‹ Mémoires de Claude HatonChapitre 26 sur 77 · IU4/Ï · texte numérisé non relu

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1581. remist sur les villages de ce pays et de la France, encores soulra le nom de irions, le duc.

l^es aultres régimens que nous avons dict estre allez passer à Mon- (ereau et les environs s’avancèrent jusqu’au delà d’Orléans, accompagnez de la compaignie dudit sieur duc, qui estoit des ordonnances du roy, sous les ordres du sieur de Rosne, et gastèrent le pays par les excès qu’ilz commettoient; ils furent, par le commandement du roy, qui en ouyt les plainctes, chargez et mis en vau de routte par les gardes de S. M., conduietz par irions, de Beauvais, capitaine d’icelles gardej, assisté des gens de justice dudit Orléans et des paysans du plat pays des environs, assemblez au son du tocsin. Plusieurs desditz voleurs furent tuez sur le champ, les aultres estropiez, les aultres prins prisonniers et le reste mis en fuitte, estans desvalisez de leur hagage et armes. Hz avoient arre.sté près d’un moys ès environs d’Orléans.

Ia' bruit courut que ces troupes devaient faire partie d’une armée que le duc d’;\iijou voulait assembler pour reprendre les seigneurs de la Noue et de Chamois , faits prisonniers par les Espagnols. — II courut aussi des bruits de mésintelligence et de guerre entre le roi et son frère.

l.es chefz desdittes trouppes et aultres de leurs gens qui restèrent *sain$ et saulves de la compaignie d’ordonnance dudit sieur se rallièrent pr le commandement de luy et se remirent en trouppe, estans fortifiiez d'aultrcs compaignies que son excellence avoit faict lever ès pays d’Anjou, Poytou, Touraine, Vendosmois et Berry; il les feit as.semhler en forme de camp et les envoya passer la rivière de Seine à Mculan, Mante-sur- Seine et les environs, pour aller deffendre Camhray et Mons, qui estoient tenus en grand destroict et sur le poinct de se rendre aux Espgnolz.

Pour lors que lesdittes trouppes ducalles retournèrent en Flandre et passèrent la rivière de Seine aux lieux susdits, le roy estoit à S'- (iermain-en-Laye avec bien petit train, et n’estoit sa court avec luy, mais à Bloys, et e.stoit renversé le proverbe commun qui dict que la

court est avec le roy et le roy avec la court. Estant donc S. M. audit 1581. SMjennain, luy fut persuadé que les trouppes de son frère qui estoient logées ès environs du passage de laditte rivière, à plus d’une demyc journée de S*-Germain, estoient là assemblées pour luy mal faire et le prendre prisonnier ou bien le tuer, si mieux ne povoient.

Et, estant de ce persuadé, s’enserra audit S'-Germain et manda ses gardas de se retirer audit lieu et les environs, au plus près de sa personne que faire se pourroit, et n’eust este le danger de la maladie pestilencicusc tfjui a voit encores coursé Paris, se feust retiré, pour se mettre en plus grande siireté. Et pour ce faux rapport, redoubla le bruict de la guerre entre saditte majesté et ledit sieur duc, qiti se continua jus((ues au moys de julliet, que fort apperceut dtt contraire.

Nous avotts laissé à dire, quand les troupes ducales estoient ès environs de Provins au moys de janvier, ce tjui advint audit Provins par quelques-uns desdites troupes qui avoient obtenu la permission d'entrer dedans la ville pour acbepter leurs nécessite* ou airltrement.

Entre aultres fut ung Cambrésien ou Flamand, qui s’estoit rendu au service de M. le duc, ainsi qu’il disoit; lequel, apres avoir disné. en fhostellerie de l’Escu de France et avoir bien beu du meilleur vin qui y feust, s’en trouva aulcunenrent surprins et yvre, l’ayant trouvé meilleur que la bière de son pays. Qui estant remonté sur son cbeval bel et bon, luy frt faire mille ruades au millieu de la rue, telles que chascun se serra dedans les maisons, de peur d’estre par luy blessé. F,t pour mieux faire du vaillant, desgaina ung coutelas qu’il portoit à sa cynture, et s’escarmouchoit seul à son timbre et aux ruades de son cbeval. Ores advint que plusieurs personnes, assemblées au lendemain d’une feste de nopces, cbeminoient dansant par la rue à la trinée, qui passèrent par fendroict où estoit ce braguart guerrier. Lequel, Irrité en soy de la danse de ces personnes, s'approcha pour les frapper et faire cheminer son cheval au travers d’icelles. Ce qu’elles ne volurent souffrir patiemment. Toutesfois, de peur de scandalle, se destounièrent, affin de n’estrepar luy bles-see* et de peur aussi de le frapper. Qui

1581. fut cause de luy faire haulser son orgueil et de le rendre plus audacieux, faisant raine de vouloir frapper toutes personnes qui estoient à sa rencontre. Entre aultres passa le président Marchant, allant à l'assemblée des présidiaux, qui se faict après midi, qui cuyda estre taillé en pièces, et fut contrtunct de se saulver en une maison. De quoy irrité, ledit président envoya ung messager aux gardes des portes de la ville , pour leur commander de fermer lesdittes portes, jusquee à ce qu'on eust mis ordre dedans la ville; puis il commanda aux seigens qui se rencontrèrent, comme aussi aux archers et auUres, de appréhender au corps et faire prisonnier ce vaillant chevalier et tous aultres gens de guerre qiii estoient audit Provins. Ce qui fut faict. Aucuns desditx gens de guene s’apperceurent qu’on leur vouloit courir sus, et pour ce, sans sonner mot, tout doulcement gangnèrent la porte de S'-Jehan, qu’ilz trouvèrent fermée; lesquels, sans faire effort, tournèrent bride pour gangner celle de Jouy, qu’ilz pareillement trouvèrent fermée; parquoy leur convint filler doux et se rendre prisonniers au premier commandement qui leur fut faict. Ce que ne volut faire le chevalier flamand, ains, courant par les rues çà et là pour se saulver, donna beaucoup de peine à ceux qui le poursuivoient. Toutesfois, estant serré à ung destroict, fut son cheval frappé par les flancs d’ung coup de harquebuse.

Le gallant desmonté fut conduict et enfermé ès prisons du roy. Ses compagnons furent tenus prisonniers en l’hostellerie de l’Escu de France, et leurs armes et chevaux saisis, jusques à ce qu’ilz eussent lait apparoir de leur commission du roy pour aller par les champs manger le bon homme. Le chevalier mutin fut mis en une fosse ès prisons, où il s’endormit jusques après son vin cuvé. Ses compagnons, qui estoient en arrest à l’Escu de France , prièrent les sieurs de justice que liberté fust donnée à une partie d’entre eux, pour s’en aller aux villages où estoient logées les trouppes advertir leurs capitaines et apporter la commission quais avoient; ce qui leur lut accordé, et n’en demeura que deux pour ostages , qui furent menez ès prisons du roy avec leur compaignon mutin. Au lendemain, leurs capitaines les al-

lèrent retirer, ayant contenté les sieurs de justice de parolies, d’argent ou anl^rement , et promis de punir le Flamand selon les loiï de la guerre , lequel n’estoit aulcunement souvenant du scandalle qu'il avoit faict le jour précédent. Son cheval morut le jour mesmc qu'il fiit blessé, de quoy il fcit de grands' regretz , pour la bonté qu’il disoit cstre audit cheval. Les sieurs de justice, comme aussi les proctu'eur et eschevins de Provins, firent ung procès-verbal de tout ce que dessus et de la mort du cheval, qui fut visité par les mareschaiix de la ville, lesquels déclarèrent qu’il n’estoit mort du coup d’arquebuse qu'on luy avoit porté, ains de l’échaufiture qu’il avoit eue au travail que son maistre luy avoit donné. Et ce fut faict pour éviter aux reproches de moDs. le duc , soubz le nom duquel ces gens de guerre tenoient les champs, et oneques depuis n’en fut porlé.

Le roi laisse le soin des aflaires publiques à sa mère, et, {wndant que Calheriiir de Médicis reste à Blois, il se retire à Saint-Germain-en-Laye, suivant les uns pour se faire guérir de maladies honteuses dont il est atteint, suivant d'autres, pour attendre l'exécution des conventions arrêtées récemment entre les catholiques et les protestants du midi. Au mois de mai, il reprend la conduite des affaires.

Durant le séjour d'Henri 111 à Saint-Germain, des commissions furent doiiuees à divers capitaines pour amasser des gens de guerre qui devaient être conduits en Piémont par le maréchal de Brissac, gouverneur de ce pays au nom du roi. I.e capitaine Gay fit battre à cet effet le tambour à Provins fe i5 février.

Mort du duc de Savoie Emmanuel'Phifibcrt son fils, Charles-Emmauiiel, lui succède.

