‹ Mémoires de Claude HatonChapitre 23 sur 77 · MP'MOIRES · texte numérisé non relu

MP'MOIRES

1579, quitter la ville, ils parlèrent aux (gouverneurs et les engagèient à embrasser leur cause, qui devait être celle de la France, et à résister comme eux aux exigences rmancières de la couronne. — Les gabelles avaient occasionné beaucoup de pillages et donné lieu à de graves abus. Henri 111 oblige les individus auxquels les nouvelles gabelles avaient été concédées, à rendre compte. Des commissaire.s sont chargés d’examiner les comptes de Jean de Vauhardy, fermier de la gabelle du sel, qui avait vendu les olbces de regratier; il est trouvé avoir gagné plus de quatre millions de livres, et contraint à restituer les sommes qu'il s’était indûment appropriées, sauf ce qu’il avait avancé, et a,ooo I. qu’on lui assigna pour ses vacations. Les regratiers, contrôleurs et autres olliciers du sel revivent aussi ordre de rendre compte. — Les élus sont ta.xés à une somme payée comptant, leurs gages sont haussés; ils sont érigés en conseillers, pour juger avec leur président les causes de leur compétence, et chargés de recevoir les comptes des fabriques et confréries. — Le parlement de Paris, appelé par le roi à délibérer sur les cahiers arrêtés aux états généraux de Blois, travaille à préparer une ordonnance réglementaire. — Henri III congédie une partie de ses gardes. Français et Suisses, dont les gages et la nourriture coûtaient fort cher, et qui opprimaient les gens des villages aux environs des logis du roi. On leur remet quelque argent, avec oidre aux Français de retourner paisiblement dans leurs maisons en vivant sur les chemins de leurs propres deniers, et avec permission aux Suisses de s’en aller par troupes pour éviter d’être dévalisés. Il passa à Provins, en huit jours, plus de cinq cents de ces Suisses. — Efforts de la reine mère pour maintenir en paix les protestants, qui parlaient de relever les annes. L’assemblée des états protestants, réunie à Moutauban', décide que l'on conservera les places de sûreté qui, d’après le dernier édit de pacification*, devaient être remises au roi. Henri TU ayant n'-clamé l’exécution des articles convenus, les Bourbons s’excusent sur leur impuissance personnelle et se plaignent il leur tour de certaines infractions au traité commises envers les protestants. Conférences à Lisle-en-Jourdain, puis à Nérac, entre la reine mère, le roi de Navarre et les députés de la religion réformée. Il s’ensuit une convention signée à Nérac, le dernier jour de février iSyg , et ratifiée par Henri III le lé mars de la même année, par laquelle les protestants s’engagent à rendre les villes en litige, et obtiennent des avantages quant à la liberté du culte et à l’établissement des chambres mi-parties

' J’ai transporté ici l'analyse d'un long * Le traité de Bergerac fut signé le passage qui se rapporte aux années ifiyS 17 septembre ifiyy. et ifiyg, et que l'auteur a placé sous l'an- ’ Articles conclus à Nérac (Ifecmil <Ui

née i58o. traités Jt paix , t. Il, p. éog.) — Les lettres

— Édit par lequel défense est faite de chasser à tontes antres personnes qn'anx 1 579. gentilshommes, et à ceux-ci de chasser au chien couchant — Le meunier de la Pirouellc est tué entre Provins et Augcrs du i8 au ao janvier; le meurtrier, homme sans aucune ressource, n’est pas recherché.

Il n’y a en ce monde pour le présent gens plus heureux que les ineschans qui o'onl rien ; les gens de justice ne veullent mettre la main à eux, si ce n'est à requcste de partie, pour avoir de l'argent laidement ; et , pour toute excuse , quand on leur parle de pugnir quelque personnage qui n’a rien que son corps, et qui a faict ung murtre ou ung larcin , tout soudain respondcnt : • Ce n'est qu'un cocquin, que luy ferez-vous? > Mais au contraire, si ung homme d’hotineiir qui aye tant soit peu de quoy tombe par fragilité ou aultrement à jurer, blasphémer, bailler ung coup ou faire quelque petit cas à aultruy, si tost que mons. le justicier en sera adverty, l'envoyera querrc piedz et mains liez et le claquera eh prison, mettra des commissaires en sar maison, et le traitera -on comme le plus meschani homme du monde.

Au mois de janvier, Claude Pigol, de Seplveilles, est tué et jeté dan.s la rivière par son frère Jean Pigot.

Audit moys de janviei? le a 5' jour, t|ui est la leste de la Conversion de mons. S'-Paul , fut ung grand tremblement de terre ès villes de Chartre, d’Orléans, de Potiers, de Bloys, de Bourdeaux, de Tours et La Haye en Touraine, et spéciidlement en ladite ville de Tours, où il fut plus espouvcntable qu’en nulle auitre des dessus nomméesL Et commença ledit tremblement dès les sept heures du matin et dura quasi tout le jour. Les habitans de Tours furent si grandement espoventez, qu'ilz pensoient estre au finement du inonde; plusieurs femmes

ordonnant au pAriemeot de publier ce»

articlcfl et l'édit de pAcification de 1577 »ont du 3 mat t58o.

' t4 août ibyS. (Fonlanun, tome 11, p. 33o )

* \0ye2. le Journal de Pierre Fayel, publié par M. LuiarchcSt p. i4i au sujet des effets de ce tremblement de terre à Bourges, \foulin.s, etc.

11)79. enfantèrent de peur; plusieurs personnes tombèrent è terre toutes transies, àdemy morte.s, froides comme marbre; des cheminées et vielz édifices tombèrent. Les verrières des églises et maisons gringoloient et sonnoient à merveilles, jusques à tomber par terre en plusieurs endroictz. Le peuple de la ville s’enfuit ès églises pour estre en meilleure sûreté, si luy sembloit, et à haulte voix, avec les ecclésiastiques, crioit à Dieu miséricorde, les prebstres se confessant les ungs aux aultres et par après le peuple à eiu. On voyoit à veue d’œil les plus grands et somptueux bastimens de laditte ville, tant les églises qu’aullres, trembler d’une façon espoventable. Le tremblement cessé, le peuple reprint courage, et d’une dévotion incroiable rendit grâces à Dieu, estans tous en cestc volunté de convertir leur meschante vie en ime meilleure, allin de ne tomber en fyre de Dieu, en laquelle iU pensoient avoir esté avant ledit tremblement. Les ecclésiasticques , les justiciers et tout le peuple résolurent et publièrent la procession généralle de toute la ville se debvoir faire au lendemain, pour remercier Dieu de la miséricorde dont il avoit usé envers eux. Au jour dit, le peuple de toutes qualités, de tous sexes, de tous âges, jiisque.s aux petis enfans, se rassemblèrent cbascun en l’église de leurs parroisses, et par après toutes les églises et parroisses avec les mona.stères s’assemblèrent en la grande égbse moife. S'-Martin , et de là, avec les relicques et ossemens des sainctz , fut faicte la procession hors la ville, en laquelle se trouvèrent plus de trois cens personnes nues de corps, teste, picdz et mains, n’ayant devant elles qu’un simple linceuil ou linge pour couvrir la vergongne de nature ; aulcuns, par pénitence , portoient de grosses barres de fer sur leims espaules, aultres de grosses pièces de bois; les prebstres estoient tous nudz piedz et bien simplement vestuz. Le peuple, au jour du tremblement, s’estoit voué à plusieurs pèlerinages ès lieux sainctz; dès les premiers jours d’après laditte procession, cbascun sc mit en chemin pour aller accomplir lesditz pèlerinages.

Si la terre n’eust tremblé qu’à Tours ou en une seulle aultre ville, il eu.st semblé que le vent eust esté cause dudit tremblement. Car les

DK CLAUDE HATON.

venfi qui sont, ainsi que disent les philosophes, enserrez soubz la terre, sont quelquesfois cause des tremblemens d'icelle, quand, ne povant trouver leurs canaiu ou souspiraux ptour sortir, esbranlent laditte terre qui de soy est creuse et la font trembler, jusques à ce qu’ilz ayent retrouvé leius souspiraux et pertuis. Mais on peult douter que le tremblement dessus dit n’est provenu par les vens, ains par permission de Dieu, pour tirer à pénitence le peuplade France, veu que ledit tremblement a esté tout en ung jour et à mesme heure, en plusieurs villes, distantes de quinze, trente, quarante, soixante et cent cinquante lieues, et qu’audit jour le temps, dès le matin et toute la journée, lut beau, clair et serain, sans faire grans vens, du moings en ce pays.

D'aultant que par tout l’esté de l’an dernier passé les eauesavoient esté fort basses és rivières et principallement en celle de Seine, d'aultant ont-elles esté grandes en ceste année par tout l’hiver et nommément par tout le moys de febvrier, auquel, en plusieurs endroictz, elles passoient pardessus la chaulsée de Nogent. En la ville de Paris, elles estoient jusques à la crois de la Grève, et n’avoient esté plus grandes en laditte rivière de Seine depuis l’an i54d. Laditte eaiie feit beaucoup de domage ès villes él villages qui sont sur le rivage de la Seine et nommément en la ville de Melun, ès caves de laquelle et en plusieurs maisons elle estoit en grande habondance. Laditte eaue passoit pardessus le pont du fauxbourg S'-Liène.

Le reste de l’biver de ceste présente année, depuis le i" jour de janvier jusques au printemps qui se commence au moys de mars, fut as^z doulx de gelée et neiges, mais assez pluvieux, et estoient les pluyes froides et glacialles, dont advint que les seigles de la Cbampaigne et vallée de Seine, des deux costez de la rivière, furent morfondus et devindrent jaulnes, qui les empeschea de trocher et tasser babondamment.

Le printemps en son commencement fut assez beau pour aulcuns jours, et principallement au commencement du moys de mars, esquelz joiu^ il faisoit bon besongner aux champs à toutes besongnes.

et fut tout ledit printemp.s jusques à la niy-may froict et sec, accompagné de grosses gelées noyres, mesmement au raoys d’apvril, qui fui plus froict beaucoup que le moys de mars. Car ledit moys de mars fut par plusieurs jours si cbault et serain que les arbres, comme poiriers, pruniers, abricotiers et pescbers, estoient en fleur dès le ao et aa*^ jour, et sur la fin dudit moys aulcuns pommiers; et pour ce cbascun jugeoit^quc l'année seroit fort bastlve. Mais les gelées qui vindrent les 1 7 et 18' d’apvril, qui estoient jours du grand vendredy et .samedy, refroidirent le temps de telle sorte qu’il ne se peut adoulsir ni remettre au beau et doux qu’il ne fust le moys de may. Ledit 1 7' jour d’apvrU, il gela si fort que l’eaue où le vent ne souflloit pas estoil glacée l’espaisseur de plus qu’un teston; toutesfois laditte gelée ne gasta les vignes qui estoient sorties d’un pouice , et lut le grand vent qu’il faisoit cause de les garder. Mais les gelées blanches, qui vindrent les a3, a 4 et a. V jours dudit moys d’avril , portèrent grand domage aux vignes de Villenauxe et deux lieues à l’entour, de Cbalaustre-la-Grand , de Provins et villages environnans, du Montois, et généralement à plus de quarante lieues à la ronde de Provins, excepté le vignoble de Sens. Et firent icelles gelées tout aulti'emcnt que celles des années passées; car dans les baults lieux où jamais n’avoient lesdittes vignes gelé, elles gelèrent en ceste-cy, et non dans les lieux bas, et fut une grande grâce de Dieu que les vignes ne furent entièrement perdues. Dieu mitigea son courroux, en exbaulsant les prières du peuple, qui faisoit processions par les villes et villages, les ungs nudz piedz, aultres teste et jambes nudz, aultres simplement, babillez, pour cbastiement de leurs pécbez. *

Dans la. nuit du 12 au a3 avril, le peuple de Provins, pour faire cesser la gelée qui menaçait les biens de la terre, va en procession à Notre-Damc-du- Chàtcau et à NotreDamcKles-Champs. Les z3 et la gelée continue. Le là au soir, tombe une nuée abondante d'eau froide; on fait une nouvelle procession aux Jacobins dans la nuit. Le 36, il pleut, grêle et tonne, et le temps redevient cbaud. Toutefois, il gela encore cette nuit-là, et de nouveaux dommages furent causés aux bourgeons des vignes.

