Ô MÉMOIRES
1582. vînt en ces niiicU-ià , d'aultant qu’en icelles le temps estoit serain et bien clair, comme aussi estoit les jours le soleil luysant, qui toutesfois ne faisoit fondre laditte neige aux champs, pour l'empeschement que luy en donnoit un froict vent d’amont bien liasleux.
Audit a8' jour de janvier et les subséquens, fondit laditte neige et cessa la gelée par la pluye qui tomba du ciel assez compétamment, qui renfla les fleuves et rivières comme devant, et continua la pluye jusques au 4' jour de février, qu’elle cessa, le temps se disposant encores à la gelée, qui commença le i i’ et se continua jusques au a 4' dudit moys. Geste gelée fut bien seiche, sans neige et sans grande froidure, et ne cessèrent les artisans de besongner aux champs durant icelle. Les laboureurs chérioient comme en plain esté. Es terres courtes et pierreuses, on labeuroit, moyennant que le laboureur eust de bons chevaux et cherrue. Il desgela sans pleuvoir et fut la terre toute ré- ■soulte de laditte gelée, avant que la pluye recommençast; elle reprint .son cours dès le i'' jour de mars et dura quasi continuellement jusqu’au la ou I 3' jour ensuyvant, que commença le printemps, qui depuis fut fort sec, par un hasle froict plusieurs jours, qui seieba les terres où estoient semées les avènes d'une si grande façon qu’elles ne purent lever commodément. Les terres qu’on avoit labourées et semées avant les dernières pluyes levèrent bien, d’aultant qu’elles estoient toutes rassises aux jours desdittes pluyes.
Le reste du moys de mars se passa sans guères pleuvoir, et avec peu de gelées blanches ni noyres; mais ne se passa sans brouillardz, qui advlnrent les i", lo, ig, ao et a 5* jours assez troubles et espez, aulcuns desquelz tombèrent par petites musées de pluye les mesmes jours, les aultres renionstèrent en l’air et se évacuèrent avec les nuées , sans pluye. Ces brouillards espouventèrent quelquement les simples personnes, à cau.se de la prophétie d'expérience des anciens, qui dict que, aullant de fois et de jours qu’il faict brouillard au moys de mars, à telz jours et aultant de fois il gèle en apvril ou il pleut. Au i" jour d’apvril, qui estoit le dimanche qu’on appelle de la Passion ou le dimanche perdu, il feit ime froide gelée blanche, qui respon-
doit au brouillard du i" jour do mars; mais, d’aiiltanl que le temps 158‘2. estoit au hasle et à la seicheresse, elle ne fit aucun domage. Il gela (piasi par chascun joiu* de la première scpmainc dudit moys d’apvril, comme le i" jour sans faire mal.
Le hasle et la seicheresse qu’il faisoit par un vent d’amont médiocre , qui n’estoit ni trop froid ni trop chault, empescha les orges de lever, les seigles et mestaux de trocher et tasser, qui fut cause d’une grande perte en plusieurs lieux et signammcnt en la valée de Seine, et d'en avoir petite moisson. Geste seicheresse et hasle durèrent depuis la my-mars jusqu’au a a' jour d’apvril, que le temps avec difficulté retourna à la pluye, qui dura jusques au a 6' jour dudit moys, qu’il retourna au beau temps, qui fut ung grand bien pour les vignes, lesquelles se portoient fort mal, pour les pluyes, gresles et froidure qu’il fcit en quatre jours sculiement. L’on douluoit fort la gelée, après laditte gresle; toutesfois il ne gela aucunement, dont bien en advint. Les vignerons eurent bon temps é labourer, tailler et ployer les vignes, et gangna dedans la ville de Provins la somme de g s. t. par jour chascun homme à labourer esdittes vignes, avec le vin qu’on leur donnoit, ensemble la viande etpotaiges à leur disner et gouster.
La prinse des vignes en ceste année ne fut plantureuse comme l'on espéroit, et se trouva que plusieurs yeux ou bourgeons ne gettèrent boys aulcunement, ains une feuille ou deux qui demeurèrent en airière, comme si lesditz yeux eussent esté gelez. Aucuns vignerons avoient en leur oppinion que telz yeux avoient esté gelez en une nuict d'hiver qui fut plus froide et aspre de gelée que les aultres. Aultres vignerons jugèrent que ce qui se trouvoit de faulte au boys desdittes vignes provenolt de gelées blanches cl noyres qui estoient advenues au moys de septembre sur la fin, en l’an dernier passé. Les arbres fruitiers de toutes sortes furent 8oris au possible, et chargèrent de fruietz fort habondamment.