Antoine, roi de Portugal, dépossédé de ses états, demande a Henri Uf des secours d'bommes et d'argent. — Henri 111, sur la réclamation de l'ambassadeur d'Espagne , défend à ses sujets de se mettre en armes pour la guerre de Flandre. Le mandement du roi est publié à Provins le 6 juin. Quelques compagnres rléjà formées se dispersent, entre autres celle de M. de Giresine. M. de Montormcl, gentilhomme de la troupe de M. de Giresme, est arrêté comme pillard et comme ayant fait passer son cheval sur le corps d'une femme enceinte; il se tire d'affaire avec do l’argent — Apparence de désunion entre le roi et le duc d'Anjou: on

' Emmanuel-Philibert, duc de Savoie, né le 8 juillet i5x8, mourut le 3<> août

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1581. voulait, à ce qu'il scnihlc, faire noire au roi d'Espagne que Heuri 111 était impuissant à arrêter son frère dans son entreprise des l’ays-lSas. Ces difficultés durèrent jus(|u’à l'époque de la S‘-Jean-Baptiste, (pie le mouvement des troupes ducales |•ecom^Ieu(;a. Les villageois abandonnent encore une fois leurs maisons; les villes de Montereau, Provins et Château-Thierry sont nienarées. l'n capitaine, aux ordres du duc d'Anjou, entre dans Montereau, et, pour assurer le passage des gens de guerre, y met garnison, sans cependant molester les habitants. M. de •Sautour, lieutenant du duc, se rend ensuite maitre de Cliâteau-Thierrv et y établit sa résidence.

La ville de Provins, qui est entre ces deux villes, éprouva plus de crainte que les autres, à raison des mille écus que le duc d'Anjou lui avait fait demander l'an précédent, qu’elle avait promis et qu'elle avait refusé de payer à plusieurs reprises, malgré les réclamations et les menaces de M. de Sautour. Les gouverneurs, pensant que l'argent qu'on voulait tirer d'eux n’était pas pour le duc. mais pour M. de Sautour lui-même, s’étaient résolus à résister à tonte personne qui en exigerait le payement, autre que le roi ou quelqu’un chargé d’une rom mission de lui.

Pour ce faire, ilz renforcèrent le.s gardes de leur ville de nuict et de jour, et posèrent ung guet par chascun jour sur la grosse tour du Chastcau, rjui, de^coiivrant de toutes partz à une lieue à l’entour, contoit les gens de pied ou de cheval qui s’approchoient des murailles, et du costé qu’il les appercevoil posoit une enseigne ou estendart d’une nappe ou linge, et sonnoit la cloche aultant de coupz qu’il povoit conter d’hommes; et si d’advanture leur nombre estoit si grand qu’il ne les eust sceu conter, il sonnoit à l’elTroy, et à ce son les gardes des portes regardoient de quel costé estoit son estandart posé, et fermoient la porte de ce costé. Mais tout cela ne les exempta de trouver la somme promise, et de la porter audit seigneur duc.

Qui espoventa davantage les gouverneurs et hahitans dudit Provins, furent plusieurs compaignies de gens de guerre qui passèrent par les villages des environs , et les menaces qu’on disoit qu’ilz faisoient d'entrer dans la ville pour la piller et y trouver dix telles sommes de deniers (pie celle promise qu’ilz refusoient de donner. Chose que n’avoienl volunté de faire lesditz gens de guerre, encores que le sieur de Sautour eus! mandé aux Inibitans de Provins qu’ilz s’abusoient de

refuser la somme promise, et que de la donner en seroient con- 1581. trainctz de bon gré ou de force.

La cause du délay de fournir laditte somme par lesditz de Provins estoit qu’ilz n'avoient commission d’en faire taille sur les habitans, ce que rhons. le duc ne vouloit estre faict, ains entendoit que les plus riches de la ville et qui payoient le moins de taille au roy fournissent laditte somme, sans en rien demander aux pauvres artisans et gens de mestier. Le corps de ville s'assembla plusieurs fois à ce sujet ; aulcuns estoient d’avis qu’il falloit fownir la somme, aultresnon, et disoient ce pouvoir tourner en conséquence, et que le roy, estant adverty de la levée desditz deniers, en pourroit faire ressentir toute la ville. A une assemblée, l'on demanda aux plus riches qu’ilz vouloient donner chascun; l’offre la plus haidte qui fut faicte fut de loo I. t. que olfrit Girard Janvier, homme riche de ao à a5,ooo liv, de rente.

L’offre la plus haultc d’après, qui fut faicte par mons. ffetel, advocat du roy, fut de lo escuz. Toutes les aultres, et des plus riches justiciers, marchans et bourgeois, furent de a, 3, 4, 5 et 6 escuz. Toutes telles offres assemblées ne se trouvèrent monter à 4oo escuz; le reste ne volut offrir ne promettre aucun denier. Parqtioy demeura la levée en arrière jusques au 1 5 et i 6' jour de juillet , que les gens de guerre qui tenoient les champs estoient logez ès environs de Provins, et mons. le duc avec son armée ès environs d’Estampes, qui, comme estoit le commung bruict, tiroit audit Provins pour exterminer la ville. Les habitans. Intimidez par les menaces de M. de Sautour, trouvèrent laditte somme, qu’ilz portèrent audit seigneur duc, avec de grands présens de roses et conserves, jusques à S'-Jehan de Nemours. Ce ne fut sans en advertir ledit sieur de Sautour, qui estoit pour lors é Chastcau-Thierry, qui ne fut pas joyeux quand il sceut que lesditz de Provins portoient eux-mesmes laditte somme audit sieur duc, et pour ce empescher, courut à bride avalée de Chasteau-Thierry à Provins et de Provins à Montereau, pour rattrapper lesditz de Provins , devant qu’ilz fussent audit seigneur duc pour luy présenter leur aident.

1581, Les gouverneurs et lés députez de Provins, après avoir trouvé le duc à Nemours ou les environs, luy firent la révérence et offrirent a S. A. leui's présens de roses et conserves, sans luy offrir aucun argent. Lequel sieur receut lesditz présens bien favorablement et inonstra fort bon visage auxditz de Provins, qu'il remercia gfrandement. Lorsqu’ilz le saluèrent, il estoit sur son partement pour aller à Monstereau, où il arriva le ao' jour dudit moys de julliet. Lesditz lie Provins le suyvirent jusrpies audit Montereau, car c’estoit leur chemin pour s'en retourner. Là trouvèrent M. de Sautour, qui pareillement estoit allé au-devant dudit seigneur, et les regarda d’im fort maulvais ceil, toutesfois ne leur dist aultre chose; ilz pensèrent qu'il les auroit mis en la maie grâce dudit seigneur, duquel ilz prindrent congé et se retirèrent à Provins, avec assurance qu'ilz ne logeraient en leur ville aultres que luy et les gens du train de sa maison.

Ledit seigneur séjourna audit Montereau jusques au a 3” jour de julliet, donnant ordre au passage de son armée, qui estoit au delà pour la pluspart. Les habitans firent des pontz de bateaux sur la rivière pour passer partie de laditte armée; une aultre partie passa par le pont de Samoys, et l’aultre par dedans la ville ou attenant de Braysur-Seine. Laditte année estoit de plus de 5o,ooo hommes, tant de pied que de cheval', partagée en deux campz qui avoient faict la guerre l’ung contre l'aultre en Guyenne et Languedoc l’an dernier passé, et estoient meslez les ungs parmy les aultres, tant huguenotz que catholicques, ayant tous esté ramassez par ledit sieur duc, qui avoit faict establir par le roy son frère une paix à l’advantage desditz huguenotz, affin de s’en servir pour sa guerre de Flandre.

Durant ce temps que ledit sieur estoit à Montereau, et dès aujiaravant il y avoit plus de quinze jours , les pays de Brie et valée de Seine estoient tous plains de compagnies de guerre, qui tenoient les champs sous son auctorité et logeoient par les villages où bon leur sembloit,

' De Thou dit [Hui. (mtr. i. LXXIV) millo de cavalerie, tous de la première que l’armée du duc d'Anjou était d'environ nc^lesse.

dK mille homme» d'inCanterie et quatre

sans porter grand respect à plusieurs gentishommes, entre aultres une 1581. compagnie qui estoit conduitte par ung capitaine nommé Tournebon, qui tourna quasi tous les villages du balliage de Provins et aultres, à dix lieues loing. Lequel, au moys de juillet, logea par deux fois en quinze Jours dedans le village et parroisse de S‘-Yllier, malgré le gentilhomme du lieu, mons. de Quincy. Au partir, la première fois, allèrent loger au village de Savins; de lè firent une tournée à cinq ou six lieues et retournèrent audit S'-Yllier, où ilz furent quasi une , sepmaine entière à y faire beaucoup de mal, et signamment au petit village de Villars, appartenant audit sieur de Quincy. Hz mirent le feu en une belle grange, bien bastie et couverte de tbuille, audit S'-Yllier, assez prez de l'église, appartenant à Saulsoy, apoticairc de Pro-

vins. Le capitaine Tournebon, voyant laditte grange brusier, pour sa deschai^ et faire du bon compagnon, arresta prisonnier ung portebesace aagé de dix-huit ans environ, manda audit Saulsoy qu’il l'envoyast querre ès prisons de Provins pour en faire la justice, e't le remit entre les mains du lieutenant de courte robbe.

