‹ Mémoires de Claude HatonChapitre 43 sur 77 · QUERELLE ENTRE MM. D’ESTERNAV ET DE KÜISSY · texte numérisé non relu

QUERELLE ENTRE MM. D’ESTERNAV ET DE KÜISSY

Sire,

La rare de tous ceulx qui, depuis dix ans, ont dressé les séditions en vnslre royaulme pour le partager, a esté telle qu'üi ont cuydé couvrir leurs faultes irré missibles de paroles envenimées, et par mensonges imputant leurs mesmes crimes à ceulx qu'ils avoicnt oITencés ou vouloieot exterminer. Pour ceste cause, et sachant comme je suis odieux à ceste gent, je vous suppiyay, en prenant conge de vos magestés, que s'ils m'accusoyent (comme jà Theligny avoil volu rom mencer), il vous pleust me faire cest honneur de n'en rien croire, jusqucs à ce que je fusse ouy en mes justifications, vous asseurant que je vouloy estre si diligent exécuteur de vos éédicts , que , s’il se trouvoit que j'y eusse contrevenu , je représenteroy toosjours ma teste devant vos pieds, comme vostre très humide et très obéissant subject, pour en soulfrir rigoureuse punition, sans vous en demander aulcnng pardon. Puisque donc il vous a pieu, sire, me faire cest bon neur da me mander la plainte que le sieur d'Esternay a faict faire à vos majestés, il me semble que vous désires en sçavoir la vérité par ma bouche, et vous supplie très humblement ne trouver movais que je vous en discoure le faict au vray. Qui est tel ; que Foissy partit de Paris en poste avec cinq cbevaulx tant seulement, et arriva fort malade à Bray; que le s* d'Esternay, en estant adverti, dépescha de tqus costes vers ses amys, les priant (en ces termes et par tertres) de le venir trouver avec leurs armes le samedi au giste ou dimanche à disnei, pour ce qu'il désiroit d'estre assisté de ses bons amys, pour attrapper en chemin Foissy, son bon voisin, qui faisoit te malade à Bray et machinoit quelque chose. Foissy, ayant recouvert trois ou quatre lectres de mesme substance envoyées pai ledict Esternay à divers gentilzhommes ses amys, se délibère de prévenir le joui du combat prémédil9et le jeudi au soir, depuis les portes fermées, faict chercher tous les chevaux de selle de la ville de Bray, et, à faulte de chevaulx de selle, des jumentz et des basU, et faict tant qu'il monte qui à cheval, qui à jument, sur selles nu sur basU, vingt et quatre ou vingt et cinq soldats avecques

