ÉRECTIONS D'OFFICES ET EXACTIONS. UNE FEMME FOUETTÉE FAR UN MOINE
Le' commencement de Cannée manque. Le manuscrit reprend à l'article 3U de Fordonnance faite par Henri III sur les doléances des étals de Blois, au mois de mai I579K
En considérant le temps qni s’écoula entre la tenue des états de Blois et la publication de rordonnance de mai 1579, et l'oppression qni fut exercée sur le peuple par tailles, subsides, impéts de tout genre, création de nouveaux offices, on peut croire que le roi n'avait pas intention de faire droit aux doléances des états de Blois; il y fut contraint par les réclamations des provinces de Normandie et de Bourgogne et par la crainte de nouveaux troubles dans le royaume.
Détails sur la tenue des états de Blois en 1676, d'après la relation qui en a été donnée en 1 58o. Ordre de la séance royale du 6 décembre. Noms et nombre des députés aux états. Suite de la relation de ce qui s’est passé È la première séance de l'assemblée.
Deux cents hommes environ des gardes du roi, venant de Paris, passent à la Un de mars aux environs de Provins et par Nogent pour se rendre aux alentours de Troyes. Le bruit courut qu'ils étaient envoyés pour mettre lin è une querelle sanglante entre M. de Saint-Phalle et un autre grand seigneur; d'autres disaient
' Isambert, Bêcaeil dtt anciennei tou des déclarations du 6 nui i58i et du /nmfoàu, I. XIV, p. 38o. Voyei aussi 7 septembre iS8s.
1 580. qu'ils étaient allés pour dissiper une troupe de bandits. Ds repassèrent le 4 avril , menant des prisonniers.
Le 6‘ jour du moys d’apvril, advint ung grand et espoventable tremblement de terre dans les villes de Chasteau-Thierry, de Soissons et de Laon, en ung village près la Fère en Picardie, à Rouen, Pontoise, Poissy, S'-Germain-en-Laye lez Paris, Beauvais, Calais, et en quelques endroietz de la ville de Paris, tout en ung mesme soir' et mesme heure dudit 6‘ jour d'apvril, le tout bien vérifié par les habitans desdittes villes et lieux et aultres qui y estoient logez, ainsi que nous en avons sceu par eux le discours. Nous parlerons premièrement de la ville de Chasteau-Thierry-stu'-Mamc , qui est la plus proche de la ville de Provins, en laquelle commença ledit tremblement de terre, . dès les six à sept heures du soir, dans le chasteau, qui est assis au pied ^ d’une montaigne et rocher fort ferme. Duquel chasteau tremblèrent les logis si rudement, que les chiennetz ou landiers qui estoient aoubz les cheminées tombèrent à terre , tant ceux des chambres basses que des baultes, comme aussi firent-ilz en plusieurs maisons de la ville, où furent cassez plusieurs potz de terre et verre, qui estoient sur les dressoirs, planches et buffetz desdittes maisons. Les verrières des églises et maisons sonnoient et retentissoient à merveilles et en telle sorte que les habitans habandonnoient leurs logis , de peur qu'ilz tombant ne les accablassent dessoubz. Et dura ledit tremblement deux nuietz l’une après l’aultre, et non de jour. Le fauxbourg S-Nicolas, qui est oultrc la rivière, du costé de la Brie, ne trembla aulcunement, et n’y eut que la ville et chasteau. Les habitans coururent à l’église pour prier Dieu de les conserver, et firent, pour apaiser l’yre de Dieu, des processions par chascun soir jusques au jour de l’octave de Pasques, en jeusnant et confessant leurs peschez.
A Rouen , les maisons tremblèrent depuis quatre heures do soir jusqu'à minuit; les verrières des églises et des maisons furent brisées, quelques parties des voûtes de la cathédrale s’écroulèrent. A Calais, une portion des murailles de la ville et plusieurs maisons tombèrent . la terre s’ouvrit et laissa voir des hommes
' V'ovei le Journal de Ftyet, pubbé par M. Lutarclies , p. >8.
armés se combattant avec un bruit effroyable. U fut rapporté que le tremble- 1580. ment s'était fait sentir en plusieurs endroits de la ville de Paris, et nommément à l'bôtel de Nesie, où logeait madame de Nemours; mais le fait n'a pas été suffisamment constaté. Ce fléau, avec plusieurs autres, guerres, maladies, etc. est un signe de l'approcbe de la Qn du monde.
Dedans la ville de Paris, au moys de febvrier, commença à avoir cours une maladie qu'on appelle la coqueluche', qui fort tormenta les personnes qui en furent attainctes, dont la plus grand partie morut par ung cours de ventre , qui les saisit durant laditte maladie. Dès la lin du moys de febvrier, s’apperçut-on qu’elle estoit contagieuse et une peste couverte, et avant qu’il fust la my-mars, fut cognue estre une peste patente et descouverte, avec tous les signes et accidensqui la suyvent; et commencèrent dès lors les Parisiens à desfuyr ceux qui en esloient frappez et à se contregarder de hanter les lieux où elle avoit cours. Elle se respandit et priut son cours par les quatre coings et le milieu de laditte ville et des fauxhourgs d'icelle, avant qu'il fust la S'-Jehan-Baptiste, à la fin de juing, et se continua de plus en plus jusques à la fin de décembre, ù la fin duquel n’estoit encore cessée. Les mors de ceste maladie, en laditte ville et fauxbourgs de Paris, furent estimez excéder le nombre de soixante mille personnes. Aucuns ont tenu pour certain qu’il en estoit bien mort, tant d'une maladie que de l'aultre, le nombre de cent mille, qui me semble estre quelque peu trop, encores que la ville soit fort grande. Hz do la ville de Paris estimoient d’ung jour à l’aultre laditte maladie debvoir cesser, et pour ce ne partoient les malades de peste hors de leurs maisons, c’est assavoir ceux qui avoient quelque bien et moyen de se faire panser. Ceux qui n’avoient aucun ou peu de bien s’alloient rendre dedans l’Hostel-Dieit. Toutesfois laditte maladie ayant son cours de
' Copie d'une missive envoyée de Paris k Lyon par un. quidam à son bon amy, contenant novcHe de U santé et du nombre des morts de 1a contagion audit lieu et cité de Paris, etc. {Archhtt curieuse de tkiitoire de France, t. IX. p. 3a i.) — Voyex
aussi le Mémorial d'Eust. Piedmont, t. 1: — le Hegistre contenant plusieurs choses mémorables et non vulgaires (Bibl. imp.
collect. Dupuy, vol. Soi); — et le Journal de Fayet, p. 19.
1580. plus en plus, furent les habitans et gouverneurs contraincU de faire dresser des tentes et pavillons, à la mode d’ung camp, hors la ville et fauxbourg S‘-Germain, en tirant droict aux Chartreux , pour y faire mener les malades, par faulte de maison commune destinée k cest • effecl.
• Tous estrangers, comme escolliers des collèges, clercs de justice, serviteurs des marchans, absentèrent laditte ville pour s’en retourner en leurs pays ou aultre part, et ne voyoit-on par cbascun jour de l’esté de ceste ditte année aultres gens passer à grandes trouppes par les chemins que clercs, escolliers et aultres gens, et estoient teiz jours que par la ville de Provins en passoit plus de deux cens, quasi trois moys durant. Une partie des présidens, conseillers, advocatz, procureurs, notaires, sergens, gentishommes, bourgeois, marchans et artisans de Paris, qui avoient fermes, métairies et maisons aux champs pour se retirer, ou parens, amys ou alliez qui les volu.ssent recevoir, s’absenta aussi , et ne demeura audit Paris que gens qui n’avoient moyen de se retirer aultre part.
La fuitte des habitans de Paris fut cause de mettre la peste en plusieurs villes et villages à vingt lieues à la ronde, où ilz logèrent en passant chemin et où ilz demeurèrent, comme à Corbeii, Melun, Sens, Lagni, Chasteau-Thierry, Montmirail, Provins, Nogent-stu- Seine, La Ferté-Gauleber, Villenauxe-la-Grand et aultres lieux. Et qui estoit une chose fort à déplorer estoit que plusieurs mouroient sur les chemins, sans aulcunement estre secomruz en leurs nécessitez, et è grand peine trouvoit-on qui les volust enterrer, encores qu’ilz fu.ssent bien habillez et fournis d’argent sur eux.