Le régiment de la Ferté tenoit le pays et avoit passé la rivière de Seine à Noyen, poiu- se mettre en la Brie, qui à sa manière accoustumée rançonnoit les gens des villages aussi rudement qu’il est possible. Avec lequel estoit le capitaine Beaulieu, duquel nous avons parlé cy-devant , qui n’avoit plus peur que les prévostz des mareschaux de Provins l’allassent cercher pour le prendre. J1 n’avoit plus charge de capitaine à ceste fois, pour les grandes plainctes qu’en avoit eu ledit de la Ferté.

Passa en ce temps ung aultrc régiment par auprès de Montereau, de gens de guerre bien mal renommez et tous huguenotz , conduiclz par le capitaine Merle, homme insigne en toute meschanceté, et estoit celuy qui print la vUle de Mende la nuict de Noël en l’an 1079, où il fit un carnage de prehstres et de gens catholiaques incroiable. •

Il lut noveUe que ledit régiment avoit entré par force dedans le bourg de Cheroy, non loing de Moutcreau, où ilz firent ung grand désastre de biens et carnage de personnes, et signamment des prebstres. Hz

1581. pilloient les églises et rompoieut les ymages par où ilz passoient, comme si on eust esté encores au temps des troubles et guerres pour la religion. Hz allèrent gangner la rivière de Marne par au dessus de Nangis et n'approchèrent de la ville de Provins de plus près.

Une compagnie de cinquante honames de pied, gens bien en ordre et bien morionnez, audit moys de julliet, trois jours avant que mondit seigneur arrivast à Montereau', allèrent surprendre la novelle cyta- <lelle de Goix, où ilz entrèrent sans grande résistance, et s’y logèrent à leur ayse, après avoir tué ung pauvre maçon lymosin, qui besongnoit sur les murailles dudit Goix. Hz furent buict ou neuf jours audit Goix à manger de toutes leurs dents, à piller et à rançonner tout à leur ayse. Hz pillèrent les biens. et meubles de l’église, comme aussi les meilleurs des habitans. Hz emportèrent les harquebuses et aultre.s bastons, forcèrent et viollèrent plusieurs filles et femmes, et emportèrent de l’or et argent de rançon de chascun son boste ime somme incfbiable. Tel homme n’en esebappa pour lo escuz.Ilz firent grande largesse des biens dudit Goix et spécialement du vin aux aultres compagnies qui estoient logez en la parroisse de Challemaison. Hz demeurèrent audit Goix jusques après l’arrivée de mons. le duc à Provins, qui les en fit desloger, après avoir rcceu les plainctes qui luy en furent fdictes par les habitans dudit Goix , que luy présenta nostre maistre Ferré, jacobin, docteur et confesseur dudit sieur duc, sans toutesfois faire aucune punition des excez par eux commis audit Goix.

La compagnie d’hommes d’armes de mondit seigneur duc, que luy entretenoit le roy soubz la conduitte du seigneur de Rosne, se logea ès environs de Provins, à Chalaustre-la-Petite , et de là ès pai-roisses d’Ermez et de Meel-sur-Seine, où ik furent une sepmaine entière à faire une despense excessive, à laqueUe ne povoient satisfaire les •pauvres gens des villages. Sçaehant l’approche du duc leur maître, ilz s’esloignèrent de luy et montèrent le chemin de Chaslons , tenant les villages, sans rester en garnison ni aller à la guerre, au grand préjudice des habitans.

Mons. ie duc, estant à Montereau, receut novelles des habitans de 1581. Catnbray par deux messagers, qui arrivèrent en poste pour le prier de se baster et son armée d’aller au secours de leur ville, qui ne pouvoit plus tenir contre le camp espagnol, ou, en faulte de ce faire, seraient contrainetz de la livrer. Ces novelles firent baster l’armée dudit seigneur duc, qui estoit eucores au delà de Montereau, par le mande- , ment que leur en fit S. A., et luy-mesme, partie pour faire baster de cheminer laditte armée, partie aussi pour contenter les messagers qui estoient venus à luy, se partit de Monstereau le a3' jour de juillet, et alla coucher dedans la ville de Provins, où il arriva après sept heures du soir, ayant disné et souppé à Donneniarie. 11 fut novellc que ledit seigneur avoit party le jour de dimanche contre sa coiistume, ce qu’il n’eust faict sans le t||andement que luy apportèrent lesditz messagers de Cambray, car, selon le dire de ses gens, jamais il ne cheminoit le dimanche.

Les habitans de Provins furent advertis de sa venue dès le samedy au soir par les fouriers, qui allèrent marquer les maisons et retenir les logis pour son train. Le logis de S. A. fut dedans l’abbaye de S'- Jacques, l’abbé de laquelle s’en estoit party trois jours devant, faisant feincte d’avoir nécessairement affaire à Paris. Les plus riches gens dudit Provins craignoient sa venue, pour le faux bruict qu’avoit semé le seigneur de Sautour de l’ire de S. A., aulcuns desquels absentèrent la ville, comme avoit faict ledit abbé. Les aultres cachèrent leurs trésors en terre et aultres lieux; on cacha aussi les trésors des églises, calices, croix d’or et d’ai^ent, orfèvrerie des sainctes relicques, de peur que ledit seigneur ne s’en saisist, comme on avoit dict qu’il vouloit faire. Les quatre capitaines de la ville firent sonner le tabourin et faire le ban dès le samedy, que chascun habitant povant porter armes eust à SC tenir prest au dimanche, sept heures du matin, pour aller en armes au devant dudit seigneur. La grande messe se chanta en toutes les églises plus matin que de coustume. Puis les tabourins sonnèrent pour assembler le peuple de chascun quartier au lieu assigne pour le rendez-vous , où chascun capitaine fit la revue de ses gens ; les mieux

1581. amies furent cunduictz au Pré-aux-clerci , et là fut faicte une reveue généralie des quatre quartiers, lesquels ensennble se trouvèrent monter au nombre de plus de cinq cens harquebusiers, tous bien en ordre et la pluspart morionnez. Lesquels, estans dressez par rans de sept à sept, montèrent au chasteau de Provins, les enseignes desployées, les taboiirins sonnans, et les quatre capitaines cbeminans les premiers, et sortirent hors de la ville sur les dix à onze heures du matin. Mais comme on eut novclles que mons. le duc n’arriveroit que sur les trois à quatre heures, les harquebusiecs rentrèrent à la ville pour prendre à manger, ainsi que les présidens et con.seiller$ du siège présidial, les procureur et escbevins, et les riches bourgeois, qui estoient sortis à cheval, conduietz par mons. de Potières, bally. Sur les six heures du soir, lorsqu’on eut^certaines novelles du partement de mons. le duc de Donneinarie, ilz sortirent de nouveau hors la ville, allèrent l’attendre jusques à demye lieue loing, le recourent fort humblement, et furent par S. A. bien venus et courtoisement caressez. Les clefz de la ville luy furent présenteez, lescpelles il print fort gracieusement, et les ayant baiseez, les rendit aux gouverneurs, en disant à la compaignie qu'ilz gardassent tousjours leur ville au roy comme ilz avoient faict de tout temps.

Les harquebusiers et gens de pied, par une grande alégresse, se fendirent en deux rangs, et le duc passa par le milieu de eux, auxquels il deffendit de ne tirer qu’il ne feust entré dedans la ville. Mais oneques ne s’en peurent garder, et firent une escopéterie et son terrible de leurs harquebuses, pour monstrer la joye qu’ilz avoient de la venue de letu prince et seigneur. Lesquelz il print de bonne part, et dist que oneques en ville de France on ne luy avoit faict meilleur acueil ni plus belle entrée, comme aussi le dirent tous les seigneurs qui estoient présens avec luy.

L’artillerie du camp arriva à Provins dès les neuf à dix heures du matin, qui fut logée en la rue de Culoison ; elle estoit de quatre pièces moyennes, qui ne portoient boulletz que de la grosseur du poin, de quatre charettes, qui portoient chascune six canons de la

grosseur de harquebuses à crocq, poses en icelles comme tuyaux ir>KI. ' d’orgues, et d’une grande charette chargée de grosses harquebuses à crocq, jusques au nombre d’une douxaine. Quatre-vingts Suisses furent commis à la garde de laditte artillerie avec les canoniers, et furent loges, tant les ungs que les aultres ès rues de Troyes et de Ciüoyson; les pouldres et boullets furent loges dedans la grange du prieur de S*-Ayoul. Il n’y avoit que six ou huict pionniers à la suitte de laditte artillerie, que menoient plus de quarante beaux et gros chevaux.

Ce pendant que le train dudit seigneur arrivolt audit Provins, les commissaires et maislres du camp prenoient les quartiers pour loger l’année ès villages des environs, à dix lieues en longueur et en largeur. Dieu sçait^ombien il y eut de requestes par les gontishomme.s desdits villages pour exempter leurs subjects; mais peu s’en saulvèrent. Le sieur de Besancourt exempta la parroisse de Bauchery et inons de Maupertuis le village de Villiers-S*-George, pour la grande cognoissance qu’ils avoient auxditz commissaires et maistres de camp.

Dès le jour de la Magdalène, le camp dudit seigneur commença à s’approcher de la rivière de Seine par tous les endroicti qui luy estoient ordonnés pour passage, comme Bray, .Montereau, le pont de Samoys, et dès le dimanche, à passer la rivière pour tirer en la Brie.