La chair à la feste de Pasques et par après fut à meilleur marché qu’elle n’avoit esté en l’an dernier passé; et au commencement de ceste présente, jusques au jour de karesme-prenant, les œufz se ven-
1 58i. dirent à un double la pièce et pour le plus à trois œul'z pour ung denier; le beurre iraiz se vendit bien cher jusques au moys de may à ti et 7 s. la livre, voyre encores depuis la l'este de Pasques. Le grain commença à enchérir de quelque douzain ou a s. dès la fin du moys de mars sur le bichet, et fut vendu le muyd de froment, à la mesure de Provins, la somme de 48 liv. t. Il se vendoit à plus bault pris en la ville de Paris, où les marchans de Provins le menoienl. Le vin demoura k pris plus raisonnable et n’enchérit de rien à l’estappe ni es caves, et le bailloit-on à moindre pris qu’aux moys d'octobre et de novembre de l’an dernier passé qu’avoit esté la vendange. Durant le temps de karesme, les poix et les febves se vendirent bien, comme aussi les pruneaux, à cause de la difficulté qu’on trouva dedans le haren. Le reste du printemps, depuis le moys de may jusques à la lin, se passa en temps modéré et fort propre pour l'augmentation des biens de la terre.
l.'édit du roi ordonnant que tous les contrats et baux à ferme soient, sous peine de nullité, contrôlés et enregistrés par des contrôleurs spéciaux établis à cet effet, est mis à exécution à Provins à partir du j" janvier*. Cette mesure occasionne des frais dont le peuple se plaint, et détruit tout secret dans les affaiies privées. — Le crime de blasphème du nom de Dieu était devenu trèscommun en France depuis l'année 1567, même parmi les gentiisbommes et les prêtres; Henri III rend contre les blasphémateurs un édit rigoureux’, qui est publié à Provins le 5 janvier. — Edit par lequel le roi défend à toutes personnes la chasse à l'arquebuse, arbalète et chiens couchants, en permettant seulement aux gentiisbommes de chasser sur leurs terres à l’arquebuse avec des lévriers^. — Uue louve enragée mord et blesse, au commencement de février, plusieurs personnes du village de Pigy et du hameau des Fonlaines-sous-Richebourg. — I n homme de Barltei en llric est blcs.sé pai- un loup au mois d'avril. — Sur les plaintes vises et nombreuses qu'il avait rc<;ues, le roi rend au mois de janvier un édit par lequel les droits d'entrée du vin dans les villes et Imuigs du royaume sont réduits de moitié. — Le prévôt de Provins, pendant le carême, suspend la vente des harengs, où l'on croit reconnaître des vers, et les marchands iuten-
' Kdit rendu au mois de juin iô8i. (Fniitanun, t. I,p. 'ai.)
’ i décemlire i58i. [Idem, t. IV, p. ï.ii.)
‘ 10 décembre i58i. (Isamberl, Ree det anc. hit JrançBua, t. XIV, p. 5o6.)
tenl un procès k ceux de qui ils les avaient re^us'; puis des inforniations ayant 158^2. été prises, après un voyage du prévôt à Paris, la vente est pemiise, mais elle a lieu à plus bas prix qu'auparavant. I,e même fait avait été remarqué en Champagne et en Bourgogne; à Troyes la vente du hareng fut iuterdile par autorité île justice.
Au moys de mars de ceste année, au 8* jour, dès les huit heures du soir, fut veu du costé du septentrion le ciel en feu, rouge, verd, inde et de diverses couleurs, qui rendoit une clarté fort grande sur la terre et sembloit, selon le récit de ceux qui le virent, que le ciel s’outrist à diverses fois, plus grandement beaucoup qu'il ne feit oneques aux plus grands esclairs. Je ne puis bonnement dcscrire ce faict ne le réciter é la vérité, d’aultant que je n’en vis rien, pour ma paresse, pour ce qu'i telle heure j’estois jà couché au lict. Mais, par le rapport de ceux qui le virent, ce spectacle hit assez espovenlable. A l’opposite de ces exalations célestes, au lieu de l'arrest du midy des grands jours, se denionstra une tourhe ou nuée de diverses couleurs, grosse moyeimement, faictc en manière et forme d’un gros dragon, qui tendoit sa gueulle à ceste clarté céleste, comme s’il eusl prins plaisir à la dévorer. Et durèrent ces choses jusques après les dix heures du soir, qu'elles se évanouyrent en fumée et vapeurs célestas , et cessa ceste clarté extraordinaire.
■Au moys de may ensuyvant, environ le i o' jour, au ciel, du costé mesme de septentrion et au lieu où ceste clarté de feu s’estoit apparue, fut veue une cornette qui, à cause de la grandeur des jours, se ahsconsoit entre les neuf et dix heures du soir, et n’estoit pas fort apparente en ce pays. Que pouvoient signifier ces deux signes célestes.^
Nul n’en peut que dire.
L'avant -dernier jour d’avril, une jeune tille de Sézauoe, âgée d’environ quinze ans, tue une petite fille de cinq ou six ans, pour lui ravir une ceinture d’argent. Les juges de Sèzanne la condamnent à mort. Sur appel de son père au parlement de Paris, elle est condamnée à être pendue sous les bras une heure
^ Le Joum^ de Cl. Jouberl cité par D* Michelin), cootienl des détails sur ce M. Billate (papiers appartenant à M. le point.
