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1571. cent, d’avoir prias par force et violence filles et femmes esditz bois, aulcuncs desquelles furent par luy tuez après en avoir faict à son plaisir, d'avoir pillé et rançonné les hostes où il avoil logé estant à la guerre, et de plusieurs aultres cas dont je n'ai souvenance. Quand il vouloiltuer quelque passant, le tiroit à la harquebuse et, avant que de le tirer, disoit aux personnes qui estoient avec luy : ■ Veux-tu veoir tuer luig beau canart? » Et, ce dict, lui dcslascboit laditte harquebuse au travers du corps si dextrement que les pauvres gens ne passoient jamais plus oultre. Il estoit si redoubté , que les riches personnes ' mesmes de sou pays s’estoient abonnez à luy par an et par termes , aifin que seurement et librement elles pussent vivre en leurs maisons et par les champs. U fut sentencié à estre rompu sur des eschaufaux en une croix S'-André, et son corps jette par après tout vif sur une roue, pour là finir ses jours. Et fut l’exécution de sa personne faicte le jour de la feste mons. S* Loys, qui est le lendemain de la S'-Bartliolomy sur la fin du moys d’aoust, en la grand place qui està l’entom' de la fontaine S'-Ayoul de Provins, en la présence de plus de 5oo personnes des villes et villages de Villenauxe-la-Grand, Béton, > Fontaine-Denis, Barbonne, les Essartz, la Forestière, Louan et Villegruys, qui s’estoient exprès transportez audit Provins pour le veoir, tant ilz estoient resjouys d’estre mis en liberté de la tirannie et mal que leur faisoit ledit Brouillard.
Depuis qu'il Brouillard fut arrivé à son suplice, survînt .altercat entre les Lieuteuans et archers de courte robe et des inarcschaux, lesquelz tous estoient à cbeval, empistoUez et armez, Pierre Legras et ses gens pour estre présens et faire faire l’exécution du patient, Carron et les siens aussi à cheval, contre la coustume. Or la coustuiiie estoit audit Provins, quand les prisonniers estoient exécutez par sentence de mort ou aultrement, qu’il ne se trouvoit à cheval et en armes que le lieutenant et ses archers qui avolent faict la caption de celui qu’on cxécutolt, et non les aultres; mesmes à l’exécution du seigneur Sérelle, ne se trouvèrent en armes à cheval que le lieutenant Carron et ses archers. Pourquoy, quand on veit lesditz
Carron et ses archers se présenter à cheval et en armes à l’exécution de 157 1 Brouillard, plusieurs pensèrent qu’ili fussent là pour ravir et oster des mains du bourreau le patient, et en monstrèrent la contenance; mais le voyant si bien accompagné dudit Legras et les siens , et dérompu par les membres, desquelz il n’eust sceu s'ayder, à cause de la gchannc qu’on luy venoit de donncr.extraordinairement, n’entreprirent davantage de faict, mais bien de pamlles et injures les ungs contre lesaultres • par reproches et desmenlys que Estienne Leroy, l’ung des archers dudit Carron, donna audit lieutenant Legras, et y eiist eu des coupz donnez en la place de costé et d’aultre, si on ne les eust empeschez.
Les reproches qu’ilz faisoient les ungs aux aultres estoient les tributz et abonnages qu’ilz disoient avoir eu de part et d’aultre, les de courte robe avec, feu Sérelle, et les inareschaiix avec le présent patient Brouillard.