Le roy, qui n’absentoit la ville de Paris, au commencement de ceste maladie pestilencieuse, plus loing que S‘-Gcrmain-en-Laye , le bois de Vincenne, S*-Maiir-des-Fossez et Fontenoy-lez-Meaux, volut contraindre par édict comminatoire les présidens, conseillers et bour- 'geois de Paris de retourner en leurs maisons dans laditte ville, ou en faulte de ce faire, promettoit d’y mettre des gens de guerre en garnison. Toutesfois k ces menaces n’obéirent tous les Parisiens. S. M.
fut en propre personne i diverses fois audit Paris, durant l'esté de 1S80. ceste année, et fut jusques au Palais, en la grand chambre dorée, tenir le siège de justice, pour homologuer certains édictz qu'il avoit faictz, et disoil-on qu'il ne craignoit aucunement laditle maladie contagieuse, à laquelle n’estoit subject, à cause de certains cautères ou playes qui estoient en son corps, qui couloient et jeltoient humeurs ordinairement pour certaines maladies qu’il avoit. Toutesfois à la lin s’absenta à Fontaine-Bleaue, voyant laditte maladie de plus en plus continuer audit Paris et les environs, et ne parla plus d'y retourner ne d'y faire retourner les habitans'.
Ap rès la S'-Martin d'hiver que les vacations de Justice furent faillies, plusieurs personnes, comme advocatz, procureurs, clercs et aultres, retournèrent audit Paris, espérant que, à cause de la saison de l'hiver, la maladie cesseroit; la plus grande partie desquels furent frappez de laditte maladie et peu eu resebappèrent. Moult de barbiers et cirui^iens, qui de leur volunté ou par justice furent commis à panser les malades, morurent; la plus grande partie d’entre eux estoient compagnons de l’estât, lesquels se bazardèrent au danger pour soulager les niaistres, qui leiu* proraettoient de les recevoir maistres s'ils en eschappoient.
Entre les habitans de Paris qui se retirèrent à Provins, fut la femme de M' Nicole Vignor, natif de Provins, demourant audit Paris, ung des plus savaus hommes en toutes sciences et principallement en la grecque, qui fussent audit Paris*; en la maison duquel (qui estoit en l'université), morutquelqu’im de ses pensionnaires de laditte maladie.
* Iiutructions données au maréchal de dilioo ? De Tbou dit que ce savant était de
Schomberg, pour prendre des infonna' Bar-surSeme. RigoleydeJuvigny.dansses
lions sur la sùrele d'un voyage que le roi notes sur la^ibliothèque française de la
voulait faire à Plombières, faire |Mtienler Croix du Maine, nomme même sa mère et
, les princes d'Allemagne quant à l'argent * son père , avocat du roi k Bar. Je pense qui leur était dù, etc. i58o, 7 avril. (Bibl. donc que notre Vignier est celui qui, dans
imp. Baluze, n* Ô476, fol. 18 r*.) un acte do i554 (appartenant à M. le D'
’ S'agit-il de Nicolas Vignier, tiislorio- Michelin), figure comme maître èi arU,
graphe de France, médecin de Henri III, récent de l’Ünivereilé de Paris an collège de
auteur de divers écrits d'histoire et d'ém- Bottn^na.
)5$0. Pour éviter cette maladie, laditte femme, qui estoil fort bossue et contrefaicte en nature , volut sortir de sa maison et de la ville de Paris, et pour prendre bon ayr, par la permission de son mary, elle se fit mener à Provins et s'alla arrester en la maison de Jacques Gigot , chapelier de son estât, estably en la rue de l’Estappe-au-Vin , nepveu, à cause de sa femme, dudit Vigner; elle avoit avec elle l’ung des filz dudit Gigot, demourant à Paris en la maison d’iceluy Vigner. Hz furent bien receuz par le chapelier, sa femme et toute sa famille, et pour les festoier à leur bienvenue, qui fut environ le i3 ou i4‘ du moys de juillet, furent mandez à bancqiieter les parens, voysins et amys dudit Gigot, bien au nombre d’ime douzaine et plus, lesquelz tous ensemble firent bonne chère et se resjouirent les ungs avec les aultres. Laditte femme par après fut mandée ës maisons des parens et amys pour la festoier et luy faire passer mélencolie. Mais ce ne dura longtemps; car laditte femme, devenant en malaise trois ou quatre jours après son arrivée, morut le 1 8* jour dudit moys de juillet, environ les sept à huict heures du soir, en la présence du prebstre qui fut appellé pour la confesser et de tous les voisins et voisines.
Si tost qu’elle fut morte, entrèrent en soubçon de la maladie contagieuse les habitans de Provins, qui furent advertis de sa mort si soudaine par le son des cloches, que l’on sonna en l’église de M. S‘ Ayoul, à la requestc dudit Gigot, pour la faire enterrer au lendemain honorablement et catholicquement. Mais soudain, par l'advis des gouverneurs et habitans de la ville, fut mandé qu’on cessast de sonner les cloches, de peur d’éventer laditte mort aux gens des villages et passans par la ville, et que le bruict feust semé par le pays que la peste estoit à Provins. 11 fut ordonné à M“ Nicolas Doury et Jehan Lelong, barbiers et cirurgiens du8it Provins , d’aller visiter ceste femme morte et de faire leur rapport si elle estoit morte de la maladie contagieuse ou non. Ce qu’ils firent, et rapportèrent qu’ilz n’avoient veu sur elle aucune apparence de peste ni aultre maladie contagieuse, en se faisant .payer dudit Gigot la somme de ao à a4 testons, tant pour leur prouffît que pour la despense faicte en la taverne. Depuis qu’ilz furent payez
dudit Gigot, auquel ilz assurèrent n'y avoir aucun danger, dirent à 158U. plusieurs personnes qu’il* ne sçavoicnt que dire à la vérité de ladilte mort, et qu'il estoit bon de se donner garde de hanter en la maison et avec les personnes où elle estoit morte. Qui causoit ung soubçon de danger sur laditte mort, estoit, avec le bruict de la maladie de Paris, la mort de six personnes qui estoit intervenue audit • Provins en quatre maisons, il y avoit quelque moys et six sepmaines auparavant, en deux desquelles maisons en estoient mortes deux en chascunc. La première maison où avoit commencé la maladie à Provins, de laquelle on doubtoit avant la mort de la Parisienne, fut celle de Jacques Privé, fil* d'Anthoine, tanneur, demeurant près le gué des Bourdes, dans laquelle morurent à huict et neuf jours l’une de l'aultre la femme et la servante dudit J. Privé , ayans esté toutes deux assez peu de temps malades. Avec ces femmes, morurent la femme de Thomas Bazou, mère de la femme dudit J. Privé; la femme de Claude Pesloê, belle-soeur de laditte femme Bazou et tante de celle dudit J. Privé, ayans toutes, comme l’on estimoit, pnns la maladie à visiter l'une l'autre; Thobie Richard et Péronne sa femme, à huict jours l’ung de l'aultre. Thomas Bazou fut malade à l'instant de la mort de sa femme, comme aussi fut la femme de Gabriel ou Gaspard Billot, sœur de la deffuncte femme dudit Bazou. I..a mort et la maladie de tous lesquelz, intervenue en six sepmaines, donnoit quelque soubçon de maladie contagieuse, avec la mort de laditte Parisienne.
Après la mort et visitation de celle-ci, fut faict commandement audit Gigot de fermer sa boticque et de ne hanter le peuple; lequel n’en volut rien faire à cayse du rapport des barbiers, et ne cessa d'aller et venir par la ville et tenir sa maison ouverte, faisant ■son estât de chapellier comme de coustume. Et n’avoit ledit Gigot apprébention aucime de laditte maladie, jusques après la mort d’ung de ses enfans, qui morut environ quatre ou cinq jours pour le plus après le trespas de laditte Parisienne; et pareeque ledit enfant, aagé de huict ans ou environ, avoit quasi la moytié de l’année esté ma-
1580. iade, ne sembloit estre mort de ceste maladie contagieuse, joinct aussi qu’il n’y en avoit sur luy aucune apparence, non plus que sur la Parisienne, laquelle avoit esté toutesfois enterrée de nuict, mais ledit enfant le fut de jour. Dès le jour mesme de l’enterrement de leur frère, furent malades deux aultres enfans dudit Gigot, aagez de '0 dix et douze ans ou environ, qui y avoient assisté en santé; pour la maladie desquels commença ledit Gigot à avoir craincte et appréliention d’estrc maladie contagieuse, lequel, pour en estre préservé et pour prendre bon ayr, partit de sa maison avec son lllz qui estoit revenu de Paris, et s’en alla à mons. S* Gond en pèlerinage et de là mena sondit ûiz en la maison de sa mère à Montmirail en Brie. Avant qu’il fust de retour, morurent encores les deux enfans malades tous en ung joiu' et à deux heures l’ung de l’aultre, dont advint grand trouble en la ville, car c’estoient jà quatre personnes mortes eu ceste maison en moings de treize jours. Plus grand trouble lut àJa mere, i|ui estoit seullc à gouverner ses gens et serviteurs, à laquelle et auxquels, par ordonnance de justice, fut delTendu de ne plus sortir de la maison, sinon avec une verge blanche en leur main, pour estre cognus des aultres peuples, et de n'aller parmy la foulle, comme aussi leur fut commandé d’enterrer lesditz enfans de nuict. Ce qui ne fut fai et, car M” Claude Halon, prebslre et clerc de l’église mous. S' Ayoul, à la prière et pleurs de la pauvre femme ai désolée, les alla querre sur les six à sept heures du soir, qui estoit encores plain jour, le soleil non couché, et plus de trois cens personnes par les rues à veoir que l’on en feroit, les mena en terre au cymetière dudit S'- Ayoul. cheminant non trop loing desditz enfans inortz et de ccluy qui les portoit, qui estoit ung jeune filz, aagé de vingt ans ou eii; viron, serviteur de la maison, qui les porta à deux voyages l’ung après l'aultre. Lequel déclara audit Haton n’y avoir, sur lesditz enfans raortz, aucun signe de pestilence, non plus qu’il y avoit sur sa main, disant les avoir veu en leur maladie et en les ensevelissant tous nudz par tout leur corps.