Ce fut chose miraculeuse de ce que les vignes reschapèrent sans estre entièrement gastées et perdues, lesquelles jettèrent tant de grappes qu’on en estoit esmerveillé, et n’eust esté possible de sçavoir loger les vins qu’on eust recueilly, si laditte gelée ne fust venue. Les vignes qui furent gelées rejettèrent encores des raisins avec les nouveaux bourgeons.

Ne fault passer soubz silence ce qui fut faict au village de Courions, le dimanche octave de PSsques, par auleuns parroissiens dudit lieu à la personne de leur curé et pour le faict des processions. Faut entendre que, ainsi qu'avons dict ci-dessus, non-seullement les villes estoient dévotes à faire processions, mais aussi les villages, et n’y avoit de bien paresseux que aulcuns ecclésiasticques. Or advint que les parroissiens du bourg de Courions, ccdil jour octave de Pasrpies, requirent leur curé d’aller en procession à l’yssue de vespres en quelque église ou chappelle voisine , pour prier Dieu qu’il gardast les biens de la terre. Ledit curé leur accorda d’aller en procession en certain lieu qu’il leur- nomma, plus près que celuy où ilz avoient dévotion d’aller, et, les vespres dictes, il commença, avec son vicaire et les parroissiens, à faire la procession. Mais, lorsqu’on fut hors du village, les paroissiens tournèrent et prindrcnt le chemin pour aller au lieu où ilz avoient résolu, et non où le curé vouloit. Celui-cy, se voyant desprisé et contcmpné, s’arrcste tout quoy, et commence à quereller à ses paroissiens, disant qu’il ne leur estoit loisible de le mener où bon leur sembleroit, mais qu’au contraire estoit à luy de les mener où il vouldroit. Sur ce, y eut grand altercat et scandalle; ledit curé estoit tout seul de son party, et n’avoit personne ou bien peu qui fussent d’accord en ce avec luy, et après diverses parolles, quelques paroissiens des plus éventez embrassèrent le curé au corps et le jettèrent en la rivière d’Yonne, où il cuyda estre noyé, et l’eust esté, si aultres desditz paroissiens ne l’eussent retiré. Cependant que ce différend se démenoit et qu’on retirait le curé, les aultres paroissiens avec le vicaire allèrent tousjours leur train au lieu où estoit leur délibération d’aller. Le curé, dès au lendemain, alla à Provins pour se

1579. plaindre de l'outrage faict à sa personne, et au jour d’après parut devant MM. le bally et gens du roy, qui tcnoient les assises, et qui ordonnèrent au lieutenant de courte robe de se transporter sur les lieux pour infonuer et amener les coupables prisonniers. Mais cette information resta sans résultats, personne ne voulant déposer au proufiit du curé, qui s’altacqua alors à son vicaire, et le fit citer pardevant inons. l'oflicial de Sens.

Mon subite, les 3 et 5 mars, d'un l>oulanger et d'une autre personne de Provins.— Mort de Nicolas Privé, enquêteur au siège présidial de Provins (5 mars). — M" Nicole Nynost, avocat à Provins, convaincu d'avoir fait une fausse rcdule, est suspendu de sa charge et condamné à l'ainendc, par sentence du présidial, l'onGrmée au parlement de Paris. — François Fayolle. d’Ablenay, convaincu d'avoir excité plusieurs individus à porter de faux témoignages contre un nommé Claude Haton, dit Galoche, est puni par la justice. — Berthollet, d'Hemiez, qui avait tué son oncle, N. Lhuillier, obtient sa grâce et parvient par argent â la faire entériner. — Épidémie de petite-vérole, au commencentent du printemps, sur les enfants et sur les hommes et femmes jusqu'à quarante ans; elle sévit à Provins. Peu de personnes meurent de cette maladie. — Mort du maréchal de Montmorency*. M. de Matignon e.st fait, à sa place, maréchal de France’. M. de Belle, garde, gouverneur du Dauphiné, mécontent de n’avoir pas été nommé maréchal, se met en révolte contre le roi et saisit plusieurs villes; l'alTaire est apaisée par le maréchal de Gondy. — Soulèvement des paysans du Dauphiné contre les gentilshommes, dont la tyrannie leur était devenue insupportable et qu'ils voulaient astreindre à payer, comme eux, les tailles et subsides.

Durant ce temps, le roy enlendoit à ses plai.sirs mondains uii au contentement de certains personnages de sa court qu’on appelloit ses mignons, qu’il voiiloit marier en grandes maisons, et leur faire espouser des filles des plus nobles et des plus riches maisons du royaume. Et le mignon que, entre les aultres, vouloit S. M. eslever et agrandir, estoit ung seigneur qu’on appelloit de S‘-Luc, qui n'estoit que pauvre et simple gentilhomme quand il passa en PoUogne avec

^ Di<couni sur la maittlio et derniem t. IX, p. 3i i.) Frant^ois de Montmorency propos de mens, le maréchal de Montmo- mourut le 6 mai 1 579. rency. curteiMsdif'hist. de France, ’ Le i4}uüiet ihyg.

DE CLAUDE HAÏON.

S. M. Pour lequel enrichir et luy bailler moyen de s'entretenir et estre 157«. digne de la maison où elle le vouloit marier, saditte majesté en personne, le 3* jour du moys d'apvril, se transporta en ung coche avec petit train ès maisons et chasteaux des seigneurs <le Chenoise et du Plaissié aux TomeUes, pour les visiter, où elle fut de chambre en chambre hault et bas, pour veoir s'ils estoient commodes à son gré, pour les achepter pour ledit mignon. Toutesfois, ou qu'ilz ne fussent à son gré ou qu'elle ne peust tomber d'accord, n'en achepta nul des deux, ains, comme depuis l'ai entendu, achepta le cbasteau de Beaulieu, ès environs de Rozay en Brie, qu’elle luy bailla. Qui fut occasion que le roy se transporta à Chenoise pour visiter le cbasteau fut que M. de Strozzi, seigneur dudit lieu, l’avoit exposé en vente, avec la seignorie; il fut vendu à mons. de Gondy, évesque de Paris. **

Audit moys d'apvril , le 8* jour, le temps s’abandonna à la pluye et au vent, qui durèrent vingt-quatre heures, venans du costé d’amont, vers soleil levant, la pluye si froide qu'elle sembloit neige fondue, le vent si impétueux qu'il faisoit trembler les édifices. Et tesmoigne quant à moy qu’environ l’heure de minuict je me réveillai de mon somme, et n’estant plus aulcunement endormy, sentis le b et où j’estois couché, et mon logis, qui estoit bien basty, couvert et entretenu, bransler tout ainsi que font les maisons des villes quand il passe et court sur le pavé ung hamois fort chargé. La pluye fut si fréquente et haboudante qu’elle destrempa et per^-a tout oultre les parois des maisons contre lesquelles elle frappoit, et destrempit la terre desdittes parois aussi molle qu'elle estoit le jour quelle fut destrempée par les torcheurs pour la mettre en besongne. Les eaues lurent si grandes par les champs, qu’il ne fut possible vingt-quatre heures durant de cheminer par les vallées sans le danger de se nayer. Et de faii|||[ en plusieurs lieux y eut gens et bestes nayer. par les champs et ès maisons; et nommément, ès fauxbourgs S'-Marceau de Paris, y eut si grand déluge d'eaue que les maisons et caves en furent toutes remplies jusques au dessus des lietz et tables des chambres basses. 11 y eut plusieurs personnes nayez audit lieu et du bien perdu inesti-

1579. inable. La plus grande perte fut .sur les draps de laine, qui estoient ès maisons des drappiers, foulions et teinturiers, lesquelz furent enmenez à vau-l’eau en la grande rivière. Plusieurs bonnes et fortes maisons furent rompues , aultres entièrement abatues , et fut le déluge tel que ceux qui ne le virent ne l’eus.sent sceu croire. El vint ceste eaUe du costé du cbasteau de Bisexle et des montaignes qui sont ès environs en tirant au Bourg-la-Royne '. Depuis laditte pluye, le temps se tint sans pleuvoir jusques à la (indu moys, qui fut après Pasques, que les gelées desquelles nagtières avons parlé vindrent.

Un homino est pendu, le i mai, à Augers, pour avoir mis le feu à la maison de son voisin. — Des faux monnayeurs, pris à Barbonne, sont condamnés à mort î,Sezanne, puis, en appel au parlement, au fouet et aux galères.

En ceste présente année, le roy, voyant que le don gratuit des décimes que le pape et les ecclésiasticques de France avoient accordé à ses prédécesseurs roys ayeul et père pour certain temps estoit expiré, et que les ecclésiasticques de France tenoient propos de ne le plus vouloir continuer ni payer lesditz décimes, envoya une commission et lettre ptentc à tous les archevesques de .son royaume, par laqcielle il leur mandoit qu’ilz eussent à convocquer les évesques subjeetz à leurs juridictions, pour adviser entre eux à luy continuer lesditz don gratuit et décimes, ensemble à luy donner comptant une somme de trente à quarante millions pour l'aydcr à payer ses debtes et pour desgager le royaume. Ce mandement receu à Sens, M° Claude Amoul, vicaire général, en envoya la coppie aux doyens de la ebrétienté du diocèse, pour assembler tous les curez, affin d’eslire img d’entre eux pour se trouver audit Sens au i g* du moys de may, ayant charge et procuration d’accorder ou refuser au roy ce qu’il demandoit. Et furent les curez du doyenné de Provins assemblez audit Provins le du moys de may en l’église de S‘-Quiriace. Le doyen, M' Claude Mois-

' Le désastre mcrveilleuii et effroyable d'un déluge advenu ès fauxbourgs S*- Marcel lès Paria, le 8* jour d'avril tS79,

avec le nombre des mors et blessés et maisons abatues |>ar ladictc ravine. (.4rcftir«f curie^sde Vhist. de Franee, i. IX, p. 3o3.)

DE CLAUDE HATON. US

sant fut esleu par ladite aasemblée. Au jour assigné, se trouvèrent à 157y, Sens les députés des évescbcz, abbayes, prieurez et églises collégialles, tant du diocèse de Sens que de ceux de Paris, Meaux, Troye, Auxerre, Nevers, Orléans et Chartres, qui s’assemblèrent au palais de mons. l'arcbevesque Nicolas de Pellevé, qui pour lors estoit encores À Rome ambassadeur pour le roy à la court du pape. Auquel palais cbascun esleu montra sa procuration et le pouvoir de ceux qui l’avoicnt envoyé, et le tout mis en conseil, arrestèrent qu’ilz ne povoient en ceste assemblée rien résouldre que pi'emièremont n'eussent eu l’opinion du reste du clergé de France. Or se trouva-il que tous les aultres archeveschez du royaume avoient faict en leurs assemblées pareille résolution, et par ceste raison furent esleift de cbascunc province deux, trois ou quatre hommes des plus notables, pour aller demander au roy, qui pour lors estoit è Paris, congé de s’assembler tous les députez du clergé du royaume ensemble, pour conférer sur le mandement de S. M. avant que de luy faire responsc. Les députez se transportèrent en la ville de Paris dès les derniers jours du moys de may, où ilz furent plus d’ung moys avant qu'ilz eussent response du roy sur leur requeste; par laditte requeste, ilz refusoient de s’assembler en la ville de Paris, requéroicnt S. M. de leur accorder Time des villes qu’ilz luy nommoient, Meaux, Poissi, Chartres, Etampes,

Melun ou Sens, et déclaroient ne vouloir point recevoir aulcuns cardinaux et archevesques , à cause de l’administration qu'ilz avoient eue des deniers levez sur l’égbse au nom de S. M., et dans laquelle ilz avoient commis de graves abuz.