Mondit seigneur bailla ordonnance aux habitans dudit Bray de laisser passer par leur ville ou par bateaux le nombre de cinquante-cinq enseignes de gens de pied, lesquelz pour la pluspart estoient montez sur chevaux desrobez. Depuis ledit jour de dimanche jusques au jeudy ensuyvant, ne cessa de passer gens de guerre de laditte aimée, qui furent estimez monter au nombre de soixante mille hommes. Geste armée tenoit de long depuis la Seine jusques à la Ferté-Gaucher et les environs, et de large depuis le pont de Samoys jusques à la Villeneuive-au-Chastclot et Potangis, et de là en fendant amont droict à la Seine. Tous les boui^ fermez depuis quarante ans logèrent de laditte armée en leurs maisons, excepté Nangis, pour l’honneur de M. de Beauvais. Mons en Montois, Thénisi, Songnolles, Luysetaine,

1581. Costurc, Molin d’Ocic, Savios. Goix, Chalaustre-la-Grande, la Villeneufve-au-Chaslelot, furent remplis desditz gens de guerre. Villenauxe-la-Grand fut exempt, non par faveur, mais pour la maladie de peste qui avoit cours dedans la ville. Vimpellcs n'en logea aucuns, malgré eux, par le moyen de la damoyselle du lieu et ses amvs, qui obtindrenl de mons. le duc une saulvcgarde, pour de laquelle s'ayder requirent une compagnie de cinquante hommes de laditte armée qui estoient de cognoissance , pour s’y aller loger. Nonobstant laditte saulvegarde, des compagnies du régiment de mons. de la Rocbepot, passant par auprès, demandèrent logis audit Vimpelles, qui leur fut refusé et les portes fermées. Parquoy se mirent en debvoir d’y entrer avec force d'armes et l'assaillirent, mais en vain, à cause de la résistance des babilans, qui se delfendirent aussi courageusement que furieusement furent assaiUis, à la perte de la vie d’ung capitaine el d’une douzaine de ses soldatz, qui Rirent tuez mortz en la place; bien quarante aultres soldatz furent fort blessez, et si bien firent lesditz de Vimpelles qu’ilz demeurèrent maistres de leur bourg. Le prévost du camp, qui esloit logé à Provins, se transporta audit Vimpelles pour informer du faict; mais mons. le duc, se souvenant de l'exemption qu'il avoit donnée auxditz de Vimpelles, et estant rendu certain que ce n’estoit le quartier des gentisbommes et soldatz qui y estoient allez, dist que lesditz de Vimpelles avoient bien faict d’estre les plus fortz el de les avoir tuez, et aultre chose n’en fut.

MM. les ccclésiasticques de la ville ne furent processionnellement au devant de mons. le duc, le jour qu’il arriva; .mais allèrent saluer S. A. le lundy en sa chambre, avant qu'il en sortist pour aller à la messe, et là harangua à saditte altesse .M* G. Moissant, prebstre, chanoine de S'-Quiriace et doyen de la chrestienté de Provins, assisté des sieurs Nie. Rayer, doyen de S'-Quiriace, Jehan Pagniot, trésorier de laditte église, Ayoulzlu Pas, chantre, et André Truffé, prévost de N.-D.-du-Val, pour tout le clergé, qui furent ouys fort humainement par saditte altesse, qui respondit aussi promptement et proprement à laditte harangue qu’elle fut bien ditte par ledit Moissant, prenant tout

le clergé de Provins en sa protection et saulvegarde. Et ce dict, leur 1581. bailla congé et s’en alla à la messe. On apperceut par sa response qu’il avoit estudié è.s lettres, et qu’il avoit bien retenu ce qu’il avoit veii et leu.

.le ne dis rien de la salutation que les gouverneurs de la ville Grent à S. A. au lendemain de son arrivée, et comment ilz l'alèrent recognoi.stre en son logis, pour luy faire noveaux at«ultres présens que ceux qu’ilz avoient porté au devant de luy jusgues à Nemours ou les environ.s. Entre ces présens, furent le pain etMe vin, du meilleur qui se pust trouver audit Provins, avec la pâtisserie de tartes, plafornés, popelins, succrins et toute espèce de taiiinneries de four, qui luy fut continué pour le regard de la tartinnerie à chascun repas, deux foi.s le jour, aullant de temps qu’il séjourna audit Provins*.

D'après les motz que mons. le duc avoit prononcez en leur reo' dant les clefz, les gouverneurs de la ville continuèrent d’envoyer gens . de laditte ville â la garde d’icelle jour et mnet, comme auparavant l’arrivée dudit seigneur duc, qui en fut dès au lendemain adverty; lequel commanda de faire retirer les gardes des portes en leurs maisons et de ne retourner à la garde ni jour ni nuict durant le temps qu’il séjoumeroit audit Provins. Les habitans, sçaehans ce, redoublèrent la craincte qu’ilz avoient eue de l’arrivée dudit seigneur en leur ville, et se doubtoient qu’il leur volust faire quelque mauivais traictement et remplir leurs maisons de gens de guerre, pour le refus qu’on avoit faict de donner l’argent demandé en son nom par le sieur de Sautour. Mais se trouva tout le contraire. Car ledit seigneur duc ne volut permettre â aucune compagnie d’entrer dans la ville en trouppc entière, et permit seulement aux soldatz de son armée d'y entrer dix à dix, vingt à vingt et jusques à cinquante, pour achepter à leur argent leurs nécessitez , et n’y eut logez ès maisons marchandes et bourgeoises que les gentishommes, serviteurs et olliciers du train

* Pour l'onlréc el le lëjour du duc dan» les m»». de M. Rivol (l. VI, p. 35g)

d'Anjou à Provins (a3 juillet i58i), voj. eide M. Ylliier (^lurdolM, l. Il, p. 6g). à

[e Journal de CI Jouberl el de M. Girard, U bibliothèque de la ville de Provins.

1581. de S. A. et quelques gens de son artillerie et des Suysscs de sa suicte , lesquels ne forcèrent aulcune personne de leur donner que ce que voluntaireraent on leur offroit.

Mons. le duc séjourna audit Provins depuis le dimanche jusques au jeudy ensuyvant, en attendant que son armée feust entièrement passée la rivière de Seine, pour la mettre en train de marcher le chemin de la rivière d» Marne. Totis les seigneurs et gouverneurs de saditte armée l'allèrent là saluer, pour sçavoir le rendez-vous d'un chascun et le deslogeinent de S. A. Entre aultres y comparurent les sieurs d’Andelot et de Laval, enfans de feu le sieur d’Andelot, ennemy de Dieu, de la religion et du roy, les enfans de feu Gaspard de Colligni, jadiz admirai de France, et ceux du feu comte de Mongomery, dict le capitaine Lorge, les sieurs de Fcrvacques, de la Hochepot, de S'-Luc, de Lansac, de la Chastre, de Trapes et aultres. Par chascun jour, S. A. alloit ouyr la messe en l’église dudit S'-Jacques, que luy chantoit>son aulmosnier entre onze heures et midy; le jeudy, jour qu’il deslogea de Provins, ouyt laditte messe entre huict et neuf heures. Les seigneurs susdits l’accompagnoient depuis sa chambre jusques dedans l'église dudit S'-Jacques et entroient dedans icelle { mais les huguenotz enfans des feuz admirai, d’Andelot et Mongomery n’y arrestoient que bien peu , et s’en retournoient se pour-

' mener dedans le cloistre des moynes, en attendant que S. A. en resortist. Les aultres sieurs qui se disoient catholicques demouroient à laditte messe tout au long, comme faisoit S. A., mais avec peu de révérence et, croy, moings de dévotion. Le peuple catholicrpie qui assistoit à laditte messe se scandalisoit de l’irrévérence desditz sieurs, comme aussi de la petite dévotion extérieure qui estoit en S. A., laquelle ne mettoit ung genoil en terre et ne cessoit de cacqueter ores à l’ung puis à l’aultre, excepté ce peu de temps que le prebstre esloit à monstrer Dieu. A l’élévation duquel comme du calice, faisoit .saditte altesse le signe de la croix devant soy avec sa main et d’icelle frappoit sa poytrine, qui lurent les plus grands signes de sa foy et de sa dévotion. .\uprès de saditte altesse, estoit à deux genoux ung doc-

DE CLALDE HATON.

leur jacobin, gros et en bon poinct, que l'on disoit estre son confesseur, nommé maistre Ferré, qui luy présentoit ses heures et oraisons; mais les seigneurs qui l'enviroimoient par derrière et aux costez ne luy laissoient le loysir d’en beaucoup dire , pour l’euvie qu’ilz avoient de parler et cacqueter avec luy; chose scandaleuse en iing prince, car les roys, princes et grands seigneurs doibvent estre la lumière de leur peuple, pour le bien édifier en la religion, piété et bonnes mœurs, il fault excuser le tout par le maulvais temps qui court et par la jeunesse des personnes.

.\u sortir de la messe, ledit seigneur alloit disiier en son logis, où assistoient toutes personnes qui avoient le moyen d’approcher S. A., |K>ur estre ouyes sur les placetz qu'elles luy avoient présentez et en avoir leurs despesches. Aulcuns jours, saditle altesse descendoit sur le vespres en la valée de Provins, pour prendre esbatement au jeU de pauline, et se retiroit au tripot couvert qui est en la rue des Bons- Hommes, et après avoir joué quelque 'deux heures, s’en retournoit en son logis. Il se comporta audit Provins, comme aussi Grent tous les gens de sa suitte, si modestement, que nulle personne n’eut occasion de s’en plaindre, sans paillarder, frapper, batre ni oultrager aulcune personne.