Ce neantmoins, ne fut plus permis à tous ceux de laditte maison
de hanter le inonde, joinc^ aussi que chascun les défuyoit et ne vouloit phis approther la mSison dans laquelle travailloient les serviteurs, jiisques au dimanche 7' jour d’aoust, que la servante tomba malade, à laquelle s’apparut le signe de peste en l'aine, près le ventre. Le mardy ensuyvant, qui fut le 9' jour dudit moys, fut pareillement frapjfte de laditte maladie 1a femme dudit Gigot en mcsme lieu que sa servante , laquelle ne céla son mal , non plus que celuy de sa servante. Les novelles reportées aux gouverneurs de la ville, fallut travailler et chercher où l’on mèneroit ces deux personnes malades, pour les faire panser; et furent lesditz gouverneurs deux jours entiers avant que d’en résouldre et s’ên accorder. Aucuns estoient d'avis qu’on les menast sur les murailles de la ville attenant du cymetiëre de S‘-Nicolas, en la maison jadix destinée aux malades de peste, laquelle toutcsfois cstoit toute desbastie, sans huys, fenestres, terre ni boucheure. Ce qui fut empesché par les capitaines de la ville et le lieutenant général pour le bally, lesquels rcmonstrèrent que, encores que laditte maison eust esté autresfois destinée aux malades de (este maladie, poiu* lors elle n’y povoit servir, à cause des troubles de guerre qui estoient en France, et que nuict et jour il falloit faire guet sur les murailles, sur lesquelles estoit assise ceste maison jà ruynée, qui seroit ung trop grand danger à toute la ville et principallement aux habilans du cartier de la porte de S‘-Jehan, qui sont subjecU àry faire le guet. Le tout ouy et débatu, fut advisé que, auprès de S*-Bris et la chapelle N.-D.-des-Champs, y avoit une maison seulle, loing des aultres, au lieu dit Garlat, appartenant à Âyoul de S'-Jehan, messager de Sens, en laquelle demeuroit ung pauvre homme qui n’avoit grand train , et qu’en attendant mieux falloit y mener lesditz pestiférez; ce qui lut faict, le 1 1* jour dudit moys d’aoust.
Les gouverneurs de la ville furent aussi empeschez à trouver des barbiers qui volussent saigner et médicamenter lesditz pestiférez qu’à trouver une maison pour les mettre, combien que les barbiers dudit Provins firent élection de deux d’entre eux pour y aller.
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.Mais les esleuz n'y voiiirent aller, l’ung 4psquelz s’aljscnta, el l’aultre fut mis en prison, qui fut ung nommé Tâbu, dcmourant au Chasteau. Celuy qui se cacha fut Jehan Guillcmin le jeune. Lesquels s'opposèrent à leur élection, disant que nulz aultres barbiers debvoient estre envoyez panser les malades susdits que les deux qui avoient esté visiter la Parisienne et qui s’estoient faict payer de leffi* rapport, non contenant vérité, comme il apparoissoit, et quilz debvoient les premiers estrc exposez au danger, comme ilz estoient à cause de laditte visitation , et que eux, après avoir faict la faction et le service l'espace de six sepmaines, s'offroient aller prendre leur place pour pareil terme et non aultremenr; et se soustenoicnt en procès les ungs contre les aultres sur ces articles-là , durant lequel temps les pauvres femmes malades souifroient grand mai , faulte d'estre seignées. Pour lesquelles soulager, alla à Villenauxe-la-Grand ledit Gigot, qui s'estoit approché de Provins, sçachant les novelles de sa femme qui estoit preste à accoucher, et trouva ung barbier, nommé M' Thibault, bon compagnon , tout jeune homme, auquel il donna six escuz pour aller saigner .sa femme et sa servante audit lieu de Garlat, ce quj fut fait. Dès le lendemain de la saignée, la femme escouchea d'un enfant, qui fut baptisé par ledit barbier, et environ trois heures après morut la pauvre femme . au grand regret de toute la ville de Provins , tant elle estoit honeste et bien volue de tout le monde. Elle est enterrée derrière la chapelle de N.-D.-des-Champs. Le mai-y fut fort-dolent; au lendemain de son enterrement, chargea encores ung jeune filz qu'il avoit, aagé de neufà dix an.s, qui avoit tousjours esté avec la mère en leur maison et jusques à ce qu'elle fut menée à Garlat, et l'enmena avec soy en la maison de sa mère, lequel environ six jours après mornt de reste maladie entre les bras du père, qui toutesfois n’eut aucun mal. La servante resebappa, mais avec grande dilTiculté, car la peste la reprint par deux fois avant qu’en estre guarie. Le serviteur qui avoit enterré les deux enfans susditz fut plus que serviteur fidelle, pareeque en ce danger oneques ne volut habandonner sa maistresse, qu'il pansa aussi bien et doulccment que si elle cust esté sa mère; au traitement
DE CLAUDE IIATON.
de laquelle fut frappé de peste et morut quelque cinq ou six jours |580. après saditte niaistresse.
Au lendemain que lesditz malades furent audit Garlat, les gouverneurs de la ville leur procurèrent une garde, qui fut une femme abandonnée, bonne commère, native de Goix, de la race des Pauievez, demeurant à Provins, nommée la Bicquetière, avec laquelle ilz composèrent de son salaire par chascun mois, pour les aller panser; ce qu’elle Ct avec ung sien jeune garçon aagé de neuf ou dix ans, qu’elle mena avec elle , lequel pareillement morut audit Garlat de laditte maladie. Après sa mort, laditte Bicquetière feit aller vers elle une petite fdlc qu'elle avoit, aagée de cinq ou six ans, poiu luy faire, compagnie, qui avec sa mère en reschappa. Les barbiers de Provins, estans avec les gouverneurs de la ville en la difficulté de procès qu’avons dict, se retirèrent à ce maistre Thibault, barbier de Villenauxe , auquel ilz composèrent de certain gage par moys pour se tenir audit Garlat, pour panser les malades, et en oultre luy fut faict promesse, après le danger passé, qu’il seroit receti maistre barbier et cyruigien à Provins sans rien payer. Mais nul ne fut en peine de ce faire; car il morut à l’entour de la S'-Michel ensuyvant audit Garlat, estant frappé de la mesme maladie. Il estoit estimé fort lubricque et paillard, et feit-on courir le bruict qu’il estoit cause de sa mort, ayant paillardé avec laditte Bicquetière ou aultre.
Ehu-ant le temps qu’il barbier fut audit Garlat, morurent au Chasteau de Provias deux personnes en une maison, assez près l’ung de l’aultre. Pour le premier, on ne se donna garde, encores que sa maladie ne fust que de quatre jours; mais, quand le second morut, on doubta que ce fust de laditte maladie , et pour en sçavoir lut envoyé ledit M' Thibault pour le visiter, qui rapporta qu’il estoit mort de peste. Toutesfois, personne de ceux qui avoient hanté en laditte maison et visité et pansé lesditz malades n’curent aucun mal; et n’y eut en toute la ville de Provins maison où on monist de peste que celle dudit Gigot et ceste-cy du Chasteau. Les. voisins dudit Gigot, qui avoient esté au trespassement de la Parisienne et de son premier
1580. enfant mort n’eurent aucun mal, ni auitres de ceux qui hantèrent avec luy.