S. M. ayant accordé la ville de Melun, les députés du clergé de France s’assemblèrent en cette ville jusques au nombre de cent personnes'. En laquelle assemblée fut faict recerche du nombre des deniers que les roys de F’rance avoient levés sur les ecclésiaslicques

‘ Voy. sur le> acte» de rassemblée de Melun, coUecl. Dupuy [k la Bibl. imp.). vol. 87, fol. io3 C; collect. Baluae [ibid.], vol. 5675, E. — Voy. auui Édil sur les

plaintes et remontrances de l'assemblée de Melun (février i58o), dans Isambert, Htcaeil du ancùnMi loii fnuKaisu, t. XIV, p. 564

ir>7<t. depuis vingt ans au précédent, qui se trouva inonsler à une somme quasi inestimable. Desquciz deniers les députes requirent S. M. que reccrche en fust faicle sur ceux qui les avoient maniez; et.se trouva que les syndics du clergé avoient abusé de leur charge et povoir au domnge du roy et des ecclésiasticques. Hz se plaignirent Tort de ce que S. M. n’avoit volu permettre que eux-mesmes ou aidcuns d’entre eux par eux esleiiz eussent faict la recepte desditz deniers sans frais. Hz firent entendre qu’ilz sçavoient bien que les deniers comptans que S. M. prétendoit de fever sur eux estoient pour payer une despense trop légèrement par luy faicte et pour les employer à dons immenses à personnes sans mérite, et non au payement de .ses debtes et du royaume. Firent ^esponse, sur l'article que S. M. leur présenta, qui tendoit à ce que les deniers des décimes retenus et prins par les rebelles aux pays de Poitou , Anjou , Provence et Languedoc luy fussent pavés par le reste du clergé pour rembourser certains marefaans de Paris qui les luy avoient advancez, que, si ces deniers estoient empeschez ou retardez, cela ne provenoit de leur faulte, et que les faire payer au reste du clergé seroit leur faire tort, d’aultant que, si S. M. qui avoit la main forte et les armes ne les povoit faire payer, le reste des ecclésiasticques n’avoit aulcun moyen de les recouvrer. Hz députez à ce propos firent recerche des bénéfices auxquels le roy et ses prédécesseurs avoient pourveu de genz qui n’estoient prebstres, d’aultres qui estoient mariez, lesquelz contre tout droict possédoient le patrimoine de l’église et ne vouloient payer aulcun décime ni aultre denier; et en trouvèrent bien le nombre de deux cens, remarquant que le revenu de plusieurs estoit prins et mangé par des femmes, et que des hommes tenoient et mangeoient le revenu des abbayes et prieurez de femmes, lesquelz abbus déclarèrent à S. M. estre intolérables.

Tontes ces remonstrances ci-dessus dittes et plusieurs aultres que je ne puis déduire, pour ne lessçavoir à la vérité, n’estoient ce que demandoit le roy; à l'instance duquel accordèrent une somme de deniers par an estre levée sur tout le clergé, chascun d'eux estant tenu de la part seulement à quoy il seroit taxé selon le département qui en seroit

faict. ^laquelle offre ne les volut reœvoir S. M., ains insista qu'il j57t«. vouloit que tout le clergé s'obligeast à luy payer par cbaciu an ce qu’il leur demandoit, et que tous s'obligeassent l’ung pour l’aultre iii soUdam, et ung seul pour le tout. Les députez refusèrent, toutesfois firent offre que s'il les vouloit recepvoir cbascune province à part, qu’ib. de chacune province s’obügeroient m «o/tdam rungpourl'aultre; et poiu- le regard des arrérages par luy prétendus sur les pays rebelles, qu’ilz deinandoient d’en eslre absoulz, veu que jà l’avoient pyé une fois, comme Hz en Grent foy par les quittances qu’ilz exibèrenl. Ce que S. M. ne leur volut accorder, et refusa le congé qu’ilz demandoient de se retirer, ains les envoya en la ville de Paris , où Hz se transportèrent, après avoir esté à Melun depuis le moys de juin jusques a la my-octobre. Plusieims évesques, nonobstant les deffences de S. \I., s’en allèrent en leurs pays assez mal contens de luy; plusieius atillres députez montrent tant à Melim qu’à Paris de leur mort naturelle , de sorte que de toute l’assemblée n’en demoura pas la moytié audit Paris.

On disoit que le roy les avoit là appelez pour attendre le retour de la royne sa mère, qui debvoit avoir lieu incontinent après la Toussainetz.

La royne estant de retour, furent les conditions et requestes pires que devant, parquoy lesditz députez ne voulant accorder plus onltre<(ue ce qu’ilz avoientjà accordé, se retirèrentà la fin du moys de novembre, sans avoir rien conclu avec S. M. Le roy, fort mal content, les rappela, et feit lever lesditz décimes sur les ecclésiasticques au terme de la S*-Remy. Mais n’y eut guèfes que les petis bénéficiers qui payassent.

L'assemblée du clergé fut présidée par l'arcbevéque de Lyon , Pierre d'Espinace. Le roi fait entrer ce prélat dans son conseil privé. Des processions .sont ordonnées dans les provinces pour invoquer Dieu en faveur de l'assemblée. La procession a lieu à Provins le ta juillet.

En ceste présente année, au moys de juin, fut faict, tenu et célébré le grand chapitre général des Cordeliers de toute la chrestienté au couvent des Cordeliers de la ville de Paris', auquel chapitre assistèrent bien le nombre de douze cens cordebers de toutes les nations.

' Voy. Journal du règne de Henry lU, d. 36.

1579. Ceux d’Orieut, de Sicille, d'itaiic, de PoUongne, d’Avignon, *de Savoye, descendirent par le grand chemin de Lyon à Paris par la Charité et Gien sur Loire; les Hongres, les Bohémiens, les Saxons, les Allemans, les Suisses, prindrent leur chemin par la Picardie; les Bourguignons et Lorrains par Sens, et bien peu passèrent par Provins. Mais au retour, ilz y passèrent à grandes trouppes, les ungs sur chevaux et mullets, les aultres à pied, pendant l'espace de dix jours, au nombre de quasi cinq cens. Ceux qui se trouvoient à Provins à la disnéc se logeoient ès tavernes et n’alloient au couvent; mais ceux qui arrivoient au soir, après avoir mis leurs montures esdittes tavernes, alloicnt coucher et soupper audit couvent. La vigille de la feste Dieu au .soir, s’en trouva audit couvent bien le nombre de cinquante, qui n'en deslogèrent que le jour après disner. Entre lesquclz y estoit le gardien du couvent d'Avignon, qui fit le sermon à l'heure de midi bien doctement du S' Sacrement de l'autel. Ung Piémontois l'avoit faict au matin à la procession des chanoines de N.-D.-du-Val, en l’église des Cordeliers. Hz estoient habillez de gris de diverses couUeurs, et ne s’en trouvoit qui fussent habillez de gris blanc que ceux de la nation françoise.’Ceux de Jérusalem furent logez d'aller et revenir audit Provins, où ilz séjournèrent deux ou trois jours. La pluspart n’avoient poinct de chemises, ains de petites rohhes simples d’estamet gris contre leur chair, qui descendoient jusques au gras de la ratte des jambes, sur lesquelles avoient vestu une longue robbe de drap de la couleur qu’estoit laditte camisolle. Aulcuns estoient liez de grosses cordes, comme de traietz de cherrues, èt n'avoient chaulses que des patins de bois, la semelle desquelz estoit pareillement de bois comme des semelles de sabotz, et qui tenoient à charnières de fer.

Il fallut que le couvent de Paris défraiast toute ceste assemblée durant le temps que dura le chapitre général, ce qu’ilz n’eussent sceu faire sans les atilmosnes des gens de bien de la ville et du royaume; et  ceste fin d’inciter le peuple à aulmosner audit couvent, N. S'-Père le pape ordonna ung pardon de plcnière rémission aux bienfaicteurs dudit couvent.

DE CI-AUDE HATON. 0«5

Texte du pardon. Les cordclicra firent leur procession générale le lendemain de la Pentecôte. Les discussions sur diverses matières de foi s’ouvrirent, à l'Ascension, pour durer jusqu'à la Trinité, et les étrangers trouvèrent pour disputer des gens instruits en leur langage. Chaque Jour le sermon se faisait par les Cordeliers du dehors qui savaient parler français. Un docteur italien prêcha dans sa langue naturelle devant la reine et les Italiens présents à Paris; il y eut aussi des sermons en espagnol et en allemand.

Les Cordeliers des pays estranges admirèrent fort l'éloquence et sçavoir des Françoys, l’ornement des lettres de leurs nations, la décoration de Funiversité de Paris pour 1e regard des collèges, la dévotion du roy, des roynes et des princes qui suivoient S. M., ensemble la piété et religion du peuple de Paris. Le roy visita le couvent des Cordeliers de Paris, où il fit une aumosne digne d’un roy très chrestien , qui fut de cent pièces de vin et de 2,000 escux; oullre ce, il lit appareiller ung disner sumptueux audit couvent pour tous les religieux , lesquelz il fit servir chascun selon leur qualité , et print le plaisir de les visiter de salle en salle où ilz estoient assis, et dev,mt eux se monstra fort favorable. Les grands seigneurs, présidens, conseillers et bourgeois de Paris firent de grans biens audit couvent, et si receurent en leurs maisons plusieurs religieux estrangers, qu’ilz couchèrent et nourrirent à leurs despens. Il fut novelle que une dame de la court du roy avoit aulmosné audit couvent la quantité de cent muidz de blé froment, qui ne fut la royne, encores quelle ne demeura ingratte. Il fut pareillement novelle que ung évesque de France leur avoit aulmosné une somme notable, que je ne puis côtier ni iceluy évesque nommer. De vingt lieues à la ronde y avoit presse par les chemins à aller à Paris pour veoir lesditz Cordeliers et leur chapitre, pareequ’il n’estoit mémoire par les plus anciens ni par les cronicques que jamai.s telle assemblée eust esté faicte à Paris ni en France.

A ce chapitre, le ministre général de ChelTontaines ayant fini son temps, les Cordeliers élurent pour le remplacer un Italien, parent de M. de Nevers, duc de Mantone. M. de ChelTontaines fut nommé par le pape évéque et suffragant de M. de Pellevé, archevêque de Sens, qui était à Rome. Au mois de novembre,

1579. le nouveau «ulTragant dédia à Sens l'église'des Conlcliers, et, au mois de dé cembre, il conféra les ordres. — Le roi, se disant indisposé, ne fait point, comme cela devait avoir lieu, la solennité du Saint-Esprit avec les chevaliers de rordi-e, le jour de la Pentecôte. C’était le jour de la procession des Cordeliers. Quelque temps auparavant, à l'époque de l'institution des chevaliers du .Saint-Esprit, un cordelier avait déclamé en chaire contre cette institution; le roi avait ordonné qu’il fût emprisonné; mais le prédicateur et d'autres qui se trouvaient dans le même cas furent avertis à temps et s’esquivèrent. — Le royaume de Franco est tranquille; cependant il court dans le public dilTérents bruits de guerre. — Continuation de la guerre civile aux Pay.vBas et en Flandre. Les catholiques sont maltraités par les protestants et se vengent à l’occasion. Le pape, afin de faire cesser ces troubles et ces malheurs, ordonne un jubilé dans toute la chrétienté. Texte de la bulle de Gr^oirc XDI pour le jubilé. — .\u mois de juin, dans les environs des villages de Louans, Montaiguillon et la Forestière, plusieurs personnes sont mordues par des animaux enragés.

Une chose émerveiliahle et difficile à croire est que le poisson d'un e.stan, dans leqitel fut jettée une chièvre enragée après qu'elle fut tuée, devint enragé dedans l'eau, et saillissoit en l'air hors de l'eaue, et se jettoit .sur les rivages en terre ferme, en se démenant jusques i la mort, i.e.s premières personnes qui virent ce spectacle, ignorant que c'estoit, prindrent dudit poisson, qu’elles firent cuyre et mangèrent; lesquelles, avant qu’il fust ung moys, devindrent enragées et les fallut tuer et estouffer.

Des bétes féroces et Inconnues se jettent sur les gens dans la campagne et les dévorent.

