‹ Mémoires de Claude HatonChapitre 14 sur 77 · LF..S ROIS DE L’ARQUEBUSE X PROVINS. JOUEURS DE PAUME. ARRESTATION DE · texte numérisé non relu

LF..S ROIS DE L’ARQUEBUSE X PROVINS. JOUEURS DE PAUME. ARRESTATION DE

MICHEL ALEXANDRE, COMMISSAIRE X LA RECHERCHE DES USURIERS. EXÉCUTION D’UN VCEU SINGULIER. AURORE BOREALE.

il y a ici une lacune; le commencement du livre III et de Cannée 1575 manque. Tout ce qui concerne la faite de Henri III de Pologne et son retour en France'^ son sacre et les premiers actes de son régne, a disparu. On se trouve, quand le manuscrit reprend, au milieu des troubles de 1575.

’ Henri III partit de Cracovie dans la Itère de France le 5 septembre, et fut

nuit du t6 au 17 juin 157A. passa la fron- sacré a Heims le lô février 1576.

1575 Les rebelles avoicnt gangné à leur party deux des capitaines

de la ville d'Orléans, lesquelz leur avoient promis entrée à jour préfix • et nommé pour les mettre dedans, ce qui ne peut estre faict, parce que leur enlreprinse fut descouverte, et furent les deux capitaines ci-dessus dietz prins prisonniers et amenez au roy, qui estoit encores à Paris; lequel commanda de les bien enserrer en la prison du boys de Vincenne, alEn qu’on n’eust pas le moyen de sçavoir parler à eux. Qu’il en fut faict à la fin, je n’en ai rien .sceu.

Quant é la ville de Troye, le faict de la trayson fut descouvert par les gardes de la ville, lesquelz fouillant ung lacquaiz à l’entrée de la porte, le trouvèrent saisy d'ung pacquet de lettres envoyées par aulcuns rebelles à ung certain seigneur qu’on pensoit jà estre audit Troye, pour praticquer laditte rébellion avec les gouverneurs de laditte ville, ce qui ne fut faict par le moyen de la surprinse desdittes lettres.

En ces novelles menées, n'estoit question de parler de la religion aulcunement que ce fust avec les villes et communaultez qu’on tas- • choit à gangner et praticquer, ains seuUenicnt estoient mis en avant la liberté de la personne de nions, le duc d’Alençon et la liberté du pays, pour estre deschai^ez par le royaume de la tirannie que les rovs faisoient aux subjeetz d’iceluy par les tailles, iinpostz noveaux, estatz k gage, et pour tenir les Estatz de France, pour asubjectir le roy aux lois et ordonnances desditz Estatz et non les P.statz au roy. Soubz ce faux donner à entendre, se laissèrent tromper plusieurs villes, communaultez et personnes particulières, qui n’estoient et ne vouloient estre huguenotz.

Hz huguenotz, qui estoient confédérez avec les noveaux rebelles damviali.stes, faisoient de leur part tout debvoir de praticquer laditte rébellion novellc, alTin d’estre maintenus et leur prétendue religion remise sus en toute liberté et seureté; car, avant icelle et pour lors, estoit bien affoibbe et quasi du tout extinte, excepté à la Rochelle et és pays de Languedoc, auquel le rebelle Damville l’avoit remise sus. Le seigneur de la Noë, gouverneur des huguenotz à la Rochelle, ne

DE CLALDE HATON.

volut estre oysif, mais à sa manière excogita de user de ses ruses 1575. ■ accoustumées à surprendre villes et à gangner personnes de qualitez, pour trouver le moyen d'entretenir tousjours la prétendue religion huguenoticque ; et pour ce faire employa ses subtilitez à surprendre et saisir la ville de Périgueux, ville capitalle et la plus grosse, forte et riche de tout le pays de Périgordin, laquelle s'estoit tousjours bien gardée depuis les troubles encommencés jusques à ceste heure présente, que ledit seigneur de la Noë et scs gens s'en saisirent par la subtillité et finesse telle qu’il s’ensuit' : Au moys de juillet, il de la Noë atiltre avec soy une compagnie de deux à trois cens hommes des plus rusez et experts de laditte prétendue religion, qu’il faict bien monter à cheval, bien armer de toutes pièces, aOin d’estre des plus , forts, et vestir tous de belles casaques rouges, toutes brodées et semées de croix blanches, comme aussi en avoit faict mettre au taffetas de toutes les lances et enseignes du guydon, si bien que de quelque costé qu’ils se tournassent on n’appercevoil que croix blanches sur eux, qui est la marcque et le signal des catbolicques de France, quand ilz vont et ont esté à la guerre. En tel équipage, se présenta ledit seigneur de la Noé avec ses gens devant l’une des portes dudit Périgqewx, que les gens de laditte ville gardoient; et estant par eux arresté, leur demanda passage par dedans la ville, pour aller au pays de Languedoc au service du roy, où S. M. les envoyoit contre le seigneur de Damville. Us de la ville, voyant ceste compagnie si bien en ordre et si bien tapissée de croix blanches, pensant qu’il fust vray, leur donnèrent entrée. I-a compagnie entra assez lentement et les ungs après les aultres, pour mieux jouer leur jeu; les derniers bandèrent leurs pistoUes pour tuer les gardes de la porte , les premiers demandèrent l’aultre porte, par laquelle ilz donnoient à entendre qu’ils vouloient sortir; puis, arrivez là, ilz attendirent leurs compaignons, et au coup de pistolle qui fut par eux lasché à laditte porte, fut icelle saisie, comme aussi fut celle par laquelle ilz avoient entré, lesquelles

‘ Sur U surprise de Périgueux, soyez d'Aubigné, Uùtoin univenellt, t. U, I. II, p. i6a.

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1575. furent fermées et gardées, et les gardes taillez en pièces et tuez à la pistolle. Les aultrcs qui estoient par les rues, au coup de laditte pistolle, coururent à bride avallée gangner les aultres portes pour s’en saisir, aultrcs demeurèrent i cheval par lesdittes rues, pour massacrer les premiers de la ville qu’ilz voyoient se rager avec des armes; et jouèrent si bien leiu-s personnages, qu’ilz se feirent maistres de la ville. 11 estoit joiu' de marché, quand oeste ruse fut exécutée, chose qui facilita i'entreprinse. llz de la Noê et ses gens ne furent plus tost saisis de la ville, que d’aultres compagnies par eux mises aux cliamps pour cest eBect arrivèrent à leur secours, en nonibre suffisant pour tenir les hahitans en subjection. Estans tous arrives et faietz les pdus forts, furent les églises pillées et gastées, les citoyens de la ville rançonnez et desrobes et tenus en grande subjection; on ne pourroit croire le butin que feirent lesditz huguenotz en laditte Wlle, car c’estoit la plus riche de tout le pays.

M. de Montbmn, chef des protestants ou rebelles du Dauphiné, défait M. de Gordes, gouverneur de cette province, et le tient assi^ dans la Ville-Dieu; des troupes étant arrivées au secours des catholiques, de Gordes fait une sortie, Vlontbrun est pris et exécuté*.

De toutes partz du royaume de France, y avoit (roubles et se mcsloient les cartes de telle façon qu'en aulom lieu on ne se trouvoit si assuré qu’en ce pays de Champagne et Brie, qui toutesfois, la pluspart du temps, estoit plain de volleurs et brigans, qui cheminoient en grandes compagnies, soubz le nom de la guerre et pour le service du roy; aulcuns disoient qu’ilz estoient de ses gardes, les aultres qu'ilz venoient des camps de Languedoc et de Provence pour se rafreschir. Es auhres pays, mesmement dedans et ès environs la ville de Paris, n’estoient qu’aguetz, surprinses, emprisonnemens et exécutions d'hommes des partis tant du roy que des rebelles, qni chascun disoient deSendre la cause publicque.

* \'oy. de Thou, f/utoire umverstUe, l. LX

Au mois d'août, un secrétaire do prince de Condé, porteur de lettres de son' 1575 maître et d'autres personnes ^dressées à la reine d'An^terre et aux rebelles de France réfugiés dans la Gfande-Brctagne, est saisi et exécuté k Paris. Ün exécute également, en place de Grève, le capitaine Saint-Martin, comme ayant pris part à la dernière conspiration contre Charles IX.

La guerre continue entre les troupes royales et les rebelles, qui appellent de nouveau le secours des princes protestants d’Allemagne. En même temps, des négociations sont engagées avec la cour, mais sans aboutir. Henri III envoie un mandement dans les bailliages pour ordonner qu'au 30 du mois d’août toutes les compagnies de ses ordonnances aient à se retirer dans leurs lieux de garnison et à y attendre les ordres des gouverneurs des provinces. H fait lever aussi des troupes en Picardie, Champagne et Brie, Bourgogne et Lorraine, pour se porter au-devant des reitres. Le commandement de l'armée est donné au duc de Guise, qui part aussitôt avec M. de Vaudémont et le régiment de M. de Strozxi, afin de s’assurer de la vérité, au sujet des reitres. D'après la dépêche du duc, l’armée est assemblée au village de Selongey, entre Langres et Dijon. Les gens d’armes passent, les uns près de Sens, les autres près de Cbàteau-Thierry ; la cavalerie traverse la Bric et y séjourne longtemps.

I.e sieur de Saint-Bemi est arrêté à Paris, le vendredy 9 septembre, avec neuf autres seigneurs, comme ayant, k l’instigation du duc d'Alençon, entrepris de tuer le roi. — Henri III envoie de l'artillerie au duc de Guise. Quinze pièces sont menées sur la Seine de Paris k Nogent , escortées sur les deux rives par des gens de guerre de pied et de cheval, et par cinq cents Suisses de la garde du roi; on les décharge k Nogent, d'où elles partant le 6 ou 7 septembre, et elles sout conduites k charroi jusqu'au camp, traînées par les chevaux des laboureurs de l'élection de Troyes. Après le départ, la Brie est remplie de gens de guerre d'ordonnance de cheval et de pied, séjournant plusieurs jours dans leurs li^s, s'attendant les nns les autres, et rançonnant rudement leurs hôtes.

Les compagnies qui séjournèrent longtemp é» environs de Provins furent celles de mons. d'Âumalle et de mons. de Lenoncourt, qui furent bien douze jours à faire trois lieues, en attendant leur inaistre, ledit s' d'Aumalle , lequel , estant arrivé à Provins le 1 4° jour de septembre , pour monstrer la grande diligence qu’il faisoit d’aller au service du roy, s'arresta ung jour tout entier audit Provins, où il joua à la paulme avec les joueurs de la ville, et ce pendant sa compagnie et son train mangeoient les pauvres villages A oultrance.

1575. Mons. de Biron, grand maislre de l’artillerie, passa bien en plus grande diligence par ledit Provins, le i i'»jour dudit moys, accompagné de cinq cens chevaux, qui vescurent pour la pluspart à leur argent, par les villages où ilz arrestèrent fust à la disnée ou souppée, et ceux qui n'avoient volunté de payer leurs hostes vivoient aux plus petis despens qu'il estoit possible.

M. de Guise presse l’arrivée des troupes, dans l’intention d’aller joindre M. de Vaudémont en Lorraine.

Le duc d'Alençon s'évade de la cour dans la nuit du li au i5 septembre. Déguisé et monté dans un coche bien fermé, il sort de Paris, et prend la poste pour gagner Dreux, ville de son apanage. Arrivé le même jour dans cette ville, il s’y arrête quelque temps pour attendre les gens de son parti, qui venaient lui oITrir leurs services; en peu de jours, le nombre des gens qui l’entourent se trouve considérable. Henri III, en apprenant la fuite de son frère, dépêche des émissaires pour s’informer du chemin qu’il a pris, et pour l’arrêter, si cela est possible. Dès le lendemain , il envoie des mandements dans toutes les villes de France, pour recommander aux habitants de se saisir des portes, de se bien garder, nuit et jour, et surtout de ne laisser entrer aucunes personnes armées, è moins qu’elles ne soient munies de passe-ports signés de sa main. — Ln mandement de ce genre fut reçu à Provins le 17 septembre, et publié par les carrefours au son de la trompette.

Par la relraicte dudit seigneur duc de la court du roy, les cartes furent meslécs d'une estrange façon. Ung chascun de la France ne sçavoit plus à qui il estoit, ne de qui il se debvoit advouer ou du roy ou de mons. le duc son frère, tant les gens de guerre que l'aultre peuple. Les villes, principallement celles qui appartenoient audit seigneur duc et qui luy avoient esté données pour son apanage , se trouvoient en aussi grande dilliculté que les gens de guerre; car elles ne sçavoieut si elles se debvoient tourner du costé dudit seigneur contre le roy, ou si elles debvoient tenir pour le roy contre ledit seigneur. Plusieurs compagnies de pied et de cheval laissèrent le roy pour aller au service de son frère; d’aultres se mipartirent, et se séparoient les ungs des aultres amyablement, chascun d’eux donnant leur service à celuy qu’il* avmoient le mieux. Le seigneur de F-enoncourt, qui lenoit les

champs pour le roy, ayant entendu laditte retraicte, taschea à des- 1575. baucher toute sa compagnie pour la mener au service du seigneur duc, ce qu’il ne peut faire que d’une partie; car l'aultre ne le voulut suyvre, ains gardèrent la foy par eux jurée au roy et demeurèrent è son service, et s’allèrent rendre à. son camp soubz le due de Guise.

Une partie de l’armée du duc de Guise se débande. — De Dreux, le duc d’Alençon lance un manifeste, où il explique sa conduite, se plaint des persécutions, des impôts et des exactions dont le peuple est accablé au nom du roi, et déclare prendre sous sa protection tous les Français des deux religions, en attendant les états généraux et la réunion d'un concile (ibyô, 17 septembre*}.

Voilà la teneur de la déclaration et protestation dudit seigneur duc, pleines de belles parolles et de bonne volunté envers la réptiblicque, s’il estoit vray que le zèle d’icelle l’custpouLsé; mais quant à moy, je croy que ce n’est aultre chose qu’un esmorsoir pour animer ung chascun estât Je France pour secourir ledit seigneur, et pour , plus patiemment porter les troubles que sa retraicte apportera par cruelles guerres, qui ne tomberont à la parfin que sttr les pauvres lalioureurs des villages. Ceux-ci soutiendront le fléau de l’ire de Dieu, pour les envies que les princes et grands seigneurs portent les ungs auxaultres, et avec estre lesditz laboureurs et gens des villages brigandez, voliez et murtris par les gens de giierre de part etd’aultre,

' Déclarahon ie monseigneur , fils et (/</. vo). b44t fol. 376 et 382); — frère da roy^ duc d'Alençon, etc. contenant remonstrance de la nobletse Jrxinçoise sur le les raisons de ta 9ortie de la cour, le 18 sep- faitdela<Uclarationdaducd'Alençon{ib'jl}, temhre 1575. 1 b'jb, id-8*. — Lettre de Mon- in-8*); — Epistres aux délicats et JUtteurs siear, frère da roy, escrite au it^ sar sa sortie machiavélistes foi ne peui'ent trouver bonne

de Paris ; — Lettre du roy à la noblesse de la pnnse des armes contre les perturhateurs de

son royaume sur la sortie de la court de Mon- l' Estât Déclaration de M. le prince

siear, frère de S. M. ^ Lettre de Monsieur, de Condé, sur les causes de son royage en frère du roy, à MM. de la court de parle- France avec main armée, vers M. le duc,

ment, après son pariemeni de la court, se frère du rtr^(i575. in-8*);-*D(fcfarüfjon ef

rrtiruRf à Angers, etc. (Bibl. iiop. collect. protestation de M. Dantille (Bibl. imp. col- Dupu^. V. 87» fol. 54 et suiv.) ~ Lettre de lect. KonUnieu, 1 575^1 576). la Noae «a duc d'A lencon, 28 tept, 1 675, etc.

