses furent moult irritez lesdilz huguenots, qui, contrainetz d’v obéir, eussent voulu pour la pluspart n’estre rentrez en leurs maisons.

M' .Icfian de Ville, pnKiireur du roi, qui avait été forcé de quitter Provins, se fait donner par ses amis, avant la publication de la paix, une attestation de catholicité devant deux notaires; il obtient en conséque'nce des lettres du roi et de M“* de Nemours pour rentrer dans la ville et exercer son office, et ces lettres sont entérinées par le bailli et le présidial. — Deux huguenots de Provins, Thibault Trumeau et Claude Gaunav, menuisier, renoncent publiquement à l'béresie, après la conclusion de la paix. Les autres, quoique ébranlés, persistent dans leur religion. N'ayant ni prêche ni ministre dans la ville, ils se rendent secrètement et s'asscinbleut de temps en temps à Bauchcry, chez M. de Saint- .Simon, où résident des prédicants. — Les gentilshommes protestants, Saint- Simon, Besancourt et Primsauit, retirés chez eux, et trouvant leurs maisons dévastées et ruinées, s'approprient les meubles et immeubles des églises cl les revenus des curés, cl persécutent les paysans. — Le sieur d'Estemay s'empare de» bestiaux du sieur de Foissy, alors absent, et cherche à se venger des gens de Nogent-sur Seine qui avaient pria part au ravage de ses biens. M. de Foissy, avec les soldats de son régiment, fait des courses sur les terres de son adversaire'.

* Voyez sur celte alfairc , dans l'Appendice, une lellre de M. de Foissy au roi, en date du ao août 1 568. Voyez aussi Lettre du roy ou tiear Je liariiiieui: , portant que

La dame d'EsIcrnay se plaint que Foissy cl ses gens font de grands désordres en scs maisons , contre l'édit de pacibeation . ce qu'il faut qu'on empêche, lo avril i568.

Le jour de la Saint-Barthéleiny, une rencontre a lieu auprès d'Ablciiay, paroisse 1568. de Meel-sur-Seine , entre des gens de Kuissy et des gens d'Esternay. Deux hommes et deux chevaux restent sur la place; un troisième couihallaut meurt de scs blessures. — Des luttes du même genre se repnxluisent sur tous les points de la France, entre les protestants et les catholiques. — Frère Pierre Pisseret, prieur de la Foutaine-aux-Bois, réclame les objets .sacrés nu profanes qui lui avaient été enlevés par M. de Foissy ; celui-ci refuse de rien restituer. Les gens de Nogent rendent seulement les images et les livres du prieuré. — Un jeune laquais de M. de Saint-Simon, qui venait souvent à Provins par l'ordre de son maître, est interrogé par les gardes de la porte de Culoison, qui, ne pouvant tirer de lui de réponses satisfaisantes, lui coupent une oreille. Une instruction, commencée à ce sujet, reste sans résultat.

Incontinent après que la paix susditte fut publiée, l’admirai de France, Gaspard de Coligni, ne se pouvant tenir à repos en .son esprit, suscita plusieurs capitaines et soldat/, huguenot/, de s’aller esbatre avec leurs armes au pays de Flandre, pour secourir les hnguenotz dudit pays, qui faisoient la guerre au duc d’Albe , lieutenant général pour le roi d’Espagne, soits la conduitte du prince d’Auvergne et du comte de Nassciu, son frère, en vengeance de ce qtte ledit duc d'Albe , au nom de son roy, avoit envoyé secours au roi de France contre eux huguenot/ françoys. Et pour ce faire, despescliea quatre capitaines, qui estoient Cocqueville, S‘-Amand et deux aulircs desquels je n’ai retenu les noms; lesquel/, enlevèrent bien le nombre de deux miilc^ huguenot/ françoys, la pluspart vacabons qui n’avoient où se retirer en sûreté, et les passèrent en Picardie, gouvernement de M. le prince de Condé, qui estoit audit pays, et tacitement advouoit ceste entreprinse. Le prince les fit séjourner audit pays, en attendant qu'il eust response du roy sur certaines plaintes qu’il envoya à S. M. du tort qu’il disoit estre faict aux huguenot/ de France par les catholioques , lesquel/, n’obéissans aux édietz de la paix, faisoient moleste ausditz huguenotz, qu’il appclloit ceux de la religion;

(Bibl. imp. collect. Saint-Germain-Harlay, que la dame d'Ealemay jouisse de Fédit 3io, fol. i5i r*); Letlrt da roy oa lieur Je de pacifiralion, avec scs sujets, lo avril

Foàsy, par laquelle il lui mande qu'il vent 1 568. {Id. iHd.)