En la forest de Sordun, le i 5' jour du moys de juin, fut commis ung vol par tpiatre volleurs en la personne de trois marchans de la ville de Troye, cpii estoient en ung coche avec aultresgens, auxquelz fut prins par iceux voleitrs la somme de 8 à 900 escuz d’or au soleil, sans leur faire aultre mal. Et furent iceux marchans poursuivis de.sditi voleurs depuis la ville de Nogent jusques à la queue du petit eslan qui est hors laditte forest du coslé de Provins, où là furent attainetz et ramonez par force dans le hois à couvert pour leur faire vuyder

DE CLAUDE HATÜN. 987

leurs bourses. Et estoit entre les six et sept heures du matin, lit voleurs, ayans receu la somme susditte, ne volurent s'arester à conter ni à regarder si lesdilz escut estoient d'or et de poys, ains fuyrent en diligence et allèrent passer la rivière de Seine à Noyen, pour s’en retourner en leur pays. Hz ne robèrent entièrement losditz marchans, parceqii'ilz ne s’amusèrent i les foullier. Parquoy le.sditz marchans ne laissèrent à faire leur voyage à Paris, et estans à Provins, bien dolens de leur perte , en advertireiit le lieutenant des prévostz des mareschaux, M' Thibault Trumeau, dit le Saalvage, auquel ilz baillèrent enseignes de la forme, grosseur, grandeur et couleur desditz voleurs et de leurs chevaux, pour mieux les recognoistre , s’il des mareschaux vouloit en faire poursiiilte. Ce que voluntiers fit ledit Trumeau, qui à son ayde, oultre ses archers, appella avec soy le lieutenant de courte robbe . . . Parot et ses argolctz. Lesquels, en moings d’une heure après l’advertissement, furent montez à cheval jusques au nombre de huict à dix, qui prindrent le chemin pour visiter la forest de Sordun et les environs. Hz s’informèrent de toutes personnes qu’ilz rencontrèrent si on leur sçauroit donner novelles des quatre voleius, et avant qu’ilz fussent en laditte forest, aux enseignes qu’ilz donnèrent, sceurent qu’ilz voleurs avoient prins le passage de Noyen-sui^Seine, pour tirer en la Champagne du costé de Sens. Qui fut cause qu’ilz des mareschaux prindrent le grand galop audit Noyen, où ilz pensoient trouver lesditz voleurs au dequsner. En passant par les villages d’Ermez et le gué aux Vaches, curent certaines novelles que les hommes et chevaux de la taille et couleur qu’ilz demandoient avoient passé par U et aboient audit Noyen, qui fort les resjouit, espérant les y attrapper. Mais ilz ne purent le faire , pour ce que les voleurs n’y arrestèrent et pour ce qu’ilz des mareschaux chômèrent sur le passage en attendant le passager et son bac. Le passager, par eux interrogé , dist que tout à l’instant il venoit de passer quatre personnes, qui à son advis estoient genz espoventez ou qui avoient grande haste, d'avantage les informa du chemin qu’ilz avoient prins au partir de la rivière et de Noyen.

D’après le dire du passager, les archers picquërent à bride avalée

ms

1570. aprè.s les voleuns, et prindrent le train de leurs chevaux, qui c.stoient marcquex en la poussière du chemin , jusques è ce qu’ilx eussent veu devant eux lesditz voleurs, qu’ilz allèrent prendre en la petite ville d’Arce, assez prez d’Ays-en-Otte , où ilz se pensoient saulver en une taverne <le leurs amys ou compaignons du mestier, ayant bien apperceu qu'ilz estoient poursuivis. Dans laquelle taverne arrivèrent quasi aussitost lesdilz Trumeau et Parot seidz, sans leurs gens, pour ce qu'ilz estoient les mieux montez. Hz voleurs, en entrant en laditte taverne, advertirent l'hosle de la poursuitte qu’on faisoit après eux, et luy feirent entendre que c’ estoient d’aultres voleurs qui vouloient les desvaliser. Les lieutenans des mareschaux et de courte robbe ayant envahi la taverne qu’on leur avoit enseignée, l’hoste d’icelle, qui estoil à l’entrée de sa porte, refusa de la leur ouvrir, ains entra contre eux aux injures, en les appellant voleurs et larrons, et, non content de ce, frappa contre ledit Trumeau en criant : ■ Aux voleurs, aux voleurs! • Ce que voyant ledit Trumeau, impatienté des injures et coups que luy avoit baillé ledit boste, luy deslacha la pistolle qu’il avoit en sa main au travers du corps. Au son de laquelle pistolle et cry de l’boste , sortirent les voisins avec armes sur lesditz des mareschaux, qui arrivoient à bride avalée après leurs maistres. Incontinent le bruit courut par les rues, ■ Au feu, aux voleurs, à l’arme, • si bien qu’en ung moment toute la ville fut e.smeue, jusques è fermer les portes de la ville et à sonner le tocsin.

Les premiers babitans qui arrivèrent ruèrent à grands coups sur ledit lieutenant Trumeau, l’ung desquelz luy donna ung coup de harquebusc par une des jambes, avec deux balles ramées, qui luy rompirent l’os d’icelle, et fut de ce coup abbatu- par terre, et n’en fut quitte pour cela, ains par la commune fut battu de coupz en tous endroietz de son corps, sans qu'il peust estre secouru aulcunement de ses gens, lesquelz s’estoient saulvez en une grange pour se tenir fortz en corps de garde contre la commune, qui là les tenoit assiégez de toutes partz. Hz furent saulvez par leurdit lieutenant Trumeau, tout blessé qu’il estoit , et par le seigneur du lieu , qui survint au bruict du peuple et .son de la cloche, et qui apaisa le tout, après avoir ouy

ledit Trumeau , couché tout de son long sur ung fumier au millieu de la rue. Auquel seigneur donna à entendre comment il estoit lieutenant des prévostz des mareschaux de France, et qu’il et scs gens estoient là ailes pour prendre quatre voleurs, qui ce jour mesme avoient volé plusieurs marchans en la forest de Sordun, et qui estoient logez en telle taverne dudit lieu d’Arce, et le requist de par le roy de luy donner ayde à les prendre prisonniers, et de saulver ses gens. A cette rcqiiestc fut le gentilhomme bien espoventé et aultres des plus apparens de la ville qui estoient avec luy; ilz firent tout soudain cesser laditte sédition et poser les armes bas aux habitans, lesquels, ayans entendu la vérité du faict, furent fort dolens de laditte sédition; 'pour de laquelle eschapper à leur honneur, firent emprisonner tous les archers, ce pendant qu’aultres levèrent de terre ledit Trumeau, et le mirent honestement sur ung lict en une taverne, pour le faire panser. Hz allèrent aussi en la taverne où estoient logez les voleurs, pour les prendre prisonniers et les livrer auxditz des mareschaux; les voleurs tindrent bon et ne se volurent rendre qu’à force qu’ilz furent accablez de coupz, deux desquels furent tuez en la place et les deux aultres prins bien blessez. Ce faict, lanuict vint, qu’il fallut que chas' cuii se retirast en sa maison. Les archers qui e.stoient prisonniers en la grange furent mis en la taverne avec leur lieutenant Trumeau, pour souper et faire panser les blessez. C’estoient : Parot, lieutenant de courte robbe, qui avoit receu ung coup de pistolle ou harquebuse d’un des voleurs, en forçant la chambre où ilz voleurs estoient logez; Pierre Tabouret, du Chasteau, qui fut blessé d’ung coup de harquebuse en une

cuisse et sur la teste; et N Doyen , qui fut peu blessé en ung bras,

La nuict donna conseil aux habitans dudit Arcc; et pour faire leur cause bonne, le lendemain, 16° jour de juing, feirenl par les gens de la justice du heu informer du cas advenu, et dressèrent si bien leur affaire que le tort tomba siu* lesditz des mareschaux et leurs gens. Ceux-ci furent tous interrogez séparément et signèrent chascun leur déposition, excepté le lieutenant Trumeau, qm morut la nuict d’entre le i5et 16°, et ledit Parot, qui déclara ne povoir signer, à cause du

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1579. coup qu'il avoit receu en l’espaule. L'information achevée, les babitans d'Arce dressèrent ung procès-verbal à leur adventagc, et le feirent pareillement signer par les archers, qui, pour eschapper leurs bagues et vies saulves, mentionncrcDt le bon debvoir que les gens du pays avoient faict en la caption des voleurs. Le mécredy i 7' jour dejuing, iceux archers cbargcrent en trois chan'ettes leur lieutenant Trumeau mort, le lieutenant Parot et aultres blessez, pour s’en retounier à Provins, avec les deux voleurs, qui leur furent bvrez encore vifz. Le lieutenant Parot se feit mener à Sens, pour se faire panser en la maison d'ung chanoine, nommé M' Estienue Cuissot, son parent, natif dudit Provins. Les aultres prindrent le chemin de Provins, ayans laissé è Arce le cheval et armes de Trumeau, pour gage de leurs despences et fraiz faietz pour ceste affaire. L'ng d’iceux fut envoyé devant pour dire les piteuses novelles, et arriva environ les trois heures après midi.

La ville de Provins fut fort esineuc desdittes novelles et nommément de la mort du lieutenant Tnuneau, lequel, combien qu’il eust esté huguenot et faict assez de mal au temps des seconds troubles, tant en la ville de Montereau qu’aultres lieux, fut fort plainct et regretté , car il .s’estoit réduict à l’église catbolicque de soy-mesmes, aussitostqu’ilz seconds troubles furent pacifiez, et oneques depuis ne récidiva en la religion prétendue. 11 estoit dévost à servir Dieu, doux, humble, paisible et débonnaire à toutes gens, secourablô à ceux qui le requèroient, bon marchand sans tromperie. En mourant, après avoir crié mercy à Dieu et au monde, il rcquist ses gens de reniener et enterrer son corps à Provins, en la fosse de son père, en l'église S'-PiciTC, en se recommandant aux curez et gens d’église des parroisses de S'- Ayoul, où il demeurait, et de S’-Pierre, où'il voulait estre enterré, les priant d’aller au devant de son corps en procession jusques è la porte de la ville par où il entreroit, pour le conduire en sa maison avant que d’aller en terre. Le tout ayant esté affirmé et juré par l’envoyé de ses compaignons, les curez des parroisses susdittes l’alèrent recepvoir hors la porte de S*-Jchan, où if arriva sur les neuf heures du soir, accompagné des président Marchant, procureur et adyocat

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DE CLAUDE BATON

du roy, et plusieurs autres conseillers et gens de justice que le cortège avoit rencontre! en la ville de Bray-sur-Seine. Ledit mort fut receu jjar M' Claude Haton, prebstre, clerc de l’église nions. S' Ayoul, en l’absence du curé, lequel Ilaton^interrogea lesditz archers, pour sçavoir de l'estât du deOunct et coinnicnt il avoit clos son dernier jour. La compagnie s’arresta-pour entendre les questions et interrogations dudit Haton, qui furent trouvées fort pertinentes, et parceque le deffunct estoit couché tout de son long en une charrette couvert de feurre, ledit Haton requist qu’il luy fcust monstre, en disant telles parolles : • Messieurs, je ne doubte poinctque ce que vous me dittes et rapportez de la mort de mons. le lieutenant Trumeau, vostre maistre, ne soit véritable et qu’il ne soit présent en ceste charrette , au grand regret de moy et de toute la ville de Provins; toutesfois, à cette fin que nostre ministère ne soit vilipendé , avant que de commencer les prières et oraisons que l’église de J.-C. faict sur ses fidelles trespassez , faictes-moy veoir le corps dudit delTunct. ■ Lesquelles parolles finies, ung d’entre eux monta en laditte charrette, qui descouvrit le corps et le monstra audit Haton et à toute la compagnie. Sur ce, arriva le curé ou vicaire de S‘-Quiriace, avec la croix et l’eaue béniste, accompagné de quelques gens d'égbse, qui prétendoit empesclicr ledit Haton de recepvoir ce corps mort, et après avoir ouy ledit vicaire en sa harangue, ledit Haton luy feit response que le deffunct estoit parroissien de S'-.Ayoul, et que comme tel le recevoit et s’en saisissoit, selon son droict, comme estant une brebis de son bercail; toutesfois il déclara n’empescher ledit curé ou vicaire de S'-Quiriace ni des aultres parroisses d'accompagner ledit corps et de présider sur leurs limittes, si k ce faire estoient appeliez par les parens. Ce que ayant bien entendu , ledit vicaire de S'-Quiriace se déporta du droit prétendu, mais accompagna le corps jusques en son logis, comme aussi feirent le curé et aydes de l’église S*-Pierre. Le lendemain, 1 8' jour de juin , fut ledit lieutenant Trumeau enterré avec grande et solemnelie compaignic de gens d’église, dej^ns de justice et aul- « très de tous estatz, au regret d’un chascun tant pauTt'c que riche.

