SIGISMOND II, ROI DE POLOGNE
1.,’aii mil cinq cens soixante et douze, au nioys de janvier, l'hiver se poursuivoit en grande doulceur, sans faire froict que bien petitement, ainsi qu’il avoit commencé dès les moys de novembre et décembre de l'an dernier passé, et ne furent, esditz moys de l’an passé et en cestuy-cy de janvier, que de petites gelées blanches, et n’en cessèrent les artisans de travailler tant aux champs que à la ville, jusques au 3" jour de fehvrier que le temps s'adonna à ung froid noir, qui fut le jour de la S'-Blaise, dimanche de la Septuagésime. Ledit jour, sur les dix heures, il commença à neiger et poursuivit jusques à trois heures après midy, sans que laditte neige modérast la froidure, sinon après les trois heures du soir. La neige, qui e.stoit
espaissc sur la terre d’ung petit pied, commença à fondre et se diminua 1 572. de plus de la moytié la nuict ensuivant, jusques à quatre heures du matin du lendemain, que la gelée recommença par ungbeau temps, bel et cler, accompagnée d’ung clarct vent d'amont, qui dura deux jours et tint la neige en estât, qut ne put fondre, quelque cler soleil qu’il fist. Les deux jours passez, le vent et le temps quelque peu adoulcis, retomba de la neige aussi espais ou plus que devant, qui dura avec grosse gelée, jusques au lo' jour de mars ensuyvant. Durant ce temps, la gelée et froidure fuient si grandes que les artisans de tous mestiers ne sceurent besongner aux champs ni à la ville.
La plus grande partie de ce temps fut beau et cler nuict et jour; de nuict, faisolt une jeuvre blanche et espaisse qui s’attacholt aux branches des arbres et des vignes si grossement qu'elles en estoient toutes corbées droict à terre, et de jour, faisoit ung beau soleil cler qui destrempoit cestc jeuvre, remouilloit le bois et le retendrissoit, en sorte que, les nuietz ensuyvant, la gelée et novellc jeuvre revenant et tombant sur les arbres, furent les boulons d’iceux et des vignes gelez et entièrement gastez, qui fut cause qu’en ceste dilte année on ne recueillit que bien peu de vin et de fruirtz en la saison.
Le vin fut gelé dedans les tonneaux qui estoient ès celiers et caves mal estoupées, et estoit pour la troisiesme fois que les vignes et le vin ès céllers avoient gelé en buict ans en yver, comme aussi les noyers et plusieurs aultres arbres fruicliers; la première fois fut en l'hyver de l'an i564, à Noël et jour des Innocens, qui fut le grand byver de nostre temps; la seconde fois fut pareillement au moys de décembre l’an i5(T8 ou g, le jour de la Conception Nosti-e-Dame , et en ceste présente année au moys de febvricr. On recueillit si peu de fruietz en l’esté de ceste ditte année que la li^Te de cerises fut vendue 5 sous t. et plus; on en vendit bien peu à la livre, car ceux qui en avoient recuellly les vendoient par petis bouquetz et n’en bailloient que trois ou quatre pour ung denier. 11 fut aussi peu de noys que de cerises, mais il fut quelque peu plus de pommes et de poires, car les poiriers et les pommiers tardifz ne furent si gastez de laditte gelée que
ir>72. furent les bastifz. Les grains de la terre n’eurenl poinct de mal; toutesfois, pour n'avoir eu le temps aux saisons, on ne recueillit guères plus de demye année en la moisson. Après les gelées que le printemps commença, les vignerons se trouvèrent empeschez à la taille de leurs vignes qu'ilz voyoient eître gastécs des gelées. Les plus cxpcrs, se resouvenant des gelées des yvers des années susditles, ne liront didicidté de tailler leurs vignes par le pied et signamment le pl.anl nnyr qu’on appelle chatline ou preudelas, qui estoit plus gasté que l’aultre plant, comme aussi estoient les pinotz. Les aultres vignerons taillèrent à la manière accoustuinée, espérans que leurs v*ignes rejer.teroienl des bourgeons et des raisins par les eontrebourgeons qu'ilz pensoient n'estre gelez; mais ilz eurent deux peines pour une, car ilz furent contrainetz de retailler à la Hn du moys de may leurs vignes, après ([u’ilz virent quelles avoient seulleinent jetlé leur sève, rpi’elles ne eroissoient point, et qu’elles rejectoient par le pied entre <leu\ parterres. Les vignes qui en la saison de tailler furent couppées par le pied rejectèrcnl mieux et de plus beau et meilleur boys que celles qu’il fallut retailler oultrc la saison, et portèrent plus de raisins l'an d’après que les aultres. 11 est bien vray que les vignes qui furent taillez à viel boys et qui rejectèrent par le collet eurent quelrpie peu plus de raisins que les aultres qui avoient esté couppées par le pied; mais aussi n’en eurent tant que les aultres l’an d’après. Les pauvres vignerons furent si desbauebez de leur perte, qu’ilz en ceste année ne lirent aultre chose à leuis vignez que les tailler et labourer, encores à grand regret. Les riches vignerons, ou aultres plus patiens que les premiers, ne laissèrent de bailler toutes les façons à leur^ vignes, comme si elles eussent esté pleines de raisins, et s’en trouvèrent fort bien l’an d’après, car leurs vignes furent beaucoup plus belles et cnpieii.ses <pie celles qui n’avoient eu leurs façons en ceste année.
Au commencement de ceste année, il sembloit que les séditions et troubles de France fussent quelque peu assoupies par les villes et villages, d’aultant que cbascun avoit posé et mis les armes bas. Les villes ne se gardoient plus ne nuict ne jour. La gendarmerie de pied
et plusieurs compagnies de cheval avoient esté cassées et renvoyées 1572. en leurs maisons. Le roy commandoit aux gens de guerre de ses ordonnances de tenir garnison ès villes qui leur estoient assignées et y faire monstre; entre aultrcs, la compagnie de mons. le marquis du Maine, frère de mons. de Guise, fut assignée en la ville de Provins.
De quoy advertis, les gouverneurs se retirèrent à madame de Nemours, dame dudit Provins et mère dudit sieur marquis du Maine, et la prièrent quelle impétrast du roy que laditte compagnie fust assignée nulirement que leur ville, ce qu’elle lit, et fut laditte compagnie assize à Villenauxe-la-Grand, Fontaine-Denis et Barbonne. Icelle comjwgnie fit monstre audit Villenauxe, mais oncqucs n’y tinrent garnison. I^es gentilshommes eurent congé de eux retirer en leurs maisons, moyennant qu'ilz laissassent une partie de leurs chevaux et principaux serviteurs esditz lieux pour tenir la garnison. Toulesfois, n’en firent rien, car tous se mirent aux champs après la monstre faicte, et allèrent lentement de village à aultre lojer ès maisons des laboureurs, où ilz firent par tout l’iiyver de grandes despen.ses, comme aussi partie de l’esté.
Les huguenotz partout estoient en liberté, jouyssant de l’édit de pacification qui avoit esté dernièrement faict avec eux, et pardessus iceluy édict, faisoientdes entreprinses sur les catholicques, au domage de leurs biens, terres et possessions, desquelz par audace ils s’ciiiparoient et singulièrement des biens des ecclésiastiques, et si ne povoit-on en avoir raison en justice, d’aultant que plusieurs justiciers estoient de leur party et huguenotz comme eux. S’il advenoit que les catholicques obtinssent quelque sentence ou arrest contre lesditz huguenotz, eiicores ne povoient-ilz avoir le moyen de les faire exécuter, d'aiiltant qu’ilz huguenotz faisoient violence et oultragcs aux ofliciers et sergens qui alloient en leurs maisons pour exécuter les sentences et arrestz donnez contre eux , comme aussi envei’s leurs tesmoings. Aucuns sergens furent par Icsditz huguenotz fovtez, et leurs tesmoings aussi, d’estrivières; aultrcs furent par eux tuez; aultre.s furent dépouillés de leurs papiers et sentences et bien batus, et ce en
1 572. divers lieux du royaume. Plusieurs genlishommes catliolicques, voyans que les faicU des huguenotz demouroicnt impugnis, volurent à leur exemple estre cruelz envers leurs subjectz et aullres, ravisseurs du bien d'aultruy, sacrilèges du bien des églises et des ecclésiaslicques, et retenans leurs dixmes. Hz ne volurent plus obéyr à justice, non plus que les huguenotz; de quoy furent portées infinies plainctes au roy de toutes partz, qui, poiu" remédier à telz abus, Gt les édietz et ordonnances qui s’ensuivent.
Edicl du roy pour le bien et auctorité de jusûce et des ofOciers de sa majesté; de leur devoir eu l’exercice et exécution d’icellc, et des peines aux conlrevenans. (Donné à Amboisc, au mois de janvier 1672'^.) ^
Cest édict, publié par les villes de France, réprima quclquement l’audace des gentishommes tant catbolicques que huguenotz , et signaniment des catbolicques, lesquelz se rendirent plus obéissans que devant et moins nuisibles tant aux ecclésiastiques que officiers de jusüce. Les huguenotz demorèrent plus obstinez, et ne cessèrent leur rapt des biens ecclésiasticques et violence dessus les ministres de justice; jusques à ce que le roy en Gt punir exemplairement aucuns par sentence de mort, pour avoir foyté img sergent à leur plaisir, qui avoit sur eux exécuté une sentence de justice.
Grande faveur de l’amiral auprès du roi Les princes catholiques, les Guises surtout, évitent de se trouver avec lui à la cour, où viennent peu le roi de Navarre et le prince de Condé. Froideur du duc d’Anjou à l’égard de Coligny.
' L'amiral travaille activement et réussit auprès du roi et de Catherine de Médicis à obtenir la réalisation de l’union projetée entre Maigucrilc de France et le roi de Navarre Les futurs époux étant de religion différente et parents au troi-
‘ Isambcrt, Rec. deranc. /of«yranfauei.
t. XIV, p. aéi.
’ Mémoinsdf)panUadillt$parfettmoru.
V admirai de OuuùHon, aa mait d'aousl, au cabinet du roy Charlet IX. 6 août iSya. (Bibl. imp. Fontanieu, vol. .laù-b-G.)
’ Âniclet du pourparler du mariage
d'entre mous, le prince de A’flrflrre et Ma. dame, soeur du roy, ensemble l'advis des ministres sur le faici des cérémonies, faict le /2* d'rnril 1572. Signé : Üe Spina, Mallol. Merlin, de Veauh:, ISarbasIe, Holliracg. (Bibliolli. inip. cotlccl. Dupuy, vol. 8Aé. fol. 213 r‘.)
DE CLAUDE IIATON.
sième d^ré, Charles IX sollicile pour le mariage une dispense du pape, qui la 1572. refuse.
Le roy, ayant receii la responce papalle, fut en délibération du ne passer oiiltre audit mariage , si le roy de Navarre ne vouloit prendre la religion calbolicque, et de ce faire l’en requist plusieurs fois, et fut le bruict commung quelques fois par la France que ledit roy de Navarre s’estoit accordé de prendre la religion calbolicque plus tost que de quitter ce mariage, tant il avoit amour à laditte dame et elle à luy, et véritablement l’eusl faict, si ledit admirai ne l’en eust empesebé et faict empeseber par les prédicans. Geste difficulté de diversité de religion fut mise en délibération au conseil du roy, oùfut disputé tant par les docteurs évesques catholicques (pie les prédieans béréticques, et ne voulant ceux d’iuig party céder à l’aultre, résolurent les prédicans béréticques ce mariage se pouvoir faire et parachever, d’aultant que laditte dame demeureroit en la liberté de sa conscience, et qu’elle ne seroit contraincte ne forcée de quitter sa religion pour prendre la leur. Le roy toutesfois, persistant ce n’eslre licite contre la volonté des prélatz de l’église, fut à la fin gangné par les prières de sa mère et importunité dudit admirai, qui, par manière de menaces, disoil le royaume debvoir en brief retomber en troubles et guerres civilles, si ledit mariage ne se parachevoil, et qu'il n’estoil besoing en ce de pape ni de cardinal ni de dispense ou permission, veu que c’estoit ung mariage royal, et que les roys abaissoient trop leurs majestés d’en demander congé et dispense au pape de Rome, et tant sceut bien papelarder ledit admirai que à la fin le % roy s'accorda audit mariage; et ne fut vuydcc cestc dispute au conseil du roy en une sepmaine, non pas en quatre moys , et estoient les novelles d'un jour è l’aultre que ledit mariage estoit rompu, et <pi’il n'en seroit rien.
En accordant ce mariage par le roy, fut mise en avant une aultre difficulté, assavoir où et par qui et à (pelle religion il seroit faict et solempnisé. A ceste proposition royalle, n'eut honte l’admirai de respondre quasi comme par audace qu’il ne falloit disputer de ce, et
572. que cela debvoit demeurer à la discrétion du roy de Navarre, comme chef d’iceliiy mariage , qui oncques ne permettroit son mariage estre faict ni célébré à aultre religion que la sienne, ni par aultrcs que ses ministres. Geste superbe et présumptueuse response admiralle faschea le roy de telle sorte qu’il délibéroit, si sa mère ne l’en eust empesché, de rompre ledit mariage. Mais, no voulant en ce désobéyr à sa mère ni à sa sœur, qui en estoit fort amoreuse , dist comme par puissance absolue que ledit mariage ne s’accorderoit qu’à ceste condition qu’il sereit faict et solempnisé à l’église catbolicque et par les prebstres d'icelle. A quoy s’accorda le roy de Navarre, lequel requist le roy et le pria qu’il permist qu’après que ledit mariage seroit faict devant le prebstre , et qu’il auroit conduict son espousée à la messe dedans 1 église où il seroit célébré , qu’il peust .se retirer bors de laditte église, pour ne ]>oinct ouyr ni estre présent à la messe, d’aultant que y demeurer seroit faict contre sa conscience et la liberté de sa religion. ce que finablement accorda le roy. Depuis que ce mariage et toutes .ses conditions furent accordées , qui fut environ le moys de juin de ceste présente année*, ne fut plus novelle par la France que d’iceluy et des préparatifz qu’on faisoit à Paris pour les magnificences qu’il convenoit faire à ce mariage bigarré tonebant la religion, au- (|uel tant le catbolicque que le huguenot héréticque avoient volonté d’y braver, et de jouer chascun leur rollet à la surprinse l’ung de l’aultre. On fut (|uasi trois moys à faire lesdiU préparatifz dedans Paris; les bans des procureurs et advocatz du palais furent o.stez et 0 portez aux Célestins ou Augustins, et y allèrent plaider toutes les ebambres judicialles du palais, dedans lequel fut faict le baucquet de ce mariage.
11 est quasi incroiable quel orgueil démenoient les buguenotz de France de ce mariage accordé. Hz s’esgayoient aultant et s’orgueillissoient d'iceluy que les catholicques en estoient maris, et, pour de.s-
‘ Sur l'cnlrcc du roi de Navarre à Pa- lettre non signée du 1 8 juillet 1671. dans
ris et sur les dis|m.Hilions de Charles IX à la collection Dupuv, vol. 5àd, à la Bihlio-
l’égard de la guerre de Flaiiilre, voyerunr (hèque impériale.
piter lesditz catbolicques, en toutes compagnies qu’ils se trouvoient, J572. usoient de paroUes séditieuses et pleines de menaces, cstimans par iceluy debvoir parvenir au but de leur attente par cm si longtemps désirée, qui estoit de remettre la couronne de France ès mains des princes de Bom-bon, desquels estoit yssu ledit roy de Navarre; et, ne se povant contenir en leur secret, disoient à chascune fois que, avant qu’il fust peu de temps , l’on verroit bien aultre chose.
Tous les seigneurs, princes, gentilshommes et capitaines huguenots de France ne firent faulte de se trouver à ce mariage , estans suyvis de plusieurs aultres huguenots vacabons des provinces de France , tous armez et bien montez, comme s’ils eussent volii aller à la guerre; tous lesquels advisèrent, par le conseil de l’admirai, de se loger dedans la ville de Paris à l’advantage. Geste cohorte huguenoticque par cliascun jour alloient au lever et coucher dudit amiral et tenoient plus de compte de luy que des roys de France et de Navarre.
Le roy, de ce ayant eu advertissement, advisa sans sonner mot U se fortifier contre ceste trouppe orgueilleuse et trop baullaine, et fit approcher de soy les princes guysiens et aultres catholicques de France, et les pria de se trouver au banequet royal du mariage de sa sœur; ce qu’ils firent en grand doulite et en armes comme les huguenots, bien jugeant en euxmesmes que ceste trouppe séditieuse ne se départirait de Paris qu’il n’y eust quelq’un de mal disné. Cliascun faisoit bonne mine à son compagnon. Le séditieux admirai tenoit par chascun jour conseil en son logis avec les principaux de sa faction , avant que d’aller au logis du roy, ce que bien apperceurent les Parisiens, qui avoient l’œil de toutes parts, lesquels eussent bien volu ce mariage se faire aultre part qu’en leur ville, pour la craincte qu’ils avoient d’estre saccagez et voilez dedans leurs maisons par une sédition qu’ilz croyoient debvoir advenir en leur ville par ceste a.ssembléc de séditieux huguenotz.
Toutes choses préparées pour la célébration de ce mariage, fut le jour assigné au 19° jour du moys d'aoust de ceste présente année'.