1575. payeront les tailles sans miséricorde et beaucoup plus grosses et excessives que devant, et en rien ne sortira l'efiect des belles pro* messes dudit seigneur, lequel dict prendre les armes pour abolir toutes tailles, subsides et impostz mis sur le pauvre peuple. Car il se trouvera'que ledit seigneur à la fin fera son appointement avec le roy, sans plus se soucier de la cause publîcque, principallement en ce qui concerne le proulüt du pauvre peuple des villes et villages.

Telle est la condition des princes de France, de mettre tousjours en avant la cause publicque, quand ilz se veullent venger les ungs envers les aultres des difîérens qu’ilz ont ensemble; ilz en font porter la peine au pauvre vulgaire , qui se trouve tout acablc et en rien ne se ressent des belles promesses par lesditz princes mises en avant, mais lem suHist de contenter le peuple de belles paroUes, affîn d'avoir de luy ayde pour se rendre plus fortz chascun d'eux contre son ennemy. Au lieu du soulagement qu’ilz promettent audit peuple, font une ouverture et permission de brigandages par volleries, rançons, pilleries et assassinats. Ce qui est advenu en ce temps par la déclaration et protestation ci-dessus. Car, par la retraicte dudit seigneur pour l’assurance de sa personne, ainsi que saditte déclaration le porte, la guerre a esté empirée de la moitié plus qu’elle n'avoit esté ës années précédentes sur les pauvres laboureurs et gens des villages, par larcins, volz, rançonnemens, viollemens, murtres, rançons et tout aiütre genre de mal , sans repréhension , loy, justice , ordre ni polbee. Et ne se peult faire aiiltrement. Car si l’img des princes qui a guerre contre l’aultre faict punir les gens d’armes de son party, po|>r les maux qu'ilz font, à l’instant tous le laisseront là et s'iront rendre à son ennemy, et par ainsy demeurera seul et sans secours. Partant, quand les Françoys verront différent estre entre les princes de France contre le roy et le roy contre eux, et que, pour apaiser tel différent, ilz lèvelont les armes les ungs contre les aulti-es par guerre, qu'ilz Françoys dient hardiment que eux-mesmes en porteront la peine et pénitence bien dure, combien* qu'ilz princes dient et déclarent que la guerre qu'ilz feront .sera pour le soulagement du pauvre peuple

DE CLAUDE BATON

Or s’est-il trouvé à U Hn que la déclaration faicte par ledit seigneur duc n’a pmuflité qu’à sa personne et aux larrons qui ont esté à la guerre soubz son nom et celuy du roy. Les seigneurs, princes et gentilshommes, qui estoic^t fugitifs du royaume et emprisonnes ès prisons, ont esté sanlves avec luy et remis en leurs biens, estais et honneurs, la religion prétendue des huguenots enforcie, et ont tous les susdits gaiigné leur cause aux despens d’aultruy; mais le pauvre peuple n’a sceu trouver de bon procureur pour plaider sa cause, et pour ce est tombé ès despens en perdant le principal. Au lieu d’estre ostées ou diminuées, les tailles et gabelles, pour lesquelles en partie la déclaration susditte disoit prendre les armes, ont esté augmentées de la moytié, et ne fut jamais le peuple de France molesté ni angarié de tant de gabelles, subsides et impostz qu’il a esté depuis.

Au moment de la fuite du duc d'Alem^on, la paix allait se conclure. Les députés des rebelles, déjà partis pour Paris, s'arrêtèrent en chemin; un ou deux jours avant, M. de DamvUle avait dépéché auprès du roi un de ses hommes, N. Follet, natif de Provins, se disant M. de la Nfagdeleine, chai^ d'annoncer l'envoi des articles du traité qu'on arrêtait suivant le mandement royal. Le duc avait quitté la cour lorsque Follet y arriva; après avoir remis ses dépêches au roi, il vint voir à Provins sa femme et ses parents, puis, sachant que les députés n'étaient point allés à Paris, il retourna dans cette ville au bout de quinze jours, pour prendre congé du roi, qui lui donna un paquet de lettres pleines de douces paroles, pour attirer Damville à la .paix. — On laisse au roi de Navarre, qu'on veut ménager, un peu plus de liberté qu'auparavant.

La royne mère fiit tacitement coulpée de la fuitte de son fils, et dist-on par commung bruict qu'elle luy avoit aydé à faire ses apprestes. Laquelle, pour faire bonne mine ou aultreroent, entreprint de courir après luy, pour le ramener à la court paisiblement, et pour luy faire droict en tout et partout sur ce qu’il se sentoit intéressé. Mais il fut novelle que ledit seigneur, sçaehant l’arrivée de sa mère, ne la volut attendre , ni parler à elle, mais print son chemin pour tirer à Amboise et aultres lieux de son apanage, pour estre plus près et à main des rebelles damvialistes de J.anguedoc et huguenote de la Rochelle; et

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1575. partant ne peut parler à luy laditte dame qu'il ne fust audit pays, où elle alla après luy. Elle ne le peut ramener avec elle, comme elle s'en estoit promise, parce que les rebelles l’avoient jà si bien faict accompagner de leurs gens que ledit seigneur povolt plus aller ni venir sans leur gré et congé. Et se pensant mettre en liberté, et sortant de la prison où il estoit avec le roy son frère, se meint en une aidtre plus estroicte avec les rebelles, et partant fallut que laditte dame s’en retoumast au roy son filz, ainsi qu'elle estoit allée.

Avant que mondit sieur le duc se paitist de la ville de Dreux, le bruict commung fut qu’il envoya uug homme au roy, pour le prier de ne poinct empeseber ses gentilshommes et serviteurs d’aller après luy pour son service, sans leur faire aulcun mal, et que, quand il se trouveroit en beu de plus grande seurelé, il luy manderoit les causes de sa retraicle plus amplement que ne contenoit sa déclaration. Ce que luy accorda le roy et encores plus davantage ; car, après qu’il eut licencié tous les seigneurs, odiciers et serviteurs dudit seigneur d’aller après luy, si bon leursembloit, luy envoya sa vaisselle, son escurie et grans chevaux et n’empeschea aulcune chose des meubles appartenans au service dudit seigneur; qui fut une occasion de faire cognoistre audit seigneur duc que le roy son frère ne luy vouloitle mal que les rebelles damvialistes et hiiguenoU luy avoient faict entendre. Plusieurs gentilshommes et officiers dudit seigneur ne voku'ent si tost aller après luy, de peur d’estre mal contens du roy, nônobs'tant le congé qu’il leur en eust donné; mais sc retirèrent en leurs maisons, en attendant quelle en pourroit estre la fin et quel traict prendroit le desseing dudit seigneur. Et de ceux-là fut mons. de Bouy, parroisse de Chalaustrela-Petite, qui pour lors estoit bien aymé du roy et dudit seigneur. .

Henri III se trouve dans une grande perplexité. Les conseillers au parlement de Paris l'engagent à ne point quitter la ville, de peur de tomber entre les mains de l'çnnemi. Il fait sortir de la Bastille le maréchal de Montmorency, qui y avait été enfermé par Charles IX, l'admet dans son conseil et le charge de traiter la paix avec les rebelles. .Montmorency se rend à Amhoise, mais les conditions proposées par lui au duc d'Alençon sont repoussées. — Le roi recommande au

duc de Guise de s'opposer vigoureusement à l'eiilrtl'e des retires en France, et l'engage à défendre sa cause contre les séditieux, alors réunis entie Bourges et Tours. Le duc de Guise cherche à maintenir üdéle.s au roi les olliciers cl soldats de son armée, dont plusieurs déjà l'avaient ahandoiiné pour suivre le parti du duc d'Alen<;on; la cour lui envoie de nouvelles troupes.

Des premiers capitaines qui allèrent au camp du sieur de Guise, depuis la retraicte dudit seigneur duc, lut un nommé le capitaine Fervat ou Fervatte', qui partit du pays de Normandie avecung régiment de gens de pied et de cheval bien en ordre, mais bien meschans, gens les plus larrons et vollcurs qui eussent oneques esté par les villages il y avoit dix ans. Tous les chevaux des pauvres laboureurs qu’iU trouvoient en leur chemin estoient par eux prins et desrobes, comme aussi estoient ceux des bostes où ilz logeoient, qu'on leur prestoit pour les guider et porter leur bagage, sans que ledit capitaine ni aultre en feit justice ni raison. Hz cheminoient à grandes journées depuis Paris jusques au camp, et pour le moings faisoient six lieues par jour. Hz allèrent passer la rivière de Seine à gué entre les villages de Beaubeu et de la Motte-de-Tilly-lez-Nogent-sui^Seine, poiu- ce que les villes ne leur vouloient livrer passage, de peur d'estre surprins, joinct aussi que les rivières partout estoient fort basses et guéables. Les laboureurs des villages d'alentour de Brie-Conte-Hobert et de par deçà, par où ledit régiment passa et logea, allèrent après leurs chevaux que lesditz gens de guerre enmenoient jusques auprès de Troye en Champagne, et si ne peurent trouver moyen de les ravoir, quelques plaintes qu’ilz feissent audit capitaine; sinon aulcuns qui en avoient perdu deux ou trois, ausquelz on en rendit ung. Avant que de passer la rivière de Seine, ilz logèrent ès parroisses de Lcschelle, de Moel-sur- Seine et Mériot, desquelles parroisses ilz enlevèrent plus de 3o bestes chevalines qui furent perdues, et payèrent ceux qui allèrent après en coups de baston, et fut ledit régiment tout monté à cheval aux despen.s des laboureurs. Hz passèrent la Seine le ao‘ jour de septembre.

' GuUlaume de Hautemer, ceigneur de Fervaques, coiutc de Grance^« mort maréchal de France.

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1575. Audit jour, deslogea de Provins mons. le marquis d'Eiboeuf et uog aultre grand seigneur avec luy, et leur train, en grande diligence, passa par Provins, pour s’aller joindre audit sieur de Guise, ayans receu lettres que les reistres et Françoys reniez se préparoient pour entrer en France.

Publication d’un mandement du roi, pour convoquer l'arrière-ban dans tout le royaume. iSyS, septembre.

Ce mandement publié en la ville de Provins dès le 4* jour d’octobre, nions. Olivier de Soissons, bailly et capitaine de Provins, et partie des gentishommes du balliage, se transportèrent audit lieu de Provins, pour adviscr entre eux de se mettre aux champs, d’eslire ung guidon pour conduire la compagnie des gentishommes dudit balliage, et de choisir le quartier qu’ilz debvoient tirer, ou vers mons. de Guise ou aultre part; mais le nombre desditz gentishommes fut si petit pour ce jour qu’ilz ne purent rien résouldrc ni arrester.

MM. des Marestz et de Crenay le jeune, seigneur d’Aulnoy k cause de sa femme, comme gentishommes de la maison du roy, se transportèrent en la ville de Paris audit 8* jour, ainsi que le mandement le pourtoit, en bon équipage d’armes et de chevaux pour luy faire service; mais n’y feirent non plus que ceux qui n’y furent poinct, excepté qu’ilz furent mieux en la bonne grâce du roy. Car ceste entreprinse vint à rien, et ne hobèrent pour ceste fois les gentishommes de l’arrière-ban, parce que la plus grande part d’entre eux devindrent malades de peur ou feirent semblant de l’estre, affin de n'aller aux coups; et tirent gangner les médecins, cirur^ens et notaires beaucoup plus que les appoticaircs, par les belles attestations qu'ilz feirent faire de leurs liebvres et maladies. Voilà comment les genstuchommes servent le roy, quand il fault aller à une bonne affaire! En temps de paix, ilz sont fort hardis et ont faict merveilles, à les ouyr dire; en temps de guerre, ilz sont malades et ne peuvent aller plus loing que leur village et à l’entour, pour prendre les lièvres et perdreaux, qu’ilz vendent aux gens frians des villes pour achepter du lard pour se nour-

DK CLAUDE BATON.

rir en leurs maisons. Aultres vont ung peu plus loing cercher quel- 1575. ques capitaines de gens de guerre, pour les amener loger ès villages des parroisses où ilz demeurent, pour faire manger et chastier ces meschans paysans qui ne veulent obéir à Monsieur, et aller labourer, semer, moissonner, charrier, faner les grains et foins de ses près et de ses terres à sa première requeste. Et telz ont la puissance de faire du mal et |>oinct de bien; et si n'ont le moyen de bailler un morceau de pain ou ne veuUent à ceux qui de bon gré ou de force vont faire leur besongne. J'en particulariserois beaucoup de telz au balliage de Provins et aultres lieux , qui ont bien la puissance de nuire et qui le font, mais ne sçauroient destoumer ou dcsloger une bande de friquerelles de cinquante hommes, quand elle est logée ou veult loger ès villages des parroisses où ilz demeurent et dont ilz se disent seigneurs.

Je n’entens blasmer personne des bons et honestes gentishommes qui s'employent au service de leurs subjeetz et voisins , pour leur faire plaisir en tous temps , sans les grever ni molester qu'aultant que lesdietz subjeetz ou aultres lems voisins leur veullent bien faire d'une gayeté de cœur. Mais le nombre des bons est beaucoup moindre pour le présent que celuy des inesebans genstuehommes, qui, en tout t temps et saisons de leur vie, font la guerre aux pauvres gens des villages, soit â leur faire faire courvèe, à décevoir les femmes, violer ou stuprer les filles, batre les hommes et leur ravir leurs biens, jusques à prendre par force le pain en leur mect ou bûche, pour se noiu'rir et leurs demoiselles. Passons oidtre.

Les Parisiens fournissent an roi quatre mille soldats levés dans leur ville et payés à leurs dépens. U était question de faire marcher cette troupe contre le duc d’Alençon, lorsqu'on apprit que, de son côté, ce prince s'avançait vers Paris; elle resta donc, et fut logée dans les faubourgs Saint-Germain, Saint-Marcean , Notre-Dame-des-Champs, etc. Après des revues particulières des gens de chaque état et métier, une revue générale des milices bourgeoises de Paris fut passée par le roi hors de la ville; environ cinquante mille hommes, disait-on, y prirent part. — Le roi donne de nouvelles commissions pour la levée des gens de guerre destinés à garder Paris et à renforcer les armées du duc de Guise et du duc de Monlpensier.