J5H2. ou deux, puù fouettée pendant trois jours par la ville. — La femme d'un taif leur de Sens, igée de soixante-huit ans, meurt le i6 mai, enceinte d'un enfant t|u'elic portait depuis ving;t-huit ans dans son sein, sans avoir pu accoucher. Copie d'une lettre adressée par M* Simon de Provenchères, médecin à Sens, à M. Amoul , doyen de Sens et grand vicaire du cardinal de Pellevé, dans laquelle l'auteur décrit la dissection de la femme, la découverte d'un fœtus conservé dans sa matrice , la nature de ce fœtus , les circonstances de la gestation , etc. ' — Le roi cl la reine, aOligés de ne point avoir d'enfants, font un pèlerinage de Paris à Notre-Dame de (iharires pour en demander au ciel. Des processions à cet effet avaient été commencées dés le mois de décembre précédent dans les églises du royaume; mais Henri III s'était rendu si odieux, par les tailles, gabelles, mal tôles, créations d'oilices à gages dont il avait chargé le royaume, que le peuple était plus porté à le maudire qu’à prier Dieu pour lui, et qu'on désirait plutôt l'entière extermination de lui et de sa parenté que la conservation de sa race. Le pape Grégoire Xlll ordonne un grand jubilé en sa faveur (texte du pardon). — Le roi érige au mois de mars, à Provins, un cinquième élu des tailles.
Le moys de may de ceste année fut fort beau et sec pour la plus- |>art du temps. Il pleut le t" jour au soir, tpii fut grand prouffit pour les biens de la terre; mais dès au lendemain le temps retourna à la challeur et au ha.slc fort grand, qui dura jusques au 1 8' jour dudit moYs, que la grande challeur en divers endroietz de ce pays esmeut de.s tonnerres et esclairs assez impétueux, avec gresles moyennes cl grosses pluyes, qui portèrent domage aux biens de la terre et aux édifices, et signamment en la parroisse de Savins, lez Thénisi-en- Montois, sur les grains et les vignes, et sur l'église et molin à vent dudit lieu. Depuis ce jour 1 8*, le temps fut une sepmaine à la pluye assez froide, mais au bout de huit et neuf jours, le temps retourna au beau.
Condamnation cl dégradation de M' .lean Poisie, conseiller au parlement de Paris, comme coupable de malversations’. — Au commencement d'avril, sur-
' Vciy. dans la Biographie universelle une notice sur Simon de Pruvenclicrea et ta liste des ouvrages de ce médecin. De Tliou (liv. I.XWl) parle du phénomène dont il est ici question, et des écrits qu'ont
donnés à son occasion Provenchères et Jean d'Alibour, d'Aulun, qui fut depuis premier médecin de Henri IV.
’ Voy. le Journal du règne de Henry H I , p. 6o, etdeThou, f/iit. naiv. liv. LXXVI
vient i Provins et dans divers antres endroits une maladie dont meurent plusieurs personnes, les unes au bout de vingt-quatre heures, les autres au bout de quarante-huit heures. — Certains individus sont atteints d'un mal qui trouble leur esprit, les agite de façon qu'ils ne savent ce qu'ils disent et font, et les rend idiots et insensés; il en meurt un petit nombre.
Si tost que les maladies susdittes furent cessées, la maladie contagieuse de peste commença à se monstrer en divers lieux du pays pruvinois et premièrement au village des Chayses-de-Chalaustre-la- Grand lez Nogent-sur-Scine , où quasi la moytié des personnes se morurent.
Environ huit jours après, vers le 8' jour dudit moys d’apvril , elle print cours au village de Sepveilles, en la parroisse de S‘*-Columbe, fort asprement et rigoreusemenl, au grand domage des habitans, qui furent liabandonnez et délaissez des peuples des aultres villes et villages d'alentour. Des gardes furent mises aux portes des villes de Nogent, Bray et Provins, pour empescher que les habitans desdilz lieux n’y entrassent. Mais ceux de Provins ne sceurent faire si bonne garde à leurs portes que la maladie n’entrast'. Le premier qui en fut atteint fut un boulanger dudit Provins, nommé Pierre Farouet, demourant en la parroisse de mons. S' Ayoul, tout auprès de la grande porte de l’église et la porte du prieuré; lequel ne volut, ni sa femme aussi, révéler son mal ou, pour le moins, dire quel mal il avoit, de peur d'estre défuis de l'aultre peuple, et se laissa mourir sans se faire panser, et pendant quelque quatre jours depuis qn'il fut attainct, il ne cessa de fréquenter toutes personnes, d’aller à l’égUse, de boyre aux fontaines. Pour excuse et couverture de la grande altération qu’il avoit, il disoit s’estre grevé à rager un poinsson trantain de vin qui se perdoit en sa
* Des prières furent ordonnées au mois de juin pour faire cesser la contagion. (Ylliier, Anêcdota» t II. p. 88. manuscrit conservé è la bibliothèque de Provins.)— > On voit dans les Mémoires historiques pour servir aux antiquités de la ville de
Manies, par Chrétien (Bibl. de l'Arsenal . in-fol. n* 3u). p. 457» que les habitants de Mantes allèrent en 1 583, è came de la contagion , en procession k Houdan . distant de cinq lieues, k Meulan. etc. et que ceux de Pontoise vinrent à Mantes. , i36