’ Le rontral fui signé le 17. (Dumonl. Corpt diplomaliqne , l. VIII, p. si 5.) On
1572. Kt fut ledit mariage bénistpar mons. le cardinal de Bourbon, archevesfjue de Rouen, oncle du roy de Navarre, dedans l’église de Nostre- Oame de Paris , où fut chantée la messe , à laquelle n’assista ledit roy de Navarre ; toutcflbis entra dedans ladittc église et convoya son espousée jiisques dedans le chœur d’icelle église en son siège royal qui luy estoit lii préparé, et, si tost qu’elle fut prosternée à deux genoux , il roy de Navarre luy fit la révérence et se retira de laditte église. La messe chantée, il se représenta devant la grande porte d’icelle église, et, sans entrer dedans, attendit son espousée, pour la conduyre au palais, où estoient les tables dressées et le disné préparé pour l’assemblée. Le roy et messieurs les ducs d’Anjou et d’Alençon, ses frères, accompagnèrent laditte dame de Navarre leur sœur, tant par les rues que dedans l’église à la messe, où ilz assistèrent tout au long en grande dévotion et révérence , ayans douleur au cœur de ce rpie le roy de Navarre ne s’estoit volu réduire è l’église catholicque, comme ilz espéroient.
Je laisse en arrière l’ordre que tendent les roys, ducs, princes et princesses à cheminer par les rues et église de Paris, les pompes qui y estoient et les cérémonies qui y furent gardées, comme aussi au disné, aux dan.ses, bals et aultres royalles mondanitez. Le roy s’y montra fort courtoys et amiable et singidièrement à l’endroit des seigneurs huguenolz et gens de leur suytte, ausquelz se rendoit comme leur frère et compagnon, aflin que par son humilité il rompist leur oi^eil et les reculast de leur maulvais dessein séditieux; mais le bon seigneur y perdoit son temps, car ilz huguenotz s’orgueillissoient d'aultant qu'ilz voyoient S. M. se humilier devant eux.
Les princes catliolicques, comme messieurs'les ducs frères du roy
IroUTe dans de 'fliou [Hisloire univerfelkt liv. LU) des détails sur les cérémonies du mariage de llcnri et de Marguerite. Voy. aussi : Proÿtuullcution sur le mariage de très honoré et très aimé Henry, par la grâce de Dieu rvy de Navarre, et de très illustre
princesse Margaerite de France, calculée par M' Bernard Abbatia, docteur, médecin et astrologue du très chrestien roy de France, et dédiée à S. M. Paris , GuUl. de Niverd (1571).
et les Guisiens, estoient tousjours en double et en mesfîance desditz 1572. huguenot/., et pour ce avoient atiltré des gentilzhommes et aullres serviteurs de leurs maisons, pour contempler les faietz, dietz, mines et gestes desditz huguenotz, comme aussi je présupose qu’ilz huguenotz en avoient atiltré des leurs pour avoir l’œil sur lesditz sieurs catholicques. Les catholicques apperceurent bien qu'ilz huguenotz hrassoient quelque noveau mesnage, mais ne purent descouvrir du premier et second jour où et sur qui ilz vouloicnt mesnager, et se doubtoit-on que ce fusl sur les sieurs de Guise.
Le roy, adverty de ce, ne volut croire que homme de laditte assemblée, de quelque party ou religion qu’il fust, volust troubler ceste feste royallc; lequel, pour mettre fin au double qu’on en avoit, et pour cmpescher ce qui s’en povoit entreprendre , tourna tout son bon visage de la part des huguenotz, ausquelz il bailloit et accordoit plus qu’ilz ne demandoient, et d’aultant qu’on appercevoit les aliénées se faire et brasser à la personne et logis de l’admirai, sa majesté se humilia tant devant luy et les seigneurs de sa suitte qu’il faisoit plus grand cas de eux qu’il ne faisoit du roy de Navarre, son beau-frère, et du prince de Condé, cousin germain dudit roy de Navarre.
En toutes compaignics, y a toujours des gens qui ne peuvent dissimuler et porter en patience ce qu’ilz voyent faire et dire à aultruy, et qui, partie provocqués de bon zèle, partie ^nduietz de impatience, ne se peuvent garder de faire et dire ce quilz pensent. Et advient souvent qu’ès compagnies des plus meschans hommes de la terre, il s’en trouve quelqu’un qui, souhz espérance de gangner argent, faveur ou amytié, et quand il estime en avoir récompense, révèle ce qu’il a ouy comploter de meschant à l’encontre de quelque personage.
Ores advint-il que ung certain quiden desditz huguenotz, présent au conseil malin de l’admirai , entendit la pernicieuse conclusion qui y fut conclue à l’encontre de la personne du roy, de messieurs les ducs ses frères et des princes guysiens, qui estoit de les saccager et
SV
1572. massacrer au plus tost qu’il seroit possible et avant que ceste assemblée se séparas!, pour par ce moyen donner fin aux troubles et guerres civilles de France, ce disoient-ilz, et coroner pour roy de France le roy de Navarre, auquel la coronne eust justement appartenu après le décès desditz roy et ducs ses frères, et par ce moyeu exterminer l'église calholicque et par force et violence contraindre les catholicques d'icelle à prendre l'église fauguenoticque.
Ce quiden, ayant entendu ceste tant abominable résolution, ne se put garder de le révéler, i aultre personage des catbolicques, en ceste intention que celuy à qui il le révéloit en advertist ou le roy ou aultres des princes susdits, aifin qu'ilz ne tombassent ès mains et en la miséricorde du Gobât d'admiral et ses séditieux.
Le catbolicque à qui s’adressèrent ces nouvelles ne fut fol et hastif tout ensemble pour l’aller dire au roy et aux princes, de peur que. le huguenot qui luy disoit telles novelles ne le volust soustenir devant leurs majesté et altesses et que, par faulte de preuve, il ne demourast infâme et en la male grâce de tous. Toutesfois s’en complaignant en bonne compagnie et regrettant l’beure qu’il s’estoit trouvé â ce mariage, s’en trouva ung ou plusieurs qui, sans sonner mot, entreprinrent d’empeseber ledit admirai de faire le massacre par luy et les siens comploté, ains délibérèrent d’exécuter sur sa personne ce qu’il avoit entreprins de faire sur le roy; et sans en plus dire dadvantage*, ^ur saulver le noble sang de France, cerebèrent le moyen et l’opportunité de surprendre le paiQard d’admiral â leur advantage, pour le massacrer luy-mesme. Et si bien fut l’affaire poursuyvie, que, le a a' jour dudit moys d’aoust, fust deslacbée une longue arquebuse par la fenestre d’une baulte chambre au corps dudit admirai, qui estoit en pleine rue, lisant ung pacquet de lettres qu’il venoit de recevoir de certain capitaine de sa faction, laisant mention de leur entreprinse. Tout ainsi que celuy qui deslachea la harquebuse en eut desbandé le resourt, ledit admirai se destouma pom penser cheminer avant, qui fut la cause que la balle qui sortit de laditte harquebuse ne luy entra dedans l’estomac, comme pen-
DE CLAUDE BATON
soit celuy qui la laschea, ains seullement le frappa par la main, et 157-2. coulant le long de son bras, la balle ou boullel s’alla planter dedans une de ses épaules. Qui lut bien estonné de ce coup furent lesdilz admirai et les gens de sa compagnie. Une partie de scs gens l'embrassèrent et le portèrent en son logis, l’aullre partie courut dedans la maison dans laquelle avoit esté tiré ce coup, pour prendre ou massacrer celuy qui l’avoit faict, mais n’y trouvèrent personne à qui ilz s’en pussent descharger. Qui eut le renom d’avoir faict ce coup fut un gentilhomme de la Brie nommé le seigneur de Maurovart ou Maurcvart, celuy qui avoit tué le baron de Mouy dedans le camp rebelle, aux séditions et guerres civilles de la bataille de Moncontour, pensant dès lors tuer ledit admirai, suyvant la permission donnée du roy et de la court de parlement, ainsi que l’avons dict en son beu. Ledit Maurevart entreprint ceste charge de soy-mesme de tuer à ceste fois l’admirai, bien sçaehant que ledit admirai le faisoit guetter et espier pour luy en faire aultant, et que sans doubte il eust esté des premiers prins à la ratière, si la sédition complotée par ledit admirai et les siens sur le roy et ses frères eust eu son commencement.
Ce coup troubla la festc bien grossement, et pensèrent les huguenots desguaisner les couteaux pour faire sédition sur les catboUcques; toutesfois en furent empcschez par leurs chefs inesmes, qui jugèrent l’heiure n’estre opportune, d'aultant que chascun estoit sur pied par les rues, et qu’il estoit de jour.
Les novelles de ce coup furent sur l’heure portées au roy et à ses frères, qui estoient avec le roy de Navarre et prince de Gondé en img trippot à jouer à la paulme, qui en furent moult esbays ; lesquels , sansy plus arrester, se retirèrent dedans le chasteau du Louvre pour se serrer en sûreté, craignant que la sédition buguenoticque se desbandast sur eux. Les roy de Navarre et prince de Condé se retirèrent vers ledit admirai, pour le veoir et l’ouyr parler et pour prendre vengeance de ce coup. U faisoit fort dangereux aux seigneurs catbobeques et gens de leur suitte cheminer le reste du jour par les rues de Paris ,
Si.
1572. d'aultant que les huguenotz avoient tous les armes au poin, qui ne demaudoient qu'à massacrer, encores que les roys de France et de Navarre fissent tout debvoir d’apaiser ce trouble sans plus grande sédition. Leurs majestez commandèrent que les portes de Paris fussent fermées pour arrester et prendre prisonnier celuy qui avoit faict ce coup, pour en faire punition exemplaire par justice, au contentement dudit admirai et ses gens*; toutefois ne fut trouvé.
Le roy envoya ses cirurgiens et médecins visiter ledit admirai pour le panser; mais ne volut soffrir qu'ilz touchassent à luy, et à platte parolle leur dist que les siens estoient sulBsans pour le panser, et qu’il n e^toit besoin que le roy fist si bonne mine en son endroit; que, comme il espéroit, il ne mourroit de ce coup, et que c’estoit bien peu d’estre estroppié d’un bras, mais qu’il louoit le Seigneur de ce qu’il luy avoit saulvé la vie et son esprit, et que ce coup cousteroit la vie à cent mille hommes pour en avoir raison. A ces parolles querelleuses, se retirèrent les cirurgiens royaux, et allèrent advertir le roy des meuaccs admiralistes. S. M. ne print de maulvaise part ce que lui rapportèrent sesditz cirurgiens, ains, comme prince pitoyable , après avoir souppé , alla luy mesme en sa personne visiter ledit admirai, pour s’informer de luy qui l’avoit frappé, comment, où et pour quelle occasion, en luy promettant foy de roy que, .s’il sçavoit qui avoit faict ce coup et qu’on le peust prendre prisonnier, qu’il le ferait exécuter par justice , au contentement de luy et des siens.
' Au sujet de {'«mire du rot, qui enjoint de punir la tentative d assassinat commise sur Coligny, voyez la lettre de Pibrac à Stanislas Helvidius, et des IcUrcsdeCbarleslX à M. de Mandelol, gouverneur de Lyon (aa août.— Correspondance du roi Charles IX et du sieur de Mandelot , publiée par M. P. Paris, p. 36); au maréchal de Cossé {aa août. — Lettres des rois et reines, publiées par L. Mcrlct, p. lao); à M. de Lamothe-Fénelon (aa et a6 août. — Cor-
respondance politique de Lamothe-Fénelon, t. VII, p. 3aa), etc. Tarannes, dans scs Mémoires (coUect. Michaud, i'* .série, t VIII, p. 366), attribue à la reine mere et au duc d'Aumalc l'ordre donné à Manrevel de tuer laroirAl ; il montre Charles 1 X ne sachant d'oii venait le coup, d'aborti irrité contre les Guises, puis radouci par sa mère, qui le fait persuader d'une entreprise rormcc contre lui par les protestants.
Ledit admirai, au lieu de se humilier pour l'honneur que luy fai* 1572. soit son roy de le visiter, ne volut le regarder ni parler k luy qu’en querellant et le menaçant; et chargeant son honneur du coup donné, dist en parolle couverte que sa majesté l’avoit faict faire et sçavoit hien qui ç’avoit este, et, sans dissimuler son intention, dist à saditte majesté qu'il en auroit sa raison et qu’il n'estoit encores mort. Sa majesté porta patiemment les impostures dudit admirai et n'en print rien en maulvaise part. Il se vouloit arrester avec luy à deviser la plus grande partie de la nuict , s’il n’en eust esté empesché par ung advertissement qui luy fut donné qu’il en diligence se retiras! en sou chastcau du Louvre, pour saulver sa personne du massacre que les huguenots se disposoient de faire tout sur l'heure par le conseil mesme que leur avoit donné ledit admirai, et que pour ce faire plusieurs avoient jà les armes au poin. Le roy ne volut tenter ceste fortune, ains sur le champ, sans en rien dire ni reprocher audit admirai, print congé de luy et luy dist adieu, ce que ne ht l’admirai à luy, c’est-à-dire à sa majestA.
Saditte majesté ne fut plus tôt hors du logis dudit admirai, <jue les princes et seigneurs huguenots y arrivèrent les armes au poin,. * qui estoient les sieurs roy de Navarre, prince de Condé, La Rochefoucault, Telligni, gendre dudit admirai, Bricquemaux, le conte de Mongomery, dict le capitaine Lorge, et encores quelques aultres chefs des rebelles que je ne cognus, lesquels sans difficulté eussent chargé sur le roy, s’il eust esté avec ledit admirai, comme ils pensoient l’y trouver, lis furent suyvis d’ung nombre infmi de huguenots , tant de leur suitte que de ceux de Paris. Les sieurs susdits demeurèrent quasi la nuict entière enfenfles en la chambre dudit admirai, leurs gens estans poses au guet, corps de garde et sentinelles, par les rues des environs le logis d’iceluy admirai. La dispute desdits sieurs fut de cercher le moyen de prendre vengeance de ce coup sur la personne du roy et de messieurs ses frères et des princes de Guysc, et fut telle la résolution de leur conseil qu’ils s’armeroient et feraient armer tous les huguenots de leur suitte et ceux de Paris,
1572. pour à jour et heure opportune, qui debvoit estrc au pénulüesme jour du moys d’aoust, assaillir le roy et les catholicques , les massacrer et du tout exterminer, et , après ce , coroner le roy de Navarre roy de France; et, en attendant le jour délibéré, despeschèrent postes de toutes pars du royaume pour porter les novelles de leur résolution aux hugiienotz des villes et capitaines de leur faction, pour eux saisir desdites villes, affin que la force leur demeurast. Aultres capitaines huguenots lurent par eux mandez, pour eux approcher de la ville de Paris et entrer dedans, si possible estoit, pour estre fortifiez à l’exécution de leur enlreprinsc. Tous les huguenots qui eurent de ce advertissement entrèrent en une audace incroiable, et dès l’heure commencèrent à menacer les catholicques, et disoient avoir jà dueil du proche malheur qui en peu de temps leur debvoit advenir, et ne cerchoient qu’à faire sédition par les rues de Paris et à provocquer les catholicques à eux faire ou dire chose dont ilz pussent prendre occasion de desgaisner les cousteaux pour massacrer et détruire hommes, églises et maisons. •
^ Quelques huguenotz sérieux , paisibles et non sanguinaires ne se * .purent garder d’advertir aucuns catliolicques de leurs amys de la résolution des princes et seigneurs rebelles, en leur baillant oppinion qu’il se destoumassent, ensemble leurs amys, pour éviter la lureur du massacre futur qu’ilz huguenotz avoient résolu de faire, ce que plusieurs firent , des plus apparens de Paris. Qui donna argument aux catholicques advertis que lés-huguenots vouloient remuer mesnage en la ville de Paris fort grant fut qu’ilz catholicques virent lesditz princes et seigneurs huguenotz changer de logis et de quartiers pour se mettre à l’avantage par les carrefours de laditte ville de Paris; aucuns d’entre eux quittèrent la ville, pour s’aller loger aux fauxbourgs; aultres, qui esloient logés ès fauxbourgs, entrèrent dedans la ville; aidtres , logez dedans l’uni ver.sité , entrèrent dedans la citté et s’allèrent loger assez près du Louvre où estoit logé le roy, et fut ce changement de logis faict par lesditz huguenotz en vingt-quatre heures et moins depuis le coup donné.
DE CLAUDE BATON
Le roy en ung insUnt fut adverty de ce changement et de la résolution huguenoticque. Il ne volut croire du premier coup ni au premier messager, estimant les princes et seigneurs huguenotz n’estre d'ung courage si cruel qu’ilz volussent de^nder leur rage sur sa personne ni sur le sang royal de France , veu l'amytié et courloysie qu’il leur portoit et l'honneur et le bien qu’il leur avoit faict; et pour ce ne fit grand cas de ce premier advertissement ni du dire du premier messager, combien toutesfois qu'il ne sc pût garder de penser aux menaces et impostures injurieuses que luy avoit faict et dict ledit admirai, le soir qu’il l’avoit visité. Et entra sa majesté en une grande perplexité d’esprit par diverses et infinies pensées, et en ceste perplexité receut ung second advertissement de la part de sa sœur la roync do Navarre (comme aulcuns volurent dire), qui l'assura du complot résolu au conseil des malins, qui estoit de se ruer sur S. M. et altesses de messieurs ses frères, et de les massacrer et exterminer les premiers. Saditte majesté, ayant bien posé sés sens, ne se volut baster de croire à l’ung ni à l’aultre des messagers, que premièrement n'eust faict explorer par tous moyens à luy possibles la contenance des princes. Ceux qui furent commis à ceste chaîne ne povoient que dire ni rapporter k sa ditte majesté, tant Icsdictz princes estoient couvera en leurs faietz et dietz, et en descoitvroit-on plus par leurs serviteurs que par eux-mesmes. La menée lut tant brassée de part et d’aultre , qu’à la fin ung huguenot, qui avoit esté présent à la résolution et qui avoit charge des princes de s’emploier à l’exécution future par eux résolue, fit advertir le roy qu’il eust à se garder qu’il ne tonibaat ès mains furieuses, et qu'il et le sang de France eussent à se saulver.
