‹ Mémoires de Claude HatonChapitre 17 sur 77 · POLONAIS À HENRI III. COMÈTE. ACHÈVEMENT DES ORGUES DE PROVINS · texte numérisé non relu

POLONAIS À HENRI III. COMÈTE. ACHÈVEMENT DES ORGUES DE PROVINS

Il y a ici une lacune; elle se prolonge jusqu'à l’endroit où f auteur parle du refus fait par les députés des trois états assemblés à Blois d'adhérer à la ligue, sous le préteste d’absence de pouvoirs spéciaux.

Au refus des députes et sur leur excuse qu’ilz disoient n’avoir procuration ni ch<Ti|;e de ce faire des conununaultcz de leurs balliages, S. M. envoya par les provinces des commissaires chargés de rassembler les trois estatz en chascun bailliage, de leur présenter ladite ligue et de les exorter à la prendre, pour le proCFit du royaume et de chascune province *. Pour la province et gouvernement de Champagne et Brie

‘ Voyei ; Association faite par les trois états en Languedoc pour la conservation de la religion cathoUgae (Bil)l. itnp. ancien fonds fr. vo). 8823, p. 54); Association des trois états du Sivenmis {ihid. vol.^8866. p. 44); CoUection des tnonumenls da tiers * état, Amiens, L 11, p. 869; Forme d'association faicte entre les princes, seigneurs, gentilshommes et autres, (ont de lestât ecclésiastiegae, de la noblesse, gaedu tiers estât, subjeetz el habiUtns de nostre bonne ville de

Paris et fauxboargs (Cicelle. 1577, 12 jan* vier(BibL imp. S‘-Geriu. HarUy, n* 335); Mémorial perpétuel d'Euslacke Ptcdmonl, (Bibl. imp. supp). français, n* 4864. I- 1. p. 1 14), où Ton voit quo les paysans du Languedoc acceptèrent la ligue comme un moyen de ne plus payer de tailles; La Popelinière, Histoire de France, l. Il , f* 319- 3ao; — d'Aubigné, Histoire universelle, t. II, I. III, p. 3:i3 et suiv. Mémoim de AVren, l. I, et Appendice.

1577. fut envoyé ung jeune gentilhomme de la maison de M. le duc frère du roy, nommé M. de Rosne', gendre de M. d’Estoge, soy disant gouverneur de Bric en l’absence de M. de Guise, qui apporta ladictc ligue à Provins au moys de febvrier de cesle présente année , sans en faire déclaration, mais donna chaîne aux juges royaux d'envoyer adjourt ner les curez, gentilshommes et marguilliers des parroisses du bail-

liage et ressort de Provins, avec les abbez, prieurs et chapitres d’iceluy bailliage et ressort, à comparoir audit Provins le p' jour de mars, pour ouyr et entendre le mandement du roy sur le faict de ladictc ligue. Auquel jour se trouva ledit sieur de Rosne avec les gens de sa suitte, l'ung desquclz estoit M. le baron de Senecé’, gendre de feu M. de Beauvais, celui qui avoit faict la harangue pour la noblesse aux estatz devant le roy et l’assemblée. Avec ledit sieur estoit encore M. le bally d'Esparnay, homme vieil, rassis et bien parlant, lequel, le i" jour de mars, en l’absence dudit seigneur de Rosne, prononça r dedans l’hostel de la ville de Provins la charge et commission qu'il de Rosne avoit touchant ladite ligue, les poinetz de laquelle furent Icuz tous l’ung après l’aultre audit lieu , présens les habitans et gens d’église dudit Provins, lesquels il exorta d’y meurement adviser pour la prendre et en faire response pertinente au lendemain audit seigneur de Rosne, qui seroit en présence audit Provins pour la recepvoir. Ce faict, en laissa une coppie aux gens d’église et une aux gouverneurs, procureur et escbevins de laditte ville, qu'ilz payèrent audit bally ou à son homme, puis se retira en son logis. Les gens d'église, ayant leur coppie, s’allèrent assembler au chapitre des Cordeliers pour en adviser, et les gens de la ville demeurèrent à l’hostel commung, qu’on appelle l’hostel de la ville.

Les articles de ladite ligue contenoient deux feuilles de papier es-

* ’ Chrétien de Savign)'» sieur de Rosne * de Jacques d’Anglure» vicomte d'EsUuge.

en Barrois , chambellan du duc d'Alençon . ’ Claude de Bcauffremont, lieutenant

qu*il suivit aux Pays-Bas, fut créé, par général de Boulogne, chevalier de Tordre

Mayenne, maréchal de France, s'unit du roi, mort dans son château de Scnccé

aux Espagnols et périt devant HulU, en en à Tiigc de cinquante ans

inqG. Il avait épousé Antoinette, lillc

cripl, bien couchez et en beau langage, la teneur dcsquelz je n’ai peu retenir entièrement de mot à mot, combien que je fus celuy qui en feit la lecture à celuy qui les coppia à la haste f>our les envoyer au chapitre de Sens, pour avoir l'advis de messieurs d’iceluy si on la prendroit ou non, et pour ce faire y fut envoyé M* André Truffé, prévost de N.-D.-du-Val. M' Anthoine Guiot, chanoine de S‘-Quiriace, natif de la parroisse d'Ermés, fut envoyé- è Meaux, pour sçavoir de messieurs du chapitre s’ib avoient receu ladite ligue , comment et à quelles conditions (car ledit seigneur de Rosne avoit jé esté audit Meaux, pour ladite ligue, avant que aller à Provins); lequel Guiot ne passa la ville de Coulommicrs, parce qu’il eut là à la rencontre le curé dudit lieu, qui avoit comparu audit Meaux et sceu tout ce qui en avoit esté faict. Ladite ligue se commençoit par telz motz :

• Au nom de la très saincte et individuc Trinité de paradis, du Père, du Filz et du benoist S'-Esperit, amen.