1570. Les deux voleurs d'Arces ramenés par les archers sont condamnés à mort et pendus devant le pilori de Provins; leurs corps sont coupés en quartiers et attachés aux arbres des chemins. Le lieutenant criminel du bailliage de Sens, ayant fait une information à Arces, trouve que le tort est aux lieutenants de Provins et à leurs archers, comme ayant négligé^e porter leur saye ou jacquette de livrée.

La veuve du lieutenant Trumeau fait faire, avant l'enterrement, le portrait de son mari , et le porte au roi, qui ordonne que le successeur payera à celte femme aoo écus d’or. François de Galusgarel, seigneur de la Poippe, achète l’état de lieutenant du prévôt des maréchaux de Provins. 11 est assez mal accueilli, comme étant protestant. Ln des archers blessés à Arces meurt quinze jours après.

En la ville de Bray-sur-Soine , audit i 5' jour de juing, fut traitreu- .sement et de guet appens tué et tiré à la harquebuse, par entre deux tbuilles du grenier d'une maison dudit Bray, le baily de cette ville, environ les huict bem-es du matin, en allant aux plaitz, pour ouyr et juger les causes qui se piaidoient par devant luy, et dudit coup tomba mort en la place, au contentement de celuy qui tira ledit coup, et, je croy, de tous les babilans de la ville de Bray.

Ledit bally de Bray s'appelloit Nicolas Janvier, et estoit fdz de feu M' Nie. Janvier, de Provins, jadis advocat du roy audit Provins, bomme bien famé et tenu sage en son temps. Il bally de Bray se fai- .solt appeller le seigneur de Villeseau , à cause d’une ferme qu'il avoit en la parroisse de Jaulne ou Villenauxe-la-Petite, où la pluspart du temps falsoit sa résidence. Il estoit de ces gentishommes que aulcuns appellent gentishommes en fantasies, c’est-à-dire qui se disent estre gentishommes et ne le sont pas. Ses grands pères de part et d’aultre estoient de moyens marebans de draps et mercerie audit Provins, gens de bien toutesfois, et de meilleure foy envers Dieu et les hommes que le noveau gentilliommc de leur race, ledit feu baily, qui estoit huguenot et tel .s’estoit déclaré depuis fan i56o jusques à l’an iSya, que l’admirai fut tué à la sédition de Paris. A cette sédition, ledit baily, qui lors estoit conseiller à la court de parlement, fut cerché , son logis fut pillé et saccagé , et luy-mesme eust esté meurtry, s’il eust esté trouvé. Depuis ce temps, ayant vendu son estât de conseiller, achepta le baillage de Bray, où*il se retira et audit Villeseau, jusques au jour «

de sa mort, vivant en liberté de conscience selon sa fantasic, toutes- 1579. fois contrefaisant le catholicque, allant à la messe par contenance, de peur de perdre son bien, sa vie et son estât, comme il avoit esté au hasard de faire jà par deux fois. 11 estoit, selon la commune renommée du pays, du nombre des genspillehommes qui monstrent leurs vertuz à faire mal et vengeance à tout le monde , qui usurpent par force le bien d’aultruy et qui en font le payement à coups de > baslon, et pour ce n’estoit aulcuucmcnt aymé ni bien veu des babilans de la ville de Bray. C’est ung maidvais signe quand le vulgaire a maulvais jugement d'ung personnage, car telle est aulcuncs fois la voix du peuple, telle est celle de Dieu. Le pauvre homme fut tout mort en la place du coup qu’il receut. A l’instant, sa femme et ses gens eurent soubçon ce meurtre avoir esté faict par M' Claude Le Febvre, advocat et jadis prévost de Bray, ou ses enfans. Et fut ceste oppinion publicquement déclarée, et tout le peuple de Bray l’adopta, et fut coulpé le plus jeune des enfans dudit Le Febvre, maulvais garnement nommé Nicolas Le Febvre, aultrement appellé le s' de Coluriibicres, qui estoit audit Bray, à cause des grands procès et altercatz (jue ledit feu bally avoit avec ledit Le Febvre et ses enfans. (iolumbiéres, par le conseil de ses aniys, absenta la ville de Bray le jour inesrae du meurtre, et son absence le déclara coupable.

Des oouveiles de ce meurtre ayant été apportées à Provins le jour même aux gens du roi, ceux-ci, qui étaient presque tous parents du défunt, montèrent aussitôt à cheval, se transportèrent è Bray pour informer, et lireiit emprisonner la femme de Claude Lefèvre et deux de ses enfants. Le père était absent. Coloiiibières fut arrêté quinze jours après, à Saint-Jean-de-Ncmours, où il s’était retiré; sou procès fut fait en h&lc, à la requête de l'héritier du bailli, le seigneur d'AIbaine, riche banquier de Paris, qui n'épaigna pas l’argent, et le 7 juillet il fut condamné i faire amende honorable à l'hôtel de ville de Provins, à subir la question extraordinaire dans sa prison , à faire de nouveau amende honorable devant la grande porte de l'église de Bray, et enfin è être rompu et roué devant la maison d’où il avait tiré sur le bailli. Comme on craignait que les gens de Biay ne tentassent de le délivrer, par alfection pour son père, cent arquebusiers de Provins, à pied et à cheval, l'accoinpagnèreot jusqu'au lieu du supplice. En ap-

1579. prochaut, il s'avoua coupable, et airirina en même temps que son père, sa mère et ses frères étaient innocents, et qu'ils n'avaient rien su de son projet. Un cordonnier de Bray et une servante de Claude I.efèvn* se trouvèrent impliqués dans celte alTaire et furent emprisonnés. La mère et les frères du condamné , qu'on avait gardés en prison après sa mort, furent, par relief d'appel, enlevés à la juridiction du présidial de Provins et transportés à Paris à la Conciergerie.

Le seigneur des Marestz veut fonder une paroisse aux .Marestx et y établir un . curé, en distrayant les villages de Maréebères, de Corlveron, etc. des paroisses d'Augers et de Cliampcenelz. Cette entreprise soulève de nombreuses oppositions, spécialement de la part du prieur de la chapelle Saint-Hubert et do chapitre de la cathédrale de Sens.

La fin du printeiiipa et le comnieocement de l'esté furent fort chauds et secs, jusques au 1 8* jour de jidliet que le temps s'adonna à la pluye et à la gresle, qui gasta quelque contrée de vignes à Monsle-Poticr et Villcnauxc-la-Grand, comme aussi en la parroisse de Meel- $ur-Seinc. La seieberesse avoit esté fort grande depuis la fin du moys de may jusques audit i 8' jour de juillet, telle que les chanvres, les mars, orges, avènes, pois et febves demeurèrent à fructifier plantureusement, comme ilz en faisoient la démonslrance. Les frOmens aussi demourèrent pour la pluspart au foréau, et ne furent les espis longs ni bien grenez, comme ilz eussent esté si laditte pluye fust venue vingt ou quinze jours plus tost, La Champaigne et la vallée de Seine, qu'on appelle le bas pays, eurent fort beau temps à moissonner leurs gros grains, et n'en eurent point de germez; mais les gens de la Brie eurent beaucoup de peine à moissonner et serrer leurs grains, car, quand la pluye commença, ilz commençoient leur moisson, et pour ce que cette pluye dura jusques à la S'-Martin d’hiver, les grains furent germez aux champs, et parccquc les laboureurs furent contrainetz de les serrer tous mouillez, il s'en gasta beaucoup dedans les (as. Toiitesfois, le froment se pourta mieux tpie l'on n'estimoit, excepté qu’il ne rendoit en farine comme d.ans les années précédentes. Le tonnerre fut fort gros et impétueux en ce pays ledit i 8' jour de julliet, et tomba sur une maison et gi'ange au village de la Molte-de-Tilly-lcz-Nogent, qui furent entièrement bruslées. Les pluyes longues et fréquentes qu’il

fit depuis lors rAulèreut la cueillette de tous les biens de la terre, 1579. tant grains et fruictz que vins, et fut le reste de l’esté et tout l’automne assez froict et pluvieux, et commencèrent les gelées blanche.s dès la fin du moys d’aoust assez aspres et froides. Le blé et vin commencèrent à enchérir dès la my-aoust d’un tiers et plus. 11 arriva à Provins des roarcbans qui levèrent des bledz assez plantureusement à 46. 7 et 8 liv. le muy, qui avant la moisson n’estoit qu’à 34 • 5 et 6 1. et les aultres grains au pris le pris. Aultres marchans allèrent lever le vin à Sens, Auxerre et Joignl à grande quantité, qui pareillement le renchérirent quasi de la moitié, et fut rapporté qu’en la ville de Sens, en une sepmaine, on en avoit levé le nombre de plus de G,ooo muyds trantains, qu’on avoit mené à Paris. 11 renchérit fort à Provins, à cause que les marchans de Chaslons , de Vitry, de S'-Dizier et de Reims le veinrent querre à charroy et en allèrent charger jusques à Donnemarie en Montois, et croy qu'ilz le menoient ès pays de Flandre et de Haynault; sans lesquels marchans le vin n’eust valu que i o liv. la queue , d’aultant que les vendanges estoient en bonne espérance pour l’abondance des raisins qui estoient aux vignes.

M" de Luzé, femme de M. de la Noue, qui avait été obligée de faire cession de ses terres à .M. de Rancé, rentre, par arrêt du parlement de Paris, en possession de scs seigneuries de Meel sur-Seine et de Monüuittel. — Le duc d'Anjou oblige, en toutes les terres de son apanage, les gentilshommes à lui faire foi et hommage et à relever de lui , sous peine de saisie. La prestation d'hommage pour le bailliage de Provins a lieu dans cette ville le i8 août, devant H. de Mauru, seigneur de SaintMartin-du-Bosebet , commissaire du duc. Les seigneurs des Maretz et d'Aulooy refusent de faire foi et hommage, comme ayant déjà rempli cette formalité à l’égard du roi. — Bruits de guerre entre Henri 111 et le dur d'Anjou. Rivalités, duels et assas.sinats parmi les gentilshommes des deux princes.

M. de Bussy, favori du duc d'Anjou, est tué aux envirous d’Angers’. — Des troubles s’élèvent dans les pays d’Auvergne et de Limousin. De grandes troupes de gens de guerre parcourent les campagnes, surprennent et pillent les villes et villages, massacrent et rançonnent les ecclésiastiques. A leur tète, le capitaine

Le ly août >579. {Vo\. Journal du rijnt de Henry HI, p. 38.)

1 579. Merle s'empare des villes d'Aurillac el de Mende ■. L'assemMc des grands jours, tenue il Poitiers, travaille à réformer les abns. Des exécutions ont lien sous la prolection des compagnies royales envoyées pour pacilier le pays. — Mésintelligence entre le roi et son frère.