A ce troisiesme advertissement creut le roy et au rapport que luy en firent les explorateurs par luy envoyez de toutes parts; il manda à soy messieurs ses frères et les sieurs de Guise, pour aller on son logis du Louvre de nuict lorsque chascun fiit retiré , et consultèrent ensemble toute la nuict, pour adviscr le moyen de eux saulver de ceste tant barbare sédition buguenoticque complotée et enlreprinse
1572. sur eux, et résolurent qu’il falloit exécuter sur Icsditz huguenotz ce qu’ilz huguenotz vouloient faire sur leurs majestés et altesses, et ce au plus tost que faire se pourroit par prévention et avant le jour résolu par lesditz huguenotz’. La force et main armée des huguenotz fut la cause de ceste résolution royale, d’aultant qu'il n’estoit possible d’y sçavoir procéder par voye de justice, parce qu’ilz huguenotz avoient tous les armes au poing. Et est une chose toute certaine que, si le roy y eust faicl procéder par voye de justice ordinaire, qu’il n’eust esté le plus fort et eussent esté sa personne et celles des princes du sang et aultres catholicques en grand danger, et n’en fault point doubter; et pour ceste occasion, le tout bien meurement délibéré, convint à sa majesté de prendre la voye de faict pour saulver le noble sang de France.
Après que le roy et les princes catholicques du sang royal et de Guise furent résolus de prévenir les huguenotz et de les punir de la peine qu’ilz huguenotz avoient délibéré de faire sur leur majestez et altesses, fallut quant et quant adviser le moyen de bien dextrement exécuter le faict au proulSt des personnes royalles et altesses des princes, comme aussi au proufiit de tous les catholicques de Paris et aultres lieux de la chrestienté de France. L’advis fut que l'entre-
' Il semble résaltcr de deux lettres écrites par Catherine de Médicis, le i3 août, et j«r Charb^s IX, le i8. à M. de Mandelot, gouverneur de L)on, que dès lors la rour prenait des mesures pour assurer le massacre des protestants, el que le jour de l’csécuUon était fixé. (Correspondance du roi Qiarles IX et du sieur de Mande* loi, publiée par M. P. Paris, p. aq et 3i.) Voye* aussi, comme témoignages de la préméditation, une lettre adressée par la reine mère à M. de Strozii, plus do deux mois avant la S'-Barthélemy, et qui est citée dans le Iléveille matin des Français, une phrase équivoque contenue dans une
lettre du caridnal Alessandrino, du 6 mars 1573, et un passage de Capilupi, où il est dit que Catherine as.sura le pape que Charles IX ne cherchait que les moyens de se défaire des protestants. ~ Dans la Vie, actions et déportemenU de Catherine de Médicis, Fauteur parle d'un rôle de meurtre dressé d'avance, où figuraient plusieurs catholiques, les Montmorency, Cessé, Biron, etc. Il nie qu'il y ait eu aucun complot de la part des protestants.
{Arck. carieiuu de rhùt. de France, i. IX, p. 58.) Tavannes traite aussi ce complot de mensonge.
prinse ne se povoit bien exécuter sans l'ayde des capitaines et gou- 1572. vemeurs de Paris, et que pour ce estoit besoin de s’ayder de leurs personnes et moyens, pour ce que tous les catholicques dudit Paris avoient prins les armes au poin dedans leurs maisons, pour se saulver de la sédition huguenoticque et pour deffendre leurs vie et biens contre lesditz hugucnotz, à cause de l’orgueil et menaces qu'ilz liuguenotz faisoient et disoient depuis le coup donné audit admirai, et que, si on entreprenoit de se ruer sur lesditz huguenoU sans en avoir adverty lesditz Parisiens, ilz Parisiens, sortans en armes de leurs mai.sons, se jetlcroient sur les catholicques, pensans estre les huguenotz qui les volussent saccager, et y auroit ung tel désordre, que les catholiques et Parisiens s'entretueroient, qui seroit le moyen de donner toute la force aux huguenotz de parfaire ce qu’ilz avoient comploté et résolu sur le saccagement du roy, des princes et de laditte ville.
Les Parisiens catholicques furent advertis de la volunté du roy et des princes fort secrettement, dont grand joye leur advint, et avec lesditz Parisiens fut advisé du moyen, du jour et de f heure les plus convenables pour l’exécution de l’affaire; et parce qu’il estoit besoin et nécessaire de prévenir lesditz huguenotz et le jour prins entre eux qu’ilz debvoient saccager le roy, les princes et les cathobeques, fut le tout conclu et arresté fort diligemment. Le jour fut prins au a 4’ d’aoust, après les unze heures du soir, nuict de la feste mons. S'-Bartholomy, au son de la cloche de l’horloge du Palais, pour sortir en armes par les rues et pour assaillir les maisons esquelles estoient logez lesditz huguenotz, tant estrangers que ceux de la ville.
Les premiers logis et huguenotz qui furent par les catholicques saisis, furent les logis et personnes de l’admirai, du roy de Navarre, du prince de Condé et de la Rochefoiicault, principaux chefs de l’entreprinse contre le roy et les princes catholicques ‘. On pardonna au
^ Sur le massacre de la Saint- Bartlié- avoient conjuré contre le roy et son ettat. lem)', vo^et : Discours sur les causes de (Archiv. cur. de Thist. dg France, t, VTI. rex^ahun faicte es personnes de ceux fui p. 33 1 ); d'après cet écrit, une conspiraHon .
1572. roy de Navarre et au prince de Condé, et ne iit-on aucun mal à leurs personnes; niais à nul de leurs gens fut pardonné, ains furent nias-
aurait été ourdie contre U cour par Colign^t pour venger la blca^ure qu*iJ avait reçue ot dont il attribuait la pensée aux GuÛm»; — Le Straltigème , oa la Buse de Charles IX, roy de France, contre les Aa- ^aenotz rebelles à Dieu et d It^, esrrit par te f Cttimlle Cttpilupi et envt^é de Rome au f Alphonse Capilapi (Arch. cur. de l'hisl. de France, p. 4oi ). L*aulcur parle à peine de la con»piraÜon attribuée aux proiestants; il eberebe à démontrer, en la vantant, la longue dissimulation avec laquelle Charles IX cl sa mère auraient prémédité le massacre ; — Généalogie et la fin des Akgaenotz, par G. de Saconay. Lyon, 1573, in-8*; — • Chanson des mauacres de France, sur le chant du psalme 65 : «Que Dieu se monstre • (Bib!. imp. Saint-Victor, a* SSg. fol. 6 V*); — Discours du roy Henry lil à Bit personnage d'Aoanacr et de guahté estons près de S. M., des causes et motifs de la S- Barthélemy (Bibl. Lmp.Saint'Gcrmaiii-Ilarlay, n* 3a4; reproduit dans les Mémoires d’étal de M. de ViUeroy, et dans niistoire de France de Mathieu); Notice de la religion caiholiegue etfoy chresticnne des n^t de Fronce, œuvre par laguelle est istoriée la dévotion et -V affection desditz roys envers les cAoser sainctes et la punition par eux faiett des héréticques et des rebelles. Paris , P. rUülier, 1 57a; — Figure et exposition des portraietz et dictons contenus ès médailles de la coiupiration des rebelles de France, opprimée et estaincte par le roy très chrestien Charles IX, par M. Favyer. Paris, Jehan Dallier. 167a. — Lettre du P. Charpentier, jarùconsulte , adressée d Fr, Porter , Candiot , par laguelle il montre goM les penéciüwns des églises de
France sont advenues non par la fuule de CC4LT qui faisoient profession de la religion, mais de ceux gui nourrissoient les factions et conspirations gnon appelle la cause (Imprimé. — Biblioth. imp. Becaeil de pièce/, in-8*, L. 1 343 , pièce 5) ; — Ora/io perstnngens breviler historiam lanienm gallicœ, speciafim vero Parisiensis istius gua cecidit in anno 1572 (Londini, per Th. Shodham. 1619); — Mémoires singuliers pour l' histoire du jour de la S-Barthélemy (Biblioth, imp. Dupuy, vol. 66 1 ) Discours mo^ntfque et gaillard touchant les causes de la mori de radmiral de Coligny et ses complices , pris et tiré de la S' FicnVare, etc. (Lyon, Ben. Bigaud, 157a); — Ode trionfule au roy, sur Véguitahlc justice que S. M.feit des rebelles, la veille et jour de S-Loys, par CL Nnuvolct (Paris, Bob. Granjon, *673, in-4*); — Dftcoorr w les occurrences des ^cierr» intestines de ce royaume et la jiutice de Dieu contre les rebelles au roy, et comme de droict divin est licite à S. M. de punir ses subjects pour ta religion violée, ewemAIe le tombeau de G. de Coligny, jadis admirai de Fronce (Paria, M. de Roigny, 1673); — Déluge des huguenotz, avec lear tnmbeaa
et les noms des chefz et principooj* punir/
par J.-C. de Vellay (<4rcA. carieuses de Vkist. de France, l. VII, p. a5ï ); — De furoribtts galltcis , horrenda et iWi^no amiralli CustelUonei, nobilium etc. cœde (Edimburgi, 1573); — 5omnuiire ducoars de tous les irouhlei de ce royaume, procédasu des impostures et conjurations des héréticques et des rebelles (Paris, niuillier, 1673); — Omotiuimi cujusdam viri de rebas gallicis, ad Sisutitlaum FlrûAiom et ad hune de iisdem
DE CLAUDE HATÜN.
sacrez en leur présence el dessoubz leurs pieds. L’admirai fut mas- 1572. sacré en sa chambre et tous ceux qui y estoient, et fut son corps
rcspoiuio (iâ73, in-4*> La première de CCS lettrea est attribuée k Guy du Faur de Pibrac); — Extrait des registres et cfirxh niques du bureau de la cille de Paris, du 22 août au P' septembre 1572 (Archiv. cur. de rhtaCoire de France, t. Vli, p. 309): — Gaiparu Colinii, CasteUomi magni cordum Franc, amir. vita (i575, in-Ô*); — lUustrissimi herois Gasparxs Coliqnii epice^ dia, etc. (imprimé, Bibl. irap. FonUnieu, vol. 3a4*5-6); ^ Complainte et regrets de G(tsp. de Colligny, qui fut admirai de France (Paris, au mont S‘-Hilairc, 167a); — Le /?éret7/e-ma(iR des François et de leurs vo<tisit, par E. Philelphe, côsmi^lite
(Arcliives curieuses de Thist. de France, t. Vlll, p. 167); c'est le même récit, sauf quelques changements, que celui des Aîé^ moires de t Estât de Franco; ~ Discours particulier où est amplement deserit et blasmé le massacre de la S-Barthèlemy (Bibl. imp. 5'-Gorniain-Harlay, 3ô4).C‘cst un récil détaille de la S'-Barthélemy, avec un aperçu des événements qui ont précédé le massacre, depuis la conspiration d'Amboise; il parait adressé aux princes protestants d’Allemagne; tous les naaux de la France y sont attribués a l’ambition, au mauvais gouvernement de la reine mère et à l'éducation qu elle a donnée à scs enfants. La partie de cette pièce <^ui concerne spécialement U S‘-Barthelcmy a été imprimée sous le titre de : Le tocsin contre les massacreurs, etc, Reims, Jean Martin, 1^79, et Arch. carieuses dé l'hùt, de Francs, t. VU. p. 1 ; — iJusarfafioR sur la journée de la S^Bardêélemy, par l’abbé Caveyrac (/freè. raneuses, l. VII, p. 475); — Disserta-
lion , etc. à la suite du Coup d'esil sur t'ksstoire du calvinisme en Fronce, par M. R. de Sauclièrtrs (iB44, in-8*); — La France et la S-Burthèlemy, par G. Soidan (i855, in-8*). — Voy. aussi de Thou, Hist. onn*. 1. LU, et Mémoires {Panthéon littéraire, xrs* siècle, p. 569 et 570); — Mémoires de jVar^uenVe de Valois [édit. Guessard, p. 36); suivant Mai^ucritc, le désespoir et les mauvais desseins qùe la blessure de romiral avait inspirés aux protestants déridèrent la cour a prévenir leur vengeance;
— Vie de Charles IX , par A. Sorbin (,4rchives coneu^ei de l'hist. de France, t. VlfT, p. a8o); l’auteur admet la préméditation du massacre et en fournit des témoignages ;
— Mémoires de Jean, sieur de Mcryey ( Panthéon liUéraire, siècle, p. a09); — Mémoires de Je^in de Saalr-Taeannes (ibid. p. 43a) ; on y voit que la cour aima mieux gagner une bataille dans Paris, ou les chefs protestants étaient réunis, que la risquer en rase campagne; — Mémoires de iEstat de France sous Charles IX , t. I, foL 189 et suiv. — Ü'Aubigné, Histoire universelle, t. 11, L 1, p. 10 et suiv. ~ Œconomiet royales, de Sully, ch. v et vi;
— La vie et faits notables de Henry de Valois (Arch. curieuaes de l'hist. de France, t. XII, p. 4ai); — Vie, actions et déporiemesu dé Catherine de Médicis (ihid. t IX. p. 58 et suiv.); ^ Histoire de Charles IX, par Papire Masson {tbid. I. Vlll, p. 336); d’après cet écrit , le mariage de Marguerite et de Henri de Navarre fut un piège dans lequel Charles iX . qui regarda le massacre avec beaucoup de joie, avait su attirer le» protestants; — Choses notables et qui sem-
1572. jette dehors par les fenestres sur le pavé. Le prince de la Rochefoucault et tous ses gens y demeurèrent. Au bruict qui se fit au forcement des logis des princes susdits huguenoti et de l’admirai, commença le guet de Paris è s’esmouvoir les armes au poin et sortir en pleine rue, et la cloche de l’horloge du Palais à sonner. Les Parisiens calholicques avoient iing certain signal et marque sur leurs hahillemens semblable à celuy que pourtoient les gens du roy, alfin de eux entrccognoistre à la mesléc. Les huguenots , par mesme moyen , à ce bruict se mirent en armes et sortirent en rue pour exécuter la résolution de leur dessein, marques d’aultre signal que les catholicques; ils se trouvèrent bien surprins, quand ils virent que l’on commença à drapper sur leur fripperie. Ce de quoy plus ils s’estonnoient estoit le son de la cloche du Palais qui sonnoit l’alarme et le tocsin, chose de quoy ils ne s’estoient doublez et qu’ils n’avoient donné charge de faire en la résolution de leur conseil. Aultant qu’il s’eu présenta ceste nuict par les rues, aultant en demeura-il sur le pavé. Toute la nuict se passa k forcer et saccager les huguenots de guerre et qui estoient de la rébellion contre le roy et les catboUcques, qui estoient audit Paris et s'estoient trouves au mariage dudit roy de Navarre; et croy que nul n’en eschappa .sain et saulve que le capitaine
IfUnt dtgnet dê Thistoirt (Ardiives curieuses de Thistoire de France , p. 407); — TaU lemant des Rëaux (HislonetUi , édit. MoD' oierqué, l. I, p. aa3); Lettre de Charles IX à M. de Cély, président au parlement, pour lui recommander et loi promettre le secret sur les choses échangées entre eux au sujet de la S-Barthélemy, a4 mars 1573 {Revue réirospeci. t. 11], a* série, p. 193),; — Diverses lettres de Charles IX à M. de Lon^evUle, à M. de Matignon, à M. de Mandelot, a M. d‘Éguill)', à M. de Lavalette, à M. de Bric, dans le vol. 3a4*3a6 de Fontanieu , dans le Recueil de M. Paria , dans celui de M. Mcrlet, dans les Mé>
moires de l'état de France , etc. ; ~ Lettre de ChaHes IX à Carouge, gouverneur de Rouen , en date du a4 août 1 57a. analysée dans l'Histoire du parlement de Rouen, par M. Floquel, t. III, p. 1 15; — Lettre de Charles, cardinal de Lorraine, à Nicolas Psaulme, évéque de Verdun, i5 septembre 157a (Revue rétrospective, U III, a* série); — Lettre du cardinal de Lorraine k Charles IX, 10 septembre 1671 (ibid. t. V, p. 370); — Brantôme, Vies dé Charles IX et de Catherine de Médicis: de Serres, Hist. de cmq rois; — Martyrologe de Crespin; Daviia, la Popelinière, etc.
Lorge, dict le comte de Mongomery. An jour de devant, il avoit 157'2. changé de logis et s’estoit retiré au fauxLourg Sainct-IIonoré, pour faire escorte à quelques capitaines huguenotz qu'il et l'admirai avoient mandez venir audit Paris, pour ayder à l'exécution de leur future entreprinse; le jour Sainct-Barlholomy au poinct du jour, oyant le bruict dedans la ville de Paris et voyant les portes de la ville fermées contre la coustume des jours précédefts, il entendit bien qu’il y avoit aultre mesnage que celuy^qu'il et les siens avoient comploté, monta sur une grande jument d'Espagne qu’il avoit, et print la fuitte à bride avallée pour se saulver, en disant telz motz : • O Dieu ! qui est le traître qui a révélé nostre secret? • Et ce dict, picca le chemin de la Rochelle , et n'airesta oneques pour dormii' qu'il ne fust entre dedans la ville, où il se rendit en moins de vingt-quatre heures, et dont il se saisit pour se y fortifier. A grand peine fut monté à cheval ledit Mongomery pour se saulver et hors de son logis, que ceux qui avoient la chaige de le prendre vif ou mort y arrivèrent, et, sçaehant qu'il estoit party n’y avoit longtemps, montèrent à cheval et le poursuy virent; mais oneques ne purent ratrapper que sa jument d'Espagne, qu’il avoit quittée quand elle fut hors d’allaine et prenant aultres chevaux tous fraiz pour mieux courir. Le roy désiroit fort qu’il fust prins vif, pour faire de luy exécution publicque et exemplaire à tout le monde , à cause du murtre qu’il avoit commis aux joustes en la * personne du feu roy Henry, père de sa majesté, au mariage du roy d’Espagne avec la sœur de saditte majesté'.