• Nous Henry, par la grâce de Dieu, roy de France et de Pouilongne , à tous nos vrayz subjeetz fidelles et catholicques du royaume de France et terres de nostre obéissance, salut. Comme ainsi soit, à nostre grand regret, que les guerres civilles et intestines ayent par l’injure des temps prins pied en cestuy nostre royaume de France, souz les feuz roys noz Irez chers et bien aymez frères les roys Françoys second et Charles IX*, et iceluy royaume presque entièrement ruyné soubz couleur et prétexte de la religion prétendue réformée, comme chascun sçait et en peult porter tesmoignage, par les partialités d’aulcuns du royaume, faictes tant en iceluy que par les praticques et intelligences qu’ilz ont eues avec les seigneurs estrangers, allemans et aultres hors de ce royaume; au moyen de quoy nostre estât et républicque françoise atuoit esté si souvent troublée par les guerres par tant de fois recommencées depuis quinze ans en çà, mesmement en l’année dernière, esquelles années, tout ordre pollitic et divin eust esté renversé, si Dieu, par sa grâce, n’y cust empesché et nous cust baillé moyen d’y remédier par une paix faicte en ladicte année passée, par laquelle il fut dici que, pour le recouvrement de l’entière

1577. paix et repos public d’un chascun de noz subjectz, seroient a.sseroblez les trois estatz de ce royaume en nostre bonne ville de Blois, où nous sommes à présent assemblez, et est libre à ung chascun dudit i-oyaume de se trouver pour dire librement ce que bon luy semble touchant les abuz et mauvais gouvernement de tous les estatz de ce royaume, voyTe jusques à nostre personne et aultres de nostre sang, poiir, après lesquels ouys et entendus, estre réformez en meilleur ordre, affiii de restablir ce royaume en sa première splendeur et di* gnité, pour par la grâce et gloire de Dieu obtenir une paix ferme et ])crdurable à tousjours, mettant fin aux inimiliez particulières ou généralles, qui sont et ont esté les principaux moyens d’entretenir lesdites guerres ju.sques à présent. Mais, proh dolor! nous voyons que ceux qui ont le plus importuné et demandé l’assemblée desditz estatz sont ceux mesmes qui s’en retirent le plus loing, montrant par cela et par les protestations rpi'ilz ont faictes qu'ils ne sont saoulz ni rassasiez du sang de France respandu ès années précédentes par les guerres, mais sont encorcs tout prestz de continuer leurs rébellions soubz ce manteau de religion; pour au desseing et entreprinses desquels remédier à l’advenir. Dieu aydant, avons, à l’as.semblée desditz e.statz où nous soiiinies à présent, faict la croisée et ligue saincte, les princes catholicques les ungs avec les aultres, par laquelle avons tous juré sur le saint Evangile de ne jamais cesser, à peine de noz vies et jusques â la dernière goutte de nostre sang. Dieu nous en faisant la grâce, que n’ayons exterminé tous perturbateurs du repos public, la faulcc religion, protecteurs d’icelle et aultres rebelles à la coronne de France. Eaïquoy nous exortons et prions tous les estatz de France et pays de nostre obéissance, de toutes qualitcz qu’ilz soyent, de se liguer et croiser avec nous et d’employet voluntiers tous les moyens que Dieu leur donne pour une chose si saincte, salutaire et nécessaire à l’honneur de Dieu , la vraye religion et salftt de la patrie.

Articles que le roi demande aux gens des trois états de jurer'.

‘ Claude llalon ne donne que le résumé des arlicicii ecs articles |viraissenl être

DK CLAUDE HATON.

• Nous exorlons et prions tous bons catboiicques et aultres vraiz Françoys nos subjectz de prendre ladite ligue pour le bien et utililf?! (lu royaume et pour le recouvrement de la paix en iceluy, estimant ceux qui la prendront nos bons et loyaux subjetz, et au contraire ceux qui refuseront à la prendre et qui ne vouldront employer corps, vye et biens pour la deffence de la vraye religion, église catholicque et romaine, deffence de la coronne aux Vallols et de la patrie, les déclarons rebelles, criminateurs de lèze-majesté divine et bumalne et proditeurs de leur patrie. »

Tous les articles ci-dessus escrips est le sommaire du contenu de ladite ligue, laquelle, en tout ni en partie, ne fut receue ni jurée à Provins par les trois estaU du balliage qui y furent tous assemblez le 2' jour de mars, qui estolt jour de samedy; et n’en volut manger ung estât non plus que l’aultre. Les nobles gentilshommes dudit balliage et ressourt, qui en grand nombre se trouvèrent, n’en volurent rien signer ni amender, non plus que les gens d'église 'et le tiers estât. Tous les abbez, prieurs, curez et chapitres dudit bailliage et ressourt ne se peurent accorder pour entrer en ladite ligue, encores moings le corps de la ville et tous les marguilUers des parroisses, qui estoient la tiers estât.

Aulcuns ecclésiastiques, zélateurs du repos public et de la manutention de la vraye religion, estolent d’avis de prendre ladite ligue, et offroient tous les moyens que Dieu leur avolt donné pour une chose si saincte, affm de recouvrer la paix au royaume et en l’église. Le.s aultres, qui désiroient la paix comme eux, moyennant qu’il ne leur en

ceu\ de lâ ligae de Champagne, qui ont élé publiés dans les Mémoires <le iNcvoi^ t. 1, p. Il y a dans le texte imprimé, comme dans le manuscrit, un article contenant, de la part des associés, des engagements formels d'argent pour le soutien de la ligue; mais dans le manuscrit la nature de CCS engageuicnts est spécifiée pour le clergé, la noblesse et le tiers étal; la

noblesse s'oblige à porter les armes et à s'équipera ses frais; le clergé cl le tiers étal k fournir une certaine somme d'argent et à équiper un certain nombre de gens de guerre. — L'approbation donnée par Henri 111 aux articles de la ligue est datée de Blois, Il décembre 1576- Cette pièce existe a la Bibliothèque impériale, ancien fonds français, n" 88a6, fol. 161 r’.

1577. coustast rien, diflerèrenl, de la prendre, et allégoient pour leurs raisons les grandes charges et insupportables que le roy avoit jà mises sur l’église, et que ceste ditte ligue tendoit à une autre chaîne grande, laquelle accordée ne pourroit prendre fin, non plus que les décime.s que le roy dicl luy avoir esté accordés par don gratuit.

