‹ Mémoires de Claude HatonChapitre 16 sur 77 · ANECDOTES. FAITS DIVERS · texte numérisé non relu

ANECDOTES. FAITS DIVERS

Lan mil cinq cent soixante et seixe, le i" janvier, le marquis du Maine ou de Mayenne, dont le marquisat avait été érigé en duché, et qui venait d’étre chargé de la conduite de l’armée royale X la place du duc de Guise, son frère, dirige ses troupes sur la Lorraine, pour faire tète aux reitres, qui s'avançaient an nombre de dix-huit à vingt mille hommes. Henri 111 envoie à leur rencontre M. de Biron, pour les détourner d'entrer en France, en leur faisant connaître la trêve conclue entre le roi et le duc d’,\lençon. Le prince de Condé répond que, si le duc d'Alençon est d’accord avec le roi, lui, Condé, ne l'est pas. M. de Biron ayant échoué, M. de la Noue est envoyé pour renouer les négociations, sans réussir davantage.

M. de Bouy, qui était allé au camp des reitres. revient en annonçant leur prochaine arrivée dans la Brie. Il fait fortifier son château et creuser les fossés par les habitants. — Un prêtre de Bouy, nommé Edme Robinot, lui donne tout son bien pour en priver ses parents. — M. de Bouy s'efforce en vain de toucher aux biens et au revenu du prieuré de Chalautre-la-Petite.

Le prince de Condé refuse de faire retirer les reitres; plusieurs seigneurs de 1576. la Brie, Besancourt, Talan, Brunfay et Rochepot l'abandooDent. — Le duc d'Alençon est tenu par les rebelles de son parti dans une grande sujétion, k laquelle il tente vainement d'échapper. Ils le forcent k4eur communiquer tontes les dépêches, et ne laissent sa mère s'entretenir avec lui qu'en leur présence et à haute voix. Une fois qu'elle lui parlait bas ; t Madame, lui dirent-ils, parlez hault, que chascun vous entende; il ne fault poinct icy s'acouter (se parler à l'oreille). i

Ladittc dame royne poursuivoit fort la paix, et pour ce faire alloit de l'ung k l’aultre, tantost au roy, tantost audit seigneur, et estoit le bruict tout coromung par la France qu’elle seulle portoit le feu et l’eau, la paix et la guerre, quand elle vouloit. Durant les menée.s qu’elle faisoit, tousjours se parloit’ de trêve entre ledit sieur duc et le roy, en attendant la conclusion de la paix; et n’y avoit que les rcistrea que conduisoit le prince de Condé qui cheminassent. Quant aux trouppes qui estoient avec mondit seigneur et au camp du roy que commandoit mons. de Monpencier, qui estoient assez prez les ungs des aultres , ne faisoient courses ni entreprinscs , en attendant la con- ’ clusion de la paix, qui tousjours se poursuyvoit.

Pour laquelle paix avoir de Dieu, toutes les villes de ce pays se mettoient en debvoir de la demander par dévostes prières, par pérégrinations et processions tant généralles que particulières. Aux processions et prières publiccpies qu'on faisoit en la ville de Paris y assistoient le roy et la royne sa femme, en grande dévotion, ce sembloit, et furent lesdittes processions continuées par chascun jour jusques à la publication de la paix.

Le peuple de France eust sceu meilleur gré au roy, s’il fust allé k la guerre en propre personne , qu’il ne faisoit de le veoir aller et d'ouyr dire qu’il alloit à la procession; car sa présence en laditte guerre eust servy de mille hommes; mais n’en vouloit ouyr parler, et avoit bien changé de condition depuis qu’il fut roy. Du vivant du feu roy son firère, il avoit tousjours le bamois sur le dos et les armes au poing, pour delfendre la vraye religion catbolicque et romaine, la coronne et le royaume contre tous rebelles huguenots et aultres qui ■

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1576. ie.*i sityvoient; mais depuis qu’il fut roy de France, n’en voliit plus manger. Il n’en estoit pas trop à blasmer, par les grands troubles qui estoient au royaume; car luy et son conseil doubtoient que, s’il alloit en personne à laciitte guerre, il n’en fust possible revenu qu’il n’eust esté mort ou pri.sonnier, veu la grande Inimitié que luy portoient lesdis rebelles. Pour le tourment que le peuple des villages enduroit par la guerre, estoit S. M. souhaitée morte ou en Poullongne, et n’en cballoit-on, ne comment il ne laissoit de prendre ses plaisirs mondains, nonobstant si grands troubles. Et furent aulcuns du royaume si téméraires de faire comparaison de luy à ung Hélagabale. Hélagabale jadis fut ung homme remply de toute paillardise et mcschanceté , qui n’avoit auleuhe honte ni compassion du mal de la république. Il fut blasmé de laisser le maniement de la p>aix à sa mère, veu qu’il eust esté bon mestier que de plus sages hommes s’en fussent meslez.

Il survint ung grand bruict, environ le 8' jour dudit mois de jan- ■ vier, de la mort dudit sieiu duc et des mareschaux de Thoré et Méni, ses gouverneurs en la rébellion, et disoit-on qu’ilz tous trois avoient esté empoisonnez b 11 ne fut pas vray qu’ils fussent mortz, mais fut tenu pour certain qu’ilz furent empoisonnez; d’après ung petit livret intitulé, La vie de Katherine de Médicis, royne en France, ilz le furent par son moyen et commandement, mais furent garentis par le remède d’un contrepoison qu’ilz prindrent sm- le champ. Quelques Italiens eurent la renommée d’avoir faict la composition du perfum qui les empoisonna, et pour ce disoit-on que ledit sieur duc haissoit ceste nation plus que jamais, et par les articles qu’il mettoit en avant pour faire la paix, demandoit le bannissement desdis Italiens en général du royaume de France*.

Depuis le 3o° jour dudit moys de janvier jusques au 3 5, il feit de grans vens, principallement de nuict, parmy lesquels, à certaines

‘ Celle t«nlali«e d'empoisonnement au- nues durant le règne de Henry lit (Corail eu lieu le a6 décembre ibyS. (Voy. logne, i666). p. |5.) le .loiimal des choses mémorables adve- ’ Voyei le même ouvrage, p. i6.

DE CLAUDE HATüN.

heures, veuoient de grosses nuées d’eau qu'il sembloit qu'on la jet- 1570. tast du ciel à seillée sur la terre; lesquelles finies, faisoit par après ung beau temps clair et serain, avec ung esclair fort soudain, en la manière tpi’il faict quelquesfois au temps d’esté et de chaleur. Par quelque jour de laditte sepmaine, selon le rapport de plusieurs, fut ^ veiie en l’air l'effigie de trois hommes, qui se corobattoient avec espées flamboyantes. Je n’ai veu ledit signe; mais ayant ouy tant de personnes dire qu’elles l’avoient veu, l’ai mis par escript. Les veas susdita enlevèrent te clocher et les cloches de l’église de Flaix et les jettèrent aux champs.

Nouveaux et inutiles efTorts de Catherine de Médicis auprès du diic d'Alençon en faveur de la paix. — Premières escarmouches entre les troupes du duc et le corps d’année du duc de Montpensicr.

Mons. le prince de Condé et scs reistres, que nous avons laissé en Lorraine, prindrent leur chemin par les environs de Langres, vindrent passer la Seine à gué au dessus de Chastillon, et tirèrent par au dessus d’Auxerre, pour aller gangner le passage de la Loyre à la Charité, ville qui tenoit pour les rebelles, et de là joindre le dur ’ d’Alençon au pays de Berry, non loin de la ville de Bourges, où estoit ledit seigneur. Mons. le duc du Maine, qui, avec son camp, estoit allé au devant d’iceux reistres, ne les osa ou vohit attacquer pour les empescher d’entrer en France et de joindre le camp des rebelles, pour ce qu’il n’estoit assez fort, et qu’il estoit empesebé par le n^dement de la royne; mais les costoya depuis Langres jtisques auprès de la Charité, estans tousjours à quatre lieues loing l’ung de l’aultre. Par ainsi estoit ce pays de France mangé de toutes parti; et avoit le camp dudit sieur duc du Maine la renommée de faire plus de domage, de ravissémens, rançonnemens et tous aultres maux que celuy desditz reistres, mettant le feu en aulcuns lieux. •

La Champagne et la Brie sont remplies de voleurs qui, se disant gens de guerre, vont par troupes au son du tambour de village en village, rançonnent les habitants et dévalisent les passants sur les chemins. Le prévôt des maréchaux

1576. de Troyes, étant dans une hAtelleriede Sétanne, y rencontre le capitaine d’une de ces compagnies, logée aux faubourgs de la ville; il l’arrête et le fait pendre (31 janvier); une partie de la bande parvient à s’échapper, le reste est pris et exécuté à Troyes.

Le roy, voyant que les reislres et le prince de Condé arrivoient à inons. le duc son frère, print argument que iaditte venue luy seroit tme juste occasion pour demander au peuple de France, paisible et obéissant, de l'argent tant qu’il voudrait, soubz couleur de lever des hommes pour faire la guerre. Aux Parisiens, leur «demanda la somme de deux cens mille bvres, pour payer trois mille Suisses, tant pour sa garde que pour la guerre (11 décembre iSyS). A la ville de Provins et à l'élection demanda la somme de trais mille cinq cens livres, qu’il obtint; et disoit par sa commission que c’estoit pour refaire le |K>nt de Charenton, que les huguenots avoient rompu dès l’an 1 867, alBn de fortilBcr ce lieu pour la sûreté de la ville de Paris; auquel pont de Charenton ne fut faicte aulcune réparation pour ceste année. Messieurs de la ville de Paris, sur la demande à culx faicte par le ray, se trouvèrent surchargez, et ne volurent payer icelle somme, que premièrement n’etisscnt faict une remontrance à S. M. de son meschant mesnage et des surcharges et grandes daces qu’il faisoit journellement sur' eux et sur le royaume de France.

Texte des remonlraDces de la ville de Paris'.

Pd^ le présent, le roy ne se vouloit payer en remonstrances, parce qu'il avoit à faire d'argent pour subvenir aux fraiz de la guerre , ce disoit-il; et toutesfois se plaignoient les gens de guerre qui alloient pour luy, qu'il ne leur bailloit ung seul denier, et pour ce ne se fault esbayr s’ilz gens de guerre estoient volleurs, larrons et rançonneurs de villages et de pauvres gens.

* Le roi de Navarre, qui était toujours demeuré à la cour depuis le massacre

' I\emonlrances très hambles de la ville collcct FoiiUnicu, 1575-1576). et La

de Paru et des bourgeois d^icelle au roy Popeliniére, Histoire de France, t. II. foi.

Hetin III, Tan 1575, décembre (Bibl. imp. agS.

de ia Saint-Barthélemy, se décide k prendre la fuite. Le 5 février, il s'échappe 1576. de Senlis, où il était allé à la chasse, et gagne Alençon*.

La gendarmerie reprint les champs, et s’eccartèrent les gens du camp de mons. le duc du Maine jusques ës environs de Sens, et fut grand bruict qu’il y vouloit faire séjour pour longtemps et là attendre l’ennemy. On fit approcher dudit Sens et de Paris toutes les compagnies de pied et de cheval qui n'estoient encore receues au camp.

Le 1 7' joiu" du moys de febvrier, arriva ès parroisses de Leschelles et de Sainct-Bris la compagnie du frère de la royne, femme du roy. et fila de mons. de Vaudémont, qu’on appelloit mons. de [Mercœur], qui estoit d'environ deux cens chevaux bien enhamacbez , et environ aultant de chevaux de bagage. Au lendemain, 1 8* jour dudit moys, passèrent par dedans la ville et les environs, c’est-à-dire le molin des Forges , Flégny et Roully, pour s’aller loger ès parroisses de Vullaines, de Cuebarmoy et de la Cbapelle-S'-Sulpice, où ne couchèrent que une nuict; et au lendemain ig' jour, au lieu d'aller à Paris ou au camp, reprindrent leur chemin pour aller loger à Goix, ce qu’ilz ne firent, pour ce qu’ilz de Goix, qui en toute diligence faisoient la closture de leur muraille, ne volurent souffrir que leurs fourriers fissent les éticqués et bulletins pour eux loger, ains les chassèrent avec menaces. Parquoy, pour ce jour, allèrent loger en la parroisse de Meelsur-Seine, à deux lieues loing dudit Goix, où ilz couchèrent deux nuietz et où ilz firent grand desroy. Hz tuèrent bœufz et vaches, principallement ès maisons où ilz ne trouvèrent personne pour les traiter.

Les bonnes gens des villages estoient si rebattuz d'avoir des gens d'armes par chacun jour, que, quand ilz oyoient parler ou qu’ilz appercevoient qu’il en venoit, habandonnoient leurs maisons et bestial de vaches, ains leur estoit assez de se saulver et leurs bestes chevalines; . et en delTault cpi’ilz gens de guerre ne trouvèrent en plusieurs maisons personnes pour les traiter, ni autre bestial que des vaches, en tuèrent par la parroisse quelque cinq ou six pièces, ce qu’encores n’avoient

* Voyei le récit de la fuite du roi de Navarre dans d’Aubigné, Hiitotre nntvi’netle . t II, liv. Il, p, i83 et suiv

I57fi. fait les aultres. Fault noter que plusieurs vivendiers suyvoient ceste compagnie susdilte, qui menoient pain, vin, chair après eux pour leur vendre ou aux hostes où ilz estoient logez; et où ilz gens de guerre ne trouvoient les personnes ès maisons, et si en icelles y avoit encores quelques meubles ou bestial, le prenoient et le bailloient ausdis vivendiers en payement. Hz domagèrent grandement les maisons vuydes, en rompant et bnislant les huys, fenestres, chevrons, couverture et aultres cloisons, cuves, baignoires, vaisseaux, cl si enmenërent plusieurs jumens, mesmement des maisons où ilz avoient esté bien traitez par les hostes et gens d'icelles, qui furent perdues.

Après y avoir esté deux jours et deux nuietz, deslogèrent assez matin, et avec petit bruict s’en aUèrent recognolstre la ville de Goix, le 2 a' jour dudit moys, la surprindrent à despourveu et y entrèrent, combien qu’à la porte par où ilz entrèrent y avoit deux hommes qui la gardoient et avoient levé les busches de leur pont; l’ung desquels, avant que s’en fuyr, tira ung coup de barquebuse sans blesser personne. Lequel donné, entrèrent gens d’armes à la foulle, pour remettre les busches du pont pour passer leurs chevaux , qui eurent plus tost faict que les gardes d’icelle n’eurent dict les novelles auxhabitans; et gens d’armes de courir par les rues, pour prendre et arrester toutes personnes qu’ilz trouvèrent, à grands coups de baston. La Irouppe s’aUa arrester devant l’église dudit lieu, dans laquelle estoient les prebstres et plusieurs aultres personnes , qui faisoient ung service pour ung trespassé, qui eurent aullant peur que s’ils eussent esté prins des huguenots. Hz eschappèrent de laditte église le plus subitement qu’ilz purent, et tant firent qu’ilz ne furent arrestez d'iceux gens d’armes. Lesquels gens d’armes , estans entrez en laditte ^lise , pillèrent les . meubles de plusieurs habitans, qii’ilz trouvèrent en des coffres qu’ilz habitans avoient là resserrez pour y estre en plus grande seurete qu’en leurs maisons, qui furent perdus pour eux. Hz gens d’armes, avant qu’en deslogcr, rendirent la croix et calice d’argent avec les aultres meubles servans à l’église, et ne retindrent que les meubles profanes qui appartenoient aux bonnes gens. Hz furent audit lieu six

DE CLAI DE HATON

jours et demy avant qu’en partir, à se faire traiter épicurienneinent. j 575 Ils firent de grands oidtrages aux hommes et de grandes violences aux femmes et filles; toutesfois personne n’en moriit promptement. Hz tindrent plusieurs hommes liez fort estroictement, qui longtemps après s’en sont fort mal tiouvez. Les gentilshommes de Gratteloup et de Lours s’emploièrent fort pour les faire deslogcr, estan.s priez de ce faire par les habitan.s dudit Goixqui estoient fugitifz de leurs maisons.

En même temps la compagnie de M. de la ChapcIlc-des-Crains était à Savins.

Le seigneur de ce lieu, insulté par les l'ourriers, qu'il engageait à ne point loger leur troupe dans le village, lira l'épée; alors ils se jetèrent sur lui, le foulèrent aux pieds, et • san.s les villageois qui se mirent en sa défense, lui eussent fait sortir les tripes du ventre. • Enfin ils l'abandonnèrent et allèrent chercher la compagnie pour loger dans le village et s'emparer du château. Le seigneui’, avec une vingtaine de soldats, tint bon pendant trois jours, sans que ses hommes eussent été atteints par les arquebuses des assaillants et sans avoir tiré sur eux. I.es assiégés s'abstenaient de tirer, d'abord parce qu'ils n'avaient pas de poudre et de balles pour vingt coups de bonne charge, ensuite parce qu'ils craignaient que les assiégeants ne se vengeassent en maltraitant les paysans et en mettant le feu au village cl au château. Le sieur de Savins sollicita l'intervention des seigneurs de Lourps, de Tachy et de la Baige, qui déterminèrent la tfonpe à se retirer; elle alla loger à Joligny, appartenant au seigneur de Savins, et y resta trois jours.