Au matin, le jour de la Sainct-Bartholomy, les portes de la ville de Paris ne furent ouvertes à personne qui fust, tant grand seigneur feust-il, ni de trois jours après ; et n’entrèrent ni sortirent audit et dudit Paris aucunes personnes quelles quelles fussent, et furent les trois jours employez à ccrcher les huguenotz et huguenottes de la ville de Paris et aultres lieux, et à tuer et massacrer ceux qui furent trouvez dedans ladilte ville, et n’en eschappa que ceux qui gangnèrent les
' Lettre du roi au gouverneur de Nor- de Mongomniery. iU août, (laam*
mandie Matignon , pour £urc aaisir le sieur berl, il«c. tUt une. /ori/ra/ip.L XIV, p. a56.)
1572. maisons de leurs amys catholicques bien secrettement et les religion.^ des Cordeliers, jacobins et aultres des ecclésiastiques, pour eux saul* ver, esr]uelles maisons et couvcns en y eut de massacrez, d’aultant qu'on les y avoit veu entrer. Les buguenotz incognus, tant de laditte ville que aultres qui n’en esloient pas, se saulvèrent à la marque et signal qu’ilz prindrent tels qu’ilz virent les catholicques en porter, qui estoient des croix blanches sur leurs chapeaux et habitz, et con> trefaisans les catholicques et prenans les armes au poin, se meslcrent parmy les catholicques pour tuer et persécuter leurs frères huguenotz béréticques, et firent telz plus de carnage sur le reste des huguenotz que ne firent et n’eussent faict les catholicques. Les maisons des huguenotz dudit Paris furent toutes mises et hahandonnées au pillage, qui dura l'espace desditz trois jours, où s’enrichirent maintes pauvres gens dudit Paris, tant crocheteurs, maraux de Grève, que aultres.
La damovselle d’Yvemy, bourgeoise de Paris, dame des villages d’Aulnoy-lez-Provins et Costnres, paroisse des Ormes lez Bray-sur- Seine, huguenotte perfaicte , fut trouvée etprinse dedans l’Hostel-Dieu de Paris, revestue en habit de nonnain pour penser saulver sa vie, fut dudit Hostel-Dieu tirée par ceux qui la poursiiyvoient, et tuée sur le bord de la rivière de Seine et son corps jetté en laditte rivière Les filles de laditte damoyselle se saulvèrent au logis démons, de Crenay, * maistre d’hostel du roy, où elles ne curent aucun mal, et s’estant réduittes à la religion catholicque, furent remises en leurs biens en toute liberté et sûreté , l’une desquelles fut par après mariée au filz dudit sieur de Crenay, jeune gentilhomme bien accort et fort accompiy’.
La dame d’Estemay fut saulvée par le moyen de ses amys dudit Paris, qui la recélèrent l’espace de plus de dix jours et jusques après la sédition cessée, ayant quitté ses habitz de damoyselle pour en
‘ Voy. le Toc*in contre le? miuMcreura, (4rcA. curieaut dê Ihitl. de France, I. VII, p. 56); Mdm. de VEetat de France, I. I, et ite Tliou, HUt. unit. I. LU.
^ ’ Frençoise. Iroiticmc Bile de Made-
leine Briçonnel et de Thibeud de Lon?;ue joue, sieur d'Yverny, épousa Pierre de Foissy, sieur de Crenay, puis en secondes noces Itoberl du Harlay. sieur de Monlglal
DE CF.AÜDE BATON
prendre d'autres telx que les portent les simples femmes des villes, 1572. allant par cbascun jour à 1a messe , contrefaisant la bonne catholicquc et tenant des patenostres en ses mains.
Ramus, docteur en tous droictz, liseur du roy en l’université de Paris, homme estimé le plus sçavant de la France et le plus expert en toutes sciences humaines qui fust audit Paris et quasi en toute la chrestienté, fut à ceste sédition tué et massacré comme hérélicque scismatique et huguenot tel qu’il estoit , et ne le garda d’estre saccagé la belle et grande croix qu’il avoit mise sur son chapeau.
Ceste sédition fut fort cruelle et sanguinaire, et, par le rapport qui en fut faict à la vérité, furent tuez et massacrez audit Paris l’espace de trois jours et trois nuictz le nombre de plus de sept mille personnes bien cognues et remorquées, sans aultres qui furent jettées \
dedans la rivière qui ne furent cognues'.
Les sieurs de Telligni, gendre du feu admirai Colligni, homme des plus cxpertz de la conjuration buguenoticque et des plus grandes entreprinscs, de Bricquemaux et de Cavagnes, ne furent tuez à la sédition, parce qu’ilz ne furent trouvez en leurs logis la nuit de la $'-Bartbolomy, quand on cercba à la collèrc ; mais furent prins prUonniers deux jours après au lieu où ilz s’cstoienl saulvez, et furent menez dedans la Conciergerie du palais de Paris, où ilz furent l’espace de quinze jours durant que l’on fit leur procès, lesquelz, par leurs interrogat, recollement et confrontations, révélèrent le secret * par eux et les aultres huguenots conspiré contre le roy, et confessèrent qu’ilz avoient résolu de faire sur le roy, ses frères , les sieurs de Guise et aultres catbolicques de Paris, pareil saccagement que lesditz catbolicques avoient fait sur eux, et déclarèrent en oultrc plusieurs aultres secretz et les principaux poinetz qui entretenoient les guerres civUles entre le roy et les princes huguenotz.
Hz furent par arrest de la court de parlement dudit Paris condempnez à estre dégradez du tiltre de noblesse et déclarez roturiers, et quant et quant à estre pendus et estranglez en la place de la Grève
' Quelque» conlenqto raina portent ce nombre jusqu'à dix mille.
1572. devant l'hoslel de la ville dudit Paris, et par après leurs corps menez au gibet de Monfaucon lez laditte ville de Paris, ce qui fut faict.
Le corps de l'admirai demoura le reste de la nuict en laquelle il fut saccagé .sur le pavé de la rue, devant le logis où il fut tué, jusques au lendemain buict heures du matin, que les petis enfans de la rue et aultres l'enlevèrent avec cordes qu'ilz luy mirent ès piedz et au col et le traînèrent par les aultres rues dudit Paris'. En le traînant, ilz luy firent son procès, tout ainsi que s’ilz eussent esté juges et gens de justice , et par leur sentence le condempnèrent k estre traîné par lesdittes rues de Paris d'ung carrefour à l'aultre, comme villain, séditieux et perturbateur du repos public, conspirateur contre son roy, proditeur de sa patrie, et finallement à estre bruslé à petit feu comme héréticque et huguenot, et fut par eux enfans ceste sentence sur luy prononcée de carrefour à aultre, leue et publiée par les rues où il fut par eux traîné; et estans parvenus au lieu par eux désigné pour le brusler, allumèrent un feu de fourre et de bois sur son corps. Ce faict, se lassèrent de le plus pourmener, et pour en destrapper la terre , le jettèrent dedans la rivière de Seine pour le rafreschir, où il fut quelques trois ou quatre jours et jusques a# ce que son procès criminel fust faict par messieurs de la court de parlement’, lesquels, en confirmant leur premier arrest contre luy rendu durant les troubles précédons des années mil cinq cens soixante-neuf et dix, ainsi que l’avons dict esdittes années, le condempnèrent crimineux de lèze majesté divine et humaine contre Dieu et le roy, son corps à estre traîné sur ime claye par les rues de Paris avec ung cheval, à estre desgradé luy et sa postérité du tiltre de noblesse, et à estre pendu au gibbet de Monfaucon de Paris, ses biens, meubles et immeubles confisquez au
* Le testament de Coligny a été publié d'aprèft la pièce olographe dana le Bulletin de la société de l'histoire du protestantisme français, i853, p. a(io-
* Sur le lit de justice tenu au parlen>ent de Paris, é l'occasion de la S'-Barlhé-
lemy et sur l'airèt rendu par le parlement contre la mémoire de Coligny, le a6 août 1573, roy. la lettre de Dufaur de Pibrac. p. 360. et le Stratagème de Charles IX. par Capilupi. {Aïxh. carieota de ihiit. de Fronce, t. VU, p. et suiv.)
DE CLAUDE UATON.
roy et remis au domaine de sa majesté, sa maison de Chastiilon-sur- Loing, qui estoit son principal domicilie, à estre abatuc et razée rez pied rez terre, ses armoiries et cscussons rompus et jeltez par terre en quelque lieu qti’ilz fussent veus et trouvés.
Geste sentence rendue contre luy, fut son corps levé de la rivière comme indigne d' estre viande des poissons, et fut par le boun-eau traîné par les rues et de là mené au gibbet du Monfaucon pendre , pour estre viande et charongne des vers et des corbeaux, où il fut quelque quinze ou vingt jours avant que aucuns de ses amys eussent le moyen de faire couppcr les cordes qui le soustenoient et de le faire tomber au bas dudict gibbet, où ilz le firent de nuict enterrer.
ü ne fault laisser en arrière le miracle que Dieu démonstra dedans la ville de Paris, au cymelière de Sainct-lnnocent, les jours et nuietz de la sédition susditte et saccagement dudit admirai ut les siens, qui fut tel qu’il s’ensuit. Fault notter et croyTO quant et quant que, dedans le cymetière de mons. S*-Innocent de Paris, y a une petite chapellette, dedans laquelle est une ymage de la vierge Marie nostre • dame, devant laquelle tous cadiolictpies qui passent par là font la ré-
vérence et plusieurs se mettent à genoux pour prier Dieu en l’honneur de la vierge Marie, mère de Jésus-Gbrist, et pour l’utillité des pauvres trespassez; devant laquelle chapelle et ymage y avoit une espine blanche plantée, qui aultresfois avoit esté verte et bien reprinse, portant par plusieurs années feuilles, fleurs et fruicts, et qui estoit devenue morte et seiche il y avoit plus de quatre ans auparavant ceste présente, sans avoir jetté feuille, fleur ni fruict, et n’en faisoit-on aultre cas que d’ung arbre mort et sec. Lequel arbre ou espine, dès le matin du saccagement et sédition, fut veue reverdir de feuilles et fleurir de fleurs belles et blanches, ayans pareille odeur que les fleurs d’espine blanche qui fleurissent au moys de may; et dura ce miracle l’espace de quinze jours entiers, au veu et au sceu de tout le monde de Paris et aultres lieux qui y estoienl et furent de toutes parts durant ledit temps. Icelle espine fut par toutes personnes touchée et visitée en son escorce, boys, feuilles et fleurs, pour veoir si c’estoil point ung
1572. abus qui eust esté faict par ait magicque ou enchantement d’enchanteurs, sorciers ou Vaudois, et fut trouvé que non, mais que c'estoit la vertu de Dieu qui y opéroit*.
Aucuns malades languissans, ayans ouy ce miracle, se firent porter audit cymetière pour veoir laditte espine; lesquels, estans là avec ferme foy, firent leur prière à Dieu en l’honneur de nostre dame la vieige Marie et devant son y mage qui est en laditte chapelle, pour recouvrer leur santé, et, après leur oraison faicte, s’en retournèrent en leurs maisons sains et guaris de leur maladie, chose très-véritahle et bien approuvée. Il sembla que Dieu, par ce miracle, approuvast et eust pour agréable la sédition catliolicque et la mort de son grand ennemy l'admirai et des siens, qui avoient tant et si audacieusement depuis douze aus auparavant par toute la France deschiré sa robbe sans cousture qui est sa vraye Eglise et son espouse, et conculqué et gasté les sainetz sacremens d’icelle, et signamment son précieux corps au sainct sacrement de l’autel , qui est consacré à la saincte messe par les prebstres de son église apostolicque et romaine. Après les quinze ou vingt jours passez, laditte espine s’en retoiurna en son premier estât de seicheresse et aridité.
Le 27' jour du moys d’aoust, le roy fit cesser la sédition’ et crier par ses béraux aux carrefours de la ville de Paris, que chascun eust à s’arrester et laisser en paix toutes personnes sans plus tuer, mais trop bien d’emprisonner ceux que l’on trouveroit et qu’on cognoistroit estre fauteurs de la conjuration huguenoticque et séditieuse entreprinse contre sa majc.sté et les catbolicques.
* Voy, Mém.de tEstoilU, t l, p. 76 de iVdîtion Petilot, cl de Tliou, 1. LXII.
* Voy. sur Tordre donné par Qiarles IX , d'après tes remontrances de TécheTÎnage, de cesser à Paris les meurtres et pUleries, le Registre du bureau de la ville de Paris. {Arthivet curieates <U l'khtoire de France, t VII, p. 217.) — Le ai aoiit, le roi expédia aux gouverneur» des province»
une circulaire dans laquelle il rejetait sur les Guises le meurtre de Tamiral, et expliquait les massacre.» par une querelle entre les proleslanU et les princes lorrains. (Voy. la Correspondance de Charles IX eide Mandelot, p. $9; les Mémoires de TKslal de France, fol. 3i5; le Recueil de lettres publié par M. Mcrlct, etc.)
Et ce faict, se transporta en personne au Palais, dedans la chambre 1572. dorée, où il fit assembler tous les messictus des chambres des parlemens dudit palais, messieurs ses frères et aullres princes catho- Ucques, comme aussi les princes huguenots, le roy de Navarre et prince de Condé, qu’il avoit faict serrer au chasteau du Louvre, ne voulant permettre qu'ils eussent esté tues avec les aullres en ladilte sédition; en la présence de tous lesquels, comme aussi des ambassadeurs d’Espagne, d*Ytabe, de Rome et d’AUemaigne , il déclara le faict de laditte sédition et les causes pourquoy, approuvant ce qui en avoit esté faict comme estant fait par son commandement' exprès, ainsi qu’il appert par la déclaration qui s’ensuit :
« Déclaration du roy de la cause et occasion de la mort de l’admirai et aultres ses adhérens et complices, dernièrement advenue en ceste ville de Paris, le xiiv* jour du présent moys d’aoust hccccci.xui.
• DE PAR LE nOY.
« Sa majesté désirant faire sçavoir et cognoistre é totfs seigneurs, gentilhommes et aultres ses subjecU la cause et occasion de la mort de l’admirai et aultres ses adhérans et complices, dernièrement advenue en ceste ville de Paris, le xxiv' jour du présent moys d’aoust, d'aultant que ledict fait leur pourroit avoir esté desguisé aultrement qu’il n’est;
• Saditte majesté déclare que ce qui en est ainsi advenu a esté par son exprès commandement et non pour cause aucune de religion ne contrevenir à ses édietz de pacification , qu’il a tousjours entendu comme encores veult et entend observer, garder et entretenir, ains pour obvier et prévenir l’exécution d’une malheureuse et détestable conspiration faicte par ledit admirai, chef et autheur d'icelle , et sesdietz adhérans et complices, en la personne dudit sieur roy et coptre son estât, la royne sa mère, messieurs ses frères, le roy de Navarre, princes et seigneurs estans près d'eulx.
• Parquoy saditte majesté faict sçavoir par ceste présente déclaration et ordonnance, à tous gentilhommes et aultres quelconques de
1572. la religion prétendue réformée, qu'elle vetdt et entend qu’en toute seureté et liberté ilr puissent vivre et demeurer avec leurs femmes, enfans et familles en leurs maisons, soubz la protection dudit seigneur roy, tout ainsi qu’ilz ont par cy devant faict et pourroient faire , suyvant les bénéfices desditz édictz de pacification.
• Commandant et ordonnant très-expressément à tous gouverneurs et lieutenans généraux , en cbascun de ses pays et provinces , et à tous aultres ses justiciers et officiers qu’il appartiendra, de n’attempter, permettre ne souffrir estre attempté ne entreprins, en quelque sorte et manière que ce soit, ès personnes et biens desditz de la religion, leursdittes femmes, enfans et famille, sur peine de la vie contre les délinquans et coulpables.
• Et néantmoins, pour obvier aux troubles, scandallcs, soupçon et deffiances qui pourroient advenir à cause des presches et assemblées qui se pourroient faire, tant ès maisons desditz gentilhommes que aillieurs, selon et ainsi qu’il est permis par les susditz édictz de pacification, saditte majesté fait très-expresses inhibitions et deffenses à tous Icsditz gentilhommes et aultres estans de laditte religion de ne faire assemblées, pour quelque occasion que ce soit, jusques ad ce que par ledit seigneur, après avoir pourveu à la tranquillité de son royaume, en soit aultrement ordonné, et ce sur peine de désobéissance et de confiscation de corps et de biens.