1575. M. de Beauvais, seigneur de Naogis, charge du commandement d'un dc.v nouveaux régiments que le rgi levait, donne commission au seigneur de Tadiy de lever une compagnie, dont il serait capitaine. Tachy fait battre le tambour à Provins, .Nangis, Montereau, Bray, Nogent, Pont, Méry, Courgivault, Villenauxe, la Ferté-Gaucher, et prend pour lieutenants MM. de Lourps et de Vendières. — Un autre régiment, accordé à M. de Larcbant, est réuni au nom de ce seigneur, dans les environs de Nemours.

Ces soitiaU, mis aux champs, avec ceux du seigneur de Beauvais, vindrent piller, desrober et rançonner les villages depuis Montereau, en tirant à Meaux, et depuis iesdittes villes de Montereau et Meaux jusques à moytié chemin de Chaslons en Champagne, en tirant à Troye et de Troye à Sens; et ne faisoient aultre chose que ce tour. Qdand ung régiment estoit d'ung costé de la rivière de Seine, l’aultre passoit do l'aultre costé, et furent trois sepmaines à faire la piaffe esdits lieux sans aller au camp. Il se trouvoit d’aultres compagnies pamty eux, qui n’avoient volunté d’en faire davantage; et feireiU ces bandes beaucoup de dommage aux villages de la Champagne et de dessus les rivières, pour ce que c’estoit la saison de semer leurs seigles, mestaux et bledz, comme aussi à ceux de la Brie, qui commençoient à faire leurs bledz. Car Iesdittes canailles ne faisoient difGculté de destcler les laboureurs pour leur oster leurs chevaux , non plus que s'ils eussent esté estrangers ou Sarasins.

Le duc de Guise avait conduit ses troupes à Baccara, sur la frontière d'Allemagne, pour y attendre les rçitres; ceux-ci ayant alors été chercher un autre passage pour entrer en France, il laisse son artillerie en Lorraine, se porte à grandes journées sur Sedan , et campe h peu de distance de l'ennemi, dans l'intention de lui livrer bataille. Mais les reitres se retirent pendant la nuit; é,ooo d'entre eux, sous la couduite de Thoré, gagnent le pays de Thiéracbe, et passent au-dessus de Notre-Danie-de-Liesse, pour se joindre à 2,000 Picards et Briards, qui les attendaient, commandés, entre autres, par MM. de Rochepot, seigneur de Moiitmirail, de Talan et de BesancourL Le duc de Guise s'avance sur Reims, pour les arrêter au passage de l'Aisne, en demandant au roi du renfort; mais les régiments, ivccupés k piller, s'attardent, et il est obligé de se replier sur la Marne.

Le 9 octobre, il vient camper sur le bord de la Marne, entre Château-Thierry

et Éperaay, au lieu dit le Bac ou Port à Pinson. Le lo, les ennemis se présentent, li>75. et, tout en cherchaut à éviter le combat, ils s'cITurcent d'effectuer le passage de la rivière, guéable en cet endroit. Les troupes royales se jettent sur eux et les mettent en déroute. Le duc de Guise est blessé d'un coup de pistolet au visage par un traître de son armée, qu’il voulait cmpérlier de passer à reiincmi*.

Six cornettes de reistres se rendirent au seigneur de Guise, ayans tous faict alte, qui est ung signe de vouloir parlementer, et ne volurent combattre aiücunement; et estans en parlement avec ledit sieur de Guise, déclarèrent qu'ilz entendoient venir pour le service du roy, et qu’en son nom et faveur avoient esté ainsi levez en leur pays tl' Allemagne et soubz son. auctorité mis aux champs, sans laquelle n’eussent party de leur pays. Lesdittes six cornettes furent prinses à mercy, feirent le serment de fidélité au roy et furent appointez à son service.

Aultres six cornettes de reistres tiendrent bon ung peu de temps et ne se volurent rendre qu’à force d’armes, mais vincus se soubmirent à la miséricorde dudit seigneur de Guise , se rendons ses prisonniers; lesquelz furent par luy envoyez au chasteau de Condé, où furent enserrez jusques à ce que le roy leur eust pardonné, et furent quittes de leur rançon pour leurs chevaux, armes et bagages, et, après avoir faict serment de n’aller jamais en guerre contre le roy, furent renvoyez en leur pays d’Allemagne, ung baston de bois en leur main pour toutes armes.

Plusieurs aidtres reistres furent prins prisonniers en particulier par les gens de guerre du camp dudit seigneur de Guise, qui feirent leur prouffit de la rançon qu’ilz en eurent, ou furent riches et bien récompensez de leur long travail au butin qu'ilz feirent. Lesditz ennemys, tant Françoys reniez que reistres, perdirent tout leur bagage, qui estoit de plus de cinq cens hamois gros et grans. La mcslée ‘ fut grande, mais y eut peu de meurtre. Il ne demoura pas deux cen.s personnes mortz en la place et n’y en eut aultres deux cens de blés-

’ Voj. 'Discours de la défaite des reistres des publieains par les capitaines de W. le duc

par leduc de GuisCt U lOoctohre {Pol- Montpensier (Paris, Dailücr, 1 575); et

tiers, inia);*— Discour^sde la desconjiturt tl'Anbigné, f/ûf. uurv. t. Il.liv. II, p. i8i.

1 575. sez. Les gentilshommes et paysans des environs du lieu où fut baillé l’échec butinèrent grossement sur les fuyards qui s’escartoient de part et d’aultre pour se saulver. Lesquels, pour avoir leur vie saulve et pour courir plus fort, jettoient par les chemins leur bagage, auitres leurs bourses, pour amuser ceux qui les poursuy voient; plusieurs desquels demeurèrent en la place.

Es environs de Vertus, en tirant vers Sézanne, les ennemys se rallièrent ainsi qu’ilz purent poiu* se remettre en trouppe, et, pour se mieux recognoistre , myrent le feu en trois ou quatre villages de nuict , qui estoit le signe donné entre eiu pour se rassembler; à la clarté desquels feux plus hardiment s'approchèrent le$ égarez, et se rallièrent hien le nombre de 3,ooo hommes, la pluspart Françoys reniez. Lesquels, pour trouver gens et vivres en seureté, prindrent le chemin pour gangner la rivière de Seine au village d’Estemay, dont la dame et ses enfans estoient huguenots. A la porte du chasteau, qui estoit le 1 1* jour du moys d'octobre, trouvèrent tonneaux de vin deffoncez pour boire toute la trouppe et du pain pour leur manger. Les aulcuns forragèrent par les maisons du village, pour trouver pain, formage et viande cuitte, qu’ilz emportoient avant eux pour manger à cheval; ils ne s’amusèrent longtemps audit village, dé peur d’y estre attrapez, mais ayant bu chascun ung coup, picquoient avant pour gangner pays. La dame et gens du chasteau leur baillèrent hommes à cheval pouj' les guyder et les mener jusques au passage de la rivière de Seine.

Uz approchèrent de Villenauxe et eussent bien entré dedans, s’ils eussent osé, sans qu’on s’en feust apperceu; mais s’en gardèrent, de peur qu'y arrestant n’eussent esté attrapez du camp du roy, et pour ce passèrent oultre. Pareillement ils eussent bien entré en la ville de ‘ Provins, sans empeschement quelconque, avant qu’il feust novclle d’eux, s’ilz n’eussent crainct ainsi que dessus. Car quand le premier messager apporta les novelles desdis ennemys audit Provins, et qu’il dist avoir veu les reistres ès environs de V illcnauxe, chascun se moc- (|uoit de luy et disoit-on qu’il estoit porteur de faulses novelles et ne vouloit-on croire qu’ilz fussent si près, pour ce qq’on estimoil qu’ilz

fussent encores ës marches d'entrer en France. Les gens des villages de Villegruys, de la Queue-aux-Bois, de S-Martin-de-Chasnetron, accoururent avec leurs chevaux et hamois k bride avalée audit Provins pour se saulver, La pluspart desquels disoient avoir veu lesditx reistres à cheval en grand nombre entre leurs villages et Villenauxe , mais ne povoient dire quel chemin ils prenoient, sinon qu'ilz estimoient qu’ilz voulussent loger en leurs maisons. Aux parolles desquels fut foy adjoustée par les habitans de Provins (et estoit entre les 4 ë 5 heures du soir), qui fermèrent leurs portes et renforcèrent le guet toute la nuict sur les murailles et par les rues, affin de n’estre surprins, et s'atendant bien au lendemain d'estre assaillis. A quoy lesditz reistres ne pensoient, ains plustost à se saulver, et environ laditte heure de 5 du soir, ilz passoient par le village de Cortiost, parroisse de S'-Fergellez-Chaiaustre-la-Grand , où demeuroit le seigneur de Patras, qui pour les rafrcschir avoit deflbnsé deux ou trois tonneaux de vin , et préparé du pain pour leur manger, et tous beurent et mangèrent sans arrester, parce qu’ilz avoient volunté de passer le mesine jour la Seine; ce qu'ilz feirent environ l'heure de soleil couché, ayans passé par le vjL lage de Beaulieu-lez-Nogent, où furent bien recognus avec eux le seigneur de Besancourt et ledit Patras.

Tous les chevaux et jiunens bons et de service qu'ilz trouvoient en leur chemin les faisoient à eux bon gré et mal qu’on en eust, et ne feignoient de tuer ceux qui leur réfusoient , non plus que de tuer ung poux, llz tuèrent ung bon laboureur du village de Louan, auprès de Mons-le-Potier, qui taschoit à empescher qu’ilz ne destelassent ses deux chevaux et qu’ilz ne les enmenassent. llz faisoient ainsi des prebstres et gens de justice et marchans qu’ilz faisoient des chevaux , et les enmenoient avec eux pour leur faire payer rançon. Hz enmenèrent mcssire Fergel Mauchaussé, prebstre, qu’ilz prindrent au village de Ressou, en laditte parroisse S'-Fei^el, bien blessé, lié et be.sillé. Combien que ledit seigneur de Patras leur eust donné à boire et manger, si est-ce que son grand cheval bit par eux chaîné et enmené, qui luy fut une excuse de aller après eux, lequel, comme j’ai entendu, fut

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1575. perdu. Il leur estoit besoing de «e remonter de chevaux, car quasi n'en avoient plus que ce qu’ilz avoienl desrobbé par où ilz avoient passé depuis la rivière de Marne , et estoient la pluspart montez deux à deux sur ung cheval.

Es villages des pan'oisses de Chalaustre-la-Grand et de la Chapelle de S‘-Nicolas estoient logez quelques trouppes de soldatz pour le roy, qui estoient du régiment de mons. de Beauvais, conduietz par messieurs de Tachy et de Leurs. Hz eurent tout soudain advertissement de l’arrivée desdiz reistres à Corliost, desquels ilz eurent si peur qu’ilz n’eurent le loisir de dire adieu à leurs hostes ni de charger les viandes de leur soupper pour se saulver, et pour mieux se rendre en seureté estans tous à couvert des montaignes, gangnèrent le port et chaulsée de Nogent, avant qu’iceulx reistres y fussent arrivez, et en cheminant par ladilte chaulsée, rompirent et abatirent tous les pons de bois qui sont en icelle , allin qu'ilz reistres n’allassent après eux. Voyans lesditz soldats qu’ilz avoient heure assez pour se saulver audit Nogent, s’arrestèrent sur laditte chaulsée pour veoir si lesditz reistres passeroient oultre laditte parroisse S'-Fergel. Et tout à l’instant qu’ilz se furent retournez, les apperceurent deshander et débusquer des montagnes qui sont es environs de la chapelle de mons. S'-Pare , tous galoppant le grand galop. Lesditz soldatz desploièrent leurs enseignes et sonnèrent l’alarme avec leurs tabourins, qu’ilz reistres povoient aysément entendre, car ilti’y avoit distance de l’ung à l’autre qu’environ une demyc lieue. Au son desquels tabourins curent bien aussi peur le.sdiu rei.stres desditz soldais qu’ilz soldatz avoient eu d’eux; lesquclz à l’instant délaissèrent le 'chemin par où ilz cheminoient et gangnèrent les bas champs, pour s’a.ssembler tous en ung; et, pour haster les derniers de courir, eux-mesmes .sonnèrent une alarme avec leurs trompettes, au son desquelles furent tous en armes, selon le meschant équipage auquel ilz estoient. Et pensoient là d’avoir fort à faire, car d’un costé ilz estoient enclos des montagnes, de l’aultre costé de la rivière, joinct que la nuict approchoit, et sans les gentishommes de Fatras et de Besancourt, qui savoient bien que les-

DE CLAUDE IIATON.

dilz soldatz ue les eussent osé assaillir, eussent là campé et demeuré 1575. pour la nui<^ ^et pour ce les feirent marcher plus oultre à leur assurance poiu" gangner laditte rivière de Seine.

Les iriquerellcs et canailles de soldatz dudit sieur de Tachv et aultres, leur voyant reprendre chemin, coururent gangner les faulxbourgs de la ville de Nogent, et pensoient entrer en la ville; mais trouvèrent les portes fermées , qui oneques pour ce soir ne leur furent ouvertes, de peur d’une surprise. Car lesditz de Nogent, de leur tour, avoient descouvert lesdis reistres passer par les montaignes susdittes, par ung advertissement que ung de leur ville leur avoit donné, qui les avoit veu auprès de Villenauxe. Hz soldatz de Tachy, voulant faire des audacieux pour entrer dans la ville, alTin de se saidvcr, voulurent tirer de leurs harquebuses contre les murailles, et de faict en tirèrent, qui leur fut cher vendu. Car ceux dudit Nogent, se voyant par eux assaillir, ineirent la main atix armes, et par les > rénaux de leurs murailles tirèrent à coups de harquebuses sur lesditz soldatz, et des premiers coups en couchèrent deux sur le carreau, qui morurent avant qu'il fusl une heure après. Cependant que lesditz soldatz et ceux de Nogent s’escarmochoient, les reistres passoient la rivière de Seine entre les villages de Beaulieu et de la Mottc-de-Tilly, qui cmpeschoit lesditz de Nogent d’ouvrir leurs portes ausditz soldatz, quelque cognoissance qu’ilz donnassent estre pour le roy, parquoy leur fiit besoin de se loger la nuict ès maisons des faulxbourgs dudit Nogent, du costé de la Belle-Dame.