1 582. cave , qu’il avoit mis seul sur le bout faulte d’ayde , et disoit que la douleur qu’il avoit ès aynes près le ventre ne luy prouvenoit que de ce. Sur son dire, nul ne faisoil difficulté de le hanter, boire et manger avec luy et entrer en sa maison. Il ne cessa d’aller et venir, jusques à environ une heure avant qu’il morust, et se troubla en son esprit deux jours auparavant, ne sçaehant plus qu’il disoit, et jugeoil-on qu'il fust malade de la maladie dont nous avons parle ci-dessus. Il morut le 9' jour du moys de may, tout cliaulsé et veslu , seullemçnt couché siu* son lict, estant entre les mains du prebstre (|u’on avoit appelle pour le confesser. Cest homme mort, fut sa maladie contagieuse celée par sa femme et sa mort excusée soubt le dire d’avoir seul, sans ayde, ragé le Irantain de vin en sa cave, où il s’estoit rompu les veines, comme elle disoit , en telle sorte que, un jour ou deux avant sa mort, il ne pissoit aultre chose que du sang. Il fut enterré honorablement au cynietière de S‘-Ayoul, avec grande compagnie de ses parens, voysins, boulangers et auUres, qui le portèrent à l’église et en la fosse, assistez des prebstres de la parroisse et des religieux des couvens des Cordeliers et jacobins. Les services faietz, les curé, vicaire et prebstres de S'-Ayoul, le notaire, le sergent priseur et les tesmoings chargés de faire l’inventaire des biens du deOùnct pour ses nepveux héritiers, ne laissèrent de boire et manger en sa maison , estimans qu’il n’y eust poinct de danger. Cependant, le clerc de l'église S'-Ayoïd, nommé M' Oaude Haton, et Augustin Pelé, ayde d’icelle église, prebstres, n’allèrent disner avec les aultres prebstres et parens en laditte maison , sur le soupçon qu'ilz eurent de la contagion , d’aultant qu’ilz cognoissoient ledit Farouet adventureux et qui faisoit son prouffit partout, et aussi que, suivant le commun bniict, ès environs de la feste mons. S‘ Ayoul, il estoit allé vendre des oublies en la parroisse de Chalauslre-la-Grand et qu’il avoit esté en une maison des Chaises dudit Cbalaustre, où les personnes estoienl mortes de ceste contagion. Toulesfois, toutes aultres personnes ne cessèrent de hanter la maison, la femme et les héritiers, jusques ad ce que la femme devint malade dix jours après et morut le cinquième jour de sa maladie.
DL CLAUDE HATON
Ores au 20* jour dudit moys de may, ceste maladie contagieuse frappa ung conseiller dudit Provins, jeune bomme Agé de vingt-huit
à trente ans, nommé M* Barenjon, filz du feu esleu Barenjon,
et sur luy fut descouverte la contagion, par le feu et l'apostume pestilencieuse qui s'apparut sur son corps, comme en firent rapport le médecin M° Jehan Saulsoy, et Nicolas Ooury, cyruigien, demourans audit Provins, pour lequel Barenjon panser, médicamenter et saigner, eurent lesditz cyrurgien et médecin cbascun 20 escus comptans et plus, avant qu’ilz y volussent besongner, combien que jà, par quelques jours auparavant et depuis qu'il estoit tombé malade, ilz l’avoient visité. Ce fut ime pauvre charité à telz frères de religion huguenoticque , telz qu'ilz avoient esté et estoit encores ledit Doury, de ne vouloir ayder au frère en J.-C. , sinon à bault pris d’argent. Le patient, qui avoit , aux despens et de la volonté de feu son père , esté nourry en sa jeunesse , instruict et cathéebisé à Genefve , sembloit estre converty à l’Eglise catholicque, comme aussi ledit médecin Saulsoy; car ilz alloient ès églises catholicques ouyr la saincte messe et le service divin, et monstroient extérieurement signes de bons ebrestiens catholicques. Mais ledit Doury, après plusieurs fois s’estre retiré i l’Égbse calholicque , s'en estoit finablement départy, pour se rendre huguenot tel qu’il estoit et en faisoit profession. Le a 3° jour du moys de may, ledit Barenjon morut et fut enterré en son jardin par quelques femmes et servantes qui y demeurèrent de celles qui l’avoient pansé en sa nudadie, lesquelles n’eurent la force de le porter au cymetière de S'-Pierre, sa parroisse, encores qu’il en feust bien proche.
La mort et contagion de ce personage espoventa plus fort les babitans de la ville que la mort de Farouet, d’aultant que les plus riches pour la pluspart l'avoient esté visiter en sa maladie et avant que la contagion se feust monstrée. Si tost qu’il fut mort, sa femme, qui estoit fille de la femme de Jehan Roy le jeune, tabellion de Provins, fut par sa mère et ledit Jehan Roy tirée de la maison et menée ès maisons de Garlat, oùdemeuroit une pauvre femme nommée la Bicquetière, qui jè par diverses années avoit, tant à Sens, Bray, Provins,
1582. que aultres lieux, pansé les malades de peste, où elle fut quelque peu de jours, en attendant que les gouverneurs de la ville eussent mis quelque pollice pour le remède des malades, laquelle fut attaincte de ceste maladie.
Un advocat nommé mons. Regnard, natif de Sézane, qui avoit espousé la sœur dudit Barenjon, s’en alla avec sa femme hors la ville, en une mettairie à eux appartenant, nommée Phareux, ès environs de Bannost, où ilz ne furent pas dix jours que la femme morut de ceste maladie. Plusieurs aultres riches gens, qui avoient esté visiter ledit conseiller Barenjon, s'absentèrent de leurs maisons dudit Provins et s’en allèrent en leurs fermes ès villages pour prendre l’air, dont ilz se trouvèrent bien.