Après les compagnies susdittes, arriva en ce pays le régiment de mons. de Brissac, qui venoit, au pays de Laonois, près mons. S'- Marcoul, au-nlelà de Reims, de rompre et deOaire une compagnie de gens de guerre qui s’amassoient là pour le service des rcbelle.s, et estoient jà bien le nombre de neuf à dix cens, tenant les champs, et s’augmentoient de jour en jour. Les rebelles, ayant été surprins au passage de la rivière d’Aisne, au village de Ponts vers, en fut bien tué par lesdis de Brissac le nombre de quatre à cinq cens, et le reste mis en voye de routte, et tous desvalisez. L’exploict faict, les vainqueurs rappassèrent la rivière de Marne au Bac-à-Pinsson , et de là gangnèrent la rivière de Seine à Nogent, où ilz passèrent environ le lo" ou I a'' jour de mars, ayans deslogé des parroisses de Goix, Er-

1570. mez, Meel et Mériot. De ia rivière de Seine, à petites journées, s'allèrent rendre au camp de mons. le marquis du Maine, qui estoit en la vallée d’Aillant entre Sens et Auxerre, et qui vouloit faire séjourner et rafrcschir ledit camp en la ville et les environs de Sens; ce qu’il ne fit, par la prière des gouverneurs et cytoyens dudit Sens, qui luy Crent présent de quatre grands et gros carreaux brochets, du pris de 8 liv. toum. la pièce , que rcceut volontiers ledit seigneur. Aulcuns ont volu dire qu’avec lesditz brochetz, luy fut baillée la somme de i,ooo escuz d’or au soleil par lesditz habitans; ce que je ne puis croire, combien que maintenant plusieurs princes et grands seigneurs sont auitant avaritieux que l’aultre peuple, et font une partie de ce qu’on leur demande pour l'argent.

Ledikseigneur marquis fit monter son camp par au dessus de Sens, et luy fit gangner 1a rivière de Loyre en tirant à Montargis et Orléans, pour se joindre avec le camp de mons. le duc de Montpencier, pour mieux faire leste à l’ennemy, qui avoit le sien assemblé au delà de 1a Loyre, qu’il incontinent eût passée en plusieurs endroietz. Et SC trouva qu’en peu de jours, sur la fin du mois de mars et commancement d'apvril, les deux armées furent entre les rivières de Loyre et d’Yonne. La paix se poursuivoit en toute diligence, et furent donnez quelques jours de trêve, pour attendre la conclusion ou le refus de laditte paix. Les rebelles se tenoient les plus fortz en leurs demandes et articles. Les gentisbommes de bon jugement qui estoient au camp du roy et des ennemys apperceurent bien que ceste entreprinsc de guerre viendroit à rien, et que la paix estoit auitant que faicte; parquoy laissèrent les camps de part et d’aultre pour se retirer en leurs maisons dès les derniers jours de mars. Le camp du roy se commença fort â diminuer, et l’abandonnèrent plusieurs compagnies, tant de pied que de cheval , qui se jettèrent en la campagne , rapassèrent la rivière de Seine du costé de la Brie ès premiers jours d'apvril, et s’en retournèrent en leurs maisons.

La paix parut faite un instant et fut annoncée pnbliquement; mais, au traut de trois jours, les troupes royales furent rappelées, et réunies aux environs de

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Montereau, pour marcher contre l'année du duc d’Aleni^on, qui, disait-on, venait assiéger Paris. Du blé et de l'avoine furent, après la nii-caréme, menés de Provins, où on grand nombre de Suisses étaient logés, au camp de Montereau.

Le duc de Montpensier réclame de Henri III la paix ou la bataille. Le roi fait une réponse ambiguë; Catherine de Médicis s’efforce d'empëcher le combat. La ville de Sens refuse au duc d'Alençon le passage et des munitions. Enfin, la paix est conclue et signée le 6 mai. La reine mère se rend à Sens avec la reine de Navarre, sa fille, et fait proclamer la nouvelle de la conclusion de la paix dan.< la ville et au camp du duc de Montpensier.

Laditte dq^e royne et la royne de Navarre allèrent en la grande église de Sens pour remercier Dieu de laditte paix; en laquelle église eut à la rencontre le premier morts, le précentre d’icelle, nommé nostre maistre de Monté, docteur en théologie de la faculté de Paris, auquel elle adressa sa parolle et luy dist qu’il feit assembler tous le.s messieurs chanoines de laditte église, au son de toutes leurs cloches, pour chanter le Te Deum laudamas et remercier Dieu de laditte paix. K laquelle le vertueux viellart précentre fit response par telz mots : • Madame, selon ce que j’ay entendu, comment que la paix est faicte, c’est mieux à faire aux huguenotz de chanter Te Deum laudamas qu’à nous et aux.calholicques. Il nous sera mieux convenable de chanter ; Requiem œtemam doua nabis, Domine. » Toutesfois furent sonnées les cloches, et fut chanté ledit Te Deum tout sur l’heure, qui fut sur le soir, depuis vespres. Au lendemain, qui fut le 7' jour dudit moys de may, fut faicte une solemnelle procession généballe audit Sens, tout le corps de ville ensemble, à laquelle assistèrent lesdittes dames roynes, mons. de Montpencier et plusieurs aultres grands seigneurs, en grande dévotion et révérence, comme il sembloit. Le sermon fut faict par ung docteur jacobin, nommé nostre maistre Prévost, qui fut fort bien et doctement dict, non sans taxer laditte dame et ceux' qui avoient accordé laditte paix ès terings qu’on pensolt qu’elle esloit. Toutesfois laditte dame n’en dist ne fit aultre chose audit prescheur que de luy faire donner et au couvent une douzaine d’escuz pour leur ayder à vivre. Et fut à laditte procession chanté encores une fols ledit Te Deum. Les deux camps estoient tous joingnant la ville de Sens. Aul-

inS

157(j. cuns malveillans et délracteiirs de l’honneur de la royne mirent en avant qu'elle avoit requis le chapitre de luy donner une table d’autel qui est toute d’or massif, et qu’au refus dudit chapitre, l’avoit faict prendre par force, chose à quoy jamais clic ne pensa.

Tout à l’instant que la royne eut receu laditte paix, elle l’envoya au roy, qui estoit à Paris , qui pareillement fit publier par la ville et au palais qu’elle estoit faicte, sans déclarer ni exprimer les articles comment; ains fit une petite déclaration ès termes qui s’ensuyvenl :

La malice du temps, qui d'assez loing a mis le royaume en trouble ,

* et principailement en ceste année dernière et la présente jusques è huy, a apporté ung grand domage à la France, à nostre grand regret et desplaisir; pour l'assoupissement desquels troubles, sera ciaprès faict ung édict, le plus tost que faire se pourra, par l’advis du conseil, pour le réglement de noz subjeetz touchant la religion prétendue réformée, pour par ci-après vivre les subjeetz de nostre royaulme en paix les ungs avec les aultres, pour éviter aux troubles qui ont ruyné iceluy nostre royaume; lequel édict, quand il sera faict,. sera publié ès courtz de parlement dudit royaume, pour estre gardé d'ung chascun, selon la teneur d’iceluy; déclarant que tgute hostilité de guerre, bruslemens, assassinats, pilleries. ransonnemens et aultres choses qui se feront audit royaume, tant par les Françoys que estrangers, soubz couleur de guerre, seront, depuis le 6' jour de ce présent moys de may, qui est le jour de la publication de la ptaix faicte * en ceste nostre ville de Paris, subjeetz à restitution et à justice. Donné k Paris, le 6* jour du moys de may, l’an 1Ô76.

Sommaire des articles dn traité de paix.

Si tost qûe laditte paix fut publiée, le camp du roy, comme aiissy des rebelles , se commencèrent à romppe, et gens de guerre à se retirer cliascun à son adroict, par bandes et compaignies. Ceux qui estoient des pays de Piccardic, de Brie, de Champaigne et de Lorraine, passèrent la rivière de Seine ès villes de Montereau-Faull-Yonne , de Melun et de Corbeil, et s’en allèrent gangner la rivière de Marne,

Üt CLALDE HATON.

pour vivre plus à leur ayse, car ce pays-ià estoit nioings foullé et 1576. mangé que la Brie et vallée«de Seine.

■Au delà de la rivière de Marne, du costé de Picardie, y avoil une grande irouppe de reistres et AUemans qui venoient pour le roy, et estoient jà entre Chasteau-Thierrj et Meaux , cerefaant un passage pour passer laditte rivière pour aller au camp; lesquelz n’allèrent plus avant, ains leur fut mandé de se retirer en leur pays, après leur avoir baillé argent. Hz pensoient passer la Marne au Bac-à-Pinson; mais ' en furent empeschez par les gentishommes et paysans des villages du

costé de la Brie, quj se mirent en armes pour garder ledit passage.

Quelques compagnies du camp du roy, que l'on disoit estre à mons. de Biron et aultres, s'escartèrent , après avoir passé rivière de Seine à Montereau, jusques aux villages de Vullaines, la Maison- Rouge, Landoy, la Chapelle-S'-Sulpice , Vielz-Chfmpagne, Courtevrous et Cucharmoy; en plusieurs desquels villages ne trouvèrent vivres, ni personne qui leur en pust donner. -Au moyen de quoy, se jeltèrent par les champs pour trouver du bestial, et tant feirent qu'ilz coiunirent jusques aux portes de Provins, où trouvèrent le bestial du chasteau dudit Provins paissant près des pwrtes de Jouy et de S'-Jehan, qu’ilz chargèrent et chassèrent devant eux ausdis villages, au veu et sceu des gardes des portes susdittes, qui ne furent assez forts pour leur oster ledit bestial. Parquoy envoyèrent advertyr les capitaines et gouverneurs de la ville, pour y mettre ordre; lesquelz, pour assembler en diligence toute la ville en armes, firent sonner l’alarme et le toxin par la cloche de la grosse tour et le guet qui estoit dedans.

Auquel toxin , en moings d'une heure , se trouvèrent prestz cinq cens harquebusiers, tant de pied que de cheval, qui, accompagnez des capitaines et aulcuns juges de laditte ville, allèrent ratrapper ledit bestial à la Maison-Rouge , qu’ilz bragardement estèrent ausditz gens d'armes, et le ramenèrent audit Provins, excepté quelques agnaux qui estoient jà destracquez, et si n’y eut nul coup donné.

Si tost qu’on apporta novelles aux capitaines de la ville qu’ilz gens d'armes cnmenoient le bestial .susdit , furent par lesditz capitaines

io5.

836 MÉMOIR€S

1576. arrestei et prins prisonniers plusieurs gens d’amies desdittes compagnies qui s’estoient relirez en laditle ville pour avoir des vivres, lesqueiz furent désarmez et mis en garde en l'hostellerie de l’Escu de France, pour respondre de leurs gens qui avoienl prins ledit bestial, si d’aventure il eust esté perdur Ausquelz fut donnée liberté, quand ledit bestial fut ramené; dont ilz furent bien joyeux, car ilz avoient fort grande crainte qu’on ne leur fist quelque mal.

Pour le regard du camp de mons. le duc et des rebelles françoys reniez, fut rompu aussy bien que ccluy du roy, incontinent après la '

paix publiée. Ceux dudit camp qui estoient du cbsté de la Rochelle, du pays de Poitou, d’Anjou et des quartiers de Berry, prindrent chemin poA* s'en retourner en leurs pays, excepté quelques trouppes (|ui furent de réserve pour accompagner mons. le duc et le prince de (iondé, qui volurqpt faire compagnie au duc Casimir et à ses reitres, venus à leur secours jusques ès environs de Langres. Iceux reistres, avec plusieurs Françoys de Champaigne et Brie, passèrent au dessus de Sens la rivière d’Yonne, pour tirer droict à la rivière de Seine, et en leurs pays. Hz arrivèrent en Champaigne les io‘ et i i’ joiu's du moys de may et y furent, jusqu’au 17* jour, à vivre aux despens des gens où ilz estoient logez, sans qu’on leur baillast aulciines munitions. Pour trouver à manger, ilz allaient à la pigorée aux escars de part et d’aultre ès villages où n’y en avoit poinct de logez, ausquelz ravissoient et enmenoient tout ce qu'ilz povoient trouver, et si prenoient à rançon les hommes qui tomboient en leurs mains. Les gens des villages destoumérent leur bestial et meilleurs meubles ès villes et chasteaux forts, cbascun d’eux à leur adroict.

Les gentilshommes estoient moings assurez que les laboureurs et pauvres gens, car c’estoit à eux et à leurs biens qu’en vouloient lesdis reisti'Csf qui, avec tous moyens, eiforsoient leurs maisons et cbasleaux, s'ilz n’estoient bien fortz et munis de gens de deifense, les prenoient è rançon, et en tiroient le plus qu’ilz povoient. Ilz tuoienl et massacroient toutes personnes qui leur résistoient, et mirent le feu en plusieurs maisons, nommément aux perches de Noyen,

DE CLAUDE BATON

où y eut deux maisons bruslées, à Grisi, à Forche-Fontaine, à Sarcy 1576. et aultres lieux.

Les habitans de Sargine eurent grande peur de la venue desdis reistres, et, pour se saulver d'estre bnislez et pillez, fallut qu'ilz payassent la somme de 5oo escuz d'or au soleil; et, pour laditte somme trouver, fallut que les plus riches dudit Sargine l'allassent emprunter à Sens, où et à qui ilz purent, et en grande diligence, car ung truchement d'iceux reistres, accompaigné d'un cent d'entre eux, les alla sommer de ce faire , sous peine d'y mener toute la trouppc.

Les habitans de la ville de Provins euAnt advertissement de la venue des reistres le jour mesme qu'ilz arrivèrent, et pour la crainte qu'ilz curent qii’ilz reistres ne passassent la rivière audit Noyen, pour passer en la Bric, ptar le conseil des capitaines, gens de justioe et gouverneurs de la ville, fut sonné le taboiu-in par les quatre quartiers, pour amasser du peuple en bon nombre, pour aller garder le passage audit Noyen. Afin d'estre pluÿ tost prestz de partir, les capitaines des quatre quartiers choisirent chascun cinquante harquebusiers à i'eslitte et leur commandèrent de les suyvre audit Noyen, pour le service de la ville et de la patrie, et s’en trouva le nombre de deux cens, avec lesquels se noirent ung cent d’aultres harquebusiers, qui y allèrent de leur plain gré, et cinquante hommes, à cheval. Tous lesipielz s’allèrent saisir du passage de la Seine, à Noyen, et des bacs, bateaux et nacelles, qui estoient sur icelle rivière, depuis ledit Noyen Jusques à Bray et Nogent-sur-Seinc , qu’ilz enfondrèrent au fons de l’eau et du costé de la Bric, alTin qu’ilz reistres, qui estoient d'aultre costé de laditte rivière* ne les trouvassent. Mons. le lieutenant général Taupin, et les quatre capitaines, qui furent les gouverneurs des soldatz harquebusiers, les ayant posé sur laditte rivière, leur firent commandement de n’en partir qu’on ne leur baiilast congé , sous peine de la vie, mais d’attendre là lesdis reistres, qu’on appella l'cnnemy, pour le combattre, s’il se présentoit pour passer la rivière.