Lesditz des mareschaux craignoient fort que ledit Brouillard, durant son emprisonnement et son suplice de la mort, ne les accusast d’avoir par plusieurs fois prins de l’argent, du boys et fagotz de luy pour le laisser en paix ; et de ne les accuser le prièrent ledit Carron et Marmont, archer dudit Carron, Icsquelz, par le moyen du geollier, parlèrent à luy dans la prison; lequel leur promist que non feroit-il. Et avant ceste promesse, ne se contentèrent, ains apostèrent luig notaire de Provins et des tesmoings, et espièrent à certain jour qu’on le menoit en la maison du juge, pour estre encores interrogé, et en pleine rue parlèrent à luy pour le conforter, en la présence des archers dudit Legras qui le menoient, et après peu de paroles le requirent de déclarer devant la compagnie si , avant son emprisonnement et oneques auparavant, leur avoit baillé or, argent, boys, fagotz ni aultre denrée, pour empescher qu’ilz ne le prinssent ; lequel, en présence de tous, déclara que non. De laquelle déclaration demandèrent acte audit notaire, pour leur servir, si besoing en eust esté. 11 fut interrogé à son suplice, avant qu’estre lié et rompu, et depuis qu’il fut rompu, par le lieutenant Legras de ce faict< sçavoir est si ledit Carron et ses archers avoient pas prins argent, bois, fagotz de lui et s’il leur avoit pas payé
I57I. souvent à boyre, tant à Provinsqu’ùsauitres lieux. Lequel, en gardant sa promesse, dist que non. Davantage fut interrogé et requis de confesser les faietz desquelz il estoit accusé , et pour lesquelz il estoit au suplice de la mort, comme aussi d’accuser ses compagnons qui avoient esté présens avec luy, et ceux ès maisons desquelz il se retiroit, après qu'il avoit voilé, tué et desrobé les passans, entre lesquelz on sçavoit i|ue ung tavemier dudit lieu des Essarts ou les environs, nommé N. Davesne, en estoit ung. Dist que non, et, cncores importuné par ledit lieutenant de le déclarer, pour descharger sa conscience et pour le salut de son âme , respondit audit lieutenant en telles parolles ; < Hé déa! que me romps-tu icy la teste? Veux-tu que je dye et confesse que tu CS le plus grand voleur et larron de tout le pays ? • Et à ces parolles le laissa ledit lieutenant. ^
Quelques gens d’église, le voyans ainsi obstiné et tenir propos inatilvais sur la roue où il estoit après avoir esté rompu, montèrent vers luy sur les escbaufaux, pour le penser consoler et l’exorter à pénitence et à crier mercy à Dieu de scs faultes. Ne les volut escouter, mais leur cracliea au visage. Les derniers propos qu’il tint avant que mourir furent telz : « Pierre Legras, fais-moy estrangler et achever de mourir. Hé Dieu ! estrangle-inoy. • Et ung bien peu après iceux propos, il dist : • Hé déa, est-il plus de Dieu? que ne m’estranglcil ou fait vitement mourir! > À ces propos, fut admonesté par le peuple qui estoient près de luy de prendre en pacience le tourment qu'il enduroit pour l’honneur de Dieu. Ausquelz fist response â haulte voix , en proférant telz motz ; « Je renie Dieu. Diable, viens me querre. • Lesquelz motz finis, expira en moings de temps que dure à dire ung Pater noster et Ave Maria. Voilà la fin de ce pauvre misérable, qui fut fort espoventable à ceux qui estoient présens. Aulcuns le condempnèrent , en disant que telle fin estoit pleine de désespoir et de dampnacion ; aultres le pensèrent excuser soubz la miséricorde de Dieu, à cause des grands tormens qu'on luy avoit faict, tant en la prison, à la géhanne extraordinairement, que de ses membres qui estoient rompus, et poim le plus grand mal qu'il endurait estoit l’ardeur du soleil qui frappoit
dedans ses yeux et sur son visage, duquel il ne le povoit destoumer. 1571. Dieu luy face mercy, s’il en est digne I
Le lieutenant Legras se venge du démenti que lui avait donné l'archer Leroy, en le mettant en prison, comme coupable de meurtre. Leroy, condamne à mort par le présidial de Provins, appelle et obtient sa grâce, après avoir dépensé tout son bien.
Voilà qu’il gangna à irriter ledit Legras, pour complaire à aultruy.
Jamais homme sage et bien advisé ne doibt irriter aucune personne qui a autorité en justice ou aultrement , parce que telz en sçavent bien prendre vengeance.
Legras et ses archers poursuivent, sans pouvoir le saisir, un compagnon de Brouillard, nommé Davesne.
Nous avons en divers endroitz de ce livre parlé de M* André de Gramont, prieur du prieuré de S'-Ayoul de Provins, duquel encores maintenant il nous fault faire discours et réciter ce qui luy ^ advint en ceste année présente par son maulvais gouvernement. U, estant riche en revenu par an de la somme de 1600 livres L, à cause de ses bénéfices, est tombé en telle pauvreté par grosses debtes, qu’il n'avoit le moyen de manger du pain son saoul, sans l’emprunter de gens plus riches que luy; et n’ayant moyen de payer comptant ung pain de cinq deniers, quelquefois alloit coucher sans soupper. Ores advint-il au moys de may de ceste année qu’il, estant fasché de mourir de faim en son prieuré de S'-Ayoul de Provins, où il s'estoit retiré ayant habandonné la ville de Sens, s’en alla à Paris, veoir s’il auroit meilleur moyen de manger du pain à son ayse , en sollicitant plusieurs gros procès qu’il avoit contre diverses personnes, qu'il n’avoit ~ausditz Sens et Provins, où estoit le principal de son revenu. Et après avoff esté quelques moys audit Paris, aussi en malaise qu'ès villes susdittes, advisa les moyens de villonner pour avoir sa misérable vie. Villonner est tromper l’ung, décevoir l’aultre, abuser ceux à qui on a affaire et emporter le bien des personnes
1571. sans payer, avec emprunter sans jamais rendre, comme faisoitjadix M' Francoys Villon, duquel est venu ce terme de villonner.