1 568. davantage, soilicitoit S. M. qu'elle rommandast aux babitans des villes de soD royaume qu'ilz posassent les armes bas; davantage, que saditte majesté Icvast et ostast toutes garnisons desdittes villes, poniz, portz et passages qui sont sur les rivières, aOin qu’il fust libre à ceux de laditte religion de passer et rapasscr, sans estre recercliez, visitez ni fouillez. Ausquclles plainctes ne hasta le roy de respondre, du moins au gré dudit sieur prince; ce que voyant, ledit admirai escrivit audit Cocqueville qu’il ne se hastast de passer en Flandre, ains qu’il advisast à se retirer en quelques villes du pays de Picardie, en attendant la response du roy. Ce qu’il Gt trop follement, et se saisit de la ville de S' -Valéry par surprinsc, et encores de quelques aultres petites villes proches d’icelle, dans lesquelles il miiist ses gens d’armes en garnison. Lesquelz, selon la coustume des loyaux bugucnolz, saccagèrent et pillèrent les églises et les ecclésiasticques , sans laisser les catholicques en repos. De quoy fut tout à l’instant adverty le roy, qui somma M. le prince de Condé de déclarer si c’estoit de son adveu et de ceux de sa prétendue religion qti’avoit eu lieu la prinse desdittes villes par ledit Cocqueville. Le prince déclara que non. A laquelle response, S. M. despeschea nions, de Gonnor, mareschal de France, et lui bailla commission de lever gens de pied et de cheval avec artillerie, pour aller assiéger et reprendre laditte ville de S'-Valery et les aultres saisies par les huguenot/, cocquevillois; ce qu’il Gt assez diligemment'. Contre lequel mareschal de France et gens du roy tint bon ledit Cocqueville dans laditte ville de S'-Valery, qu’il laissa battre et prendre par assault sans se vouloir rendre, ne sçaehant le désaveu que M. le prince de Condé avoit faict de luy et de son entreprinse, et espérant qu’il seroit secouru par l’admirai et aultres chefz de leurditte prétendue religion. A l’entrée de laditte ville de S'-Valery que firent les catholicques royaux, furent saccagez et mis au tranchant des armes la plus grande partie des soldatz cocquevillois; les aultres prins à ranson et desvalisez, et lesditz Cocqueville et S'-Amand et

‘ Sur l'affaire cio Saînt-Valer^i» voyez de Thou, 1. XLIU.

deux aultres capitaines mis prisonniers, iesquelz déclarèrent avoir faict ceste entreprinse par le conseil et mandement de Tadmiral, soubz le nom du prince de Condé, ce que nya ledit admirai, comme avoit faict le prince; par quoy eurent tous quatre capitaines les te^es coiippées, qui furent portées au roy, qui estoit à Paris, et qui, après les avoir veues, commanda qu'elles* fussent mises sur des potences en la place de Grève dudit Paris, et leurs noms, surnoms et quaütez mis en escript au dessoubz desdittes testes.