Pour mettre les harquebusiers en meilleure seureté, fallut faire dés tranchées et fossez sur le rivage. Les bonnes gens des villages de la

1576. parroisse d'Ërmés et de Noyen furent les castadours et pionniers qui firent lesdis fosses et tranchées, par le commandement du lieutenant général et des capitaines. Qui fut aulcunement fasché, furent les soldat! de Provins, qui n’avoient piorté vin, viande ni manteaux, et qui, au partir, pensoient qu’on les ramèneroit en leurs maisons ou ès villages prochains. Il leur fut permis de passer la rivière avec une nacelle et d’aller à Noyen en demander. Plusieurs, au lendemain, n’avoient plus de vivres ni d’argent pour en avoir, et pour ce, regar- (loicnt les ungs les aultres, et prenoient complot d’abandonner la place, ou du moings voftloient qu'on leur donnas! à vivre. Lequel complot fut par les plus hardis dict auxdrtx lieutenant général et capitaines; lesquelz les rapaisèrent de bonnes parolles, leur deffendant toutesfois d’abandonner la place jusques à ce que le secours de Provins fust arrivé, qu’on avoit envoyé querre avec l’artillerie; et, pour leur bailler courage d'atendre, fut prins au village de Noyen pain et vin qu’on leur distribua en attendant.^

Messieurs de Tachy, de Gralteloup, de Lours et encores quelques aultres gentishommes, je ne sçai par quel moyen, se trouvèrent audit camp de Noyen, avec lesquels s’alla joindre mons. d'Atys, parroisse de Villers-sur-Seine , qui n’avoit eu loisir que de se saulver la nuict et passer la rivière de Seine. Lesquelz entreprindrent de garder ledit passage, à l’ayde desditz de Provins, ausquelz fut donné la charge du gouvernement du camp, qu’ilz vouloient gouverner à coups de baston , comme ilz faisoient leurs friquerelles et soldats, quand ilz les lèvent au son du tabourin. Ce que ne volurent endurer les soldatz pruvinois, et à peu tint qu'il n’y eust grande émotion eontre lesditz genstuehommes de Lourpe, qui se roonstra le plus estordy, et de Gratteloup; mais le tout fut appaisé par la prudence des seigneurs de Tachy, de Atys, du lieutenant général et capitaines de Provins. Cent harquebusiers de Provins furent levez le lendemain i a* jour dudit moys et menez audit Noyen, pour rafreachir ceux qui estoient lassez d'y eslre dès le jour de devant; avec lesquelz cent harquebusiers [dont l’aiileiir de ces mémovres et qui a faici ceste hystoire en estoit ung)

WkCLAUDE HATON.

furent menez douze harquebuses à crocq et ung fauconneau, pour 1576. enforcerle camp. Avant que les cent harquebusiers de renfort siisdiu fussent arrivez audit Noyen, bien aultant avoient escampé et babandnnné la place sans dire adieu. A l'arrivée desditz cent harquebusiers de renfort, fut donnée une alarme au camp devant Nuyeu, et cstoit environ sur les cinq heures du soir, et dist-on que les ennemys, c'està-dire les reistres, passoient la Seine au gué de Villers, distant dudif Noyen d’une grande demie lieue ; pour lesquels empescher de passer, furent envoyez lesditz cent harquebusiers au village de Thoury, pour s’en aller à la Bourde camper toute la nuict. Mais, ayant eu advertissement que lesditz reistres n’estoient passez , ains seulleinent que quelques ungs d’entre eux s’cstoient entremis de taster le gué, puis s’en estaient retournez, ne bobèrent pour la nuict dudit Tbouri, à garder le passage du molin qui conduisl à la Bourde , et y lurent jusquesau lendemain, qu'on les manda pour aller au camp devant Noyen.

Le 13*^ jour dudit moys, furent menées munitions de pain, vin et chars de Provins audit camp, avec cinquante harquebusiers de renfoil, pour rafresebir les plus débauchez et les premiers, uiisquelz fut baillé congé de s'en revenir. Et depuis ce jour-ià au i 6° jour dudit moys, furent par chascun jour menés de Provins cinquante barquebusiers avec des munitions , et fut ledit camp entretenu jusques au I 7' jour dudit moys, que les reistres deslogèrent des villages que * nous avons dict cy-des$us.

C’est chose quelquement admirable et merveilleuse que ceste eiitreprinse, laquelle se fit quasi plus divinement que humainement et sans commandement du roy ni des gouvffrn'burs. Non seullcmeiit ceux de Provins s'eslevèrent, mais aussi tous les gentishommes, depuis les environs de Montereau, de Nangis, de Jouy-le-Chastcl , de Rosay; les habitans de Bazoches-en-Brie , de Monceaux, de S'-Bon, de Villegruys et Villenauxe, en tirant de là à laditte rivière de Seine, se trouvèrent sur les portz et passages d’icelle, depuis Nogent jusques à Bray. Les habitans de Villenauxe-la-Grand et de Cbalautre-la-Grand, conduits par les gentishommes de leurs carliers, comme les seigneuis

1576. de Fatras, de Jaillard, de Molien et auitres, gardoiwit les passages de Beaulieu et la Motte de Tilly-lez-Nogent. Les gentisLommes de S*-Bon, de Villers-S'-Geoiçe, de Daoust et auitres, avec gens de leurs villages, se joignirent avec le camp de Provins à Noyen et Villerssur-Scine. Les gentishommes de Bazoches, de Quincy, de Savins, de la Barge et de ce quartier de là, avec les hommes des villages %t babitans de Rosay-en-Brie, gardoient les passages de Grisi et de Jaulne. Les babitans de Donnemarie-en-Monlois et les gentisborames de Vimpelles, du Plaissié-au-Cbat, avec les babitans de Son^olle, de Thénisi, et villages et gentilshommes du cartier, gardoient les passages de la Tombe et de Gravon, et tous furent aultant sur lesditz passages jour et nuict que l'ennemy fut sans desloger.

Partie des gentishommes du cartier de la Bric qui gardoient les passages de la Motte et de Beaulieu avec les babitans de Cbalaustrc, Villenauxe et les villages des environs s'allèrent camper és fauxbourgs de la Belle-Dame de Nogenl et mirent ung corps-de-garde devant la porte de la ville , pour ayder à ceux dudit Nogent, si besoin en estoit , aussi poiu les empescher de ne livrer passage ausdis reistres par dedans leur ville ni par dessus la rivière. Fault noter que, en ceste rçprinse de guerre et troubles présens, les babitans dudit Nogent avoient obtenu lettres du roy (je ne sçai par quelles causes], de ne laisser passer par leur ville aulcunes trouppes de gens de guerre, fussent-ilz pour le roy ou pour auitres, et toutesfois ilz de Villenaiixc et villages voisins ne ‘ s'y volurent fier, mais volurent garder ce passage avec lesdis de Nogent.

Nous avons ci-dessus dict la levée de Provins qui fut à Noyen estre ung camp , pour ce qûe toutes choses requises à ung camp ou la plus grande partie y furent ordonnées et observées. Et en tout n’y apperceus que une faulte , qui estoit de plus grande importance que les gouverneurs de l’affaire ne pensoient : qui fut d’avoir' assis leur camp entre deux eaux que les gens de pied n’eussent sccu passer à gué, sinon au danger de eux nayer tous si l’ennemy les eust assailly et mis en fuitte, ce qui se fust aulcunement peu faire, si l’ennemy eust esté forcé et contraint de passer par là. L’ennemy, ayant gangné le village de

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Noyen, avec les longues harquebuses ou quelques pièces de campaigne, de six ou sept maisons qui sont sur le rivage de laditte rivière eust si bien canoné noi gens qu’ilz n’eussent eu de quoy se couvrir que df leur petite tranchée, en laquelle la moytié n’cusscnt sceu tenir, et encorcs, quand ilz y eussent bien sceu tenir, n'eussent osé monstrer la teste qu’ilz n’eussent tous esté blessez ou tuez; et ce pendant qiit; cinq ou six cens chevaux des 'mieux montez et plus hardis desditz ennemys SC fussent jettez à nage en laditte rivière par divers eudroiclz, n’eussent esté endomagez de nos gens, qui n’eussent osé lever le nez pour tirer sur eux. Eust fallu se laisser prendre et tuer, ou bien prendre la fuitte droict au gué aux vaches pour se jetter en la rivière de la vieille Seine, que ung homme de pied n’eust sceu passer qu’il n’y eust esté jusques soubz les espaules et en ung seul endroict seullement. Et me suis esbay moult de fois comment ilz de Provins et les gentishommes qui s’y trouvèrent avoient campé là.

Les capitaines de Provins qui estoient audit camp estoient Anthoine Yver, greffier des esleuz et capitaine de la porte et quartier de Changy; Mart. Mouton, marchand, capitaine de la porte de Ciüoison; Est. Guérin, marchand et naguères greffier du balliage, capitaine de la porte de S'-Jehan; et Nie. Privé, enquesteur, capitaine de la porte de Jouy; par dessus lesquels estoit en ceste affaire M‘ François Taupin, assisté de l’advocat et du procureur du roy, de Cl. Thibault, conseiller du roy, avec plusieurs autres officiers du roy et plusieurs bons marchans, qui y estoient pour bailler courage aux soljlatz tant de la ville que des villages. Léon Lange, marchand, fut délégué pour aller recognoistre les passages de laditte rivière depuis Noyen jusques à la Mottede-Tilly, où il trouva les habitans de la Brie conduietz par les sieurs Patras, Vendières, des Caves, de la Tour, père et enfans, denieurans, le premier à Courtioust, les aultres à Léchelle. Et avoit ledit Lange vingt harquebusiers par luy choisis pour luy faire escourte; lesquelz ne furent mal accommodez, pour une nuict qu’ilz logèrent à.Meelsur-Seine, car ilz trouvèrent poisson, pain et vin à leur soupper en la taverne , ce qu’ilz n’eussent faict s'ilz eussent esté au camp audit Noyen.

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Hfi2 MÉMOIRES

1576. Je laisse à nommer de bons et honestes gentishommcs de la Brie, qui laissèrent leurs maisons bonnes et chasteaux fortz, où lesdis reistres n’eussent sceu entrer sans les assiéger avec grosses pièces d’artillerie , pour aller sur les passages de laditte rivière empescher les^s reistres, comme MM. de Crenay, des Marestz et mons. le bally de Provins, Obvier de Boissons, lesquels, d’un grand zèle qu’ilz poui^ toient au pays de Brie et à leurs subjectz, se fussent quasi faict tuer en la place plus tost que laisser passer iceux reistres.

Les seigneurs de Besancourt , de Talan , de Cbamfay et de Rochepol , avec quelques aultres, ne s’empeschèrent du passage desdis reistres; car le 1 1' de may qu’ilz de Provins s’allèrent saisir du passage de Noyen, y avoient passé le matin pour rentrer en leurs maisons, venant du camp de mons. le duc avec lesdis reistres contre le roy, où ilz estoient retournez depuis le moys de mars dernier passé.

Aulcuns desditz reistres, jusques au nombre de douze, à divers jours et plusieurs fois, essayèrent le gué en la rivière de Seine par divers endroictz, depuis Noyen jusques à la Motte, et entrèrent avec leurs chevaux en laditte rivière jusques au point de nager. L’ung desquels , au gué de Villers , se despouilla tout nud et remonta sur son cheval pour passer à nage ; mais ne suivit pas tousjours le gué , ains escarta de part et d’aultre , et fut son cheval à nage et luy dessus, lequel estant au fil de l’eau et non à la moytié de laditte rivière, retourna visage d'où il venoit et ne passa oultre, parce qu’il apperçut quelques barquebysiers qui estoient tous prestz de le tirer s’il se fiist approché plus près. Plusieims reistres à cheval se poiinnenoient par les champs et pasturages qui sont entre Noyen, Villiers, Parcy, Villuys et Fourche-Fontaine; mais n’approchèrent plus ledit Noyen, depuis que le camp y lut assis, et ne s’en présenta nul pour veoir que c’estoit, combien que dans le chasteau dudit Noyen y en a voit deux que la dame du lieu ou aultre de ses amys y avoient mis pour les garder; lesquels avoient si peur, qu’ilz n’osèrent sortir dudit chasteau jusipies ad ce que mons. le lieutenant général de Provins les alla veoir, pour les assurer qu'on ne leur feroit poinct de mal , s'ils n’en faisoient

les premiers. Les soldati de Provins n’espargnoicnt la pouldre à 1576. canon, et se délectolent à tousjours tirer dedans l’ean pour le plaisir qu’ilz prenoient à la résonance de l'eau qu’on appelle écho, qui répondit au coup de canon tiré, et tant tirèrent qu'à la fin mal en advint à deux hommes, l’ung desqueU tira et l’aultre fut tué, le qiutorzième jour dudit moys de may.

Michel Couillard ne se trouva bien d’avoir esté audit camp, non plus que les dessus nommez; car estant au feu du corps-de-garde à .se seicher et sa barquebuse, qui estoient moulliez pour la pluie qu’il feit la première nnict qu’ilz fiu^nt campez, saditte barquebuse estant escbauffée se deslacbea toute seulle et luy emporta le poulce d’une main qu’il avoit sur l’entrée et bouche du canon.

Geste assemblée et camp de Noyen porta grand domage aux bonnes gens des villages de la Champaigne où estoient iceux reistres et des villages voisins, lesquels avoient faict passer la rivière à leur bestial, vaches, pourceaux, brebis, agneaux, poulies, poulletz, oyes ,’ oysons , et à beaucoup de leurs meubles qu’ilz avoient cachez ès boys des usages dudit Noyen, dessailles et aultres bissons etgrains des rivières, esquelz tout leur hit forragé. Us perdirent beaucoup d’agneaux , de poulies , poulletz, oyes et oysons, que leur prenoient ceux qu’on estimoitgens de bien aussi tost que les meschans. Plusieurs prebstres de Provins, qui furent audit camp à divers jours, se portèrent fort mal et ne faisoient conscience de ravir les choses susdittes non plus que les aultres gens , et plus tost ilz prindrent et firent ce que plusieurs gens laiz ne volurent prendre ne faire, et donnèrent grand scandalle à plusieurs qui veirent leur ravage, et se trouva que les chanoines de Notre-Dame-du- Val et leur doyen ne s’y portoient pour la pluspart des plus modestement. C’est grand pitié que de la guerre : je croy que si les sainctz de Paradis y alloient, en peu de temps ilz deviendroient diables.

L’abbesse du Paraclet-lez-Nogent-sur-Seine , en la parroisse et village de Quincey, estant advertie que lesdis reietres passoient la rivière d’A'onnc pour tirer ès beux susdits où ilz estoient logez et en son pays, envoya demander une saulve-garde aux commissaires et conducteurs

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8/i4 MÉMOIRES

1576. criceux reistres, pour exempter son abbaye et son village en faveur d’elle et des dames reUgieuses de saditte abbaye, laquelle, quelque grande dame et noble qu’elle fust, ne peut avoir re.sponse d’exemption à son gré , et si luy faisoit mal d’absenter pour une passée son monastère, qui est assez fort quand il a gens de delTense; dedans lequel elle retira le bestial et meubles des villages dudit Quinccy, de S'-Aulbin et de la Chapelle S'-Michau-lez-Nogcnt, qui sont les plus proches villages de sondit monastère. De quoy elle se repentit incontinent, et pensa que le bestial et butin d’iceux villages seroient cause de faire forcer sa maison; mais, pitoiable qu’elle estoit, pensa que, si elle les jettoit dehors, ilz seroient au danger de tout perdre. Parquoy débbéra en elle de faire cercher ès villes de Nogent, de Pons, de Villenauxe et vi Ilag es d’alentour tous bons soldalz et gens de cœur, pour mettre en garnison en sondit monastère, et fut faictc ime si bonne diUigcncc en ceste affaire qu’en vingt-quatre heures elle en enferma le nombre de deui cens avec elle en sondit monastère, qui firent si bien leur debvoir que lesdis reistres n’y entrèrent poinct, combien qu’il y en eust de logé dedans le village. Et pour payer iceux soldatz, qui l'avoient secourue et les biens des bonnes gens, feit faire une taille sur tous ceulx qui avoient serré et retiré en sondit monastère, chascun .selon le bien qu’il avoit, que les bonnes gens payèrent voluntiers.

Les reistres, après avoir séjourné six et sept jours entre la rivière de Seine et Vauluisant ès villages dessusdictz, en deslogèrent le 1 6 et i 7* dudit moys de may et s’allèrent loger ès villages qui sont entre la ville de Troye en Champaigne et la ville de Méry-sur-Seine, où ilz furent près de quinze jours à faire du travail aux bonnes gens desdis villages, et davantage à la petite ville de Marigny, qui fut par eux entièrement destruicte et despeuplée d’hommes, excepté de deux, en la manière qui s’ensuit. Ilz reistres, au desloger de Fleurigni, Thorigni, Villersle-Bonnœuf, Songne et aultres villages, passèrent pour une partie par auprès des portes et nMirailles de la ville de Marigni, sans y vouloir faire grand effort, car leur desseing estoit d’aller plus avant ou en ung aultre lieu pour se loger. Toutesfois, en passant, apperceiu^nt

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les habitans dudit Marigni en armes sur les murailles de leur ville et 1576. dedans le chasteau; qui fut cause qu'ilz reistres s’arrestèrent ès environs de la ville pour s’attendre l’ung l’aultre , de peur qu’ilz de Marigni ne sortissent sur les derniers et qu’ilz ne les tuassent ou destroussassent, et tout incontinent se trouvèrent là ung grand nombre. Or, en toutes trouppes y a-il gens qui sont plus mal complexionnez les imgs que les aultres; il se trouva que quelqu'un desditz reistres tira quelque coup de harquebuse ou pistoUe aux murailles de laditte ville ou à quelque créneau, qui fut cause de provocquer ceux dudit Marigni à tirer sur eux, joinct aussi qu’ilz de Marigni pensoient, à les veoir arrester en si grand nombre et ainsi courir et environner les miu'ailles de leur ville, qu’ilz les volussent assiéger, et tant tirèrent qu’ilz en tuèrent quelque douzaine pour le plus, entre lesquels fut tué ung capitaine, qui demoura en la place. Pour la mort duquel fut toute la trouppe mandée pour assiéger la ville, et tant les premiers que les derniers accoururent tous se camper ès environs, avec délibération de ne descamper qu’ilz n'eussent eu raison de la mort dudit capitaine Mais n’y furent longtemps qu’ilz n’eussent prins laditte ville, laquelle fut à leur commandement dès le jour mesme ou au lendemain asse^ matin. S’Hz la prindrent d’assault on non, je ne m’en suis guères enquis, mais bien ay sceu que, en entrant en icelle et depuis qu’ilz furent logez, ne reschappa homme ni compaignon aagé en sulTisance pour porter armes, excepté deux, ainsi que je l’ay ouy plusieurs fois dire aux femmes dudit Marigni. Tous les maux qui se font en la guerre furent par iceux reistres faietz, excepte le feu; filles et femmes furent viollées et efforcées et la ville pillée, sans respecter aulcune personne; ilz chargèrent leurs bamois et chariotz de tous les meilleurs biens.