Âultant en estoient en dilTiculté les nobles et le tiers-estat; cliascun estât trouvoit à redire sur les articles qui le touchoient , et avoit peur que l'aultrc ne les accordast, car il eust fallu faccorder luyniesme, ou du moingsy eust eu confusion. Et parce que lesdiu trois estatz estoient séparez fung des aullres, ne savoient quelle conclusion cbascun devoit prendre. Les gens d’église estoient au couvent des Cordeliers, les gentilshommes au Grand-Mouton, le tiers-estat à l'hostel de la ville, pour prendre advis de ce qu’ilz debvoient respondre. Les gentilshommes envoyoient vers les ecclésiastiques et le tiers-estat, pour sçavoir de leur délibération; les ecclésiastiques renvoyoient aux nobles et tiers-estat, et le tiers-estat envoyoit vers les iings et les aultres; et après plusieurs allées et venues, iceulx estatz déléguèrent hommes cbascun de leur part pour faire leur response et pourter la piarolle de leur résolution audit seigneur de Rosne, qui les pressoit de respondre, les exortant tousjours de prendra laditte ligue, comme avoient faict ceux de Meaux et de Sézanne, où jà avoit esté avant que venir audit Provins (ce qui estoit faux, pour le regard (lavoir pris la ligue).

La resjxinse que feirent les déléguez audit sieur de Rosne fut que laditte ligue estoit une chose novelle, de laquelle on n’avoit jamais usé en France ni ouy parler en la forme qu’elle contenoit; que les députez dudit baUiage estoient cncores à Blois et ne sçavoit-on s'ilz avoient accepté ou refusé laditte ligue, attendu qu’elle avoit esté inventée auxditz estatz de Blois; pour le regard des ecclésiasticqucs, bien si^avoient (pie leurs députez du clergé de France avoient, aux estatz de Blois où ils estoient encores de présent, accordés au roy de France la somme de quatre millions pour fournir aux frais de la guerre qu’il falloit faire contre les huguenotz et héréticques pour la

DK CLAUDE HATON.

(IcfTense de i' église et de la coronne; qu'il n’estoit besoing de jurer ni |5 faire serment de garder la vraye religion et l’église romaine, attendu qu’en ce pays n’y avoit d’aultre exercice que d’icelle et que nulx ou bien peu vivoient au contraire; qu’il n’estoit besoing de s’obliger par les signatures desdits trois estatz de bailler argent au roy ni à aultres ses gouverneurs, veu que jamais en ce pays on n’a faict refus de luy en bailler; et quant au reste, que les trois estatz dudit balliage et ressort de Provins ont tousjours esté et seront [Dieu aydant), comme ilz sont de présent, les très obéissans du roy; mais que de signer à présent laditte ligue ne peuvent, pour ce qu’ilz s’y trouvent surprins, ne sçaehant comment en ont faict les aultres villes et balliages de France, et nommément la ville de Paris, qui est la ville capilalle du royaume et la mère nourrice des roys, à laquelle ils prétendent se conformer.

A laquelle response se courrousa fort ledit sieur de Rosne, s’attaquant aux ungs et aux aultres desditz trois estatz, et nommément contre les ecclésiasticques et tiers estât, usant contre eux de grandes menaces plus qu’aux nobles, car laditte response n’esloit à son gré ni selon son intention. 11 pensoit que, laditte ligue sortant effect, la levée des deniers arx;ordez en icelle eust passé par ses mains pour en disposer à son prouffit, car il se promettoit d’estre gouverneur, pour le roy et M. le duc frère de sa majesté, audit Provins et bailliage d’iceluy, et de ceste qualité jà se vantoit, s’intitulant gouverneur du pays de Brie en l’absence de M. de Guise; il pensoit davantage que, pour ce que la ville de Provins estoit de l’appanage de M. le duc, duquel il se vantoit estre maistre d’hostel, elle n’eust osé refuser de prendre laditte ligue, et jà parloit d’une grande audace, plus que n’eust faict la majesté royalle si elle eust este présente. Qui fut trouvé chose maulvaisc par ung chascun et principallement par ceux qui le cognoissoient estre petit gentilhomme et le gendre de M. d’Estoge, et qui avoit suyvi les rebelles contre lesquelz on faisoit laditte ligue.

Il ne fut honteux de faire dire par ses gens aux gouverneurs de la

riTV. ville de Provins qu’ilz luy feissent présent de deux pièces d’argenterie, conmie de deux platz ou deux belles eguières d’argent; ausquelz fut répondu qu’audit Provins n’y avoit orfèvre qui eust vaillant ledit présent; mais, au Heu de l’argenterie qu’il demandoit, ladiltc ville luy présenta six harquebuses belles et de grand pris, et si feust et son train delfrayé aux despens de la ville.

La response faicte ainsi que dessus, et quand un cbascun se fut retiré, ledit seigneur de Rosne, pour passer sa collcre, en menaçant les liabitans, s’alla esbatre en la religion des dames cordelières, qui sont hors la ville, où fut suivi de ses gens et de aulcuns des plus beaux de la ville; au retour duquel, en se promenant par les prez, estant près la Porte-Ncufve, ne volut cheminer plus oultre pour rentrer par la porte, ains passa par dessus les murailles, qui estoient en cest endroict assez basses et près du fond du fossé, par irrision et morquerie; et feirent le semblable tous ses gens qui le suy voient. Qui luy feut ung grand déshonneur, veu la qualité de laquelle il se nommoit, et en fut blasmé en tous lieux, car c’est ung crime de lèze- majesté ou de république de passer par dessus la closture d'une ville soit bien ou mal fermée. Et feit-on ung commung vulgaire que la ville de Provins estoit toute nayée et perdue, parce que le Rosne, ayant inondé tout le pays depuis Lyon, estoit venu passer paj* dessus les murailles de Provins.