Ne fault icy oublier à dire ce qui fut faict d'ung petit enfant qu'avoit ledit Gigot, aagé de vingt mois ou environ, luy estant absent et mig peu avant que sa femme devint malade en sa maison. Laquelle, par’le conseil de ses voysins qui l'aymoient fort, aussi bien que son mary, rasa les cheveux de son petit enfant le plus près de la teste qu’elle put, le lava tout nud en belle eaue cbaulde, et puis après en du vinaigre par toutes les parties du corps; et ce faict, fut le pauvre enfant porté par la chambrière au millieu de la rue sur une planche que les voysins’y avoient mise , sur laquelle l’alla prendre une pauvre femme de la rue des Boulançois, pour l’emporter dans sa maison, le revestir des habitz que les voysins luy donnèrent aultres que les siens et le nourrir avec elle. Lequel en reschappa et n’eut aulcun mal. Ledit Gigot, de six enfans qu’il avoit à la venue de sa tante la Parisienne, n’en conserva que deux, le plus viel et le plus jeune. Au bout de trois mois, et six sepmaines après le décès de sa femme^ il pensa retourner en sa maison; mais fut contrainct d’y renoncer par la clameur des habitans; sa maison ne fut ouverte qu’au commencement de décembre par la Bicquetière dessusdite, à laquelle il marchanda de la parfumer et nettoyer, et il y rentra à la fin dudit moys de décembre.
La peste pénètre h Nogent-sur-Seiue apportée par les passanl| qui venaient de Paris, et commence au faubourg de la Trinité, dans l'hôtellerie des Trois-Rois, dont elle enlève tous les habitants. A Villenauxe-la-Grande, il y eut une ou deux maisons infectées par les hardes qu'un habitant de cette ville avait prises à un individu mort sur les chemins. La maladie règne aussi à Montmirail , la Ferté- Gauchcr et Melun. — Chapitre général des jacobins tenu à Rome. — Le bourg de Moulin-d'Ocie lez Bray, pour être à l'abri des gens de guerre, s'entoure de fossés et se ferme 4e murailks , avec quatre tourelles et une porte fortifiée. — Procès au parlement entre M. du Tillet, greOier de cette cour, seigneur de Gouaix, et les habitants de Gouaix, au sujet des usages dont ils jouissaient et dont M. du Tillet voulait s'emparer. Ces usages avaient été cédés à la commune par M”* de .Sainte-Colombe, à chaige de 5 d. t. par an pour chaque ménage. —
Mortsubite de Sanuon Marois, de Maulny, paroisae de MccJ-sur-Seioe (i8 juin). I5HO.
— Un homme de Bray- sur -Seine est pendu ii Provins, le ii juin, comme faux monnayeur. — Un meunier de Villiers Sainl-Georgcs, cher lequel on avait trouvé de la fausse monnaie, est condamné à élre fouetté et banni du bailliage de Provins. — Mort, vers le i5 juin, de M' Nicole de Chantercine. chantre de N.-D.-du-Val, ancien aumônier du duc François de Guise. — Procès entre Jean de Ville, avocat, jadis procureur du roi à Provins, et le bailli de Ville- •
nauxe, second mari de sa belle-GlIe. — Jean de Ville reçoit en grâce sa fille, veuve du grand maire de Donnemarie, qui l'avait chassée à cause de sa mauvaise conduite. — Malgré les conventions de Nérac, les protestants du midi fortifient leurs places de sûreté et s'emparent de plusieurs autres villes, où ils mettent garnison. Dès le jg novembre iSyg, le prince de Condé s'était enfermé dans la ville de la Fère en Picardie. Les princes de Bourbon font un manifeste pour, expliquer la levée des armes et rallier les populations à leur cause Déclaration du roi en réponse à ce manifeste, pour exprimer son désir de la paix, se plaindre de l'inexécution des conventions, et promettre aux protestants la stricte observation des traités^. PInsieurs gentilshommes, à la suitt^de cette déclaration , abandonnent le parti des rebelles.
Le roy despeseba capitaines et chefz de guerre pour lever gens au son du tabourin, qu’il commanda eatre levez en diligence et menez ès lieux qui leur furent ordonnez, et ne s’arrestèrent les capitaines longtemps en ung lieu ni leurs soldatz aussi, et sembla y avoir ung meilleur ordre et gouvernement Jt la levée et conduitte desditz soldatz que ès années passées. Mons. de la Valette, gouverneur de Metz en Lorraine, feit sonner le tabourin au balliage de Provins et dedans la ville pour lever gens, le 1 4‘ jour dudit moys de juin, pour les mener au camp qui s'assembla près de Soissons; duquel camp fut gouverneur pour le roy mons. le marescbal de Mastignon, auquel S. M. envoya plusieurs pièces d'artillerie , qu’on chargea à Paris pour assiéger la ville de la Fère. Le siège fut mis environ la Teste de mons. S> Jehan-Baptiste, auquel fut envoyée partie des capitaines et soldatz
' Déclaration et proleatation du roy de ^ava]Te sur les justes occasions qui lonl meu 4|^rendre les armes pour la défense et tuition des églises réformées de France.
i58o. [Àrckivti cuneiu€$ Je rhistoire de France, l. X. p. i.)
* 3 juin i58o. (Isambert, Hecaeil des anciennes lois françmses, t XIV. p. ^78.)
1580. des gai-des du roy, eutre aultrcs MM. de Tachy et de Lours, le* Provins, avec leur réginnent. Les chevaux de l’artillerie furent fournis par ung marchand de Paris, tous enharnachez et estelez à ses despens, pour lequel rembourser furent envoyez commissions de par le roy aux élections qui ne fourniroient castadours, pour faire taille sur les villes et villages, qui fut une chose bien faicte au prouffit des pauvres gens. Ceux de l'élection de Sens loiunirent cent cinquante pionniers, qui passèrent par la ville de Provins, tous habillez de toille, le aô'jour de julliet; lesquclz, à l'instant qu’ilz furent arrivez, furent bien foudroiez et battus par les ennemys huguenots qui estoient dedans la ville, comme aussi furent plusieurs pionniers des aultres élections; et croy que de ces cent cinquante n'en reschappa jamais trente en santé.
En moings de quinze jours après qu’ilz passèrent par Provins, en rapassa quelque douzaine les ungs après les aultres, si navrez qu’à peine se povoicnt-ilz soutenir. Ce siège feit moult de mal à toutes personnes du camp du roy; car pour battre laditte ville, qui n'estoit close que de fossez et rempars de terre sans aucune muraille, fallut dresser deux ou trois boullevers de terre pour y monter l’artillerie, et la tirer aux maisons et habitans qui cheminoient par les rues. Ceux qui tenoient bon dedans estoient tous bons guerriers, entre lesquels estoit le seigneur de Mouy; lesquels, à couvert de leursditz rempars pour tirer leur artillerie , endommagèrent fort le camp du roy, sans que les gens dudit camp les peussent que peu endommager jusques à ce que les boulevers ou ravelins de terre fusssent dressez. Hz de dedans firent plusieurs salves sur le camp du roy, qu’ilz forcèrent par plusieurs fois avec grand murtre et eifusion de sang. On feit courir le bruict qu'ilz avoient pour une saillie prins et enmenè plus de trois cens pionniers du camp du roy, qu’ilz menèrent dans la ville, pour réparer ce que l’artillerie povoit gaster en leurs rempars. Le roy, sur le bruict que les huguenots avoient surprins la ville d’Esparnay, commanda aux villes de dessus la rivière de Marne de se bien ganjer, si eUes ne ,vouloient qu’il y mint garnison, les menaçant d’im rigoreux chasliment
si elles se laissoient surprendra par l’cnnemy. Et pour empescher que I5KO. les assiégez ne fussent secourus par ÿultres huguenotz, S. M. feit dresser trois camps vollans és environs dudit lieu de la Fère, qui occupoient les passages des rivières d’Aisne et Oyse; le camp de la Fère fut enforsi de quatre mille lansquenets, lesquels, aussitost qu’ils furent arrivez, ne cerchoient qu’à donner assault. S. M. ordonna aux gens de guerre de ses ordonnances qu’ilz eussent à se rendre au camp au jour du moys de juUict, et il feit proclamer l’arrière-ban des nobles de son royaume, pour les faire aller au camp ou contribuer aux fraiz de la guerre.
La compagnie de mons. le duc frère du roy se meint aux champs dès le commencement du moys d’aoust, pour s’assembler è$ environs de Provins; ilz se rendirent à la fin dudit moys ès villages des parroisses de Chalaustre-la-Grand, de la Chapelle-S‘-Nicolas, de Mériot, dcMcel, d’Ermez, de Sordim, de Leschelle, de S'-Martin deChasnetron, de Bonsac, de Voulton, de S'-Bcis, de Gymbrois, de Bouiliy et Mortery, où ilz furent l’espace de douze jours à tourner de parroisse enparroisse, en attendant leur capitaine, M. de Rosne, gendre de M. d’Estoge. On les avoit mis aux champs afin de taseber de se rendre maistres du chasteau d’Anglure, pour et au nom dudit seigneur d’Estoge, nommé Jacques d’Anglure'. Ce chasteau est une des plus belles baronneries de France, qui a moult de seigneuries qui rebèvent de luy, lequel lors appartenoit à ung riche marchand de la ville de Troye, qui l’avoit achepté par décret, il y avoit environ deux ou trois moys. Dont estoit marry ledit sieur d’Estoge, qui voluntîers injustement s’en feust emparé , à cause de son nom d’Angltire , encores que auparavant que le marchand l’acbetast n’y avoit aucun droict. Mais le marchand , ayant esté adverty de ceste entreprinse , ferma les portes et leva les pons, ayant mis dedans quelques soldats pour le deffendre.