Le camp de Provins ou de Noyen se rompit au deslogement d’iceux reistres, et les virent bien partir pour s’en aller droict à Marigni , aulcuns desquels reistres, pour donner le signe de leur parteincnt, allumèrent le feu en leurs logis, comme à Sarcy et aultres villages è.s environs de Trinel. Ceux de Provins retournèrent en leur ville, bien joyeux de n’avoir esté en peine de tirer leur espée, et encores plus

1570. ceux de Noyen, de la Bourde, d’Ermez et la parroisse, d'estre délivrez de l’importunité et ennuy qu'ilz de Provins leur faisoient. Les babitans de Chalaustre et Villenauxe-la-Grande , avec les villages voisins, levèrent quant et quant le siège du gué de la Mottc-de-Tilly, de Beaubeu et des fauxbourgs de Nogent, pour s'aller camper entre Pons et Méry-sur-Seine, et empescher iceux reistres de passer, ausquelz beux et passages trouvèrent mons. de Villers-aux-Gornailles, baübf de Sézanne, accompagné des habitans dudit Sézanne et desgentishomraes et paysans des viUages voisins.

Les babitans de Provins estans revenus en leur viUe, plusieurs d’iceux ne se contentèrent d'avoir esté au camp de Noyen, mais allèrent le 1 7 et 1 8* jour dudit moys à Villenauxe, Pons et Méry, pour empescher les reistres de passer, comme ilz se vantoient d'avoir faict à Noyen; et y allèrent quasi le nombre de cinquante chevaux. Mais n’y furent si longuement qu’audit Noyen, pour ce qu’ilz ti'ouvèrent lesdis passages saisis des gens des villages et viUes susdittes, qui ne leur lirent grand recueil.

Kn vertu d'uu mandement signé de la reine et du duc d'Alençon, les gens de rélecüon de Provins reçoivent l'ordre de fournir sous deux jours douze muids de blé, vingt muids de vin, vingt-cinq bœufs et des moutons; ces munitions sont conduites à Méry-sur-Seine.

Les babitans de Troye furent en grande faseberie de ce que lesdis reistres furent si longtemps logez entre leur ville et celle de Méry; lesquels, par chascun jour, faisoient courses jusques aux portes dudit Troye pour trouver leur proye, et faisoit moings seur de jour sur les chemins ès environs dudit Troye , qu’il faict de nuict on une forest de peur des loupz; car, parmy lesdis reistres, y avoit ung tas de meschans voleurs françoys, qui les suyvoient aux escars et desvabsoient tous les passans. Hz de Troye furent par plusieurs fois en ceste délibération de saillir sur eux en grand nombre et grand équipage , et de les chasser; mais furent de ce faire empeschez par mons. le duc, qui, en sa propre personne alla audit Troye pour le support d’iceux reistres

DE CLAUDE IIATON. • 8/i7

et pour leur foire bailler argent, ainsi qu’il avoit esté accordé par la I57(i. paix susditte, et fut le retardement dudit aigent cause de les foire séjourner si longtemps ès lieux susditz.

Le peuple des villes et villages furent contraincU d’aller par bandes et trouppes par le^hamps, de peurd’estre par ils reistres destroussez ou prins prisonniers; lesquels, quand ilz se senloient les plus fortz, se jettoient sur iceux, et en lut à plusieurs fois beaucoup escarmocbé et tuez, aultres desvalisez, plusieurs vifo et mortz jettez en la rivière d’Aulbe et de Seine, comme depuis fut veu par expérience, qui furent trouvez flottans sur l’eau, aulcuns attachez à des perches, liez et cscouplez ensemble, et aultres tous seulz, les ungs tous nudz, les aultres avec leurs roeschans habillemens. Une petite trouppc de dix ou douze desdis reistres, environ le 20' dudit moys de may, s’cscartèrent pour aller courir jusques à S'-Loup-de-la-Fosse-Gelane et S'-Martin-de- Bossenay, pour piller et ravir ce qu’ilz eussent pu trouver et emporter; mais de laditte trouppe ne s’en retourna qu’un, qui eschappa pour aller dire novclle à leur camp que ses compaignons avoient tous esté tuez et desvalisez ès villages susditz. Au rapport duquel, montèrent de cent à cent vingt hommes à cheval , qui par luy furent conduictz esditz villages la nuict ensuivant, esquclz ilz mirent le feu, et furent quasi lesdis villages tous bruslez; et n’y arrestèrent qu’aultant qu’ilz mirent à allumer ledit feu, et en toute vitesse s’en retournèrent, de peur d’estre eux-mesmes jettez dedans le feu.

Le 16 mai est publié l’édit de règlement promis par le roi le 6, lors de l'annonce de la conclusion de la paix. Les catholiques, trouvant cet édit trop favorable aux protestants, murmurent hautement, la présence seule du roi, qui était alors au palais, empêche qu'une sédition n’ait lieu. Des placards et libelles diflamatoirea contre Henri 111 sont affichés on répandus dans Paris'.

Et fiit par iceux libelles et placards taxé d’estre métis, c’est-i-dire qu’il n’estoit huguenot ni catholicque , d’estre ypocrite en son cœur,

‘ Voyez dans l'EstoiUe, les rtrtat et le peuple de Paris au roy Henri III, el le propriétés des miyaoiu ; les titres donnés par pasquil Le mj posa- oroir tk F eryezt

1570. disant (l’ung et faisant d'aulire, et aussi d'estre Iléliogaballe et tiran; ce que toutesfois en ma conscience croy qu'il n'estoit ni l’ung ni l'aultre, mais estoit bon caüiolicque et bon chrestien, ayant grand regret d’avoir comme par force accordé le contenu en cestuy son édict, pour bailler repos aux subjectz de sa coron^c; et n’estoit tiran, combien que je confesse qu’il a esté grand exacteur d’argent sur ses subjectz, en quoi il estoit quelquement excusable, à cause des guerres et rébellions que luy faisoient les princes et grands seigneurs de son rovaume.

Kdit de Henri 111 sur la pacification des troubles du royaume, donné à Paris, au mois de mai iSyfi*.

Il sembloit à S. M. avoir faict un grand chef-d'œuvre d’avoir faict laditte paix, pour de laquelle remercier Dieu se transporta en l’église de N.-D. de Paris, le jour mesme qu’il la feit publier audit Paris, pour chanter à Dieu Te Deum laudamtis, et ppur ce faire lit sonner toutes les cloches de ladite église, et appeler MM. les doyen et chanoines pour chanter ledit Te Deum, Ce que ne volurent faire lesdis doyen et chanoines, lesquels, avec toute modestie, feirent remonstrance à saditte majdsté qu’icelle paix n’estoit faicte à l'honneur de Dieu, au prouifit de l'église catholicque, de la coronne et de la républicque de France, et que pour cestc raison ne povoient chanter ledit hymne et canticque joyeux, mais au contraire leur estoit plus convenable de chanter le respons, Circumdedemnl me viri mendaces, etc. avec l’introït, Circamdederant me dotores mortis, ou l’introït de la messe des trespassez : Requiem œtemam dona nobis. De laquelle response se courrousa fort saditte majesté, qui avec scs chantres en grande mélodie chanta ledit Te Deum, sans iceux doyen ne chanoines. Lequel fini , se retira au palais avec MM. de la court de parlement, pour traicter avec eux des affaires du royaume, et au sortir dudit palais fut faict commandement de par S. M. qu’on fis! par les rues les feux de joye, ce que les habitans ne volurent faire, et Mémoires de Aeieri , t. l, p. 117. — HccucÜ d'l&ambert« I. XIV, p. a8o.

DK CLAUDE HATON. 849

pour toute excuse feirent entendre à S. M. que c'estoit à faire aux buguenotz et aux rebelles catholiques à chanter le Te Deam et faire les feux de joye.

Tout à l’instant que l’édict de paix fut publié à Paris, le roy envoya par toutes les villes de France pour le faire publier. Et fut leu et publié à Provins , tant au palais du bailly que au pilory, le a i ‘ de may; duquel édict ne fut faict grand conte audit Provins, excepté de quelques sept ou huict buguenotz qui y estoient pour le plus et des pauvres gens des villages, qui, encores qu'ilz ne fussent aidcunement hérélicques, s’esjouyrent beaucoup d’icelle paix, aflin de prendre ung |>eu de repos de leurs misères. Et ne challoit ausdis des villages comment elle fust faicte, moyennant qu'on leur laissast la liberté d'aller les dimanches et festes à la messe et que la gendarmerie ne les ruinast plus.

Cependant, les reistres desquelz nous avons parlé csloient encores entre les villes de Méry-sur-Seine , Marigni et Troye, qui faisoient du mal assez, en attendant l’argent de leur paye que le roy leur avoit promis. Lesquelz, sur la fin du inoys de may ou au commencement de juing , se ragèrent et allèrent loger ung peu au delà de Troye , à Chastillon-sur-Scine , où nous les laisserons séjourner, cependant que nous parlerons du faict d'aultres reistres qui estoient en France |)Our le roy, lesquelz nous avons dict estre venus assez près de Meaux, pour passer la Marne et aller au camp du roy, si la paix ne se fust conclue.

Hz reistres du roy estoient conduits par deux seigneurs allemans , nommez Bessonpierre ' et Chambar, lesquelz, ayans receu novelles de la paix faicte, remonstèrent amont la rivière de Marne du costé de la Picardie à petites journées , en attendant leur argent, et tant firent qu’ilz trouvèrent passage sur laditte rivière entre les villes d’Es-

' Christoplic, baron de Bassompime, onlretcniu pour le service du roi, mourut

seigneur d'Harouel et de Baudricourt. le 1 6 novembre 15^4 , apres avoir servi 1«

grand maitre d'iidtel et chef des finances ligue avec un grand zelc. de Lorraine . colonel de quioso cents relire» *

1576. parnay et Mani, et passèrent en la Champaignc k Vertus, et de lè tirèrent à Corroy, Gognantre et villages d’alentour, environ le a o' jour de may, et séjournèrent jiisques passé le ao' de juin ès environs de Chas- Ions en Champaigne, où ilz receurent argent que le roy leur envoya, et fut commis pour les payer Jehan de Vauhardi, grénetier du sel de Provins.

Durant lequel temps, ainsi que fut le commung bmict, survint question et débat entre lesdis sieurs Be.ssonpierre et Cbambar touchant l’honneur des dames de France, que ledit Bessonpierre aecusoit d’estre toutes impudicques et desloyalles à leurs maris, touchant l’œuvre de mariage, disant ce le bien sçavoir par l’expérience qu’il en avoit faict avec des plus grandes depuis qu’il bantoit en France, concluant que les aultres n’estoient plus chastes ne à leurs maris plus fidelles que celles qui s’estoient babandonnées à luy. Lesquelles parolles ne put porter patiemment le sieur de Chambar, et en defTendant l’honneur desdittes dames, soustint qu'il n’estoit vray de toutes, comme disoit ledit Bessonpierre; et sur ces paroUes entrèrent en querelle, jusques à mettre la main à l’espée l'ung contre l’aultre, et advint que ledit Cbambar tua Bessonpierre. Qui provocqua il Chambar à défendre l'honneur des dames de France, fut l’amour et l’honneur qu’il pourtoit k la sienne, laquelle, comme on disoit, estoit de la nation de France, de laquelle il se tenoit si assuré quelle en sa vie ne luy avoit faict tort de son corps ni de la loyauté de mariage.

Le long séjour que iceux reistres firent aux villages et lieux susdits fut cause de les faire escarter è six et sept lieues loing de costé et d'aidtre pour aller piccorer et cercher butin , et en esvalla jusques au village d’Estemay, le i5* de juin, environ le nombre de cinq k six cens chevaux, et y furent deux jours et deux nuietz, mais n’osèrent arrester plus longtemps, à cause du chasteau qui est fort et pour la crainte qu'on ne se jettast sur eux.

En allant et venant, fai.soient courses et carges jusques aux portes du prieuré de S'-Gond-lez-Sézanne , lieu fort et de deffense, pour ce qu’audit lieu s’éstoient retirez aulcuns gentishommes et paysans avec

leur bestial; et advint à une fois qu'environ vingt-cinq d'iceux reistres 1576. surprindrent ledit bestial à l'improviste et l'enmcnoient en leur camp.

De quoy furent advertis le prieur, nommé Jehan Vigeron, rooyne du Moustier-la>Celle , et les gentishommes et paysans, qrii en diligence, à pied et à cheval, allèrent après leur bestial, et tant firent qu’ils le regangnèrent et le ramenèrent, non sans coups donner, car ledit prieur y fut blessé en la cuisse d'ung coup de pistolle et ung gentilhomme de sa suitte tué, comme aussi furent tuez et blessez lesdis reistres, la pluspart desquels demourèrent en la place.

Tous lesdis reistres logez ès environs de Ghaslons et lieux susdits ne s’en retournèrent en Allemagne dire des novelles aux gens de leur • pays ; il en demoura beaucoup au pays de Champaigno , poiu- engres-

ser le terrouer et pour nourrir le poisson des rivières; car tout aultant qu’on en trouvoit aux escartz, aultant on en luoit et ruoit-on par terre. Pour ce faire s’estoient bandez les gentishomifles et paysans du pays les ungs avec les aultres, lesquelz, au désespoir de la perte de leurs biens, n’espargnoient iceux reistres non plus que chiens fois.

Il y eut ung certain capitaine françoys de ceux qui estoient pour les rebelles, qui, avec sa compagnie, s’alla loger assez près desdi.s reistres sur la rivière d’Anlbe, en intention de les assaillir {X>ur avoir du butin, ce qu'il fit, et en tuèrent luy et ses gens assez bon nombre. Mais n’aOa guères loing sans en recepvoir vengeance des aultres reistres, qui, à la clameur de ceux qui avoient escbappé de ses mains, allèrent en si grand nombre l’assaiUir qu’ilz furent maistres de laditte compagnie, et, après avoir tué et massacré ce qu’ilz vobirent, enmenèrent ledit capitaine et plusieurs du reste de ses gens prisonniers, pour en faire à leur discrétion.

Craintes inspirées par la présence et le long séjour des reilres dans les villages entre Sézanne et Coulommiers. Les gentilshommes sont les premiers à abandonner leurs châteaux, emportant les meubles et emmenant le bétail. I.es reitres ne les épargnaient pas plus que les gens du peuple; quelques personnes pensaient même qu'ils avaient ordre de traiter rudement les nobles, qui, malgré les mandements royaux, avaient refusé de secourir Henri 111 dans cette guerre.

l.')76. Pour la fuitte desdis gens pille et tue hommes, les pauvres laboureurs et gens des villages furent esmuz, et à l'exemple d'iceux et par leur conseil, vuydèrent les meubles de leurs maisons, et avec leur bestial les envoyèrent aux villes prochaines et commodes de leurs demourances, les ungs à Villenauxe, les aultres à Pons et Nogent-sur- Seine, les aultres à Provins. D’un grand nombre de parroisses par cbascuQ soir aboient le bestial de chevaux, vaches et brebis au gistc i> Provins, ensemble les bonnes gens. Les rues dudit Provins estoient si pleines de iiuict dudit bestial, qu’il n’estoit possible d’y passer è son ayse , et gardoit chascune pairoisse son troupeau distant les ungs des aultres, de peur de le mesler. Ceux qui ]>ovoienl recouvrer astables pour les loger, les enserraient. Los covens, courts et maisons des Cordeliers, des Jacobins, de S'-Jacques, de S'-Ayoul, cloistre de N.-D.-du-Val, courtz de l’hostel de la ville, de la salle du roy et les logis en estbient si remplis que plus n’en povoient tenir. Le peuple de Provins fut fort pitoyable, bening et courtois auxditz gens des villages, et leur faisoit ung chascun le mieux qu’il povoit. Je n’ouys personne qui se pleignist d'avoir perdu une seulle beste, sinon ung qui demanda ung pourceau qu’il disoit luy avoir esté pris, lequel luy fut payé par celuy qui en avoit fait son proulTit, ne sçaehant à qui il appartenoit. C’estoit une chose fort pitoiablc d’ouyr le cry, hurlement et beslement de tant de bestes, qui sembloient se plaindre d’estre delTinagées de leur terrauer et estabies. Et dura ce désordre environ dix jours à deux fois en moings de quinze jours.