I.a ville de la Cliarité-sur-Loirc, que le duc d’Alençon s'elait réservée comme place de sûreté, par la paix de 1676, avec Monlereau et Château-Tbierry, et dans laquelle il avait mis garnison , est prise par un capitaine protestant. ICIle devient une retraite pour les rebelles; de là ils font des courses au loin cl jusqu’aux environs de Troyes, emmenant prisonniers et rançonnant les voyageurs qu’ils rencontrent sur les chemins.

Et ung jour, entre les aultres, prindrenl ung riche président de Troyes, qu’ils cnmenèrent, et duquel ilz eurent grands deniers pour sa rançon, qui fut taxée par eux à 5, 000 liv. t. Les premiers qu’ilz tuèrent sur les chemins à l’entour de ladite ville furent les vivan-

«liers el pourvoieurs du roy et de nions, le duc, qu’ili prindrent fai- IS??. sans leur amploite de vivres pour pourter à Blois, où estoient la court et les estatz. Les passans, marchans et roulliers furent contrainctz de prendre le chemin de Dijon , Troyes et Provins pour aller de Lyon à Paris et de Paris à Lyon, pour éviter le plus grand danger dcsditz huguenotz voleurs, encores que leur droict chemin feust à passer par la Charité. Tous soldatz et hommes d’effect passans par la Charité y e.stoient retenus par les rebelles, pour deffendre avec eux ladite ville , qu'ilz feirent réparer et fortifier à merveilles.

Le roy et mons. le duc, deuement advertis de la rébellion de ladite ville, envoyèrent ung messager au capitaine d’iccUc, luy dire qu’il la mist en liberté et qu’il chassast hors ceux qui s’y estoient retirez, luy promettant et à eux grâce et pardon. Ce qu'il ne volut faire, et dist pour response audit messager qu’il deist au roy et â mons. le duc que, puisqu'ilz n’avoicnt plus de foy aux huguenotz, qu’ils n’avoient plus de charité*. Le roy et Monsieur, ayaiis ouy ceste response, veirent bien qu’il falloit relever les armes pour eux deffendre contre les rebelles; et pour ce despeschèrent commissions de lever gens d'armes, pionniers et chevaux d'artillerie. Et commencèrent tahourins à sonner pour amasser gens de toutes pars. Aux halliages de Meaux, Chasteau-Thierry et Sens, le roy envoya commission de lever pionniers, et aux halliages et élections de Provins et Melun, de lever ' des chevaux d’artillerie avec des charrettes. Et fut envoyée la commission de ce faire à Provins les derniers jours de febvrier, et en fallut enhamacher et fournir cinquante avec vingt-cinq charrettes, et les livrer en la ville de Montargis, où s’assembloit le camp pour aller à la Charité, et partirent lesdis chevaux de Provins le 7* jour de mars.

Les chevaux furent longtemps audit Montargis à attendre que la gendarmerie feust levée, qui ne se hastoit que le plus lentement qu’ils povoient, volant emphr leur bourse chez le bon homme avant

' Jacques Moroges, sieur des Landes, la Nocle, le jeune, et les aieurs de Valenbourgeois de la Charité, commandait dan« ville, de Villaneve el de la Rainville celle ville avec Philippe Lafin Salignj de

I&77. qu’aller au camp, et s'abandonnant à piller et rançonner plus que devant. Qui fut cause d’y mettre ordre et réglement, furent MM. les prcsidcns et conseillers de Paris, à la plainte et clameur de leurs fermiers des villages d'alentour de la ville, qui avoient habandonnd leurs mai.sons pour ne savoir fournir aux rançons à quoy ils estoient taxez. Information fut faicte par les prévostz des mareschaux de Paris, à la diligence de messieurs de la court de parlement; après quoy, ayans avec eux les sergens de la ville, allèrent prendre prisonniers les capitaines et ce qn’ilz purent de soldatz, qui furent jusques au nombre de cinquante et plus amenez à ladite court, et pendus et estranglez en plusieurs lieux dudit Paris, sur la Cn du moys de mars.

Messieurs de la court de parlement donnèrent advertissement au roy, qui cstoit encores à Blois, du désordre desdis gens de guerre; lequel fuit ung édict par lequel il delfcndoit aux capitaines et gens de guerre de ne piller, rançonner ni enmener les bestes des laboureurs, sous peine d'estre pendus et estranglez, et de ne séjourner plus d’une nuict en ung logis; il leur ordonnoit de vivre sur le laboureur de gré à gré et de faire six lieues par jour jusqu’à ce qu’ilz fussent au camp, commandant aux prévostz des mareschaux, lieutenans de courte robbe et leurs archers de suyvre lesditz gens de guerre, poiu" recevoir les plaintes contre ceux qui feroient le contraire dudit édict. Cet édict, ■qui fut publié à Provins au commencement du moys d'apvril, donna, avec l'exécution faicte à Paris, quelque craincte aux capitaines et gens de guerre, qui ne rançonnèrent et ne pillèrent en ce pays icy tant qu’ilz auparavant avoient faict, excepté aulcuns voleurs, qui alloient par grosses bandes et qui, soubz le nom de la guerre, s’estoient mis aux champs sans commission, du moins valable. Et si ne laschèrent les prévostz des mareschaux ni aultres d’en prendre ung seul, s’excusant qu’ilz estoient en si grand nombre qu’ilz ne les eussent osé assaillir. De quoy furent portées novelles plainctes au roy, lequel feit ung aultre édict, par lequel il permeinst à toutes personnes des villes et villages de s'assembler au son de la cloche et toxin et de se jetter sur lesditz vollcurs, lequel édict publié ne sortit

plus d’eflfect que le premier, car en ce pays n’en fui lue ni prins ung 1577. seul.