Durant le temps que l'entrcprinse de Saint-Valory se gouvemoit par les huguenoU et la reprinse par le roy et les catholicques, lurent surprins en mainetz endroits du royaume messagers huguenots aux portx et passages par les garnisons et gardes catholicques d'iceiix, et leurs lettres ostées, qui furent envoyées au roy; elles estoient pleines de nouvelles entreprinses que lesditz huguenotz brassoient en divers endroietz du royaume pour rompre la paix faicte avec le roy et pour remettre les armes et la guerre sus, mieux que auparavant. Dont fut esbaye S. M , qui à peine vouloit croire ce quil voyoît par escript, veu le désaveu qu'avoient faict le prince de Condé et Tadmiral de l'entreprinse dudit S‘-Valery. Laquelle majesté toutesfois, en respondant aux plainctes et requestes importunes dudit sieur prince ^ luy fit entendre le mal-contentement qu'il avoit des nouvelles factions et

* Les collecUona manuscrites <lc la Bibliothèque impériale renferment de nombreuses pièces relatives aux violences commises envers les proteîilants, après la conclusion de la paix de i568. Coiigny se plaint d’attaques auxquelles les gens de la religion, ses gentilshommes, ceux de son frère d'Andelot, et lui-mèmc, ont été en butte en divers endroits de la pari des catholiques. (Lettres de Coligny, de la Guesic, premier président de Dijon, de Charles IX, de la reine mère, etc. luaiaoùt 1 568. — CoUect. Harlay, n*' 3 20 et 320. ) Un procès est intenté à Dijon

contre un individu que le prince de Condé accuse d’avoir mesuré les murs de Noyers {Lettre de la Gucslc, 10 juillet i568. ^ Ibid, n" 320, fol. 54-) — D'autre part, le» maire, gouverneurs et échevins d'Auxerre informent le roi des armements et piileries des protestants du côté de Noyers. i568, 2/1 août. [ibid. n* 3*jo, fol. 328,) — Voyez aussi des pièces concernant la disposition des habitants de Sens en faveur de la cause catliolique, le nombre des défenseurs de la ville et la quantité des munitions. Juillet i568. (/èid. n* 320, fol. >73.)

f)38 • MÉMOIRES

1568. entreprinses secrettes qu'iiz de la prétendue religion raisoienl et monopoloient pour rompre la paix.

Duquel mal-contentement royal fut aucunement esmu ledit sieur prjnce de Condé; lequel, comme depuis confessa, quitta le pays de Piccardie pour se saulver en Bom-gongne et s’absenter du roy, se retirant en sa maison de Noyers, patrimoigne de sa femme, afHn de n'estre mis en arrest par le commandement de S. M. et, pour passer de Piccardie en Bourgongne , passa la rivière de Marne secrettement à Condé, où il .séjourna quelque temps, et de là tira à Estemay, pour savoir du seigneur dudit lieu par où il et son train pourrolent passer ta rivière de Seine à gué ou bateaux, sans passer par les villes, portz et passages d’icelle, que le roy faisoit garder. Dudit Estemay, fut par le seigneur du lieu et les principaux de la cause conduit à MeeUsur-Seine, pour aller gangner le passage de laditte rivière au droict de son chasteaii de la Motte, où il avoit faicl préparer bateaux et nasselles pour passer ledit sieur prince et tout son train sûrement et sans danger. Et oneques n'en passa ung .seul de son train à gué, quoi que veulle dire img historien huguenot, qui a mis en son livre second do son histoire, qui a esté imprimée à Strasbourg, que ledit seigneur prince avoit en se saulvant passé laditte rivière de Seine à l’endroict d’une des mai.sons du sieur d’Esteroay, avec grand danger de sa personne, en passant à gué où jamais homme n’avoil passé, cho.se entièrement faulse quant audit passage à gué, parce que j’estois présent à veoir passer ledit sieur prince et son train, qui estoit de cent chevaux pour le moiugs, avec lesquels estoient sa femme et ses enfans, lesquels tous passèrent par les bateaux et nasselles que ledit d'Esternay leur avoit préparez; et oneques n’y eut coche, harnois, homme de pied ni de cheval qui mouilliast le pied à laditte rivière à l’endroict de la Motte. Mais bien avoient tous passé à gué au jwssage de la vielle Seine, au lieu dit au gué Boudart, qui est entre les villages de Meel et la Motte, où n’y avoit danger du monde pour le plus me.schant cheval qui fusl en la trouppe, qui n'estoil en l'eaue audit gué que jusques au ventre.