Les dames cordelières de Provins, pour éviter le danger du mal et déshonneur qu’elles eussent peu recevoir, vuydèrent les meubles de leur monastère et les envoyèrent serrer à Provins, et voyant le bruict se continuer de la venue des reistres, sans s’en informer davantage, trop légèrement sortirent de leur monastère pour s’aller serrer en la ville. On leur bailla les logis de la salle du roy pour se retirer, et la chapelle de mons. S'-Blaise pour faire leur service , où elles furent ung inoys entier pour le moings. Dieu sçait si elles furent paresseuses de visiter leurs amys de toutes qualités quelles avoient

audit Provins, tant chanoines, prebstres, Cordeliers que jacobins et aultres. Dieu sçait aussi si les mocqueurs et gaudisseurs dudit Provins firent leur proulTit avec inocqueries et risées des sœurs qui alloieni visiter leurs &ëres en J.-C., et des frères qui allèrent consoler leurs sœurs. Et s’estimèrent lesdis frères en J.-G. , et principalement aulcuns chanoines, dignités et personatz des églises collégiales, bien heureux et tenus à Dieu de venir en leurs maisons lesdittes sœurs qu'ilz aymoient plus que Dieu, et ne craignoienl tant de désobéir et offenser Dieu que d'offenser et désobéir auxdittes sœurs. Les pastissiers, boulangers, tavemiers, routisseurs, ne se trouvèrent que bien de la venue desdittes dames, et eussent bien volu qu'elles eussent séjourné plus longtemps, moyennant que leurs amys ne se fussent lassés de les festoyer. Elles s’en retournèrent au monastère le i6‘ jour du moys de juillet, duquel elles avoient party le 17' du moys de juing auparavant.

Geste sortie desdittes dames de leur monastère fut la quatriesine depuis l’an iô43; mais aux trois fois précédentes n’y eut tant de désordre, risée et mocquerie que plusieurs personnes en ont faicl, veii et trouvé en celle-ci. Toutesfois, quant à moy, je n’y ay veu que bien et honneur, et estime lesdittes dames estre fort sages et bien dévoues, et où les imperfections humaines se seroient trouvées en elles et ceux quelles visitoient et desquels elles estoient visitées, il fault revenir à ce poinct qu elles et leurs bien-aymez estoient de chair et de sang, subjeetz à imperfection et passions chamelles et corporelles, aussi bien que ceux qui ont volu mesdire de leur honneur et religion.

Les gentilshommes de France, et notamment ceux de Champagne, furent la cause des désordres arrivés dans l'Etat, en refusant le service militairatqu'ils devaient et qui était réclamé d'eux, ce qui força le roi i appeler pour sa défense les étraugers dans le royaume.

Jadis les nobles de France ont acquis ce tiltre de noblesse et leurs privilèges des roys et princes, pour leurs vertus et les bons services

8bh MÉMOIRES

1576. qu’ili faisoient auxditz roys et princes et à leur patrie, la France; lesquelles vertus estoient auxditz nobles et gentishommes si reluisantes devant tout le peuple, que pour néant, niesmes sur leur vie, sur leur honneur qu'ilz ayinoient plus que les biens, n'eussent volu faire, dire, ni entreprendre paiolles, faictr, dietz, actes, ni aultre chose qui eust porté scandalle, domage, ni intérestz au plus petit et pauvre de la terre. Hz estoient religieux, fidelles, catbolicques, ecclésiasticques, sages, prudens, doux, benings, démens à leurs subjects et aultres, secourables, pitoiables sans récompense, charitables, aulmosniers aux pauvres, protecteurs et deffenseurs du sainct Ëvangille de l'église catboiicquc et romaine, des sacremens d'icelle et des prebstres, dévotz à Dieu, à la vierge Marie Nostre-Dame et i ses saiuctz, hospitalliers aux passans et estrangiers, révérens en tout et partout pour l’honneur de Dieu, sans jurer, maugrouer, renier, ni blasphémer son .sainct corps et nom, deffenseurs des pauvres, des vesves, des orphelins, non oppresseurs de leurs subjects par courvée, ni corrumpus par dons, non murtriers, non paillards, non vindicatifs ne larrons; ilz alloient à la guerre pour avoir honneur, servoient les roys et princes fidellcment et à leurs despens, sans rançonner, voiler, vioUer filles ni femmes, deffendoient la patrie avec leur roy, et se portoient ennemys de toutes personnes qui vouloient envahir le roy et leurditte patrie. Mais maintenant le tout est bien renversé au contraire. Les nobles, qui jadis estoient gentilshommes de vertu, sont maintenant gens pille et tue hommes, héréticques, infidelles, irrévérens, idolastres, folz, cruelz, fiers, arrogans, ravisseurs du bien d’aultruy, sagriléges, oppresseurs du peuple , renicurs de Dieu , blasphémateurs de son sainct nom, de ses saincts et de son église, paillards, incestueux, vioUeurs de filles et femmes, traîtres, desloyaux, proditeurs de leur patrie, non charitables ni aulmosniers, non hospitaliers aux passans, mais guetteurs et espieurs de chemins, voUeurs, associez des larrons, des murtriers, des assommeurs de gens, traîtres é toutes personnes, immiséricordieux. Brief, il n’y a genre ni espèce de mal que ne lacent maintenant ceux qui se disent nobles et gentilshommes.

et de toute mesckanceté en font vertu, et principallement de l'assassinat et trahison, qui sont à ceste heure si commungs entre eux que les plus hardys et accortz d'entre eux ne daigneroient ou n'oseroient plus mettre la main à l'espéc contre ung aultre, mais guettent et espient celuy à qui ilz veuUent mal , ou le font guetter et espier par leurs assommeurs, pour le tirer et tuer à coups de pistolie et harquebuse; ou bien, s'ils prennent l’espée en main, sans advertir cehiy qu'ilz veulent assasiner, luy traversent leurditte espée ou dague à travers le corps, en lui baillant les bonadies et en faisant semblant de le baiser et embrasser. Voilà les vertus qui reluysent en noz nobles et gentilshommes do France. Je ne parle que des meschans, le nombre desquels excède de plus des trois partz le nombre des bons et vertueux. Dieu garde de mal les nobles vertueux et gens de bien qui ont en horreur les vices susdits et les vicieux! Le nombre en est assez petit; ils sont hays et desprisez des aultres, qui font de tout vice vertu.

Les reitres des rebelles parlent de Cfaitiilon, où ils avaient reçu leur paye, et quittent la France, remerciés par le duc d'Alençon et le prince de Condé, et enrichis de nos dépouilles.

Le duc d'Alençon quitte lui-méme Chàtillon au bout de peu de jours. Il avait avec lui une troupe considérable de gens de guerre, dont il envoya plusieurs bandes en garnison dans dilTéreotes villes.

Le 9* j'our du moys de juing, six enseignes d'iceux reistres passèrent la Seine à Pons pour aller en Brie, et logèrent en la parroisse de S*-Fergel-lez-Nogent, où au lendemain, lo* jour, qui estoit le jour de la Penthccoste, feirent leur presebe et leur cène à cause de la solemnité de la journée; après quoy deslogèrent et s'allèrent loger en la parroisse de Meel-sur-Seine, où ilz ne furent que une ntiict, puis retournèrent passer la Seine à Noyen, où ils furent trois jours à manger de toutes leurs dens et faire bonne chère. De Noyen, ilz allèrent ravager et rançonner ce pauvre pays de Champaigne jusques à Vauluysant, où les reistres de leur camp avoient esté si long temps, passèrent encore une fois la Seine A Esgligni ou la Tombe, pour tirer

en la Brie, estans en bien plus grand nombre que devant, et furent environ quinze jours à faire ce tour. Ils estoient conduietz par commissaires et gouverneurs, qui les faisoient cheminer assez lentement, et qui demandoient et faisoient fournir des munitions de pain, vin et chair aux villages de trois lieues des environs où ilz logeoient. Les commissaires d'iceux huguenotz qui se disoient estre les mal-contens allèrent à Provins pour demander des munitions suyvant leur commission, laquelle veue par les gens de justice, procureur etesebevins, leur fut permis d’en lever sur les villages depuis Sordun, Chalaustrela-Petite, Septveilles, S‘-Michcl de Pongnis, Leschelle et Cortacon, où ils logèrent. Et au partir tirèrent à la rivière de Marne, et estoit le commung bruict qu'ilz huguenotz et mal-contens idloient en garnison ès villes de S'-Quentin, de Péronne et frontières de Piccardie.

Non seuUementles pays de Champalgne et Brie furent travaillez desdis huguenotz et mal-contens, mais aussi des gens d'arnjes du camp et gardes du roy, qui, dès la publication de l'cdict de paix, passèrent en la Brie, où tindrenl les villages tous les ungs après les aultres, et de la Brie montèrent jusques au dessus de Sézanne, passèrent la Seine et allèrent en Cbampaigne jusques ès environs de Troye, en tirant à Sens et jusques à la rivière d'Yonne. Et furent l'espace de plus de six sepmaines à passer et rapasser d’un pays à l’aultre. Les compagnies qui ravagèrent si bien lesdis pays fiu'ent les régimens des sieurs de Brissac, S^-Colombe, Haultefort, Beauvais, Slrozzy et la compagnie de la Chapelle des Ursins. La pluspart desdis régimens se disoient estre des gardes du roy, et toutesfois ne laissoient non plus que les aultres à rançonner, voiler et piller le pauvre peuple ainsi que les aultres. Finalement, ceux des gardes du roy se tirèrent vers Meaux et Paris, les aultres retournèrent du costé de Sens, et allèrent, comme l’on disoit, tenir garnison en- Daulphiné , en Provence et en I.anguedoc.

Ne fault laisser l’excès que tme bande d’iceux feit à ung bon homme de Noseaux, parroisse de la Chapelle S'-Nicolas-lez-Nogent ; lesquels, au desloger dudit lieu, luy enmenèrent deux belles et

bonnes jumens, pour lesquelles ravoir, les poursuivit jusques au petit ir>76. batneau de Fontaine-Riant, tout joignant les murailles de la ville de Provins, où là pensoit les ravoir; mais il fut bien trompé, car, au lieu de les luy rendre, feirent coupper les jarrelz d’une jambe audit bon homme, avec plusieurs aultres coups qu'ilz luy donnèrent, dont il est demeuré boiteux à toute sa vie. Tous les justiciers audit Provins furent bien advertis de l'excès faict audit bon homme, avant qu'ilz gens de guerre fussent deslogez dudit Fontaine-Riant, où ilz furent deux ou trois jours, et toutcsfois, pour ce c|uc le bon homme ne volut bailler argent et se faire partie, lesdis de la justice ne sortirent hors leurs portes pour aller s’enquérir des volleurs, larrons et murtriers, et par ainsi le bon homme fut estropié et ses jmnens perdues.

. Une aultre bande, logée à Meel, qui pareillement de là s’alla loger à Fontaine-Riant, Fleigni , Rouiib et villages d’alenlour, en pensèrent donner aultant à ung homme dudit Meel, nommé Françoys Lambert. Lesquels, pour le rançonner à leur dévotion, oultrc 4 liv. t. qu’il leui'avoit jà donné à leur arrivée, feirent cacher par ung de leiu-s * gens ung asne qu’ilz avoient amené avec eux, et fut ledit asne cnmcné ne nuict au village du Plaissié de Mériot, où estoicnt logez d’aultres gens de guerre de la mesme compagnie. Le jour qu’ilz deslogèrent dudit Meel, commandèrent à leurs porte-besaces qu’ilz apparellassent ledit asne, lesquelz, allant en l’cstable pour le cuider prendre , le trouvèrent perdu. Hz demandèrent où il estoit audit l..ambert, qui leur feit response qu’il n’en sçavoit rien. A laquelle response commencèrent à grands coups de baston à frapper sur luy et, en luy demandant l’asne, le lièrent de cordes bien estroictement par les bras, et luy ayant mis une corde au col, l’enmenèrent avec eux chargé d’une grosse malle, qui estoit la charge dudit asne, et le baillèrent à conduire à ung gros pallefrenier ou toume-broche , qui le menoit par la corde, tout ainsi qu’un chien. Et comme il ne povoit cheminer aussi fort qu'ilz vouloient, pour la pesanteur du fardeau qu'il portoil, ilz le battoient oultrageuseroent , menaçant de le faire pendre et estrangler par la sentence de leur capitaine , comme larron , s’il ne leur rendoit

loS

157& l'asne, ce qu’il n’eust sceu faire. Pour lequel, encores qu'il n’en iust tenu, leur volut bailler six testons, qui valloient ou bien qui se mettoient jà poiu- i 6 ou i 7 s. t. entre marcbans et le p>euple; mais ilz n’en voliirent poinct, pour ce que ce n’estoil assez à leur gré. Pour aller dudit Meel audit Fontaiiio-Hiant, passèrent iceux gens de guerre pai le mobn de l'estan et de là près de la porte de Culoison, de laquelle s'approcha ledit Lambert et cestuy qui le menoit, qui ne tenoit la corde guères ferme; ce que bien voyant, ledit Lambert jetta par terre la malle qu'il portoit et courut en la barrière de laditte porte qui estoit ouverte et se mit entre les mains des gardes, qui avoient grande compassion, le voyant ainsi lié et conduit comme une beste. Lesquels, pour le saulver, l'envoyèrent dans la ville, et se réfugia dans le cloistre de Notre-Dame-du-Val , en la maison de l'auteur de ce • livre, où il fut toute la journée. Après lequel coururent les maistres qui disoient l'asne leur appartenir, qui n’y perdirent que leur temps.

Nul ne croiroit les larcins, volleries, pilleries, ransonnemens, murtres, battures et oppressions que faisoient les gens de guerre de France aux bonnes gens des villes et villages où ilz logeoient; et * pour le faire court, les barbares, juifz, turez, sarasins et inlidelles ■l’eussent sceu faire plus de mal- aux ebrestiens que lesdis gens de guei're irançoys au pauvre peuple. Et de tous telz maux ne se faisoit ‘ aulcune pugnition ni par leurs capitaines, ni par les gens de justice, et, qui plus est, si ung pauvre homme de village eust blessé ou battu aulcun d’eux, encores qu’il eust eschappé de leurs mains, les justiciers des villes, et nommément de Provins, l’eussent ruiné et destruict par prison et coustange de .tes biens, sans la peine du corps, tant lesdis justiciers estoient mesebans et avaricieux.

A l’instant que les régimens susdits se partirent du baUiage de Provins, y en demouia un aultre, qui estoit gouverné par ung Italien . nommé le capitaine Stef, qui avoit obtenu commission du roy et de mons. de Guise de mettre ses gens eu garnison à Provins et à Sézanne; et, pour ce faire, les feit approcher ès villages de Sordim et aultres, pour y entrer du jour au lendemain. Et à ces fins apporta

DK CLAUDE HATON, 85»

sadite commission aux gens de justice et gouverneurs de Provins, 1576. desquelz fut remis à ung aultrc fois, en attendant qu’ilz de Provins eussent esté parler au roy et à mons. le duc de Guise, par quoy falut tpi’il promenast encores ses friquerelles par la campagne aux despens des pauvres villages.

l.es habitants de Provins envoient des délégués à Paris auprès du roi et du duc de Guise, puis à Chàtillon auprès du duc dWlençon, pour les prier de révoquer la commission donnée au capitaine Stef, et d’exempter la ville du logement de la compagnie. La commission est révoquée par l’influence do duc d’Alençon, qui, malgré le dernier édit de paix, expédie un mandement portant que Provins n’aura pas de prêche et ne recevra point de ministres hérétiques.

Avant de prendre cette décision, qui remplit de joie les catholiques, le duc s'était informé du nombre des huguenots habitant Provins, et l’avocat du roi, Jtethel, lui avait répondu qu'on n’en comptait pas plus de huit. • Il y en auroit cinq cens, dit le prince, pour cela n’y auroit presebe en laditte ville. ■

Les seuls protestants fermes et constants que Provins possédât alors étaient Richard Privé, la veuve du médecin Sanlsoy, et Gagnot, qui s'absentaient au moment des troubles, et rentraient dans leurs maisons quand les troubles avaient cessé. Les autres hérétiques, après avoir plusieurs fois abjuré, étaient revenus, depuis le dernier édit, à la religion réformée. Se voyant frustrés de prêche, ils se réunirent le dimanche chez la dame de Chaoteloup, puis au château du • Plessis, chez la femme de Lanoue, qui les reçut, à condition qu’ils vivraient chacun à ses dépens.