APPENDICE

luy; part le vendredi matin à la porte ouvrant, cuydant passer son chemin d’emblée et tans estre descouvert. Toutesfois, le s' d’Esternay estoit desjài ans aguets avec vingt et trois bons chevaulx de service armez de cuirasses, harquebuz et pistoles, faignani de chasser et l'attendant derrière une vigne proche de son parc, où il estoit embusqué, et failloit que Foissy passast par nécessité. Foissy. adverti assez tait de l’embusche, envoyé six soldatz devant pour la recognoistre de prés, et veoyant que cest esquadron de ixni chevaux branloit pour chaiger les six soldatz, et mesmes qu'ilz avoient desjà tiré harquebuzades , Foissy met chevaux et jument en bataille et donne droit là; s'apparcevant au mesme instant que le seigneur avoit tellement inspiré les frères, qu’ilz prindrent le chemin de la Mothe aussy sdste que s'ilz eussent tiré droit à Aubervillers, et plus viste, ce luy semble, pour ce que les lévriers ne pouvoyent suivre leurs chevaux. Veés là, sire, tout le mal que Foissy a faict pour saulver sa vie et empescher que, alant à vostie service, il ne fust assassiné. Mais ce n’est pas celuy qu’il eust peu faire; car à l’heure mesme Esternay, trouvant la porte fermée, s’alla cacher dedans sa garenne avec cinq ou six, et quittarent les aulircs leurs chevaulx pour se cacher dedans les meulles de foing, où il eust esté facile audit Foissy de les tailler en pièces , s’il n’eust pensé oll'enser voz magestés. Mais il ne se trouvera que l'on ayt à rien touché que à doux lévriers, qui furent pris en laisse par ung lacquais, et une faulconnière où l’on prit deux perdreaux. Foissy arriva cependant à Nogent, et, après avoir donné oidre aux alTaiies qu’il y avoit pour voslre service, partit le landemain pour aler à Pontz et à Méry, s’employant à faire rompre les guet guéyables, donner onlie aux pontz depuis Troyes en çà et mettre les baez et bateaux en lieu deseureté, sans estre acompagné, oultre son train ordinaire, de plus de 7 ou 6 soldatz, ne que l'on puisse dire qu’il ayt eu avec luy plus grand nombre que de i8 chevaulx. Esternay, de son costé, a continué scs amas durant huit jours, a assemblé toutes les églises de Champagne, Brie et Auxerrois, et a mis ensemble 3ou chevaux ou environ, qu’il a départit en cinq ou six trouppes pour chercher ledit Foissy, et commandoyent à icelles, à ce qu’il a ouy dire, le cappitaiiie archevesque d'.Arles, le cappittaine abbé de .S'-Michel sus Tonnerre, et le cappitaine abbé $'-Martin soubz Molesme, et Ira sires chevalier de Bestune, Bricquemault et Bezancourt, conduisans chascung une trouppe de 5o à 6o chevaulx, cherchans ledit Foissy partout où ilz savoyent qu’il n’estoyt pas, intimidant ce pendant le peuple et cherchant ceulx qui avoyent faict service à vostre magesté soubz la charge dudit Foissy, pour les assassineff’comme vingt et cinq ou trente que ledit Esternay a desjà faict crueiement mourir depuis la paix. Geste rumeur a duré huict jours, et sembloit au pauvre peuple que mons. d’Arles et les trouppes qui estoient ainsi assemblées alasseot encores ung coup à la

APPENDICE

chasse aux loups. Foissy a tousjours malgn- eulx passé son chemin sans s'esmoiivoir ny mouvoir le peuple aulcunement. pour ce qu'ili ne parloyent que de luy et ne faisoyent semblant de toucher le public; combien que par mesme moyen ilz ayent voilé plusieurs jiassans et ayent vengé aulcunes de leurs particulières quereles contre de pauvres gens. Véei là (sire) tout le faict; c’est le trouble que Foissy a faict à Esternay, ce sont tous les empeschemens et molestes qu'il luy a donnez; mais aussy ce sont les dévotes et bien alTectionnécs actions que Esternay porte à vostre service. C'est ainsi qu'il vous craint; et comme ayant tant de fois impunément failly, il s'asseure qu'il luy sera tousjours permis de mal faire et qu'il en sera quitte comme les aultres de sa faction sont pour crier les premiers et charger leurs ennemis des crimes qu'ilz ont commis. Je ne voua avoy point cncores adverti de ce que dessus, pour ce que le faict me touche en particulier et que Je vouloy vous en présenter les informations avec la plainte, de peur qu’il semblast que la passion me transportast et que je vous voulusse payer de paroles, comme les aultres font. Les informations faictes, j'cn envoyeray ung double à Monsieur, et si les feray ce pendant décréter, et ayant les dccrctz, les feray exécuter, et, suivant la forme de justice, vous rendray le plus fort, si je n’en suis empesché par défense de voz magestés ou de mnndit sieur. Au reste, pour ce que j’ay faict rompre tous les guez de la rivière de Seine depuis Troves, fors celuy de la Mothe, et que j'ay faict avaler ou monter tous les baez soubz les pontz ganlez, excepté celuy qu'Estemay a faict faire audit lieu de la Mothe depuis voz deffences et la paix Ibicte, que je luy ay toliéré de tendre une chesne la nuyt, pour empescher les bateaux avalans et montans qu'il areste quant ilz passent, combien qu'il n'ayt aulcung droit de baac ny de péage, je supplie très humblement voz magestés me mander vostre volunté, si j’ay troublé, molesté et empesché ledit d'Estemay, comme j'cn ay le commandement, lequel j'exécuteray, voas faisant obéir là comme ailleurs, s'il vous plaist le me commander.