Ledit sieur prince disna au cbasleau de ia Motte, comoie aussi 1568. firent les gens de sa suitte, qui estoient logez pour la disnée ès maisons du village de la Motte, et s’estima fort honoré le sieur d’Estcrnay d’avoir, en la présence de ses subject* tant d’Estemay que dudit lieu de 1a Motte, receu en ses maisons ledit sieur prince de Condé, qu’il estimoit et aymoit mieux que le roy.

Après disner, ledit sieur prince se partit de la Motte, pour prendre son chemin à Noyers, où il alla sans aucun erapeschement de ville, ni de rivière qu’il ne passast bien à gué avec toute sûreté; et qui en partie le faisoit là retirer, oullre la sûreté de sa personne, estoit pour estre plus proche des gens de son conseil , qui estoient l’admirai de France, retiré à Chastillon-sur-Loing, et d’Andelot à Tanlay. Il y demeura le reste de l'esté et jusques au mois de septembre , durant lequel luy croissoit toujours le soub<;on de tomber ès mains du roy.

Le prince de Cond^ adresse des plaintes au roi et à la reine mère, sur l’ineiècution de l'édit de paix, sur l'oppression où sont tenus les protestants, sur les meurtres commis à leur égard, sur les tentatives de surprise faites contre son château et sa personne*. Charles IX répond en niant toute participation aux entreprises tentées contre le prince, et en se plaignant de sa retraite et de son manquement à la loi jurée. — Pendant ce temps, les huguenots, mécontents de la paix, préparent une nouvelle levée de boucliers et se fortifient dans les villes de la Rochelle’, Saintes, Châtrllcrault, Saint Jeaii-d’Angclj, etc. Ils envoient à la cour des gens chaînés de tuer le roi et le duc d'Anjou, afin de mettre la couronne sur la tête du prince de Condé. — Charles IX organise son année.

U fit rassembler ung bon et gros camp, qui ne fut prest si toat qu’il en eust bien esté besoin, parce que les capitaines et gens de guerre s’amusoient à piller et rançonner le pays et leurs bostes fort rudement et plus que paravant; il ne fut plus question de parler d’ung teston pour logis, mais fidlut monter d’un eseu au meilleur marché;

' La lettre du prince de Condé à Charles IX, avec une requête dans laquelle il expose les griefj des protestants et les violations de Tédit de paix, est du

a3 août. On en trouve l'analyse dans THistoire universelle de de Thou . 1. XLIV.

* Voy. Additions aux Sfémotrtt de Cas Uüusu, I. Il, 1. Vil, p. &93.

1568. et recommença ceste ditte guerre pour la troisiesme fois au mois de septembre. Tout le pays, de Cliampagnc et Bric, comme aussi tout le reste de la France, fut à l'instant plain et peuplé de gens de guerre, qui firent moult de mal aux laboureurs et gens des villages, qui estoient assez pauvres pour les camps des hugucnotz et du roy qui avoient passe par leurs maisons, j’entends par une partie des pays de Champagne et Brie en six sepmaines de l’an dernier passé, ainsi que je l’ai dict en laditte année. Les gens de guerre roboient les chevaux des laboureurs pour se monter k cheval, et ne les pouvoiton retirer de leurs mains qu’à grande somme de rançon; et où le cheval estoit au gré du soldat voleur, ne falloit parler de le ravoir ni de le poursuyvre.

La conduite de l'année royale est confiée au duc d'Anjou , frère de S. .VI.

Le roy, voyant la contraincte en laquelle il estoit de relever les armes contre les buguenotz, bien sçachant que la victoire des armes despendoit de la dextre de Dieu, voulut implorer son ayde par sainctes et dévostes prières, tant solennelles que particulières. Pour laquelle ayde avoir, commanda que procession généralle feust faicte en la ville de Paris de tout le corps de la ville ensemble , pour prier Dieu pour la conservation de sa sainte Eglise et du royaume de France. Laquelle fut faicte aultant solemnelle que faire se peult, comme l’ai ouy réciter à ceux qui y estoient présens. S. M. y assista teste nue, iing cierge de cyre en sa main , en grande dévotion qui moult édifia le peuple parisien. A laditte procession furent portés, entre aiiltres, les corps sainetz et sainctes rclicques de messieurs saint Denis, sainlz Rustic et Eleuthère, apostres, qui ont planté la foy catliolicquc audit Paris; lesquels de long temps n’avoient esté portez hors de leurs églises et temples où ili reposent, et fut laditte procession faicte au moys de septembre de ceste présente année.