Au partir du passage de la rivière de Seine, qui estoit après le soleil couché, les reistres ne volurent loger aux villages de la Mottede-Tilly et de Corceroy, en faveur de M“ d’Estemay, dame desditz lieux, mais allèrent loger ès villages d’Atys et de Villers-sur-Seine au rez de la nuict; esquelz villages estoit logée une compagnie de gens de pied dudit régiment de Beauvais, qui estoient & gogo, au mieux de leur souppé, qui ne pensoient leurs ennemys estre si proches d’eux, et estoient soubz la conduitte d’un capitaine qui se faisoit nommer La Chapelle. Hz reistres et François reniez, avant que de mettre pied à

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1575. len’e, ne faillirent d'assaillir messieurs les friquerclles, qu’ilz prindrenl à despourvcu, chascun en leurs logis; et en ce faii^q^, avec leurs trompettes sonnèrent une alarme pour tousjours les mieux attonner et mettre en fuitte. Les tabourins, ayant de leur logis ony l’alarme des trompettes, eurent tout soudain la main aux tal:>ourins et sonnèrent une alarme, en gangnant le logis de leur capitaine, qui estoit logé en la maison du plus riche homme de Villers, nommé, je croy, Pierre Picard, où furent aussi tost lesditz reistres et Françoys reniez. Ceux-ci assaillirent le logis de toutes partz pour avoir ledit capitaine, lequel du premier coup ne se volut rendre , mais tint bon jusques à l'extrémité qu'il veit le feu allumé en son logis ji bien embrasé pour le brusler dedans, qu’y avoient allumés ses ennemys; par quoy fut contrainct de se rendre à eux et à leur miséricorde. Toutesfois ne luy feyrent aulire mai que de l’enmener prisonnier avec eux, au lendemain, pour avoir tout son bagage et une bonne ran<;on. De ce feu allumé par les reistres y eut douze maisons avec les granges et astables d’icelles, qui estoient pleines de tous biens et de bestial, bruslées et perdues, sans qu’ilz reistres et reniez Françoys volussent souffrir qu’on tasebast en saulver quelque chose, disant qu'ilz vouloient qu'elles consumassent, pour brusler les soldalz qui estoient dedans à grand » nombre. Toutesfois n’y en eut que cinq ou six de bruslez et environ

une vintaine de tuez en la place. Tous les aultres se saulvèrent ainsi qu'ilz peurent et gangnérent les bords des rivières, où au lendemain plusieurs furent accommodez, aultres desvalisez par les gens des villages de Meel, Ennez, la Motte, Noycn et Goix, qui allèrent veoir le feu audit Villers. Ce pendant que aulcuns desditz reistres et Françoys reniez mettoient le feu ès maisons susdittes, aultres allèrent voiler les meubles de l’église dudit Villers, sans y faire aultre mal et sans y mettre le feu. Ils prindrent deux prebstres prisonniers audit Villers, à l'ung desqtielz baillèrent congé dès le soir, après avoir tiré de luy ce qu’ilz en purent avoir, ayant égard que jà une fois il avoit esté prins prisonnier des huguenotz, en l’an i 667; l’aultre fut enmené par eux, alBn d’en tirer rançon.

Messire Fergel Maucbaussé, de Rcsson, que nous avons dict par 1575. eux avoir esté prins et ennaené depuis Ressoii jusques audit Villers, à l'ayde de son hoste et d'une de ses filles fut délivre par la fuitte qu’il priât de nuict environ les i i heures, dormansceux qui l’avoient prins et iing gros villain LoiTain qui les suyvoit, à qui ilz l'avoient donné en garde. Quand les tirans lurent resveillez, et qu'ilz trouvèrent leur prebstre perdu, feirent tant de rudesse à l'iiostc qu’il fut contrainct de leur bailler 6 escuz, ou aultrement eussent allumé et bruslé sa maison.

Au lendemain matin, qui fut le douzième jour dudit moys d’octobre, dès l’aube du jour, ilz rcistres et Françoys reniez partirent dudit Villers, et à grand journée allèrent passer la rivière d’Yonne et s’allèrent loger à la petite ville de Ferrières ou les environs, ayans, oultre le mal qu’ilz avoient faict audit Villers, prins et enmené plus de trente bestes cbevalincs. Fault noter que tous ceux qui avoient prins la luitte au Bac-à-Pinson ne s’esloient encores realliez et n'avoient retrouvé leurs trouppes, et furent bien loo ou i ao chevaux qui, à la vitesse pour se saulver, allèrent passer la rivière de Seine entre Pons et Méry, et se logèrent ès villages de Crancé ou aultres, la nuict que les aultres logèrent audit Villers. Lesquelz, ledit douzième jour d’octobre, prindrent chemin par la Champaigne, pour aller gangner l’Yonne après les aultres, et passanspar le village d’Avans, trouvèrent M' Nicolle Leclerc, doyen de Marigni et curé dudit Avans, qu’ilz enmenèrent prisonnier avec eux et le menèrent plus de huit journées avant que de le délivrer à rançon, qui fut de plus de i oo escuz , combien que M. d'Avans, gentilliomme de crédit, et l’abbesse du Paraclct-lez-Nogeut, de grande faveur le pussent ravoir.

Sans la conduitte que lesditz reistres et Françoys reniez avoient des seigneurs de Patras et de Besancourt, ilz eussent esté attrappez au port de Nogent ou ès environs où ilz avoient volonté de se camper, pour l’alarme que leur donna la compagnie de Tachy, sur la chaussée de Nogent, par M. le grand prieur de Champagne et sa compagnie, qui les poursuivoient de bien près; et n’eujt esté la nuict, qui les

1575. contraignit de se loger, fussent ailes après jusques à les attindre, qui n’cust été sans les cliocquer, combien qu’ilz rcistres estoient la raoylié plus que ledit prieur. Lequel, ayant perdu l’arré d’iccux, se retira k Nogent avec sa compagnie, cstans plus lassez que les ennemys qu'ilz poursui voient. A cause de la nuict, ne purent entrer dedans la ville, et fallut qu’ilz campassent au fauxbourg avec le sieur de Tachy et ses gens. La compagnie dudit grand prieur estoit d’environ cinq cens chevaux, avec lesquels cheminoient ou estoient montez en croppe une compagnie de bons barquebusiers de pied, jusques au nombre de deux à trois cens boninies, tous bien en ordre, les gens de cheval armez à blanc, et les gens de pied bien morionnez, telz que je les vis audit Nogent ledit douzième jour d’octobre. A l’heure que ledit grand prieur et scs gens arrivèrent devant Nogent, les reistres et leur conduitte se logeoienl audit Villers, qui est distant dudit Nogent de deux lieues. Au matin, environ les 9 heures, les gouverneurs de Nogent feirent entrer en leur ville ledit seigneur grand prieur, avec une douzaine de scs gentilshommes et les capitaines do Tachy et de Lours pour les rafreschir ; mais les gens dudit prieur seullement passèrent la rivière au dessoubz des molins k bac et s’allèrent loger aux fauxboiu^s de Troye, de Beschereau, où ilz disnèrent, et après disner en deslogèrent pour courir après leur proye; mais y furent à tard, car les ennemys feirent plus de chemin encores ce jour-là que ledit prieur ne pensoil.

La compagnie du sieur de Tachy, sur le soir, s’alla loger en la pai*rois.se de Meel, et n’y feirent que soupper, dont bien leur en print; car la nuict ensuivant, environ l’heure de minuict, par les villages d’Ablenay et de Maulny passèrent bien cent chevaux , sur chascun desquels y avoit deux hommes montez, bien armez et équippez, qui cerchoient laditte canaille pour les delTaire, et ayant esté acertenez par les gens desditz villages qu’ilz de Tachy en estoient deslogez, dès le soir, après le soleil couché, se feirent guyder jusques à la rivière de Seine et montrer le passage, et s’en allèrent après leurs gens. On fut l’espace de trois ou quatre jours à tousjours vcoir par les chemins et

villages passer gens en trouppes, tous quasi montez deux à deux à cheval, qui demandolent le passage de la Seine à la Molte-de-Tilly; et faisoit fort dangereux aux marchans, aux prcbslrcs et gens de justice de se rencontrer en leur voie. Les marchans qui estoient trouvez saisis de grand nombre d’or et d’arçent n’estoient enmenez, ains estoient quittes en perdant ce qu’on trouvoit sur eux; les riches inarchans, qui estoient par eux cognus et n’avoient grande finance sur eux, estoient enmenez prisonniers, comme les prebstres et gens de justice, ausquelz ilz faisoient taxes pour leur rançon, selon qu’ilz povoient juger la personne avoir le moyen. El estoient iceux volleurs tous françoys, qui tenoient ainsi les champs soubz le nom du passage des reistres, de la trouppe desquels ils se disoient estre.

Le jour où les reilres délogèrent de Villiers-sur Seine, des cavaliers appartenant à leur année attaquent et pillent, dans la forêt de Sourdun, le coche de Troyes h Paris, qui contenait une douzaine de marchands, et prennent la fuite. Deux gentilshommes des environs de Monceaux, en Brie, sont arrêtés et mis en prison , comme ayant pris part à cette attaque; on sut depuis qu’elle avait été accomplie par M. de Hochepot, seigneur de Montmirail , en Brie, et scs gens. — Les rcltres. n'ayant été poursuivis que pa^une partie des troupes royales après la déroute du Bac-à-Pinson, parviennent à s’échapper.

Mous, de Guyse se feit mener en la ville de Chasteau-Thierry, pour estre en meilleure seureté et pour se faire panser du coup qu’il avoit receu à la bataille, qui fut fort sagement faict à luy, non tant pour se faire panser dudit coup, que pour mettre sa personne en seureté. Car les enneinys avoient mis gens aux aguetz pour taschcr à le tuer et mettre à mort, comme celuy qui leur estoit pour lors le plus grand ennemy. U licencia les gens de son camp de se rafreschir par les villages tout à loysir, pour les reposer du grand travail qu’ilz avoient enduré, en attendant les novelles du roy, et aussi pour veoir comment il se porteroit, qui estoit ce que les gens de guerre demandoient. Lesquels, par bandes et quartiers, fiu'ent envoyez de part et d’aultre pour vivre plus à leur ayse et dispersés en telle sorte que ledit camp tenoit plus de dix lieues de largeur, et furent neuf jours entiers à séjourner de-

1575. puis le Bac-à-Pinson jusques à Villenauxe-la-Grand, Provins et les environs. Auquel lieu de Villenauxe s’alla loger le camp des gens de pied, qui estoit du régiment de mons. le colonel Strozxy, ès environs le dix-neuvicmc jour dudit moys d'octobre, et y furent jusques au vingt-quatrième jour logez douze enseignes, qui y vescurent à discrétion aux despens de leur hoste; et Dieu sçait s’ilz burent des bons vins tout leur saoul, et aulcuns plus que leur saoul, lesquels estoient aultant bons vins pour ceste année-là et par toute la France qu’on en avoit recueilly il y avoit dix ans, et recueillit-on partout en ceste ditte année beaucoup de vin de peu de raisins.

Les soldatz et aultres qui estoient logez audit Villenauxe, se trouvèrent bien et mieux qu’ilz n'avolent faict en tout leur voyage; car nulz gens de guerre y avoient logé depuis l’an 1 56 1 ou a que le régiment du seigneur de Cbarry y avoit logé, et pour ce se vouloient faire traicter à l’épicurienne. Mais Incontinent furent bien reserrez après les plaintes de gens de la ville, faictes à ceux qui avoient le gouvernement sur eux. Lesquelz feirent faire le ban de par le roy de ne piller ni rançonner leur hoste, de vivre modestement de gré à gi'é, et de ne bulfeter le vin des caves et*cellers desditz hostes, ains d’en clioisir pour eux ung tonneau de tel qu’ilz vouldroient pour leur boire, avec deflense de n’en tirer d’aultre tant que celuy-là dureroit, le tout sous peine d'estre pendu et estranglé. Or advient-il tousjours qu'en telle compagnie en y a-II qui ne veullent obéir aux commandemens on deflenscs qu’on Icru* faict, comme il s’en trouva un en laditte compagnie, lequel , pour montrer exemple aux aidtres , fut pendu et estranglé.

Les douze enseignes qui entrèrent à Villenauxe furent les premiers de tout le cdmp qui arrivèrent; le reste estant encores entre la ville de Montrairail en Brie, Courgivost, et pays circonvoisin.

Trois jours après que le régiment de Strozzy lut logé à Villenauxe, celuy du seigneur de Uaultfort se alla loger dedans le bourg de r.halaustre-la-Grand. Il y arriva le vingt-unième jour d’octobre et y fut jiisque.s au dernier, à faire grande chère aux despens des

habitans dudit lieu; et d’aultant que le régiment entier n’y peut loger, fut le reste envoyé aux hameaux et villages de la parroisse. Le reste de l'infanterie logèrent ès villages de S'-Marlin-dc-Chasnetron , de Chasnctron, de Villegruis, de Bonsac et parroisse, de Louan et parroisse, de Bauchery et parroisse.

Les gens de cheval estoicnt logez par quartiers ès villages de S'- Yllier, les Marez, Augers, la Ferté-Gaucber, en montant jusques à la Forestière et de là en tirant à la rivière de Seine. On ne feit nulles munitions, de quelque costé que ce fust, pour nouirir et évitailler ledit camp; ains chascun prenoit des vivres chez son hostc et où il ea trouvoit. Le menu bestial, comme brebis et moutons, eut fort à souiïrir et cuyda mourir de faim aux villes et chasteaux où on les avoit retirez pour les saulver; et toutcsfois, en fallut tant tuer pour la nourriture des gens de guerre qu’il n’en demoura pas la moytié. Les villages qui ne purent saidver les leurs, les perdirent entièrement. Tantqu’ilz gens de guerre peurent trouver des brebis et moutons, ilz ne se jettèrcnt sur la grosse chair de bœuf et vache.

Les villages et bourgs fermez d’alentour Provins qui eurent fort à souffrir des gens de guerre dudit camp furent Villenauxe-la-Grand, Dina, Chalaustre-la-Grand et parroisses, Villegruys et parroisses, en comprenant Bonsac, S-Martin-de-Chasnetron et parroisse, Leschelle et parroisse, Sordun et parroisse, Goix et parr^sse, Ermez et parroisse, Meel et parroisse, Mériotet parroisse.

Plusieurs compagnies des gens do cheval feirent monstre par les villages de la Bric, depuis la Ferté-Gaucber en tirant à Provins, en-, viron le vingt-cinquième jour du moys d’octobre; et leur fut baillé congé de s’en aller en leurs maisons, si bon leur sembloit, ou se pormener par la campaigne jusques au quinzième et vingtième jour du moys de novembre ensuyvant. La compagnie du seigneur de la Chapelle desUrsins, seigneur de Trinel-lez-Nogent sur Seine et de Douxlez-Colomiers, feit monstre en la ville dt^rovins etreccut argent et encores quelques aullres compagnies. Aulcuns gens d’armes de laditte compagnie de la Chapelle mirent le feu en la maison d’un bon

1575. laboureur du village de Brasseaux, parroisse de Villers-S' -George, pour ce que, disoit-on, l’boste et tous les gens de la maison s'en estoient fuys et ne se vouloient retirer en icelle pour les traiter; les soldats furent fort blasmez de cet incendie, toutesfois n’en fut aultre chose. Avec laditte maison, en furent encores bruslées deux aultres audit Brasseaux , et deux granges pleines de blé.