Tant les gens de guerre que lesditz volleiirs, après les susdiu , édietz, trouvèrent ung moyen honeste pour avoir de l’argent de leurs hostes, sans occasion de se plaindre, qui fut tel qu’ilz ne volurent plus les contraindre d’avoir beaucoup de vivres, comme au précédent, mais parlèrent plus doulcement, en disant telles parolles au bon bonirae, • L’boste, accommodons-nous; » ce qui valloit aultant à dire comme : • L’iioste, je veux de l’argent. ■ Ce que le bon homme ne povolt entendre du premier coup, parquoy fut nécessaire ausditz guerroyeurs de l’interpréter et faire entendre pleinement, ainsi qu’il s’ensuit : • L’hoste, j’ai le moyen de te chasser aux vivres et de te traiter rudement, en faisant grosse chère en ta maison; mais j'ayme mieux avoir ton amitié et me passer de viande et vivre à telle vie que toy , moyennant que tu me baille quelque pièce d’argent pour une partie de ce que je te pourrois despendre, que de te traiter rudement. • El sur ces conditions se faisoit la composition de la rançon qu’il falloit payer comptant. Aulcuns, ayans receu leur argent, tenoient promesse à l’hoste, les aultres non.

On meint bien six sepmaines à amasser le camp à Montargis, parce que les compagnies ne vouloient cheminer jusejues à ce qu’elles eussent faict bourse; lequel assemblé s’achemina droict è la Charité, excepté les volleurs, qui le costoyoient de loing en loing, et arriva devant la ville environ la my-apvril. Auprès de laquelle trouvèrent ung assez fort chasteau plein de huguenotz rebelles, qui ne volurent quitter la place et se laissèrent prendre par assault; dont mal leur en print, car ilz furent tous taillez en pièces. Qui ne fut sans grande perte et domage du camp et de la vie de plusieurs hommes pionniers, qui furent estuuffez dedans la mine qu’il fallut faire pour prendre ledit chasteau ; et y hirent quasi tous mors ceux de l’élection de Sens.

Mons. le duc frère du roy avoit envoyé mons. de Guise au camp de la Qiarité, comme son lieutenant et du roy, lequel, après la

1 lt«

1577. prinsc du chastcau, feit assiéger la ville et la battre avec l'artillerie par iing jour, combien que aulcun.s ont dit qu’elle ne fut battue que ^ douze heures de baterie royale; et y fut faicte bresebe si grande ès iiuirailles qu'elle estoit plus que suflisante pour aller à l'assault; mais, la nuict intervenue, fut incontinent rcmparce en tout ou partie. Il y avoit au camp du roy ung capitaine ytalien nommé Martinengue, homme qui avoit fort bien .servy le roy en tous les troubles précédens, et encores faisoit ung grandissime debvoir d’ordonner tout ce qui estoit nécessaire pour la prinse de ladite ville, chose qui desplaisoit moult à ccui de dedans, qui l’injurioicnt à haultc voix, l’appelant tout en .sa présence bougeron italien; au mépris et déshonneur duquel jettèrent une chèvre, qu’on appelle une bicque, par dessus les murailles, en disant qu’ilz luy bailloicnt ladite bicque pour luy servir à bougeronner à son plaisir, l’appellant de plus en plus bougeron italien. Desquelles injures et aultres s’anima ledit capitaine, de telle sorte qu'il jura ne jamais partir de devant ladite ville qu’il ne l’eust faict rendre au roy, s’il plaisoit à mons. le duc et à mons. de Guise de le laisser faire avec le camp. Mais il oublia le bon mot à dire, qui estoit : Si Dieu plaist. Car peu de temps après, ceux de dedans, ayant bracqué ung faulconneau, tirèrent à luy, qui le rompit en pièces (19 avril 1677), et morut avant que veoir ce qu’il avoit promis.

En l’ung des clochers de la ville qui estoit plus haidt que tous les aultres, y avoit ung homme au guet que le camp du roy ne povoit apercevoir, lecpiel donnoit advertissement à ceux de dedans de tout ce qui se faisoit audit camp pour l’assiégemcnt et baterie de la ville , qui leur estoit ung grand avantage et domage pour le camp, et se tenoient ceux de laditte ville moult fors dudit guet. Quand la baterie fut cessée, pour monstrer qu’ilz de la ville ne s’atonnoient de la bresche faicte, feirent aller de.ssus une damoyselle bien habillée ou img homme habillé en damoyselle , pour en se mocquant semondre le camp à l’assault. Et s’y montra par plusieurs fois ave injures grandes, suyvant la coustume de guerre. Laquelle ne peut jamais estre frappée, encore que plusieurs harquebusiers tiras.sent tous ensemble à elle

aultant de fois qu’elle se présenta, qui faisoit bien despiter nostre camp.

Cependant que tel deflîement se faisoit par ladite damoyseile , qnelques-ungs de nostre camp aperceurent le guet de la ville qui estoit dedans le clocher susdit et que cedit clocher descouvroit de tous pare <lu camp. Pour y remédier, une pièce d’artillerie fut bracquée droict audit clocher, qui du premier coup le renversa par terre avec le guet. Or estoit l’intention de nostre camp, avant qu’aller à l’assault, de rompre et mettre en pièces toutes les maisons de la ville à coups de canon ; mais ceux de dedans n’atendirent que ce feust faict. Car, tout à l'instant qu’ilz veirent ledit clocher à bas et leur guet tué, les plus maulvais commencèrent à trembler de peur et demandèrent de parlementer pour se rendre, et ne renvoyèrent plus leur damoyseile sur la hresche pour inviter avec injures le camp d’aller à l'assault.

Le capitaine qui estoit dans ladite ville demanda de parler à nions, le duc, auquel il se volut rendre et non à aultre, ce qui luy fut accordé; car ledit seigneur duc estoit naguères arrivé audit camp, qui écousta ledit capitaine. Lequel en ses excuses dist audit seigneur qu’il luy vouloit rendre sa ville de la Charité en sa propre personne, pour le .serment cpi’il luy avoil faict de la luy garder et de ne la rendre à aultre qu’à luy ou à celuy que ledit seigneur luy nommeroit, qui estoit la cause principalle pourquoy il s’estoit fortifié en icelle et y avoit retiré gens, et que pour maintenant luy en voiüoit faire la délivrance à ceste condition que ledit seigneur luy pardonneroit et aux siens et aussi aux habitans de ladite ville, et qu’il laisseroit sortir luy et ses gens les armes au poing et l’enseigne desployée , pour aller la part que bon leur scmbleroit. Ce qui ne luy lut du tout accordé; mais ledit seigneur luy accorda qu’il et les siens ayans la vie saulve sortiroient de la ville les armes bas, leurs enseignes ployées, qui au sortir .seroient bruslées devant eux; qu’ils feroient serment de ne jamais p>orter les armes contre le roy, et qu’ilz se rctireroient en leurs maisons; et, pour le regard des habitans , qu’ilz payeroient certaine somme de deniers pour les frais du camp du roy. Ce qui fut par les ungs et les

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1577. aultres accordé; et fui en ceste manière rendue ladite ville audit .seigneur duc pour le roy, le i" jour du moys de may.