Sur la fin du tuoys d'aoust, parla permission ou commandement ^ du roy, aulcunes compaignies de gens de cheval de ses ordonnance.s

SC mcirent aux champs par les villages à manger le bon homme, soubz le nom d'aller faire monstre ès lieux où il leur seroit mandé et pour y tenir garnison ; et en ce pays de Brie tindrent les champs les compaignies du grand prieur de Cbampaigne et celle du seigneur de la Chapelle des Ursins, qui estoient chascune de cinq cens chevaux pour le moings; lesquelles, sans faire monstre- ni tenir garnison, ravagèrent tout le pays de Brie et vallée de Seine, entre les rivières de Seine et Marne, depuis les derniers jours d'aoust jusques à la fin du moys d'octobre, et tindrent, depuis Chaslons en Cbampaigne, les villages où n'y avoit gentishommes résidens, jusques à quatre lieues près de Paris. Après lesquelles se meinst aux champs celle de mons. le duc, qui se partit du pays de Berry, passa par Nogent au commencement d'octobre, et vint en Brie, .soubz le nom de faire monstre et tenir garnison à Provins, et pour ce faire avoit mandement du roy et dudit sieur duc. Les procureurs el escbevins dudit Provins, ayant entendu que ladite compaignie, qui s'estoit logée ès paroisses de la Chapelle-S‘-Nicolas, Mccl, Mériol, Sourdun et Léchelle, vouloit entrer en leur ville pour y tenir garnison, s’en allèrent au roy et au duc pour en estre exemps, ce qui leiu- fut accordé. Mons. de Rosne. ,

lieutenant de la compaignie, pareillement .s’y accorda, après que lesditz de Provins le furent trouver à Esloge chez son beau-père, cl qu’ilz lui eurent présenté des fruiclz du pays; mais fust à reste con- ^ dition que ladite ville de Provins fourniroit munitions pour ayder à

nourrir ses gens où ilz tiendroient garnison. Et pour ce laditte com-

' Evploiu de guerre faiu par Mathieu (Pièrei faqitivti pour servir à l*hi»toire de

Merle. l>arun de SaUva» en Vivarai». re- France, I. I. part, ii, cl Panthéon litté-

lalioii donnée par le capitaine Gandin. mire.)

pignie n’entra audit Provins ni ès aullres villes, ains mangea les vil- 1579. lages avec les deux compaignies dcssusdittes, qui ne s'escartèrent à plus de dix lieues l’une de l’aullre et ne tindrent depuis le commencenienl de septembre jusques à la Toussainctz aultre pays que celuy do Champaigne et Brie, les ùngs d’ung costé, les aultres de l’aultrede la rivière de Seine. La compaignie de la Chapelle des Ursins tint tous les villages des environs de Provins, deslogeant d’un pour aller en l’aultre.. De Lescbelle, où ilz furent deux jours, ilz allèrent logera Blenay, Maulny et Sordun; de là à S*-Bris, Fontaine-Riant, Fleigny et la Brelonnière, auquel lieu de Fontaine-Riant lez les portes de Provins, en la parroisse de S**-Croix, feirent grand doniage tant aux gens où ilz logèrent qu’aux Habitans dudit Provins; car ilz feirent monter leurs chevaux sur les tuyaux et canaux des fontaines de S'-Ayoul, de la Boucherie et des Cordeliers, qui sont audit Fontaine-Riant, et de pleine malice ilz les crevèrent et rompirent, de telle sorte que l’eaue ne coulla plus à Provins, et cousta beaucoup à les refaire. Les gouverneurs de Provins en informèrent et feirent reproche au lieutenant de laditte compaignie, qui monstra semblant d’en estre bien courroucé, et promist d’en faire justice, s’il povoit cognoistre ceux qui avoient ce faict. Toutcsfols, le tout demeura là, et oneques depuis laditte compaignie ne s’approcha si près dudit Provins.

M. de la Roche-Pot et M. de la Roche-Guyon son frère* tombent en disgrâce à la cour, à l'occasion d'un différend qui s'était élevé entre eux et M. de Rosnc, gentilhomme du duc d'Anjou, et d'une tentative faite par M. de la Roche-Guyon pour ravir une dame qu'il voulait épouser, et que le roi avait donnée à l'un de ses mignons. M. de la Roche-Guyon quitte la cour et se relire à Comiiiercy.

— Vers la Toussaint, le maréchal de Matignon part pour la Lorraine avec cinq ou six mille hommes de pied, chargé d'une mission secrète. Il passe successivement à Meaux, à la Ferlé-sous-Jouarre, à Château-Thierry et dans les villes des bords de la Marne jusqu'à Châlons, menant avec Ini huit ou dix pièces

' Antoine de Silly, comte de la Roche- Henri de Silly, comte de la Rochogiiyon, pot, baron de Monimirail, chevalier des sieur de Commercy, clicvalicr des ordres ordres du^roi, gouverneur d'Anjou. — du roi, né le 5 septembre i55i.

1579. de moyeone artillerie et ayant groasi son année de trois compagnies du dur d'Anjou, du grand-prieur et de la Chapelle, ce qui la porte à dix ou douze mille hommes de pied et de cheval. L'entreprise confiée au maréchal de Matignon est diversement expliquée : les uns disent qu'il s'agit d'empêcher le dur Casimir de pénétrer en France; les autres, que le roi veut faire saisir M. de la Rochc-Guyon dans Commercy; d'autres enfin qu'il a l'intention de s'emparer de Strasbourg. M. de Matignon va de Châlons aux confins de la Lorraine et de l'Allemagne, pousse jusqu'aux frontières de la Suisse, entre en Franche-Comté, revient en Lorraine, puis à Châlons, où il arrive vers la S‘-Martin d'hiver. On prétendit que les gens de Strasbourg ayant été prévenus et s'étant mis sur leurs gardes, il avait paru impossible de les forcer. .Après un séjour de dix ou douze jours à Châlons, le maréchal, qui, dans son voyage, avait rompu plusieurs bandes de gens de guerre et de voleurs, partit pour Paris, où était le roi.

Douze enseignes de gens de pied des gardes du roy furent envoyées au devant de lui. Peu après la S‘-Martin, elles passèrent par la ville de Montereau-Fault- Yonne, en la Brie, et allèrent joindre ledit sieur mareschal entre les villes de Séianne et Chaslons, le tout ensemble montant à quinze cens hommes. Le mareschal feit loger une partie de ses gens aux fauxbotirgs de Sézanne, mais non dans la ville, de laquelle, suyvant le bruict commung, receut grand nombre d’argent pour n’y loger, et de là se retira par la ville de Méry-siu-- Seine, où il fut plus de huit jours; an partir de Méry, il s’alla loger ès villes de Pons, Mamay et Mogent-sur-Seine , qu’il emplit tellement que plus n’y en povoit tenir, et dans les villages du costé de la Champaigne, excepté quelques compaignies qui passèrent du costé de la Brie, ès parroisses de S'-Fregcl et la Chapelle-S'-Nicolas. Ils deslogèrent desdittes villes le troisième jour du moys de septembre et sc rendirent à Bray-sur-Seine , Sargine et Courions, où ilz ne couchèrent que une nuict. Les babitans de Sargine furent en délibération de tenir bon contre ceux qui se présenteroient , et de ne les laisser loger dans leur ville, estans tous en armes aux portes et sur le.s fossez; toutesfois, après avoir ouy parler les capitaines, ilz les laissèrent entrer et loger, et la troupe ne fit aultre insolence que de vivre assez opulanment de *e quelle trouva et d’emporter tous les bastons des habi-

tans, comme harquebuses, espées et dagues, et ce en vengeance de ce qu’ilz l’avoient faict songer à leurs portes.

Les gouverneurs, procureur et esclievins de la ville de Provins allèrent recognoistre ledit sieur mareschal dans la ville de Bray, et luy portèrent dos conserves et roses de Provins assez largement, avec di\ bouteilles de bon vin, qui tenoienl ensemble vingt pintes. Ledit seigneur ne feit pas grand cas desditz habitans ni de leur présent de roses et conserves, lesquelles ne vouloit prendre, ce que toutesfois il feit, è la prière de MM. de la Valée, de Tachy eide Orvillon, qui esloient à Bray pour le saluer et luy faire la court. Il feit plus grand cas des dix bouteilles de vin, en prenant lesquelles dist auxditz de Provins telz motz : • Je sçai bien que vous me voulez demander que je n'aille pas avec mes gens loger en vostre ville de Provins; retournez- vous-en , je suis pour vous faire plaisir. • Et sur telles paroUes bailla congé auxditz de Provins. Ceux-ci pensoient que le mareschal les rançonneroit et leur demanderoit de l’argent, comme il estoit bruict qu’il avoit faict en plusieurs aultres villes; mais ne leur en parla jamais , ains en furent quittes pour leur présent susdit.

Au partir de la ville de Bray, ledit sieur mareschal et ses trouppes s'allèrent loger dans Montereau et les environs, où ilz séjournèrent quelques jours, et où le camp fut rompu. Les compaignies d’ordonnances de mons. le duc, de MM. le grand prieur et de la Chapelle, passèrent la rivière de Seine audit Montereau pour aller en la Brie, et s’allèrent loger ès environs de Provins le lo'jour de septembre, et tenoient les villages et parroisses de trois à quatre lieues de lai^, sauf ceux qui avoieiit des gentishommes. Il fut novelles que le roy les envoya remercier, estant ès environs dudit Provins, de leurs services, et les renvoya en leurs maisons. Les compaignies du grand prieur et du seigneur de la Chapelle se retirèrent, mais les gens de mons. le duc tindrent tousjours les champs, logeant de village à aultre, et montèrent jusques vers Chaslons, où ilz achevèrent l’année. Au commencement du moys de janvier de l’an 1 58o, ilz se retirèrent ès environs de Provins, ainsi que nous dirons ci-après. Lorsque cette

1579. compagnie esloit logée ès environs de Provins, au inoys de décembre de l’an présent, le lo' jour, y en avoit ès villages de Sordun, du Meez, de Villecendrier et au Pressoir-Dieu, où ilz furent trois nuictz et trois jours entiers. Il y avoit là environ soixante chevaux, qui se lirent Iraictcr rudement, et croy qu'ilz se firent acheptcr à leurs hosles pour loo liv. de conserves. Hz rançonnèrent les viUages et parroisses de Chalaustre-la-Pelitc, d’Ermez et de Meel, avec les petis hameaux et métairies qui sont ès environs de Sordim, et amassèrent en tout cela ,^o escuz et plus. Hz dcsiogèrent dudit Sordim et parroisse le lundy i4' jour de décembre, pour s’en aller loger à Bonsac et Vilicgruis, en passant par le village de S’-Martin-de-Chasnetron. La plus grosse trouppe passa par derrière le village fort paisiblement.

Ceux qui esloient logez au Pressoir-Dieu et à ViUecendricr, qui estoient environ dix ou douze chevaux, pour aUer au plus court, passèrent pardevant le logis du grénetier de Provins, Jehan de Vauhardy, et par la court dudit logis, qui n’estoil encore fermée de murailles, sans y faire aulcune insolence ni foiirragement; ce qui, toutesfois, desplut au serviteur maistre d’hostel dudit grénetier, qui , se liant en l’audace et grandeur de son maistre, print sa harquebuse en main et avec injures dcscbassa les guides et serviteurs des gens de guerre qui passüient par la court, et non content de ce, tournant visage aux gentishommcs et leurs principaux serviteurs qui suyvoient leur train pour passer paisiblement sans vouloir poulaiUer ni chasser, les volut empescher avec injures et menaces, en les appelant poltrons, et du fust de sa harquebuse frappa sur les premiers chevaux et hommes qui cheminoient, pour les faire retourner passer par aultre part. Aux in- ^ jures et violences duquel meirent les serviteurs la main à l’espée, et

^ du plat d’iceUe le frappèrent img coup ou deux sur le dos et la teste ,

et les gcntishommcs qui estoient derrière escourcèrent leurs chevaux droict au compaignon. Celui-ci, les voyant courir à soy, coucha sa harquebuse en joue pour les tirer, ce qu’il ne put faire, d’aullant qu’elle ne fit jias feu; tout soudain rebanda et couchea en joue encores une fois, et toutesfois ne volul desbander ni faire feu. Quoy

voyant , l’ung desditï gcntishommcs mcint pied à terre , et , forcené de 1 579. fureur, tira son espèe et se jetia au compaignon pour le battre on pour le faire fuir, ce qu’il ne volul faire, mais il compagnon tira une dague qu’il avoit , et, se jettanl au corps dudit gendarme, l’enfonça par le costé, de telle sorte qu’il la luy passa par la ralte et les inngnons jusques à la garde. Le gentilhomme, se sentant blessé, s’écria qu’il estoit mort, et à grands coups luy et ses gens se nièrent sur ledit compaignon et le tuèrent en la place. Le gentilhomme blessé se feit mener en la maison de mons. Fatras, à Conrtioust, pour se faire abiller et mettre à poinct, où il morut la nuict ou au lendemain, et estoit cestuy qui avoit le cummandenicnt sur la compaignie qui deslogeoitde Sordun. Quand la trouppe qui estoit devant veirent le faict et leur maître blessé et le serviteur du grénetier mort, picquèrent le grand galop droict à la Forestière, et ne logèrent è Bonsac ni à Villegruys, comme ilz avoient délibéré, ains aux E.ssartz près Sézanne, à quatre ou cinq lieues loing. Le lacquais du grénetier, qui estoit à S‘-Martin quand le murtre fut faict, courut porter ces novclles à son maistre, qui en fut fort fa.sché, et incontinent, avec leslieutenans de courte robbe , les prévosts des maresebaux et leurs archers, alla audit S*-Martin pour en informer, où se trouva que ledit serviteur avoit tort. Il le feit enterrer, et, de retour à Provins, il envoya mons. l’advocat du roy, M' Jehan Retel, à Courtiou.st, en la maison du seigneur Fatras, pour l'excuser auprès du gentilhomme de l'outrage que luy avoit faict son serviteur, lequel il désavoua fort et ferme; mais ledit Retel trouva ledit gentilhomme qui se inouroit.