Kdit par lequel Charles IX inlerdil dans son royaunie l'exercice de la religion

réformée L — Déclaration du roi en faveur des {jrolestanls qui n’iraient point à la guerre et ne fourniraient point de secours pour la faire. — Cette oitloniiance retient dans leurs maisons quelques protestants. — Les sieurs de Saint-Simon, de Besancourt et d’Esternay vont rejoindre à la Rochelle l’armée condéicnne.

La révocation de l’édit de liberté cause une grande joie parmi les catholiques. On publie la nouvelle ordonnance dans les villes restées fidèles au roi, et à cette occasion une procession solennelle a lieu à Provins, à la fin de septembre. Plus de deux mille personnes y assistent; on y remarque la présence des magistrats soup<^nnés d'hérésie. Frère Jean Barrier, prié de faire le sermon, prend pour texte le cantique de Moïse commençant par ces mots ; Canlemtu Domino! Gloriole enim honorificaUu etl; eijuum et atceniorem projecit in mare.

Et n’en interpréta que ce premier vers-là, qu’il appropria fort proprement à la cause et occasion pour laquelle l'assemblée estoit là congrégée, appelant monsieur le prince de Condé le cheval sur lequel estoient montez les prédicans et ministres huguenots , qu’il appcila les picqueurs pour le faire courir çà et là par leur doctrine satanicque, à laquelle il tournolt visage de toutes parts , ainsi que faict ung cheval qui est conduict par ung bon picqueur et conducteur; faisant comparaison de luy et sa cohorte huguenolicque à Pharao et à son armée, qui, poursuivant les enfans d'Israël jusques en la mer Rouge, furent nayez, pourquoy en action de grâces Moyse, se voyant délivré et les siens de la tyrannie de ce cheval Pharao et son picqueur, chanta à Dieu ce canlicque. Et combien que ledit prince de Condé, c|ui estoit ung second Pharao, ni sa cohorte ne fussent encores exterminez et mortz à la poursuite de persécution qu'ilz poursuivoient contre les lidelles et peuple de Dieu, si est-ce que la France avoit occasion de chanter ce canticque, pour la révocation que le roy avoit faict des précédens édietz de janvier et aultres, faietz durant sa minorité et depuis, qui estoient du tout contraires au salut du peuple françoys, que

' Edit qui défend de professer publlqaemenl d’sulre religion que U catholique. Septembre i5G8. (FonUnon, 1. IV, p. aqa.)^ Lettres patentes qui défendent de faire servir les églises , cloches et autres meubles religieux aux prêches des relt-

gionnaires. i568, 7 septembre. {Ibtd.

p. 598.] — Édit qui exclut de rUniversitc et des olBces de judicature les sectateurs de 1a religion réformée. i568. a 5 septembre. {Ibid. p. aq^.}

1568. Dieu luy avoit donné en charge, et du tout à l'avantage de la liberté desditz huguenotz. Et en faisant la conclusion dudit sermon, ce bon personnage de cordelier dist qu’il cstoit content de mourir quand il plairoil à Dieu, puisqu'il avoit ve.scu jusques à ce jour que lesditz édictz de liberté buguenoticque cstoient rompus et les prédicaiis enchâssez hors do France.

Après le sermon , fut chantée la messe fort solemnellement en toute dévx>tion, en laquelle furent faictes prières pour la paix de l’église, pour le roy, pour M. le duc d’Anjou, son frère, et pour toute l’armée catholicque, à ce qu’il picust à sa miséricorde de poser son bras dextre au milieu d’icelle.

