Mémoires de Cléry
Captivité / On pourrait écrire ce mot en tête du volume qu'on va lire. La liberté est le premier des biens dont jouit l'homme : l'enfermer dans un doujon , lui mesurer l'espace, l'air, la lumière ; le séparer de ses semblables ; lui dire , « Tu n'entendras plus leur voix, tu n'intéresseras plus leurs regards, tu n'y liras plus la pitié; lanuit,la solitude, l'oubli, le silence, t'enseveliront dans leur ombre funeste, « c'est le frapper d'un coup lentement mortel. La prison I Quel supplice, s'il est coupable! Et qu'est-ce donc quand le captif est innocent, quand le sort des armes trahissant son courage, quand des haines puissantes , quand l'implacable ardeur des discordes civiles ferment sur lui les inflexibles portes d'un cachot?
Chez les anciens, et surtout chez les Romains, la victoire était sans pitié pour les captifs. Persée, le roi de Macédoine, suivit la pompe triomphale de Paul Emile. Jugurtha , vaincu ou trahi, et conduit à Rome, y mourut de faim dans une prison : odieuse et lâche cruauté ! MaisZénobie, la reine de Palmyre, acheva paisiblement ses jours aux environs de Rome, à Tibur, délicieux séjour si souvent loué par Horace, et dont il a dit :
llle terrarum mihi , prœter omnes , Angulus ridet, ubi non Hymetto Mella decediint, viridique certat
Bacca Veuafto :
Ver ubi longum tepidasque praibet Jupiter bramas , et amicus Aulon Fertili Baccho minimum Falernis
Invidet uvis.
'< Non, l'univers n'est rien pour moi auprès de ce petit coin " de terre, où le miel ne le cède point à l'Hy mette, où l'olive