On s’esmerveilloit où ledit conseiller Barenjon avoit prins ce'mal, veu qu’il ne alloit ni venoit hors de sa maison et de la ville; les aulcuns disoient qu’il avoit esté à Melun, è l’enterrement de la vefve feu Est. Bourdier, en son vivant lieutenant criminel de Provins, aultres que ce mal avoit esté apporté en sa maison par un homme de la parroisse de Cbalaustre-la-Grand, son vigneron, qui estoit venu vers luy à l’argent, ce qui me semble estre le plus véritable.
Trois jours après la mort dudit Barenjon, morut la femme dudit P. Farouet, en sa maison, habandonnée de toutes personnes, excepté de Pierre Broyon l’ancien et de sa femme, sœur dudit Farouet. Laquelle fut de loing visitée hors de sa maison en pleine rue , où elle fut apportée toute morte devant les médecins et cyrurgiens , qui ne voiurent s’approcher de trop près, et, après l’avoir veue toute nue, apperceurent quelques pustules sur ses reins ou hanches, qu’ilz dirent estre contagion, et sans en dire aultre chose devant le peuple, qui estoit là présent excédant le nombre de cent, ordonnèrent qu’on l’enterrast tout promptement, ce qui fut faict. Dès au lendemain, furent attainetz de ceste maladie deux des héritiers dudit feu Farouet, avec Edmc Ledoyen, son voisin, qui en morurent. Quasi tous les héritiers dudit Farouet, qui estoient neuf, furent frappez Pt en morut trois en moings de buict jours. Ceste contagion fut en
nioings de dix jours respanduc par la ville de Provins, en telle sorte 1582. que six maisons pour le moings en furent fort infectées et mesine le prieuré de S'-Ayoul, dedans lequel morut frère Agnian Martin, frère dudit prieuré.
Les gouverneurs de la ville, voyant le danger commun, firent toute diligence de pourveoir [la maison de Garlat] de toutes choses nécessaires pour le soulagement des malades qui y estoient et pouvoient survenir. Hz composèrent à Nie. Doury, cyrurgien et barbier, à ôoescus par moys, pour faire le service, et contract fut passé de ceste composition; depuis que la convention fut faicte, Doury ne volut visiter et panser les malades de la contagion que lesdilz gouverneurs ne l’eussent fourny d’ung aultre maistre barbier pour son compaignon , ce qu'ilz furent contrainetz de faire à mesmes gaiges, et luy fut baillé
M* Tabeu, demeurant au Chasteau, que justice contraignit d'y
aller par force. Ce faict, volurent ledit Doury et son compaignon toucher d’avance l’aident de deux moys, au bout desquels, et pour ung service total de trois moys, ilz entendoient en recepvoir aiillant; ù quoy il se fallut accorder.
Durant cet altercat, il advint que le moyne dessus dict du prieuré de S'-Ayoul fut frappé de ce mal; lequel, ayant entendu que ledit Doury estoit commis pour panser les malades, alla devant son logis, le vendredy i" jour de juin, luy dire le mal qu’il avoit, et le prier de le saigner et médicamenter au lieu où il luy plairoit de se trouver. Lequel, après l’avoir ouy parler, se mocqtia de luy et luy dit telz motz : . Allez , monsieur, allez chanter vostre messe , et faictes provision de loin et d’avoine, si vous n’en avez, pour nourrir et panser vos poullains. • Et n’eust aultre response de luy ledit moyne, lequel morut en son jardin, en ung petit tugurion qui y estoit au prieuré de S'-Ayoul, le lundy au soir, 4' jour de juin; de quoy fut fort mesprisé le. huguenot Doury, lequel disoit à ceux qui luy en donnolent reproches qu’il eust bien volu que tous les moynes, prebstres et papistes de Provins en eussent aultant que ledit moyne. Toutesfois, après avoir receu l’argent de la ville pour deux moys.
1582. alla avec son compaignon sur les lieux désignez, où il y avoit jà quelques malades, qui attendoient la miséricorde de Dieu et l’aydc du charitable huguenot. Lequel n'y fui que dix jours sans estre pyé de mcsme nionoye et avoir de telz poidlains qu’il avoit dict que le moyne avoit. Dieu, prenant vengeance de ceste injure, ne permist pas qu’il vcsquist davantage, et fist qu’il monit de pareille mort qu’avoient faicl ledit moyne et aultres gens ausquelz il n’avoit pas volu mettre la main. 11 Doury, depuis qu’il fut malade, ne peut prendre aulcun des médicainens que son frère en religion le médecin luy avoit composés, et morut huguenot et obstiné en sa faulse religion, le a o ou a I ' jour de juin , ayant sur son corps en divers endroictz huict bosses et feuz pestiluncicux des plus incurables, ainsi que son compaignon Tabu le récita. Et morut ce pauvre misérable au contentement de toute la ville de Provins, qui fut ainsi repurgée de huguenots obstinez et telz déclarez, et a-t-on creu audit Provins que sa mort estoit plus en pugnition de Dieu que aultrement, veu l'expérience qu’il avoit de se sçavoir garder de telle maladie contagieuse. Après la mort dudit Doury, cessa incontinent la peste audit Provins pour l'espace de deux moys et. plus, et pensoient les habitans en estre quittes, et partant baillèrent congé au barbier Tabu, après qu’il eust faict ses trois moys, durant lesquels ne furent mortz ni malades de laditte maladie doiue personnes. Dieu mercy. Et se feust laditte ville bien portée, si l’avarice de aucuns habitans n’eust esté si grande, lesquels, par convoytise de gangner et avoir des denrées à bon marché, trafficquèrent avec les habitans de Sepveiiles, Courton, Cessoy, Montereau-fault-Yonne et aultres lieux où laditte maladie contagieuse avoit cours.