11 capitaine et ses soldatz ne retournèrent tous en leurs maisons. Car les gens de la compagnie du seigneur Martinengue , qui avoit esté tué devant la ville, courroucez de la mort de leur rnaistre et de n’avoir esté à l'assault pour pilier, se retirèrent aux escars par où ilz se doubtoient que lesdiu capitaine et soldatz dévalisez debvoient passer; lesquels se ruèrent sus pour les saccager et piller, de la main desquels peu resebappèrent. Les aultres s'allèrent rendre dedans la ville d’Yssoire en Auvergne, qui s'estoit rebellée contre le roy.

Après la prise de la Cbarité, le duc d'Alençon .sc rend à la cour, envoie son armée en Auvergne sous le duc de Guise , et la rejoint devant Issoire. Cette ville , après une vigoureuse résistance, est forcée de capituler; les assiégés sont massa créa par les soldats furieux ou pendus par l'onire du duc d'Alençon

De laquelle exécution fut fort loué ce jeune prince, pour estre le commencement de ses faietz d’armes, lequel estoit si animé contre les rebelles huguenotz que rien plus, combien qu’il s’en feust servi, à son grand regret, en l’année précédente, aux troubles qu’il eut contre le roy son frère.

M. de Mayenue, à la téle d'une nombreuse armée, cherclie à s'emparer des Iles de Drouage, de Chàtellerault et de Saiut-Jcan d'.Angély ; il empêche le ravitail Irment de la Rochelle, en coulant has des navires anglais qui y apportaient des vivres; mais il ne peut parvenir à s'emparer de la ville. — I.e mart'chal de Villars eonduit des troupes sur les confins de la Navarre, de peur que le roi de Navarr*' ne se porte au secours des autres provinces attaquées. — Deux corps de troupes, commandés par les seigneurs de la Valette et de Villejoyeuse, combattent pour

' Pour la prise de la Charité et d'Usoire. voyei Diicoan du siège de la tille d'Issotre (en Auvergne), par M. le duc d’ Anjou, et la prise d'icelle. 1577. in-8*; — Récit, en latin, de la prise d'Issoire, au

mois de juin i577, avec des oorrectioii.' de la main de ilnlman (Bibl. imp. fonds Baluie. 0*8476, fol. 179 r’); — et de Thou, Histoire universelle, t. V, I. L.Xlll.

le roi en Languedoc. — Le maréchal Oanville rompt avec tes alliés, passe dans 1577 le parti de la cour, et tourne scs anncs contre Montpellier, Nimes, etc. qu'il n'avait pu entraîner dans sa défection. — Jean Follet, fils d'un menuisier de Provins, qui s'était distingué comme chef de l'artillerie, avait obtenu la confiance du maréchal Danville , et avait suivi cet homme de guerre dans sa révolte contre' le roi, refiist! de se rallier avec lui à la cour et reste uni aux rebelles. Il est pris et pendu. Il se faisait appeler M. de la Madeleine. Aventures de Jean Follet, de sa femme et de sa maîtresse.

Le duc d'.Xnjou, après la prise d'ls.soirc, va trouver le roi à Poitiers. — Le siège de la Rochelle est poussé avec vigueur. Les protestants, à bout de ressources, songent à la paix et ont recours aux amis qu'ils avaient près de Henri III, et surtout à la reine mère, occupée depuis longtemps à brouiller les cartes pour entretenir .sa grandeur. M. de Montpensicr et .M. de Biron travaillent avec elle à la paix. — Pour y décider le roi et empêcher la prise de la Rochelle, en occupant les troupes ailleurs , les protestants tentent un coup de main sur le mont Saint- Michel *.

La résolution prinse, environ vingt-cinq des plus foulz d’entre eux s’acoustrèrent en bonnes gens de villages, vestus de sagueraux de toille, de treslis, de mesebant drap, soubz Icsquelz acoustremens avoient dagues et pistolles si proprement serrez qu'on ne les povoit veoir. Et la vueille ou jour de la Magdeleine, entrèrent dedans ladite ville, avec d’aultres pellerins, à la conduitte d’une guide du pays; car il est nécessaire à ceux qui ne sont de ladite ville ou des villages du rivage de la mer de prendre des guides , pour éviter les fossés qui sont dans le sable , et aussi pour ce que l’eau de la mer passe deux fois en vingt-quatre heures par là. Estans lesditz pèlerins entrez dedans la ville sur les neuf heures du matin, feirent la meilleure mine du monde, et, contrefaisans les bons catkolicques , avant que d’entrer ès tavernes, ilz voulurent premièrement servir Dieu et les sainclz dans l’église, en laquelle il fault monter plus de cent vingt marche.^ avant qu’estre dedans, car elle est située en ung hault lieu sur les murailles de la ville. Et estans là, ilz requirent ung moyne dudit lieu

' La printe du moni S-Michel, surpris de Vilcl (inipr. avec lea poésies du même

par les ennemis et recouvré par Us seigneurs aulcur, in-8*).

de Viquessoas Henry I U, poème ^ par Jean

1 577. (car audit S'-Michcl est ung monastère de moynes noirs} de dire messe pour eux, ce <ju’il leur accorda. Hz acheplèrent des chandelles, qu’ilz allumèrent, et les tenans allumez, cstans à genoux , escoutans la messe , feirent en tout bonne mine jusques à l’oflertoire, que le prebstre se retourna devers eux pour leur présenter la patène pour faire leur olferande. Ce qu’ilz feirent, mais d’une estrange dévotion; car le premier qui s’approcbea pour baiser la paix, feit oCferande à Dieu et audit prebstre d'ung coup de pistolle au travers du corps, qui le feit renverser par terre. Les aultres pour la pluspart luy feirent pareille oflérande, en se saisissaut de laditte église et monastère, qui est la principallc forteresse de la ville.