Iceluy Gramont, pour vivre, volut user des ruses dudit Villon, et entre aultres s’ayda de celle d’emprunter à jamais rendre; et tant sceut bien dire et papelarder, qu’il trouva argent à cmpninter sur ses cédulles notables sommes de deniers, car il estoit fort cognu de plusieurs personnes ayans moyen audict Paris, lesquelles ne pensoient qu’il feust réduict à si grande pauvreté qu’il estoit. Advint que ung sien créditeur banequier, qui Iny avoit presté de l’argent, volut estre payé, et après luy avoir demandé plusieurs fois, le fît prendre prisonnier pour l'assurance de son deub. Les sergens qui luy firent commandement de payer la somme portée en l’obligation, voyans qu’il n’avoit argent pour payer, l’einpongnèrcnt au corps pour le mener prisonnier, et, ne voulant cheminer en prison de bon gré, le firent cheminer par force, et, en le tirant par ses habita, firent tomber de son sein une feuille de papier dedans laquelle estoient escriptz ® soixante noms et signatures dudit Gramont, toutes defformes les unes des aultres, que le pauvre misérable trompeur avoit escriptes et contrefaictes pour signer les cédulles et obligations qu'il faisoit à ceux qui luy prestoient argent, drap et aultres nécessitez, en intention de n’en payer jamais rien, en renonçant lesdittes signatures et s’inscrivant de faux contre icelles, quand on l’eust volu contraindre au payement. Hz sergens recueillirent laditte feuille de papier et la présentèrent à justice contre la volonté dudit Gramont, qui les désavoua et renonça laditte feuiUe et les signatures à son grand malheur, car entre toutes en y avoit une escripte de l’escriture qu’il avoit accoustumé de signer au temps de sa prospérité; qui fut cause de condempner pour faiilses toutes les aultres. 11 fiil, par sentence du Chastelet, condonmé crimineux de faulseté, et envoyé ès prisons de l’évesque de Patis, jiour luy faire son procès et luy enjoindre pénitence, oîitVil fut plus de deux ans avant qu’en sortir, ayant là tout mangé son hien et perdu son prieuré de S‘-Ayoul et sa prébende de Sens et la cure de ViUevallier, lez ledit Sens, qu’il vendit, comme estoit le commung bruict , par symonie.
DK CLAUDE HATON. . 655
pour se tirer des prisons, où il eust esté plus longtemps, sans la sédition qui advint à Paris en Pan prochain venant, et de riche prieur devint pauvre questeur. Il estoit fort superbe en sa prospérité et aussi peu humble en son adversité, et oncqiies depuis ne fut veu audit Provins et Sens, où il avoit esté si bien collocqué. Il a depuis demeure à Paris pauvre pi-ebstre cerchant l’aulmosne par les églises des bonnes gens qui lui faisoient dire la messe. Ung soufflet qu’il donna à ung advocat de Sens, nommé Estienne Haton, fut cause de sa ruyoe, car ledit Haton le print en procès .si vivement qu'il luy lit couster par son opiniastreté la somme de doux milles livres t. et plus, et n'estoient encores les procès finys entre eux au jour de son emprisonnement.
GHANOES GELEES ET KEICEs QUI gAtEKT LES ARUIIES ET LES riGNES. SÉJOUR DE LA
COMPAGNIE DO MARQUIS OU MUSE AUX ENVIRONS DE PROVINS. AUDACE DES PRO- TESTANTS. EDIT SUR LA JUSTICE. MARIAGE DU ROI DE NAVARRE ET DE MARGUE- RITE, SUEUR DE CHARLES II. ATTAQUE CONTRE COLIGNT. COMPLOT DES PROTES- TANTS POUR VENGER L'AMIRAL. CHARLES IX SE DECIDE k PRÉVENIR LE COUP.