A cause de quoy, recommença icelle maladie audit Provins environ la my-aoust et y durajusques au commencement du moys de febvrier de l'an ensuyvant assez fort. Toutefois, n'en morut en tout qu' environ
cent dix, deux desquels furent M' Jehan Nicolas et Pierre
cyrurgicns et barbiers, à chascun desquels la ville bailloit 5o escus- )>ar moys. Ledit Jehan Nicolas se porta assez mal en sa charge et usa
de peu de miséricorde envers les malades. Car il fut rapporté de luy 1582. qu’il ne les vouloit saigner ni médicamenter, s’ils ne luy bailloient argent et bien largement, et fut taxé de concussion, dont il se feust mal trouvé, s’il en feust rescbappé. Son compaignon M' Pierre, qui estoit venu de Nangis, demeura seul pour quelque temps, en attendant que les maistres barbiers en eussent esleu un auitre, qui fut M* Jeban Lelong. Celui-cy, pour se exempter, alla à Paris en trouver ung, qu’il ramena avec luy et présenta ausditz de la ville, qui le receurent aux mesmes gages que les defîunctz avoient eu. Il se nommoit M‘ Jacques jeune lilz non marié, comme l’on disoit, âgé d’en-
viron vingt-quatre ou vingt-cinq ans, lequel ne fut plus tost au service
des malades, que ledit M* Pierre monit, parquoy demoura
seul. Il maistre Jacques se porta si courtoysement envers toutes gens, tant malades que sains, qu’il acqiiist bon bruict et renommée audit Provins. 11 fut fort estimé en son art. 11 donna conseil aux malades qui avoient moyen d’estre pansez en leurs maisons de y demeurer et de ne poinct aller au lieu ordonne où estoient les aultres malades, disant l’ayr y estre trop corrompu , ce qui estoit vray, et de gayeté de ' cœur alloit deux fois par cbascun jour visiter et médicamenter lesdilz malades en leurs maisons, et si ne demandoit que la bonne grâce de ceux qui le mettoient en besongne. 11 fut quasi l’espace d'ung moys seul , sans compaignon ne maistre de son estât pour luy ayder, et n’en eust poinct demandé , s’il ne fust tombé en maladie , de laquelle , par la grâce de Dieu et la prière de toutes gens dudit Provins, fut gary et retrouva santé tout incontinent. Un barbier ou cyrurgien de Meaux, qui se présenta, luy fut baillé pour coadjuteur aux despens de la ville, duquel on ne fit pas beaucoup d’estime, parce que, grâce à Dieu, la maladie cessa tout incontinent qu’il fut mis en la charge.
Pour fournir aux fraiz qu’il convint faire pour laditte contagion, fut faicte taille par commission du roy, obtenue par les procureur et escbevins dudit Provins, sur les habitans de la ville, en laquelle taille furent cottez exempts et non exempts, les gens d'église y compris en général et non en particulier, excepté ceux qui avoient. leur bien hors
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1582. de comraunaulté. Cette taille se montoit à 1,000 escuz'. Laditte contagion dura audit Provins jusques au moys de febvrier de l'an suyvant I Ô83, avant qu’cntièrement elle fust appaisée, combien qu’il en morust assez peu de laditte maladie, depuis le 1" jour de novembre de ceste présente année jusques au mois de février de l’an d’après.
Les babitans de Sepveilles, pairoissc de S^-Colombe-lez-Provins, ne furent quittes à si bon marché; car audit village, tant bault que bas, morurent dix-buict vingts personnes, depuis le commencement du moys d’apvril jusques à la feste mons. S* André, et n’y demoura des hommes qu’environ quarante-cinq. 11 resebappa beaucoup plus de femmes qui furent attainctes de ceste maladie que d’hommes. Hz n’eurent barbiers ni cynirgiens pour les panser, ains se médicamentèrent eux-mesmes, comme ilz pouvoient. Aulcuns se mirent ès mains d’une femme de Goix, qu’on appeloit Marion Paulevée, et par surnom la Bicquetière , laquelle les pansa comme elle l’entendoit et en guarit quelques-ungs. Elle avoit, comme on l’a vu, esté commise é panser les malades de pareille maladie à Sens, Bray, Provins, où elle avoit appris les remèdes. Elle s'entremettoit de saigner les malades qui se rendoient à elle, leur faisoit des ongans quelle appliquoit sur leurs playes, qu’elle crevoit avec lancettes, canivetz et aultres ferremens. Elle escbappa de ce danger sans avoir auctm mal. Elle estoit pauvre , et si avoit forligné en son honneur; mais pour cela ne laissa de trouver son party de mariage, et espousa un fouUon qu’elle avoit pansé diiranl sa maladie. Pour le maulvais traitement et payement qu’elle avoil receu à Provins en la précédente année , ne volut secourir ceux qui y furent malades en ceste-cy.