Pendant le séjour du duc d’Alençon à Chàtillon, les protestants de Troyes viennent lui demander l’autorisation d’établir un prêche dans la ville. Le duc les congédie en leur demandant, avant de répondre, une liste, signée de deux notaires, des protestants habitant Troyes, et en disant à uu gentilhomme de sa suite : • Geste canaille de huguenotz ne vallent pas le nayer. • 11 n’y eut point de prêche à Troyes plus qu’à Provins.

Copie du récit (imprimé à Troyes par la veuve Nie. Luce) d’un miracle opéré à Soucy, prés Châtinon, le ai juin 1676, sur trois protestants qui avaient insulté une image de saint .\ntoine, et l’avaient frappée de coups d’arquebuse.

Les reitres du roi, longtemps arrêtés aux environs de Cbàlons, avaient enfin gagné Vitry, où ils séjournèrent jusqu’au mois d’août. De là ils revinrent au village de l’Espine,y restèrent quinze jours et repassèrent à Cbàlons et à Sézanne.

Le a août, leurs commissaires se présentèrent aux gouverneurs de Provins, pour avoir des vivres et des fourrages, qui furent refusés. Enfin, en septembre, la

1576. troupe partit pour son pSys. I^es habitants de Châloos, ayant eu beaucoup a souiTrir des excès, vols et meurtres commis par les reltres, s'en plaignirent au sieur de Chambar, leur chef, et le prièrent d’y mettre ordre;

Lequel, après avoir enlendu leurs plaintes, les contenta de pa« tience, disant qu’il estoit fort dilTicile d'y mettre ordre, pour le grand nombre qu’ilz reistres estoient; et, pour les contenter tout en ung coup, leur dist qu'il n'y avoit aulcun remède et que c’estoit la guerre, et que par temps de guerre il ne falloit réclamer ni avoir recours à justice. De laquelle response indigné, ung certain personnage dudit Chaslons, le père duquel avoit esté voilé et tué par lesdis reistres, tira sa dague et l’enfonça au corps dudit sieur de Cbambail, en luy disant : « Voylà donc la guerre, puisque justice n’a'poinct de lieu. • Les serviteurs et reistres qui estoient avec iceluy Cbambait quand il fut blessé , mirent la main aux armes pour venger le coup; mais ne fut leur prouffit. Car émotion et sédition fut faicte par les habitaiis de la ville contre eux, et y en eut plus de trente tuez en la place. Et ce, l’ai sceu par ung des habitans dudit Cha.slons, nommé Jehan Emery , natif de Villegruis ou parroisse.

’ Les Suisses de l'année du roi, en garnison à Montereau, parient au mois de septembre pour leur pays. — De nombreux passages de troupes font douter de la durée de la paix. — Le duc d’Alençon, en quittant Cbâtillon-sur-Scine. se dirige sur Bourges. Les habitants de cette ville, malgré la paix, hésitent à le recevoir, craignant qu'il ne se venge du refus fait par eux, pendant les troubles, de lui donner entrée, et que le roi ne leur sache mauvais gré d’avoir admis son frère. Ils font prévenir Henri III , qui les rassure sur les bonnes dispositions du duc d’Alençon, et leur ordonne de le recevoir. En conséquence, les principaux citoyens vont présenter les excuses de la ville au duc, qui pardonne, et auquel un fait une entrée somptueuse et solennelle. — Le prince de Coudé quitte le duc d’Alençon et va joindre le roi de Navarre. »

Car ledit prince de Condé avoit prias grand soubçou et mesliance sur ledit sieur duc, d’aultant qu’il ne faisoit faveur aux huguenotz , ains les déboutoit de toutes les requestes qu'ilz luy présentoient, et ne vouloit permettre qu'ilz eussent des presches par toutes les villes

du royaume, ainsi qu’il estoit porté par l’édit du roy; et en ce 1576. soubçon, ne volut entrer audit Bourges avec ledit seigneur, ains se recuUa fort arrière, et dist que entrer ès villes estoit se mettre comme les ratz en la ratière, de laqueQe n’en ressortent quand ilz veullent, et qu'il n’avoit oublié la prinse de luy et de l’admirai à Paris au jour du massacre de la S'-Bartholomy, Le bruict commung fut que ledit de Condé print altercat avec ledit seigneur duc jusques à quereller des grosses dens l’ung contre l’aultre, pour le faict des buguenotz et des presches d’iceux; et dist-on davantage que mondit seigneur duc • se sentit tant importuné dudit sieur de Condé , qu’il avoit esté con-

• trainct par grande coilère de mettre la main aiu armes, ce que je

n’ay jamais creu. Mondit seigneur le duc demoura audit Bourges et pays d'alentour jusques au moys de novembre, qu’il arriva à Paris, pour saluer le roy son frère, afün d'aller ensemble tenir les trois estatz en la ville de Blois, ainsi qu’il avoit esté advisé par le traité de paix dernièrement faict.

Les protestants de Rouen s'assemblaient sans l'autorisation de rarebevèque; le cardinal de Bourbon, en étant instruit, se rend au prêche avec une suite nombreuse, interroge le ministre, ordonne aux assistants de se disperser', et leur défend de s'assembler è l'avenir, disant qu'è lui et non au roi appartient le droit de prêcher et de faire prêcher dans son diocèse. Une plainte portée an roi par les protestants demeure sans résultat’.

Convocation des états généraux à Blois, le i" novembre’. Les trois états du bailliage de Provins sont convoqués dans cette ville an couvent des Jacobins, le 39 août, à l'efl'et d'élire des députés; la commission avait été adressée au prévôt, et non au bailli. Quelques ecclésiastiques et les gentilshommes refusent de répondre à l'injonction du prévôt, disant qne cet olBcier n'élait pas leur juge, et qu’il était seulement celui des roturiers et artisans. Sur les réclamations portées au roi, la commission envoyée au prévôt est cassée, et un nouveau mandement est adressé au bailli, que les prêtres et les nobles regardaient comme leur seul juge compétent. Plusieurs personnes pensèrent que l'envoi aux prévôts avait eu

‘ Voy. Floqucl, Hiitoire da partemeni ’ Lettres de convocation des états géde Normandie, t. 111, p. i64 et suiv. néraux. iSyô, 6 août (Isambert. liée, du

' Journal de Henry III (Cologne, 1666), anciennes lois Jrmçaises, I. \IV. p. âo,5).

1576. lieu pour faire tentir aux gentilshonunes qu’ils étaient de vrais vilains, eux qui avaient refusé d'aller à la guerre pour le servire du roi.

Mandement du roi au bailli (6 août 1676); — du bailli aux marguilliers et procureurs syndics des paroisses, pour faire assembler leurs paroissiens au 1 7 septembre ( 37 août] ; — du bailli aux sergents royaux du bailliage (août).

Les délégués des trois états des paroisses, assemblés à Provins le 17 septembre, nomment députés : M* Claude Moissant, doyen de la chrétienté, curé de Saint- Pierre, pour le clergé; M. de Sigi, pour les nobles; et Girard Janvier, bourgeois, pour le tiers état.

Faiilt icy dire en passant l'inconstance de M' Jean Rctel, advocat du roy à Provins, sur l’élection dudit Janvier. Lequel, iré et courroucé de • ce que les premiers qui avoient esleu avoient nommé ledit Janvier • (qui estoit absent de l'assemblée), les taxa de besterie et ignorance, et requist qu'on n'eust jKtinct d’égard à leur élection, sans donner aultre raison que de dire qu’il y en avoit en l’assemblée de plus suffisans que ledit Janvier, donnant assez à entendre qu’il désirait y estre esleu en son lieu; mais toutefois ne laissa le reste des habitans de donner leurs voix audit Janvier., qui y demeura. Ledit Janvier estoit tenu aussi sage et savant que ledit Retel, encores qu’il ne fist estât d’avocat, et si estoit plus humble et rassis.

L’élection des personnes ci-dessus nommées faicte , fut prins et ordonné jour préfix poiu- se rassembler cbascun estât à part, pour disputer des doléances et remonstrances qu’ilz vouloient donner à leur député pour porter au roy audit Blois. Puis se leva l’assemblée, sans aultre cliose faire, dire, ni arrester pour ceste journée, ains se retira ung cha.scun en son pays et village. Girard Janvier sceut qu’on l'avoit esleu pour le tiers estât, et luy fut signifHé par ung sergent, affin qu’il n’en print cause d’ignorance; et sceut quant et quant que l’advocat du ray avoit contredit à son élection , et pour ce remercia les gouverneurs de Provins et aultres qui l’avoient esleu, et se déclara insuffisant de telle charge et honneur, mais donna sa voix et son élection audit advocat du ray, et pria fort que tel honneur luy fust déféré; mais ne fut ouy en ses excuses, ains luy fut déclaré qu’on ne prendroit aultre que lui. Quoy voyant, eut recours au roy. auquel

présenta sesdittes excuses, et obtint lettres de S. M. pour estre exempt de n’y aller, lesquelles fit signifiBer aux gouverneurs de Provins, leur faisant assavoir qu'ilx eussent à en eslire et envoyer ung aultre que luy. Desquelles lettres se portèrent pour opposans lesdis de Provins, lesquels itenim luy firent signifier qu'il eust à s’acheminer audit Blois, pour estre auxdis estas, luy présentèrent le cahier des doléances du tiers estât du bailliage et le procès-verhal des gens du roy, protestant de recovrer sur luy tous domages, despcns et intérestz, au cas qu’il ne s’y trouvast, à la descharge d'eux, si aulcun mal leur en advenoit. Parquoy fallut qu’il y allast, et croy qu’il ne faisoit ceste difficulté que poiu* ce qu’avoit dict ledit advocat du roy.

Le doyen de la chrestienté, M°CI. Moissant, voyant que l'élection de sa personne le contraindroit d'aller ausdis estas nonobstant toutes excuses, se délibéra de s’en acquiter, et d’aultant qu’il n’avoit beaucoup de biens ni de moyen, demanda aux ecclésiastiques quelques deniers par forme d’avances, qui seroient rabattus sur la taxe que luy donneroit le roy de scs peines et vacations. Et tant fist qu’il leva quelques i5o ou aoo liv. pour faire ses premiers frais.

Au 8* et g‘ jours d’octobre, les gentilshommes se rassemblèrent aux Cordeliers de Provins , pour adviser ejitre eux des doléances qu’ils avoient à présenter, et se trouvèrent en assez grand nombre. Mons. de Potières, Obvier de Boissons, bally de Provins, s’y trouva en personne pour présider et cueillir les voix. Plusieurs noveaux nobles et gentilshommes faietz à la baste pensèrent se mcsier parmy les gentilshommes de sang et de race, pour avec eux oppiner et disputer desdittes doléances; mais n’y furent admis, et en furent déchassez et mis hors par force ceux qui ne s’en voliu^nt retirer de bon gré cpiand ils en furent requis. Cette séparation faite , les nobles de sang et de race s’enfermèrent dedans la grand salle des CordeUers pour adviser de leurs doléances. Mais n’en disputèrent longtemps sans entrer en altercat lës catholicques et les huguenotz les ungs contre les aultres. Le nombre des cathoUcques excédoit dix fois celui des huguenotz, parquoy les huguenotz ne furent les plus fortz, nonobstant toutes

Sm MKMOIRES

1 57*). menaces par eux faictes de troubler l'assemblée présente et la future généralle de Blois par le relèvement des armes, si leur religion prétendue n’estoit là autboriséc et tenue pour vraye et saincte rebgion, et la catbolicque déclarée faulse, supersticieuse et abominable. De lacpiclle rcqueste furent déboutez , et partant que si peu d’héréticques vouloient par leur arrogance et menaces faire signer aux cathobcques ce que dessus, y cuyda avoir du miurtre et y en eust eu, sans la prudence du bailly et aultres viclz et anciens gentilzbommes, qui par doiJces parolles rabaissèrent l'orgueil desdis huguenotz. Car les sieurs de Brunfay, qui estoient mons. de Quincy et mons. de la Courtrouge, seigneurs de S'-Yllier et de Vielz-Cbampaigne, frères, mons. de la Barge, sieur de Mobn-d’Ocle, mons. de la Vallée, sieur de Evarly, mons. de Crenay le jeune, sieiu- d’Aidnoy, mons. des Marestz, ' nions, de Tacby, mons. de Grateloup, son frère, mons. de Lours, et encores quelques aultres que ne cognus, aux menaces d’iceux huguenotz, meirent la main sur la garde de leurs espées et invitèrent sur le cbamp les huguenotz susditz au combat à’ l'heure présente, pour mettre fin aux séditions, troubles et guerres qu’ilz menaçoient de relever, si laditte religion prétendue n’estoit par eux et l'assemblée généralle des cstalz authorisée. Mais, au contraire, les sieurs dessus nommez et tous les aultres catholicques de l’assemblée déclarèrent ausditz huguenotz qu’ilz ne passeroient oultre que , au premier article de leurs doléances, ne fust escript et signé que la religion prétendue réformée que tenoient lesditz huguenotz estoit une pure menterie et ydolâtrie, une Babilonne pleine de confusion, qui enseignoit guerre , murtre, sédition, assassinat, troubles, division et tout scandalle, comme l’expérience le démonstroit en France il y avoit jà quinze, seize et vingt ans passez. Hz gentishommes huguenotz et catholicques furent pareillement en débat et altercat du député pour aller au roy porter leursdittes doléances. Les huguenotz ne vouloient que mons. de .Sigi,qui avoit esté csleu.y allast, pour ce qu’il estoit catbolicque , ains vouloient qu’pn en esleust ung aultre qui fust de leur religion ; au contraire, les catholicques soustindrent qu'il de Sigi iroit, puisqu’il

avoil este esleu en l’assemblée du 17" jour de septembre, et aires- 1576. tèrent qu’il n’y en iroit poinct d’aultre pour le bailliage et ressort. Et .sur ces disputes passèrent la première journée sans rien faire, parquoy fut continuée l’assemblée au lendemain , jour d'octobre.

Audit jour, rccommeuccrent à débattre sur la diversité des religinus, et requéroient qu’il fust dict qu’il n’y en auroit qu’une seulle par le royamne. Sur lequel poinct chascun s’accordoit, pourveu que ce fust celle que chascun tenoit. Pour lequel doubtc escarter, les gentishommes catbolicques aircstèrent et signèrent qu’ilz entendoient et vouloientque ce fust la catholicque et romaine apostolicque église qui demourast seulle par la E' rance pour >raye, perfaicte et saincte, telle qu’elle avoit esté receue et tenue en France par les roys, princes, gentishommes et peuple depuis douze cens ans, et non aiütre. Ce que voyant, les huguenotz susditz requirent Icsditz gentilshommes catbolicques qu’ilz accordassent que la permission à eux donnée et à leur rebgion réformée par l’édit de la paix dernièrement faict demourast en sa force et vigeiir, et que par eux en l’assemblée généralle des estatz fust approuvée pour tousjours. Ce que ne volurent accorder Icsdis catliolicques, ains déclarèrent que, tant s’en fallust qu’ilz l’approuvassent, que, si le roy mesme avoit faict ung édict pour l'approuver et contraindre les Françoys de la tenir et prendre, dès à présent comme pour lors s’y opposoient et protestoient de luy faire la guerre en tout et par tout, jusques à ce qu’il fust rompu et révocqué; mais toutesfois n’empeschoient pas qu’ilz huguenotz n’en fissent au cayer de leurs doléances ung article i part qui ne seroit signé que de leurs mains, pour le montrer au roy, pour en faire ainsi que bon luy sembleroit. Ce premier poinct vuydé, n’airestèrent longtemps à estre d’accord des aultres qui concernent leurs privilèges, et fut audit jour leur cayer arresté et signé de leurs mains et mis au greffe du bailly, pour estre remis au net. Puis se séparèrent , chascun à son adroict , qui ne fut sans mesiiance les ungs des aultres, pour les diffèrens qu’ils ^a voient eus; toutesfois, n'en advint aultre chose.

Les ecclésiastiques ne se rassemblèrent audit Provins pour deviser

1 576. de leurs doléances. Ceux des bailliages de Bray et de Montereau envoyèrent par mémoire à ceux de Provins ce qu'ils vouloient dire; sur lesquels mémoires ajoutèrent ceux dudit Provins ce qu’ili vouloient •

dire, et du tout fut faict ung cayer qu’ils mirent au grelTe du balliage.

Pour le regard du tiers-estat, cbascune parroisse des villes et villages du bailliage portèrent audit Provins leurs plainctes et doléances par escript, qu'ils mirent au greife dudit balliage, pour estre du tout faict ung cayer et procès-verbal par les gens du roy. Les cayers et procès-verbaux retires au net, furent délivres aux députes de chascun estât pour les porter k Blois, avec procuration spéciale, comme il estoit requis.