• Est aussi très expressément detfendu, sur les mesmes peines, à tous ceux qui, pour raison de ce que dessus, auroientou retiendroient des prisonniers, de ne prendre aucune rançon d’eux et d’advertir incontinant les gouverneurs des provinces ou lieutenans généraux, du nom et qualité desditz prisonniers, lesquels saditte majesté ordonne les relascher et faire mettre en liberté, si ce n’est toutesfois qu’ilz soient des chefz qui ont eu commendement pour ceux de la religion ou qui ayent faict des praticqiies et menées pour eux, et lesquels pourroient avoir eu intelligence de la conspiration susditte, auquel cas ilz en advertiroient incontinant saditte majesté, pour sur ce leur faire entendre sa volonté.
DE CLAUDE BATON
• Ordonnant aussi que doresnavant nul ne soit si bardy de prendre 1572. et arrester prisonnier aucun pour raison de ce que dessus, sans l'exprès commendement dudit sieur ou de ses officiers, et de n’aller courir ny prendre, par les champs, fermes et mestairies, aucuns chevaux, jumens, bocufz, vaches et aultre bestial, biens, fruiclz, grains,
ni choses quelconques, et ne melTaire ne mesdire aux laboureurs, mais les laisser faire et exécuter en paix et avec toute sûreté leur labourage, et ce qui est de leur vacation, et ce sur les peines susdittes.
• Faict à Paris le vingthuictiesme jour d’aoust, l’an mil cinq cens soixante et douze.
• Signé Cu.\RLEs.
< Et au desaoubi, Fizes'. •
Nonobstant ceste déclaration et deifenses du roy, aucuns ne cessèrent de saccager les huguenotz qui estoient espars en divers lieux hors de Paris et qui en estoient absens auparavant le jour de la feste de mons. S' Bartholomy; et entre aultres furent saccagez et tuez dedans leur maison le chancelier de France nommé l'Hospital, et sa femme’, qui estoient deinourans lez Estampes, où se transportèrent aucuns tout exprès pour les massacrer, car ilz estoient des plus pernicieux huguenotz du royaume. Combien qu’il chancelier ne suyvist la guerre des rebelles, ains suyvoit tousjours le roy, estant de son conseil; il estoit fort pernicieux au royaume, d'aultant qu’il donnoit advertissement aux princes huguenotz de tout ce que le roy et son • conseil entreprenoient contre eux, et en oultre leur fournissoit des sceaux et cachets du roy pour sceller et cacheter les lettres qu’ilz huguenotz faisoient au nom de sa majesté, qu’ilz envoyoient aux Allemans et nations estrangères pour en tirer secours.
* Cet ftcte a élé publié dans le Recueil d'isamberl* t. XIV, p. a&7.
* Il n*C9t pas eiacl que rHôpilal, qui était retiré dans sa maison de Vignay, près d'Étaropes, et sa femme, aient alors été tués; le cbancelier mourut le i3 mars
1&73. L’ne déclaration du i" février lui donna acte de sa démission et lui conserva les honneurs et émoluments de m place jusqu'à sa mort. (Voy. Brantôme, Di^nt ihn sar U chmctlier ds t Hospitaf.)
1 572. Le président de la Place , homme des plus experts et renommez du palais de Paris, huguenot, ne fut tué durant la sédition des trois jours, parce qu’il ne fut trouvé en sa maison, mais fut tué tout mort en allant au Palais, monté sur sa mulle, plus de huict jours après la déclaration royalle'.
Le roy envoya hommes à Chastillon-sur-Loing, au logis de l'admirai, depuis sa déclaration faicte, pour signifiier à la femme et fille de l'admirai qu’elles eussent à vuyder hors dudit lieu et s’en aller en Savoye, d’où estoit laditte femme, si elles ne se vouloicnt réduyre avec les catholicques, en quittant l’alliance que feu lesditz admirai et Telligny avoient avec les rebelles séditieux, lesquelles aymèrent mieux s’en aller que de se réduyre
S. M. fit arrester les enfans masles dudit admirai, qu'il avoit tant de sa première femme que de ceste-cy, et les lit garder en toute seureté , pour les pourveoir par après de biens et estatz pour avoir moyen de vivre, et les remettre au rang de la noblesse, s’ilz eussent volu se réduire à sa volunlé; et les envoya en divers lieux et soubz divers-pédagogues , pour les instruire en toute science et disciphne de bonnes mœurs, dedans les collèges de Paris, eù ils demeurèrent aux despens du roy quelques années, jusques à ce qu’ilz, par maulvais conseil, s’en retirèrent furtivement, pour se réunir avec les rebelles contre le roy leur bienfaicteur, au temps que nous dirons en son lieu cy-après.
Au jour mesme que le roy advoa la sédition et que la déclaration ci-dessus dicte fut publiée au Palais, les portes de Paris furent ouvertes à ung cbascun pour y entrer et en sortir, ce qui n’avoit esté • libre à personne il y avoit trois jours, et commença la sédition à cesser audit Paris et à prendre cours en aultres lieux; car postes prindrent chemin de toutes partz, pour pourter aux parlemens de Dijon, de Grenoble, de Th'oulouse et aultres beux la déclaration susditte,
' Dueoim lop la vil il le canclirt Ja * Pasuporl pour ,lf ‘ tadiRimtle île par prüiJent P. de la Place, etc. par M. Ch. ta ro^. ai septambre 1671. (Bibl. imp. |58, Bartholmess. {Bullelia de la soc. de fliisl. Mùaioaa étrangerea, ab.) da proletUmiime franç. 1 853 , p. 5 1 1 . )
pour empescher que le semblable ne fust exécuté en leurs villes et 157;2. provinces qui avoit esté faict audit Paris. Mais les villes desditz parlemens et aultres beux fiu'cnt par aultros advertis de ce qui avoit esté faict audit Paris avant que lesdites postes fussent vers eux arrivez, et, par ce moyen, sédition fut faite esdiltes villes et aultres sur les huguenotz d’icelles, la plus grande partie desquels furent murdris et saccagez comme avoient esté ceux dudit Paris.
Les hugucnotz des villes de ’Troye en Cbampaigne, de Lyon, de Bourges, d’Orléans, de Poitiers, de Thoulouse et de plusieurs aultres villes furent traictez à la façon de ceux de Paris, et n’y eut de bien chastiez après Paris que ceux de Lyon et de Thoulouse, et en demeura fort peu esdittes deux villes; et si fut le saccagement faict par l’autborité du magistrat desdittes villes
L’intention du roy estoit que toutes les villes de son royaume lissent sur leurs huguenots comme ceux de Paris avoient faict aux leurs, nonobstant la déclaration et defliense ci-dessus dicte. Car, par ce
' Sur les massacres dans les provinces, voy. èiémoiret <k VEslat d$ France, 1. 1 ; — ilittoirt univartelle, do doThou, l. LIl;^ Correspondance de Charles IX et de de Mandelot, publiée par M. P. Paris; — ms. de FonUnieu, vol. 3a4-3s6; du
massacre de la S-Darlhélemy d Troya (Dibl. imp. coUect. Dupuy, vol. 335, plusieurs fois imprimée); — la S -Barthélemy d Meaux, extrait des Mémoires de M. Janvier, curé de U paroisse SaintThit>aud, à Meaux [Balletin de la société de l'histoire de France, i838, lO mai, p. 3); — Histoire des guerres civiles da comté vénessin, de Provence, de Languedoc, par Louis de Perussis \ La S • Barthélemy d üooen , les 17, 18, 19 et 30 septembre 1673 (Floquet, Histoire da parlement de iloaen, t. m, p. 116 et suiv.); — La huguenots et la S-Barthélemy à Lisieux, par M. de Fonneville (Caen, i84o, in*8*de 35pag.) ;
— Bechercha h istorigaasur la ville d'A ngert, par Moilhey (1776, io>4*); — A/i^motrat de Jean Philippi, conseiller à la cour des aides de Monlpcllicr, et Mémoires d'Achille Gamon, consul d'Annonay, dans les pièces fugitives du marquis d'Aubais; ->■ Mémotra d’Ant. da Puget, dans la ccdlection Micliaud, t. VI, p. 730, etc. — Dans une lettre écrite, le 36 août 1673, aux olUciers judiciaires et municipaux de Nantes pr le duc de Bourbon-Montpensier, gouverneur de Bretagne , pour annoncer la conspiration et la mort de l'amiral, on lit : « Par lÀ. l'intention de S. M. e.«t assez eugnue pour le traitement qui se doit faire aux huguenot! des autres villes, et aussi le moyen par lequel nous pouvons espérer de voir ci^après quelque repos en nostre puvre église calholicquc. . . ■ [Bulletin de la société de l'histoire du protatantume français, i85d, p. 60.)
1572. moyeu, il entendoit repurger son royaume de cesle faulse couvée de vipères, qui, par cbascun jour, rcnouveloient troubles et séditions au royaume, pour empeseber la tranquillité de la républicque, et qui abusoient de la doulccur do sa majesté en cerebant tous moyens de le tuer et exterminer par tant de fois. Les buguenotz de Meaux, après ceux de Paris, furent les premiers chargez de toutes les aultres villes, et en fut le carnage tant par terre qu’en la rivière fort gros, et fut à costc sédition le marebé dudit Meaux fort despeuplé de buguenotz et leurs maisons ruynées, ensemble les biens qui y estoient entièrement pillez; les églises de messieurs sainetz Martin et Sainctin, qui avoient esté fermées aux catbolicques il y avoit dix ans, furent rouvertes ausdilz catbolicques pour y retourner servir Dieu en toute liberté et sûreté.
A Provins, n’y eut aucune sédition des catbolicques sur les buguenotz de leur ville, parce que le nombre desditz buguenotz estoit petit, et aussi que lesditz buguenotz furent les premiers advertis du saccagenient de Paris, et eurent moyen de eux enfuyr avant qu’on s’avisast de mettre la main sur eux*. Les buguenotz convertis et réduietz à l'église catholicqne par le prédicateur jacobin qui presebea audit Provins , en l'an 1 56g, se trouvèrent fort estonnez et ne sçavoient qu’ilz debvoient faire, ou de fuyT après les aultres, ou de se tenir. Toutesfois, par le conseil de leiu-s amys, s’arrestèrent, mais furent plus de huict jours serrez nuict et jour, qu’ilz n’osoient se monstrer publicquement, de peur qu’on ne se ruast à leim fripperie. On ne leur bt aucun mal.
Les gentilshommes et damoyselles buguenotz des villages, quelques cbastcaux et maisons fortes qii’ilz eussent, perdirent tout courage de plus tenir bon en leursdittes maisons et cbasteaux, après qu’ilz
’ ProccAâion générale k Provins, avec le chef de saint Quiriace, le 7 septembre 1 57 a , pour remercier Dieu de la mort de Coligny {Compte du chambrier de S Qui’ nact, ap. Rivot, t, VI, p. 821 ). De sem-
blables processions eurent lieu dans toute la France. (Voy. le Journal de Michel Le* riche, bourgeois de Saint-Maixent. p. io8 et 109.) Le a8 août, un jubilé extraordinaire avait été célébré à Paris.
furent certains du désastre advenu sur leurs chefs et séditieux frères, 1572. et quasi tous prindrent le chemin, les aidcuns de Sedan, aultres ès Allemagnes et les aultres à Gcncfve; et ne se tinrent assurez qu'ilz ne fussent delBnagez du royaume , jusques ad ce qu’ilz sceurent la volunté et déclaration du roy. Et pour empescher qu’on ne leur fist mal sur les chemins, en s’enfuyant, avoient les hommes du grandes croix blanches ou d’aultre couleur sur leurs chappeaulx et hahitz , et les damoyselles gt femmes huguenottes des patenostres en leurs mains ou à leur cincture; et ne voyoit-on plus personne par la France, tant ès villes, villages que par les chemins, qu’ilz n’eussent des croix sur leurs chappeaux et hahitz, quelque huguenotz qu’ilz fussent ou qu’ilz eussent esté , pour saulver leur vie. Depuis la sédition dudit Paris , les huguenotz qui avoient parens et amys prehstres, moynes et d’église, estoient bien heureux de eux retirer vers eux pour emprunter leurs rohhes et hahitz, pour eux servir à eux saulver ou pour les retirer en leurs m2Ûsons en toute sûreté ; et se trouvèrent lesditz huguenotz des villes et villages aussi empeschez que jadis, es années pyassées, s’étoient trouvez les prehstres et gens d’église à se saulver de la tyrannie qu’ilz huguenotz avoient faict sur eux.
Les huguenotz qui restèrent après les séditions, tant à Paris que par le reste de la France, excepté ceux de la Rochelle, de Sanxerre et de Montauhan, allèrent tous à la messe, sans qu'ilz y fussent contrainetz et qu’on leur commandast d’y aller, combien qu'ilz eussent juré, quand ilz avoient renoncé à l’église catholicquc, de n’y jamais aller, quelque commandement qu’on leur en fist et les deubst-on brusler tout vifz; et sembloit qu'ilz n’en eussent jamais party ni esté séparez, tant ilz faisoient bonne mine, et ne se contentoient d’estre à une ni à deux, ains demeuroient è toutes qui se chantoient ès églises; en quoy apparut leur inconstance et légèreté d’esprit, parce que, au temps de leur prospérité, ilz se vantoient à haulte voix en toutes assemblées que plus tost ilz eux mesmes se jetteroient dedans ung feu allumé de mille fagotz que de leur vie aller k la messe, quelque contraincte qu’on leur en peust faire.
157'2. Et commencèrent les premiers à y aller les princes bugnenotz, le roy de Navaire et le prince de Condé, chefs ou portenoms de chefs de la rébellion buguenoticque, soubs la conduitte du feu admirai; lesquels, estans rcser\'es par le commandement du roy de la sédition parisienne de la Sainct-Balrtholomy, sans contraincte aulcune, abjurèrent devant le roy leur faulse religion , luy demandèrent pardon du crime par eux commis de lèse majesté divine et humaine, et protestèrent de ne jamais tenir ni retourner à leur pr^enduc religion, * qu’ils confessèrent estre faulse et abusive, déclarons que ce qu'ils en avoient faict et creu avoit esté par l'importunité dudit admirai, qui luy mesme avoit séduict le feu prince de Condé et la noblesse du royaume, soubs le nom de ladittc prétendue religion, pensant par ce moyen ledit admirai parvenir à la dignité royalle.
Iccux princes, au lieu de reprendre des prédicans et ministres de leur religion abjurée , prindrent des prebstres et docteurs catbolicques, pour chanter la messe par cbascun jour devant eux, et pour les prescber catbolicquement, les enseigner en la religion apostolicque et romaine , et leur administrer les sacrcmens d'icelle.
Ung des prédicans du roy de Navarre et des plus estimes en leur prétendue religion, qui eschappa à la sédition susditte, nommé des Rosiers, se réduisit à l'église calbobcque et romaine', et fit ung livre de sa réduction à ladittc église, par lequel il confessa que plusieurs causes l'avoient induict à se faire béréticque, mais que , après qu’il avoit meurement pensé laquelle des deux églises, catbolicque ou réformée, estoit la meilleure, il avoit reconnu la romaine estre la vraye église de J. C., déclarant qu’il y avoit plus de quatre ans qu'il désiroit trouver quelque occasion boneste pour le faire retirer de son erreur, ce qu’il n’avoit sceu faire avant ce jour de sédition bartholomiennc; et pour
' Hugues Sureau des Rosiers, ou du Rosier, après avoir abjuré pour sauver sa vie cl avoir travaillé à la conversion du roi de Navarre, du prince de Condé, elr, revint ensuite au proleslanlisme et mourut méprisé et misérable à Francfort. H a pu*
blié, entre autres écrits : Traité lotuhanl la confeuion dr foy de H. du Hotier, avec ahju’ ration de la profession ha^uenoticqae , 1673. On a imprimé (Paris, Séb. Nivelle) : Confession de foy, faite pur //. bureau du flâner, 16 septembre 167a.
monstrer que la craincte du massacre dudit jour n’estoit la cause de sa conversion, dfct qu’il n’y avoit eu aucxui mal en son corps et ses biens, qu’il n’avoil esté prins prisonnier, que le temps et la commodité luv avoient baillé l’espace de se saulver la part qu'il eust volu, et si avoii le moyen de vivre à l’étranger aussi bien comme en Franco.
Les princes protestants envoient au pape la O'nfession de leurs pcchàs, l'abju. ration de leurs erreurs et la promesse de vivre dans l'église catholique; ils demati dent l'absolution de leurs fautes et la légitimation de leurs mariages.
Le pape, ayant receu la confession desditz princes cl veu leur requeste tant humblement présentée, et quant et quant veu l’extermination de tant de héréticques huguenotz françoys ai subiUemeni faicte, plora de grand joye qu’il eut de la conversion ou réduction desditz princes à la religion catholicque, et voluntiers enthérina leurs requestes, en leur baillant absolution de leurs pcschez et dispenses de leurs mariages, et lit faire dedans la ville de Rome les feuz de joye par les carrefours des rues, sonner toutes les cloches des églises de laditte ville et chanter en icelles Te Deum laudamas'-.
‘ On conserve des exemplaires de la fameuse alTiche donl une traduclion a été donnée dans les Mémoires de l'Eslat de France, i. 1. Elle porte :
• D. O. M.. beatiMiuio|>atriGre^nuXlII, pont. luax. sacro Ulublri»simoniin cardinalinm coUegio, S. P. Q. R.
• Carolus IX, christianissimua Franconim rox, xclo xelalus pro dwnino Deo exerciluum, repente velu! angelu percuisore divinitua immisso, aublatis una occisiooe prope universû regni sui lucreiicis perdaellîbusque, tanli bencücü immemor DUDquam fulunia, coasillorum ad cam rem datorum , auxiliorum mUsorum , duo-
deceonalium precum , suppHcationum
ipse ounc solidissimorum gaudtorum af* flnentiflsittius gralulalur.
