‹ Mémoires de Daniel Huet, évêque d'AvranchesChapitre 14 sur 59 · Confess.^ lib. I, cap. v · texte numérisé non relu

Confess.^ lib. I, cap. v

sentis que Dieu m'appelait à faire mon examen de conscience et à lui offrir mes fautes avec tous les sentiments de la plus profonde humilité. Je crus en conséquence qu'il était à propos d'exposer le tableau de toute ma conduite en présence de Dieu, le témoin et le juge de mes erreurs, l'auteur de toute grâce et de toute bonté. Ajoutez à cela que j'étais en butte chaque jour aux reproches de mes amis, lesquels m'ayant entendu raconter une foule d'anecdotes sur les plus savants hommes de ce siècle, que j'avais particulièrement connus , me demandaient avec instance ces Mémoires, sous prétexte d'apprendre quelque chose de certain à cet égard, et de peur que le souvenir des faits dont ils n'étaient instruits que par moi, ne tombassent dans l'oubli.

Toi donc, Dieu tout-puissant, qui entends, qui ordonnes qu'on te regarde comme le père de tous les hommes, ainsi que tu l'es en etfet, daigne accueillir avec faveur cet ouvrage entrepris par ton ordre, afin qu'en l'écrivant et en le publiant, ma pensée, ma volonté, tous mes sentiments n'aient d'autre but que d'accroître l'amour de toi dans le cœur de ceux qui le liront. Car alors ils reconnaîtront qu'après avoir été privé de mon père et de ma mère presque dès l'enfance, méprisé et repoussé de mes parents et de mes alliés, je n'ai pas laissé que d'être l'objet de ta tendresse paternelle, et guidé par ta main bienfaisante à travers les accidents et les corruptions d'une longue vie , jusqu'à une extrême vieillesse.

Le parti calviniste, peu d'années après la prise de la Rochelle S était à son déclin, lorsque je naquis à Caen de noble race -. Au moment de ma naissance, Daniel Huet, mon père, engagé d'abord dans ce parti, était déjà \ieux; mais ma mère était jeune encore. Elle s'appelait Isabelle Pillon de Bertoville, appartenait à une famille de Rouen, et était femme d'un grand mérite. Elle avait eu deux filles avant moi, Marie

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