Le bruit court que les états de Rlois n'auront pas lieu. — Mariage du duc d’Aumale avec la Glle du marquis d'F.lbeuf, sa cousine germaine. Les membres de la famille de Lorraine passent par Provins à la fin de septembre , en se rendant à Joinville pour la célébration de ce mariage. — Les protestants poursuivent, en vertu de l’édit de pacification, l'établissement des prêches, et, en vertu d'un édit de création de mai 1676, l'érection des chambres mi-parties dans les lieux désignés. Les sieurs de la Noue et d'Arènes sollicitent Henri QI pour cet objet.

A la requeste desquelz, le roy se transporta au palais de Paris, pour ériger ceste nouvelle chambre mi-partie de huguenotz et catbolicques, et avoit requis ledit d'Arènes estre le président huguenot d’icelle chambre. Lequel passant par les rues pour s'aller faire installer par le roy, qui l'atendoit en la chambre dorée , fut jetté par les fenêtres d'une maison assez près du Palais ung gros grès qu’on pensoit faire tomber sur sa teste; mais ledit grès tomba sur les fesses de son cheval, et du cheval sur ung des huguenotz qui sui voient ledit d' Arène.

Lesquels furent si attonnez de ce et du bruict du peuple parisien, qu'ilz n’allèrent audit Palais, et ne s’y trouva personne des huguenotz qui demandast depuis pour ceste année à estre président et conseiller huguenot de la novcllc chambre. Et après que le roy les eut bien attendu audit Palais par demye journée toute entière, s’en retourna au Louvre fort mal content'.

* Dans le Journal de Henry [II (Colo^^. 1666). p. 18, il est seulement queetion

Les huguenoU 4c ia ville de Paris, voyans le roy leur estre favorable, entreprindrent de leur auctorité de mettre ung presche en certain lieu près dudit Paris, hors les deux lieues limitées par l’édit do paix, et p>our aller audit presche s’assembloient par^randes troupes, cheminans par les rues dudit Paris avec ung oi^eil entre eux accoustumé, chose à eux deflendue par ledit édict de paix. Ce que ne purent endurer les enfans et serviteurs des maisons devant lesquelle.s Hz {Mssoient , sans qu’ilz ne les hupassent et criassent après eux. Du cry et mocquerie desquels iceux buguenotz courroucés se jettèrent sur les serviteurs, enfans et aultres gens qu’ilz trouvèrent par les rues, sans s’enquérir si ceux sur lesquels ils frappoicnt estoient ceux qui se mocquoient d’eux ou non; et d’arrivée tuèrent ung jeune fdz qui ne pensoit à eux. Quoy voyant, le peuple de Paris de la rue où lut ceste émeutte s’armèrent contre lesdis huguenots et se ruèrent sur enx , et Dieu sçait comment ils drappèrent messieurs les huguenots et huguenottes, desquels une douzaine demourèrent morts en la place, sans ceux qui s’en allèrent mourir en leurs maisons des coups qui leur furent donnés. De laquelle esmeute fut adverty le roy par les solliciteurs desditz huguenotz, qui requirent S. M. d’en faire faire pugnition exemplaire. Information faicte, fut trouvé qu’ilz huguenotz avoient les premiers mis la main aux armes et tué l’innocent qui ne pensoit à eux, et partant demoura i’afiaire sans en savoir à qui se prendre, sinon ausdis huguenotz, qui, contre l’édit du roy, avoient attenté de faire ung presche où il leur estoit deffendu. Toutesfois S. M. ne leur en fit aultre chose, sinon qu’il interpréta l’article de son édict touchant les presches, et dist que dès lors en avant nul huguenot n’allast au presche hors des limittes et lieux où il estoit, delTendant derechef que nul presche fust mis en la ville de Paris ni les deux lieues limitées par son édict. Et fut la sédition ci-dessus dicte faicte le dimanche dernier jour du moys de septembre'.

de difficulté* Tntei s Goill. Dauvet , sieur * chambre mi-partie , difficulté* qui le déd' Arennet , par le* membres du parlement terminèrent à renoncer à ses fonctions, pour le recevoir comme président de la ' Journal de Henry III, p- 19.

1576. Lo duc d'Alençon, venu à Paris, vit en bonne intelligence avec le roi »on frère, qui le nomme gouverneur et lieutenant général du royaume. Tous deux se rendent ensemble aux états de Blois, passent à Orléans le 20 novembre et arrivent à Blois le 25. Un jeûne préparatoire et des processions ont lieu dans cette ville par l’ordre du roi, et sont répétés dans les provinces. Le roi entre le 6 décembre dans la salle des états*. Harangue prononcée par Henri III. Les belles promesses contenues dans ce discours peur le soulagement du peuple ne furent point tenues. Discours du chancelier de France (analyse); il fut mal accueilli et donna lieu au quatrain suivant :

Tell sont les bietz des hommes que les dis;

Le roy dict bien, coinnie il est débonaire.

Son cliancclier bit preuve du contraire.

Car s'il bict mal , cncures dict-il pis.

Harangue prononcée au nom du clergé par l’archevêque de Lyon (analyse). Discours du baron de Sénecé, député de la noblesse. M. de Versoris, chargé de parler au nom du tiers état, se laisse intimider et ne peut achever sa harangue^. Les trois ordres se séparent pour rédiger chacun son cahier. Des députés sont choisis par les étals pour prendre part dans le conseil à la rédaction des réglements  faire sur les remontrances présentées au roi.

n y a ici une lacune. Le manuscrit reprend au milieu de la description d'une maladie que l’auteur nomme mal de colique-passion.

[Les malades, après] quelque douze, quinze et diz-huict heures, relounioient à l’usage de leurs sens et parloicnt quelque peu assez effremcnl, et, après avoir esté quelque aultre peit de temps en l’usage de leursditr sens, retomboient comme devant, en s’escriant en la première manière, se serrant les dens si fort l'une contre l’aultre, que force estoit de leur dresser avec outilz ou instmmens, et quand leur

' 5ur les étals généraux tenus à Blois, voyez les deux collections de Mayer (De* éluiâ génénitur, 1789, tome XllI, et de Lâbourcé et Dnval (/o?w gén^xde de la convocation ti de la tenue des assemblées nationales) t l. XIV; — les Mémoires de * Nevers , 1. 1 ; ^ le Journal des états de Blois et les Cahiers (Bibl. imp. anc. fonds franç.

V. 8800 . 880 1 ) le Portrait des états tenus d Bhu, et d'autres pièces sur leménit sujet (ièid. v. 883 1 . 8838 et 88âa).

’ Le discours du roi et celui du chancelier ont clé reproduits dans la collection Mayer, t. XIII, p. 171 et 18a; celui du baron de Senecé se trouve dans rHistoin’ de Fran«! de la Popolinière, fol. 343 v*.

DE CLAUDE ElATON. H69

langue se rencontroit entre les dens, tombant en laditte appoplexie, s’ofl’ensoit si fort que quelques fois elle estoit percée de part à aiJtre. Aulcuns se démenoient et movoient leur corps comme ceux qui sont malades de quelque mal caducque. Au couvent des Cordeliers de Provins, fut frappé de laditte appoplexie ung jeune religieux honeste homme, lequel, estant seul auprès du feu k se chauffer, tomba dedans le feu et respandit la marmitte sur son corps; par quoy fut fort domagé et bruslé, et eust là fini ses Jours, si proinptement n’eust esté secouru d’ayde poUr le retirer; toutesfois, morut le lendemain sans avoir reprins ses sens. Dès l’an dernier, il religieux avoit esté si fort malade d’une colicque-passion , qu’il eu avoit perdu l’usage des mains et pieds, et avoit esté assez longtemps perclus d’iceux membres; toutesfois l’usage d’iceux luy estoit revenu, qutmd il tomba en laditte maladie d’apoplexie. De laditte maladie de colicque-q>as$ion furent atteintes plusieurs personnes en laditte année dernière, dont pareillement plusieurs morurent en grand forment, san.s y sçavoir trouver remedde , et tous ceux qui en reschappèrent tombèrent en perclusion de leurs membres, ne sçaehant cheminer ni porter leurs bras et mains à leur bouebe, et demeurèrent en tel estât près d’un an, jusques à ce que nature eust rendu la force aux nerfs. Et le plus souverain nv roedde qu’on pût trouver à laditte maladie de colique-passion et perclusion de membres fut de se tenir fort chaudement nuict et jour et de ne guères boire ni manger jusques après estre gary du ventre et des membres.

Dès le mois de febvrier, les marebans du royaume de France recommencèrent à donner cours aux espèces d’or et d’argent monnoyées à plus hauitpris que le roy ne les faisoit valoir par son édict. L’escu soleil d’or, que le roy avoit haulsé à 6o s. t. les années précédentes, pour gratidier ausdis marebans, qui dès lors avoient rebaulsé lesdites espèces, fut en ceste dite année par eux mis en marchandise de main en main à 6i, a, 3, 4 et 5 s., et les pistolelz d’Espagne, de Gênes, de Poulongne, de Milan et aultres pays estrangers à a s. t. moings que l’escu d'or au soleil, et faict à faict qu’ilz

'1576. niai-chans haulsoicnt lesdis escuz au soleil, ainsi faisoienl-ilz lesdis pialoleU. Les testons de la forge, marque et coing du roy, qui avoient esté par le roy mis à 1 4 s. et 6 , furent par lesdis marchans haulsez à iG s. t.; les dalles' de Flandre et jucondalles’, qui valoient 4S et 4o s., furent par lesdis marchans allouées pour âo et 45 s. t. Depuis lors, toute menue monoye comme karolus, unzains, douzains, pièces de 3 et de 6 blancs, ensemble doubles et liars, furent si bien reserrez, qu'on en manioit aussi peu que s'il n'en eust poinct esté en France, et ne mauioit-on aultres monoyes que escuz, pistoletz, testons de tous pays, dalles, jucondalles et impcrialles et aultre monoye des pays estranges. Et n'y eut ausdittes pièces, depuis le inoys de febvrier de ceste année, auicun arrest ni cours assuré, jusques en l'an >577, que le roy y pourveut par ung édict rigoreux. Parce que on ne voyoit plus de menue monoye rager par ce pays, fallut rebailler cours aux karolus de Besançon, de Genefve, de Savoye et de Lorraine, que le roy avoil faict descrier quand il meint l'escu à 60 s., sans laquelle monoye estrange n'eust esté possible que le pauvre peuple se fust peu accommoder. Tel ne debvoit que 5 s. à ung homme, qui pour les payer présentoit ung escu, ung pistolet, une dalle ou aultre grosse pièce, pour le mettre au pris qu'il vouloit, et pour ravoir de la monoye. Le mal estoit que, huict jours après qu’on avoit reccu ung escu pour 6a s., on le vouloit bailler pour 63, et huict Jours après pour 64; et que, quand quelqu'tm recepvoit ung escu, pistolet, teston ou aultre pièce d’argent de ceux qui luy debvoient, ne les vouloit prendre pour pareil pris qu'il avoit mis à ceux qu'il avoit baillé à aidtruy. Et les riches pilloient en ceste manière les pauvres gens qui avoient à faire avec eux, fiist è prendre ou k donner. Le pis estoit au payement des tailles ; les recepveurs ne pre-

' Thalers.

' On lilduu la préfacedeUFranciads, de Ronsard (œuvres complètes, édit, de lôzS, in-fol l. 1, p. 588) ; iPour ce il ne se faut estnnner d'ouir un mol nouveau, non plus que de voir quelque nou-

velle jocondale, nouveaux tallars rojratee, ducats de S'-Eaüenne et pistolets. Telle monnoje, soit d’or ou d'argent, semble

estrange au commencement {\oyet

plus haut. p. 748.)

noient ies escus et testons que pour le pris que le roy les faisolt 1576. valloir par son édict, et si ne prenoient aultre monoye que celle du coing et marque de France, ce que le pauvre peuple et collecteurs ne povoicnt recouvrer, sinon avec grande perte et coustange. Et ne se trouva juge en France qui volust oster ni pugnir cest abus, ains euxmesmes justiciers mettoient leurs pièces pour ce qu’ils vouloient aux bonnes gens qui avoient à faire i eux; et continua ce^al de pis en pis, et en fut portée la novelle au roy,. qui au moys d’octobre feit ung édicttfrigoreux contre ceux qui prenoient et mettoient lesdittes espèces ^nr et d’argent à plus hault pris que ne pourtoient ses édictz; et pour espoventer les personnes, feit dresser par la ville de Paris des potences contre ceux qui seroient trouvez abusant desdittes monoycs. Toutesfois personne n’y fut pendu, et si ne laissa le mal de s’activer.

En la ville de Provins, sur le pont au Poisson, y avoit ung routis-

seur nommé M' Robert venu de la ville de Bray lever sa bo-

ticque audit Provins pour y faire son prouffit, bomme boneste et de bonne cuisine, et qui bien sçavoit appareiller viandes. Et fut audit • Provins le bien venu, parce qu’auparavant sa venue nul en laditte ville tenoit boticque ouverte de routisserie. Or advint-il que, quelque temps après que son ouvroir et estail fut levé et sa mercerie estallée, plusieurs personnes voluront cssaier de vivre à la manière des habitans de Paris, qui est de ne point mettre de pot au feu en leurs maisons, mais, quand ilz veullent disner ou soupper, vont à la routisserie achepter ce qu’ils veullent manger. Entre aultres volut apprendre ceste manière une jeune femme mariée assez boneste de laditte ville, demeurant vers le quartier de S'-Nicolas, laquelle, après avoir fait l’approuve, trouva qu’elle avoit meilleur marché de viande cuitte dudit routisseur quelle n’avoit de crue à la boucherie, et .si n’avoit la peine ni la despence de brusler du bois ni d’allumer du feu; et pour ce, continua à aller querre de la viande en la maison dudit routisseur, combien que, quand ledit routisseur n’estoit à sa boticque, elle n’en avoit si bon marché de sa femme, et pour ce avisoit à faire sa provision quand elle le voyoit en son logis. Icelle dame estoit

J 576. (l’une si bonne grâce et d’ung si doulx parler et amoreiix, que, incontinent, monsieiu' le routisseur fut entièrement ravy de son amour, et en luy vendant sa marchandise , i'entretenoit du meilleur maintien qu’il povoit, avec toutes parolles fort gracieuses, se rendant toiLsjours son serviteur, et luy préscntoit ses corps et biens à son commandement. La Jeune dame, se voyant si bien enfoncée en la bonne grâce dudit routisseur, délibéra en elle de ne plus mettre de pot au feu, et d’entretenir ledit routisseur qui luy .avoit si favorablement présenté sa mercerie â son commandement, avec lequel elle ne demouroj|: cncores qu’elle n’eust point d'argent. Il routisseur, voyant qu’icelle dame luy estoit de ses meilleurs cliallans, continua â luy faire bon marché, et davantage se présenta de luy en donner tout pour néant, ce qu’elle refusa le plus honestement qu’elle put, en se contentant du bon marché qu’il luy faisoit. La<juelle, pour n’estre point ingratte, s’employoit à entretenir ledit routisseur de sa bonne grâce et amiables parolles, ^ luy montrant le signe et semblant de luy vouloir aultant de plaisir

• (|u’il faisoit à elle; qui donna hardiesse audit routisseur de faire en-

tendre â ladittc dame cpi’il avoit volunté de se rendre son humble et plus familier serviteur et amy perfaict, si c’estoit son bon plaisir de le recepvoir pour tel et de prendre ses services pour agréables d’aussi bonne volunté cpi’il les luy présentoit, voires juscpies â désirer de mourir à ses pieds, en la faisant ou désirant qu’elle se fist dame et maistresse de son corps et de ses biens.

Desquelles offres et dietz commença ung peu à rougir laditte dame; mais, en considération du bon marché cpi’il routisseur luy faisoit de sa viande, elle ne s’esmut guéres, et par parolles doulces et amiables s'excusa et le remercia du bon et entier voloir qu’il disoit avoir en elle, encores qu’elle ne l’cust mérité, ettascha, par scs belles et gracieuses parolles, de contenter ledit routisseur, disant que ses offres valloient bien y penser, et sur l’heure print congé de luy, le laissant en aliène et espoir de parvenir â son désir. Elle, estant de retour en son logis, discourut à son mary la cause qui leur avoit faict manger la routisserie du routisseur à si bon marché et luy déduisist

tout ce qu’il routisseur luy avoit dict. Ce qu’ayant entendu , sondit mary fut d’avis qu’il falloit en manger encores à bon marché et pour néant avant que de luy bailler congé, et,, sur ce, conseilla à sa femme de retourner à laditte routisseric et de monstrer beau semblant audit routisseur, alEn de l’entretenir en espérance; ce qu’elle feil, et du depuis, pour avoir encore meilleur marché, monstra audit routisseur le semblant qu’elle avoit souvenance de l’offre et requeste qu’il luy avoit faict, auxquelles elle s’accordoil, moyennant qu’on peust trouver le moyen, l’heure et le temps d’acomplir le service qu'ils prétendoient recepvoir l’un de l'aultre, et, en attendant l'heure et le jour opportuns, emporta tousjours viande. Depuis ceste response, monsieur le routisseur se pourmena souvent par la rue où demouroit laditte dame, pour espier le moyen d’avoir entrée en son logis, et passionné d'amoür au possible, tant de fois passoit et repassoit pardevant l’huys que rien plus. Laditte dame et son mary, s’apercevant de cela , se gaudissoient du pauvre routisseur qui avoit tant de mal. Pour auquel bailler meilleur contentement d’espérance, icelle dame , par le congé de son mary, l’appella et le fît entrer en son logis, où il fut bien receu par ledit mary, qui lui portoit aultant bon visage que sa femme; et, pour le mieux gratiflier, le firent boire et manger avec eux. De quoy moult se contenta ledit routisseur, qui pensoit, par ce moyen, estre venu au-dessus de son espérance.