. . . • Pro istp tanlo hcnelicio con- Junclis liûdic ardentissinus volts, abscni^ corpore, præecns aniino , hic in aede Lu> dovici, avi sui, Deo omnipgtenti graliaii
agi*
• Carolus, lituli S*‘ Appolinaris 5. R. K. card. do LoUiaringia, omnibus significatum et teslifiratum esse voluit.
« Anno I bj2 , vi »ept.
«LtUerû rtiinMsU aotek oüjiiacuJù rk**crip(um, fota franrlr TcUlum «c limnitcatam nt suim luDcn «dû S* Lo> dovid. flome appenmni woo et die prccbclU.
• Parûiû, ap. Job. Dolbcr, in poule S'' Michaclù, 5ub alba row. ■ (Bibl. imp. buo Colbert, n’ i. p. 119.) — Sur Ict nprésenlatioiu de la S'-Barthéloinj el de la mort de Colignj exposées à Berne.
1572. !.« cardinal de Bourbon, auquel la bulle d'abaolution futadressée, fîteonfeaaer
les princes à leurs docteurs catholiques, puis les Gt assister à une messe qu'il chanta dans l'élise de Saint-Germain-rAuierrois, et leur donna la communion.
Hz ia receurent bien dévostement, ce sembloit; et pensoit-on, à les veoir faire, que jamais ne retoumeroient à l’hérésie et huguenotterie. Et pour protester ia foy catholicque , eux-mesmes , sans commendement de personne , portèrent des croix d’or à leur col pendantes sur leurs poytrines tout publicquement , qui n'en partoi^t.que la nuict, quand ilz alloicnt coucher; et croy que, depuis que le royaume de France avoit esté faict chrestien, les hommes de toutes qualitez qui y avoient esté n’avoient esté si ctirieux de porter des croix, de quelque matière qu'elles fussent, à leur col, chapeaux ou habitz, que l’on estoit depuis la sédition bartholomienne.
Par ce port et élévation de croix que les Françoys prindrent depuis le jour de cestc sédition , fut appertement entendu l’énigme du roy et son dire qu’il avoit dict aux docteurs de Paris qui furent vers S. M. à Orléans, en l’an 1671 dernier passé, pour le prier et empeseber que la croix faicte en la rue S'-Denis en la place des maisons ruynées de Crocquet et Gastines ne fust abatue, comme il en avoit donné commission aux buguenotz de Paris; ausquelz docteurs avoit dict saditte majesté qu’il falioit que icelle croix but abatue,
VOJC2 le BoUelin de la sociélé de l'hisloirc du proleftlanlisme françaist i85a»
p. ; et sur la médaille frappée à Rome en l'honneur du même fait, les Numismata pùntificum, de Bonanni. 11 existe d'autre part des lettres de Cliarles IX à M. de Scluimberg, sou ambassadeur auprès des princes protestants d'Allemagne ( 1 3 septembre 1673 et 21 avril 157$); de M. de Schomberg à Charles IX(9 octobre 1573), qui constatent les efforts faits par la cour de France pour atténuer aux yeux du comte Palatin du Rhin, du duc de Saxe, du duc de Brunswick, du landgrave de
Hesse, etc. l'effet produit par le massacre de la S^-Barlhélemy, et pour persuader à ces princes que rien n'a été fait en haine de la nouvelle religion, mais dans le but de repousser une conspiration contre la couronne. «Je me suis résolu, dit le roi • dans la première de ces pièces, de laisser ■ tirer le cours d une Justice à 1a vérité ox- « traordinaire, et autre que je n'eusse dé* «siré, mais telle que en semblables per* « sonnes il estoit nécessaire depraticquer. » — Voy. aussi une lettre latine imprimée dans la collection Dupuy, vol. 333. k la Bibliothèque impériale. *
parce qu'il estoit ainsi accordé avec les huguenots par la paix faicte 157 avec eux, mais que, pour ceste croix abatue, il*en feroil redresser dix mille et plus avant qu’il feust peu de temps. Ce qui advint en ceste présente année, car plus de dix mille huguenotz, qui haîssoient les croix et signes d’icelle (si elles n’éstoient d’or ou d'argent pour les desrobber), en redressèrent et portèrent à leurs chapeaux et sur leurs babitz , de telle matière qu’ilz purent avoir, pour saulver leur vie.
I..a dame du Plaisais aux Tomelles lez provins, vefve du feu seigneur de Mouy, son dernier mary, naguères de retour du royaume d’Angleterre, après avoir sceu la sédition bartbolomienne faicte à Paris, n’osa demourer en son chasteau du Plaissis aux Tomelles, combien qu’il feust fort, de peur d’y estre saccagée; mais, en babitz de femme de laboureur de village, s’enfuyt cacher en la maison d’un sien oncle nommé le seigneur de Lalande, demeurant ès environs de Vimpelles, en tirant à Montereau, où le seigneur de Rancé-Corcelle l’alla cercber et enlever prisonnière, et la mena en sa maison au pays de Champagne où il résidoit ordinairement, sans luy faire aucun mal.
11 estoit colonel des légionaires de Champagne et Brie. II reqiu'.st ladilte dame de le prendre en mariage, et luy promettoit de faire sa pix envers le roy et de la garder d’estre saccagée, pour ce quelle estoit hugucnotte et de ceux qui aydoicnt les huguenotz séditieux contre S. M. Mais icelle dame n'y volut entendre, ains s’en excusa par tous moyens à elle possibles, disant qu’elle avoit promis sa foy en mariage au seigneur de la Noë de Bretaigne (ce qui estoit vray), et que pour ceste cause elle ne povoit la promettre audit sieur de Bancé, que premièrement elle ne eust certaine novelle dudit de la Noë, s’il estoit vif ou mort.
Laditte dame, pour escbapper des mains dudit de Bancé en toute sûreté et estre à sa faveur rendue à Genefve saine et saulve, luy donna par contract passé pardevant notaires les villages et seigneuries de Meel sur Seine, Montmitel et le Fresne en Anjou, ensemble tout le revenu d’icelles è tousjours et à jamais pour luy, et pour les siens
fi94 MÉMOIRES
1572. après luy. Le contract passé, fut icelle dame conduitte à Genefve et mise en liberté, aiftsi qu’elle l’avoit requis, où elle demeura quelque temps avant que de revenir en France.
Si tost que laditte dame fut hors de ses mains et de sa charge, M. de Rancé s'achemina au village de Meel et seignories de Montmitel, et par notaires royaux s’en fit mettre en possession, en vertu de la donation à luy faictc par laditte dame; ce faict, il alla à Provins au lieu de la Grosse Tour du chasteau relever du roy, d'aultant que lesdittes seignories despendent dudit lieu, appellés à ce les gens du roy pour eux y trouver, si bon leur scmbloit, et du tout leva actes, Pt de là retourna audit Meel faire exercer la justice en son nom, et contreignit les fermiers et tenanciers de le recognoistre pour leur seigneur.
Incontinent après la déclaration du roy faicte sur le massacre bariholomien, S. M. envoya roandemens aux baillifs et sénesebaux des villes de son royaume, qu’ilz eussent à se saisir des maisons et biens des gentilshommes huguenots, à les mettre par inventaire, à les faire régir par commissaires, et à y mettre des gens de guerre et soldats en garnison, signamment ès cbasteaux et maisons fortes d’iceux; ce qui fut faict principallement au bailliage de Provins et les circonvoisins.
Le bailli de Provins alla cièciitcr celte ordonnance; mais les genlilsliommes protestants, effrayés du massacre de Paris, avaient tous pris la fuite. M. de Rancé, sachant que le bailli avait mis au Plessis une douzaine de soldats qui vivaient aux dépens du revenu du château, obtint du roi que ce château lui fût donné en garde, et en lit sortir les soldats. Une garnison avait été également placée par le bailli dans le château d'Aulnay ; elle en fut renvoyée par les soins de M. de Crenay, maître d'hôtel du roi, en faveur de son mariage avec une tille de la feue dame d'iverny, dame dudit lieu. 11 n’y eut point de garnison à Chantelouc, ni à la Saussotte, au logis du sieur de Besancourt, parce que ce n’étaient pas des lieux de défense; mais on invenloria les biens et on en conGa la garde à des commissaires.
Les novelles de la sédition de Paris faicte au jour S -Bartholomy ne furent plus tost sccues en ce pays pruviiiois, que une bande de
soldatz à pied en bon ordi'e arrivèrent au village de la Saulsotte et 1572. allèrent environner la maison et logis du sieur de Qesancourt, qui y iàisoit sa résidence, pour tascher à le prendre prisonnier ou à le tuer eu la place; et estoient là allez exprès pour ce faire, estans partis de quelques villages d’auprès d’ Auxerre, pour prendre vengeance des maux incroiables que ledit Bcsancourt avoit faict en leurs pays, tant en vols que saccagemens de personnes en leurs maisons et par les chemins, comme ilz disoient; et estoient le nombre de 5o à 6o soldatz. Lesquelz, n’ayans trouvé en la maison ledit Besancourt, mangèrent tout ce qu’ilz trouvèrent de comestible en laditte maison, et chargèrent une charrette des meilleurs meubles qui y fussent, avec deux grandes et grosses jumens à luy appartenant, puis reprindrent leur chemin et s’en retournèrent sans faire aucun mal à personne, estans fort maris d’eslre allez à faulte. Il n’y avoit demye heure qu’il Besancourt estoit party avec ses chevaux de saditte maison pour s’en fuyi', quand lesditz soldatz y arrivèrent, ne sçaehant toutesfois novelle d’eulx ni de leur venue.
Je ne sçay qui induisit le hailly de Provins à aller au chasteau de la Motte de Tilly lez Nogent-sur-Seine , pour y poser garnison et mettre les biens d’iceluy en inventaire, veu que c’e.stoit hors de sonbailhage; parquoy est à présupposer que, pour ce faire, avoit receu mandement particulier du roy ou de nions, de Guyse, gouverneur du pays de Champaigne et Brie. Dedans lequel chasteau, estoient le fdz aisné du feu seigneur d’Ksternay, seigneur dudit lieu, accompagné d’un gros et gras abbé huguenot, nommé l’abbé de S'-Michelde Tonnerre, et de quelque vingtaine d’hommes buguenotz. Ledit iilz d’Estemay, âgé ‘ de 9 à 10 ans pour le plus, ne sçavoit encores novelles de sa mère, qui estoit à Paris, et pensoit qu’elle eust esté massacrée avec les aultres buguenotz, connue le bruict en couroit en ce pays, toutesfois faulsement, comme nous avons dict ci-devant. Tons lesquelz tenoient bon dedans ledit chasteau de la Motte, comme maistres de la maison tel qu’en estoit ledit jeune seigneur d’Esternay. Et refusèrent d'en faire audit bally ouverture, au commendement qu'il leur en üt de par le
1 572. roy par diverses fois. Et se voyant n'estre pour lors le plus fort pour forcer ledit chastcau, laissa ses soldatz, qu'il avoit mené avec soy pour mettre en garnison dedans, au guet et escoutes pour tenir ceux de dedans à l’abboy et empescher qu'ilz ne sortissent, et s’en retourna à Provins prendre de l’ayde de gens et de canon , pour aller assiéger et prendre ledit cbasteau par force, si possible luy en estoit. U leva audit Provins plus de cent hommes, tous bons harquebusiers, et fit chaiger quelques harquebuses à croc, avec deux fauconneaux, et retourna avec eux audit lieu de la Motte; et, estant là, trouva que les soldatz qu'il y avoit laissé le jour de devant s'cstoient jà faict maistres de la basse-court, et tenoient ceux de dedans assiégez fort estroictement. Lesquels as.siégez, faulte de courage ou de munitions de guerre , n’avoient faict aucun mal ausditz soldatz , et si n'eussent osé sortir hors dudit chasteau , de peur d'estrc tuez et massacrez par iceux soldatz, qui à la vérité n’eussent failli de les massacrer, veu la résistance et refus qu'ilz avoient faict de se rendre.
De retour que fut ledit bailly avec son armée audit lieu de la Motte, commencèrent ceux du chasteau à crier miséricorde, et à prier ledit bailly de les prendre à mercy et empescher qu’on ne les tuast, disant qu'ilz livraient la place, moyennant qu’il leur fust permis s'en aller la part qu’ilz pourraient, pour eux saulver et avoir la vie •saulve. Et après longs propos, fallut qu’ilz se rendissent prisonniers audit bailly, qui leur promist toute seureté de vie de sa part et des siens, et les assura qu’ilz n’auroient aucun mal, si ce n’estoit par le commandement du roy, qui les volust faire exécuter par Justice , ce qu'il croyoit bien qu’il ne ferait. Et à ceste condition se rendirent, bien faschez et maris. Hz furent tous desvalisez d’armes, montez sur mesebans chevaux et menés au chasteau de Tourvoye lez Sordun, au chasteau de la dame dudit lieu, fille du feu seigneur de Momberon, où ilz, avec ledit bailly, couchèrent la nuict. Durant laquelle, fut adverty de leur emprisonnement mons. des Maretz lez ledit Provins, qui, au lendemain matin, avec grande compagnie de gentishommes catholicqucs, alla audit lieu de Tourvoye demander à caution et sur leur
chai'ge le petit jeune huguenot d’Esternay et toute sa suitte, pro- 1572. mettant et s’obligeant de les représenter au roy et à justice , quand ‘ besoin en seroit, et les mena prisonniers en sa maison. Le bailly, dcschaigc de leurs personnes, retourna audit chasteau do la Motte mettre les biens en inventaire et y poser garnison, pour les garder et la place.
Le bailly, remenant à la Motte le secours qu’il estoit allé qucrre k Provins, furent aulcuns de sa trouppe advertis que, au village de Maulny, parroisse de Meel, se retiroit en la maison de Oaude Corradin, laboureur, demourant en la ferme de la Commanderie, ung huguenot de Provins, nommé N. Pèze, soubzdiacre et non marié, filz de feu Mille Pèze , en son vivant procureur audit Provins , lesquels , passans par ledit village, allèrent trouver ce sépulchre caché en la maison dudit Corradin, qu’ilz enlevèrent de laditte maison, et le firent cheminer avec eux le chemin de la Motte , pour le persuader à se retirer de son hérésie et huguenotterie , et k reprendre l’égli.se catholicque, de laquelle il s’estoit distraict. Lequel, ne voulant obéyr et promettre de se retirer, fiit par quelques-ungs de la tixiuppe transpercé d’ung coup de harquebuse au travers du corps , et , n’estant frappé à mort de ce coup, fut avec les feustz des harquebuses assommé, et jette dedans la grande rivière de Seine, où il morut. On l’appeloit, par ung surnom et mocquerie qu’on luy avoit donné, la belle Ilélaine, d’aultant qu’il estoit put et laict et tout couperosé par le visage. Avant que SC déclarer huguenot, il estoit chanoine de S'-Nicolas de Provins, et chapelain en l’église mons. S'-Quiriace dudit lieu, qu’il résigna à ung sien nepveu, nommé Claude Richard, filz de Claude Richard, aigolet ou archer du lieutenant de courte robbe, moyennant une pension que luy debvoit donner par chascun an ledit Richard. Ceste pension fut plus cause de sa mort que son hérésie; car ledit Claude Richard, argolet, estoit en la compagnie, quand il fut tué et jetté en la rivière.
La daraoiselle de Houssoy-lez-Provins, femme ou fille de feu M* Jehan Legendre, jadis procureur du roy audit Provins, hugue-
1573. notte, fut primo, en la ville ou les environs, et mise en la prison, * où elle fut l'espace de huit jours et plus avant qu’on la volust donner h caution à mons. de la Gravelle, son filz, gentilhomme honcste, et non huguenot, qui l'alla solliciter fort diligemment, lequel, si elle n'eust esté sa mère, l'eust plus tost tuée que de la tirer. Il travailla tant qu’à la fin elle luy fut rendue par justice à caution. Et sitost qu’elle fut hors de prison, l’enmena en .sa maison à la Gravelle, qui est ès environs de Vertu, luy persuadant de se retirer de son erreur et reprendre l’église catholicque et romaine. Son second lllz, qu’on appelloit le sieur de Talan, huguenot, ne se travailla de l’aller solliciter, ains estoit assez empesché à se saulver comme les aiiltres.
Édit du roi (septembre 157a), qui autorise les protestants à rentrer dans leurs maisons et les remet en jouissance de leurs biens, en leur défendant de tenir aucunes assemblées pour l'exercice de leur religion, et en ordonnant aux ministres et prédicants de sortir du royaume.
Les protestants rentrent chez eux, retournent à la messe et vont à confesse.
Les gentilshommes de ce pays qui retournèrent à la messe furent les sieurs de Fatras, demeurant àCoiirtioust, et sa femme, de Besancourt et la sienne, la velve du feu seigneur de S‘-Symon, mère dudit de Besancourt, demouraiit à Chantaloue, de Primsault, deinourant à Bauchery, et sa femme, de Lansoë, demeurant à Villers S'-George, et sa femme, de Boissy lez Chenoise, le jeune d’Esternay, qui estoit entre les mains de mons. des Marestz, du Buat, parroisse de Bannost, de Sapincourt le père, de Boisdon, et les sieurs de Umbree, des environs de Jouy le Chastel.