Vol commis sur des marchands dans la forêt de Sourdun. — Le reste de l'armée du maréchal de Matignon est mené de Moutereau en garnison dans les faubourgs de Paris. M. de Matignon passa pour avoir gagné dans ce voyage plus de cent mille livres tournois, tirées des villes par où il avait passé. — Bruit de la prise des îles de Brouage, près do la Borhelle; ce bruit se trouva faux.

— Le prince de Condé se retire è la Fcre, dans son gouvernement de Picardie. —

Les arquebusiers de Provins, après avoir institué leur roi annuel, vont au mois d'aoùt jouter avec ceux de'Coulommicrs. — Un jeune apothicaire, nommé Remy, est tué le ao août à Chalautre-la-Grande. — Les arbalétriers de Rosoy en Brie

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MI-iMOIRES

1^79. vieonenl à Provins le 32 août, pour tirer à la butte contre les arisalétriers de cette ville. — Fallet Durand , d'Ablenay, est trouvé mort dans les vignes de Mootmittel, le 36 août. — Le roi oblige les personnes qui, moyennant une somme payée comptant, avaient obtenu la ferme de la vente de l’ollice de lavernier, à rendre compte des gains ou pertes qu’elles avaient faits. Il résulta de cette information que les vendeurs de Provins, Christ, de Boudreuille et Ant. Yver, avaient gagné une somme importante. — lin ofTice d'audiencier est érigé par le roi dans chaque bailliage. — Au mois de septembre, Henri 111, conformément auji doléances des états d’Orléans, fait proposer aux habitants de Provins un maire ou juge de commune (consul?). Les maîtres jurés de tous états, convoqués par le président du présidial, déclarent qu'ils désirent avoir, pour décider dans les causes de marchand à marchand, un juge électif, jugeant sur-lechamp, ne recevant point de gages, et devant lequel chacun soit admis à plaider soi-méme. Le procès-verbal de cette délibération est envoyé an roi. — Les gouverneurs de Provins demandent, d'après l'avis des citoyens assemblés, l'autorisation de lever sur la ville et sur l'élection une taille destinée è remplacer le produit des impositions et gabelles perçues an nom du roi sur les marchandises vendues à Provins. L'affaire, portée au roi et è la dame de Nemours, à laquelle ce produit était dévolu, reste en suspens, ainsi que celle du juge de commune.

Nous avons faict mention en ceste année des saisons du printemps et de l'esté, qui ont pour la pluspart esté fort fascheux de pluyes, principallement l’esté; les pluyes ont continué quasi par toute la saison de l'automne aulcuns jours, qui einpescbërent les raisins de mûrir. La vendange ne se feit poinct és environs de IN'ovins ni de Sen.s, qu'il ne fiist huict Jours après la S'-Rcmy, les raisins n’estans que demynoirs ou rouges, et quasi iing tiers estant poUrri. Et si eut-on beaucoup de peine de les vendanger, à cause des pluyes froides, qui estoieiit si fréquentes qu’il ne se passoit quasi poinct ung jour .sans pleuvoir par tout le mois d’octobre. Les vins furent en grande planté et babondsDce, aultant qu’il en avoit esté depuis dix ans pour une année, nonobstant les gelées de mars et d’apvril.

L'abondance des vins fut si grande à Villcnauxe-la-Grande, Béton, Fontaine-Denis, Barbonne, Mons-le-Potier, Chalaustre-la-Grand, qu’on ne povoit trouver assez de tonneaux pour les loger; et furent lesditz tonneaux fort cbers, conune de 4o et 5o s. la queue en muidz et tran-

tains. Il fut rapporté qu'à Sens le muyd trantain avoit esté vendu seul 1579. ôo s. et plus; bien est vray que lesditz trantains estoient neufz. Les vignes des parroisses de Mériot, Meel et Ermez ne se portèrent guères bien, à cause d’une gresle qui tomba sus au moys de juillet, et n’y recueillit-on pas du vin à la nnoytié. Celles de Goix furent belles et amples. Le vignoble de Savins et du Montois ne fut si abondant que celui de Villenauie et les vignobles voysins. Le vignoble de Sepveillcs, Bouy, Chalaustre-la-Petitc fut à pleine année. Celuy de Provins, combien que les vignes qui n’avoient esté gelées en apvril fussent fort belles, ne donna guères plus de demye-année. Les vins partout se trouvèrent de plus belle couleur qu'on ne pensoil, excepté ceux de Villenauxe.

Les vins en ce pays n’eurent guères plus de goust ni de couleur que l’eaue, parquoy on fut contrainct de les laisser cuver davantage. Les vins lurent fort foybles et petis par tout ce pays, et n’eusl-on sceu juger quel creu estoit le meilleur. Ceux de Villenauxe furent fort desprisez et désestimez pour ceste année, pour n’avoir poinct de goust ni de couleur, et si sentoient fort le pourry. Le bally dudit lieu leur porta grand domage , pour les avoir erapesché de vendanger huict jours plus tost qu’ilz ne feirent. Les marcbans de Paris, après en avoir eu gousté, se retirèrent sans en acbepter, qui bit ung grand domage auxditz de Villenauxe. Hz tascboient à vendre leur vin noveau i 3 1. 1. la queue, mais fallut bien rabattre, et avant qu’il fust la feste de Noël, se trouvoient bien heureux de le bailler à 7 1. 1 o s. et 8 1. Le vin des vignobles de Provins, Chalaustre-la-Petite, Sepveilles, Goix, Meel et Mériot se vendoient mieux, pour l’oppinion que le peuple avoit qu’ilz se garderoient mieux. Les vins blancz se trouvèrent meilleurs que les rouges quasi de la moitié. Le vin vieil se vendoit le moindre 3 s. et 6 d. la pinte, et le meilleur d’au-dessus 3 s. et 3 s. 6 d. et le meilleur noveau, de quelque creu qu’il peust estre, 10 et la d.

Durant le temps de la vendenge susdilte, et dès le ao* jour du moys d’octobre, les raisins pendus aux vignes, commença la gelée assez forte et à glace, qui dura jusques au 3 a* jour, auquel il neigea assez compétamment, et fut de la neige sur la terre l'espesseur de

ia6.

1579. deux doictz pour le iiioings; mais elle ne dura pas vingt-quatre heures qu'elle ne fust fondue. Plusieurs personnes pensoient que les raisins et le vin qu'on feroit de ceux qui estoient aux vignes durant lesdittes gelées seroit beaucoup moindre que ceux qu’on avoit vendangé devant, mais ne valurent guères moings de goust ni de couleur.

Le pay» entre Tmyes et l’aris est infesté de voleurs, qui commettent de nombreux vois et assassinats. Leur chef, le capitaine Michery, échappe aux recherche.s des gens de justice et aux poursuites du prévôt de l'hAtel de Paris, s'étant réfugie dans un château fort près de Guignes. Le maître de ce château et le seigneur de Maurevcl, son oncle, ont querelle l'un avec l’autre, et des troupes de mauvais garnements qu'ils rassemblaient se combattent pendant plusieurs mois aux dé pen.s des gens des villages.

En la ville de Provins y avoit ung riebe marchant tanneur, nomriié Symon I.ecourl, de Ohangy (lilz de feu Nicolas Lecourt, jadis lieutenant des prévostz des mareschaux), qui fut soubçonné, et finablement , ait moys d'octobre de cesle présente année , accusé d’estre malade de lèpre. Avant que de l'accuser à justice, plusieurs défuyoient sa compaignie et ne se vouloient plus trouver à boire, manger ni fréquenter avec luy audit Provins; parquoy se transportait ès marchez des villes de Nogent-sui^Seine, Villenauxe, Corgivosl, Nangis, Donnemarie et aultres lieux, et surtout au village de Meel, dont il avoit tenu la .seignoric à ferme, soubz le seigneur tle Rancé-Corcelle. I..edit Symon Lecourt, voyant qu’il estait odieux an peuple de Provins et défuy de chascun, se feit secrettement toucher par quelques cirurgiens de la ville de Sens, en la présence d’un cinirgien de Provins, nommé Nicolas Doury, qu’il avoit mené avec soy. Quel rapport luy firent lesditz cirurgiens de Sens, je n’en ai rien sceu; toutesfois, ai bien sceu que ledit Lecourt usa de quelques remèdes pour cmpcscher la maladie de lèpre de s’apparoistre sur luy. Il estoit malade aux piedz et jambc.s si fort qu’il ne povoit plus cheminer à son ayse; il e.stoit galeux par le corps fort et quelque peu au visage; et feit courir le bniict qu’il avoit la maladie dont raons. S' Crépaix est requis, et entreprint de faire le voyage audit S* Crépaix. Et d’aultant que les bonnes femmes

(lient que ce voyage, comme celuy de mons. S' Main, se doibt faire 1579. par aulmosnes, quelque riche que soit ung personnage, cestuy>cy Lecourt SC feit recommander aux églises de Provins aux aulmosnes des • gens de bien, et feit quester par ung personnage par luy atiltré, sans qu’on le désignast par son nom. Après qu’il eust faict ce voyage, il se représenta audit Provins, et assista en l'église de S'-Ayoul, qui estoit sa parroisse, parmy les gens, encores que les marguilliers, par l'advis des paroissiens, luy eussent signifié qu’il ne n'y trouvast plus, principallcment aux heures de la grande messe et de vespres des festes et dimanches, à cause qu’à telz jours et heures l’église de S'-Ayoul est pleine de gens qui touchent les ungs aux aultres. Nonobstant celte signification, il ne laissa d’y assister encores quelque temps; il alla, comme fut le commung bruict, aux bains chaux d'Allemagne, ailin de trouver meilleure guarison, et sembla, après son retour dcsditz baings, qu’il eust plus cler et beau visage que devant. Toutesfois, pour tout cela , l’oppinion qu’on avoit de sa maladie ne fut cessée ; et luy, voyant que le peuple continuoit en son opinion, dist et déclara n’estre malade de lèpre, mais de la véroUe, et que ceste maladie, que jadix on appelloit la gréne de Naple, l’avoit ainsi gasté, parceqii’il ne s’estoit faict panser, et qu'il ne l’avoit osé dire ni s’en descouvrir à personne. Cependant foppinion se continuant qu’il estoit ladre, il fut accusé aux juges de la pollicc pour se vcoir eslre mis à l’esprouve; à ces fins, fut adjoumé par devant lesditz juges de pollÿ:e, devant lesquelz comparut, et après avoir luy-me.sme débatu sa cause, fut ordonné qu’il seroit visité et éprouvé par les cirurgiens de la ville, ce qui finablement fut faict, et fut rapporté par lesditz cirurgiens qu’il estoit ladre. Kn attendant la présentation du rapport, Lecourt, (|ui n’arrestoil guères à Provins, alla, suyvant sa coustume, de lien à aidtre et de marché en marché, et fut ordonné par le prévosl qu’il servit rappelé pour ouyr ledit rapport et pour procéder contre luy, ainsi que le cas le re(juéreroit. Le 8'jourdumoys d’octobre, le sergent chargé de l’adjoumer estant à son buys et ayant demandé à parler à luy pour faire son exploict, luy fut respondu par une servante qu’il no se

1 570, soucioit guères de tout ce qui se faisoit contre luy et qu’il estoit niorl. Laquelle respanse, insérée par ledit sergent en son rapport, fut di-

• viilguée et déclarée de l'ung k l'aultre p>ar la ville , et fut à l'instant mis en avant que toutes les bestes à quatre piedz qui avoient le pied fendu, comme vaches, porceaux , brebis et moutons, qui appartenoient aux habitans de laditte ville, estoient confisquées au roy et perdues pour ceux à qui elles estoient, d’aultant que ledit Lecourt estoit mort avant d’avoir esté rendu ladre. Ceux k qui appartenoient lesdittes bestes au pied fendu les destoumèrent et ne les laissèrent retourner en leurs maisons pour la première et la seconde iiuict, en intention de les céler et les envoyer au loing nourrir ou vendre, jusques k ce qu’on eust veu le moyen d’en eschapper. Plusieurs tuèrent et firent tuer leurs pourceaux tout hastivement, et en fut tué k Provins en vingt-quatre heures ung cent pour le moings. Toutesfois, ledit Lecourt n’avoit aultre mal, et estoit au village de Liours ou Fregii, parroisse de S'- Fregel lez Nogent-sur-Seine.