U receut plusieurs plainctcs estant à Provins des gens de guerre de son armée et des paysans où ilz de guerre estoient logez. Les gens de guerre se piaignoient contre gens des villages, qui avoient habandonné leurs maisons et serré leurs biens ès villes et fortz chasteaux des gentishommes du pays, qui estoil cause qu’ilz mouroient de faim, et manquoient de pain, vin, viande et mesme d'eau; ilz tendoient aux Gus que S. A. fist commandement aux gens des villages de s’en retourner en leurs maisons, pour les traicter de vivres le plus doulceinent que faire se pourroit.

Les gens des villages au contraire se piaignoient de la viollence, de l'oppression et du mal que leur faisoient et avoient jà faict de si Ibngtemps les gens de guerre, tant ceux de S. A. que aultres, de la violence faicte à l’honneur et pudicité de leurs femmes et Glles, des

1581. batlures et meurtres commis en leurs personnes, des vols et larcins Faictz en leurs biens, meubles, chevaux et bestial, des rançons d'or et d’argent exigées d'eux, de l’excessive dépense faicte en leurs maisons, des pillages et saccagemens commis dans les églises, du feu mis en aulcuns lieux , et aultres maux indicibles et incroiables; qui estoit la cause qu’ilz des villages avoient babandonné leurs maisons et serré ce peu de biens qui leur estoit resté des aultres guerres, le pays estant en oultre fort angarié de tailles, gabelles et subsides insuportables; partant qu'il pleust à S. A. de leur pardonner et de mettre bon ordre et pollicc aux gens de guerre de son armée; et qu’en faulle de ce n’oscroient sortir hors des villes et lieux où ilz s’estoient retirez, pour éviter la violence d’iceux, qui prenoient plaisir à tout gaster, non seullement ès maisons, mais aussi les grains qui estoient aux champs, prenoient les moissonneurs et soyeurs, comme aussi les chevaux et bamois, en sorte que les grains périssoient faulte d’estre serrez, soyez et engrangez.

Les plainctes et doléances ci-dessus données à S. A. de part et d'aultre furent ouyes et mises en conseil par ledit seigneur estant audit Provins, et fut advisé de l’ordre et pollice qui estoit nécessaire • d’y pstre mis, pour le soulagement, tant des gens de guerre <[ue des paysans des villages. Et fut faicte une ordonnance en forme de édict de la police qui debvoit estre gardée par les gens de guerre de son armée marchant et séjournant par les villages, qui fut publiée à son de trompe et leue par les archers et greffier du grand prévost du camp par les carrefours de Provins, le mécredy aG'jour de julliet.

Texte incomplet de cette ordonnance, portant défense aux gens de guerre d'attenter à la personne et aux biens des villageois , injonction aux paysans de rentrer chez eux avec leur bétail, et défense aux gentilshommes et aux gouverneurs des villes de les recevoir dans leurs villes et châteaux.

Les gens des villages qui estoient et leur bestial à Provins, Nogeni , Rray et Montcreaii n'obéyrent auxdittes ordonnances, et n'en partît ung pour retourner en sa maison traicter ses hostes, et eurent lesditz

gens de guerre Faulte de pain el vin en plusieurs'villages où n’allèreut 1581. les vivendiers qui les suyvoient. Dieu sçait quel dégast ilz firent des aultres biens qu’ilz trouvèrent ès maisons habandonnées.

■ Plusieurs gens de guerre allèrent jusques aux portes des villes de Bray et Nogent demander les babilans des villages qui y estoient logez avec leur bestial, menaçant d’eilbrcer icelles villes, si on ne les desebassoit, et requérant les baillifz de faire faire le ban que lesditz paysans eussent à se retirer en leurs maisons «ous peine de punition corporelle. Mais n'en firent rien lesditz villageois, et ny furent aultrement contrainetz pr iceux baillifz, qui seullement les firent destoumer ès rues couvertes et non fréquentées , affin de n’estre veux desditz gens de guerre.

• . Mous avons dict ci-dessus que , Monsieur estant encorcs à Monte-

* reau , passèrent deux postes l'ung après faultre pr la ville de Provins

en vingt-quatre heures pour aller trouver S. A. et liiy faire cntendi'e le danger et la nécessité où estoient les babilans de Cambray et la garnison des Françoys qui estoient dedans assiégez dès longtemps pr les Espgnolz, afSn qu'il diUgentast son armée pour les aller secourir. Oiiltre lesquels deux postes, furent despeschez par le.sditz de Cambray quatre bonimcs sages et graves, fung d’église, ung gentilhomme, ung bouigeois el ung de la justice, qui furent avec toute •

dilliculté mis hors la ville, pour aller trouver S. A. la part qu'elle seroit, pour mieux luy faire entendre Testât misérable où estoient les babilans de Cambray, qui n'avoient volu se rendre que premièrement n'eussent adverly saditte altesse.

Lesditz députez arrivèrent è Provins le mardy a 5* jour de juillet, et le lendemain matin, au lever dudit seigneur, se présentèrent pur luy parler et le haranguer de bouche, d’aullant qu'ilz n'apprtoient rien par escripl, qui leur bailla audience fort amyablement. L'advocat ou conseiller porta la parolle , et en peu de propos bien et sagement dilz, ramentut à S. A. l'amytié que ses subjeetz de la ville de (iambray luy portoient, fayant entre tant de princes et seigneurs choisy-pour leur seigneur et pur luy rendre obéissance; en quoy

faisant avoient encouru l'indignation du roy d’Espagne, qui les avoit faict assiéger, avec volunté de ne partir que premièrement il n’eust regangné leur ville.

• Pour cmpcschcr ce malheur, disoit-il, la ville de Cambray a faict .

* tout ce qu’elle a pu , en attendant le secours que V. A. est tenue de nous donner par une armée assez grande et puissante pour faire desplacer l'Espagnol nostre cmicmy mortel. Il nous a réduits en si grande famine par les vivres qu’il nous a couppez, qu’il n’est plus possible de conserver Cambray k \. A. si vostre armée que nous voyons en ce pays n’est diligentée en la plus grande vitesse que faire se pourra, laquelle, si elle n’arrive au pays pendant dix jours, sera cas d’avanturc si la ville ne se rend à l’cnnemy. Il y a ung moys qu’on pensoit veoir ladilte armée sur le camp dudit ennemy, et l’atend-on du jour à l’aultre, qui . « a esté ung courage aux nostres tant que le vivre leur a duré; mais * maintenant que le pain, la bière, la chair, le sel et toute aultre victuaillc leur sont fallyz, il y a quinze jours, excepté encores ung reste de chevaux assez maigres, de quoy ilz vivent, avec les ratz et souris, qu’ilz mangent quand ilz en peuvent avoir, leur faict prendre le courage d’estre de V. A. secourus. Souvienne-vous, monseigneur, descon- Iractz qui sont passez entre vous et vos siibjectz de Cambray. Souvienne-vous de voz promesses; ayez pitié de nous, de nos femmes et lie nos petis enfans, qui passeront par la violence des armes espagnolles, comme nous en sohimes dignes, si nous tombons en leurs mains et sommes frustrez de vostre espérance. Que la pauvre vostre ville de Cambray sc puisse esjouyr maintenant et à jamais de vous avoir prins pour son protecteur et choisy pour seigneur de sa liberté.

Partant, monseigneur, vos subjeclz de tous estatz de la ville et pays de Cambray vous présentent par nous leurs humbles recommendations, et baisent les mains ensemble les piedz de V. A., avec toute humilité de prières que, suyvant vos promesses, vous diligentiez vostre armée pour leur secours et la conservation de vostre ville. •

Et en disant ces motz, se jettèrent les genoux en terre tous quati-e, et d'une voix eu plorant dirent à S. A. : • Monseigneur, souvienne-

DE CLAUDE BATON. 1063

vous de vos promesses, ayez pitié de nous et sauivez la vie et l'honneur de nos femmes et de nos enfans par la diligence de vostre armée. •

Ces motz Unis, monseigneur le duc, quasi la larme à l’œil, comme avoient les escoutans, les releva, les lit loger à la ville ès maisons bourgeoises, les desfraya é ses despens et leur promis! faire diligenter son armée. Les bonnes gens ne se tenoienl satisfaictf de cela, voyant le peu d’ordre qu’il y avoit de haster laditte armée et le petit appareil d’artillerie qui y estoit, et se pourmenant par la ville, cstoienl fort tristes, et avoient la larme à l'œil, en disant que la ville de Cambray ne fauldroit de se rendre k l’Espagnol , faulte de vivres et aultres munitions de guerre, avant que l’armée ducalle fiist en leur pays; et passant oultre, dirent que, si le roy d’Espagne ou ses gouverneurs eust volu prendre à mercy les habitans dudit Cambray, qu’ilz se fussent rendus à luy il y avoit plus de deux moys, mais que oneques ne leur a volu promettre grâce ne mercy, ains les a tousjours menacé de les exterminer et toute leur race.