Il V avoit quelques aultres pèlerins dedans f église, qui, voyans ce meurtre si insigne, sortirent hors d’icelle et descendirent dedans la ville crier le murtre et faire assavoir ce qui estoit advenu. Au rapport desquels fut en toute vitesse fermée la seule porte qu’il a en la ville, qui fut ime grande sagesse; car la procession des buguenotz de fentreprinsc estoit jà au milieu de la mer pour aller après, qui furent bien esbabis, quand ilz trouvèrent ladite porte fermée, et encores plus les pèlerins susdits leurs compaignons qui estoient en ladite église.

Iceux buguenotz estoient accoustrez ainsi qu’il le falloit pour gens qui vont en procession. Ilz avoient croix, bannières et cierge bénist; nulcuus estoient habillez en prebstres, de robbes et surplis; le reste accoustrez en bonnes gens de villages, portans une partie babitz de femmes. Lesquels, se voyans descouvertz, rebrous.sèrent chemin d'une plus grand vitesse qu'ilz n' estoient venus.

La ville fut en armes tout à l’instant, et en monta une partie près de l'église et du monastère, mais n’y purent entrer; car lesditz pèlerins s’en estoient saisis et tenoient fort dedans , en attendant leur proces- •sion, qu'ilz apereeurent s’en retourner. L’autre partie s’en alla sur les murailles et à la porte pour garder la ville, en laquelle n’y a moyen d’entrer, sinon par laditte porte, car les murailles sont de quarante piedz de hault pour le moings, ainsi qu’il me semble poiu les avoir

veues. Ilï de la ville mcircnt quelques gens dehors pour pourter les novcllcs au gouverneur du pays, qui csloit M. de Mastignon. I^ecpiel, avec forces on suflisance, alla recognoistre les pèlerins, qui estoient prins comme ratz à la ratière, et qui, estans contrainetz, se rendirent à composition, qui fut qu’on les metlroit hors de la ville sans aulcun mai. Ce qui fut faict, car aultrement ne les eust-on scen avoir de longtemps, car ils estoient assez fortz pour tenir la ville en subjection, estant ledit monastère bien garni de vivres et d’artillerie, et si est léans ung puis ou fontaine d'eaue douice qui fournist à toute la ville.

Or fut conclud par le.sdilz gouverneurs et habitons qu’on les inettroit dehors suyvant la composition, mais que, sitost qu'ilz seroient hors de la porte, l’on courroit après eux pour les ramener prisonniers. El pour empescher qu'ilz n'cschapassent , furent envoyez gens sur le rivage de la mer; ilz furent tous reprins, ramenez dans la ville, emprisonnez et condempnez, les ungs à avoir les testes couppées, les aultres à estre décartelez ou penduz. Les testes dos principaux, avec la main de ccluy qui tira le premier coup de pistolle sur le prebstre, demom-èrent sur les mmailles de la ville.

Tout le reste de l’esté, les habitans de laditte ville ne volurenl laisser entrer les pèlerins; ains dressèrent ung autel conti'e les murailles, sur lequel meirent une ymage de S'-Michel, où lesditz pèlerins faisoient leurs prières et offerandes, qui estoit asse»près de la porte , à la voue de la garde, qui fut bien vigilante le reste de fannée, de peur d’estre surprins.

Catherine de Médicis s'eflbrcc de déterminer le roi à la paix. — Des levées de troupes laites en Allemagne sont annoncées par les uns comme devant servir la cause des protestants de France, par les autres comme destinées au roi d'Espagne et il la guerre de Flandre. On dit aussi que l’empereur se dispose à reprendre Metz. La cour envoie au mois de juillet le duc de Guise avec une armée aux frontières lorraines, pour empêcher rentrée des .Allemands en France. Des troupes .sont détachées dans ce but des armées de Poitou, d'Auvergne et de Languedoc, pour se réunir à Vitry. Des compagnies venues d’Auvergne arrivent d'abord en

1 577. Brie et se logent entre .Sens et la Seine. Quatre régiments passent ensuite la .Seine à Nojen et s'aiTélcnt pendant deux jours dans les paroissas de Mériol, Mccl-sur- .Seine, Ermez, Gouaix, Challemaison, les Orme.s, .Saint-Sauveur et .Moiiv-lez- Bray. Ceux qui étaient logés à Coutures, paroisse de.s Ormes, y causent de grands dégâts, quoique la porte leur en ait été ouverte de bon gré et qu'ils y aient été lerus sans résistance; ils brûlent et renversent les murailles du bourg, rompent les ponts et les portes, rançonnent, pillent et battent les habitants, qui se voient l'nrcés d'abandon uer leurs maisons.

Le voyage de Lorraine lut bientôt rompu. Lesditz quatre régiiiiens Furent, au partir des parroisses susdittes, mandez pour aller a la Rochelle eu diligence, et furent jusques auprès d'Orléans, où trouvèrent les compagnies qu'on avoil tirées du camp de la Rochelle, qui estoient en chemin pour monter en Lorraine; tous ensemble ilz allèrent droict à Chaslons et repassèrent par ce pays depuis Montcreau , en tirant à .Sens et à la Ferlé-Gaucher. Les villages (|ui avoienl esté gardez par les gentilshommes eurent à ce coup leur assault desdis gens d’armes; car ilz ne trouvoient plus que manger, ne rançonner ès aultres où ilz avoient tousjoitrs logé depuis dix ans; et Dieu sçait s'ilz estoient hienayses à manger leur saoul de poulies et de chapponsl Les villageois Furent contrainetz d'babandonner leurs maisons et laisser les huis ouvers.