Les villes de la Rochelle et de Sancerre, accordées aux protestants par la paix de 1670, • ayans entendu la bonne chère que le ray avoit faict aux huguenots ■ qui s'esloient trouvez au mariage de sa sœur, • fermèrent leurs portes, massacrèrent les prêtres et les catholiques, et refusèrent d'obéir aux mandements royaux. Le duc d'Anjou partit le 10 octobre de Paris pour les réduire. L'hiver fut employé à reprendre les Iles de Maraos, près la Rochelle, où commandaient le baron de la Noue et le comte de Monigommery, probablement encouragés en
ÜE CLAUDE IIATON.
lecret par le roi de Navarre et le prince de Coodé, en attendant un» autre entre- 1572. ■ priae qu'ils méditaient contre le roi, comme on le vit en 1674.
En la ville de Paris et par toute la France, excepté esdittes villes, toutes choses estoient tranquilles , et s’cstoicnt réunis avec les cathoiicques les buguenotz héréticqucs, lesquels faisoicnt bonne mine et meschant jeu. Ils tendoient secrettement les aureilles de toutes parts, pour sçavoir la commodité ou incommodité de leurs affaires. Ils rehaulscrent leur courage, quand ils entendirent que les villes susdittes tenoient bon et ne se vouloient rendre; toutesfois, dissimuloient en leurs consciences le mieux qu’ils povoient, et monstroient se vouloir ranger à la volunté du roy. Peu ou poinct des gentilbommes buguenotz de Champaigne et Brie allèrent au secours desdittes villes, ains demeurèrent en leurs maisons.
Pour lesquels faire contenir, le roy donna commandement à mons. de Guyse de visiter toutes les provinces et bailliages de son gouvernement de Champaigne et Brie, et de s’informer où estoient les gentilhommes dudit gouvernement, ensemble de leurs mœurs, conditions et manière de vivre, et de ce faire procès-verbaux pour reporter à S. M. , ce qu’il fit par tous les moys de novembre et décembre de ceste année. 11 commença à Reims, Chaslons et Troye eu Champaigne, de Troye à Sens, de Sens à Montereau et de Montereau à Provins, où il arriva environ le 1 3 ou 1 5' jour de décembre de ceste année avec gros train ; car il luy en estoit besoin , d'aullant que les huguenots et parens de l'admirai disoient et maintenoient que ledit admirai avoit esté massacré par son moyen, et que par son commandement le coup de harquebuse donné audit admirai avant la sédition bartbolomienne avoit esté faict.
Il avoit faict assavoir aux bally et gouverneurs de Provins son allée audit lieu quelque six jours avant qu’il y arrivast, et avoit baillé commandement auxditz bally et gouverneurs qu’ils signifiassent et fissent bailler assignation aux gentilbommes tant catholicques que huguenots dudit bailliage pour eux trouver ad ce jour audit Provins, comme aussi à frère Pierre Pisseret, prieur de la Fontaine aux Bois,
1572. que l’on disoit estre huguenot, pour ouyr et entendre la voltmté du roy, telle qu’il avoit charge de leur dire'. Lesditr. de Provins s’aprestèrentpour le bien recevoir et luy firent entrée au mieux qu’il/, purent, selon le moyen qu’ilz avoient; car ilz se resjouissoicnt beaucoup de sa venue et l’aymoient, partie pour l’honneur de son feu père, qui s’esloit en son vivant rendu leur protecteur et bienfaicteur, l’aullre partie pour l’honneur de sa mère, qui estoit dame de leur ville, pai* don que le roy luy en avoit faict, et enfin, pource qu’il estoit gouverneur de la province et bon prince catholicque. Au jour qu’il arriva, les boticques des marchans et artisans furent fermées; les quatre capitaines de la ville assemblèrent les harquebusiers de leurs quartiers au son du tabourin, qu'Ilz menèrent hors la ville, assistez des harquebusiers du serment du jeu et de la butte de la harquebuse , conduietz par leurs capitaines, et se trouvèrent tous ensemble monter au nombre de plus de 5oo. Les procureur et eschevins, assistez des juges et gens du roy, luy furent au devant, à demye lieue hors de la ville, accompagnez desditz harquebusiers, où luy furent présentées les clefz des portes par M° Francoys Taupin, lieutenant du bailly, qui estoit malade au lict< dont il morut, comme nous dirons ci-après. Le clergé et tous les ecclésiasticques dudit Provins s’assemblèrent dedans l’église de mons. S'-Ouiriace , et allèrent au devant dudit seigneur jusqu'à la grand place de la Croix des Changes du chasteau , où ilz séjournèrent quasi deux heures, revestus de leurs surpbs etpetis chaperons seullement.
Ledit seigneur arriva entre deux et trois heures après midi; devant lequel se présenta M‘ Claude Moissant, doyen de la chrestienté et curé de S'-Pierre, assisté des doyens, dignités et personnatz, comme aussi de tout le clergé des égbses pruvinoises, à l’yssue de la rue Couverte, qui entre dedans la grande place dudit chasteau, où s’arresta ledit seigneur pour ouyr la harangue ecclésiasticque , qui fut fort bien dicte
' On trouve dans l'ftisloire de France de la Popelinière, t. II, I. XXIX, Toi. 69, une lettre du roi au dur de Guise, pour
lui recommander de maintenir la paU dans son gouvernement de Champagne et d'y pourvoir à la sûreté des protestants.
DE CLAUDE IIATON.
en beau vulgaire françoys par ledit Moissant (non par faulte de latin), et bien cscoutce par ledit seigneur, lequel la pensoit escouter monté sur son cheval, comme il avoit faict celle des babitans de la ville, au lieu où ilz l’avoient receu; mais l’en empeschea ung sien gouverneur ou maistre d’hostel de sa maison, homme bien ancien, qui luy dist qu’il minst le pied k terre et qu’il descendist de dessus son cheval , ce qu’il ht fort humblement et voluntairement. Les principaux poincts de la harangue ecclcsiasticquc estoient en la louange du feu père dudit seigneur et de sa loyaultc, qu’il toute sa vie avoit gardée à Dieu touchant le faict de la saincte religion catbolicque, pour l’honneur de laquelle, il, comme vray Matatias et Judas Macabéen, avoit, à sa louange et des siens, rendu par martire son âme à Dieu, en poursuivant l’extermination du peuple séditieux huguenot et hérélicque devant la ville d’Orléans; et comment aussi, il dès sa jeunesse s’estoit rendu le vray lilz et protecteur du S*-Siége et de tous les ecclésiasticqucs, non seuUcment de France, mais de toute la chrestienté; et pour le dernier poinct, la loyauté qui avoit esté en sondit feu père au service des feuz roys et de la coronne de France, comme aussi la piété qu'il avoit eu toute sa vie envers le simple peuple françoys, et singulièrement envers les pauvres habitans de sa ville de Provins; priant ledit seigneur qu’à l’exemple de son feu père il luy pleust de recevoir de bonne part le salut que le clergé dudit Provins humblement luy présentoit, tant pour eux que pour toute la ville, lesquels se rendoient comme pauvres esclaves soubz sa protection et sauvegarde, comme ilz avoient autreflbis faict à feu son père , soubz l’auctorité et nom du roy.
Geste harangue Gnie , ledit seigneur fort honestement respondit au clergé, qu’il emploieroit sa vie, corps et biens, pour la manutention de la vraye religion, des ecclésiasticques et le service du roy, comme avoit faict feu son dit père, et particulièrement le clergé de laditte ville de Provins, selon la grâce et le moyen que Dieu luy en feroit. Ce dit, le clergé par ordre s’achemina, les croix des églises haultes eslevées, et descendirent en l’église des jacobins, sans rien chanter par
1572. la rue. Ledit seigneur suyvit à pied, et après luy ses maistres d’hostel et princij[)aux gentilshommes, et les gouverneurs de laditte ville ensemble ineslez les iings parmy les aultres, et ils entrèrent tous en l'église des jacobins, où lut chanté Te Dean laudamus, en la présence dudit seigneur, qui estoit k deux genoux teste nue. Le Te Deum fini, il s’en alla en son logis, qui estoit en la maison du feu président Philippes Durant, tout joignant la grande porte dcsditz jacobins , pour SP rcschaulTer, car il faisoit bien fi'oict et y avoit beaucoup de neiges .sur la terre.
Les doyens et ecclésiasticques des chapitres de N.-D. du Val et de S'-Quiriacc , incontinent qu'ilz furent de retour en leurs églises , retournèrent au logis dudit seigneur prince, pour le saluer en particulier et luy faire présent de pain et de vin, du meilleur qui se peut trouver audit Provins, telle qu’est la coustiime de faire à l’entrée des roys et princes dedans les villes. MM. les gouverneurs de la ville luy en pré- .sentcrent pareillement, avec grande quantité de conserves et aureillers de roses seiches, qui sont les iruitz du pays pruvinois les plus exquis qui y croissent, qui furent fort humainement receus par ledit seigneur.
1^ gcDtilshomuics catholiques et protestants du bailliage, selon l’ordre qu'ils en avaient reçu, se rendent le soir chez le duc de Guise, assez inquiets, surtout les protestants, ne sachant a quelle lin ils avaient été mandés. Ils lui présentent le sieur de Bcsancourt, en demandant grâce pour ce seigneur, en vertu des édits de pacification. Le duc, après lui avoir reproché ses crimes contre Dieu, la religion et le roi, consent à le recevoir en grâce, sur sa promesse de se réunir à l'église catholique et de ne point porter les armes contre le roi. Les gentilshommes prêtent serment de fidélité au roi, puis le duc les congédie, et ils se retirent fort contents de sa sagesse et de sa raison précoce. Frère Pierre Pisseret, prieur de la Fontainc-au-Bois , réputé huguenot, fait défaut; sur quoi, le duc ordonne au lieutenant des maréchaux d'aller mettre garnison au prieuré, ce qui est de suite exécuté. Trois jours après, le duc de Guise, qui ne coucha qu'une nuit â Provins, étant parti, une troupe de vingt-cinq hommes armés vientoccuper le prieuré de la Fontaine au nom de l'ahbé d'Essonues, après avoir décidé, moyennant de l'argent, les archers de la maréchaussée â se retirer. Le prieur Pisseret, ayant fait sa paix avec le duc de Guise, attaque devant le parlement les chefs de la
troupe qui s'était emparée de son prieuré; pour les délivrer, le prieur d'Essonnes fait accord avec Pisseret, et, en échange du prieuré de la Fontaine, lui cède celui de Voulton, plus riche de 5oo livres de revenu.
Le duc de Guise se rend de Provins à Meaux, puis il est envoyé par le roi au siège de la Rochelle.
Mort du pape Pie V ( r" mai iSya). Les cardinaux de Rome en font part aux autres cardinaux et aux rois de la chrétienté. Election de Grégoire XIII (g mai). Les cardinaux français n'arrivent qu'après l'élection faite; le cardinal du Pellevé est envoyé à Rome comme ambassadeur de France.
Au mois de mai, le samedi après l'Ascension, arrive à Provins Christophe de ChelTontaincs , nouvellement élu général des Cordeliers ', et allant faire conCrmer son élection. Il est reçu au couvent des Cordeliers. Les gouverneurs de la ville lui offrent des conserves de roses sèches, et, pour sa nourriture et celle de sa suite, font présent au couvent de pain et de vin. Sur leur invitation, il prêche k Sainte-Croix, le lendemain de la Saint- Ayoul; son sermon porte sur la foi, les (cuvres et les cérémonies extérieures. Puis il quitte Provins après diner et se dirige sur Nogent — Cinq jours après, arrivent le général des jacobins, frère Séraphin Cavalli’, et le provincial de la province; ils introduisent quelques réformes dans le couvent de Provins, et y remettent en vigueur la confrérie du chapelet Notre-Dame, instituée par saint Dominique; plusieurs personnes de Provins entrent dans cette confrérie , approuvée par les papes Pie V et Grégoire XIII.
La gram pardons et indulgences données à perpétuité par la sainetz pères papes de Rome à tous ceux et celles gai seront de la notable confrarie du S'-Rosaire, etc. [copie d'un imprimé contenant l'historique de l'institution de Ta confrérie du Saint-Rosaire et la mention des avantages accordés aux confrères). Le général ordonne à frère Aubin Caroli, religieux du couvent de Provins, fameux docteur en théologie, de faire chaque semaine une leçon publique du catéchisme adopté an concile de Trente.
Nicolas Janvier, fils de Nicolas Janvier, avocat du roi à Provins, et d'uue femme qui épousa depuis le seigneur de Patras, s'était fait^hartrciix à Grenoble, sans qu'on sût ce qu'il était devenu; après dix ans d'absence, il revint voir sa mère et ses sœurs, et, malgré les efforts que l'on Ut pour le retenir dans le monde, il retourna, scion sa promesse, chex les chartreux, auxquels il donna une partie de son bien; il avait alors vingt-deux ans.
' Il avait été nonuné au chapitre géné- jacobins le ii juin ibgi. Il mourut à
rai tenu à Home en ihyi. Séville le ai novembre 1&78.
' Séraphin Cavalli fut fait général dea
1 572. Un soldat d'une compagnie passant dans le pays provinois viole une fille dans le village de Voullon; il est dénoncé à la justice de Provins, arrêté et pendu devant le pilori. — Au mois d'octobre, Jean Bellardcl, dit Crespin, protestant de Bauchcry, est pendu à Provins devant la fontaine Saint-.Ayoul , comme ayant commis, durant les troubles, un assassinat et plusieurs vols, rançonné les gens, etc.
Ce huguenot Jehan Crespin fut requis et admonesté de se retirer de sa prétendue religion huguenoticque et de se confesser à Dieu devant le prchstrc qui luy fut présenté, ce qu’il ne volnt faire, ains persista en sa folle oppinion , et si ne sçavoit pas bien lire ni escrire. Le bourreau, M* Nie. Ledoux, le voyant ainsi obstiné, luy lya les mains derrière le doz, et le jetta hors de l’eschelle, quand il fut monté au plus hault de la potence, et le laissa là s’estrangler toiA doulcement, sans le tripper ne luy haster sa mort. Apres qu’il fut mort, cl que le bourreau l'eut babandonné, les petis enfans de Provins, de l’âge de douze ans et au dessoubz, montèrent avec l’eschelle au plus bault de la potence, et, après avoir couppé la corde, le firent tomber sur le pavé , et là luy mirent une corde au col et une aultre aux piedz, et furent quelque temps à le tirer, les ungsparle col, les aultres par Içs piedz, pour tasclicr à en demeurer les maistres; mais, •s’eslans mis aultant d’ung costé que d’aultre , la force ne sçavoit à qui céder le lieu. Ce que voyans, lesdilz enfans le quittèrent en la place, .sans y plus toucher, jusques ad ce {pie le procès quilz intentèrent sur la place feu.st vuydé. Aucuns d’entre eux furent par leur communaulté cslcuz juges de ceste cause, aultres procureurs pour la plaider, et mirent en controverse si ledit huguenot devoit estre trayné par le col au lieu de la voyrie et champ des chevaux mortz ou par les piedz. Et firent ung procès de cela devant leur juge délégué; lequel, après avoir ouy les parties en leur plaidoyer, ordonna que ledit huguenot, en signe de beste morte, seroit traîné par les piedz, comme chrestien indigne de plus grand honneur, à cause de sa huguenotterie, en laquelle pire que beste avoit persisté et fini misérablement ses jours; les partie.s contencieuses furent pour ce faict mises
DK CLAUDE HATON.
hors de procès sans despens, à la charge que les ungs et les aiillres 1572 mettroient la main à l’o'uvre, sans en plus enquérir ne s’en infonper davantage, et ce par arrest rendu en dernier ressort. De ceste sentence n’apellèrcnt les condempnez, ains en acquiessant à icelle, s’estelèrent aux cordes qui estoient en ses piedz, avec ceux qui avoient gangné leur cause, et tous ensemble, d"un commun accord, le traînèrent par les rues de la ville è la porte de Changy. Estans au premier carrefour de la rue qui tourne à la Queue de Renard et l’enseigne de la Cage, fut par aucuns des enfans qui démenoient ce spectacle formé ung appel, non de lâ sentence de leur juge délégué, mais de celle des juges royaux, qui avoient faict son procès et l’avoient condempné h estre pendu , comme mal jugé d'une peine trop petite , veu l’obstination qui avoit esté en luy de demeurer huguenot et morir tel, disant que la peine de telz huguenotz obstinez estoit et debvoit estre d’estre bru.slei tout vifz et à petit feu; et tant lit cest appellant qu’il arresla la compagnie et le corps mort, et requist leur juge délégué de s’a.sseoir sur ung siège qui estoit au coing de laditte rue, pour ouyr son plaidoicr et ses griefz d’appel, comme syndic et procureur de la communaulté qui estoit là assemblée. Ce que fit ledit juge, qui ordonna que l’ung d’entre eux serviroit de procureur poim delTendre la cause du mort. Et à l'ordonnance de ce juge , l’ung d’entre eux print In cause pour delTendre le mort, et, après contencion de cause, fut dict par le juge bien appellé par l’appeilant et mal soustenu par le deffendant, en disant que, veu le crime commis par le mort, qui estoit crimineiix contre Dieu, le roy et la républicque ebrestienne, qu’il de voit estre condempné à estre bnisié tout vif, et toutesfois, puisqu’il estoit mort sans avoir senti la peine du feu, ordonnoit qu’il serait mis dedans le feu et brusié, tout mort qu’il estoit. Cette sentence rendue, allumèrent lesditz enfans le feu en du feurre qu’ilz avoient trouvé de toutes parti, et jettèrent ce corps mort dedans.