Les hommes de guerre de ceste compagnie de mons. le duc les
' Jacques d’Anglure . vicomte d’Es- d’Auierre, caphaine de cinquante hommes toge, sieur de Bray-sui'-Aisne, d’Arci, etc. d'armes, fut député de la province de chevalier de l'ordre du roi, gouverneur Champagne aux états de Blois.
1560. plus habilles et mieux montez, avec •leur capitaine, ledit sieur de Rosne , partirent des paroisse; d’Ermez , Meel , Mériot et Chalaustrela-Grand à ung soir, ayans laissé leurs serviteurs et bagages ès logis , et cheminèrent toute nuict, jusques é ce qu'ilz fussent contre les portes du bourg d’Anglure, qu’ilz trouvèrent fermées, et ès environs se serrèrent en embuscade. Au matin, è l’ouverture de la porte, sans estre descouvers, pénétrèrent dans le bourg, où ils furent trois jours à faire bonne chère aux despens des bonnes gens, cerchans tous moyens pour entrer audit chasteau , ce qu'ilz ne purent faire , parquoy furent contrainetz d’en desloger.
Sur ces entrefaictes , furent semées les novelles de 1* reddition de la ville de la Fère, laquelle fut rendue le lo* jour du moys de septembre par composition , après avoir soustenu deux ou trois gros assaulu, dont l’ung fut baillé le jour de la feste mons. S' Bartholomy, où plusieurs de nos gens furent rudement escarmouches. La composition fut telle, que ceux de dedans sortiroient leur vie et bagues saulves et s’en yroient la part qu’ilz vouldroient, les tabourins sonnans, les enseignes desployées et la harquebuse sur l’espaule, chaigée et le feu en la main; ce qu’ilz firent. Hz ne se fussent rendus, si les vivres ne leur eussent défailly, principallement de vin et de chairs, lesquels s’estoient gastez et tournez au bruict et tonnère des canons que le camp du roy et eux tirèrent, joinct aussi que nos gens à diverses fois trouvèrent moyen de faire entrer l’eaue à oultrance en laditte ville, et que , les maisons rompues des coups de canon , les hommes estoient tuez par les rues. Les habitans qui s’estoient absentez avant le siège incontinent rentrèrent en leurs maisons, pour veoir ce qui leur estoit demeuré de reste. Mons. le prince de Condé n’estoit plus dans la ville dès auparavant quelle fut assiégée, ains s’en estoit party pour aUer, comme il disoit, querre des reistres en Allemagne pour leur venir au secours; mais, au heu d'aller en Allemagne, tourna bride pour prendre le chemin , avec bien petite compagnie , en Poitou et de là en Guyenne , trouver le roy de Navarre , qui remuoit mesnage audit pays. Le bruict commung fut que mons. le duc fut occasion qu’ilz de la Fère hirent
prins, et que luy-mesnie en avoit faict les conditions, ce qA, toutesfois, je ne peux croire, mais plus tost fut la novelle qu'ilk eurent plus tost que nos gens d’une bataille perdue par le roy de Navarre contre le roy auprès de la ville de Bergerac, ainsi que nous dirons incontinent.
Le siège de la Fëre dura plus de deux moys et demy, et durant ce temps fut par M. le mareschal de Mastignon mis si bon ordre que les laboiu-eurs de cinq à six lieues à l’entotir du camp eurent moyen de faire leur moisson en paix; car à peine de la hart estoit deffendu à toutes gens de guerre de ne les empescher aucunement ni leurs bestes aussi. Lesditz gens de guerre estans audit siège furent payés de moys en moys, et leur furent menez vivres en si grande babondance qu’ilz en eurent compétamment à bon marché. Les vivandiers qui suyvirent ce camp n’eurent moyen de butiner à leur proulBt en recèlent et en acheptant aucun meuble ou bestc des soldatz, qui n’eussent osé desrober aucune chose sur les paysans, sous peine d’estre pendus sur le champ à la plaincte desditz paysans.
Rupture do camp, après la prise de la Fère.
Plusieurs soldatz furent laisses en garnison à la Fère, aultres mis ès villes frontières de Piccardie, et les aultres menez i Metz. Les gardes du roy se retirèrent par Boissons à Meaux pour aller trouver le roy; les lansquenets pareillement furent conduietz par auprès de Meaux, pour les envoyer au camp de Guienne contre le roy de Navarre et ses huguenots. Le pays, depuis la rivière de Marne jusques à la Fère, fut fort mangé de gens de guerre, tant à l’aller cpi’au retourner; mais la Brie peu s’en sentit, et n’eust esté aucunement endomagée, n’eust esté ceste compagnie de mons. le duc, laquelle y fut l’espace de cinq sepmaines.
Henri DI envoie une armée en Guyenne contre le roi de Navarre, sous la conduite du maréchal de Biron, auquel se joignent M. de Danville, dont les protestants tenaient le château d'Alais, et M. de Joyeuse, dont ils tenaient le château
1580 CoriAd. Cette armée reprend plusieurs places et met en déroute les troupes protestantes près de Bergerac, où périssent quatre mille hommes et leur chef, M. de l>avardin, lieutenant du roi de Navarre, qui, au mois de mai précédent, s’était emparé par surprise de la ville de la Trinité-cn-Cabors. Treize enseignes des protestants, prises à la bataille de Bergerac, sont apportées au roi, qui les envoie à NotreDanie de Paris, et ordonne une procession générale pour le succès de cette journée* et pour la prise de la Fère. — Une armée royale, envoyée en Dauphiné sous le commandement du duc de Mayenne, reprend la ville de la Mure le jour de la Tùussaint. — Le duc d’Anjou reste neutre entre son frère et le roi de Navarre; il s’occupe de continuer son entreprise sur les Pays-Bas. M. de la Noue, son envoyé, est fait prisonnier par les Espagnols. M. de Rochepot, qui succède à la Noue, entre à Cambrai, dont les Espagnols font le siège, et demande secours au duc d’Anjou.
Pour le regard des afiaires de Flandre, le duc d’Anjou donna commissioas à plusieurs capitaines pour lever hommes, au nom du roy. Entre aultres qui l< .èrent soldalz soubz son autorité en ce pays, fut ung <{ui se faisoit nommer le capitaine Beaulieu, seigneur de Fay, enfant d’un hostelier de taverne de la ville de Nogent, nommé Virelois; le- (|uel, dès la fin du moys d’aoust, leva une compagnie d'hommes entre les villes de Troye, Sens et Nogent, qui ne feil que tourner le pays à dix lieues à l’entour desdittes villes, sans passer la rivière de Seine en la Brie, qu’il ne fust le 1 5 ou 1 8' jour du moys de novembre de ceste présente année. Avec luy, environ la fin du moys d’octobre , se joygnirent audit pays de Champaigne sept ou huict aultres capitaines, avec cbascun leur compagnie de voleurs, et du tout firent ung régiment qui montoit à quelque quinze cens hommes ou environ , assez bien équippez, duquel fut coronal et chef ledit Virelois, surnommé le capitaine Beaulieu. S’estant rassemblés ès environs de Troye, ès pays d’Aix-en-
' Il me parait y avoir, dans ce passage, erreur ou confusion. Je oc trouve, dans les historiens contemporains , aucune mention d'une bataille de Bergerac sous la date de 1 58o; de plus, le seigneur de La- ^ vardin , qu'on sait par d'autres indications ^ avoir été au service du roi de Navarre el
avoir pris part aux événements de cette époque, ont mort, non en i58o, mais en Enfin, lo roi de Navarre en personne se rendit maître de Cahors, qui s49nbio être désigné par Haton sous le nom de la Trinité en Cahon
Othe, Arce, Tonnerre et pays voysin, ilz prindrent leur chemin par auprès de laditle ville de Troye, tirèrent à Méry-sur-Seine et de là s’avalèrent par le rivage de laditte rivière , tenant quatre ou cinq lieues de large jusques à Montereau-Fault- Yonne , à mener tous les villages à tire , sans en laisser que ceux qui estoient à gentisbommes de grand crédit , iesquelz encores ilz rançonnoient^ur n’y loger, comme aussi faisoient ceux où ilz logeoient, chascun son hoste et bien rudement, avec grosse chère et despense excessive. Après avoir mangé, pillé et rançonné tous les villages d’entre les rivières de Seine et d’Yonne depuis les liciu où ilz s’assemblèrent, passèrent la Seine à Egligni etaultres lieux voisins à gué, environ le i 6 ou 1 8* jour dudit moys de novembre, et se logèrent ès villages des environs dudit passage. Ilz se présentèrent pour loger au bourg de Luysetaine, mais en furent chassez , pareequ’il n’y eut que img capitaine avec sa compagnie qui s’y présentast. Hz logèrent de là à Savins, S'-Saulveur, Moy, Pugni, Neufvry et les villages voysins. Le boiu'g de Gosture se rançonna à eux de 6 1 escuz , alEn qu’ilz n’y allassent loger. De là, ilz allèrent loger à Sordun et parroisses d’Ermez, Meel, Mériot, Voulton et Gymbrois, où ilz se firent traicter à leur volunté plus que le saoul, et rançonnèrent leurs hostes à leur dévotion, taxant chascun d’eux son logis à ung, deux, trois et jusqu’à huict escuz , sans compter leur despens. Non contens d’avoir leur part, les maistres voleurs contraignoient encores leurs hostes d’en donner à leurs gougeatz et porte-besaces, et falloit que le bon homme passast par là. Hz ne furent pas moings de deiu jours et demy esdittes parroisses, et au desloger, s’en logea d’aultres en leur place, auxquels il fallut recommencer à donner rançon et faire grosse chère. Le maistre brigai\,d Virelois s’alla loger au viUage du Plaissié-de-Mériot , au logis de Claude Risse, où il feit une despensc et rançon qui excéda la somme de 35 escu|, et sembloit que ce voleur et les gens de sa compagnie eussent juré de ruiner les habitans de ce viUage, qui oneques ne luy avoient faict aucun desplaisir.