Celiiy qui avoit le gouvernement du camp des gens de pied , et principallement du régiment de mons. de Slrozzy, qui estoit logé dedans Villenauxe, se vanta de vouloir faire loger ledit régiment dedans la TÜle de Provins, et pour ce faire y envoya pour prendre les cartiers et logis des commissaires et fourriers, qui s’adressèrent aux procureur et eschevins. Ceux-ci n’y volurcnt entendre; toutesfois, ne sçavoient comment ilz se debvolent gouverner seureinent, fust pour les recepvoir ou refuser. Lesditz commissaires montroient une commission du roy pour y entrer et loger, et menaçoient d’accuser lesditz procru-cur et eschevins au roy de rébellion , et usoient de grandes menaces. Desquelles ne s’atonnèrent beaucoup lesditz de Provins, mais envoyèrent à Paris trouver ledit sieur de Strozzy et mons. le duc du Maine, frère de mons. de Guyse, gouverneur lors du camp, ausquclz dirent l'entreprinse desditz commissaires, les priant bien de commander que les gens de guerre ne logeassent pas en la ville; ce que facillement accordèrent lesditz seigqfurs du Maine et de Strozzy à M' J. Retel, advocat du roy. Nie. de Villers, marchand, et Christophe de Boudreuille, reccpveur alternatif, délégués pour cela. Et par ce moyen , ne logèrent audit Provins lesditz gens de guerre ni aultres.

Les geus de guerre logés à Villenauxe et à Chalautre-la-Grandc font des courses dans la campagne, détroussent les passants et emmènent les bestiaux qu'ils rencontrent. Des gardes de la porte de Cbangis, à Provins, au nombre de six ou sept, attaquent quatre soldats, qui allaient de Provins à Chalautre, et les emmènent à la ville; surviennent des cavaliers du camp , qui délivrent leurs compagnons, font prisonniers troi^des Provinois et les conduisent à Chalautre, où ils sont condamnés à mourir, comme pillards, ou à payer une rançon de éo écus; les parents des condamnés ayant consenti à paver leur rançon, on les rend à la liberté.

Durant le temps <pie les gens d’armes du camp mangeoient ce pays de Brie et vallée de Seine, le srégimens des seigneurs de Beauvais et de Larchant s’estoient retirez ès environs des villes de Montereau et Melun, pour manger et rançonner d’aultre costé, pour ce qu’ilz n’ostoient receuz pour aller au camp.

Je ne sçaiu-ois rien dire du pays bas où les rebelles buguenotz et catholicques associez, comme aussi les Françoys reniez s’assembloient, qui estoit ès environs de Bourges en Berry et Poictou. Je croy qu’ilz n’estoient plus paisibles ni meilleurs que ceux du roy, et tant d’ung costé que de l’aultre le meilleur ne valloit pas le cordeau pour le pendre. Je respecte atdcuns princes qui estoient ès armées de part et d’aultre, lesquels encores, pour cstrc servis d’bommes, souflroient faire des maux incroiables, dont ilz respondront devant Dieu et en pourront cstre pugnis en l’aultre monde. Je ne sçay si Dieu ne fera à la fin vengeance contre eux des guerres injustes qu’ilz ont faictes du suscitées les ungs contre les aultres soubz le manteau de la religion, et depuis des massacres, des sacrilèges, brusiemens, volleries, larcins, rançonnemens, viollemens, meurtres, assassins commis sur le pauvre peuple, tant sur les biens que sur les corps d’hommes, enfans, femmes, filles des villes et des villages où ils ont eu crédit, puissance et domination, qui à eux et à leur postérité doibt estre une honte perpétuelle à jamais. Le pays est bien heureux qui a de bons roy et princes paisibles, qui ayment l’ung l’aultre et qui n'entreprennent rien les ungs sur les aultres; et au contraire le pays est malheureux qui a des Toy et princes tirans, envieux, oigueilleux les un.s sur les aultres, et avaritieux sur les biens, honneur et mondanités du monde, le péché et mal desquels tourne en pugnition sur le pauvre peuple, de la perte et ruyne duquel peuple semblent tels roys et princes et ceux qui les suyvenl se resjouyr.

Incontinent après la Toussaincts et que le camp de S. M. estoit entre Sens et les rivières de Seine et d’Yonne, saditte majesté cnvova par les villes et bailliages de Cbampaigne et Brie ung mandement, qui contenoit que toute la gendarmerie qui tenoit les champs pour

lOI

1575. son service eussent à se retirer et trouver, une partie à Gy en sur Loire et l'aultre partie au pays de Champaigne, sans exprimer où, le quiniiènie joiu- du moys de novembre, qui e.stoit le moys courant. Mais ce mandement ne sortit eOect si tost; car, pour je ne sçai quel faux hruicl qu’on feit courir, toute la gendarmerie du roy se retira vers la S‘-Martin d'hiver ès environs de la ville de Montcreau, une partie du coslé de Gastinois, l'aidtre partie du coslé de la Brie, et y furent quinze jours et plus à tout manger et ruyner à la manière acoustumée.

On faisoil pour lors courir le bruictque nions, le duc se vouloit trouver audit Montcreau pour parler au roy, qui s’y debvoit rendre à jour nommé, pour traiter ensemble le moyen de faire la paix; mais il ne fut vray. D’aultre part, on faisoit courir le bruict que ledit seigneur vouloit avec son camp aller assaillir la ville de P^is; que les villes par où il passoit qiu luy avoient faict quelque peu de résistance il les faisoit mettre à feu et à sang , sans pardonner mesmes aux petis enfans, et que jà avoit ainsi faict faire on la ville de Bomorantin; aussi que j;\ avoit faict sommer la ville d’Auxerre, pour luy livrer passage, argent et vivres, sous peine d’estre chastiée à feu et à sang, et une inbnité d’aultrcs mescbantcs novelles, que le peuple controuvoit contre l’honneur dudit sieur et prince, et qui n’estoient et n’ont esté véritables.

Après que le camp du roy eust esté ës environs de Montereau jusques à ce que tout feust mangé, on le sépara par bandes et régimens, qui furent envoyez en garnison çà et là ès villes et gros bourgs fermez; desrjuelz une partie furent envoyez ès ville et bourgs de Donnemarie en Montuis, de Thénisy ctde Songnolles, où ilz furent dix jours pour le moings à vivre aux despens cbasciin de leurs hostes; puis ilz repas.sèrent la Seine audit Montereau et tirèrent en Gastinois.

Le régiment du capitaine Larchant, qui estoit de douze enseignes, ne repassa laditte rivière avec les aultres; mais au partir du Montois, alla loger ès peu'roisscs de Goix et Eniiez, où il fut deux jours et deux miicLs, (le là ès parroisses de Villers-S‘-George et Cbancouelle, puis

a Courgivost, à Bazochcs, à Challeinaison, à Sordun el Méel-sur- 1575. Seine, esquelles parroisses de Sordun etMéel, ne trouva gens ne biens pour se nourrir. Et furent près de quinze jours à faire ce tour. Puis allèrent passer la Seine à la Motte de Tilly, pour aller en la Champagne, où furent environ trois sepmaines i tourner ès environs de Troye, et de U repassèrent la Seine en la Brie, et retournèrent loger audit Villers-S‘-George et ès environs, où ilz tuèrent d’ung coup d’arquebuse ime boneste femme, la baille de laditte parroisse, sans que rien leur en fust faict. Hz feirent revue ès champs dudit Villers, assez, près des maisons, où feirent une escopetterie de harquebusades, pour honorer et saluer, comme ils disoient, leur capitaine général, qui les vouloit veoir en armes. L’ung desquels avoit sa harquebuse chargée à plomb, et, en tirant, alla tuer ung cheval entre les jambes d'iing des capitaines qui les conduisoit, qui ne demeura sans pugnition, comme furent ceubt qui avoient tué la femme. De Vlllers, montèrent à Estemay, et ayant mené le pays à tire, retournèrent pour passer à Nogent; mais ceux de la ville ne leur volurent livrer passage, parquoy se retirèrent ès parroisses de Méel et Mériot, où ilz furent deux jours et deux nuietz. Nul ne croiroit le mal que feit ce régiment par les villages où ilz logèrent, en rançons, volz, murtres, viollemens de femmes, sans reprinses, correction ni chastimens. Et croissoit de jouràl’aultre latirannie des gens de guerre, pire que oncquesn’avoit esté; et estoit toute meschanccté tollérée par les capitaines, qui par chascune sepmaine recepvoient tribut de leurs soldatz, montant à ung escu pour le moins pour chascun soldat.

MM. de Courgivost, de Bazoebes et de Bouy, parroisse de Chalaustre-la-Petite , informèrent contre les c.apitalnes et soldatz du régiment susdit, en intention de porter au roy l’information contre eux faicte; ce que bien sceurent lesditz capitaines, lesquels, pour empeseber lesditz sieurs, leur baillèrent la somme de mil escus d’or, ainsi qu’en fut le commung bruict. Je ne puis celer l’insolence qu’ilz soldatz feirent à ung boneste laboureur du village d’Ablenay, qu’ilz lyèrent sur son banc, et luy destachant ses chaulses, luy descouvrirent

1575. se» parties honteuses pour les luy coupper, s'il ne leur donnoit aultant d’argent qu’ilz demandoient. Et pour eschapper de leurs mains, fallut qu’il trouvast la somme de 1 1 liv. t. à leur bailler, après avoir enduré de grandes violences en .son corps et esditles parties honteuses. Après que les tirans et brigans du régiment susdit eurent bien tirannisé et brigandé la Brie et vallée de Seine, allèrent passer laditte rivière à Noyen, pour retourner à Sens et en Champagne.

Es premiers jours de décembre, le roy Gt publier par les villes que la gendarmerie qui tenoit les champs et auitres qui s’estoient retirez en leurs maisons, fussent-ilz de pied ou de cheval, en vertu du mandement publié au moys de novembre dernier, eussent tous à se trouver à Gyen-sur-Loire , le vingtième Jour dudit inoys de décembre, pour là se rassembler en forme de camp. Et pour nourrir lesditzgens de guerre, envoya des commissaires dans les villes fermées, pour y lever des munitions de bled, vins et chairs par fonne d’emprunt, .sans y comprendre les villages, laquelle munition seroit reprinse et rabatuc selon l'estimation qui en seroit faicte sur les deux derniers (piartiers des tailles de l'an prochainement venant. Et fut la taxe faicle par MM. les généraux des Gnances à 48 liv. t. le muyd de bled, le muyd trentaiu de vin à lo bv. l. le bœuf vif et sur le pied à aa liv. t. le mouton vif et sur le pied à 65 s. t. la pièce. La ville de Provins fui taxée à i8 muydz de bled froment, à ao boeufz, à 6o moutons et 10 muydz trentains de vin, et icelle munition menée et rendue audit Gyen , et depuis fut dict à Joingny-lez-Auxerre. Le commissaire qui avoit charge de lever laditte munition feit obliger les procureurs et eschevins de la ville de Provins à la fournir au temps qu'il la deinanderoit, et aussi luy, en vertu d'une procuration spécialle, obligea le roy envers eux en la somme de i ,8oo liv. ou aultre somme à quoy se trouvèrent monter lesdittes munitions, à prendre sur les deux derniers quartiers des tailles de l'an prochain venant.

Pour fournir le coutingciit, les gouverneurs de Provins taxèrent le chapitre de Saint-Quiriace à aa seliers de froment et aa écus d’or pour le charroi; le chapitre de NoIre-Dame-du-Val à i8 seliers et l8 écus; l’abbaye de Sainl Jacques

et le prieuré de Saint- Ayoul à une certaine quantité de froment et d'écus. l<es 1575. ecclésiastiques s'opposèrent à l’exécution du mandement qui leur fut signiGé, et en référèrent aux syndics du clergé de France, qui leur envoyèrent la copie d'un édit rendu par Henri U1 à Avignon, après le retour de Pologne, portant défense aux gouverneurs des villes de faire contribuer les ecclésiastiques aux tailles, munitions, fortiGcations , et de les obliger à faire le guet, et cela, à cause des grands deniers que le cleigc avait fournis à son frère et à lui. Maîtres de ce titre, les ecclésiastiques de Provins le présentèrent en justice, et les gouverneurs durent porter leur levée d'un autre côté. Les gens d'église eurent un instant l'idée de se dispenser de la garde des portes, du guet et de la contribution au curage des fossés, mais ils y renoncèrent en faveur des pauvres gens.

Au mojs de décembre, le roy envoya ung aultre mandement par les bailliages et villes de France, qui fut publié à Provins la vigille S'- Tbomas, par lequel estoit commandé aux gouverneurs des provinces de se retirer en leurs gouvememens au jour de janvier, et pareillement aux gens d’armes il'ordonnances de se trouver avec leurs compagnies ès gouvememens qui leur estoient désignez. Auquel mandement , si les gens d’ordonnpnces eussent tous obéy, la France eust esté quicte de gens d’armes; mciis peu le firent.

Le bruit court de la conclusion d'une trêve entre le duc d’Aleni.-on et le roi, puis de la rupture de cette trêve. — Le prince de Condé fait des levées de reitres au nom du duc d’Alençon. Le roi leur offre de l’argent pour les retenir dans leur pays '. Dans la crainte que Paris ne soit assailli par eux, on répare les

' \bici la vérité sur ces faits, qui ne sont pas rapportés dans le manuscrit d’une nianiérc bien exacte : Une trêve de sept mois fut conclue et signée le a4 novembre à Champigny en Touraine, château du duc de Montpensier. Cinq places de sûreté étaient accordées au duc d'Alençon : .Angoulêmc, Niort, Saumur, Bourges, la Cliarité; une au prince de Condé : Mélières. Le culte protestant était provisoirement autorisé dans les villes tenues par les confédérés et dans les places de sûreté. Cependant Angouléme et Bourges refu-

sèrent d'ouvrir leurs portes au duc d'.Alençon; on lui donna en échange Cognac et Saint Jean-d'.Angcly. Condé ne fut point reçu dans Méxières, et le roi Gl une levée de six mille Suisses et de huit mille reitres. D'autre part, Soo.ooo livres promises par la cour au duc Jean Casimir, pour que les Allemands ne passassent pas le Bhin, iie furent pas payées, et Condé se décida à reprendre l'offensive. — Voy. Nitgeciatiom de la paix èi mois d’avril et de mai 1515, contenant les articles présentez aa rov par le prince de Condé et autres seigneurs, arec

MEMOlHE.s

1575. fortifications de Saint-Denis et de Montmartre; on construit des moulins dans l'enclos de Paris, et l'on engage les habitants à s'approvisionner de grains. Le roi rend un édit enjoignant aux gens des villages, à trente lieues autour de la capitale, de faire battre leurs grains et de les serrer dans les villes fortes restées fidèles, et, a neuf lieues, de les mener à Paris même. — Henri III, pour arrêter la marche des rcîtres, fait garder le passage de la Loire. M. dePogaillard ou Puvgaillard, est mis provisoirement à la tête de l'armée. Il laisse faire aux gens de gueire toute sorte de brigandages, de cruautés et d’insolences, comme en témoignent la Ville-Nenve-aux-riches-IIommes, où fut mis le feu, Villeneuvel'.\rchevé<)ue, la Chapelle, et d'autres localités autour de Sens, qui furent forcées.