Incontinent après que la guerre fut ouverte et publiée contre le huguenot prince de Condé, le capitaine Foissy rassembla son régiment, et, par commandement du roy, s’en alla en Bourgongne pour chastier les huguenotz du pays, qui s’estoient retirez et assemblez au chasteau et ville de Noyers', desquelz estoient partys le prince, sa femme et leurs enfans, qu’il print sans grande difficidté, et laissa léans garnison pour le roy, après avoir taillé en pièces quelques buguenotz, emprisonné et rançonné les aultres. Il s’y en trouva une bonne partie de la ville de Troye en Champagne. Ceux qui eschappérent dudit Noyers s'allèrent rendre dans la ville et forteresse de Vézelay, non loing d’Auxerre , que leurs frères de religion huguenoctique tenoient par force et surprinsc.

Après l’exploict de Noyers, ledit de Foissy se retira en Champaigne, où fut adverty que plusieurs huguenotz de Troye, de Sens, de Nogent-sur-Seine et aultres lieux s’estoient retirez à Trinel, soubz la faveur de M. de la Chapelle des Lrsins, seigneur dudit Trinel, lesquelz tenoient bon et se vouloient là fortifier; les alla à la diane d'ung matin prendre au chault du ht dedans le chasteau, qu’il escbclla par dehors la ville, d’autant qu’il ne pouvoit entrer par aultre lieu, car l’entrée d’iceluy chasteau est du costé et par le dedans de laditte

* De Thou, Ut. XLÎV, dit que Noyers comte de Barberieui. gouverneur de fut prit! par ('haHca de la Roclicfoucâult, Champagne.

ÜE CLALDE HATON.

ville, et au desjuc les desuicha, en telle sorte que la pluspart se saiilva en chemise, les aulcuns par dedans la ville, les aultres en se jettant par les fenestres dudit chasteau hors d'iceluy. Il s’en tua plusieurs de ceux qui se précipitèrent par les fenestres; aultres se rompirent les jambes et demeurèrent sur le champ, qui furent bien aysez à arrester. Ceux qui ne purent se saulvor et ne furent tuez furent mis prisonniers ès prisons dudit lieu. Leurs biens, qu’ilz avoient là resseirez, furent par Icsditz de Foissy pillez, et ceux qui appartenoient audit sieur de la Chapelle ou à son fermier mis par inventaire et donnez en garde aux soldatz qui furent là posez en garnison, tant dedans le chasteau que dans la ville. De quoy fut adverty ledit sieur de la Chapelle des Ursins, qui s’en tint fort injurié, et qui, pour en déchasser laditte garnison, lit approcher de soy, au village et chasteau de Doux lez Coulumiers en Brie , sa compagnie de hommes d'armes qui estoit de 5o lances • des ordonnances du roy, et les envoya audit Trinel avec commandement qu'il leur fit de tuer et massacrer ledit de Foissy et toute fessaille; mais n’approchèrent ledit Trinel plus près que les village et parroisse de Meei-sur-Seinc, distants dudit Trinel de troys lieues, où ils s’arrestèrent quatre jours entiers, pendant lequel temps mandèrent audit de Foissy et sa garnison qu’ilz rendissent et hahandonnassent ledit chasteau, avec restablir les meubles d’iceluy, ou qu’en faidte de ce faire passeroienl sur le lieu, pour essayer de luy faire faire par force. Au mandement desquclz obéyt ledit de Foissy, qui en retira laditte ^rnison, et leur fit quitter la place, ne voulant desplaire audit sieur de la Chapelle, qui estoit de pfus grand lieu que luy et fort bien veiA de la royne mère et du roy, combien qu’il fût tenu huguenot héréticque, mais non du nombre des rebelles. Il hantoit quelque peu l’église catholicque, mais non souvent. Lesditz chasteau et ville de Trinel, délivrées de laditte garnison, s’en retournèrent les gens de guerre de laditte compagnie à Doux, en dire les nouvelles audit seigneur, qui estoit prest d’y envoyer ung régiment de gens de pied, afiin que la force luy en demeurast, Icsquclz ne hobèrent, après (ju’il sceut qii’il n’en estoit be.sotn.