Estans tous les voleurs de 'ce régiment logez ès parroisses susdittes, eurent advertissement que le roy avoit mandé à mons. de Tin-
tevilie , lieutenant du gouvernement de Champaigne et Brie, qu'il eust à se ruer sur eux pour les prendre prisonniers ou les tailler en pièces, en se servant de l’ayde des gentislionunes et des villageois du pays rassemblez au son du tocsin. Sur cet advertissement, le a6‘ jour de novembre repassèrent tous par le village de Meel-sur-Seine, pour aller gangner la rivière, qu’ilz passèrent à la Motte, retournèrent en Qiampaigne et se retirèrent dans les boys de Vauluysant, et de iè à la tesnière brigantine d’Aix-en-Otbe, d’Arce, de S‘-Florentin et de Tonnere, d’où la plus part estoient sortis.
Ce pendant qu’ilz fuyoient, les gentisbommes de la Brie s’amas- .soient pour s’aller ruer sur eux, et eut charge mons. d’Estemay et de la Motte de les faire assembler par un mandement de mons. de Tinteville, son parent. Hz se trouvèrent jusques au nombre de soixante, bien accompagnez de plusieurs paysans leurs subjeetz, au lieu de la Motte-de-Tilly, lezNogent, au logis dudit d’Esternay. LeSquelz allèrent soubz sa conduitte, encores qu'il feust le plus jeune de tous, après iceux voleurs jusques au delà de Sens, et leur donnèrent la fuitte jusques en la vallée d’Aillant, parmy les bois, à l’ayde des paysans du pays, où firent grand butin des rançons qu’ilz voleurs avoient faict par les villages; et par ce moyen fut rompue cette trôuppe brigantine. Les prévostz des mareschaux et lieutenans de courte robbe avec leurs archers allèrent après et cerchèrent aux escartz, où en trouvèrent quelques-ungs qu’ilz firent prisonniers. Mais ne fut novelle qu’on en exécutast ung seul par justice. Ceux de Provins en amenèrent prisonniers dix ou douze, lesquels, pour le grand nombre d’or et d’argent qu’ilz avoient, furent, après avoir esté buict jours en prison, mis en liberté par le commandement des juges à opze heures du soir etréputez les plus gens de bien du monde, excepté ung porte-besace, qui eut le fouet pour avoir rançonné le bon homme.
Une ou deux compagnies, se voyans enfermez et poursuivis par les gens des mareschaux et paysans des villages, estans entre Braysur-Seine et Montereau , se saulvèrent dedans le chasteau ou maison forte d’Ëgligny-les-Chastenay; pour lesquelz prendre, fut mandé au
bally de Provins mons. de Potières, qu’il, avec main-forte, se transportast audit lieu pour les avoir. Ce mandement receu , se trouva le dernier jour de novembre dans la ville de Provins, où fit faire le ban par les carrefours que tous soldats et habitans de laditte ville qui le vouldroient suyvre, pour aller à Chastenay et Egligny prendre prisonniers ou tailler en' pièces les soldats voleurs qui s’estoient retires au chasteau desdits lieux, ils aim>ient part au butin qui en viendroit, et si leur feroit-on bonne chère. Ce ban faict, plusieurs jeimes gens furent en délibération d’y aller; mais, après qu’ils eurent entendu que les gentishommes estoient jà par les champs avec ledit hally, ne se volurent mettre aux champs, sçachant hien que lesdits bally, gentishommes et gens de justice desvaliseroient ou prendroient argent des hrigans, et par après les làscheroient et renvoyeroient lesdits habitans payes en ung • retirez-vous. • Ce qui advint à quelques-imgs qui y furent avec ledit bally. Quand on fut arrivé, le bally sommales capitaines de se rendre, pariementa avec eux une heure et plus, pendant que la populace des paysans se morfondoit ès environs du chasteau, puis il ressortit pour remercier lesdits paysans et habitans des villes de leur compaignie, leur donnant à entendre que lesdits capitaines et soldats estoient advouez de s’estre mis aux champs et qu’ilz avoient commission de mons. le duc, et pour ces causes que nul n’eust à leur mal faire; et, en sa présence et de toute la compaignie, sortirent lesditz capitaines et soldats l’enseigne desployée, le tabourin sonnant, la harquebuse sur l’espaulle et le feu en main, pour s'en aller loger par étiquettes ès villages voysins. Les gentishommes et justiciers partirent de là tous ensemble et payèrent les bonnes gens qui les avoient suyvis en ung • adieu • et t retirez-vous, me^ amys, ce n’esi pas ce que nous pensions. > Dès au lendemain avant jour, lesditz capitaines et soldats se saulvèrent chascun en leurs maisons, ayant bien payé lesditz bally, gentishommes' et justiciers pour eschapper de leurs mains. Dieu sçait ceux qui fiutsnt les plus bonestes voleurs.
Auparavant ceste venue de voleurs ès environs de Provins, mons. de Sautour, lieutenant de mons. le duc ès villes de Champaigne et
I5HO, Brie' qui csioient de son appanage, se trouva audit Provins la vucille de la Teste de nions. S' Michel, qui sont les derniers jours du moys de septembre, se présenta à Thostel de la ville aux procureur et eschevins, et là monstra imc lettre signée de la main de mondit seigneur le duc, par laquelle S. A. mandoit qu’il avoit envoyé ledit de Sautour audit lieu, comme aussi il avoit faict ès villes de Meaux, Cbasteau- Tbierry, Espamay et Sézanne, pour donner à entendre aux babitans desdittes villes son Intention, qui estoit telle que ledit de Sautour leur dirait. Or, il de Sautour feit entendre, par une longue harangue qu’il fit aux gens dessusditz, que mons. le duc estoit affairé en grandes affaires, lesquelles il ne povoit bonnement parachever, si- ce n'estoil par le moyen de l'ayde des babitans des villes de son appanage, auxquelz il s’adressoit pour estre secouru de deniers, n’entendant toutesTois que lesditz deniers fussent levez sur le pauvre peuple par forme de taille ni emprunt, mais seuUcment fussent prins sur les receptes des deniers commungs des villes, s’il y en avoit, ou bien qu’il plust aux riches babitans, coname gens de justice, bourgeois, marchans et aultres qui avoient le moyen, de les fournir, et en ce faisant obligeroient ledit seigneur à jamais pour les recognoistre ses vrays amys et loyaux subjeetz.