Pour tirer à Gyen, le camp fut conduict par la vallée d’Aillant, et feit-on courir le bruict d’aller à Auxerre et ès villes d'alentour pour y tenir garnison quelques jours, en attendant les novcUes de l'ennemy; or s’estoient délibérées les villes du pays de ne reccpvoir les gens de guerre en leurs murs, pour la renommée de leur meschanceté, et se donnoient sur leurs gardes les habitans d’icelles nuict et jour, de peur d’estre surprins par lesditz gens de guerre; mais ne sceurent si bien se donner de garde ceux de la petite ville de Joigny qu’ilz ne fussent surprins en plain jotf^par la ruse dudit seigneur de Pogaillard, aussi gentillcmcnl faicte qu'on l’eust possible inventée; et advint ceste ruse pour les causes et manières qui s’ensuivent. Premièrement, fault entendre que les gens de guerre et brigans du camp, estant logés aux villages des environs de laditte ville de Joigny, faisoient à oultrance trotter les bonnes gens aux vivres pour les nourrir, et de peur que les pauvres villageois ne leur eschappasseni, alloieiil de chascun logis img ou deux soldatz aux vivres avec eux dedans les villes. Et de toutes sortes de vivres qu’ilz voyuicnt esdittes villes, contraignoient leurs hostes des villages d’en achepter, sans enquérir • / s’ilz avoient argent pour ce faire; et où lesditz hostes ne vouloient ou avoient le moyen d’en achepter, frappoient dessus à oultrance

/u réponse du roY aux susdits articles {Mé> moircA de Nevers, t I, p. 3od et 635); Instrtutioiu secrètes dressées par rsusemhlée de \fontpellter, pour la né^ocuUiou de la patx

avec le rçy (Bibl. imp. anc. fonds fran^. 8759, p. 57); La trejve générale et suspension d’armes accordée par le roy avec M. te .. Paris, F- Morel, i575,«tc.

rledaiu les villes; et si n'estoient les pauvres gens quittes poiu* cela, qui en avoient bien d’aultres quand ils estoient de retour en leurs maisons, où il n’y avoit personne pour les revancher.

De tclz oultrages faiti aux pauvres gens des villages furent pitoiables les babitans dudit Joigny, qui entreprinrent d'en faire plaincles audit sieur de Pogailiard, qui se trouva en leur ville, et fort amiablement les escouta , leur promist d’y mettre ordre et d’en faire justice exemplaire, de laquelle ilz s’aperceurent en peu de temps, et bien doulcement les contenta, estant bien aysc de cela, pour l’espérance qu’d print en soy d’en faire son prouffit pour venir au desseing de son entreprinse , qui estoit do surprendre laditte ville et de s'y loger et partie des gens de son camp, pour y manger de toutes leurs dens.

Tout sur l’heure qu’il eut receu les plainctes des babitans dudit Joigny, apperccut plusieurs hostes des villages chargez de vivres par les rues et guydez par des soldatz, desquelz il s’approcha, et, sans leur aultre chose dire, frappa à coups de baston sur les espaules desditz soldatz, en la présence des babitans, en leur disant ; • Voyci les cocquins desquelz j’ay reproche, qui contraignent leurs hostes de leur aebepter des lièvres, perdrix, conilz et venaison, et qui les battent oultrageusement; devant, bélistres, je vous cbastieray bien avant qu’il soit trois jours. • Ledit sieur de Pogailiard, trois jours après, entreprint de jouer sa tragédie pour surprendre laditte ville, soubz couleur de faire pugnition exemplaire dans icelle des soldatz qui molestoient leurs hostes; et, pour y parvenir, envoya plusieurs soldatz des plus rusez et mieux aguerris en laditte ville les ungs après les aultres. soubz ceste iincte d’aller, les ungs faire refaire leurs armes, les aultres leurs souUiers et aiülres nécessitez, et leur donna charge de l'atendre en certain lieu de ladiltc ville. Il choisit cinquante bons arquebusiers à l’eslite de son camp, qu’il arma dextrement, et qu’il feit cheminer à pied, et aultres cinquante qu’il feit monter à cheval bien en armes, pour conduire dix-huict ou vingt aultres bons soldatz, qu’il feit les ungs aller à pied, les aultres ftonter en des charrettes, tous liez et escoupplez deux à deux, comme il sembloit. Dans les charrettes,

1575. entre les jambes des soldats, esloicnt leurs arquebuses et pistolles toutes chargées, cachées en du feurre; et feit courir le bruict que ceux qui estoient ainsi liez et accouplez estoient les rançonneurs et pillards de son camp (|u'ii menoit pendre audit Joigny, pour monstrer exemple aux aultres, et de ce faire faisoit bonne mine. Or, afiGn que ceux de la ville ne s’espouventassent de veoir une si grande trouppe d’hommes ensemble et qu’ilz ne fermassent leurs portes, luy-iiiesme, avec deux ou trois des plus hardis, alla devant advertir les gardes et habitans de la venue des pendars qu'il amenoit pour exécuter, et donna charge de trouver des charpentiers pour faire des potences, ainsi qu’il disoit, pour les pendre. Les habitans croyoient qu’il fust vray. Ce pendant qu'il les lenoit à l’abboy, eut novelle que les pendars estoient arrivez à la porte. Partant, abandonna lesditz citoyens, soubz couleur de les aller faire entrer, alhn qu’il n’y eust aulcun tumulte. Lorsqu’il fut arrivé à la porte , il en feit entrer une partie dedans la ville pour conduire les premières charrettes et pour se joindre aux soldatz qui estoient jà par les rues entrez en la manière qu’avons dict. Quand les dernières charrettes fiu-cnt soubz la porte, les soldatz de pied et de cheval qui estoient à leur conduitte se saisirent de laditte porte, au son d’ung coup de pistollc qui estoit le signe donné pour se saisir de la ville; auquel coup sortirent des charrettes les prisonniers les armes au poing, et avec les autres soldats empcschèrent ceux de la ville de se rager, sous peine d’cslre tuez en la place. Une partie gangna ime autre porte pour s’en faire maistres et pour donner entrée à trois cenz hommes qui les suyvoicnt d’assez près; et en ceste sorte fut surprinse la petite ville de Joigny, laquelle fut emplie de gens de gueiTc, tant qu’à peine povoient-ilz avoir des lilz pour eux coucher trois à trois, où mangèrent tout et plus que leur soûl aux despens des habitans, l’espace de trois sepmaines et plus. Pour intimider les pauvres habitans de laditte ville, il Pogaillard feit dresser les potences qu’il avoil faict faire pour pendre les soldatz qu’il menoit (ainsi qu’il disoit), pour y faire Rendre ceux de la ville qui entreprendroient quelque rébellion contre lesditz soldatz: et pour les

DE CLAUDE BATON

tenir en plus grande subjection, ordonna ung de ses capitaines gouverneur en icelle ville, en laquelle fut faict beaucoup de domagê et de villaines insolences.

Au lendemain de la surprinse de Joigny, ledit sieur Pogailiard, ayant mis ordre en icelle à sa dévotion , s’en partit et d’une traite s’en alla en la ville de Sens, pour en penser faire autant. Et pour s’en rendre maistre, feit approcher six compagnies de son camp ès villages des plus proches dudit Sens, affin de se tenir prelz quand il leur manderoit. Quand il entra en la ville, il n’avoit avec luy qu’environ vingt-cinq chevaux; il fut assez bien receu et chéry des capitaines, gouverneurs et habitans, qui ne sçavoicnt encores les novelles de la ville de Joigny. Incontinent qu’il fut descendu en son logis, il manda aller à soy les procureurs, eschevins et gouverneurs, pour leur demander des munitions de grain, vin et chair, pour évitailler le camp qui estoit entre laditte ville et celle d’Auxerre. Apres que lesditz gouverneurs l’eurent ouy parler, luy firent une response assez maigre à son gré; de laquelle non content, Iciu* bailla charge de .s’assembler à l’hostel commung de la ville, à certaine heure, afiin d’ouyr la response des habitans sur ses requestes. Ce que luy accordèrent lesditz gouverneurs, qui, à l’instant avec les gens du roy feirent sonner la trompette par les carrefours, pour s’assembler audit hostel de ville, pour ouyr le lieutenant du camp du roy qui estoit en laditte ville pour le senice de S. M. A l'heure assignée, se trouva beaucoup de peuple audit hostel de ville, comme aussi feit ledit sieur Pogaillard, qui, estant assis au plus hault lieu, commença à haranguer au peuple ce qu’il leur vouloit proposer, qui estoit de fournir des vivres pour le camp, et aultres choses qui luy sembloicnt faciliter son entreprinse. Les habitans considéroient et pesoient les paroUes dudit sieur, en regardant sa manière de faire et dire, et apperceurent qu’il parloit avec eux par quelque affection de maiilvais voloir. Et après l’avoir ouy parler, et en tout et partout le bien remarqué, luy feirent response que la ville feroit tout ce qu’elle pourroit pour le service du roy, et que, s’il luy plaisoit de se retirer de leur assemblée, flz

1 575. adviscroient entre eux ce qu’ilz avoient à faire sur ses demandes. Ce que' ne vouloit faire, et vouloit qu’on luy feit response sur le champ et à la voilée; mais ceux de la ville persistèrent contre luy qu’il estoit bien besoin de s’adviser avant de luy donner response, de peur de mesprendr», et que pendant peu de temps, comme de deux heures après, luy feroient response en son logis.

Après qu’il se fut retiré de l'assemblée, les plus sages et rusez répétèrent tout ce que ledit sieur leur avoit dict et proposé, et dirent chascun d’eux ce qui leur scmbloit, selon leur jugement, de f intention dudit seigneur, qu’ilz jugèrent estre fvauduleuse et pleine de maulvais voloir, en tant qu’il taschoit à leur persuader qu’ilz minssent les armes bas, et qu’il ne leur estoit besoing de faire guet ni garde de jour ni de nuict, d’aultant que le camp du roy estoit à leurs portes, et que, tant qu’il seroit là, l’enncmy n’auroit garde de les venir assaillir; et davantage, en ce qu’il les avoit requis de le mettre hors de leur ville entre lo et 1 1 heures de nuict, pour s’en aller aux affaires du roy et du camp, et qu’il avoit mandé à Auxerre qu’il seroit en laditte ville à portes ouvrans, avec aultres parolles pleines de soubçon.

Or, avant que laditte assemblée se départis! de l’hostel de ville, furent apportées novelles de la surprinse de la ville de Joigny faicte par la ruse dudit Pogaillard; et sur ces novcUes, fut résolu de ne respondre aultre chose audit sieur, sinon celle qui jà luy avoit esté faictS en sa personne à l’assemblée , qui estoit telle : que la ville ferait tout ce qu’elle pourroit pour le service du ray; et au demeurant, s’il parloit de partir de nuict, comme les en avoit requis, qu’on lui accordas!. Et luy fut faicte ceste response par gens sagcs> et bien embouchez, Icsquelz, au mieux qu’ilz purent, contentèrent, de parolles ledit seigneur, et luy sembloit son affaire se bien porter, après qu’on luy eut promis de luy ouvrir la porte de nuict sur les unze heures, ainsi (|u’il les en avoit requis; et sur ce, bailla congé ausditz babitans, en leur disant qu’il se vouloit aller reposer, en attendant heure de *dh( heures du soir, à laquelle leur feit promettre de l’aller éveiller en

son logis. Alors ilz se retirèrent, pour consulter ensenible de ce qui 1575. estoit bon à faire cependant que ledit seigneur et ses gens dormiroient; et résolurent en premier lieu de faire baster l’orlogc et de l’advancer d'une heure et plus dès les quatre heures du soir pour toute la nuict, et que, quand il sonneroit huict heures, qu’il n'en iust que sept, quand il en sonneroit neuf, qu'il n'en fust que huict, et ainsi par toute la nuict. Secondement, qu'on ne sonneroit point le tabourin du soir, pour lever la garde de nuict pour aller au guet, alhn que ledit seigneur et ses gens pensassent qu’on eust cessé d’y aller, ainsi qu’il les en avoit requis; mais que ledit guet seroit renforsy de plus de la moictié, et conduict par les capitaines sur les murailles sans faire bruict; qu'il seroit enjoinct audit guet de ne dormir, ains de vueiller toute la nuict; que à chascun carrefour y auroit corps de gardes bien armez et morionnez; que ronde se feroit sur les murailles et par les rues de carticr sur aultre, ai£n do faire bon guet, le tout en le plus grand silence que faire se pourroit, ce qui fut faict.

L’orloge alloit toujours le train qu’on tuy avoit baillé, et après que dix heures furent sonnées, les capitaines de la ville allèrent hurler au logis dudit seigneur, pour sçavoir s’il s’en vouloit partir, comme il avoit dict. Ledit sieur se leva et ses gens; mais ne fust plus tost habillé et monté à cheval que l'orloge estoit prest de sonner minuict, et si n’estoit guères plus de neuf heures et demye. Ledit seigneur et ses gens ne vouloient croire qu’il fust si tard, s’ilz eux-mesmes n’eussent ouy ledit horloge sonner onze heures; qui fut cause de les faire baslêr, et quasi comme à demy habillez, montèrent à cheval pour s’en aller à l'entreprinee, pensant toute la ville estre au plus grand ayse de leur repos. Mais, au partir de l'hostellerie, fiuent esbahys de venir cent harquebusiers bien en ordre et morionnez, ayans tous le feu en la main, qui les attendoient poul- Its conduire, lesquelz,i mis en bon ordre, cheminèrent coste è coste dudit seigneur et ses gens par les rues. Les capitaines de la ville et plusieurs aultres citoyens estoient montez à cheval, la pistolle en la main et la longue harquebuse à

1575. l'arçon de la selle. Assez près dudit logis, trouvèrent le premier corps de garde, bien inuny d'hommes armez au possible, qui arrestèrent la compagnie, jusqucs à ce que le capitaine du cartier se feit à cognoistre à eux; ung peu plus avant, trouvèrent img aultrc corps de garde, aussi bien équippè que le premier; plus avant, ung aultre, et ainsi de carrefour en carrefour, et y estoil l’ordre si bien mis, que nul ne sonnoit mot, tant esdits corps de garde que ceux qui estoient à la conduitte dudit seigneur. Qui fut cause de luy donner et à ses gens une peur de veoir la ville ainsi esmeue en armes et tenir une chère de gens esmeuz et courroussez, et adressant ledit sieur sa parolle aux capitaines de la ville qui l'acompagnoient, leur demanda que vouloient dire tant de gens en armes; auquel fut faict response que c'estoit le guet et garde, qui tousjours avoit esté et seroit tel jusqucs à ce que le camp feust deslogé et bien csloigné. Ledit seigneur leur pensa dire qu’il n’estoit besoing de cela , et que c’estoit se travailler en vain, veu que le camp du roy n’estoit là pour leur mal faire, et se cuyda arrester ung peu pour considérer la manière de faire des ungs et des aultres. Mais à l’instant entendit les voix d’une douzaine d’hommes, qui dirent assez rudement ; «Marchez, monsieur, marchez! Icy et allieurs faict-il bon; nous ne sommes pas à Joigny. • Ausquelles paroUcs se trouva descouvert ledit seigneur, qui ne respondit ne ses gens aulcune parolle. A ce moment, l’borloge sonna douze heures, lesquelles estant contées, ledit seigneur dist qu’il estoit trop tard de partir; qu’aussi bien ne pourroit estre à Auxerre à l’iTcure qu’il avoit promis au lendemain et qu’il se délibéroit de ne .sortir pour le reste de la nuit de la ville de Sens; il pria les capitaines de le reconduire en son logis, ce qui fut faict, commençant à louaiiger les babitans du debvoir qu’ils faisoient de sc bien garder, encores qu’il ne leur en fust point de besoing à cause de sa présence.