1568. Combien que l’assemblée bugucnoticque fût amassée au pays de Poitou et de la Rochelle, distans de Provins de cent lieues ou environ, et que le roy eust faict assembler son camp entre Paris et Estampes, si est-ce que ce pays de Champagne et Brie n'estoit exempt de gens de guerre, qui s’y assemblèrent pour faire ung petit camp et pour aller desnieher les buguenotx qui estoient à Véielay et Sanxerre, mais en vain, comme nous monstrerons ci-après en l’an prochain qui vient. Et d'aiiltant que plusieurs compagnies des ordonnances de S. M. l’avoient babandonné et s’estoienl rendues au huguenot de Condé, sadltte majesté donna des commissions à des gentilshommes de crédit, pour rassembler des compagnies de cheval en la place de ceux qui l’avoient délaissé. El entre autres pour ce faire eut commission M. d’Estoge, lequel, par le mandement de saditte majesté, forma ung régiment ou cornette de gens de guerre , qu’il fit lever, conduire et gouverner par capitaines et chefz i ce requis pour compagnies de cheval , et entre aultres donna commission à M. du Plaissis-Barbe, seigneur de Monceaux en Brie, de lever et mener une compagnie, qu’il assembla ès environs de Provins , et y receut gens de toutes qualitez.

La compagnie de M. du Plaissis-Barbe atteint, dans le village de Meel-sur- Seine, M*** d'Kstcrnay. qui allait de Chalautre-la-Grande à la Motte, montée dans une litière et accompagnée de dames et de cavaliers; les gens de cette dame sont dispersés, un d’eux est blessé mortellement; on remmène elle-même prisonnière, puis on la délivre dans la forêt de Sourdun. — Elle rentre au château de la Motte, et l'abandonne bientôt de peur d'étre surprise de nouveau.

Ce qu’à la vérité elle eust esté, si elle y eust séjourné» quelque temps, par le sieur de Foissy, qui n’arresta guères d’y retourner et se fit maistre dudit chasteau, qu'il acheva de piller avant que d'en partir, et au partir y mlnst le feu, qui ne fit grand domage, pour le secours que les gens du village y donnèrent. Quelqpies jours après, ledit sieur de Foissy, feust par commission du roy ou aullrement, y retourna et y minst garnison , qui cousta beaucoup aux habitaqs dudit lieu, pour le ravage qu'ilz firent en leurs maisons. Et fut ledit village

de la Motte fort oppressé de gens de guerre, depuis l’an dernier 1568. passé jusqucs ès années 71 et 73, plus qu'il n’avoit esté il y avoit cent ans.

Le prieuré de la Fontaine-aux-Bois ayant été atMndonné par frère Pierre Pisleret , l'abbé d’Essonne fait occuper cette maison par des gens de guerre , et y met un prieur de son choix. Pissêret porte plainte au parlement, et se fait remettre par justice en possession de son prieuré. Chassé de nouveau par l'abbé d'Essonne, qui le traduit devant l'oflicial de Sens comme hérétique, il fait pourvoir un de ses neveux, et, après la mort de celui-ci, deux religieux d’Essonne. — Mort d'Élisabeth de Valois, fille de Henri 11, femme de Philippe D, roi d'Espagne. —

D. Carlos, fils unique de ce prince, excité par les huguenots et gueux de Flandre, tente d'assassiner son père. Q est livré à la Justice et exécuté. — Continuation de la guerre des Pays-Bas. Plusieurs protestants français se joignent aux gueux.

M. de la Noue, fait prisonnier par les gens du duc d'Albc, est relâché moyennant rançon, à la prière du duc d'Anjou. M. de Geolis a la tête trancJiée’. —

Vol et meurtre commis â Provins, la veille de la Toussaint, dans la maison de Vauhardy, grènetier de la gabelle du sel.

' Plus loin, p. 556, l'auteur fait mou- se trouve d'acoord avec les autres témoirir Genlis d'une manière düTèrente, qui gnages historiques.

MÉMOIRFS

54fi

MCVElins DE L’HIVER. RENTRÉE DES ReItrES EN rRA!|CE. JONCTION DES ÉTRANGERS

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