Après avoir beu et mangé, il se retira bien joyeux d’avoir eu entrée en la maison, du gré et sceu du mary, et pour ne demourer ingrat envers eux, les pria tous deux d’aller soupper en son logis, ou bien, s’ilz ne vouloient y aller, de permettre qu’il apportast pain, vin et viande de la meilleure et plus friande qu’il eust, en leur maison pour eux soupper tous ensemble; ce qui luy fut permis, la dame, du congé de son mary, luy faisant tousjours bonne et fine mine. Le souppé faict et le routisseur retiré, laditte dame et son mary advisërent le moyen de bailler congé audit routisseiu', et conclurent ensemble que, le dimanche prochain ensuivant, il falloit quelle luy donnast assignation d'aller coucher avec elle en sa maison , en laquelle ne

1576. seroit pour ceste nuict son mary, qui seroit allé aux champ, et d’ap porter viande pour les soupper eux deux, après quoy ilz se coucheroient et passeroient la nuict ensemble, et que si lost qu’ilx auroient souppé et de bonne heure, elle le prcssast de se coucher, et qu'après qu'il seroit couché, elle, en se déshabillant, donnast ung signe au lieu qu'ilz arrestèrent ensemble, pour entrer en la maison avant qu'elle se couchast. La conclusion prinse et arrestée entre le mary et cesle dame, elle, le dimanche au matin, alla à la routisserie marchander ung bon chappon pour disner son mary, qui, après vêpres, voiiloit partir de la ville pour aller au giste à Donneinarie, à cause du marché qu'on y tient le lendemain. Le routisseur, entendant que ledit mary iroit cedit jour audit Donnemarie, et qu'il ne couchoroit chez luy, requisl sa dame d'accomplir et consommer l'amour parfaict qu'ilz disoient pourter l'ung à l'aultre. Laquelle, avec toutes excu.ses, l'aisoit bonne mine pour luy faire trouver meilleur avant que de luv accorder. Aux instantes requestes, prières et offres duquel à la fin .s'accorda, et luy bailla l'heure pour se trouver en sa maison, sur le.s six à sept heures du soir, à laquelle heure se trouveroit la table appareillée de nappe et serviettes, de pain et de vin, et, pour le regard de la viande, qu'il en portast de telle qu'il la voiddroit manger, et qu'après soupper ilz passeroient la nuict ensemble. Auxquelles promesses s'arresta mondit routisseur, et, pour disner laditte dame et .son maiy, luy donna ung bon chappon tout rousti pour néant et sans payer. 11 en appareilla ung aultre avec une douzaine d'allouettes, pour le soupper d’elle et de luy, selon la conclusion entre eux prinse.

Sur les cinq heiu'cs du soir, le mary de la dame se cacha en la maison d'un sien voisin auquel il discourut l'affaire, en se donnant garde de la venue dudit routisseur, qui ne feit faultc à sa promesse, et qui, chargé d’un chappon et d'allouettes, entra au logis de sa dame, où il fut d’elle receu fort amiablement. La table bien arrangée de beau linge blanc, avec le feu bien entretenu de bois, les huys bien refermez après luy, ne restoit qu’à laver la main et se mettre à table; et de ce faire le requist laditte dame. Luy, au contraire, n’eu.st volu

sitosl entrer à table, et eust bien volu accomplir raniour qui le con- (luisoit à sa dame pim tost que le soupper, et pour ce la requist et pria de luy donner quelque contentement de son amour avant tpi' entrer à table, ce quelle luy refma avec les excuses les plus lio-

nestes qu'elle put, le remestant après le soupper

sitost qu’il vouldroit. Quoy voyant, ledit roulisseur feit son soupper assez court

Le soupper légèrement faict, par le congé de sa dauie, en se chauffant se déshabilla, et s’alla mettre entre deux draps dedans le lict, tout en chemise. La dame, de sa part, en se chauffant se déshabilloit et faisoit mine de se vouloir coucher auprès de luy. Et avant que de ce faire, alla visiter les huys de sa maison, pour sçavoir s’ilz estoient bien fermez, ainsi qu’elle disoit; mais, au contraire de les fermer, les ouvrit pour faire entrer son mary. Celui-ci, qui estoit aux escoutes avec ses voisins, auxquels il avoit discouru l’alfaire, sçaehant les huys estre ouvers, au signe donné entre sa femme et luy, entra en sa maison avec sesdis voisins, et trouvèrent mon routisseur couché dedans le lict, bien penaidt du traict que luy avoit baillé ceste dame, qui avoit mangé son rost et ses chappons à si bon marché. Le mary menace de vouloir tout tuer en son logis, et veult commencer au roulisseur qu'il trouve couché en sa place, et par après faict semblant d’en vouloir à sa femme; en même temps il se faisoit tenir par ses voisins qui estoient présens et qui aydoient à saidver le pauvre routisseur, en luy baillant ses babillemens, mais non sa bourse; lequel, à l’ayde desdis voisins, ayant gagné l’huis, se saulva sans redemander les reliez de son soupper, ni les plats qu’il avoit porté. Qiiand il fut hors et quand les huys furent fermez après luy, ledit mary, sa femme et ses voisins, en se mocquant du pauvre routisseur, souppèrent fort bien des reliez de la viande qu’il avoit laissée, et furent fort ayses de luy avoir faict peur sans aultre mal. Au lendemain, le routisseur, ayant despit d’avoir donné tant de bonne viande à laditte dame à si bon marché , et de son argent qu’on

I lO.

1576. luy avoit prins en se mocquant de luy, forma une plainte à justice contre icelle dame et son mary, et requist qu’ilz Rissent condamnez à luy payer sa viande et à luy restituer son argent, qu’il disoit luy avoir esté par euï voilé en leur maison, estant allé demander le payement de saditte viande. Contre lequel se deifendirent ledit homme et sa femme, disans ne liiy debvoir aulcune chose, ni luy avoir pris ne robbé bourse, ni argent, comme il disoit, mais au contraire l’accusèrent du déshonneur et scandalle qu’il leur avoit pensé faire. Le tout entendu par les gens de justice, furent le routisseur, l'homme et la femme envoyés en prison, où ilz furent une sepmaine toute entière à refroidir leur chaude; et, après avoir esté rançonnez et pillez en la façon que justiciers sçavent faire, furent laschez et mis hors sans principal ni despens les ung;s envers les aultres. Et fut ce discours faict au moys de febvrier de ceste présente année.

Aventure arrivée i deux jacobins, que des arquebusiers, mangeant à la taverne do l’Aventure, découvrent dans la chambre de l'hôtesse. Le guet est appelé; on arrête un des jacobins. Un procès s'ensuit au parlement; l'hôte et l’hôtesse sont condamnés à l'amende et aux dépens.

Les gentilshommes riches de la Brie se donnent les uns aux autres des banquets très-somptueux. D y eut tel banquet qui coûta mille livres tournois. — Rareté des poires; à cause de la gelée, elles se vendirent jusqu'à 6 livres tournois Je cent.

Es premiers jours du moys de mars, les vens reprindrent leur cours à venter si fort et si rudement qu'on avoit peine à cheminer, lesquels , quand ilz empongnoient ung personage, le faisoient recuUer, mal gré qu’il en eust, la part qu’ilz le contreignoient d'aller. Ung barbier de Nogent, en s’en retournant audit Nogent, estant sur la chaulcée assez près du port, fut prins par le vent et jetté en la rivière où fut nayé.

Le printemps de ceste année fut en son commencement assez froict , mais au moys d’apvril s’adonna à grande chaleur, de laquelle s’engendrèrent nuées avec des tonnères et de la gresle qui, toutefois, ne fit grand mai , sinon qu'elle refroidit le temps , en telle sorte qu’on sem-

DE CLAUDE IIATON.

bloit quasi rentrer en yver sur la fin du moys; de ce proceddèrent, 1576. par aulcunes matinées, des gelées blanches et noires très froides, qui commencèrent le ao* jour d’apvril , jour du grand vendredi, et continuèrent jusques au 8‘ jour du mois de may ensuivant. Les bourgeons des vignes et des seigles, qui estoient en fleur pour la pluspart, au pays de Champaigne et vallée de Seine, furent quasi tous gelés et gastés, la nuict d’entre le i" et le 2' jour dudit moys de may. Les vignes de Provins et d’une lieue des environs furent en plusieui'.s endroiclz toutes perdues; en d’aultres, en eschappa environ une quatriesme partie'. Les vignes de Villcnauxe, de Mons-le-Potier, la Saulsotte, Chalaustre-la-Grand, des parroisses de Mériet, de Meel, d’Ermez, de Goix, de Savins, Songnolles et tout le Montois, ne furent gastées que pour les deux tiers; dont advint que le vin de Villcnauxe, qui , avant laditte gelée , ne valloit que 1 5 1. t., dès le lendemain monta à 3o; celuy de Provins et des environs, qui ne valloit que 9 liv. au plus cher, monta à 20 et 2 4. Les navettes n’eurent poinct de mal, combien quelles sortissent hors de la fleur. Les noyers furent peu endommagés. Les fleurs des pommiers furent quasi entièrement gastées, et feut peu de pommes. Il fut ung peu de poires; de cerises et de prunes davantage , car les fleurs ne furent gastées qu’à la moitié. Où les seigles furent fort gastez et en plusieurs endroietz du tout perdus, fut au pays de Champaigne, depuis la vallée de Ponssur-Seine jusques à Chastillon-sur-Seine , de part et d’aidtre de la rivière de Seine, et sur la rivière d’Aulbe, en tirant en Lorraine et à Chaslons en Champaigne; on les faucha avec la faux nue pour avoir le fourrage. Depuis Pons, en tirant à Bray et Montereau, les seigles ne furent si endomagez, car au temps des moissons, le cent de gerbes faisoit 6 et 8 biebetz ès baultz champs; et mesmement au pays de Brie, ilz se sentoient bien de laditte gelée, mais ne furent gastez qu’environ ung quart. Les froidures qu’il feit, depuis ledit 20* d’apvril jusques pssé le 8* de may, furent cause que les fromens ne multi-

' Sur rette gelée, voyez le Journal de M. Rivot, t. VI, p. 334, à li bibliolbèque

Cl- Jooberl cité d*iu le> manjucrit' de de la ville de Proviiu.

1576. plièrent quasi qu'à la moitié, et si se trouvèrent bruynez en plusieurs endroictz; les grains renchérirent d'ung tiers, et craignoit-on bien de retourner en une cherté telle que celle de l’an iSya et i573, mais Dieu y pourveut. Le froment ne passa guères plus de 1 5 s. et les aultres grains se vendirent au pris le pris. Et fut la moisson fort retardée et la vendange aussi, à cause desdittes gelées, qui, par aulciins des jours susdits d’apvril et may, estoient à glace ès bas lieux.

I.e tonnerre tombe, le l6 avril, sur la tour de l'ègiise Saint-Quiriacc de Provins, et y cause un dommage évalué à plus de 4o livres.

Après que les gelées susdites furent passées , le temps se porta assez bien et fut assez constant justjues au 37° jour de julliet, feste de madame S^-Anne, au soir, auquel jour s'esrneut en l’air une tempeste de tonnerre et de vent si gros qu’il sembloit que la terre scroit iiayée d’eau; toutesfois ne pleut beaucoup en ce pays. Le tonnerre tomba sur le clocher de l’église M. S'-Ayoul, sans y faire domage, .sinon d’enlever hors de leur place deux statues de lyons accroupies, en plomb, qui estoient attachées au pinacle.

L n gnidon de gens de guerre est arrêté par ordre de M. de Potières à la 'Chapelle-Véronge, où il demeurait, condamné à mort pour méfaits commis dans le.s guerres pnkrédentes, et pendu à Provins, le 38 juillet. — Le même jour, un voleur est fouetté et battu de verges.

Depuis la feste S'*-Anne et le tonnerre susdict, le temps retourna à chaleur assez grande et y continua jusques au 3' jour d’aoust, que, entre les trois et quatre heures aptrès midi, feit une nuée et tonnerre fort grands, puis une gresle grosse comme œufz de poulie, qui commença ungpeu au delà de Lescbelle, en tirant à Villenauxe. Le reste des grains qui estoient aux champs où laditte gresle tomba furent entièrement perdus. Les vignes de Mons-le-Potier et Villenauxe , esquelles y avoit espérance pour recueillir vin, nonobstant la gelée dessusditte, furent achevées de perdre. Les habitans de Villenauxe pensoient esire à la fin de leur vie, tant la tempeste fut horrible sur

leur ville. La g;resle tombant sur les maisons rompoil la thuiile et 1576. le.s premiers tariez des greniers. Le tonnerre tomba dessus l’église de Donnemarie, le peuple estant à vespre, alla esgratigner le crucifix, et frappa plusieurs personnes. A Prouvins et ès environs, ne cheut que de l'eau en grande habondancc.

Grand jubilé octroyé par le pape Grégoire XIII. — Lettres d'indiction et publication de ce jubilé, i i avril 1 576, — Mandement de Mathieu de Chalemaison, vicaire général de Sens, k ce sujet. — Grand zèle et vive dévotion des gens de la ville de Provins et des campagnes environnantes; les villageois se rendent aux églises en nombreuses processions. Le vicaire général de Sens change , sur la demande des fidèles, deux stations indiquées à la maladrerie de Crolebarbe et à rHôtcl-Dieu. D'autres modifications sont faites aux stations, dans l'intérêt des vieillards et des serviteurs; elles sont commuées en œuvres charitables pour les malades et les prisonniers.

Dés le 3' jour du mois d’octobre, le temps se meist à la gelée et froidure seiche jusques au 6* jour, auquel tomba de la neige sur la terre l’cspesseur de deux doietz et fut deux jours sans fondre; et dura ceste froidure dix jours passez. 4es arbres et vignes furent, dès le I 2* jour dudit moys, tous despouillez de leurs feuilles; au I 6' jour, le temps se modéra et retourna au doux temps.

Renouvellement de la défense faite par le mi d'aller boire jour ou nuit dans les tavernes — Au mois d'octobre, le capitaine de la compagnie du duc Casimir, qui, suivant le dernier traité, devait être entretenue aux frais du mi, s'étant fait donner une commission pour mettre sa troupe en garnison à Provins, veut entrer dans cette ville. On lui répond en exhibant les lettres d'exemption obtenues de Henri m et du duc d'Alençon , et il est obligé de se retirer, tout en faisant force menaces.

Le 8* jour de novembre, le temps s’adonna à la froidure plus que devant et avec gelée et neiges; les gelées durèrent jusques au 20' jour dudit moys et furent belles et seiches, depuis que la neige

' Voyez l'édit sur les hélelleries, ta- de mars >577. (Isambert, flacoaildes a/ivernes cl cabarets, donné i Blois au mois ciaiites toii fiançaûes, t. XIV, p. 3io.)

}&7(>. lut fondue, ce qui arriva au bout de trois jours, et doubtoit-on fort que les bicdz ne fussent gelez en terre; toutesfois, grâces à Dieu, n'y en eut ung seul grain de gelé ni gasté. Ceux qui n’estoient pas levez levèrent tout incontinent après le desgel et se portèrent au mieux du monde. Tout le reste de l’hyver fut plus doux que froict, dont advint bonne année ensuyvant.

M‘irl de frère Jean Vigeron, prieur de Sainl-Gond-lez-Sézanne, vers la Saint- Martin d’hiver. — Le roi lève un impôt sur le cierge; les archevêchés, les évé rhés, les églises cathédrales, collégiales et abbatiales, les cures ayant un revenu de plus de trois mille livres .sont soumis à rel impôt, et aliènent leurs renies et héritages.

ArPtL FAIT ACX PROVINCES DE FRANCE EN FAVEUR DE LA LIGUE. MAUVAIS SUCCÈS

QU’IL OBTIENT \ PROVINS. PRISE DE LA CHARITE PAR LES PROTESTANTS. EDIT.S

RENDUS CONTRE LES DÉSORDRES DES GENS DE GUERRE. PRISE DE LA CHARITÉ F.T

D'ISSOIRE PAR LE DOC D’ALENÇON. COUP DE MAIN DES PROTESTANTS SUR LE MONT

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