Le curé de Sepveilles et S'*-Colombe , voyant la maladie continuer,
* On trouve dan« les manuscriU de M. Ythier, conservé» à la bibliothèque de Provins [Anecdotes, p. 368), le délai) de» somme» que le dergé de Provins a fournies lor» de la contagion, qui commença au moi» de janvier i58^.— D’apre» le journal de MarünGirard, cité par M. Bil-
lale (manusenU appartenant à M. le docteur Michelin), il eat dit que le roi autorisa la levée sur les habitants de Provins d’une somme de i.ooo écus, pour foire construire une maison de santé où l’on pût loger et traiter les malades, et que K* clergé donna aoo écus.
composa à M' Hyérosme Sageot, son vicaire, pour^faire le service de la parroisse, permuta sa cure avec M' Anthoine Nannot, chanoine de S'-Quiriace, et se retira à Paris, où il avoit une prébende en l’église de S‘'-Opportune. M' H. Sageot cuyda quitter la parroisse; mais le nouveau curé n’ayant voidu prendre possession de la cure durant la maladie, il continua le service, et, prenant courage en Dieu, administra la confession aux malades, de quoy il fut grandement loué, et n’eut aucun mal. • *
Le <lésastre fut si grand audit Sepveilles de la contagion, que les vignes, qui estoient fort belles, demeurèrent pour la pluspart à vendanger, comme aussi au village de Cessoy, parroisse de Mons-lez- Donnemarie, où la maladie eut pareil ou pire cours.
I.e juin, le général des Cordeliers passe à Provins, se rendant à Paris. Il pénètre subitement dans le couvent des cordeliers de cette ville, visite tontes les chambres et entre autres celles du prédicateur du roi M'Berson, où il trouve des portraits peints d'hommes et de femmes, qu'il perce d'un couteau. On prétendit qu'il avait surpris chez Berson des femmes déguisées en cordeliers et une correspondance avec Théodore de Béze. Plusieurs moines furent mis en prison. Berson était absent; on lui lit son procès et il fut renvoyé absous'. — Arrêt rendu par le parlement de Paris, le 36 juin 1683, confirmant une sentence du juge de Laval, du 9 septembre, par laquelle un cessionnaire de biens est obligé à porter toute sa vie uu bonnet on chapeau vert, à peine, s'il y manque, d'étre remis en prison. — Le président au présidial de Provins, Nicolas Marchant, meurt au mois de juillet; le bruit courut qu'il avait été empoisonné par sa femme. — Une nouvelle taxe de 3o s. t. est mise par le roi sur chaque drap de laine, pour droit de sceau. Le commissaire envoyé à Provins accorde aux habitants la remise d'une portion do droit, et exempte d'amendes les drapiers qui avaient contrevenu à l'édit royal. Les tirctainiers, astreints à faire sceller leurs pièces moyennant un droit de 10 s. font opposition, au conseil du roi. — Au mois de juillet, la femme do baron de la Noue, dame du Plcssis-aux-Tournelles, s'étant endettée pour soutenir la cause des protestants et pour délivrer son mari, prisonnier des Espagnols, vend, moyennant 38 ou 39,000 liv. t les seigneuries de Meel-sur- .Scine et de Montmittcl au seigneur Nicolas de Lyon , sieur de Grosangre. Les
' Voyez le récit de i'alTaire des cordeliers de Paris dans le Journal du règne du roy Henry III, p. 5a.
1 582, cbâleaux de ces seigneuries avaient été ruinés pendant les guerres du .nv* et du \v* siècle. — N'... ^lervy, dit Grand-Lk>is * de Chaui|>couclle.s , laboureur, et bnmiiic d'armes de raons. de la Chapelle des Ursins, est assassiné dans sa maison. I-es seigneurs de Chaniioy et de Sancy sont pendus en elfigie, comme coupables de ce meurtre. — Un genlilhomine, seigneur de Metz Saint-Espoin , près Sézanne, étant sorti sous caution de la Conciergerie de Paris où il était enfermé, se cache en sa maison et dans le inonastère voisin du Bricol-aus -Nonnains. Sa caution, appelée, à le représenter, le fait chercher par Jean Larcher, lieutenant des prévôts des maréchaui de Provins, qui le surprend au monastère couché avec l’abbesse, et l’arrête. .Mené en prison à Paris, il s'empoisoiiiie. J. Larcher, d’a- Imrd cardeur et ouvrier en laine, avait succédé au sieur de la Poipe dans la charge de lieutenant des prévôts des maréchauv, malgi'é les dilGcultés que les gens de justice de Provins avaient faites pour le recevoir, à cause de son premier état.
I,a saison de l’esté en cestc année se porta assez modérément, et eut-on assez beau temps à serrer les moissons, combien rju'il fît de la pluye deux jours Je la sepmaine. Mais les pluyes estoient plus cbauU des que froides, et tout aussi to.st que la pluye estoit passée le temps rentroit k la chaleur. Quelques grains germèrent eslans en javelle sur la terre, mais si peu que personne n’eut occasion de s’en plaindre.