Hz gens de guerre, eslaiis de retour en ce pays, y séjournèrent quinze jours, au grand domage des pauvres villages, pour attendre nions, de Guise, qui estoit le parrain de l'cnFant de mons. le baron de Senecé, gendre de M®' de Beauvais, la femme duquel* estoit accouchée au chasteau d’Amillis-lez-Colomiers, en Brie. Lequel petit enfant, tout innocent qu’il e.stoit, fut du peuple mauldit, ainsi (|ue .ses parons. Duquel si sa mère eust avorté, comme les pauvres gen.s désespérez le désimient, en eust esté mieux aux villages de dix lieues à l’entour d’ung million de livres tournois. Et fut faict le baptesme le jour de la feste mons. S‘-Bartholôniy ; lequel estant faict, après la collation, ledit sieur de Guise remonta à cheval et courut la poste Mnri« de Brichanteau. lillc de Nicolas, sieur de Beauvais-Naiigis.

pour s’en retourner au gistc à Paris, où il feit charger plusieurs haniois 1Î577. Pt charrettes de lances et toute aultre sorte d’armes, qu’il feit au lendemain partir et aller à Chaslons et à V itry, où se dehvoit assembler le camp. Aussi dcslogèrcnt de ce pays au lendemain du baptesmc lesditz gens de guerre pour aller audit Chaslons. Jamais ledit petit enfant n’aura tant de bons jours, quand il vivroit cent ans, qu’il a eu de mauldissons du peuple, qui est ung assez maulvais présage, car quelquefois la voix du peuple est la voix de Dieu.

Au moys de juillet, le rov envoya à Provins ung mandement pour faire marcher l’arrière-ban des pays de Champagne et Brie, Bourgongne et Picc.ardic. Et pour amasser celuy du bailliage de Provins, mons. de Potières, haillif dudit lieu, se trouva le ao* dudit movs audit Provins, où il avoit faict convocquer par adjournement les gentilshommes; mais bien peu partirent, s’ilz n'estoient des ordonnances du roy. L’ung estoit trop vieil, l’aultre estoit malade, ung aultre boiteux. De sorte que, quand le roy demande ledit airière-ban, qui est le. service des gentilhommes de son royaume, ilz sont quasi tous en une nuict viez, malades et boyteux, et ont les médecins et notaires assez de besongnes pour faire atestations du mal qui leur est si soudain advenu, et ayment mieux contribuer argent que d'aller faire le service qu’ilz sont tenus è cause de leurs privilèges de noblesse que jadis leurs prédécesseurs leur ont acquise par leurs vertus et beaux faiz d'armes. A laditte assemblée fut aussi advisé entre eux où ilz prendroient argent pour rembourser nions, de Sigy, qui par eux avoit esté envoyé aux estatz de Blois l’an dernier passé.

L'armèc de Cbàlons manquant de vin, les vivandiers vont en chercher jnsqu'à Provins, Savins et Donnemarie, ce qui, de i8 ou ao liv. la queue, le fait hausser à 36 ou 4o liv. — Publication de la paix. Le camp de Chàlons est dissous.

Guerre civile dans les Pa)S-Bas. Commencée sous le gouvernement de Mar gucrite de Parme , elle continua après la retraite de celte princesse. ElTorts de

• don Juan d’Autriche contre l’insurrection, soutenue par le prince d'Orange L

' Voy. r^uinenU concernant les Pays-Bas, Je fS77 à fôSà, publiés par P. Kerwin de VVnlkaprsbekc ei J. Diegerick { 1847» 3 vol. in-8^).

900 Mt'MOIRES

1577. M- dp Palaiseau, capitaine de cinquante hommes d'armes, presque tous de la Brie, et parmi lesquels se trouvent MM. de I,a Courrouge, d’Ablcnajf, de Jaillard, de Toursoye, de Chaml'ay, des Es.sarts, va joindre avec sa compagnie l'armée campée devant ta Rochelle. Au bourg de Saint-Cibardeau. la troupe, qui s'y reposait, est attaquée et mise en déroute par les coureurs de Saint-Jeand’Angely; le capitaine, M. de Chamfay, et une quinzaine d'autres sont tués.

Kdit de pacification donné à Poitiers au mois de septembre iSyy, enregistré au parlement et publié à Paris le 8 octobre*.

Le roy et le.s princes calliolicqties liguez par les Eslatz tle Blois n’ont eu grand honneur de cette paix, veu le peu de force qu’avoieni les htiguenoU, lesquelz n’avoient peu trouver aulcun secours des estràngers en reste reprinse dernière, sinon tpielque peu d’.Anglois qu’on leur avoit rompus et ntynez sur la mer auprès de la Rochelle; et n’avoient depuis dix ans esté plus foibles lesdilz huguenotz qu’à présent, tant en hommes qu’en vivres, lesquelz vivres partoitt leur defl'ailloient, qui estoit le singulier moyen de les faire rendre a la mercy dit roy, s’il n’eust accordé laditte paix, par laquelle la saincte ligue fut rompue, ainsi qu’il est porté par le cinquante-sixième article, on il est dict : Et .seront toutes ligues, associations, etc.

Si le roy et les princes catholicques eussent laissé en paix losditz hugnenotz ou se fussent accordé avec les princes rebelles du premier coup, après qu’il/, eurent mis en avant leur protestation contre l'article des Estalz tenus à Blois, le royaume ettst gangné beaucoup, car ceste reprinse des armes a cattsé ung grand dornage an pays de France, et nommément aux villages, les habitans desquelz furent contraincU babandonner leurs maisons et se retirer ès villes et chasteaux de delfense , pour l’insolence et les vollcrics des gens de guerre. Qui vouldra bien regarder les articles de ceste présente paix trouvera <|ue ce sont les mesmes pour la pluspart de celle de l'année i SyG; partant, il eii.st esté aussi bon de la tenir que d’avoir rencoinmencé , pour n’y faire que ce qu’on y a faicl. Mais il fault remettre cela à la juste permission de Dieu, qui n’e.st encores contons du peuple de France, qui ne ^

* Rfcuetl dt4 traités de pmx, t. Il, p. 38o, cl Isamberl, t XfV, p. 33o.

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