C’estoit chose espoventable d’ouyr parler ces députez de l’estât où estoit réduitte laditte ville de Cambray, et la misère où ilz tomberoient si l’Espagnol en estoit le vainqueur, et avoit-on grande compassion de eux et de leur misère. Mais, le tout estant bien considéré, il falloit avoir aultant de compassion de la désolation et perte du pays de France, par lequel passoit l’armée ducalle qui les alloit secourir, et je dis plus, que d’eux-mesmes Cambrésiens, lesquels, comme il me semble, estoient dignes d’estre rigoureusement cbastiez, comme estant cause de leur ruyne et de celle de la France par leur rébelbon qu’ilz avoient faicte à leur roy espagnol.

Mons. le duc, après avoir enteodu les remonstrances et prières cambrésiennes par les députez dessus dietz, partye poiu- les contenter, partye aussi pour se conserver laditte ville, commanda que l’on bst marcher son camp à la rivière de Marne, pour prendre le passage â Chasteau-Thierry. Luy-mesme partit de Provins lejeudy, a^'jourdu moys de juillet, et alla loger à la Ferté-Gaucher, et n’y coucha que

15S1. une nuict, comme aussi ne fit son armée ès villages d’alentour'. Son artillerie partit dès les cinq heures du matin, et luy sur les dix heures. Tout le train pa.ssa par la porte de Culoyson, où on avoit équippé

. des pièces d’artillerie, pour les tirer en l’honneur du duc, et où cent harquehusiers avoient esté posez en bon ordre pour la décoration du passage. Mais S. A. fut conduitte par la porte de Jouy, pour prendre le ebemih de Monglat, où il estoit novelle qu’il alloit disncr. Sa per- •sonne et tout son train furent delfraiez aux despens de la ville, et ne payèrent les gens de sa suitte à leurs hostes que ce qu’ilz volurent pour les espingles des filles et servantes, et ne volut-on prendre argent de leurs despens, pour l’honneur de mons. le duc, qui s’estoit si doulcement et courtoisement comporté envers les habitans, comme aussi avoient faict ses gens.

S. A. fut conduitte hors la ville par les gouverneurs et justiciers jusques à une petite lieue loing, Icsquelz, prenant congé d’icelle, .s’excusèrent de ne l’avoir receu tant honorablement qu'il luy appartenoit, et le prièrent d’estre le protecteur à jamais de laditte ville et qu’elle luy feust lousjours recommandée; ce qu'il promist faire, et remercia les habitans de l’honneur et traictement qu’on luy avoit faict et à ses gens, telz qu’on ne luy avoit encorcs faict en ville de France par où il avoit passé, chose qui ne demoureroit sans récompense. Toutesfois, avec parolles amyables, taxa lesditz de Provins de s’estre excusez de quelque somme de deniers qu’il leur avoit faict demander pour ayder aux fraiz de l’entreténement de son armée. Il luy fut respondu que 800 escuz que le roy avoit faict lever sur la ville avoient refroidy le courage des habitans, qui entendirent que lesditz 8oo escuz fussent pour l’entreténement de son armée; et toutesfois, si S. A. vouloit que la ville luy fournist quelque ayde d’argent, qu’ilz en estoient pretz , moyennant qu’il leur donnast une contrainctc pour lever lesditz deniers, sans laquelle îl estoit fort difficile d’en lever. Sur ces excuses, se partit ledit seigneur, qui respondit que, s’il en demandoit, il en-

' Dtscoun du voyage de M. d'Anjou pcar de ton armée. i58i. (Bibl. imp. Baluxp, ifcoanr Cambrai , avecla disposition ei ordre 8476. fol q38 r*.)

voyeroit une commission et contraincte du roy son frère pour les 1581. lever. Lesditz de Provins avoient sur eux les i,ooo escuz promis, pour les luy bailler s'Uz eussent veu qu'il s’en fust allé mal content de eux; lesquels, se voyant en sa bonne gi'àce, les rapportèrent et dès le lendemain les rendirent à ceux qui les avoient fournis par forme d'avance pour le corps de la ville.

I.e prévôt du camp, en quittant Pruvins, euunèuc prisonniers un soldat qui avoit dérobé le cheval d'un laboureur, et'un manouvrier de la paroisse de Mortery. coupable de meurtre.

Le jour que raons. le duc deslogca de Provins, fut le bourg de Broye-lez-Sézanne ruyné et quasi tout despeuplé par la fureur des gens de l'armée dudit seigneur. Estans lesditz gens de guerre devant ledit bourg, demandèrent que ouverture leur fust faicte pour y loger, ce que refusèrent de faire les habitans, qui respondirent qu’ilz n'y logeroient pas. A laquelle response demandèrent iceux gens de guerre de parler à celuy ou ceux qui avoient commendement en iceluy bourg, pour les y faire loger ou leur bailler des vivres; et porta la parolle le principal chef de la troiippe, qui estoit l'iing des principaux chefs de l'armée ducalle, que l’on nommoit mons. de Tévalle, lequel, en priementant, fut tué d'ung coup de barquebuse que luy tira ung barbier dudit bourg. Cette mort eschauffa tellement le courage desditz gens de guerre , qu’ilz par force Se rendirent maistres du bourg et y massacrèrent tous hommes et femmes qu’ilz eurent à la rencontre, sans prdonner à personne qu’à la baronne et sa servante, qui furent menées prisonnières au chasteau d’Esternay. Hz de guerre, noncontens d’avoir massacré et pillé ledit bourg, y allumèrent le feu ès quatre coings et au milieu, qui brusia le chasteau, les églises et les maisons, dont il ne resta entières que quatorze. Le barbier qui avoit faict le coup fut par eux tout vif jetté dedans le feu, où il finit ses jours à grand destresse, et, ce faict, l'abandonnèrent et allèrent aultant avant.

Les habitans de Provins, si tost que mons. le duc fust hors de leur

1581. ville, reprindrent les armes ës mains, pour eux garder nuict et jouid'estre surprins de quelques compagnies et régimentz que l'on disoit estre encores au delà de Montereau, au nombre de dix mille hommes; touteafois, on n’en vit nul ës environs do Provins, qu’il ne fust le lo aoust. Mondit seigneur, à l'adieu que luy donnèrent lesditz de Provins quand ilz prindrent congé de S. A., leur diat qu’ilz gardassent encores leur ville et qu’ilz n’y laissassent entrer nulz gens de guerre pour y loger et vivre à discrétion, et qu'ils lissent tant que la force leur en demourast. Plusieurs chevaux et harnois, prins à Provins pour mener son bagage et celuy de son train, et les charretiers eurent congé à Chasteau-Thierry, et furent renvoyez en leurs maisons avec sauf-conduit.

Plusieurs compagnies passèrent par les environs de Provins, qui alloient après le camp et personne dudit sieur duc, aucunes en diligence, atütres tout à loysir, et fut-on plus de quinze jours ès pays pnivinois qu’on ne voyoit que gens de guerre passer. Entre aultrcs passèrent les 6 et 7' jours d’aoust les régimens du comte de Genissac, (|ui monloiont au nombre de cinq à six mille booimos, gens fort meschans et mal conditionnez, larrons et volleurs aultant que oncqiies en avait esté. Hz passèrent la rivière de Yonne ès environs de Sens et Pons en divers lieux, et tirent ung giste entre laditte rivière et celle de Seine. Quelques coni]>agnies desdilz régiineixs allèrent assiéger le bourg de Sargines, pour y penser entrer par force et y piller à leur volonté; ce qu’ilz ne sceurent faire, car les habitans dudit lieu se portèrent si vaillantz contre ceste Irouppe de brigans , qui n’estoient moings de quinze a seize cents hommes, qu’ilz demeurèrent maistres de leurs maisons et de leurs biens. Lesditz brigans firent aller à leur secours encores. quelque cinq cents hommes de leurs compagnies qui estoient logez ès villages des environs dudit Sargiues, maisygangnèrent aultant les derniers que les premiers. Il en fut tué en la place quelque trentaine, et il y en eut bien ung cent de fort blessez, qui ne vescurent pour la pluspart longtemps après. Les trouppes qui ne volurent aller audit Sargines passèrent la rivière de Seine à Jaulne, au dessus de

Bray,les4 et 5‘ jours d’aoust, et s'alièrent loger ës paroisses des Ormes, ChaHomaisont Goix, Ermes et Chalaustre-la-Petite , où elles séjournèrent deux nuiclz, en attendant leurs compagnons, qui tenoieni assiégé ledit bourg de Sargines; ceux-ci passèrent la Seine le 6' jour dudit moys d’aoust et s’allèrent loger ès paroisses de Meel et Mériot, où ils furent deux nuictz à faire grosse despensc et achever de voiler ce que les gens de guerre du camp ducal y avoient laissé les jours précédens. Il en mourut plusieurs audit Meel des coups qu’ilz avoient eu à Saisines, Tung desquels estoit plus estimé que les aultres, d'aultant que ses compagnons l'enterrèrent dans l'église dudit Meel. Mais n'y demoura longtemps; car, incontinent qu’ilz en furent deslogez, il fut par aucuns habitans desterré et traîné en la rivière pour estre viande aux poissons, en haine du mal que ses compagnons avoient faict. Hz pillèrent les ornemens et corporaux de l’église dudit Meel, dedans laquelle s’enlogea une partie et leurs chevaux.