A venir faire ce procès et traîner^ corps mort par lesditz enfans , qui estoient en nombre plus d’un cent, prenoient plaisir beaucoup de gens jeunes et vielz, lesquclz bailloient courage ausditz enfans, ap-
157*2. prouvans ce qu'ilz faisoient; aultres bons caüiolicques en avoient dueil et empeschoient lesditz cnfans par parolle de commettre cruaiilté sur im corps mort. Le plus ^and plaisir que tant les ungs c|ue les aultres calholicques prenoient en ce faict estoit la procédure faicte devant le juge et les raisons débattues, qui sembloient estre bien dictes, veu Tige qu'ils avoient, et jugèrent plusieurs personnes ce faict présager quelque plus grand cas qu’ilz ne povoient exposer devoir advenir ou aux enfans, ou à la ville, ou è la républicque françoyse. Lesditz enfans, après l’avoir routy è leur feu de feurre, le traînèrent par la porte de Changy au lieu où anciennement estoit le gibet de Provins, qui maintenant est ruvné; et ne trouvant U lieu pour le mettre à leur plaisir, le traînèrent en la rivière, après que un homme, marinier de Nogentsur-Seine, luy eut couppé une aureille qu’il pendit à son chappeau pour la porter audit Nogent et donner tesmoignage du discours qu’il en fit aux habitans de la ville, où Crespin avoit faict beaucoup de mal, à la suitte de Besancourt. Le corps fut au lendemain retiré, à la diligence des femmes des tanneurs dudit Changy, et enterré sur le bord de la rivière.
Mort de Charlotte Pinot (la octobre), femme de M* Jehan .Mleaume , seigneur de Clienoise, et mère du bailli de Provins. On les appelait monsieur et mademoiselle de Pasques, parce que, enfants tous deux de marchands et tanneurs, et ayant acheté du roi, un jour de Piques qu'ils étaient allés à Chenoise, la seigneurie de ce lieu et de Rouilly, ils revinrent en costume de gens nobles, llz vendirent plus tard la seigneurie et le château de Chenoise à M. de Strozzi, qui espérait épouser la dame du PIcssis-auxTournelles. Jean Alleaume fut enterré eu l'église de Chenoise, et son cœur à Sainte-Çroix de Provins; Charlotte Pinot aux Cordeliers. — Leur pclitc-Glle, femme de M. de Baby, fille de M. d'Auvilléf;, mourut quelques semaines après sa grand' mère.
Le jour de la festc raons. S' Jehan l’évangébstc, férié de Noël, morut M° Jehan Alleaume, bailly de Provins, filz d’icelle demoiselle de Pasques, âgé de quarante an.s pQUi| le plus, laissant sa femme et six ou sept petis enfans au monde. 11 ne fut pas beaucoup plainct ni regretté du peuple de la commune et des ecclésiasticqiies de Provins, pour
ÜE CLALDE HATON.
l'oppinion maulvaise qu'on avoit eu de luy touchant la religion catholicque, de laquelle il s’estoit aultrelFois desvoyé pour complaire au feu prince de Condé et aux gentisbomnies huguenotz; et fault croire que, si ce n'eust esté la craincte qu'il portoil à son père, qui l'empescha à son povoir de suyvre laditte prétendue religion, il feust déclaré huguenot. U commença à s'en retirer depuis la mort du prince de Condé peu à peu, et de bien en mieux fréquenta l'église catholicque, le service qui s'y fait et les ecclésiasticques, combien toutesfois qu'il supportoit encores les huguenotz. Qui fut la cause qu’il demeura en la haine du roy, des princes catholiccfues et du commung peup^ de Provins; et a-on creu que cette malvucillance du roy et des princes luy accéléra sa mort, pour le dueil qu’il print en soy d'uiig soufflet que luy donna mons. d’Aumalle, en la présence du roy, en le déchassant de devant S. M. par le commandement d'icelle, avec menaces de le faire pendre pour n'avoir ohéy et entendu la volunté du roy aux édietz que S. M. avoit foict contre la liberté desditz hu-
. guenolz. Il bailly, fier et orguilleux, porta ce soufflet fort impaciemment, estans toutesfois plus mary de l'avoir rcceu en la présence de plusieurs habitans de Provins qu’il n’estoit du mal (|u'il en avoit eu. Du depuis, n'osa hardiment se trouver en la présence du roy et des princes, et du regret qu’il en eut tomba en une mélancolie qui luy causa la maladie qui le mena à la mort. Quand mons. de Guise lut k Provins, au mois de décembre, il s’enquist et demanda novelles de luy bailly, et sembloit, k fouyr parler, qu’il luy portast quelque maulvaise dent; car, après qu’on luy eut dict qu’il estoit malade au lict, demanda s’il ne contrefaiftit poinct le malade à cause de sa venue, et volut sçavoir depuis quel temps il estoit arresté au lict et qu’il n'avoit sorty de sa maison; et après cpi'on luy eut dict qu’il y avoit plus de six sepmaines, respondit tels motz, • C’est ung meschant paillard, • et aultre chose n’en dict.
j[| Les gens de justice et aultres gens de bon esprit furent marris de sa mort et le regrettèrent, pour la dextérité et intelligence qui estoient en luy , tant en son estât de judicature que aidtrement. Il estoit homme
1572. de bonne et belle représentation, d’une paroile grave, cspoventable , quand il voiüoit, aux plus hardis, et consolative aux plus timides, quand il estoit assis en son siège de justice. 11 aymoit la vertu, il liayssoit ce qu’il jugeoit estre vice; il estimoit fort les gens d'esprit et ' ■ <ipi sçavoient quelque science, fust en lettres divines, humaines et
artz libéraux et mécaniques. Il avoit bon sentiment de toutes choses, excepté le temps qu'il adhéra à la prétendue religion, où il s’ohlia pour quelques années; de quoy il feit pénitence durant le temps de sa réduction et principallcment au temps de sa maladie. Trois jours avant sa mort, ayant entendu la messe dans sa chambre, il lit sa confession publicque devant le prehstre qui l’avoit confessé sacran^itellemeiit et administré du corps de N. S., et en la présence de quasi vingt personnes de ses plus familiers amys. Devant eux, il protesta sa foy estre catholicque et conforme é la foy de l'église romaine, laquelle
, il déclara estre la maistresse de toutes aultres églises et la vraye cspousc 0 de J. C., en laquelle il fault et non en aiütrcs cerchcr le salut de son
âme, combien que aultresfois il eust révocqué ce en doubtc; remer- •. ciant Dieu et la vierge Marie de ce qu’il n’avoit persévéré avec les héréticques, et de ce qu’il avoit obtenu la grâce de juger laquelle des deux religions, la huguenoticque et la catholicque, estoit la plus saincte et véritable pour le salut de tous chrétiens, laquelle il confessa estre la catholicque, apostolicque et romaine; priant sa femme, enfans et toute l'assistance d’y demeurer et de n’en jamais desvier; protestant que la fureur du roy et princes, la craincte de sa vie, la peur de perdre ses biens et estais n’esloient la cause de ce qu’il s’esloit retiré de la croyance des huguenotz, ains seullcfilent la grâce de Dieu qui l’avuit enluminé. 11 confessa en oultre qu'il avoit plus soustenu la cause des huguenotz qu’il n’avoit faict celle des catholicques, et qu’il s’estoit rendu plus rude et sévère envers les catholicques qu’envers les huguenotz, et qu’il savoit bien que pour cela il avoit encouru l’inimitié du roy, des princes et du peuple de Provins, dont il avoit grand * • regret, encores que ce qu’il en avoit faict tendis! à une meilleure fin
que les dessus dietz ne pensoient, qui estoit pour éviter les sédi-
.iV**
tiens populaires. 11 ne nya pas que aucuns particuliers catholicques 1572. dudit Provins n'eussent, par la sévérité de son jugement, souflerl eu leurs corps et biens beaucoup de doniage pour ce qu'ilz avoient faict et dict contre les huguenots; mais que la nécessité du temps l'avoit contrainct de ce faire pour le salut du reste de la ville, sur laquelle par expérience on a veu que les princes béréticques n'ont • couru comme sur plusieurs aultres, d’autant que les séditions n’y ont eu cours contre les gens de leur party, et qu’à ce faire l'avoient induict les édietz royaux faietz en la favciu- desditz huguenots, et •^e ce toutesfois avoit regret; protestant que, si Dieu luy faisoit la grâce de retourner en convalescence, ce qu’il n’espéroit, qu’il .s’em- • ploieroil à son povoir de servir Dieu, defl'endre son église et faire équité à ung cbascun.
Cette protestation faicte, il adressa la parolle à sa femme et enfans, et leur dist qu’ilz priassent Dieu pour luy; et en remerciant Dieu du mal qu’il par une si grande maladie avoit enduré, dist à sa femme qu’elle ne sc contristast que par raison sur sa mort, d’aultaut que la mort est commune aux riches comme aux pauvres. Il luy list remonstrance qu’elle ne s'arrestast poinct aux honneurs du monde, mais qu’elle se contentast d’avoir la grâce de Dieu et qu’elle le remerciast des biens temporels qu’il et à scs enfans leur laissoit, qu’elle fust aulmosniérc selon le moyen qu’elle avoit, et qu’elle ne retint rien à personne des debtes qu’elle savoit bien qu’ilz avoient. Il luy fit plusieurs aultres remonstrances fort bonnes et chrestiennes, qui firent avoir la larme à fœil de tous ceux qui estoient Ri présens.
Il fit son testament fort chrestiennement et chargea sa femme de l’accomplir. 11 ordonna sa sépulture en l’église de S^-Croix auprès de celle du cœur de son père; il ordonna, oultre ses services, qu’on chantast, par chascun jour d’un an durant, une messe basse à son intention, et aidtres œuvres pieuses assez largement.*
La ville de Provins a porté domage en .sa mort, car elle est demeurée orpheline d’homme d’éloquence, de représentation et de travail
1572. pour le prouflGt public. Il, depuis la mort de M' Philippe Durand, président, et encores mieux depuis la mort de mons. le prince de Condé, s’estoit monslré fort bon citoyen pour la républicque de Provins. Il SC travailla beaucoup pour l'exempter de toutes garnisons de gens de guerre, et n’y en volul souffrir depuis l’an iSôy, encores que le roy en y cust ordonné; devant la majesté duquel hardiment se présentoit pour par ses prières les empesebep, prenant luy-mesme • la ville sur ses charges, jusques au péril de sa vie. Il empcschea que les gouverneurs de la ville de Bray-sur-Seine ne levassent argent sur la ville de Provins, en vertu de la commission qu’ib avoienl du roj||* de faire taille sur les villes et villages de quatre lieues à l’entour dudit Bray, pour la réparation de leurs ponts et chaussées; pour lesquelz empescher, fit plusieurs voyages au roy et à la court de parlement, où il obtint exemption pour le regard de laditte ville de Provins. Il obtint commission du roy à petis frais pour faire taille sur les habitans dudit Provins pour curer leurs fossez et bailler esgout aux caues et pour fortifier la \illc contre l’ennemy huguenot. Quoyqii’il soit mort au gré de quelques ungs qui l’avoient en mespris pour la huguenotterie, si est-ce qu’il est mort au regret de plusieurs aultres, qui voyoient quelque peu plus clair en affaires partirubères et publicques, et fault confesser que sa mort a esté ung domage à la ville. Dieu luy fasse mercy, s’il luy plaist!
Depuis l'an i5a4, que les grains furent gelez à la S'-Martin d’hiver, jusques à ceste présente, les grains de la terre n’avoient esté en si grafld danger d’estre entièrement perdus, pour les gelées et maulvais temps qui furent partout en ceste-cy. Au mois de novembre, le jour, les gelées et neiges commencèrent à prendre vigueur en ce pays, lesquelles durèrent après les festes de Noël sans desbander que ung jour et demy, qui fut environ la fin dudit moys de novembre , après lequel retourna le temps à la gelée comme devant, la terre estant toute couverte d’eaue. Au commencement desdittes gelées, qui conunencèrent avant la S'-Martin d’hyver, il faisoit ung vent si cruel , fort et froict, que la vueille, le jour et le lendemain de 1a S'-Martin,
il n’estoit quasi possible de se trouver par les rues et cheminer par les chemins, tant il faisoit froict, avec lequel tomboit de la neige froide comme glace, qui se glaçoit incontinent qu’eUe estoit tombée sur la terre par la grande gelée qu’il faisoit jusques és maisons qui estoient les mieux fermées, couvertes et estoupées.
Les laboureurs, pour estre mal estellez, à cause des guerres précédentes qui avoient eu cours en ce pays et avoienl encores quelque peu , esquelles leurs chevaux avoient esté par les voleurs soldatz enmenez, avoient ceste année icy ensemencé leurs terres assez tard, n’eslimans l’hyver les debvoir surprendre si (ost; et n'y avoit pas ^ pays de Brie la moytié des bledz fromens levez, quand ledit byver commença , et ne purent lever qu’il ne fust le moys de janvier de l’an prochain ensuyvant, que les gelées et les neiges furent passées. Tout le monde vivoit en grande craincte, et tardoit à ung chascun que le desgel feust venu pour visiter les grains, lesquels furent trouvez tout germez entre deux terres sans aucim mal; toutesfois ne fortifièrent et ne proufitèrent qu’à moitié en la saison des moissons, ainsi que nous dirons. Dieu aydant, en l’an prochain. ^
Ce froyd et long hyver apporta avec soy une maladie fort fasebeuse à ceux qui en furent attainetz, et eut plus de cours ceste maladie ès villes et signamment en celle de Provins que ès villages, et en morut plus de ceux qui en furent malades qu’il n’en resebappa, et dura quasi ung an en la ville de Provins; ce n’estoit maladie contagieuse qui infectast, car il n'en mouroit que ung en une maison, et ne laissaon pas de se visiter les ungs les aultres sans y prendre mal, et furent malades et mortz ceux qui ne visitoient lesditz malades et qui ne vouloient se trouver avec ceux qui les visitoient et pansoient. Peu desditz malades, tant de ceux qui monuent que de ceux qui eschappèrent, furent exempt/, de tomber en frénaîsie et alliénation de leur bon esprit; il en falloit lier les aucuns; il iâlloit enseffer les aultres, tant ilz estoient furieux et soudains à prendre la fuitte, si on les eust ha- • bandonnez. De ceste maladie morut Jehan Maillard de Provins, surnommé le Rollant, qui, pour ung marchand de la ville, estoit aussi
Digitizad by Googli
1572. audacieux et maldisant de toutes personnes (pi’homme (|ui fust au pays, sans craindre, je croys. Dieu ni justice.
Aventure de J. Maillard et de son fermier.
En teste présente année, morut à Paris le seigneur de Carnavalet, seigneur de Noycn-sur-Seinc, qui a faict bastir le chastcau dudit Noyen, au temps que l’avons dict*. On parla doublement de la manière et occasion de sa mort; aulcuns dirent qu’il estoit mort de maladie naturelle, aultres de mort forcée et accélérée par luy et les siens, de peur de tomber en infamie par une mort ignominieuse, pour quelque trai.son qu’il avoit faict au roy; ce que je ne croys, d'aultant qu’il a recommandé sa femme et enfant au roy et à mons. le duc d’Anjou, et est demeuré ledit enfant à la court du roy et de Monsieur, pour y estre nourry. On avoit fort maulvaise oppinion tou- • • chant la religion catbolicque dudit Carnavalet, et ont creu moult de gens qu’il servoit de référendaire aux princes et seigneurs huguenotz des secreti qu’il savoit que le roy et Monsieur leur voloicnt faire par surprinses et ruses de guerre durant les troubles et depuis, et de ce en fut quelquefois accusé devant leurs majesté et altesse; dont il eut de la peine de se purger, et tomba une partie de son crédit es maisons desditx sieurs. 11 et les siens, dès son vivant et depuis sa mort, ont faict assez de mal et coiistanges aux babitans dudit Noyen , pour leur faire perdre en tout ou partie leurs usages de boys et pasturages, comme aussi a faict mons. de la Chapelle des Ursins aux babitans do Villierssur-Seine. Les genstuehommes sont genspillebommes en plusieurs endroietz de ce royaume, et n’ont rien en plus grande hayne que leurs subjeetz, quand ilz les veoyent riches et en prospérité, et par tous moyens licites et illicites s’emploient à leur faire perdre leurs biens et les attribuent à eux par force, audace de coups de baston et corruption de justice. Les villages et paroisses de Noyen, Villers et
‘ \oy. plui haut, p. 17.
la Motte-sur- Seine et du PUissié-de-Mériot, avec la parroisse de* 1572. Goix sçauronl bien porter tesmoignage s'il est vray. Voylà la vertu et la miséricorde de quoy sont maintenant reveslus les nobles de France. Je n'entens parler que des mesebans; Dieu vueille conserver les bons en sa grâce et leur bgnéc, et les inspirer de croistre de bien en mieux, de vertu en vertu, qui est le vray tiltre de noblesse 1
Mort de Sigismond II, roi de Pologne (7 juillet iSvî).
DRSTIIUCTION DES FRUITS DR LA TERRE CAl'SÉE FAR LA GELEE. FROCESSIORS DARS
LA BRIE POCR APAISER LA COLèpE DE DIEU. CBERTE DES DERRÉES. ÉliOTION
POPL'LAIRE X PROTIRS CORTRE LES ACCAPAREURS. TAXE HISE SUR LE BLE FAR LES
COl'VERRECRS DE LA TILLE ET ARRORCÉE ER CHAIRE AU PEUPLE. FAHIRE, MIsàRE
ET HORTAIITÉ ER iSyS. SIEGES DE LA ROCHELLE ET DE SARCERRE. — BLECTIOR
DU DUC D’ARJOU, FRÈRE DE CHARLES IX, AD TRÔRE DE POLOGRE. CORSEQDERCES
DE CETTE ÉLECTIOR. EXCÈS COMMIS PAR DES GERS DE GUERRE RETENART DU SIEGE