Ledit sieur, estant entré en fon*logis, fut bien gardé par les citoyens, qui feirent tout le reste de la nuict bon guet, et ung corps de garde devant sa porte jusques au lendemain huit heures sonnées, que les portes de la ville furent ouvertes; et fut ce faict au moys de décembre.

Ledit sieur s'en alla en plain jour avec sa courte honte, n’ayant sceu mettre à exécution sa tralson à Sens comme il avoit faict à Joigny. Ladittc ville de Joigny s’estoit fort bien delTcndue des buguenotz, par plusieurs fois qu'elle avoit esté par eux assiégée et assaillie; mais ne se sceut saulvcr de cest enneniy, et ont expérimenté le proverbe commung estre vray, qui dict n’estre poinct de pire cnnemy que le domestique et celuy duquel on ne se donne garde.

Ceux qui aurout veu le discours ci-dessus et n’auront esté du temps de ce présent siècle misérable ne vouldront croire les tormens qu’ont enduré les pauvres gens des villages en leurs corps, esprit, âme, biens, bestial et aultres choses,' tant les hommes que les femmes, et par gens de leur propre nation, pour le plaisir des princes et les envies qu'ils pourtoient en ce temps les ungs aux aultres. Que les anciens apprennent à leurs enfans de ne se resjouyr quand ils oyront dire que noise et discort sera enti'e le roy et les princes de France, jusques à prei^re les armes les ungs contre les aultres, ou que le pays se rebelle contre scs princes nâturelz par guerres civilles; car ce sera le comble de leur malheur, comme toujours en est advenu au royaume de France de tout temps, ainsi que les histoires en font mention. Je n’ay sceu rédiger par escript les misères que les ennemys rebelles faisoient ès pays où ils s'assemblèrent; mais, ainsi que l'ai entendu dire , ne se portolent mieux où ils estoient que faisoient ceux desquels nous avons parlé en ce pays-icy. De toutes les misères et paiivretez qui sont advenuz au royaume de France, les péchez du peuple en ont esté cause; car Dieu a baillé à la France des princes et roy tels que le peuple le méritoit, et au roy et princes des subjeetz telz qu’ilz roy et princes le roéritolent, et a esté le tout pennis de Dieu pour la pugnition des ungs et des aultres, combien qu’il ii’y aye eu que les pauvres gens des villages qui ayent soufl'ert la pugnition des péchez du roy, des princes, des gcnstuchommes, des prebslres, des marchans et bourgeois.

Robert Petit, voleur, est pendu à Provins, le 6 janvier, sur la grande place du château. — Mort d’Et. Mulot, boulanger, causée par sa Haucée, qui le fait

81 a MÉMOIRES

1575 t'iDiberen badinant. — l.ong procès entre M'*' de Villemareuil, Giie de Jacques de Louans, seigneur de Montaiguillon, et mons. de Nolongue et d'Or\'illon, mari d’une petite-fille de ce gentilhomme. Jacques de Louans était un des plus riches Seigneurs de la Brie, grand aumônier et bon catholique. Il possédait une poule et douze petits poulets avec la cage, le tout en or, que sa mère avait reçus d'une reine de France, dont elle avait été gouvernante. Il était très-souvent en prison; on l'accusait du crime de fausse monnaie. Il était mal vu des rois François I" et Henri II, et jadis, dans une querelle, il avait donné un soufflet au premier de ces princes, un peu avant qu'il fût roi.

A cause des longues prisons où il avoit esté, et du mal qu’on luy avoit fait en justice, il Layssoit fort les juges, advocatz, procureurs et encores plus les sergens; de sorte que nul d’entre eux n’avoit bon temps avec luy. Sur scs derniers ans, il y eut ung huissier de la court de parlement qui attenta de l’aller adjourner ou exécuter en son chasteau de Montaguillon; mais il luy fut cher vendu, sans que ledit seigneur ni aultre le batist en son corps, ains seullemcnt le feit picquer luy et son cheval à ses naouclies à miel , en telle .sorte que ledit huissier cuyda morir de l'outrage que lesdittes mouches luy feirent.

Messire Pascal, curé de Saint-Fergel-lcz-Nogeot-sur-Seine, est frappé de coups de bâton dans l'église du lieu par le fils aine de M. de Patras, à cause de certains propos médisants qu'il avait tenus sur la femme de ce seigneur. Il porte plainte au procureur général , à Paris , et finit par s'accorder avec Patras et quitter sa cure. — Baptême pompeux et solennel (6 février] d’un enfant deM’ François Taupin, lieutenant général du bailliage de Provins.

Le sixième jour du moys de mars, qui estoit le commencement du printemps, le temps se disposa à la gelée, qui avoit commencé dès le second jour dudit moys, et avec la gelée vindrent des neiges, qui durèrent jusques passé la my-mars, qui fut cause de' retarder les bcsongues des champs; car il n’estoit possible de labourer à la charrue ni aultrement. Les poiriers, pruniers et cerisiers, qui estoient aultant bien boutonnez que jamais on avoit veu, ne portèrent aulcun fruict en ceste année, car lesditz boutons furent entièrement gelez. Ils ne laissèrent de llorir, après que lesdittes gelées furent passées, mais ne portèrent fruict. Les fleurs et boutons des pommiers ne furent gas-

DE CLALDE HATON.

te* de laditte gelée, parcequ'ils n’esloienl si avances, et recueillit-on 15 beaucoup de pommes partout. Les vignes n’eurent aulcun mal.

Le 9 mars, M" Nie. de Ville, conseiller au présidial de Provins, lieutenant particulier au bailliage, meurt, laissant une veuve et trois enfants, avec des dettes, que paye son père, Jean de Ville. 11 avait été très-ardent huguenot; il mourut dans la foi catholique, et fut enterré sous le portail de l'église des Cordeliers. — Le bailli et les habitants de Bray-sur-.Seine obtiennent des lettres du roi pour se distraire du bailliage et siège présidial de Provins, dont ils ressortissaient, et pour porter directement an parlement de Paris les causes jugées à Bray, sans être obligés de les faire Juger en appel à Provins. Le bailli et les conseillers de Provins s'opposent à l'exécution de ces lettres. Les habitants de Provins refusent de soutenir le procès aux frais de la ville; néanmoins, ce procès est suivi, et SC termine par une sentence rendue en faveur du bailliage de Provins.

— La vraie croix, la couronne d'épines et d'autres précieuses reliques sont dérobées dans la Sainte- Chapelle de Paris, pendant la nuit du g au 10 mai'. Deux prêtres, qui couchaient dans l'église, sont emprisonnés, sans qu'on puisse obtenir d'eux aucun aven. Quelques personnes accusent la reine mère de connivence avec les ravisseurs. — Lne femme de Cbalautre-la-Grande assassine son mari d'un coup de couteau, le 10 mai. Elle est pendue à Chalautre, le ig du même mois. — Un homme des environs de Troyes tue sa femme pour en pouvoir épouser une antre, à laquelle il s'était attaché ; il est pendu à Pont-sur-Seine , le 1 4 mai. — Un malfaiteur de Chalautre-la-Grandc est fouetté et a les lèvres brûlées à Provins, le 20 mai. — Le même jour, un vagabond est fouetté, pour avoir volé un chapeau. — Pierre lagras, lieutenant de courte robe, vend son office à un nommé Parot, moyennant laoo livres. — M' Louis Durand, président au présidial de Provins, qui, è la mort de Nie. de Ville, avait obtenu la charge de lieutenant particulier, vend ses deux états à M* Nicolas Marchand , âgé de vingtquatre ans à peine; il devint conseiller au grand conseil. — Quatre jacobins de Provins saisissent dans une maison de Sénetruie, paroisse de Chenoisc, où il s'était caché, Bruneau, voleur et assassin du frère jacobin Aubin Charles ou Caroli. Ils le conduisent dans la prison de Provins, oii Jean de Vauhardy et Absalon Taupin,

' Voy. Joamal du règne de Henri II J (Cologne, 1666), p. i3ct vol. aba de Colbert, Bibl. inip. fol aS8. Dans la Vie et faits notables de Henry de Valois (dreâ. cor. de t'kisl. de France,^ Xll, p. âSy], le roi est accusé d'avoir fait soustraire â la S"-Cha-

pelle, le 10 mai 157b, la plus grande des deux crois faites du bois de la vraie crois qui y avaient été apportées par saint Louis , et de l'avoir envoyée aus Vénitiens pour payer les dettes qu'il avait contractées en vers eus lors de son passage é Venise

Ml'MOIRES

1575, frère du lientenaot général, viennent le visiter. Des tentatives pour sa délivrance échouent. 11 est condamné à être roué vif, et exécuté, le i8 juin, sur la place du château. Le geôlier, qui s'était laissé gagner pour faciliter son évasion, est condamné au fouet et aux galères perpétuelles. — Une malle pleine d'or et d'argent tombe du coche de Troyes dans la forêt de Sourdun, est ramassée par des gens qui veulent se partager le trésor, et à la fin rendue intacte au cocher. — Grande cherté du sel à Paris, Meaux, Melun, Provins, Sens, Troyes, Langres, et surtout à Nogenl. Dans cette dernière ville, la pinte de sel se vendit jusqu'à 6 s. tourn. — Le roi envoie des troupes devant la Rochelle aSn de regagner les salines dont les protestants étaient maîtres; pour payer cette armée, une taxe est mise sur les villes par forme d’emprunt, au mois de juillet. — En attendant la reprise des salines , le roi décrète la liberté du commerce du sel en gros et en détail. — Jean Leblanc, lieutenant du prévôt des maréchaux, à Provins, qui avait été huguenot, vend son office à Thibault Trumeau, dit le Sauvage, comme lui hérétique converti. — Renée de France, fille de Louis XII, duchesse de Fctrare, dame de Montargis, meurt dans son château de Montargis'. Elle avait adopté les doctrines de Calvin, et proti-geait les protestants; cependant c'était une femme sage, charitable, douce et amiable à tout le monde. Elle excita un grand tumulte à Montargis, vers l'an i56i, en s'emparant du cimetière de cette ville, et en le faisant enclore dans l'enceinte de son château.

Nous avons dict ci-dessus comment le printemps en son commencement avoit este froict et fascheux par neiges et gelées, qui furent cause de retarder les besongnes des champs. Les neiges fondues et les gelées pa.ssées, le temps s’adonna à pluyes froides et morfondantes, qui sembloient cslre domageables aux biens de la terre. Toutesfois, les pluyes cessèrent environ la my-apvril, et depuis s'adonna le temps à une sécheresse grande, qui dura jusques au i"jour de juUiet, auquel, environ les dix heures de nuict, feit ung gros tonnerre et csclair, qui esbranla le temps à la pluye, et fit une grosse nuée d’eau sans gresle qui trempa les terres, qui estoient bien sèches; car tout l’esté de ceste dilte année fut fort sec et de bonne chaleur. De laditle nuée d’eau pleut si fort et grossement sur et aux environs de la ville de Paris, qu’en la vallée d’icelle et quasi par toute la cité l’eau entra ès maisons la haulteur de trois pieds, depuis que les cav^s en furent ‘ l.c n juin i SyS.

DE CLALDE HATON.

toutes pleines. L’eau, qui descendoit par les rues de l’Université en la rivière de Seine fut si grande et couUoit si rudement, que les personnes qu’elle rencontra eurent fort à faire à se saulver; ce que'aulciins ne purent faire, mais avec laditte eau dévalèrent en la Seine et furent nayez. Tout le reste de l’esté fut fort sec. Il fit encores une nuée d’eau à la Madclène, qui dura environ ime demye nuict, le temps, dès au lendemain, retournant au beau; et fut l’année fort bonne de grain et de vins, qui toutesfois furent de valleur, principallement le grain, qui vallut toute l’année la somme de 5o liv. t. le muid et plus, mesure de Provins. La queue de vin, après la vendange , ne valut que 8 liv. t. le creu dudit Provins et des environs.

.A cause de la grande seicheresse qu'il faisoit, les raisins des vignes, par tous les moys de juillet et d'aoust , estoient si maigres que les grains n’estoienl plus gros que les plus petis poix que l’en pourroit trouver, et sembloit à ung chascun qu'on ne recueilleroit que comme poinct de vin; car il n’y avoit aux vignes des raisins que passablement, et demeurèrent ainsi petits et maigres jusques à ce qu’ilz fussent à demy noirs et meslez. Environ quinze jours avant de vendanger, il feit par chascune matinée des brousliars assez gros et espès, qui engrossèrent lesdis raisins en telle sorte qu'estans au temps des vendanges les grains se trouvèrent gros comme petites blosses, qui rendirent du vin si habondamnient que tel qui n’avoit faict relier que une queue de vaisseaux, fallut qu’il en fist relier encores aultant; et recueillit-on du vin la moitié plus qu’on ne pensoit, et si à pressourer ne se trouvoit quasi poinct de marc ; et meurirent lesditz raisins sans atilcune pluye, et pour ce furent fort bons et frians.