Hz allèrent forcer le prieuré de la Fontaine-4iux-Bois, et y entrèrent , ce que n’avoient faict toutes les trouppes des gens de guerre qui avoient passé par le pays depuis l’an 1567. Le prieuré et plusieurs personnes de la parroisse eurent domage de plus de 4, 000 liv. t. et de meubles et coffres que les paysans y avoient retirés et qui furent pillez; les voleurs enlevèrent douze pièces de bestes chevalines aux fermiers de la maison, qui les poursuivirent jusques au passage de la Marne , et n’en purent recouvrer que deux ou trois , qui ne valloient les coups que lesditz voleurs baillèrent ausditz fermiers et à leurs femmes. Hz emmenèrent liez et garrôtez trois hommes de laditte parroisse de Meel, pour avoir des escuz pour leur rapçon, et les bâtirent oultrageusement avant que les délivrer. On ne vouldroit croire le mal et la tyrannie que faisoient ces brigans aux pauvres gens de.s villages. Des parroisses de Meel et aultres, allèrent loger d’une traictc à Monceau x-en-Brie et les villages plus loing, en tirant au passage de la rivière de Marne.

Partie des gentilzbommes des environs de Provins partirent, depuis que lesdittes trouppes furent passées pour aller audit camp, entre

I5M. aultres les sieurs de Besancourt, avec cinq ou six chevaux; d'Estemay, avec de douze à quinze chevaux; de Ablenay, avec deux chevaux; de Chalaustre-la-Grand, de la maison de Maulien, avec deux chevaux; avec lesquels et soubz leur nom allèrent Nicolas Taluet, de la Mottede-Tilly-lez-Nogent-sur-Seine, soy disant le capitaine Beaulieu, avec deux g^ros chevaux d’annes; Montauhan , de S' Martin de Chasnetron , avec ung bon cheval d’armes, et encores quelques aultres, tant geu< tilzhommes que soldatz fricquerelles que je n’ai congnu par leurs noms. Et s’estimoient toutes telles gens bien heureux d’aller à ceste assemblée , et jugeoit-on à les veoir qu’ilz allassent conquester tous , les pays de Flandre, d’Artois, de Liège, de Frise et aultres pays estranges.

L’armce ducale, après s’êlrc formée à Château-Thierry et Soissons, pénètre dans le Caïubrèsis. Quelques escarmouches ont lieu avec les Espagnols, dans l’une desquelles le vicomte de Turenne est fait prisonnier. Le duc d'Anjou entre à Cambrai le i8 août. Le Cateau-Cambrésis se rend aux Français; on prétendit que cette place avait été vendue au duc d'Anjou par le gouverneur espagnol , moyeunant douze cent mille ècus. — Découragement survenu dans l'armée française; les paysans refusent des vivres aux soldats, les maltraitent et les massacrent comme des loups enragés. Plusieurs gentilshommes quittent l'armée et retournent daift leurs maisons, entre autres ceux de Besancourt, d'Estemay et d’Xblcnay. Lue partie des troupes se débande. Quelques compagnies seulement passent par la Champagne à la 6n de septembre et au commencement d'octobre; l’une d'elles, la compagnie de mons. de Luxembourg, qui logea â Sourdun, se comporta avec une modération remarquable. — Le duc d'Anjou se rend en Angleterre, pour hâter la conclusion de son mariage avec la reine Élisabeth. — Le marquis d’Elbeuf, qui l'avait suivi en Flandre, va en Lorraine après la prise du Cateau-Cambrésis, puis à Paris. Il passe par Provins le i8 octobre, suivi d'un train considérable.

Au desloger dudit Provins, ledit sieur duc, en passant devant la . maison d’un espinglier nommé Mouillot, qui demeuroit entre le couvent des Jacobins et la faulse porte du Chasteau, vit ung gros rat en une cage tout vif, que ledit Mouillot nourrissoit pour son plaisir ; qui fut cause de le faire arrester devant laditte maison, et, après l’avoir

contemplé, demanda si cest oyseau estoit à vendre et combien il cousteroit. Ledit Mouillot, homme facessieux, luy fit response (|ue ouy, et qu’il en vouldroit tenir ung teston de sa bourse, entendant de vendre le rat et la cage, qui estoit ^e fil d'archet, A la paroUe duquel, ledit seigneur commanda à ung (le ses hommes de donner ung teston audit Mouillot, qui, l'ayant receu, minst le rat ctla câgeès ■nains dcceluy qui luy avoit donné le teston. Aussitost, ledit seigneur demanda à ses gens une daiguc ou Cousteau, lesquels n'en ayant poinct, il demanda audit Mouillot s’il en avoit poinct ou aultre ferrement; lequel luy fit response que non, synon une lime ronde qu’il tenoil en sa main. Ledit seigneur, prenant laditte lime, tua le rat en sa cage, par entre deux fuschaux, et, après l’avoir tué, rendit la cage audit Mouillot, en luy disant, « Adieu, mon petit père; trouve-m'en ung aultre pour quand je repasserai; • et ce dit, s’en alla son train sans aultre parolle, et demourcrent audit Mouillot la cage, le rat tout mort et le teston, sans que oncques on sceut à quelle intention ce prince avoit faict cela, sinon pour son plaisir.

Mous. <iu Clou, du village d'Escardes, qui avait pris part aux excès commis à Broyé par les troupes ducales et au meurtre du seigneur de ce lieu, est poursuivi par la veuve, arrêté au moment où il formait une nouvelle compagnie, eonlrairement aux édits du roi, et pendu é Provins l’avant-dcrnier jour d'octobre. — Les grelTes des présentations avaient été érigés en ofilces l'année precedente; le greffe de Provins est vendu le 3Î février, moyennant i4 ou i5 écus.

Le jour de Pasques de cêste année, qui estoit le a6' jour du inoy.s de mars, les vens donnèrent leurs soullleures oultre le cours commun par toute la journée et signamment ès heures de dix, onze et midi, que les catholicques estoient ès temples et églises. Avec le vent, survint ung gros nuage noir plein de pliiye et gresle, une obscurité si grande et ung bruict tel, qu’il sembloit quasi qu’on retournoit aux ténèbres de la nuict et que les baslimens des églises tomboient par terre. Les verrières de plusieurs églises furent rompues, signamment en celles de S'-Pierre et S'-Ayoul de Provins. Ce vent et foult^e furent

1070 MÉMOIKE-S

1 Ml 1 . universelx par la France ; le domage fut fort grand , et plus qu’ès aultres lieux en la ville de iieyms en Champagne, et particulièrement en la grande église N.-D., qui fut estimé monter à plus de 4,ooo liv. t. Ès foreste de la Forestière, de, la Traconne et du Gaux, furent plus de deux mille piedz d'arbres .arrachez. Les vens et terapeste se modé* rèreift sur le soir, si bien que au lendemain n’y avoit plus d'apparence d’iceux, sinon ès ruynes qui en portoient le tesmoignageV

Le bruit courut qu'uuc assemblée de députés protestants étant réunie secrètement à Paris, le jour de Pâques, pour aviser aux moyens de relever les armes, le roi les avait fait surprendre; que quatorze personnes avaient péri, entre autres M. d' Arènes, seigneur de Gyrobrois, homme très-expérimenté dans les . alTaires et entreprises des réformés, et que les cadavres avaient été rendus aux

lémnies et enfants des défunts pour leur donner la sépulture. Il est certain que M. d’Arènes, mort au temps de Pâques, à Paris, fut enterré en la chapelle du petit chàtel de Nangis, par les ordres du baron de Poulçay, son frère. — Le roi surcharge son peuple de tailles, et met en avant des inventions sataniques pour se procurer de l’argent. Taxe imposée sur chaque arpent de terre.

Ici manque un feuillet , qui a été arraché.

Gabelle imposée par le roi sur les vins, et pouvoir donné aux commissaires ou fermiers de visiter les celliers, caves et maisons, et de constater la quantité de vin recueillie par chaque particulier’. Les procureur et échevins de Provins prennent cet impét à ferme au nom de la ville, moyennant 1.5 ou i,6oo livres, et le donnent eux-mêmes à ferme. Il excite de grandes plaintes; les habitants de Provins plaident contre les fermiers et adressent une supplique au roi; dans * plusieurs villes, les commissaires et fermiers sont massacrés. — Edit du roi,

suivant lequel les grains entrant dans les villes *sont soumis à une taxe d'un écu par muid ; le parlement en ayant refusé plusieurs fuis l'entérinement, il reste sans exécution cette année. — Le prix du .sel est élevé à 7 livres 8 sous le miuot. — ('.es impôts sont principalement onéreux pour les pauvres gens. On maudit le roi, et l’on se demande ce qu'il fait de tout l'argent qu’il lève sur ses sujets.

Ceux qui s’estimoient les plus clairvoyans respondoient que S. M.