La cueillette des seigles, métaux et fromens fut assez petite, tant en Brie qu’en Cham|>aigne, et ne raportèient le plus de grain les meilleures terres, ains les plus froides ctles plus lueechantcs. L’arpent, l’ung portant l’aultre, ne raporta pas plus de ao à a4 bichetz, et si n’y avoit grenaison, qui fut cause de renchérir les grains plus que de coustuinc. Le froment, qui, avant la moisson, ne valoit que d s. t. le boisseau, mesure de Provins, monta à lo et i i , et le métail et le seigle au pris le pris. On recueillit grande habondance d’orges et d’avènes et en feit-on bons tas. Toutesfois, le boisseau d’orge de laditte mesure cousta tout le reste de l’année 5 s. et l’avoine 3 et 4 d. et 6 pour le plus. Le grain fut dès ceste moisson et devant ô hault pris à Paris, et firent gros faict les marchans d'y en mener et si en passa l’on plus loing. Il survint un nuage de gresleau inoys de juillet, qui endommagea fort les grains en la parroisse de Bauchery.
Les chanvres, (|ui sembloient beaux, ne valurent rien ou bien peu 158^2. pour faire bonne fillace et bonnes cordes, pour l’abondance d'eaue qui tomboit par pluye. Il fut babondance de cheneveux. Le beurre par tout l’este, combien qu’il feusl des herbes siu- la terre, cousta 5 et f) s. la livre en la ville de Provins, qui sembla eslre grande cbarlé pour la saison. Les brigans qui tenoiept les champs par grandes trouppes, soubz le nom de la guerre de Flandre , et qui passèrent par le bailliage de Provins, en furent cause.
Sur la ün du moy.s cl’aoust, les pluyes furent plus fréquentes que de coustume et ne cessèrent tout le reste de l’année, et ne fut pas quatre jours entiers sans pleuvoir pendant le reste de l’automne, cause que les laboureurs curent de la peine infiniment à faire les grains. Le.s eaues devinrent si grandes ès rivières, qu’elles, estans desbourdées,
SC respandirent par les prairies cl vallées, enmenèrent les foins tout fane/,, nayèrenl et pourrirent les grains qu’on avoit semez. Elles passèrent en divers lieux, au moys de novembre, par-dessus ta chauisée •de Nogent-sur-Seine, et abatirent trois ou quatre des arches qui estoient en icelle, que anciennement on appelloit le Pont-aux-Ladres. Les babitans de la ville de Paris, signamment ceux qui demouroienl sur les pons N.-D, , au Change et S'-Michel, vuydèrent les meubles de leurs maisons et boticques, pour la craincte qu’ilz eurent que lesdiltes eaues n’abatissent leurs logis, et si eurent faulte de vivres, pour l’excessive grandeur d’icelles eaues, qui empeseboient qu’on ne leur en pût mener. Plusieurs villages situez sur la rivière de Seine furent environnez tout à l’entour et endommagez desdiltes eaues, comme le Mériot, Meel, Villers, Noyen, Pugny, Neufvry,
Mouy, S'-Saulveur, Vimpelles, etc. Plusieurs personnes, tant de pied que de cheval, furent noyées ès passages des chemins, comme aux Fontaines, entre Provjps et Mortery, au pont de Chigneux, entre Guignes et Gobert, sur le chemin de Paris.
Les raisins manquèrent de couleur; cependant le vin fut moins mauvais que la fréquence des pluies ne l'avait fait craindre. — Le roi renouvelle l’impôt de 6 s. 8 d. I. sur chaque queue de vin entrant dans les villes, qui existait de-
puis i56i, sans supprimer celui de a6 s. 8 d. qu'il avait établi en i58i. — L'édit appelé des Consignations, qui avait été promulgué, puis retiré par Charles IX. et qui obligeait les plaideurs à consigner, pour avoir jugement, une somme d'argent proportionnelle à celle qui faisait l'objet de leur procès, est renouvelé par Henri III L Le parlement de Paris ne l'entérine que contraint et forcé. On disait que le roi avait pris cette mesure pour avoir de quoi payer les sommes dues aux troupes suisses qu'il employait et pour en engager de nouvelles. Des seigneurs suisses, avec une suite nombreuse, viennent en ambassade à la cour de Henri III Une partie d’entre eux passe par Provins en allant à Paris, au mois d'octobre, puis en revenant. — Sur la fin du mois d’octobre, un dragon de feu apparaît dans le ciel
ici s*arréte le manuscrit des ^fémoi^€s de Claude Haton.
' Édit du rétablissement de celui de i565. qui soumet à la consignation d'amende ceux qui intentent un procès pour somme déterminée. i58o, juillet. (Fontanon, l. IV, p. 706.) Voy. k ce sujet le Journal du règne de Henry 111, p. 61.
' On trouve des détails sur l’arrivée à Paris, le 38 novembre, des députés des cantons suisses, et sur la réception qui leur fut faite par le roi et par féchevi' nage de Paris, dans le Journal du règne de Henry III, p. 63.
APPENDICE
APPEISDICE.-