L’automne fut aussi sec que l’esté et encores plus; car les pluyes ne vindrent que après la S'-Martin d’hiver plus de huit joius; mais fut bien froict et hasleux, qui empeschea les semences de lever, toutesfois se gardèrent en terre comme au grenier. Les seigles ne se gastèrent ni tournèrent en la terre , et attendirent à lever que les pluyes fussent venues. C’estoit pitié de les vcoir par les champs jusques passé la Toussains, et n’en voioit-on que çà et là ung grain de levé. La terre

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) 575. n'avoit aulcune humeur en soy et cust bien fallu fouUier ung pied et demy avant d'en trouver. Les bledz fromen.s furent faictz et semez sans pluyes, et les terres en meschant garet, toutes pleines de grosses mottes que les laboureurs avoient voluiité d’aller rompre et casser, si les gens de guerre qui vindrent en ce pays, ainsi ([u'avons dict, ne les eussent empesebez. Dès la my-septembre passée, vindrent des gelées blanches qui ne domagèrent les raisins. Au nioys d'octobre, le neuvième, dixième, onzième et doiuièmc jours, il fit parmy le hasie de grosses gelées noires et à glace, qui geloienl l’eau ès pays marécageux l’espesseur du dos d’ung gros coustcau jjar cbascune nuit , et duroit ceste glace sur l’eau jusque passé huit heures du matin avant que de fondre. La bouc et fange , par cbascune matinée esdis lieux marécageux , soustenoit et portoit ung homme sans se crotler ou enfondrer, où enmy le jour, après que le soleil l'avoit amollie, ung homme y eust enfondré jusques aux chevilles des piedz ; et fault croire que , si la terre eust esté mouillée en ceste saison , qu’elle cu.st gelé plus de demy-pied avant et eussent esté les grains semez en terre en danger d’estre tous perdus. Parmy lesdittes gelées, faisoit ung vent froid et sec au possible, qui duroit nuict et jour, et entretenoit le hasie grossement. Desdittes gelées tombèrent les feuilles des vignes tout entièrement et n’y voyoit-on pas une seullc ieuillc à my-octobre. Le bois desdittes vignes en fut gasté et tout recuit, et si estoit aussi beau, gros et bien meur qu’on cust seu souhaiter, qui donnoit une grande espérance pour l'an d’après. Il y eut plusieurs yeux dudit bois gastez de laditte gelée.

Le grain enebérissoit à cause de laditte seieberesse, et pour la doutance qu’on avoit des semences qui ne levoienl pas, et avoit fort grande frayeur le pauvre menu peuple de retourner en brief en aussi grande cherté que les années précédentes. Or advint-il que, les i 7 et 18“ jours dudit moys d’octobre, la gelée redoubla plus fort que les jours précédons; et geloit nuit et jour, le temps estant noir, obscur et fort froict. Le temps s’adoulcit la nuit du 1 8' jour ung peu, par quoy se print à neiger assez compétamment, et y avoit de la neige sur la

terre le i 9' jour, (|ui estoit la feste de MM. S‘-Savinien et Potentian, 157 l'espesseur de deux doigts, ({ui fut plus de dcniye journée sans fondre; et donna ceste neige fondue quelque peu d’humeur à la terre, de quoy les semences se trouvèrent bien, et si ne lais.sa le temps dès au lendemain de relounier à la seiclieresse. I^es rivières partout estoient si basses, tju’on les passa à gué jusqiies à la S*-André. Tous les soirs et matins, le temps estoit aussi rouge et enllambé que merveilles, qui faisoit esbayr mesmes les anciens et vielles gens, et dura ce jusques au temps que Dieu envoya la pluye. Depuis la my novembre, que les pluies commencèrent à arouser la terre, les semences profitèrent de bien en mieux, et fut l'hiver fort doux, gracieux et amyable pour le reste de ceste année.

En ce.ste présente année, le roy mist sus et en avant plusieurs édicU de gabelles et d’office.s nouveaux, de quoy on n’avoit poinct encores ouy parler, le tout è la confusion et domage du pauvre peuple de son royaume, qui fut cause de le faire hayr davantage et de le maudire cxccrablemcnl, par ceux qui y avoient interest. Premièrement, il feit ung édict de sceller toutes pièces de tirelaine que les tixerans font pour vendre aux pauvres gens, et pour ce leur fut fait deffense de ne plus exposer en vente, en gros ni en détail, leurs tiretaines, que premièrement ne fussent scellées de son sceau de plomb, et demandoit pour chascune desdites pièces la somme de 5 s. I. Pour entrer en jouissance de cette gabelle, arriva à Provins ung gardien de la Ferté Aucoul (ou sous-Jouarre), soy disant avoir du roy le povoir de faire observer son édict; et se présenta en jugement aux gens du roy avec ses lettres pour exercer l’estât ou pour le bailler à ferme, et en attendant qu'il trouveroit qui la print à ferme, feit adjoumer tous les tixerans de Provins pour ouyr la lecture de l’édicl du roy faict .sur ce et le commandement qui leur serait faict d’apporter en son logis toutes les pièces de tiretaines qui estoient en leurs maisons pour les sceller et avoir 5 s. t. de chascune desdittes pièces. A ceste assignation comparurent les inaistres jurez desditz tixerans, qui s’opposèrent tel édict et ne volurent obéyr; parquoy fallut que monsieur le gabe-

1575. leur s’en retouraasl sans rien emporter que des papiers d'actes de justice. Il obtint lettres du roy quelques jours après plus amples que son premier édict, en vertu desquelles prétendoit d’assubjectir lesditz tixerans, lesquels ne volurent obéyr, non plus que la première fois, et se soustindrent en procès pardevant monsieur le bally et le siège présidial de Provins quelques jours. Ce que voyant, le gal>eleur trouva moyen de faire évocquer la cause au grand ou privé conseil du roy , où les parties furent renvoyées. Les tixerans ne perdirent courage pour ce, mais allèrent à leur assignation audit conseil, qui se tient tousjours auprès du roy, et tant ont procédé contre leur gabeleur, qu'à la fin le procès est demeuré indécis et pendu à la percbc.

Autre édit du roi, qui ordonne de sceller de deux sceaux les draps de laine, et de payer pour le droit 5 sous; auparavant, ces draps ne portaient qu'un sceau, et le droit était de i5 deniers seulement. — Le roi érige dans chaque paroisse un ofllce de greffier des tailles, en assignant aux nouveaux greffiers un droit de 6 deniers pour livre, et en ordonnant que, dans les paroisses où personne ne se présenterait pour acheter l'office, les habitants aient à en payer la Gnance. — Erection de nouveaux sergents priseurs, pour priser les biens des mineurs dans les inventaires*. — Le nombre des notaires est augmenté’. — Un office d’élu est créé dans chaque élection en sus des trois qui existaient. — Louis de Vauhtrdy vend son office de contrôleur des tailles; il était capitaine du quartier de Changis, et avait été roi de l'arquebuse de lôyS à ihyà; Jean Ledain, hôtelier de l'Écu de France, cpii le rempla<;a dans la royauté, mourut pendant le cours de l'année iSyà ; Vaubardy lui-même mourut au mois de juillet. — Les joueurs de paume de la Ferté-Milon mandent ceux de Villcrs-Cotterctz, de Meaux, de la Ferté-sous-Jouarre et de Provins pour lutter contre eux. Plusieurs joueurs de Provins vont au rendex-vous, et jouent, en revenant, à la Fcrté-Gaucherct à Sézanne. — Michel Alexandre, commissaire à la recherche des usuriers , emprisonné à Provins, à cause de ses malversations, passe près de trois ans en prison à l'rovins et à Meaux, et cesse d'exercer sa charge. — La veuve d'un boulanger de Provins, ayant négligé d'aller nue en pèlerinage à Notre-Dame de Voulton, comme elle

' Edit de création de quatre arpenteurs et priseurs jurés en chaque juridicGon du royaume 1675 , juin. (Fontanon , L IV, P 8^10.)

' Édit de création d'oQices de notaires , garde-notes en chaque bailliage, sénéchaussée ou siège royal. iSyô, mai. [Ib. I. 1. p 7'à )

DE Cl-AUDE HATON. 821

s'y était engagée envers son mari, fait promettre à nne jeune fille, qui la gar- 1575. dait dans sa dernière maladie , de la remplacer. Après la mort , l'&me de la veuve revient, et contraint la jeune fille à accomplir sa promesse. — M* Nicolas Nynost, avocat de Provins, qui sollicitait à Paris pour un procès contre le présidial, joue un tour vitlonicqae à une maîtresse d'bàtel, et loge cher elle sans payer. —

Au mois de septembre, Charles l'Argentier, de Bray, frère du bailli de ce lieu, est trouve mort sur les chemins, entre Sens et Bray; il était protestant et avait commis de grands excès. — Une femme de Sens, hermaphrodite, engendre un enfant à sa chambrière.

Nous avons naguères escript de la grande seicheresse de l’esté , de l’autonne et de toute l'année présente; mais n’avons dict le signe qui s’apparut en l’air le jour de la feste de mons. S‘.-Michel au soir, qui dura quasi par toute la nuict. Et Fut ce signe tel que, du costé de septentrion qu’on appelle aquilon, qu’aultres appellent le costé du vent de bise , assez près et joignant l’orient du soleil des plus grans jours de toute l’année, comme il me sembla, furent veues au ciel une grandissime quantité ou nombre innumérable de lances flamboyantes et jettant grande clarté sur la terre , ayant leurs poinctes et boutz ferrez devers le midi; et tenoient bien la largeur de quelque vingt lieues et plus, selon le jugement humain. Or fut la clarté dudit signe si grande, que nulles ténèbres furent ceste nuict sur la terre, combien que la lune, qui estoit en son dernier quartier, ne levast qu’il ne fusl entre deux et trois heures après minuict; et cognoissoit-on facillemeut ung douzain cSacé contre ung karoliis, ung bart contre ung double effacé, et eust-on peu jouer aux cartes, dez ou aultre jeu toute la nuict aux champs et hors des maisons sans chandelle. Car en cest endroict où estoit ce signe, le ciel s’ouvToit continuellement et sans cesser çà et là , comme faict ung esclair cpiand il tonne ou qu’il esclaire de chaleur. Plusieurs personnes avoient ceste oppinion que telle clarté provenoit du feu qui brusloit quelque ville ou gros village ès environs de la rivière de Marne, et tardoit à img chascun qu’il fust jour pour ouyr au lendemain novelles dudit feu. Aulcuns, qtii avoient le jugement plus sain, jugeoient bien que c’estoit clarté céleste, à cause de la grande seicheresse qu’il faisoit; ce nonobstant, disoient y

1575. avoir en ceste clarté chose par dessus nature, qui povoil pronostic- (jiier quelques cas k advenir à la terre. Par chascun jour quasi de tout r<!Sté de ceste année jusques à ce jour et depuis cedit jour jusques près la ToussaincU, l’aurore qu’on appelle l’aiibe du jour, qui précède le soleil levant, et la lin du jour qu’on vcoit après le soleil couchant, estoieiit merveilleusement rouges et emflambés, qui dénotoit la grande seicheres.se qu’il faisoit. Oultro ce signe de lances veues au ciel, qui jettoient la clarté et en la manière de feu, comme font harqucbuscs ou fusées faictes de pouldre à canon , y avoit au plus hault lieu du temps, en l’endroit que monte le soleil aux plus grands jours d'esté, ung aultre signe, en manière de flambeau de feu en la forme d’ung gros serpent de diverses couleurs, toutes approchantes celle de feu de souft'rc, de fou de pierre noire, qu’on appelle de la houille, de feu naturel, ayant à l'ung dos boutz une grosse teste et à l’aultre une queue, ayant le corps courbé en la façon d'ung chien couché qui a le nez ou naseau entre ses jambes de derrière, qui demeura plus de trois heures en une place sans se hober, non plus que firent les lances de feu (qui toutesfois furent veues plus longtemps), et sans se diminuer; mais à la fin, au lever de la lune, commança ledit serpent à se réduire en nuage, et à la fin devint en rien.

■\ulcuns ont dit et récité qu’ils virent au ciel parmi les lances susdittes des hommes qui combattoient les ungs les aultres avec fureur, et aflermoient qu’il estoit vray; ce que je ne puis nier ni confesser, d'aullant que je n’en vis'rien, et si passai la nuit tout entière aux champs, sans entrer en maison jusques au lendemain six heures du matin, pour contempler Icsdis signes, et ne m’aparut au ciel aultre chose que ce que j’ay récité ci-dessus, en toute la nuict, en laquelle je ne dormis auicunement , mais applicqual ma veue à regarder çà et là, en philosophant, que povoit signifier et d’où provenoit ce signe. Et après longue dispute cérébrine, résolus tout seul que ceste clarté extraordinaire estoient les vapeurs de la terre, lesquelles avoient esté enlevées en hault, ayant trouvé la moyenne région de l’air, qui est au ciel infime, qui provient par le troisiesme interstice de l’air auquel

est la chaleur, à cause de la répercution des rayons du soleil à la terre, I57l>. qui est la région chaulde; lesquelles vapeurs là montées s’allument et brusient, comme faict le feu élémentaire en une poupée de chanvre, en laquelle il court jusques à ce qu’il soit au bout d’icelle, et semljle au simple peuple que ce soient estoilles du ciel qui ghsscnt ou qui tombent à terre. Or estoient les vapeurs de la terre en si grande quantité en l’air que, estans allumées les unes après les aultres, purent causer le signe (jue dessus; j’eus davantage oppiniou que reste vision extraordinaire povoit provenir de la grande seicheresse et hasie qu’il avoit jà faict et qui se debvoit continuer encores quelque temps, ce qui advint, car iesdiltes seicheresses et basle ne cessèrent qu’on ne fust passé la moytié du moys de novembre. Aultres ont voulu dire que ce signe présageoit la deOfaicte des reisU'es au llac-à-Pin.son , qui advint quinze jours après ou environ. Ceux de la ville de Paris curent plus grande peui' de cette vision que les aultres pays, pour les menaces que les rebelles huguenotz leur faisoient, et qui plus leur donnoit argument de s’espoventer estoit le signe du serpent susdict qu’ilz virent longtemps s’arrester sur le logis du Louvre, où estoit le roy.

Nie. Moreau le jeune lue involonlaii'cmeat sa feuime, le ta octobre, à Provins.

— ville de Paris envoie chercher à Troyes de la poudre à canon cl des boiileU. pour se défendre contre les huguenots et rebelles. Le convoi, composé de dishuit charrettes et de trois harnais d'artillerie, passe par Provins le i5 octobre. —

Nicolas Privé, enquêteur au présidial de Provins, étant à Villeuauxe, lue, à la suite d'une querelle, un grclTier de cette ville. — Incendie de la maison de Fran çois Fayolle, à .\blenay, paroisse de Meel-sur-Seine. Le propriétaire, soupi;i>niiant un homme du village, nommé Claude Ilalon, d’avoir mis le feu, cherche en vain à obtenir des dépositions contre lui.

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VMNS EFFOHTS DES GÉMÉRADX DE HENRI III FODR ARRETER LES RbItRES. DÉPEN- DANCE OU DOC D’ALENÇON \ L'EGARD DES GENS DE SON PARTI. TENTATIVE D'EMPOI- SONNEMENT FAITE SUR LUI ET SUR LES SEIGNEURS DE THORÉ ET DE MERU. MARCHE

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