Sire, je supplie le Créateur vous donner, en très pcrfaicte santé, très heureuse et très longue vie. A Nogent sur Seine, ce jourd'huy xx aoust i&68.

Vostre très humble et très obéissant subjcct et serviteur, Foissi.

(BiU. imp. collerl. Hurlay. o* Jio.roI.Siy r*.) ■

APPENDICE

SÉJOUR DE HENRI Ul EN POLOGNE; IÔ73.

i.*Al>IKt Ut POLOGNE.

Adieu. Poulogne, adieu, plaines désertes. D'eau, onde.s, neige ou de glaces couvertes. Adieu, pals, d'un éternel adieu.

Ton aer. tes meurs m*ont si fort sceu despUirc. Qu’il faulefra bien que tout me soit contraire.

Si jamais plus je retourne en ce lieu

Adieu, maisons d'adroirable structure;

Poisles, adieu, qui dans vostre clostuse Mille animaut pcsle-tneslo entassez.

Filles, garsons, veaux et bœufz tout enscmblt' Ung tel roesnaige à l'aage d'or rcsemble .

Tant regretté par les siècles passez.

Quoy qu’on me dicl de vot mœurs incivHles .

De vos habits, de vos meschantes villes.

De vot esprits plains de légèreté,

Sarmates fiers, je n’en vouüois rien croire Nv ne pensois que vous puissiez tant Ixiire. Mais de mes yeux j'é veu 1a vérité.

Barbare peuple, arrogant cl volaige.

Menteur, causeur, n’ayant rien que langaige. Qui jour et noict dans ung poisle enferroé . Pour tout plaisir s'exerce avec ung verre. S'endort à table ou chel dessus la terre,

Puis comme ung Mars veiilt eslre renomme.

APPENDICR.

C€ ae Aoni pas voi grands lances crotaces ,

Voz peaux de loups, voz armes desguisees. üu mainl plumaige et maint aisle sVspcnd .

Vos bras charnus ny voz IroiU redoutables.

Leurs Poulungiiois , <|ui vous font induraplablc^ .

La pauvreté seulement vous «IcQétid.

vostre terre estoil myeux cultivée , t^ue i'aer fust doux, c|U*ellc fust abruvée De clers ruisseaux, riche en bonnes citez '

Ou marchandise, en profondes rivières,

Qu'elle eus! des vins, des porU et des minière'^

Vous ne seriez ai longtemps indomplez.

Les Otbomans, dont Tâme est si hardie.

Ayment royeux Cipre et la belle Candie Qu^ voz desertx pres^^ue lousjours glassez ;

Rt rAlcment, qui les guérés demande.

Vous dédaignant court la (erre flamande.

Ou ses labeurs sont mieux récompensez

Neuf mois entiers , pour complaire à mon maisirc .

F«e grand Henry, que le ciel a fait tiaislre Comme ung bel astre aux humains flamboyant ,

Pour ses déscrU j'ay la France laissée,

Y consumant ma jMuvre âinc blessée,

Sans nul confort , synon en le voyant.

Face le del que ce valleUreux prince.

* Soit bien tost roy de quelque auUre province

Riche de gens, de cites cl d'avoir;

Que quelque jour à l'empire il parvienne .

Et que jamais joye il ne me revienne.

Bien que mon cœur soit bnislant de le veoir*.

(Bibl. iMp. fonds Saint-Vicior, u* 3^9, lot. bH r*.)

* Kn tête de it pièce on lit : Par P. D. Oor.

APPENDICE

Page 1