' Voy. a ce sujet le Journal de Martin Gi- * Édit qui établit pour six ans un ioirard.cité dans les manuscrits de M. Rivot, pot de ao sous sur chaque muid de vin.

i VI. p. .^59. et U Journal de Fayet.p. ai. i58i. (FonUnon, t. Il, p. t ia4«)

en enhchiMoit masqueraux et bredascbes, gens de basse condition, i5t«t qui luy servoient de mignons en choses illicites, que je ne veux mettre par'escript, estimant que saditte majesté en moindres choses du monde ne sy eust volu maculer, ni seullement y penser. Le péché de sodomie a tousjours esté en horreur à tous bons cbrestiens et naturels Françoys. Le roy avoit la renommée d’estre excessivement prodigue envers aulcuns que l'on disoit estre de ses mignons, comme à ung sieur de Quélui, qui fut tué à ung combat par luy requis, à ung aidtre appellé le sieur d'Aulx, à ung aultre appelié le sieur d'Ârcque , à présent duc de Joyeuse, et à plusieurs aultres desquels je n'ai sceii les noms.

Henri III marie le sieur d'Arques avec Marguerite de Lorraine, sieur de sa femme, le fait duc de Joyeuse et lui donne des sommes d'argent considérables. Magnificence excessive du nuiriage et du banquet de noces ■. Les seigneurs lorrains y assistent, entre autres le duc de Vaudémout, père de l’épousée, qui passa à Provins le lo septembre, et le duc de Lorraine, qui y passa le t3. accompagné de plus de quatre cents chevaux. — M. de Lavargne, conseiller au parlement, commissaire du roi envoyé à Provins pour établir la gabelle de l'entrée du vin et vendre le greffe des présentations, réforme l'état de la justice et fait cesser certaines exactions. — Il informe contre Jean de Vaubardy, gi-ènetier, et Jean Graillet. marchand de sel, qui sont mis en prison à la Conciergerie.

Graillet est convaincu d’avoir frustré le fisc et d’avoir commis de grands abus et larcins dans les années ibyS et ibyé, où la rareté do sel était extrême; condamné à mort, il parvient à sortir de prison par le crédit de M"" de Nemours, moyennant une somme de 12,000 livres payée au roi. Jean deVauhardy. laule de preuves, se tire d’afl'aire à meilleur marché. — Dans les villes de Montereau et de Nogent, les officiers du grenier à sel font faire estimation 'de la consommation du sel par paroisse et par individu, et forcent chaque personne à prendre pour trois mois la quantité de sel qui a été jugée lui être nécessaire.

A Provins, liberté entière fut laissée aux consommateurs. — Le roi requiert .son peuple de faire des prières et processions pour qu'il plaise à Dieu de lui donner un fils; les curés, ayant reçu à cet égard un ordre du pape, annoncent en chaire la demande du roi et engagent leurs paroissiens à y faire droit.

Il y a ici ane lacune.

' Voy. le Journal du règne de Henry 111, p. éâ

Iflfll. L'év£<|uc de Cé&arée, suflragant de l'arclievéque de Sens, ancien général des Cordeliers, étant à Provins, bénit, le ï5 septembre, les nouveaux autels de l'église Sainte-Croix. — Jean Leclerc, curé, et Cl. Hatoii, clerc de Saint- Ayoul, prient l’évêque de Césarée de faire la dédicace de leur église, ce à quoi il se refuse pour cette fois. — Le î4 septembre, arrive à Provins un pefsonnage qu'on disait être un évêque d'Arabie; il était à cheval, coilTé d'un turban, et suivi de deux bommes de pied. Il fut logé aux Cordeliers et y passa deux nuits. Il ne put s'entendre avec des seigneurs grecs ou turcs qui arrivèrent à Provins presque en même temps que lui, ni avec l'évêque de Césarée.

L’esté de ceste présente année se porta assez bien en ce pays de r.hampaigne et Brie , et furent les chaleurs modérées et non trop grandes; les pluyes furent assez fréquentes pour la saison, sans orage. Les biens de la terre eurent bon temps, et fut la moUson meilleure qu’on ne pensoit. Les vendanges furent assez copieuses et recueilliton du vin quelque peu plus de deroye année, et furent les vins médiocrement bons.

I.’ automne fut une partie assez froict et singulièrement le moys d'octobre , auquel les 3 , 4 et 5‘ jours la gelée blanche fut si forte qu'il n’e.stoit possible de labourer à la cherrue ni au bras qit'avec toute diihculté, et Gt par ces trois jours-là un froict si piccant et noir qu’il •* estoit besoin de se chaiifl'er comme en plein yver. Les feuilles des vignes et des noyers furent toutes brusiées, comme si le feu eust passé par-dessus. C’estoit la force de la vendange à Provins en ceste sepmaine-là. Les raisins noyrs et blancs qui estoient aux vignes Girent si gelez, qu’ilz dés le premier jour furent llestris, demy-cuytz et ne eurent plus de bonne saveur comme devant. Les vins qu’on en fit furent bien amortis; toutesfois se portèrent mieux tout l'hiver qu'on ne pensoit. Les vignerons en meslèrent la plus grande partie parmy leur vin et vendange faietz avant laditte gelée, qui les rendit quelque peu meilleurs. Les pays et vignerons qui avoient vendangé devant lesdittes gelées firent de meilleur vin que ceux qui vendangèrent après. Et fut vendu le vin de Villenauxe, prins sur le lieu, la somme de 1 6, 1 7 et 1 8 1. 1. le meilleur; celuy de Mons-le-Potier, Chalaustrela-Grand, la Saussotte, la 1. celuy des parroisses de Meel, Ermez et

' Goix lo et I I i. de Chalaustre-la-Petite, Sepveilles, Provins, S'-Brie 1501. et les environs, 9 et lo 1. et se tint à ce pris jusques à la Toussainctz, et depuis la Toussainctzjiisques au moys de janvier ensuyvant et plus loing, ramanda de 4o s. sur la queue en tous les vignobles de quatre et cinq lieues des environs de Provins. Au pays de Montois, la cueillette des vendanges fut plus copieuse qu'ès aultres vignobles de Provins et les environs, et fut leur vin assez bon.

Quiriace Prieur, teinturier, dit le capitaine Bo^tout, étant logé dans le château d'Hiéble-lès-Guigne-Putain, est assailli la nuit et battu par des diables ou esprits qui hantaient ce château, et meurt le ig octobre des coups qu'il avait reçus. D’abbrd protestant, puis converti au catholicisme en iô64 ou i565, il avait, pendant les troubles de 1667, eu charge de gens de pied en la ville de Pons, sous le capitaine Valentin Poullet. Un jour, il lit crier par les rues au son du tambourin : • Ue l'ordonnance du capitaine Boytout, il est commandé à tous coupeaui de Pons de prendre cbascun d'eux un balay et de nestoier devant leurs huys. • I>es habitants indignés prirent les armes; mais, ne se croyant pas assez forts pour attaquer Boytout, ils ce contentèrent de fouetter furieusement le porteur de tambourin. — Un roulier de Troyes est écrasé par son charroi entre Troyes et Sourdun. — Mort, le 7 octobre, de Gaspard Billot, marchand de Provin«, laissant de grosses dettes. — Mort de Gilles Uomanebin, élu, fils d'un laboureur de Villiers-Saint-Georges. — Pierre Bayer, pourv u par la dame de Nemours, puis parle duc d'Anjou, delà charge d'élu vacante, ne peut se faire recevoir, par suite de l'opposition de l'échevinage de Provins et du procureur du roi. — Le dernier de novembre, un jeune homme de Provins, en s’exerçant aux armes avec son frère, le perce d'un coup de dague et le tue; le père obtient la grâce du meurtrier. — Édit du roi par lequel les oQiees de greflier sont rendus vénaux '.

Depuis la gelée des 3, 4 et Séjours d’octobre, le temps s'adonna . à la pluye pour la pluspart du temps, jusques aux 1 7 et 1 8* jours de novembre, que la gelée recommença assez forte et froide, qui ne dura que lesdilz jours, puis retourna à la pluye, qui dura le reste de l’automne.

L’biver se continua en pluyes fréquentes, jusques ù la vigille S'-

' Déclaration portant que les greffes (Ica tailles et geôles sont compris dan.n l'édit qui réunit au domaine de U cou-

ronne tous les greffes et tabellionages du royaume. i59i, i6 janvier. (Fontanon.

i. IV. p. 707.)

1581. Thomas, que la gelée commença à Taire son effect foil rudement, en ' sorte que les rivières, mesme de Seine, furent glacées du premier jour suffisamment pour soustenir une personne. Icelle gelée ne dura que trois jours, jusques à la vigille de Noël, durant lesquels il fil assez froid. Il tomba un peu de neige en une nuict, qui ne fut sur la terre i'espaisseur d'iing petit doigt. I.e reste du moys se passa en pluye, ju.sques au i" jour de janvier de l’an prochainement venant. Il appert que rautomne et partie de ceste présente année se pas.sèrent plus en plnye qu'en beau temps, et furent les eaux fort grandes ès rivières et valées par diverses fois.

RTAT DE L'HITER ET OV PRIETEIIPS. ÉDITE DE EOl SUE L'EKEEGISTREMENT DEE COE-

TEETS; CONTEE LEE BLAErUÉMATEl'ES ; SUE LA CHASSE; SUR L'ENTRÉE DES VINS, ETC.

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