Geste harangue ouye par les gens du roy, procureur et eschevins, furent d'avis d'assembler tout le corps de la ville au lendemain jour de S'-Micbcl, pour leur déclarer par ledit de Sautour la'requeste de mons. le duc. Assignation fut baillée aux plus riches et apparens pour comparoir, au jour S'-Michcl et dix heures du matin, à l’bostel de la ville, comme aussi fut faict le ban au son de la trompette pour tous ! les mauans et^habitans, à peine d'amende. Et pour occasionner ung
* François des EssarU, sieur de Sau* tour, Sormery, etc. écuyer d'écurie du roi, lieutenant de roi en Champagne, fut tué à Troves le 17 décembre iSgo. On trouve, dans le catalogue des archives de Joursanvault . Vindication de deux pièces
concernant la nomination de Sautour comme gouverneur de Champagne sous le duc de Guise, en ibSo (t. I, p. 36o, n* 3011), et roctroi d'une pension qui lui est fait par François d'Anjou, en i5B3 (i. 1. page 36o, n* aota).
DE CLAUDE BATON. 1033
chascun à aller ouyr ledit seigneur, les quatre capitaines n’ouvrirent 1580. les portes qu’il ne fust l'heure de midy, et faisoient entendre au peuple que ledit de Sautour en avoit les clefz; qui fut une occasion de le faire maudire par une infinité de gens tant de la ville que d’alentour, pareeque tous eslrangers et viateurs qui avoient couché en icelle ville ne sceurent pai tir qu’aprés laditte heure de midy. Les habitans de PrO' vins, pour la pluspart, ne luy sceurent meilleur gré, d’aultant qu’ilz peiisoient aller à la foire à Villenauxe, qui se tient ce jour-là. Les taverniers de Villenauxe luy en sceurent aussi peu de gré, d’aultant que la viande qu’ilz avoient appareillée leur demeura, faulte de mangeurs. Toutesfois, il n’estoit vray que ledit seigneur eust les clefz, ains les capitaines, d’aultant que, si les portes eussent esté ouvertes, les plus riches marchans et habitans fussent sortis de la ville sous le nom de la foire. Il de Sautour se représenta à l’assemblée , et devant icelle répéta sa harangue, exortant à son possible les habitans d’accorder audit seigneur duc quelque somme notable, puis se retira.
M‘ Jehan Retel, advocat du roy, print alors la paroUe et persuada à l’assemblée de se cotter ung chascun pour faire une somme notable pour présenter audit .seigneur. Mais, après que ung chascun eut entendu que ceste requeste n’estoit que de grâce, et qu’il n’y avoit ni taxe faicte ni commandement du roy pour lever les deniers, oncfjucs ne volurent accorder de rien donner, et s’excusoit img estât sur l’aultre. Le populaire, qui ordinairement est le plus foullé détaillés, déclara qu’il ne povoit rien accorder, disant que telle requeste ne s’adressoit à luy, ains aux gens du roy et de justice, qui ne payoient des tailles du roy. Les gens de justice s’excusèrent et dirent qii’ilz estoient contens de contribuer selon leur offre qu’ilz feroient , et que les bourgeois et marchans se cottassent avec tout l'aultre peuple. Et à ce jour ne fut aultre chose arrestée , sinon que l’on feroit offre audit seignetir, pour le corps de la ville de Provins, de la somme de 1,300 escuz pour une fois; et furent les gens du roy et de justice qui accordèrent et firent ceste offre audit sieur de Sautour, sans avoir
1580. résolu où et sur qui on prendroit l’argent. Geste olire faicte, M. de Sautour se retira de la ville et s'en alla à ses aHaircs. Quelques jours après son partement, il escripvit aux gens du roy et gouverneurs qu’ilz eussent à lever laditte somme et la tenir preste pour la mettre en ses mains, ou bien à la porter eux-mesmes au seigneur duc, qui estoit à Bloys, pendant ung jour préHx qu'il leur donna. Pour auquel mandement satisfaire, fut le corps de la ville rassemblé à l'bostel d'icelle, et fut ung chascun requis de faire son offre en particulier; mais l’offre des plus riches fut si petite que à peine eust-on sceu amasser en toute la ville 1 5o cscuz, et n’y eust homme , quelque riche qu'il fust estimé, qui offrist plus de 6 escux.
Sur ces difficultez, arriva à Provins mons. de Rosnc, capitaine de lu compignie dudit sieur duc, auquel l'on feit entendre la requeste dudit de Sautour, faicte au nom dudit sieur duc; lequel dist que les deniers demandez n’estoient pour son altesse, et qu’il n’avoit donné chaîne de les demander, ains que c'estoit pour le particulier proulbt dudit de Sautour, et pour payer ses debtes, qui estoient plus grandes qu’il n’avoit vaillant, et que, pour subvenir au pyement d’icelles, il par importunité avoit tiré de mondit seigneur duc la lettré qu'il leur avoit monstréc, à laquelle quand ilz n’y satisferoient, n’auroient pourcela la malegrâce dudit seigneur, car il avoit de l’argent et du revenu assez pour satisfaire k ses entreprinses, et, encores qu’il n’on eust, ^ n’en vouldroit demander à aultre que au roy son frère et non à ses subjeetz. Ce que ceux dudit Provins creurent estre vray, et oneques depuis, pour le reste de ceste année, ne parla-on plus de trouver ni donner laditte somme de i,300 escuz ni aultre. Il de Sautour avoit faict pareilles requestes aux habitans des villes de Meaux, Cbasleau- Thierry, Espamay et Sézane, desquels, comme l’entendis, n’en peut tirer non plus que des habitans de Provins.
Aucuns cui-ent ce jugement en eux et tindrent pour certain que ledit de Sautour, nonobstant le dire du seigneur de Rosnc, n’eust osé entreprendre de demander argent en tant de villes pour soy, et que ledit seigneur duc ne luy eust baillé sa signature si légèrement,
s’il neust eu volunté de prendre l’argent offert par lesdittes villes, si 1580. • elles luy en eussent baillé, et que cest argent esloit pour subvenir aux fraiz de la guerre de Flandre, et pour payer ses soldatz, auxquclz,
Taulte d’aigenl, pemiist le pillage et le rançonnement qu’ilz Firent. Car ilz soldatz nullement se cacboicnt pour demander et contraindre de donner les rançons qu’iiz faisbient sur leurs bostes ès villages par où ilz passoient.
Ceux de Provins, voyans les trouppes du régiment susdit loger ès environs de la ville, eurent oppinion qu’ils vouloient les assaillir et tascher à les surprendre, et pour s’en donner de garde redoublèrent le guet de nuict et de jour, Firent corps de gardes par les rues, rondes sur les murailles, et mirent l’eaue dedans leurs Fossez. Hz disoient qu’ilz gens de guerre vouloient entrer en leur ville pour la piller, k cause du reFus qu'ilz avoient faict audit de Sautour ou i mons. le duc de l'argent par eux promis, et qu’en vengeance de ce lesditz .seigneurs les y envoyoient, chose à quôy jamais ne pensèrent. Lesditz de Provins ne furent asseurez qu*ils n’eussent sceu le mandement du roy ou du gouverneur de la province pour leur courre sus.
Environ le 1 5* jour du moys de juin de ceste année, survint une maladie qui eut cours en ce pays de Champaigne et Brie, comme je croy qu’elle eut quasi par toute la France, que l’on domma la coqueluche. Ceste maladie prenoit les personnes par une manière de frissons de Gebvre qui duraient ung quart d'heure, puis après on entroit en la chaulde qui durait ung autre quart d'heure, puis on retouraoit au Frisson, par après à la chaulde, et avoient les accez ceux qui en furent atteinetz trois et quatre Fois en moings d’une heure, et de ce mal estoient-ilz si tormentez qu’ilz estoient contraiiictz de se coucher et garder le lict, ayant l’appétit du tout perdu. Par après, entroient en une toux si grande que rien plus , jusques à rendre le sang par le nez à force de tousser, et demeuraient si rocques et enrouez qu’on ne les ouyoit quasi parler. Et dura ceste maladie aux personnes qui en furent atteinctes quinze jours. I.,a quatriesme partie du peuple, nommément de Provins et de plusieurs villages d’alentour, en furent ma- , »3c*.
1580. lades el plusieurs en moururent. Toutesfois ne fut maladie contagieuse*.
Jubilé ordonné par le pape Grégoire \III, à l’occasion des troubles surscuus dans le rovaunie de Portugal. On le célèbre le to juillet dans le diocèse de Sens. — L’ne compagnie d'arquebusiers se forma à Villenauxe et obtient du roi des lettres d'institution à l’instar de celles des arquebusiers de Provins. Les arquebusiers de Provins vont, à la fin de juillet, tirer à la butte à Villenauxe, et ceux-ci viennent tirer à Provins à la mi-août. — Procession générale à Paris, le jour de saint Roeb, pour faire cesser la peste qui régnait dans cette ville. — M'Berson, cordelicr, prédicateur du roi, docteur en théologie, quitte Paris à cause de la maladie contagieuse, se retire à Provins, où il passe plus de quatre mois dans le couvent des Cordeliers, et fait plusieurs sermons excellents.
