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vers un certain but, faisaient, si je puis m'exprimer ainsi, un feu qui écartait. Des petites villes entières se traînaient à l'échafaud ; mais c'était le marchand qui dénonçait le marchand, et tous deux étaient arrêtés par celui qui avait été leur ouvrier. C'était des haines de voisin à voisin, des jalousies de profession qui prenaient tout leur essor sous un masque révolutionnaire.
On ne sera donc pas étonné quand je dirai qu'à très-peu d'exceptions près , la Conciergerie de Paris , pendant plus de dix mois, n'a renfermé que des patriotes; qu'un langage aristocratique y aurait autant surpris qu'indigné; que ses voûtes étaient fatiguées de chants patriotiques , et que pour un homme des castes opposantes on massacrait mille sansculottes , qu'on traînait à la boucherie en criant : Vivent les sans- culottes! On peut s'en convaincre aisément en lisant la liste des citoyens assassinés juridiquement.
Robespierre s'aperçut le premier de cette méprise. On avait assassiné au hasard , et l'anarchie la plus complète avait régné dans l'assassinat. Le discours qu'il prononça le 8 thermidor fut dirigé tout entier contre cette anarchie ; mais il était trop tard. Depuis deux mois environ, il est vrai , ils assassinaient à Paris, le tableau des fortunes et des lumières sous les yeux ; ils tuaient par ordre , et les proscriptions organisées allaient dévorer méthodiquement plusieurs classes de la société ; mais ils avaient tué tant de gens qu'il ne leur importait pas de tuer, qu'on ne leur laissa pas le temps de tuer tous ceux que leur infernale politique voulait sacrifier.
Je puis donc indiquer à l'historien exact ' , par la nature des prisonniers que j'ai vus, deux époques : l'une, où l'on tua péle-mèle par fureur de parti et par vengeance particulière, étrange aveuglement qu'ont les hommes, d'instituer
' l.a Conciergerie en cela ressemblait aux autres maisons de justice de la république. ( Note de l'auteur. )
DE l' AUTEUR. 385
des tribunaux dans les moments où ils sont le moins en état déjuger; et une seconde époque, où les jurés ont eu des listes envoyées par le gouvernement, et une conscience politique. C'est cette époque à laquelle le 9 thermidor a mis un terme ; c'est cette époque qui eût été l'application entière de la religion Marat, la destruction de toutes les lumières, le change ou l'anéantissement de toutes les propriétés; pour le dire en un mot , la fin du monde social ea France, et peutêtre en Europe \
La faute des historiens et de tous les raisonneurs en général, c'est de faire les hommes beaucoup trop grands, et la force des choses beaucoup trop petite. Notre amour-propre se plaît à imaginer qu'une tête humaine peut mûrir un vaste plan dans les profondeurs de ses conceptions , et préparer les événements p^ur les maîtriser à son gré.
Cette première époque, que j'ai déterminée, participait en beaucoup de choses à la seconde, parce que les idées de Marat fermentaient dès lors dans beaucoup de têtes. Robespierre, le Paul de cet autre Jésus, n'osait pas encore faire l'application rigoureuse de cette maxime chérie de son maître : Que le pauvre devienne riche, et que le riche devienne pauvre ; mais cependant il en faisait l'essai.
Robespierre * n'aimait pas Marat, je le sais : il se croyait trop sublime pour n'être qu'un disciple. Cependant il était devenu le grand pontife des maratistes. Haineux, sanguinaire, médiocre, exagéré, sa politique ne devait s'arrêter qu'au
• Voyei ce que dit Barrère dans les lorsque ce sont des hommes revêtus du
Mémoires de Vilate : pouvoir suprême , ils désolent et ravagent
<{ Qu'il faut épurer la population; que le monde,
sans de grands incendies le monde se- {Sole de l'auteur. )
rait un amas de papier. 2 Ce monstre a fait à «on malheureux
« Qu'importe la génération actuelle?» pays plus de mal que n'auraient pu lui
«te. en faire tous lee tyrans ensemble. Il tua
Enfin voyez son petit cerveau frappé les mœurs, en créant un peuple de faux
d'un tel dt?lire. qu'il «'applique la tirade témoins, de juges assassins. Un tyran
de Mahomet, dans laquelle ce conque- guerrier tue; un tyran en rohe de palais
rant levait le plan d'un bouleversement tue et corrompt; il est le plus grand
universel. Lorsque de» particuliers rêvent fléau qui puisse frapper les hommes,
ainsi , ga les envoie aux Petites Maisons ; ( Sote de l'a\tieur. )