Si le dire cummung que les bestes des villages et villes où y a ung personage soubçonné ladre ou déclairé tel, mourant avant qu’estre séparé des aultres, doibvent estre confisquées et acquises au roy ou aux seigneurs des lieux est véritable, je n’en sçai rien; et si n’ai jamais ouy dire qu’il y.aye loy escripte en droict civil et canon ni édietz royaux qui en face mention, et croy, quant à moy, que ceux qui mettent telz propqjs en avant et qui les croyent sont plus bestes que les bestes qui ont le pied fendu. Contbien que les plus anciens disoient avoir ouy dire k leurs pères telle estre la coustume de tout temps, que lesdittes bestes estoient subjectes à conGseation, n’ai ouy personne, tant vieil fust-il, qui dist l’avoir veu praticquer, sinon ung boulanger de Provins, nommé Michel Rousseau, lequel lut desmenty par vingt personnes dignes de foy.

En la parroisse de Lescbelle lez Provins cuyda praticquer ceste coustume le gentilhomme et seigneur haut justicier du lieu, nommé mons. Patras, d’aultant que une femme estoit morte ladresse en sa maison, sans avoir esté rendue telle ni séparée des aultres, sinon ce

DE CLAlft)E HATON,

qu'eUe-mcsme se sépara, se voyant desfuye de tout le monde. Mais ne UilV fut le faict mené à fin par rigueur de justice, ains les gens de la parroisse, ne voulant plaider contre leur seigneur, à cause des guerres qui couroient et de peur que le gentilhomme ne se vengeast sur eux en les faisant manger de gens d’armes , composèrent à luy et luy donnèrent argent chascune maison à bien petit pris, si bien que celuy qui avoit cinq on six vaclies ne luy paya pas demy-veau de laict, qui avoit une douzaine de brebis pas ung agneau, et ne les cassa ledit gentilhomme en ceste affaire, sçachant bien avoir plus de proffit à prendre amiablemenl de ses subjecU ce que voluntaireraent luy offrirent que de plaider contre eux.

Revenons audit Symon Lecourt de Changy, qui , sçachant le bruict de sa mort et du recellement des bestes de Provins, en estoit bien ayse et se bailloit du plaisir. Toutesfois, fut poursuyvi contre luy par le prévost et juges de la pollice de Provins, à la diligence des marguilliers de la patroisse de S'-Ayoul, et fiit déclaré estre ladre, et par la sentence fut dict que commandement luy seroit faict de se retirer du monde et de ne se plus trouver ès compaignies et assemblées de gens sains, tant en l'église, marchez, foires, que aultres assemblées. De laquelle sentence et exécution d’icelle se pourta pour appellent ledit Lecourt è la court de parlement, comme d’abus et de juges incompétens, et releva ledit appel. La sentence dudit prcvo-st et juges de pollice portoit que le curé de S‘-Ayoiil prononceroit à son prosnc ladite sentence; Lecourt feit signifier audit curé son appel, pour cmpescher cette publication, prétendant de le prendre â partie en son propre et privé nom et de le poursuivre à la court de parlement en matière d’injures. Le curé, en conséquence de cette signification,' n’ayant voulu passer oultre, les prévost et juges de pollice. sur la demande des marguittiers, rendirent une nouvelle sentence, ■ portant que celle rendue contre ledit Lecourt seroit publiée par ledit curé à peine d’amende, nonobstant toutes oppositions, appellations et significations, ce que voyant, ledit curé publia ladite sentence, après que les marguilliers lui eurent promis de le desdommager pour

1579. cela envers et conti e tous, k-eux marguilliers, voyant que ledit Lecourt se desfendoit de telle sorte qu'il ne vouloit obéir à la sentence du prévost et que vérltablcnicnl il eust eu bonnes raisons à la court de parlement, car il n'appartient qu’aux évesques et à leurs officiaux de cognoistre de telles matières de séparer les ladres d’avec les gens sains, l’accusèrent au promoteur de nions, de Sens, lequel promoteur citta ledit Lecourt et sa femme devant mons. l’olficial de Sens, pour estre eux deux visitez, touchez et éprouvez sur ce que la commune renommée disoit qu’ilz estoient malades de la maladie de lèpre, et, par mesme moyen, feit donner assignation aux marguilliers susditz audit Sens, pour estre présens à ladilte visitation.

■\ laquelle assignation comparurent ledit Symon Lecourt et Fiacre Gaultliier, marguillier, et là fut ledit Lecourt mis entre les mains des cirurgiens et barbiers à ce déléguez, lesquels ne voliment faire rapport diflinitif, ains le renvoyèrent jusques aux premiers jours du moys de may prochain venant; parquoy cesserons ce propos pour cestc année en attendant le moys de may de l’an qui vient pour en parler, si nous y sommes tous.

La femme dudit Lecourt ne comparut à Sens à son assignation, d’aidtant qu’on luy promist de ne faire aulcune poursuitte contre elle, pour ce qu’elle somma et interpella ledit promoteur de luy dénoncer et déclarer ceux qui l’accusoicnt de cestc maladie, pour les prendre à partie, et en faulte de ce faire protesta de le prendre luy-mesme à partie en son propre et [wivé nom. Parquoy, partie par les menaces de cestc femme, ]>artie par l’amytié qu’on luy portoit, fut sa cause délaissée pour ceste année, cncores qu’elle fust plus marquée et taschée au visage de tusches rouges non accoustumées que son mttry; et estoit icelle femme aagée de quatre-vins ans ou bien peu s’en falloit. File ne laissa d’aller à l’église, toute marquée qu’elle estoit au visage, mais peu de gens aultres que ses filles se tiroient près d’elle. Nonobstant les macules de son visage, qui n’estoient que grandes places rouges en divers lieux , se tenoit forte qu’elle n’estoit ladresse comme son mary, et croy que, pour en sçavoir la vérité, elle s’estoit faict

sonder et visiter par des barbiers, ce qui la rendoit beaucoup plus 1579. hardie d’aller et venir avec les gens. Ce néantmoings, elle estoit si sage qu’elle ne s’arrestoit avec personne pour deviser ni praticquer, si les personnes ne l’appelloient les premières, et n’alloit plus en aultres lieux qu’en sa maison et à l’église.

Son mary ne se tint plus à Provins depuis que la sentence susditte luy fut signifiée, ains se retira en sa maison et métairie de Frégu, et se tint là, allant et venant aux marchez à Villenauxe et Nogent, jusques à ce qu’il veit que les personnes, mesmement les tavemiers et hosteliers, ne le volurent plus souffrir en leurs maisons. Sur la fin de ceste année, au moys de décembre, il Lccourt tomba en une grosse maladie , où il cuyda mourir ; et par son testament avoit légué une somme de deniers comptans à l’église de S'-Ayoul, è la chaige que les curé et parroissiens souffriroient qu’il feust enterré en leiur église en la fosse de feu son père, ou pour le moings au cymetière de ladittc église. Or advint que de ceste maladie il se releva et ne monit, et estant relevé d’icelle, feit assavoir auxditz curé et parroissiens le Icgt par luy faict à leur église, aux charges portées par sondit testament, les requérant de luy déclarer leur intention, affin de tenir ou révocquer ledit legz, qu'il entendoit, en cas de refus, faire en faveur du lieu où il seroit enterré. Il n’avoit nulz enfans et estoit bien riche; il donna par testament son bien aux enfans de sa femme. Les parroissiens dudit S'-Ayoul ne luy volurent accorder laditte sépulture par luy requise en leur église ni en leur cymetière, et aymèrent mieux perdre ledit legz que de l’escouter en sa requeste; chose qui me sembla estre barbare.

Car depuis que ung corps est mort atteinct de telle mabdie, il ne peult plus infecter, joinct aussi que ledit supbant n’avoit volunté de s’aller rendre en la maladerie de Crolebarbe, ains de se bastir plustost-une maison en lieu escarté du monde ou de mourir en une de ses fermes et métairies. On ne doibt jamais refuser la sépulture à ung fidelle qui a catholicquement vescu et qui n’est excommimié, de quelque maladie qu’il soit attainct, moyennant que son corps ne puisse infecter les personnes.

1579. Dès le mois de septembre, commença à Provins une maladie de la rougerolle, qui touchea plusieurs personnages grands et pelis. Peu de grandes personnes en morurent, mais morut quelque peu davantage de petis enfans. Avec laditte maladie de rougerolle, furent plusieurs atteincti d'une dissenterie de ventre, pareille à celle de l'an passé , mais non si cruelle ni contagieuse. Ceux qui eurent laditte rougerolle et le mal de ventre tout ensemble morurent, et ceux qui n'eurent que l'ung seul reschappèrent. Et eut cours ceste maladie jusques au moys de décembre avant qu'elle cessast.

Le nouveau président des élus, Antoine Yver, en vertu de l’édit royal qui marquait parmi les fonctions des présidents d’élection l'audition des comptes des paroisses, veut examiner les comptes de la fabrique de Saint-Ayoul et réclame du comptable le serment qui se prêtait auparavant entre les mains du curé. Les marguilliers et paroissiens de Saint-Ayoul s'opposent aux prétentions d’Antoine Yver, font appel au parlement, sont renvoyés devant les généraux des bnanccs, et obtiennent de ceux-ci une sentence portant que les président et élus, en faisant leurs tournées, pourront, si bon leur semble, assister dans les villages à la reddition des comptes des fabriques, au lieu accoutumé, en la présence des paroissiens, sans rien prendre ni demander pour leur salaire. Le président, après de nouvelles difllcallés, finit par céder. Ce procès lui fil perdre cent cens de revenu par an; il s’en vengea en haussant les tailles de la paroisse de Saint- Ayoul en l’année i58o, plus que celles des autres paroisses, ce qui fit naître de nouveaux procès. Les comptes des fabriques furent aussi l’occasion de procès entre lui et plusieurs paroisses de l’élection de Provins. — Antoine Yver, quoique fils de marchands, prend le titre de noble et veut se faire considérer comme tel.

Il est posùble qu'il y ail ici une lacune.

DE CI-AUDE HATON

KTATS DE ILOIS. TEEMBLEMEKT DE TEREE LE 6 ETRIL. RETACES FAITE FAR LA

COQUELUCHE, MALADIE CONTAGIEUSE, X PARIS, X PROVINS ET AUX ENVIRONS. CBA-

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