Environ le i 5' jour du moys de septembre, fut veue au ciel avec les estoilles une cornette, qui estoit environnée de plusieurs rayons en manière de cheveux, avec une queue qui remonstoit droict à l'orient des petis jours de l'année; et n'estoit laditte cornette si grande ne si enflammée de couleur qu'estoit celle de l'an qui s'ap-
parut au moys de novembre, combien quelle sembla estre située non loing de l'endroict qu’estoit celle de laditte année. Elle fut veue par l'espace de trois moys, jusques à ce que le ciel et l'endroict où elle estoit fixée fussent tournés au soleil couchant des grands jours , pour se manifester aux antipodes. La veue d'icelle bailla jugement aux humains de quelque futur mal à advenir à la France*.
Dès au moys de juillet, par l'espace de huict jours et plus, fut le soleil veu par chascun jour diminuer de sa clarté et splendeur ordinaire incontinent après son lever, comme sur les six heures du matin, jusques i dix, et q’uclques aultres jours toute la journée; et combien qu'il donnast sa clarté sur la terre , si est-ce que des yeux on le povoit contempler et regarder aussi fermement ou bien peu moins que la
^ Voj. sur c(M]ueluche de i58o, les Mémoires d*Eust. Piémonl. (. 1 ; le Registre contenant mémoire de plusieurs choses mémorables, etc. iBibl. iinp. Dupuy, vol.
5oi), eide Tliou. Iltst. untv. b LXXII.
* VoT. dans la Bibliographie astronomique de Lalande l'indicaLion de plusieurs écrits relatif à la comète de i58o.
DE CLAUDE BATON
lune; et disoit-ou ce corps céleste pâtir ou endurer quelque passion, ou bien que Dieu démonstroit aux humains, par son signe solaire, quelque passion leur devoir advenir en brief. Et par deux ou trois diverses fois l’a-on appcrccu audit esté faire son cours en tel estât. Aul- .tant en apperceut-on au soleil, au moys de juillet 1 667, que les seconds troubles et guerres civilles de France recommencèrent. Dieu sçait qu’il adviendra des signes qui sc sont apparus en cesle présente année. En oultre, par quatre nuictz, en divers moys, la lune n’ayant poinct son cours, les estoilles ne donnant poincl de clarté ou bien peu, s’apparoissolent au ciel des flambeaux ou tourbes, rouges comme flammes ou charbons de feu, lesquelles incontinent estoient recouvertes d’aultres tourbes noires et obscures, et nonobstant la clarté ne diminuoit poilfct ou bien peu. Et fut veu ce- signe ès moys de septembre , de novembre et de décembre, en cbascun d’eux une ou deux nuictz.
L’esté de ceste présente année fut beau, sec ctserain, incontinent après son commencement jusques â la fin. En son commencement fut pluvieux par l'espace de dix ou douze jours du moys de juillet, qui donna beaucoup de fascherie aux moissonneurs et laboureurs de Cbampaigne et vallée de Seine , lesquels eurent peine à serrer le reste de leurs grains, métaux et fromens, et ne purent si bien faire qu'ilz n'en euss^t une partie de germé aux champs; mais. depuis là, le temps s’adonna à une grande challeur, qui dura jusques à la vueille de la S'^-Croix, sans avoir pieu que deux ou trois fois, pendant cinq ou six heures au plus. Depuis lors jusques à la S'- Mathieu, le temps devint plus firoict que de coustume, et fut l’espace de six jours nébuleux, qui estoit le commencement des vendanges, et par ung jour cheut de la pluye assez froide; laquelle tombée, retourna le temps à la chaleur assez modérée, qui dura jusques au jour de mons. S' Michel, que la pluye recommença dès après minuict et dura jusques k huict heures du matin. Après les neuf heures, le soleil donna sa clarté assez modérément, qui reseieba la terre aussi seiche qu’elle estoit auparavant, et dès au lendemain, dernier jour du moys de septembre, le temps s’adonna à une froidure seiche et hasleuse,
1580. qui dura trois sepniaines entières, accompagnée d’une gelée quelques jours blanche , quelques jours noire , telle que l’eaue , qui estoit coye à la vigcur du vent d'aniont qu’il faisoit , estoit glacée l’espesseur du dos d’ung gros Cousteau. Lesquelles gelées, dès la première sepmaine d’octobre, bruslèrent les feuilles des arbres et des vignes, comme si le feu eust couru au long pour les roustir, et demeurèrent telles sur les arbres, noyers et vignes jusques après la Toussainetz, etfault croyre que, si la terre eust esté moulliée, elle eust gelé ung pied. avant en fond, le temps demeurant sec, beau et serain. Et dura ce hasle jusques à la feste de M“ S** Katherine, non si froid ordinairement que les trois premières sepmaines, excepté les 4, 5, 6, 7, 8 et 9' jours de novembre, qu’il feit ung froid noir comme en plain y ver, mais ■sec. Et en tous les jours ausditz, ne fut veu le soleil que le 7' Jftur, depuis dix heures du matin jusques à deux heures après midi, qu’il rabsconsa sa clarté jusques au jour de la S'-Martin d’hiver, 1 1' jour dudit moys. La terre fut aussi seiche et haslée que homme du monde l’avoit oneques veue en telle saison, et n’y trouvoit-on humeur en foulliant, qu’on n'eust creusé en plusieurs lieux jusqu’à six pieds. Les grains qui furent faietz et semez depuis la S‘-Denis ne levèrent entièrement qu’il ne fust la S’-André, et pensèrent plusieurs laboureurs avoir perdu leurs temps et semences, et, où ilz avoient faigt des métaux, relabourèrent leurs terres et y semèrent du blé froment. Les eaux, ès grandes rivières de Seine, d’Yonne et de Marne, estoient aussi basses qu’en plain esté et plus, et par tous endroicU les passoiton à gué.
Après que les pluyes, qui commencèrent à la S** - Katherine , qui est le commencement de l’hiver, furent venues, et qu’elles eurent destrempé et arrousé la terre , les bledz fromens levèrent après la S'- André hien gaillardement, et ne semhloit-qu’il y eust ung grain de perdu. Les métaux, qui estoient levez assez pauvrement et à demy, commencèrent à se monstrer et espanouir, qui causa une resjouissance au simple peuple, qui entroit jà en chagrin de peur de la charté, et à vray dire les laboureurs n’en disoient pas à cbascuA ce qui leur en
sembloit, et en cstoit tenu le grain, principallement le froment, 1580. plus cher de i 2 et 1 8 den. sur le boisseau, mesure de Ptjpvins.*
Environ le 1 5 ou 16' jour du moys de décembre , cessèrent les pluycs , et fut quelque trois ou quatre jours sans pleuvoir, qui seicha ou essuiaila terre; puis après vint une petite gelée seicbe, rpii dura sept jours, que le temps s’en retourna à la pluie, où il continua le reste du moys de décembre, fin de ceste présente année. De ceste seconde pluye enflèrent les rivières et commencèrent à desrivea, pour se respandre par leur cours ordinaire yvemal, qui fut ung grand avantage à la ville de Paris; car, outre la difficulté qu'on faisoit d'y aller pour la maladie, aussi faisoient difficulté les marebans d’y mener marchstidises par les rivières, faultc d’eaue esdittes rivières.
Quatre hommes de Courions sont pendus en cfligie à Provins, le 32 octobre, pour avoir assassiné un nommé Edme Vion. — Les charges de clercs des greffes sont érigées en offices'. Un conseiller au paricment de Paris vient à Provins au mois d’octobre, pour y procéder à la vente de ces offices. Le roi, au lieu’ de supprimer, comme il s'y était engagé dans son édit sur la réforme de la justice, les offices qui foulaient le peuple, en crée de nouveaux. Il oblige les juges présidiaux, les présidents, les lieutenants généraux, à lui payer chacun une ceitaiue somme d'argent, et, eu retour, il augmente leurs gages et leurs attributions *. — Aignan Martin, moine et chantre de Saint-Ayoul, après avoir eu pendant plusieurs années pour maîtresse Jeanne Farel, femme de Jean Camus, l'abandonne, en lui enlevant de l'argent et des bijoux, et prend une nouvelle maîtresse. Jeanne cherche plusieurs fois querelle à celle-ci, et se dispute avec elle dans l'église même du prieuré; le moine, irrité de ce scandale, pénètre la nuit chez elle, la lie à un banc et la fouette de la manière la plus violente.
Jeanne porte plainte k la justice; Martin est mis en prison, puis, par faveur, renvoyé devant l'official et élargi en attendant la sentence.
Ici il y a ane lacune dans le manuscrit. Toute la fin de l'année 1580 et le commencement de l’année 1581 manquent.
' i58o, mars. (Fontanon, t. 1, p. é8.J.)
’ i58o, juillet, (fil. téid. p. 355.)
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